Quebec/Canada: Les deux solitudes [in immigration]

Paths continue to diverge with longer-term demographic impact, but with the usual caricature of Canadian immigration and multiculturalism policies “n’ayant peu à se soucier des questions d’intégration et de langue,” ignoring the various integration supports including language training:

Le gouvernement fédéral a ouvert une voie rapide pour accorder à 90 000 travailleurs temporaires et étudiants étrangers en sol canadien leur résidence permanente et devenir ainsi des immigrants reçus.

Le but de l’opération, c’est de permettre à Ottawa de s’approcher de son ambitieux objectif d’accueillir 401 000 immigrants en 2021, et ce, en dépit de la pandémie. En raison des restrictions touchant les voyages, l’arrivée de l’étranger des candidats a été grandement perturbée, tout comme leur recrutement. L’idée est donc de les remplacer par des travailleurs et des étudiants étrangers déjà au pays. À compter du 6 mai, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) amorcera le traitement des dossiers qu’elle recevra afin d’accorder le statut de résident permanent à 20 000 travailleurs de la santé, à 30 000 travailleurs dans des services dits essentiels et à 40 000 étudiants étrangers diplômés d’un établissement postsecondaire canadien.

Le ministre fédéral de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marco Mendicino, a invité le Québec à imiter Ottawa. Or, la ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), Nadine Girault, n’a pas emboîté le pas.

En dévoilant son programme, le ministre Mendicino a souligné l’impulsion économique que cet apport rapide de résidents permanents permettra. C’est de la bouillie pour les chats : ces travailleurs occupent déjà des emplois et contribuent ainsi déjà à l’activité économique. En revanche, pour les intéressés, c’est un cadeau du ciel.

Depuis l’accord Canada-Québec de 1991 en matière d’immigration, le gouvernement du Québec sélectionne environ 60 % de ses immigrants, principalement dans la catégorie des travailleurs qualifiés, ou de l’immigration économique, en leur délivrant un certificat de sélection du Québec (CSQ), et établit les seuils annuels d’immigrants admis, c’est-à-dire ceux à qui le gouvernement fédéral accordera, dans une année donnée, un statut de résident permanent.

Les deux systèmes, celui administré par le fédéral et celui du Québec, fonctionnent en parallèle, du moins en partie. IRCC se charge de l’immigration sous toutes ses formes pour l’ensemble des provinces, sauf pour le Québec. Ottawa s’occupe au Québec de la réunification familiale et de la plupart des réfugiés ainsi que des permis de travail délivrés aux travailleurs et aux étudiants étrangers.

L’an dernier, Ottawa prévoyait accorder le statut de résident permanent à 341 000 personnes, statut qui n’a été donné, en raison de la pandémie, qu’à 184 000 candidats. Il entend faire du rattrapage en fixant son objectif à 401 000 cette année, à 411 000 en 2022 et à 421 000 en 2023.

À l’heure actuelle, on estime qu’il reste 25 000 dossiers en attente d’une résidence permanente au Québec ; pour la plupart, il s’agit de détenteurs d’un CSQ qui sont déjà au pays. Malgré ces dossiers qui traînent depuis des années, le gouvernement fédéral n’a pas admis suffisamment de résidents permanents en 2020 au Québec pour que le gouvernement caquiste respecte le seuil d’immigration qu’il s’était fixé, soit entre 43 000 et 44 500. Il en manque plus de 12 000.

Des délais inexcusables de 27 mois, selon les données d’IRCC, et de 13 mois, selon le MIFI, se sont creusés pour obtenir un statut de résident permanent au Québec. Dans le reste du Canada, ce délai serait de six mois. Un tel écart est injustifiable.

Ottawa soutient que la faute revient au gouvernement caquiste, qui a abaissé les seuils d’immigration. Cette explication ne tient pas pour l’an dernier, et possiblement pour l’année en cours, alors que Québec a demandé à Ottawa d’accélérer la cadence. Ottawa voudrait embarrasser le gouvernement caquiste qu’il ne procéderait pas autrement. Il est vrai que le gouvernement caquiste paraît mal avec son approche plus restrictive, notamment son Programme de l’expérience québécoise (PEQ), dont les critères ont été resserrés, alors qu’Ottawa, de son côté, se montre bon prince.

Le gouvernement Legault devrait exiger d’Ottawa qu’il accorde leur résidence permanente à tous les détenteurs d’un CSQ présents au Québec. Il faut en finir avec ces dossiers qui entravent le recrutement des immigrants et nuit à l’atteinte des objectifs gouvernementaux.

