Dutrisac: La vulnérabilité perpétuée par le système (Temporary Foreign Workers and closed work permits)

Of note::

Le nombre d’immigrants temporaires a explosé au Québec, tout comme dans le reste du Canada d’ailleurs. Et parmi eux, des travailleurs étrangers à bas salaire, qu’ils se trouvent dans les entrepôts ou dans les champs, sont à la merci d’employeurs sans scrupule.

Discuter d’un seuil de 50 000 immigrants reçus, le chiffre programmé par le gouvernement Legault, c’est discourir sur un portrait bien partiel de l’immigration au Québec. Comme l’a rapporté Le Devoir récemment, ce seuil est largement dépassé par l’afflux d’immigrants temporaires. Ainsi, le nombre de ressortissants étrangers détenteurs de permis de travail et d’études présents sur le territoire québécois dépassait les 180 000 en 2022. En tout, selon l’Institut de la statistique du Québec, au 1er juillet dernier, on comptait 290 000 résidents non permanents, toutes catégories confondues. Ce nombre a presque doublé en dix ans.

Le gouvernement caquiste n’en a que pour les professionnels et les travailleurs qualifiés, réunis sous le vocable d’immigration économique et commandant les hauts salaires que favorise François Legault. Il en faut, de cette main-d’oeuvre bien formée que recherchent des employeurs aux prises avec des difficultés de recrutement.

Mais on ne saurait occulter le fait que le Québec a aussi besoin de travailleurs sans grandes études, disposés à prendre des emplois dont les Québécois ne veulent pas et à se contenter des bas salaires qui vont avec. Des emplois ingrats, souvent exigeants physiquement, qui représentent pourtant un rouage important de l’économie. On parle de manoeuvres, de manutentionnaires, de préposés à l’entretien, d’ouvriers dans des usines de transformation alimentaire, de travailleurs agricoles.

Depuis 2015, la main-d’oeuvre recrutée par les entreprises québécoises par le truchement du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) a plus que triplé pour atteindre les 34 000 personnes.

Quelles que soient leurs compétences, les travailleurs étrangers temporaires, s’ils veulent prolonger leur présence au pays, ce qui, souvent, est aussi le souhait de leur employeur, doivent renouveler leur permis de travail, une démarche souvent angoissante compte tenu de l’incurie administrative des autorités fédérales. Certains de ces immigrants sont ici pour trois ans, cinq ans, dix ans même. C’est la grande hypocrisie du système : de nombreux travailleurs temporaires occupent des postes permanents. Plusieurs souhaitent immigrer au Québec.

Contrairement aux étudiants et aux personnes admissibles au Programme fédéral de mobilité internationale, les travailleurs peu qualifiés recrutés par le PTET ne disposent pas d’un permis de travail ouvert, mais d’un permis « fermé » qui lie leur présence au Québec à un employeur unique. Ils sont placés dans une situation de vulnérabilité qui les expose à des abus et à une exploitation éhontée de la part d’employeurs. Ces travailleurs hésitent à porter plainte de crainte de perdre leur emploi et de se voir forcer de retourner dans leur pays, ce dont on les menace, d’ailleurs.

C’est ce genre de situations que montre l’enquête Essentiels. La face cachée de l’immigration, un documentaire présenté à Télé-Québec, réalisé par Ky Vy Le Duc et signé par la militante Sonia Djelidi et la journaliste du Devoir Sarah R. Champagne. On constate que des travailleurs agricoles ont été forcés de s’échiner dans les champs jusqu’à 17 heures par jour et qu’ils ont passé plusieurs semaines sans prendre une seule journée de congé. Logés sur la ferme, ils doivent s’entasser dans des baraques exiguës et invivables qu’on dit conformes aux normes fédérales. On y voit des travailleuses immigrantes se faire exploiter par une agence de placement sans permis. Ou encore ce travailleur qui est employé depuis dix ans par les serres Savoura et qui n’a vu sa famille, restée au Guatemala, que trois mois et demi pendant la décennie, ne réussissant pas à obtenir un certificat de sélection du Québec.

Contrairement à la Charte canadienne, la Charte québécoise des droits et libertés protège les étrangers. Il faudrait s’en souvenir. Se rappeler aussi que les normes minimales de travail, c’est pour eux aussi. Sur la ferme, Québec peut remédier à la discrimination perpétuée par Ottawa et leur garantir un hébergement digne de ce nom, sujet aux mêmes normes qui régissent l’hébergement fourni par les employeurs aux travailleurs québécois.

Pour que cessent les abus et les mauvais traitements dont les travailleurs étrangers sont l’objet, les permis fermés devraient être abolis et remplacés par des permis ouverts liés à un secteur d’activité et possiblement à une région. Ces changements essentiels dépendent malheureusement de la bonne volonté du gouvernement fédéral. C’est Québec qui devrait se charger des travailleurs étrangers temporaires sur notre territoire, ce que prévoyait l’entente Canada-Québec sur l’immigration. S’assurer du respect de la dignité de tout travailleur en sol québécois, c’est en somme sa responsabilité.

Source: La vulnérabilité perpétuée par le système

How fraud artists are exploiting Canada’s international education boom

Good long but disturbing read, highlighting the complicity of governments and institutions, particularly private colleges, in such exploitation. Tighter eligibility and monitoring of DLI status for private colleges needed:

… For more than a decade, the feds have been pitching the world’s young people on a pie-in-the-sky vision of the Canadian Dream, branding the country as a land of tolerance, opportunity and first-rate education.

In 2012, the federal government declared its intention to double the number of international students to 450,000 within the next decade. The following year, the government committed to an ongoing annual expenditure of $5 million, largely to be spent on advertising and promotion: glossy promotional videos, higher-ed fairs and online marketing. In 2016 it launched the EduCanada website and brand (tagline: “A world of possibilities”), plastered with feel-good messaging about Canada’s cultural diversity and welcoming nature. And in 2019, the government announced nearly $150 million in spending over five years, including $29.5 million for targeted digital advertising alone.

These efforts have paid off enormously. The federal government estimated that in 2018, international students spent $21.6 billion on tuition, accommodation and other expenses—an economic infusion supporting 170,000 domestic jobs and exceeding the impact of major exports like lumber, auto parts and aircraft. At that point, foreign students contributed nearly 40 per cent of tuition revenues at Canadian universities. Those numbers may well be higher now; as of 2022, international student enrolments in Canada surpassed 600,000, far exceeding the government’s 2012 targets.

And well-known public institutions aren’t the only schools benefiting from the boom. As the cohort of students travelling to Canada has swelled, so has the number of small, private-sector colleges emerging to capitalize on them. Many operate out of inauspicious-looking storefronts, strip malls and office parks, where they specialize in short-term programs with clear paths to the workforce: accounting, secretarial studies, IT support, truck driving.

And their numbers are growing fast. In Quebec, those include 48 non-subsidized private colleges in 2022, up from 28 in 2015. (Non-subsidized schools are similar to for-profit career colleges found in other provinces.) The number of study permits issued to international students in the province has more than doubled from 4,900 between 2016 and 2018 to 11,500 between 2019 and 2021.

The international student explosion of the past decade has created fertile ground for shoddy schools and fraud artists. “Money drives these schools, not education,” says immigration lawyer Ho Sung Kim.

Meanwhile, education agents—like the one who recommended M College to Nisha—are funnelling students straight into these schools. According to global education organization ICEF Monitor, as many as half of international applicants to Canadian schools use recruiters. Universities and colleges pay recruiters a commission for each student, typically 10 or 15 per cent of first-year tuition, and sometimes more. (Students themselves generally don’t pay recruiters directly.) Yet the industry remains essentially unregulated, as do recruiters’ relationships with the fast-growing private college sector. According to Montreal immigration lawyer Ho Sung Kim, this is why so many business people are interested in the industry: “Money drives these schools, not education.”

Will Tao, an immigration and refugee lawyer in Vancouver with a special interest in international students, says agents and recruiters often peddle misinformation about the quality of schools. While there are respectable private colleges across Canada, he says, the international student explosion of the past decade has created fertile ground for shoddy schools and exploitative operators.