En matière d’immigration, le Canada et le Québec suivent deux voies différentes. D’un côté, le gouvernement caquiste — et c’était vrai aussi, avec plus de mollesse, des gouvernements Charest et Couillard — s’efforce de préserver le caractère français du Québec en mettant l’accent sur la francisation des immigrants, leur intégration et la régionalisation de l’immigration, tout en tentant de remédier aux pénuries de main-d’œuvre. De l’autre, le gouvernement Trudeau poursuit une politique des plus agressives, n’ayant peu à se soucier des questions d’intégration et de langue, le Canada dépassant désormais largement l’Australie à titre de champion mondial de l’immigration. Voilà deux solitudes, même en immigration.

Source: https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/598926/immigration-les-deux-solitudes?utm_source=infolettre-2021-04-16&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Faut-il vraiment réduire les seuils d’immigration?

Taking issue with the PQ position on reduced immigration levels (similar to Lisée’s arguments posted earlier):

Dans une lettre parue le 9 avril, l’économiste et président du Parti québécois, Dieudonné Ella Oyono, affirmait que, devant la rareté de main-d’œuvre qui touche plusieurs secteurs de l’économie québécoise, « augmenter les seuils d’immigration n’est pas une solution soutenable à long terme, ni du point de vue économique (chômage élevé) ni du point de vue social (pression sur les services publics). » Cette conclusion nous semble toutefois fondée sur des prémisses erronées.

La position que défend M. Oyono se base sur un examen du taux de chômage des immigrants reçus au Canada entre 2016 et 2020. Or, on devrait plutôt faire remonter l’analyse à 2006, puisque les données publiées à cet égard par Statistique Canada remontent à cette année. Il en ressort un portrait plus complet et on évite ainsi la comparaison avec 2020, une année atypique en raison de la pandémie.

Entre 2006 et 2019, le taux de chômage des immigrants reçus âgés de 15 ans et plus a diminué de 45 % au Québec, passant de 12,8 % à 7 %. Cette diminution s’est observée chez toutes les catégories d’immigrants, des plus récemment arrivés aux plus anciennement établis. Le taux de chômage de la population née au pays a pour sa part diminué de 38 % durant cette période, passant de 7,4 % à 4,6 %.

La raison de cette embellie est fort simple : depuis la crise de 2008, la croissance de l’économie a été soutenue, les baby-boomers ont quitté par milliers la population active après avoir atteint l’âge de la retraite, et le nombre de postes vacants dans les entreprises du Québec s’est multiplié, dont une majorité pour des emplois requérant peu de formation ou d’expérience. Cette situation a profité aux personnes récemment entrées sur le marché du travail, dont les personnes immigrantes.

Dans ce contexte, pourquoi se priverait-on de la contribution de celles et ceux qui ont le projet de s’installer au Québec, notamment pour pouvoir y vivre en français ? Selon un argument souvent mis en avant, plus le nombre de personnes immigrantes augmente dans un pays, plus il deviendrait difficile de les intégrer. Dans une étude parue en 2019, l’IRIS montrait au contraire que les États qui affichent les proportions les plus grandes d’immigrants sont aussi ceux qui les intègrent le mieux sur le plan économique. On le voit d’ailleurs en Ontario où, comme le souligne M. Oyono lui-même, le taux de chômage des immigrants reçus est plus bas qu’au Québec, alors que la province de Doug Ford accueille, toutes proportions gardées, plus d’immigrants que celle de François Legault.

Quant à l’argument voulant que les personnes immigrantes représentent une charge pour les finances publiques, mentionnons au contraire qu’à mesure que les années passent et que leur participation au marché du travail s’accroît, leur contribution au Trésor public (et donc au financement des services publics) augmente elle aussi.

Certes, les inégalités persistantes entre travailleurs immigrants et natifs exigent, comme le souligne là encore M. Oyono, que l’on se donne les moyens d’y remédier. Augmenter le nombre de cours de francisation et faciliter la reconnaissance des diplômes et des expériences acquis à l’étranger sont bien entendu des mesures qui font partie de la solution, mais lutter contre la discrimination en emploi, qui touche particulièrement les personnes racisées, l’est tout autant.

L’immigration ne pourra à elle seule remédier au manque de main-d’œuvre que connaît le Québec et qui s’accentuera dans les années à venir, étant donné le vieillissement de la population. Par contre, réduire les flux migratoires en provenance de l’étranger ne fera qu’aggraver le problème. Inversement, il faut éviter de voir les personnes qui souhaitent s’installer au Québec comme une simple force de travail au service des entreprises et plutôt les considérer comme des citoyennes et des citoyens à part entière qui apportent beaucoup plus qu’ils ne coûtent à la société d’accueil. C’est là une des clés de leur intégration.

Peut-être y a-t-il des raisons politiques qui en poussent certains, à l’instar de M. Oyono, à rejeter l’idée d’une hausse des seuils d’immigration. Cependant, les raisons sociales et économiques le plus souvent invoquées pour défendre une telle position reposent sur une analyse inexacte de la situation des personnes immigrantes au Québec.

Source: Faut-il vraiment réduire les seuils d’immigration?

Lisée: Éloge de la pénurie de main-d’oeuvre

A contrarian view to what appears to be the general consensus in English Canada in favour of increased immigration:

On l’entend déjà, la musique de la pénurie de main-d’œuvre, avant même que la pandémie nous tourne le dos. On l’entend dans les questions posées par la cheffe libérale. Dans les déclarations patronales, chez quelques économistes et chroniqueurs. Il manque tellement de main-d’œuvre dans tellement de secteurs, va le refrain, qu’il faut de suite doubler, tripler, quadrupler l’immigration.

Si seulement on faisait venir 30 000 infirmières, on réglerait notre problème ! Mais 30 000, réparties sur le territoire, c’est l’équivalent de la population de Chambly. Les enfants de ces infirmières vont exacerber la pénurie d’enseignants, non ? Qu’à cela ne tienne. Faisons venir 30 000 enseignants. Mais ne devra-t-on pas bâtir des maisons pour loger ces 60 000 nouveaux Québécois ? Ce qui va accroître la pénurie dans la construction. D’accord pour ajouter 30 000 ouvriers (ne pas oublier les soudeurs). Mais on a maintenant dépassé la population totale de Repentigny. On vient d’aggraver la pénurie dans le secteur manufacturier, dans les technologies de l’information, dans les transports. Bon, je pense que vous saisissez. Une méta-étude (Longhi et coll.) montre qu’il faut 49 salariés pour répondre aux besoins générés par 50 nouveaux citoyens. Il en reste un, un seul, pour pourvoir un emploi jusque-là vacant. Ma calculatrice est formelle : en suivant cette équation, pour pourvoir par l’immigration les 150 000 postes vacants au Québec, il faudrait 7,5 millions d’immigrants.

Qu’on me permette de citer un de nos plus brillants économistes, Carlos Leitão : « Pour la pénurie de main-d’œuvre, la solution numéro un reste la formation de la main-d’œuvre. On peut toujours aller chercher des immigrants dans des domaines spécialisés, mais l’immigration ne réglera pas la pénurie de main-d’œuvre de façon générale. » Je note qu’il n’a pas répété cette vérité scientifique depuis qu’il a rejoint le Parti libéral du Québec.

L’immigration est un excellent moyen pour faire grossir l’économie en soi (mais pas pour enrichir les citoyens en moyenne), pour tirer légèrement les salaires vers le bas (un grand objectif patronal), pour montrer de la solidarité internationale. Dans une société dont la langue est en déclin rapide, une immigration de langue étrangère est un accélérateur, plutôt qu’un frein, de la chute.

Ce dont on parle trop peu, par contre, ce sont les avantages de la pénurie de main-d’œuvre.

Les salaires montent. Lorsque le chômage était à 8 %, en 2010, l’augmentation réelle des salaires ne fut que d’un demi pour cent. Dix ans plus tard, avec un chômage à 5 %, les salaires réels ont crû de 5 %, un record. La pénurie de main-d’œuvre renverse le rapport de force patrons-salariés en faveur des salariés. Une bonne chose.

N’avez-vous pas été frappés par le fait que plus de 10 000 Québécois ont répondu présents à une offre d’aller changer des couches d’aînés lorsqu’on leur a promis 26 $ l’heure ?

La pauvreté recule. En 2010 il y avait 365 000 adultes prestataires de l’aide sociale. Dix ans plus tard, ils ne sont plus que 130 000, une réduction sensationnelle des deux tiers, et dont seulement 83 000 ne présentant aucune contrainte à l’emploi. Du jamais vu. Et une preuve que lorsque les emplois sont disponibles et que les salaires montent, les assistés sociaux ne demandent pas mieux que d’aller au boulot. Cela a des conséquences sur la sortie de la pauvreté. Le nombre de Québécois à faible revenu (mesure du panier de consommation) est passé de 975 000 en 2006 à 705 000 en 2016, une réduction de près de 30 %.