And when things go awry, students pay the price. In 2015, provincial regulators shut down Fraser Valley Community College, a private college in a strip mall in Surrey, B.C. The government had received dozens of complaints from students about misleading promotions that guaranteed jobs after graduation, plus promises of high-quality facilities the school didn’t have and tuition refunds the college allegedly refused. The government decided the institution could no longer be trusted to comply with regulations and revoked its registration.

In 2020, the Ontario Provincial Police charged owners and employees at the Royal Institute of Science and Management in Markham, Ontario—another storefront career college—with fraud, forgery and other offences. Police allege that the college recruited students to apply for a government funding program to help pay for tuition. The students then simply handed the money to the college and received a diploma without attending any classes.

But little in recent years can match the debacle that Nisha—and hundreds of other students—endured. The story of M College isn’t just about one failed school. It’s about a booming international education machine that’s commodified the hopes and dreams of young people, mostly from the Global South. It’s an industry that has been aggressively stoked by Canadian governments—which have done little to protect students when things go terribly wrong.

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Caroline Mastantuono is a woman with a knack for both the slow burn and the big swing. In 2004, Mastantuono, then 41, was a support staffer in Montreal’s sprawling Lester B. Pearson School Board, which serves students in grade schools, high schools, adult education centres and adult vocational schools throughout the city. It’s the vocational programs—like auto mechanics, hairdressing and accounting—that are the board’s biggest money-makers, with tuition in some cases topping $18,000.

In 2004, Mastantuono—who did not respond to interview requests sent to her lawyer—received a promotion from the board, putting her in charge of a new international student department. Her mandate was to boost international admissions to those vocational and adult education programs. In 2012, she partnered with a Toronto businessman named Naveen Kolan, who ran a student recruiting company called Edu Edge Inc., which focused on students from India. The partnership soon bore fruit: between 2010 and 2016, the number of international students enrolled in the board jumped from seven to 777, supercharging the department’s revenue from $91,000 to $5.5 million.

“What happened with the students in India is a tragedy. I spoke with one girl who tried to end her life twice in January of 2022,” says Alain Tardif of the law firm McCarthy Tétrault.

Then, in the spring of 2014, Mastantuono’s daughter Christina, who worked on her staff, came to her with a problem: some students were being denied Quebec Acceptance Certificates because they didn’t have enough money to cover tuition. In June, Mastantuono and Kolan allegedly gathered the department’s staff and laid out a creative solution: they would create false receipts of tuition payment. The false receipts were kept secret from students and submitted to the provincial government. Edu Edge then billed the board a recruiter’s fee for 81 forged chits, representing a total of $1.65 million in tuition.

Soon, another alleged scheme came to light. Two staffers in the department began noticing that a numbered company in British Columbia was being credited for recruiting students who the employees knew had applied independently. The pair started digging and found that the company was registered to Kolan’s wife. In total, 25 students were falsely linked to the B.C. firm, which received $119,000 in fees from the school board between 2014 and 2016.

By then, the board’s finance department, as well as its chair and its assistant director, were asking questions. An internal investigation, which concluded in 2016, found that Mastantuono “lacked transparency” in regards to her department’s activities and its financial arrangement with Edu Edge. She and her daughter were both fired, and the minister of education and higher education ordered an audit of the board’s international program. That December, the Quebec government’s anti-corruption squad launched a parallel investigation that found evidence of fraud, fabrications, use of forged documents and abuse of power at the Pearson board. The investigation was code-named “Projet Pandore.”

For the Mastantuonos, this was just a temporary setback. By March of 2017, Caroline had leveraged her knowledge of the international student market to launch a new recruiting firm: Rising Phoenix International, or RPI. She hired her son, Joseph, along with Christina. The new RPI team travelled to China, the Philippines and Mexico on recruitment trips and signed deals with private and public colleges in Quebec, Ontario, B.C. and New Brunswick. In 2018, as president and CEO of RPI, Caroline took part in the Canada-India Business Forum in Mumbaias a member of the Canadian delegation, a trip that included photo ops with Justin Trudeau, Sophie Grégoire Trudeau and celebrity chef Vikram Vij.

By 2020, the Mastantuonos had also taken over operations of three private colleges. There was M College, Nisha’s would-be alma mater, which the family itself founded. It was licensed by Quebec’s Ministry of Education and Higher Education in 2019. The family purchased two other schools: CCSQ, with one campus in the Montreal suburb of Longueuil and another in Sherbrooke. And there was CDE College, also in Sherbrooke. RPI had already served as the schools’ recruiters, drawing the vast majority of students from abroad, almost exclusively from India. There were well over 1,000 students at the colleges, and only six were Canadian. Joseph Mastantuono was named president of all three schools.

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In January of 2020, Ravneet Kaur Mand stepped off a city bus on Curé-Poirier Boulevard West in Longueuil, on the south shore of the St. Lawrence River, across from Montreal. It was her first day of classes at CCSQ—and immediately, she was confused. The neighbourhood was mostly residential, and the building at the college’s address looked like a plain three-storey walk-up. My apartment building is bigger than this, she thought. Ravneet checked Google Maps on her phone again.

It was no mistake. She made her way inside, which was just as dispiriting. With the exception of a cafeteria in the basement, there was nothing more to the school than bathrooms and a few classrooms with desks, chairs and laptops. Her family was paying $30,000 for her to attend the college’s two-year medical office specialist program, which Ravneet found through a recruiter in her small hometown in Punjab. Once she saw what the college had to offer—an unresponsive administration, mediocre facilities and an educational experience generally unworthy of her steep tuition—she became convinced that her recruiter was financially incentivized to get her to enrol by exaggerating its prestige and the quality of its facilities.

Each year, Quebec’s advisory commission on private education releases a report that evaluates conditions at private colleges across the province. According to its 2020–21 report, only three of the 14 teachers at CCSQ in Longueuil were technically qualified to teach, and turnover was extremely high—the average level of seniority was one year. At CCSQ in Sherbrooke, only one teacher was qualified. Both colleges were warned to stop overcharging for tuition or other services. A provincial inspection at CDE in 2021, meanwhile, revealed that several classrooms were overcrowded. By most accounts, CCSQ’s sister school, M College—the one Nisha virtually attended—wasn’t much better. Located on a busy thoroughfare in the borough of LaSalle in Montreal, it was housed in a nondescript office building nestled among a rotisserie chicken joint, a mattress store and a pair of car dealerships.

Even as students like Ravneet and Nisha were plowing through their underwhelming studies at the RPI schools, the alleged schemes and frauds at the Pearson board were about to come roaring back for the Mastantuonos. After nearly four years of digging, the Projet Pandore investigators concluded their work. In late November of 2020, Caroline and Christina Mastantuono were arrested and charged with fraud. The pair stepped aside from their RPI roles and pleaded not guilty. (Kolan, who’d seemingly vanished, turned himself in two months later. He also faces fraud charges and has pleaded not guilty, and did not respond to a request for comment sent to his lawyer.) That was just the beginning of what would turn out to be a very bad 12 months for the family—though most RPI students were completely unaware of the mounting troubles.

When Caroline and Christina were arrested, RPI was still expecting $10.6 million in financing from TD and the Business Development Bank of Canada to cover the purchases of CDE and CCSQ. After the arrest, the financing was cancelled. Then, during the first two weeks of 2021, the province’s Ministry of Education and Higher Education stopped processing study permit applications from M College and CDE (along with eight other Quebec colleges, unrelated to RPI) while it investigated questionable recruitment practices, among other problems. In retrospect, the family appears to have been aware of a looming financial reckoning: in March of 2021, Caroline Mastantuono gifted a lakefront house she owned in the Laurentians, valued at $750,000, to a family trust—a move that protected it from creditors.

In November of 2021, Caroline came back aboard as RPI president. At the end of that month, students received emails insisting that they had to pay their fees by early December—not January, as they’d previously been told.

Ravneet, who’d already paid her tuition, watched as stressed-out classmates and friends scrambled to secure funds and navigate bank limits on transfers. “I still don’t know how they managed,” she says. The students were perplexed by the colleges’ sudden need for immediate tuition payments.