La pénurie contribue à un cercle vertueux : moins de pauvreté signifie moins de problèmes de santé générés par cette pauvreté, moins de coûts sociaux, plus d’activité économique, plus de rentrées fiscales pour l’État, donc pour les dépenses publiques.

La discrimination à l’embauche recule. Il y a une décennie, le taux de chômage des immigrants arrivés chez nous depuis 5 à 10 ans était près du double (15 %) de celui des natifs québécois (8 %). Désormais à 6,1 %, ce taux s’approche de celui des natifs, à 4,5 %. C’est facile à comprendre : lorsqu’il y a des Mohammed et des Jean-Jacques dans les CV examinés, c’est Jean-Jacques qui gagne. Mais s’il n’y a plus que des Mohammed, le plus obtus des employeurs devra finir par l’appeler. Merci qui ? Merci la pénurie !

Elle fait aussi en sorte que les employeurs se tournent plus volontiers vers des salariés en situation de handicap, vers les programmes d’insertion de décrocheurs. Aucune politique d’insertion sociale n’est plus efficace que la pénurie. Aucune.

La productivité augmente. La clé de notre richesse collective repose sur notre capacité à augmenter la productivité par heure travaillée. Depuis des décennies, Québec cherche avec un succès mitigé à pousser nos PME à innover, à améliorer l’outil de travail, à hausser le niveau de formation des salariés. Longtemps, l’existence d’une main-d’œuvre abondante et à bon marché a nourri chez ces employeurs une désolante paresse. Mais s’il manque désormais d’employés pour répondre aux commandes, que font-ils ? Ils doivent se résoudre à automatiser, à robotiser, à former les salariés pour opérer ces technologies. Et puisque ces nouveaux procédés sont plus verts, ils contribuent à notre combat contre le réchauffement climatique. Aucune politique publique d’innovation n’est aussi efficace que la pénurie de main-d’œuvre.

On rattrape l’Ontario. C’est l’obsession de François Legault. Faire en sorte que le salaire moyen québécois brut rejoigne l’ontarien. (Je dis « brut », car, ajusté au coût de la vie, notre salaire moyen net a rattrapé l’ontarien depuis un bon bout de temps.) Ses amis patrons l’implorent d’ouvrir les vannes de l’immigration. car il leur manque un ingénieur ici, un soudeur là, des informaticiens un peu partout. Il doit leur résister. C’est la pénurie qui pousse tous les salaires vers le haut. On ne s’attend pas à ce que le premier ministre l’admette. Seulement à ce qu’il le sache et qu’il agisse en conséquence. Pour l’enrichissement, contre la pauvreté et la discrimination, la pénurie est son meilleur allié.

Source: Éloge de la pénurie de main-d’oeuvre

Un Français qui a échoué à un test de français pour immigrer au Québec dénonce un processus «trop sélectif»

Not aware of similar circumstances with English test but anecdotally I have heard immigrants with advanced English knowledge have bristled at having to pay for testing to become citizens:

Yohan Flaman est français et a fait toute sa scolarité en français. Arrivé au Québec en 2018, il a pourtant échoué à une partie du test de français pour obtenir sa résidence permanente. Il dénonce « un processus beaucoup trop sélectif », trop cher et « contre-productif », symptomatique selon lui des autres cafouillages récents du système d’immigration dans la province.

« Sincèrement, on dirait que c’est un examen qui est fait pour être raté », lance-t-il aujourd’hui après avoir réussi le test à son deuxième essai et déposé sa demande de résidence permanente. « Je m’étais dit que c’était dans la poche, mais les consignes sont tellement longues et certaines questions sont tirées par les cheveux. » Chaque section du test est également minutée de manière très serrée, ajoute-t-il.

Pour être sélectionné comme immigrant permanent à travers le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), un candidat doit en effet démontrer sa maîtrise du français. Il y a plusieurs façons de le faire : en ayant une scolarité de trois ans en français de niveau équivalent au secondaire, en prouvant la réussite d’un cours de francisation de niveau 7 ou encore en passant l’un des tests reconnus par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI).

Pressé par le temps

Le niveau 7 (sur un total de 12) est considéré par le MIFI comme un niveau intermédiaire. Il implique de pouvoir communiquer à l’oral dans des situations partiellement prévisibles à propos de besoins courants. Quant au test, le niveau à atteindre est « B2 », soit intermédiaire avancé, ce qui implique de pouvoir donner « des avis argumentés » et de converser ou de comprendre un discours « de façon claire et détaillée ».

La section mesurant la compréhension orale du français a particulièrement donné du fil à retordre à Yohan Flaman : il faut répondre à 60 questions en 40 minutes (y compris les consignes données à l’oral), ce qui équivaut à moins de 40 secondes par question. « Je n’imagine pas combien ça peut être difficile pour quelqu’un qui apprend le français en plus de son travail à temps plein, dit-il. Je comprends qu’il faut un minimum, mais la barre est trop haute. »

L’homme de 39 ans se porte ainsi à la défense d’autres collègues qui ne sont pas francophones. Si même un Français peut échouer, alors le Québec se met clairement « les bâtons dans les roues », dit-il. Il va sans dire qu’un échec à ce test, qui coûte 240 $, a un effet domino sur le reste du dossier.

Maintenant que sa demande est déposée, M. Flaman n’est tout de même pas au bout de ses peines. Le Devoir révélait la semaine dernière qu’il faut actuellement compter entre 27 et 33 mois pour obtenir sa résidence permanente. « Beaucoup d’amis et de collègues sont dégoûtés et retournent en France », raconte celui qui admet avoir lui-même songé à repartir avec sa femme québécoise.

Il déplore surtout le fait de n’avoir « aucun interlocuteur » pour faire le suivi de son dossier d’immigration. « La seule chose que l’agent d’immigration peut te dire, c’est que ton dossier est en traitement. Toi, tu as juste le droit de fermer ta gueule », laisse-t-il tomber.

Une question délicate

Le jeune homme met au défi les Québécois d’essayer de passer ce genre d’épreuve, tout en soulignant l’ironie que ces tests soient envoyés en France pour être corrigés. Les deux entités qui administrent la passation de ces examens sont en effet enregistrées de l’autre côté de l’océan, soit France Éducation internationale et la Chambre de commerce et d’industrie de Paris.

Camionneur de longue distance depuis son arrivée avec un permis de travail temporaire, Yohan Flaman fait régulièrement des voyages du Centre-du-Québec vers les États-Unis. « Je me débrouille en anglais et, même si c’est parfois limité, l’important est de se comprendre », explique-t-il.

Comme plusieurs autres travailleurs temporaires, il considère donc que de nombreux secteurs d’emploi ne nécessitent pas une connaissance aussi élevée du français pour fonctionner et s’intégrer.

En effet, Le Devoir rapportait jeudi que plusieurs travailleurs temporaires et associations d’employeurs demandent à Québec d’assouplir les exigences de français pour certains programmes d’immigration économique dans la province. « Ce n’est vraiment pas l’ouvrage qui manque », dit M. Flaman.

La protection du français fait l’objet d’un large consensus au Québec, mais les emplois occupés par les travailleurs temporaires ne nécessitent pas toujours un français avancé. « C’est presque tabou. Selon moi, c’est une forme d’aveuglement puisque les Québécois eux-mêmes tombent vite dans l’anglais dans certains milieux de travail », observe quant à lui Stephan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes.

Dans le cas où des immigrants temporaires ne parviendraient pas au niveau 7 en français, seul le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration a le pouvoir de contourner cette règle.

Pour l’instant, seul un programme pilote pour les travailleurs en intelligence artificielle qui gagnent plus de 100 000 $ par année permet de déroger à cette règle du français.

Source: Un Français qui a échoué à un test de français pour immigrer au Québec dénonce un processus «trop sélectif»

English version below:

If someone from France can fail Quebec’s French test for immigrants, how hard is it for a non-francophone to pass?

Yohan Flaman, 39, a truck driver from Limoges, France, who came to Quebec in 2018 under the Quebec Experience Program, wasn’t too nervous about taking the French test set by the department of Immigration, Francization and Integration.

Source: Immigrant from France fails Quebec’s French test for newcomers

Nicholas: La honte [history of France’s suppression of minority languages and related issues]

Refreshing reminder of history and its impact:

On prend rarement le temps, au Québec, de rappeler qu’il n’y a pas si longtemps que tous les Français parlent français.

C’est que l’Europe s’est développée au Moyen Âge comme un ensemble de royaumes aux frontières instables, et donc les monarques se mariaient entre eux, évoluant dans un univers culturel et linguistique à part de populations très diversifiées. Et la France ne fait pas exception. L’occitan, le catalan, le breton, le picard, l’alsacien, le basque ne sont que quelques-unes des langues autochtones de la France, parlées comme langues maternelles et souvent comme seules langues de bien des sujets de la France de l’Ancien Régime, dans l’indifférence quasi totale de la monarchie. Ce qui importait au pouvoir politique des rois qui ont administré notamment la Nouvelle-France, c’était surtout que le français soit normé et imposé comme langue de l’État et de l’administration pour supplanter le latin, et donc le pouvoir de l’Église.