Things became clear in early January of 2022, when Joseph Mastantuono, president of the colleges, emailed students to inform them that they had filed for creditor protection. (CDE and M College filed the previous day.) He blamed the financial troubles squarely on the pandemic: the cost of delivering new laptops to students abroad, getting the campuses COVID-safe and a drop in enrolment due to travel delays. He said the college would work with a court-appointed monitor, which would oversee the finances. Students close to graduating would continue. Everyone else would be on “extended pause.”

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After 10 months of studying day and night, sometimes 12 hours straight, Nisha wrapped up her final exam in August of 2021 at home in India. All that was left was to get her study permit, still only approved in principle, and travel to Canada to complete an internship.

Only moments after finishing the exam, an email popped into her inbox from Immigration, Refugees and Citizenship Canada. Her heart sank: her permit had been rejected. The agent who reviewed her application wasn’t satisfied that she’d leave Canada at the end of her stay and didn’t think that the proposed studies—now nearly completed—were consistent with her previous education and qualifications.

Nisha was beyond confused. Neither of these problems were raised in the first stage of the process, when she received her approval in principle. How could the same country that accepted her, and took her money, refuse her almost a year later?

Her first priority was to get a refund from M College, which had previously told students that even in the event of a study permit rejection, they could get their money back, minus administrative fees. Through the summer and fall, the college put her off, citing COVID-related processing delays. When RPI applied for creditor protection, she finally realized that her money was gone for good unless the schools could find a new buyer willing to refund her.

More than 500 other students in India were in a similar situation: their tuition was paid but their study permits or visas had been rejected. About 125 of those had received an approval in principle for their study permit, just like Nisha, and had been studying online for more than a year, with every expectation that their permits would be approved.

Hundreds more were still waiting on their paperwork, or were already studying in Canada, only to find those studies indefinitely paused. All told, approximately 2,000 current or prospective students were affected. Panicked and angry, the RPI students organized protests in Canada and India to raise awareness. They wrote to MPs across the country, especially those with Punjabi backgrounds, like Jagmeet Singh, MP Anju Dhillon from LaSalle, and MP Sukh Dhaliwal from Surrey, B.C.

In February of 2022, they met with the law firm McCarthy Tétrault, which the court had appointed to represent them in the insolvency proceedings. The lawyers’ goal: to ensure affected students got their study permits or visas extended or approved, or received a refund of their fees.

McCarthy Tétrault reached out to the federal government. When no answer came by mid-March, the firm petitioned the Superior Court of Quebec to extend the students’ Quebec Acceptance Certificates and study permits and reconsider student visas for students still in India who had been rejected. The application was dismissed in mid-April; the judge ruled that he couldn’t compel the provincial and federal governments to do what McCarthy Tétrault was asking. Instead, the firm would need to apply to the federal court. According to Alain N. Tardif, a partner at McCarthy Tétrault, that’s a much more complex and expensive undertaking.

To Tardif, Nisha’s case was among the most critical of all. The government had granted her permission to study, only to snatch it away after she’d paid tuition and almost entirely finished her studies. She and her family stood on the precipice of financial catastrophe due to the failure of the RPI schools. According to the McCarthy Tétrault team, the federal and provincial governments were partly responsible for the financial fallout.

“What happened with the students in India is a tragedy,” says Tardif. “I spoke with one girl who tried to end her life twice in January of 2022. Victims of fraud always believe that it’s their fault, but there’s nothing they could have done. The federal government told them to pay those fees in advance. The students keep telling us to get a court order so they can be reimbursed, but what they don’t understand is the money is gone.”

The province’s responsibility—and its culpability—began long before students even paid their fees, adds Tardif. Quebec’s Ministry of Education and Higher Education signs off on which colleges become designated learning institutions, which are approved to enrol international students. The ministry signed off on CCSQ and CDE after the Mastantuonos acquired them—despite a 2020–21 report by Quebec’s advisory commission on private education that flagged financial problems, such as the family’s inability to demonstrate that the colleges had sufficient funds for adequate operations.

But there was another clear red flag the government overlooked, adds Tardif. If one of the permit holders or directors has a judicial record that demonstrates issues that could impede their ability to run an educational institution, he says, the ministry can revoke their permit. That didn’t happen after Caroline and Christina Mastantuono were charged with fraud.

“The first shortcoming is the Quebec government allowing these colleges on that list,” he says. “They had warning that there were issues with the ownership, there were issues with insolvency. Those colleges should not have been on that list.”

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Today, Ravneet lives with three roommates in Montreal’s Côte-des-Neiges neighbourhood. After struggling to land the internship she needed to complete her program, she found a placement as a technician at a pharmacy. She’s now been approved for a post-graduation work permit, allowing her to stay in Canada for the time being.

Despite everything, she doesn’t have a problem with recruitment agents in general. “Recruiters translate all this English information into Hindi and Punjabi, which is especially helpful for the parents, who often aren’t very educated,” she says. But she does have a problem with agents getting big commissions for pushing certain schools, and students paying the price.

Manitoba is the only province to regulate recruiters. In 2016, it introduced legislation requiring schools to properly train recruiters and review the information they provide to students. It outlines ethical standards for recruiters and requires schools to terminate partnerships with recruiters when those standards are breached. In 2017, the provincial audit on the Mastantuono situation made 15 recommendations to improve the way international student programs conduct business, including accrediting recruiters. No action was taken. Then, last February, the House of Commons Standing Committee on Citizenship and Immigration made a similar recommendation, suggesting that Immigration, Refugees and Citizenship Canada introduce new regulations to govern recruiters, working with provinces, territories and schools to enforce ethical behaviour.

Last June, CDE, CCSQ and M College were transferred to the privately owned Cestar College of Business, Health and Technology. Cestar has operated in Ontario since 2007 without incident, and the acquisition allowed enrolled RPI students, like Ravneet, to finish their studies. Still, the collapse of the schools made many students skittish—about Montreal, about Canada and about private colleges.

Varun Khanna, who’s 32, moved to Canada from India in 2015 to attend a private college. Today, when he’s not busy running the small trucking company he owns, or studying mobile application development at one of Montreal’s public colleges, he volunteers with the Montreal Youth Student Organization. He co-founded the organization in response to the RPI collapse, advocating for South Asian students.

“The headlines in Punjab right now are discouraging people from applying to Canada, because they’re going to be defrauded. That’s very, very bad publicity.”

He says that he’s heard many stories of recruiters telling students they won’t be able to get into a particular well-known college or university and directing them to private institutions instead. Some may be good, but others turn out to be little more than a few floors, or a few rooms in a cheap office building, with underpaid teaching staff. The RPI colleges fit that bill. After the disaster there, he says his organization is recommending students go to public colleges and universities—“just to be safe.”

Caroline and Christina Mastantuono, and Naveen Kolan, are standing trial early this year on charges of fraud stemming from the Pearson school board case, but the outcome will have no bearing on the fate of the RPI students.

Tardif would like the federal government to contribute to a fund for them—it would be the right thing to do, as well as a small step toward rehabilitating Canada’s image abroad. “Our reputation in India is damaged by this,” he says. “The headlines in Punjab right now are discouraging people from applying to Canada because they’re going to be defrauded. That’s very, very bad publicity.”

Nisha wishes someone had given her that kind of warning. “It was my dream to come to Canada, to become something,” she says. “But it would have been better if I’d never applied.” For a while, Nisha just wanted a resolution, in the form of a refund, or entry to Canada. If the school won’t pay us back, then it is the responsibility of the Canadian government to allow us to complete our education, she would tell herself. We’re not criminals; we’re students. Even months after the Superior Court of Quebec dismissed McCarthy Tétrault’s application, she retained some hope.

Now she knows there will be no Canada and no money. Some other Indian students who’d been in similar situations have since managed to gain entry to Canada. Others have found the money to start over again in a new program, at a new school in a new country. There are few people left who truly understand everything she’s gone through.

Nisha’s family doesn’t speak of the financial strain of remortgaging the family home; they want to protect her, and they want her to forget her terrible luck. Their faith in her remains unshakable.