C’est principalement avec la Révolution française qu’on s’est mis à s’intéresser à cette diversité linguistique, perçue alors comme un obstacle à la circulation des idées politiques républicaines et laïques. Et après la période de va-et-vient politique qu’a connue la France au XIXe siècle, la Troisième République instaure dans les années 1880 une série de lois sur l’instruction primaire obligatoire — en français — sur l’ensemble du territoire. On veut alors une république, unie et unitaire. Et avec l’industrialisation et la montée du capitalisme, la bourgeoisie dominante a avantage à créer une masse qui suit les mêmes normes, travaille de la même manière, consomme les mêmes produits et les mêmes journaux.

Dans les écoles de France, on déploie un ensemble de châtiments, souvent physiques, pour punir les enfants qui parlent leur langue maternelle. On leur enseigne finalement non seulement le français, mais aussi l’infériorité de leur culture et de leur milieu familial. En occitan, on parle de vergonha pour nommer l’effet des politiques républicaines sur la psyché populaire. La honte. C’est par la honte, et souvent par la violence envers les enfants, que le français est devenu la langue de la République. Le projet linguistique républicain est donc fondamentalement un projet disciplinaire. Il faut parler le français, le bon, le patriotique, le beau, l’exact, le supérieur, le vrai, le pur. Une liste de notions qui, faut-il le spécifier, n’ont d’assises dans aucune science du langage. Les dogmatiques les plus orthodoxes de la langue française n’ont souvent (nécessairement) aucune notion de sociolinguistique.

L’unitarisme républicain a bien sûr été amené dans les colonies françaises au même moment qu’il a été imposé en France même. On a aussi tenté, tant bien que mal, d’enseigner aux fils des potentats « indigènes » non seulement le français, mais aussi la fierté et le sentiment de supériorité qui viennent avec le rapprochement avec la norme, ainsi que la honte et le mépris de sa langue maternelle ou des variants locaux du français. Cette honte, elle laisse des traces, d’une génération à l’autre, tant en France que dans son (ex) empire.

Après des décennies de lavage de cerveau, une France transformée par cet idéal politique « redécouvre » le Québec, et sa langue qui a échappé à cette entreprise de réingénierie sociale républicaine. Et une partie des élites québécoises, à son contact, internalisent aussi cette honte et la transmettent à leur tour aux gens d’ici, au nom, paradoxalement, de la fierté nationale. Frustrés d’être l’objet des moqueries des Hexagonaux, on se moque à son tour des Saguenéens ou des gens d’Hochelaga. Des Parisiens disent aux élites montréalaises qu’elles sonnent comme le Moyen Âge, et elles, à leur tour, traitent les Acadiens, les Cajuns et les Franco-Manitobains comme des vestiges du passé.

Si l’on prend rarement le temps d’expliquer cette histoire de la langue française au Québec, c’est notamment que l’on se préoccupe, avec raison, de la place prépondérante de l’anglais en Amérique du Nord, et surtout de cet autre projet impérialiste qu’est le Régime britannique à l’origine du Canada moderne. On croit que nos insécurités linguistiques nous viennent de cette situation de minoritaires sur le continent. C’est vrai, en bonne partie. Mais il ne faut pas non plus oublier d’examiner cette francophonie, le projet politique qu’elle porte, ses effets insécurisants et sa logique disciplinaire génératrice de honte et de hiérarchie qui pèsent sur les francophones « hors norme » de tous les continents, Européens y compris.

Il faut réfléchir à la langue française en Amérique non seulement face à l’anglais, mais aussi face à elle-même, dans toute sa complexité. Qu’est-ce que cela veut dire de dénoncer les tentatives d’assimilation et de stigmatisation vécues par les enfants francophones des Amériques aux mains des Britanniques et des Américains, tout en ayant participé à des projets missionnaires visant à assimiler les enfants haïtiens, sénégalais ou innus et à stigmatiser leur langue maternelle ? Qu’est-ce que ça signifie de dénoncer le règlement 17 qui a longtemps compliqué l’enseignement du français en Ontario pendant que l’État québécois s’acharne à franciser les jeunes du Nunavik ? Qu’est-ce qui se produit quand des militants de gauche, qui militent pour l’équité et l’inclusion, s’en prennent à l’orthographe des internautes moins scolarisés qu’eux plutôt qu’à leurs idées ? Ou lorsqu’on « se donne un accent » pour faire sérieux à la télévision d’État ou à l’université ?