She’s doing her best to turn a profoundly negative experience into something positive—not just for her, but for others. She’s tutoring friends, and friends of friends, in English, on a volunteer basis. At any time, she has 10 or so students between the ages of 18 and 30, across India, taking her classes online, all people who can’t afford the cost of traditional language classes. She wants to help them improve their English and pass their language proficiency exams so they can eventually do what she couldn’t: study abroad and build a new future for themselves.

Source: How fraud artists are exploiting Canada’s international education boom

Le grand virage de l’immigration

More Quebec coverage of the dramatic shift to temporary workers while the Legault government maintains stable levels of permanent residents, somewhat hypocritically:

Intégration, capacité d’accueil, résidents permanents : pendant que les débats sur l’immigration se focalisent sur la cible de 50 000, ce sont au moins trois fois plus de gens chaque année qui arrivent au Québec avec un permis temporaire ou qui le renouvellent. Les chiffres et les experts sont sans équivoque, c’est un véritable virage de l’immigration qui s’opère en silence.

« Parler des niveaux permanents est absurde et obsolète, puisque l’outil principal est devenu l’immigration temporaire », exprime Stephan Reichhold, directeur général de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI). « Parler seulement de résidents permanents n’illustre pas réellement la réalité au Québec », poursuit-il.

« C’est un faux débat de parler du seuil [de 50 000], car ils viennent de toute façon sur des voies temporaires », affirme aussi Denis Hamel, vice-président des politiques de développement de la main-d’oeuvre au Conseil du patronat du Québec (CSQ).

Ce déséquilibre vers le temporaire est incontestable, dit-il, et les employeurs membres du CSQ le constatent sur le terrain. « Mettez-vous dans la peau de l’employeur qui doit pourvoir un poste vacant. Il a trouvé un candidat à l’étranger, qui arriverait idéalement comme résident permanent, mais c’est quasi impossible en ce moment. Alors il [l’employeur] prend une voie plus rapide, une voie de contournement », expose-t-il en détail.

C’est « l’arbre qui cache la forêt », affirme également Mireille Paquet, titulaire de la Chaire de recherche en politique de l’immigration de l’Université Concordia.

La professeure y voit une certaine contradiction : « Le gouvernement dit pouvoir régler nos problèmes sans avoir recours à l’immigration. Mais c’est du discours, pas la pratique réelle. »

La « pratique réelle » est que le nombre d’immigrants continue de grimper, mais en passant par des catégories temporaires, disent d’une seule voix ces trois observateurs d’horizons différents.

Qui en est responsable ?

Ce virage date de plusieurs années, mais il s’est considérablement accéléré depuis la venue de la Coalition avenir Québec au pouvoir.

En quoi le gouvernement de François Legault peut-il en être responsable ? Les travailleurs étrangers temporaires — autant en agriculture que ceux hautement qualifiés — sont recrutés par les entreprises elles-mêmes. Les étudiants étrangers veulent décrocher un diplôme québécois. Les demandeurs d’asile arrivent par leur propre volonté et leurs propres moyens sur le territoire.

L’immigration temporaire et celle permanente sont considérées comme des vases communicants. La pénurie de main-d’oeuvre s’est vraiment amorcée depuis 2016, situe M. Hamel. Mais c’est maintenant, « étant donné le plafond [de résidents permanents] imposé par le gouvernement, que les employeurs se tournent vers les [résidents] temporaires, de gré ou de force », précise-t-il ensuite.

Là où le discours converge aussi avec la pratique est que Québec s’est exclu de la création de voies d’accès vers la résidence permanente. Les réformes durant le premier mandat caquiste ont notamment restreint les possibilités d’accéder à ce statut pour les personnes sans formation collégiale ou universitaire. « On a autant besoin d’ingénieurs que de bons soudeurs, alors pourquoi discriminer selon les diplômes ? » demande Denis Hamel.

À la demande répétée des employeurs, Québec a aussi mis en place des mesures pour favoriser le recrutement des travailleurs étrangers temporaires, et donc affiché son intention de miser davantage sur ce type d’immigration plutôt que de toucher aux seuils. Le ministère provincial de l’Immigration note dans son plan pour 2022 qu’il souhaite « appuyer les employeurs » pour « augmenter le nombre » de travailleurs étrangers temporaires.

Dans le reste du Canada, l’immigration temporaire est en forte hausse, mais Ottawa a pris une voie différente en créant davantage de voies d’accès à la permanence pour puiser dans ce bassin plus rapidement.

« Le nombre de personnes qui deviennent résidents permanents en ayant déjà eu un statut temporaire est énorme », a ainsi résumé le ministre fédéral de l’Immigration, Sean Fraser, l’automne dernier.

Plusieurs catégories d’immigration

Le nombre de 50 000 résidents permanents est une cible annuelle. Pour la comparer, il faut donc utiliser les données pour chaque année et pour chaque catégorie de temporaires. Il y avait en tout plus de 145 000 titulaires de permis temporaires en 2021, et au moins 181 000 en 2022, selon les données disponibles jusqu’en octobre ou en novembre, selon les catégories.

Il peut s’agir de personnes qui entrent nouvellement sur le territoire, ou encore qui se trouvaient déjà ici et renouvellent leur permis temporaire.

La grande boîte des temporaires, telle qu’illustrée dans notre graphique, regroupe des situations diverses. Les possibilités de devenir résident permanent varient grandement d’une catégorie à l’autre. Ces différents programmes et catégories ont néanmoins une chose en commun : une date d’expiration sur le papier qui donne le droit d’être sur le territoire québécois.

Il y a d’abord les étudiants internationaux, qui détiennent aussi le droit de travailler, un droit sans limites d’heures depuis novembre dernier.

Il y a ensuite le vaste Programme de mobilité internationale (PMI), composé de 70 sous-catégories telles que l’Expérience internationale Canada ou la trentaine de programmes vacances-travail (PVT). Ces immigrants temporaires sont souvent diplômés ou « qualifiés », mais peuvent aussi avoir des permis fermés.

Et enfin, les deux catégories considérées comme les plus précaires : les demandeurs d’asile et les travailleurs étrangers temporaires. Les uns vivent dans l’incertitude de voir leur statut de réfugié reconnu, un processus qui prend actuellement deux ans. Les autres, les travailleurs étrangers temporaires, arrivent sur le territoire avec un permis portant le nom d’un seul employeur ; ils ne peuvent donc pas être embauchés ailleurs au terme de leur contrat.

Ce stock de nouveaux permis temporaires s’ajoute à un bassin de résidents temporaires déjà sur le territoire, grâce à des contrats ou à des permis d’études chevauchant plusieurs années par exemple. Résultat, le nombre de résidents non permanents (temporaires) comptabilisés par Statistique Canada a presque triplé en 10 ans.

Au 1er juillet 2022, l’effectif des résidents non permanents était de 290 000 personnes au Québec, soit plus de 3 % de la population totale de la province.

En posant l’hypothèse que ces « non permanents » veulent s’installer au Québec, il faudrait donc près de six ans pour leur octroyer un statut permanent avec le plafond actuel.

Goulot d’étranglement et conséquences

« On croit que la majorité des résidents temporaires souhaitent rester. Mais pour obtenir la résidence permanente, le nombre de “places” est limitée à 50 000. Ça veut donc dire que les délais s’allongent sans mesure, on s’en va vers une crise et on va perdre beaucoup de monde dans ce goulot d’étranglement », dit M. Reichhold.

Ce virage s’opère silencieusement puisqu’il « n’a jamais été discuté d’un point de vue politique », dit Mireille Paquet. Ces gens temporaires ne répondent peut-être pas « aux idéaux linguistiques et culturels du gouvernement », mais la professeure croit que le Québec « ne peut pas faire l’économie de cette discussion difficile ».

Au-delà des chiffres, « c’est un changement de paradigme », ajoute-t-elle : « L’approche historique du Canada est que les gens arrivaient avec la résidence permanente. C’est toujours comme ça qu’on a compris l’immigration. »

« On perd l’élément intégration et [le fait de pouvoir] dire que ces gens font partie de notre société, ce qui était à la base de notre philosophie », renchérit Stephan Reichhold.

Peu importe le programme utilisé, le statut temporaire induit davantage de vulnérabilité, disent-ils aussi. « Empêcher les gens de se projeter vers l’avenir est paradoxalement un frein majeur à l’intégration », affirme Stéphanie Arsenault, professeure de travail social à l’Université Laval.

« La précarité nuit aussi aux employeurs », note quant à lui M. Hamel, à cause du roulement de personnel et des démarches administratives très lourdes.

Ce virage remet aussi en question l’idée qu’une immigration trop rapide mettrait la cohésion sociale à risque, selon M. Reichhold. « Pour les dizaines de milliers, voire des centaines, de temporaires, ça se passe relativement bien. Ils ont déjà un travail ou font des études, ils occupent un logement et ils consomment. Il n’y a pas de signal de saturation », insiste-t-il.

« Si ce qui nous importe est de savoir si tous ces gens sont capables de trouver de l’emploi au Québec, on le sait, ils sont déjà ici », réitère Mireille Paquet.

La journaliste Sarah R. Champagne a participé au documentaire Essentiels, qui sera diffusé à Télé-Québec le mercredi 25 janvier à 20 h.

Source: Le grand virage de l’immigration

Expliquer le racisme, ce n’est pas culpabiliser les Blancs: Réplique à Lisée

More on the Lisée column:

Dans sa chronique de mercredi, « Les boomers, ces racistes ! », Jean-François Lisée critique une vidéo éducative dont je suis l’auteur, intitulée Racisme, ses origines, son histoire et lue par le professeur Laurent Turcot.

Selon le chroniqueur, ma vidéo nous apprend que « ce n’est qu’en Occident qu’on “retrouve une discrimination parfaitement assumée” ». Voici l’extrait complet : « Naturellement, le racisme n’est pas exclusif aux Blancs ou encore au monde occidental, mais c’est seulement en Occident qu’on va retrouver le paradoxe de sociétés supposément égalitaires et où on retrouve également une discrimination parfaitement assumée. »

Cet extrait, qu’on entend dans la première minute de la vidéo, infirme les intentions que me prête le chroniqueur, qui m’accuse de véhiculer une « fausseté historique ». Je n’ai jamais prétendu que le racisme était exclusif à l’Occident. J’affirme même le contraire dans cette phrase qui n’est citée qu’à moitié. Par contre, il est vrai que ce n’est qu’en Occident qu’on maintenait l’institution de l’esclavage tout en prétendant que « tous les hommes naissent libres et égaux ». Les pays africains ou arabes où se pratiquait l’esclavage ne prétendaient pas partager ces idéaux universels.

Le chroniqueur poursuit : « D’ailleurs, “il faut attendre que les Européens découvrent l’Afrique noire pour qu’on puisse commencer à parler de racisme comme on l’entend aujourd’hui”. » Voilà une autre phrase citée hors contexte et vidée de son sens. Cet extrait de la vidéo explique qu’avant la Renaissance, la discrimination oppose des Blancs à d’autres Blancs — les Slaves réduits en esclavage par l’empire germanique, par exemple. Ce n’est qu’avec l’exploration de l’Afrique subsaharienne et le début du commerce des esclaves qui s’ensuit que commence l’association entre peau noire et servilité. L’objectif de la vidéo est d’expliquer comment le racisme en Occident a évolué au fil des siècles et non pas de pointer les Blancs du doigt.

Selon M. Lisée, « les jeunes sortant de ce visionnement seraient choqués d’apprendre que l’esclavage a été présent sur tous les continents, que les Africains le pratiquaient entre eux avant l’arrivée des Blancs, que les Autochtones d’Amérique le pratiquaient entre eux avant l’arrivée des colons européens ». Les jeunes seraient choqués d’apprendre cela uniquement si les enseignants d’éthique et culture religieuse se contentaient de laisser cette vidéo donner le cours pour eux. Pour avoir participé à la formation de plusieurs cohortes de futurs enseignants, j’ose croire que ce n’est pas le cas.

Dernier reproche que m’adresse le chroniqueur : « Pas un mot non plus sur le fait que les Québécois francophones furent victimes de racisme, ou du moins de discrimination linguistique. » La vidéo vise un large public et ne s’adresse pas spécialement aux élèves québécois. Mon objectif était de résumer en 20 minutes l’histoire du racisme en Occident. J’ai donc dû faire des choix. Pourquoi parler des Québécois plutôt que des Bretons, des Catalans ou de n’importe quelle autre minorité linguistique ? Lorsqu’on parle du racisme au XXe siècle en Occident, il me semble plus parlant de décrire l’antisémitisme allemand, la ségrégation américaine et l’apartheid sud-africain.

La critique de M. Lisée repose sur les intentions qu’il nous prête, à moi et à l’enseignante citée dans sa chronique : culpabiliser les Blancs en général et les Québécois en particulier. C’est un réflexe hélas répandu chez certains nationalistes, qui se placent sur la défensive dès qu’on leur parle de racisme. Si on n’affirme pas en caractères gras qu’il s’est fait pire ailleurs, que le racisme existe aussi au Canada anglais, que Montréal n’est pas Detroit et que la Nouvelle-France n’était pas la Nouvelle-Espagne, on nous reproche de faire le procès du Québec. Et une vidéo éducative se fait accuser d’être de la propagande alors qu’elle cherche seulement à expliquer et à faire réfléchir.

Jean-François Lisée a bien raison d’estimer que ma vidéo ne suffit pas à faire comprendre « la réalité du racisme et de l’antiracisme au Québec ». Je ne prétends pas le contraire, puisque tel n’a jamais été mon objectif. Je regrette toutefois de voir mon travail être considéré comme faisant partie de « la bouillie mensongère et culpabilisatrice » dénoncée par le chroniqueur.

Réplique du chroniqueur

Cher Alexandre Dumas,
D’abord, encore bravo pour vos récents ouvrages sur l’époque duplessiste. Je ne vous tiens évidemment pas pour responsable des lamentables propos tenus dans le reste du cours, mais permettez-moi d’insister : il est faux d’affirmer, comme vous le faites dans cette vidéo, que la discrimination sur la base de distinctions raciales est née avec le trafic occidental d’esclaves noirs. L’esclavage des Vietnamiens par les Chinois est vieux de 2000 ans, celui de Blancs européens par l’Empire musulman y est également antérieur et « parfaitement assumé ». Il n’est par ailleurs pas question d’être, comme vous le dites, à l’offensive ou sur la défensive sur la question du racisme et de l’esclavage, mais de respecter la réalité historique et de reconnaître à la fois la cruauté du racisme, la bravoure de ceux qui l’ont fait reculer et les réels progrès. Ainsi, j’ai été peiné de constater que vous attribuez les grandes avancées antiracistes états-uniennes des années 1960 à des impératifs de politique africaine de Washington plutôt qu’au colossal travail de Martin Luther King et des Noirs américains appuyés par un grand nombre de Blancs, dont plusieurs juifs, qui ont mis leur vie en danger pour cette cause.

Bien cordialement,
Jean-François Lisée

Source: Expliquer le racisme, ce n’est pas culpabiliser les Blancs

Lisée: Les boomers, ces racistes!

Of note, how good program intentions can go wrong:

Revêtus de notre cape d’invisibilité, assoyons-nous à l’arrière d’une classe de cinquième secondaire de la région de Montréal en ce frisquet mois de janvier pour être instruit sur le problème du racisme dans le cours Éthique et culture religieuse.

Nous avons d’abord droit à une définition classique du racisme : la conviction que certaines races sont supérieures aux autres. Bien. Qu’en est-il chez nous ? « Selon les chiffres de Statistique Canada, Statistique Québec, affirme l’enseignante, 59 % des Québécois se prétendent racistes. 59 %, c’est énorme. Alors, quand le gouvernement dit qu’on n’est pas racistes, c’est pas vrai, hein. Les chiffres parlent plus fort que les mots. »

Ça commence fort. Ce pourcentage existe : il vient d’un sondage Léger de 2007 et cumule les réponses « fortement, moyennement ou faiblement racistes ». Léger n’avait cependant pas demandé si les Québécois estimaient certaines races supérieures aux autres. Angus Reid l’a demandé pas plus tard qu’en 2021 et a trouvé que 9 % des Québécois partageaient cette odieuse conviction, comparativement à 12 % des Canadiens et (cramponnez-vous) à 18 % des membres des minorités visibles.