Dénonce-t-on les effets néfastes de l’impérialisme britannique parce qu’on est anti-impérialiste ou parce qu’on lui aurait préféré un impérialisme différent, où l’on aurait été plus dominant ? Est-on contre le mépris des Franco-Québécois ou contre le mépris tout court ? Se pencher sur ces questions, c’est s’interroger sur ce que l’on veut que notre francophonie signifie à la face du monde, et aussi sur la manière dont les francophones se traitent entre eux, et sur le rapport traversé de contradictions, d’émotions et souvent d’insécurité de chacun envers sa langue et son identité. À nous de voir, avec les francophones de partout dans le monde, ce que signifie parler français, de mettre en question ses normes et de s’approprier (enfin) sa langue

Source: La honte

Quebec politicians denounce rise in online hate as Ottawa prepares to act

Ironic given some of the political discourse in Quebec:

Death threats over an animal control plan, personal insults over stop signs, social media attacks targeting spouses — these are examples of what politicians in Quebec say has become an increasingly difficult reality of their jobs during COVID-19.

From suburban mayors to the premier, politicians in the province have been raising the alarm about the rise in hateful and occasionally violent online messages they receive — and some are calling for stronger rules to shield them.

On Saturday, Premier Francois Legault denounced the torrent of hateful messages that regularly follow his online posts, which he said has worsened “in the last months.”

“Each time I post something now, I’m treated to an avalanche of aggressive and sometimes even violent comments, and to insults, obscenities and sometimes threats,” Legault wrote on Facebook.

Several Quebec municipal politicians have announced they won’t be running again in elections this fall, in part because of the hostile climate online. Others, including the mayors of Montreal and Quebec City, have spoken in the past about receiving death threats. In November, police in Longueuil, Que., arrested a man in connection with threats against the city’s mayor and other elected officials over a plan to cull deer in a municipal park.

Philippe Roy, the mayor of the Town of Mount-Royal, an on-island Montreal suburb, says he’s leaving municipal politics when his current term ends, partly because of the constant online insults directed at him and his spouse.

While taking criticism is part of the job, he said he’s seen a shift in the past two years toward more falsehoods and conspiracy theories, which he said are undermining the trust between elected officials and their constituents. After 16 years in politics, he said he’s tired of the constant accusations directed his way.

“When people are questioning your integrity, you start saying, ‘Well, maybe I have better things to do somewhere else,’ ” he said in a recent interview.

The problem is serious enough that the group representing Quebec municipalities has launched an awareness campaign and drafted a resolution denouncing the online vitriol. It has so far been adopted by some 260 municipal councils.

Suzanne Roy, the group’s president, says the campaign was launched in response to a “flood of testimonials” from mayors and councillors about an increase in abuse and hate speech during the pandemic.

She attributes the phenomenon to a rise in “stress and frustration.”

“People, without having the proper tools to manage their stress, will let off steam on social media and write inappropriate statements towards decisions taken at city council about a stop sign at the wrong place, a hole in the road, everything,” she said in a phone interview.

Roy, who is mayor of Ste-Julie on Montreal’s South Shore, said she experienced the perils of social media firsthand earlier this year when someone stole her identity online and posted anti-COVID conspiracy theories from her Facebook account.

She is among those pushing for stronger rules to combat hate speech, and for platforms such as Facebook to take quicker action to remove hateful comments or restore someone’s identity when it’s stolen. She said the platforms need to take down the messages as soon as they appear to ensure debate remains respectful and false messages aren’t spread.

“It’s a question of debate and a question of democracy,” she said.

Federal Heritage Minister Steven Guilbeault has promised to introduce new legislation to combat hate speech this spring.

In an interview Tuesday, he said the legislation will define five categories of illegal online activities and create a regulator. The regulator’s job would include pushing online platforms to respect the law and to remove hateful messages within 24 hours.

He said the bill’s goal is to take stronger actions against hate speech, child porn and non-consensual sharing of intimate images. He was careful to say that it would not tackle misinformation, saying it’s not the government’s job to “legislate information.”

Guilbeault said his government has also had to contend with critics who accuse the government of wanting to limit free speech, a charge he denies. Rather, he says the aim of the legislation is to ensure that laws, such as those against hate speech, are applied online as they are in the real world — something he argues will protect free speech rather than stifle it.