Mais ne chipotons pas, continuons d’écouter la prof qui assène cette vérité : « Le Québec est la province la moins tolérante et la moins accueillante du Canada. » Mais d’où vient notre propension à autant détester l’autre ? Pas des générations dont font partie la prof et ses élèves, précise-t-elle. Alors qui ? Voici l’extrait complet de l’enregistrement audio qu’une bonne âme m’a fait parvenir : « Ça s’explique avec la génération des baby-boomers — vous connaissez ? —, donc ceux qui ont grandi dans les années 1950 et 1960. Et qu’est-ce qui est arrivé de majeur dans les années 1950 et 1960 ? Il y a eu des grosses vagues d’immigration. Ç’a créé un choc culturel que certains d’entre eux n’ont pas encore digéré. Nous, on est habitués de vivre avec d’autres cultures, mais cette génération-là, au départ, ne l’était pas.  » Heureusement, ce problème va finir par disparaître de lui-même.

Mais il continue de sévir car, nous dit l’enseignante, « le taux de discrimination au travail est de 57 % ». Je n’ai pas trouvé de source pour ce taux et, s’il est certain que la discrimination à l’embauche est bien documentée, la situation actuelle (2021) est que le taux d’emploi des Québécois issus de l’immigration est supérieur (69 %) à celui des Québécois de souche (63 %).

Mais ne chipotons pas. Les élèves visionnent ensuite un documentaire de 20 minutes de l’historien Julien Talbot intitulé Racisme, ses origines, son histoire. On y apprend que ce n’est qu’en Occident qu’on « retrouve une discrimination parfaitement assumée ». D’ailleurs, « il faut attendre que les Européens découvrent l’Afrique noire pour qu’on puisse commencer à parler de racisme comme on l’entend aujourd’hui ». On peut — et l’on doit — dénoncer jusqu’à plus soif le racisme occidental, mais les jeunes sortant de ce visionnement seraient choqués d’apprendre que l’esclavage a été présent sur tous les continents, que les Africains le pratiquaient entre eux avant l’arrivée des Blancs, que les Autochtones d’Amérique le pratiquaient entre eux avant l’arrivée des colons européens.

Motus aussi sur le fait, non contesté, que la plus grande opération mondiale d’esclavage de l’histoire fut musulmane, les États musulmans ayant cumulativement mis environ un million de chrétiens en esclavage à partir du XVIe siècle. Pas un mot non plus sur le fait que les Québécois francophones furent victimes de racisme, ou du moins de discrimination linguistique.

Bref, en 55 minutes, le cours réussit à cumuler une fausseté historique — le racisme est occidental —, une fausseté nationale — les Québécois sont massivement racistes —, une fausseté canadienne — le Québec est l’endroit le plus raciste au Canada — et une fausseté générationnelle — c’est la faute des baby-boomers. C’est beaucoup.

Je ne jette pas la pierre à cette enseignante, car elle relaie le discours dominant. Mais à l’heure où l’on invente un nouveau cours de citoyenneté québécoise pour remplacer le cours ECR, il faut saisir l’occasion de mieux enseigner à nos jeunes ce que sont le racisme et l’antiracisme.

D’abord, en donnant un portrait juste de l’universalité du racisme et de l’esclavage. Ensuite, en expliquant comment, au sein de l’Amérique du Nord et du Québec, les forces d’oppression et de libération se sont opposées à travers les siècles. Il faut avoir la franchise de parler à la fois de l’esclavage autochtone, de celui qui a eu cours en Nouvelle-France, puis d’indiquer que c’est au Québec que ce fléau a été aboli de facto avant qu’il ne le soit dans le reste du Canada, dans l’Empire britannique et aux États-Unis. C’est aussi d’abord au Québec que les Juifs ont été reconnus comme des citoyens à part entière, avant le reste de l’empire.

Et si on tient à parler des baby-boomers, admettons qu’ils n’ont certes pas réussi à juguler le racisme envers les Autochtones, les Noirs ou les Arabes, mais qu’ils ont ouvert grands les bras aux réfugiés chiliens, vietnamiens et haïtiens alors même qu’ils se battaient contre des patrons qui refusaient de les embaucher, eux, dans des positions de pouvoir ou de leur parler dans leur langue. Et alors qu’ils se battaient, de l’autre main, pour les droits des femmes et des gais.

La réalité du racisme et de l’antiracisme au Québec déborde largement les cases caricaturales dans lesquelles on tente de l’enfermer. Enseigner à la future génération que depuis Champlain — le plus égalitariste de tous les colonisateurs européens — jusqu’aux baby-boomers, nous avons eu notre part de racistes et d’antiracistes, de brutes et de héros (et qu’au fil du temps, les seconds l’ont généralement emporté sur les premiers ), leur dire que ce juste combat leur incombera bientôt à eux, me semble autrement plus juste historiquement — et motivant pour les progrès à venir — que la bouillie mensongère et culpabilisatrice qu’on les force aujourd’hui à ingurgiter.

Source: Les boomers, ces racistes!

Stéphanie Chouinard and Andrew Parkin: The CPC needs to get back to bilingualism

Of note:

Over the last 20 years, only two of the past seven federal elections have produced majority governments. Governing and opposition parties alike have struggled to grow their popularity with Canadians. It is now Conservative Party of Canada leader Pierre Poilievre’s turn to try to break the logjam. 

To break through, the new leader needs to play both offence and defence. The attack comes more naturally for Poilievre, and concerns with the rising costs of living provides an ideal focus. Poilievre’s stinging criticisms align with the public mood: over the past year, inflation has surpassed COVID-19 as the top issue on Canadians’ minds

To win the next election, however, criticizing the Liberals’ handling of the economy won’t be enough. Poilievre should also address his own party’s weaknesses. Chief among these is the prolonged hangover from the 2015 election, when Conservatives engaged in what many saw as anti-immigrant dog-whistling. This undermined the party’s previous outreach to new Canadians and hampered its efforts to pick up seats in the country’s diverse — and seat-rich — cities and suburbs.

Poilievre now seems set to change course. His rhetoric calling for greater opportunities for Canadians regardless of their ethnicity is reminiscent of Diefenbaker’s push for a bill of rights. His disdain for gatekeepers is aimed partly at the roadblocks faced by immigrants seeking to settle in Canada. And his own family story — featuring his wife Anaida, an immigrant herself — cements his credentials as a leader who genuinely appreciates newcomers’ contributions to the country.

On immigration, CPC supporters are at least trying to meet him halfway. It is true that Conservative voters, on average, are less favourable to immigration than Liberal or NDP supporters. But this difference shouldn’t be misinterpreted. A slight majority of Conservatives currently disagree with the claim that there is too much immigration to Canada, and agree that we should be taking in more refugees fleeing conflicts. Three in four think immigration has a positive impact on our economy. Poilievre’s championing of struggling entrepreneurial newcomers is hardly going to tear his party apart.

Making progress on this front, however, should go hand in hand with rebuilding the party’s reputation on another key issue: official bilingualism. Much has been made of how well Poilievre himself speaks French — something that places him well ahead of his recent predecessors. But to make real gains in French-speaking areas of the country (both inside and outside of Quebec), it is the party’s personality that will count, not just the leader’s.

When it comes to language policy, this personality has been shaped by the CPC’s provincial counterparts. In 2018, Doug Ford announced he was shutting down the Ontario French-language commissioner’s office and cancelling funding for the Université de l’Ontario français — a decision that was met with public demonstrations the likes of which had not been seen since the Mike Harris era. In Alberta, both Jason Kenney’s budget cuts to Campus St-Jean and Danielle Smith’s failure to appoint a minister responsible for Francophone Affairs have cemented the UCP’s reputation as a government unfriendly to Franco-Albertans.

But without a doubt, the Conservative brand has been damaged most by New Brunswick’s premier, Blaine Higgs, a former member of the overtly francophobic Confederation of Regions (CoR) party. Since his re-election in 2020, his actions on official bilingualism have gone from dismissive to destructive, from his appointment of the former leader of the People’s Alliance (a party largely seen as the CoR’s heir) to the committee in charge of the review of the province’s Official Languages Act, to the cancelling of French immersion. In the country’s only officially bilingual province, these decisions are more than ill-advised; they are divisive. 

Poilievre thus has his work cut out for him if he is to re-brand his party as a safe choice for Francophone voters. He has already lost the CPC’s biggest asset: former official languages critic Alain Rayes left the party after the last leadership race. But the party’s base poses a bigger problem: fewer than three in ten CPC supporters think that bilingualism is a very important part of the Canadian identity. This is the lowest proportion since Environics first polled on this almost 40 years ago. While on multiculturalism, the party has decidedly become more supportive, on bilingualism, it has become less.

It is thus perhaps unsurprising that the proportion of Quebecers who sense that their language is under threat has never been higher. Canadians from the ROC tend to blame the province’s nationalist premier for fuelling Quebecers’ angst around language and culture. But as provincial governments outside Quebec erode rather than expand French-language services, and as commitment to bilingualism fades within the federal official opposition’s membership, a little less finger-pointing on the subject might be in order.

A leader’s ability to speak French is essential in Canadian politics, but it offers no short-cut to victory. To again form a majority government, CPC supporters, from coast to coast to coast, need to take a hard look at their vision of Canada and articulate a serious recommitment to official bilingualism as a modern value of Canadian society.

Stéphanie Chouinard is an associate professor in the Department of PoliticalScience at Royal Military College and at Queen’s University in Kingston. Andrew Parkin is the executive director of the Environics Institute for Survey Research. Find them on Twitter at @DrSChouinardand and @parkinac.

Source: Stéphanie Chouinard and Andrew Parkin: The CPC needs to get back to bilingualism

Poilievre veut miser sur l’immigration pour renflouer le système de santé

Of note, the general messaging (Chantal Hébert has a good analysis of CPC prospects Pierre Poilievre is unpopular in Canada’s second-largest province — and so are his policies):

Un gouvernement conservateur sous Pierre Poilievre reconnaîtrait les compétences des travailleurs étrangers en santé dans un délai de 60 jours, et ce, afin de désengorger le système de santé.

C’est ce qu’a affirmé le chef du Parti conservateur du Canada, lundi après-midi, dans le cadre d’un point de presse tenu à l’occasion d’une mini-tournée québécoise, où il a rencontré plus tôt dans la journée des familles dont un membre est touché par un trouble du spectre de l’autisme et des représentants de la Fédération des chambres de commerce du Québec.

Ces déclarations font écho à un engagement précédent formulé par M. Poilievre, qui souhaitait faciliter et accélérer la reconnaissance des compétences des travailleurs immigrants.

« Seulement 43 % des médecins immigrants et 37 % des infirmières immigrantes ont le droit de pratiquer leur métier, a déploré M. Poilievre. Pour ces candidats, les coûts de formation n’entrent même pas dans l’équation. Il suffirait d’attester de leurs compétences sur la foi de ce qu’ils sont en mesure d’accomplir, le tout dans 60 jours, plutôt que de se fier sur leur pays d’origine. »

Le député de Carleton, en Ontario, souhaiterait également que le programme de reconnaissance des acquis soit accessible aux candidats avant même leur arrivée au Canada, afin de raccourcir le processus le plus possible. Son gouvernement s’engagerait par ailleurs à soutenir 34 000 prêts pour tout autant d’immigrants établis au pays afin qu’ils puissent reprendre leurs études pour se mettre aux normes canadiennes.

Pour soulager le système de santé, le chef conservateur propose aussi de réduire les listes d’attente et d’accélérer l’approbation canadienne de traitements d’avant-garde éprouvés dans d’autres pays industrialisés.

Moins d’inflation et de paperasse

M. Poilievre a profité de sa brève allocution pour rappeler trois promesses que son parti s’engage à respecter s’il est porté au pouvoir.

Il propose d’abord une « loi du 1 $ pour 1 $», où son gouvernement retrancherait toute somme nouvellement investie d’un autre programme afin d’éviter d’endetter davantage les Canadiens, ce qu’il reproche à son homologue libéral.

« Les Canadiens sont en train de souffrir, nous sommes face à un taux d’inflation parmi les plus élevés des quarante dernières années », a déclaré M. Poilievre, qui plaide pour un meilleur contrôle des dépenses. « L’augmentation des coûts du gouvernement Trudeau, avec ses 500 millions de dollars de déficit inflationniste, a entraîné une augmentation du coût de la vie », a-t-il ajouté.

Le chef conservateur a par ailleurs promis de « rendre le travail payant » plutôt que de le punir, notamment en allégeant la fiscalité et les différents programmes gouvernementaux, le tout afin de remettre davantage d’argent dans les poches des travailleurs.

Enfin, le chef de l’opposition officielle à Ottawa s’est engagé à réduire la bureaucratie et la « paperasserie » imposées aux entreprises afin de les rendre plus productives, notamment dans les secteurs minier et hydroélectrique, pour planifier la transition écologique.

M. Poilievre sera de passage à Trois-Rivières et à Québec plus tard cette semaine pour « entendre le gros bon sens des Québécois et des Québécoises » dans l’optique de préparer le programme conservateur en vue de la rentrée parlementaire, plus tard ce mois-ci.

Source: Poilievre veut miser sur l’immigration pour renflouer le système de santé

Cornellier: Besoin de Montréal

Of note, Montreal vs the regions and the multiculturalism/interculturalism debates:

Si le Québec veut réussir dans le dossier de l’intégration des immigrants, il aura besoin de la contribution de la Ville de Montréal. C’est là, en effet, que la majorité des immigrants décident de vivre. En 2016, ces personnes représentaient 34,3 % de la population de Montréal, 28,5 % de celle de Laval et 20,3 % de celle de Longueuil. Dans le reste du Québec, les personnes immigrantes ne représentent qu’environ 4 % de la population. On voit donc toute l’importance qu’a la région montréalaise dans cette mission.

La Ville de Montréal est-elle à la hauteur des attentes québécoises dans ce dossier ? C’est la question que pose le politologue David Carpentier dans La métropole contre la nation ? (PUQ, 2022, 232 pages), un éclairant essai issu d’un mémoire de maîtrise. « Que fait concrètement la Ville de Montréal pour favoriser l’intégration de ces populations sur son territoire ? » demande Carpentier. Va-t-elle dans le sens préconisé par l’État québécois ou contredit-elle l’action de ce dernier ?

Carpentier est un chercheur. Son essai n’a rien de polémique. Il reste que sa conclusion selon laquelle « il se déploie ainsi dans la métropole une forme dissimulée de multiculturalisme donnant libre cours à une vie civique affranchie du cadre national » fera réagir à juste titre. Selon Carpentier, en effet, « les principes sur lesquels repose une certaine conception de l’intégration, établie par les processus démocratiques québécois, se voient court-circuités par la Ville de Montréal », sans véritable légitimité politique.

Selon la Constitution canadienne, l’immigration est une compétence partagée entre les provinces et l’État central. Les municipalités, quant à elles, jouissent des responsabilités que veulent bien leur déléguer les gouvernements provinciaux.

Au Québec, de plus, l’affaire se complique du fait que nous sommes une nation minoritaire dans un État dont la politique d’intégration, le multiculturalisme, entre en concurrence avec la nôtre, l’interculturalisme. À titre de « créatures de la province » sur le plan juridique, les municipalités devraient donc être soumises à l’application de la politique québécoise, mais un certain flou, dans cette dernière, vient gripper la machine.

Le multiculturalisme canadien est une politique officielle depuis 1971. Il « valorise la manifestation des particularismes d’ordre ethnoculturel, religieux et linguistique dans l’espace public », résume Carpentier, et affirme qu’il « n’existerait pas au pays une culture ou un groupe ayant préséance ». Comme le note le politologue, le Canada a beau jeu de ne pas insister sur la nécessité de l’intégration à une société d’accueil puisque la présence de cette dernière s’impose de fait, « étant donné le statut hégémonique de la tradition anglo-saxonne et sa réalité démographique majoritaire ».

Nation minoritaire, le Québec ne peut se permettre ce luxe, d’où son adhésion à l’interculturalisme, une « voie mitoyenne », précise Carpentier, entre l’assimilationnisme et le multiculturalisme. L’interculturalisme valorise le pluralisme, mais accorde une place prioritaire à la culture majoritaire d’accueil, à laquelle doivent s’intégrer les nouveaux arrivants et qui se fonde sur l’« égalité des genres, la démocratie, la laïcité, le français comme langue publique commune, l’État de droit [et] le respect des droits et libertés de la personne », résume le politologue. Or, ce modèle d’intégration n’a jamais été officialisé par le gouvernement du Québec, ce qui rend son application incertaine.

Dans certains documents publics, la Ville de Montréal affirme adhérer à un interculturalisme minimaliste. Dans les faits, toutefois, son action révèle souvent l’« adhésion tacite de la municipalité au modèle canadien et son contournement du discours que promeut l’État québécois », constate Carpentier.

Dans des interventions publiques, par exemple, le maire Coderre et la mairesse Plante ont tous deux plaidé pour une laïcité dite ouverte et pour plus de flexibilité dans l’usage de l’anglais. Ainsi, au nom de la différence montréalaise, ils ont contesté deux des principaux socles de l’interculturalisme québécois.

Selon Carpentier, les acteurs de la politique montréalaise d’intégration se diviseraient en deux camps : les partisans de l’interculturalisme, principalement des fonctionnaires et des chercheurs, et ceux du multiculturalisme, qu’on retrouve surtout chez les élus et les acteurs associatifs. Pour le moment, à cause du flou juridique et politique entourant le statut de l’interculturalisme, ce sont les seconds qui s’imposent, entraînant ainsi une dramatique « déconnexion » entre la métropole et le reste du Québec.

Qu’attend donc le gouvernement du Québec pour faire de l’interculturalisme sa politique d’intégration officielle sur tout le territoire national ? Ça devrait faire partie d’un programme sérieux de réveil national.

Source: Besoin de Montréal

Quebec’s social services under pressure by influx of asylum seekers

No surprise:

The influx of asylum seekers to Quebec is putting pressure on the province’s social services network, with homeless shelters in Montreal bearing the brunt.

France Labelle, with a youth homeless shelter in downtown Montreal, says a rising number of requests for beds is coming from asylum seekers, who she says compose about 10 per cent of her clientele.

Sam Watts, head of homeless shelters with the Welcome Hall Mission, says that homelessness in the asylum seeker population in Montreal is a relatively new phenomenon.

The federal government says that between January and November 2022, 45,250 asylum seekers arrived in Quebec, compared to 7,290 people for all of 2021.

Quebec Premier François Legault said last month that the province needed help from Ottawa to house, educate and integrate the rising number of asylum seekers in the province.

Labelle says shelters and other parts of Montreal’s social services network need appropriate resources to accommodate the increasing demand from would-be refugees.

Source: Quebec’s social services under pressure by influx of asylum seekers

Dutrisac: La prison pour asile

Interesting example of turning an opinion column on migrant detention centres into reinforcing Dutrisac’s legitimate concern over the declining weight of Quebec given its lower immigration levels, with a barb thrown in regarding McKinsey and Dominic Barton:

C’est en janvier 2017 que Justin Trudeau a lancé son tweet où il invitait « ceux qui fuient la persécution, la terreur, la guerre » à débarquer au Canada — « sachez que le Canada vous accueillera », écrivait-il. Six ans plus tard, le gouvernement fédéral a inauguré un nouveau centre de détention pour incarcérer certains demandeurs d’asile. On peut penser qu’à l’époque, un tel développement n’avait pas effleuré l’esprit du premier ministre canadien.

Dans ce tweet innocent, Justin Trudeau fait preuve d’une bonne dose d’inconscience, si ce n’est d’hypocrisie, car le Canada, aussi vaste et généreux le croit-on, ne peut raisonnablement accueillir les dizaines de millions de personnes qui sont forcées tous les ans de quitter leur pays.

Comme nous l’apprenait Le Devoir dans son édition de samedi, Ottawa a inauguré en octobre à Laval un centre de détention pour les demandeurs d’asile et les immigrants temporaires, ce qu’on appelle par euphémisme un « centre de surveillance ». Construit au coût de 50 millions, le nouveau centre remplace d’anciennes installations jugées vétustes. L’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), de laquelle relève le centre, en a profité pour augmenter le nombre de places pour le porter à 153, contre 109 pour l’ancien bâtiment. Seulement 66 « détenus » s’y trouvaient à la fin décembre, tandis que les centres correctionnels administrés par Québec en accueillaient une quinzaine. Les pensionnaires de cette prison fédérale « dorée », mais prison quand même puisqu’ils ne peuvent en sortir à moins d’être libérés, ont la particularité de n’avoir commis aucun crime qui justifierait leur détention. Des papiers qui ne sont pas en règle, des doutes sur l’identité du ressortissant étranger ou des risques de fuite sont évoqués par l’agence pour justifier cette mesure de « dernier recours ». Comme dans les vraies prisons, les détenus n’ont pas droit à leur cellulaire, ni accès à Internet ; on peut se demander pourquoi.

Les organismes de défense des libertés civiles comme Amnistie internationale dénoncent l’incarcération de ces migrants qui n’ont commis aucun crime. Contrairement au Québec et à l’Ontario, la Colombie-Britannique a mis fin à l’entente avec l’ASFC visant la détention de migrants dans des prisons provinciales. L’Alberta et la Nouvelle-Écosse ont annoncé qu’elles en feraient autant. Depuis 2015, il y aurait eu 8000 de ces détenus au Canada — la période de détention moyenne est de 22 jours —, dont 2000 dans des prisons provinciales et le reste dans les trois centres de détention de l’ASFC.

C’est relativement peu considérant les millions de ressortissants étrangers qui sont entrés au pays depuis huit ans. Au Québec, par exemple, les quelque 80 migrants détenus actuellement se comparent aux 36 000 demandeurs d’asile qui seraient entrés par le chemin Roxham dans la seule année de 2022, ce qui s’ajoute aux dizaines de milliers de demandeurs, déjà présents sur le territoire québécois, qui sont toujours en attente d’une décision d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Ou encore aux 150 000 demandeurs d’asile qui, selon Le Journal de Montréal, sont arrivés au Québec depuis cinq ans, soit 52 % du total canadien.

Or, que ce soit pour obtenir un permis de travail des autorités fédérales ou pour obtenir une réponse définitive sur le statut de réfugiés, les délais ne font que s’allonger. Pour les demandeurs d’asile qui passent par le chemin Roxham, ces délais peuvent s’étendre sur plusieurs années. Ceux dont la demande est rejetée ont le temps de s’établir ici avant de recevoir un avis d’éviction, éviction que nombre d’entre eux tenteront d’éviter en se réfugiant dans la clandestinité. Le système est dysfonctionnel, comme les autres volets de l’immigration. Dans ce contexte, on peut se demander à quoi peut bien servir la détention traumatisante d’une poignée de migrants.

Parmi les ministères fédéraux, c’est l’IRCC qui, depuis 2015, a dépensé le plus pour des conseils en gestion de la firme de consultants américaine McKinsey, a rapporté Radio-Canada. Or l’ironie, c’est que la désorganisation notoire de l’IRCC s’est aggravée en raison de l’accroissement pléthorique des seuils canadiens d’immigration, une recommandation de 2016 d’un comité formé par Ottawa et présidé par Dominic Barton, alors premier dirigeant mondial de McKinsey. Par la suite, le consultant a cofondé The Century Initiative, ou Initiative du siècle, un lobby qui promeut le projet de porter à 100 millions la population du Canada d’ici 2100.

Constater qu’à nos frais, nous participons dans ce pays, au sein duquel le Québec perdra inexorablement son poids démographique et donc politique, à une expérimentation sociale inédite concoctée par McKinsey n’a rien de rassurant.

Source: La prison pour asile