“Right now in the virtual world and, I’m sad to say, in the physical world, we’re seeing the safety and security of Canadians is being compromised, that freedom of speech is being affected online,” he said in a phone interview.

“We’re seeing it now with Quebec politicians who say, ‘No, no I don’t want to run for politics, it’s so violent.'” He said the chilling effect extends to equity-seeking groups and racialized Canadians, many of whom avoid the platforms because they’re constant targets of abuse.

“How does that protect free speech?” he asked. “Well, it doesn’t.”

Suzanne Roy says her group, the Union des municipalities du Quebec, gives new councillors some training on how to manage social media accounts, including advice on handling adversarial situations. She says the advice generally includes not getting into debates online and instead steering people to more formal channels to express their opinions, such as city council meetings and public consultations.

Philippe Roy, the soon-to-be ex-mayor of Mont-Royal, says that while there appear to be strong candidates to take his place, he’s already met people who have been discouraged from running by the prospect of online hate — something that bodes poorly for the future if the problem isn’t tackled.

“We’re losing people who could give back to the community, and that’s one of the threats that comes from this situation,” he said.

Source: Quebec politicians denounce rise in online hate as Ottawa prepares to act

Les immigrants auront peu d’incidence sur le déclin du français au Québec

More demystification:

Deux nouvelles études mettent en lumière les défis auxquels fait face la langue française au Québec. Elles confirment le recul net anticipé du poids des francophones au Québec d’ici une quinzaine d’années — et cela, peu importe les efforts déployés pour accueillir plus d’immigrants parlant français —, de même que l’importance que prend l’anglais en milieu de travail.

Dévoilées lundi après-midi par l’Office québécois de la langue française (OQLF), ces études viennent étoffer des données contenues dans le grand Rapport sur l’évolution de la situation linguistique, publié en avril 2019, et dans une étude de Statistique Canada publiée en 2017.

Pas de grande surprise par rapport aux constats, donc, mais les conclusions « confirment ce que plusieurs études ont montré — le français décline », commentait lundi Myriam D’Arcy, directrice générale de la Fondation Lionel-Groulx, qui s’intéresse de près à ce dossier. « Il est temps d’agir : on attend impatiemment le projet de loi » que doit déposer le gouvernement Legault pour mettre à jour la Charte de la langue française.

La première étude s’appuie sur les Projections linguistiques pour le Canada, 2011-2036. Ce rapport prévoit notamment une diminution importante de la part de la population utilisant le français à la maison (de 82 % en 2011 à 75 % d’ici 2036).

L’OQLF a demandé aux chercheurs de Statistique Canada d’étudier différents scénarios — touchant tous la composition de l’immigration — pour mesurer s’ils auraient un effet sur la part relative du français dans les différentes catégories habituelles (langue maternelle, principale langue d’usage à la maison, etc.). Résultat ? Les « scénarios auraient somme toute un effet assez limité sur l’accroissement du poids démographique de la population québécoise de langue française », notent les chercheurs.

Même un scénario « théorique peu probable » qui ferait en sorte que 100 % des immigrants du volet économique (c’est Québec qui assure leur sélection) seraient originaires de pays francophones « ne permettrait de faire progresser que marginalement les différents indicateurs du français ».

L’OQLF conclut donc elle aussi que « le poids des francophones de langue maternelle et celui des personnes dont le français est la langue parlée le plus souvent à la maison diminueront d’ici 2036 ». Dans le premier cas, on parle d’un recul d’au moins sept points de pourcentage ; dans le second, d’au moins six points.

Au travail

Pour l’étude Langues utilisées dans diverses situations de travail au Québec en 2018, l’OQLF a mandaté une firme de sondage pour qu’elle éclaircisse qui parle anglais au travail et pour quelles raisons. L’Office s’est gardé d’établir des comparatifs ou de commenter la situation.

Sur l’île de Montréal — là où se concentrent les questions liées à la protection du français —, 53 % des travailleurs parlent surtout français au travail, alors que près de 19 % utilisent surtout l’anglais. Le quart des travailleurs passent d’une langue à l’autre.

Pourquoi ? Près de la moitié (49 %) des répondants qui utilisent au moins régulièrement l’anglais le font pour « offrir un service à la clientèle du Québec ». Parmi les autres raisons mentionnées régulièrement, il y a notamment le fait que des « collègues préfèrent utiliser » l’anglais (25 %).

Source: Les immigrants auront peu d’incidence sur le déclin du français au Québec

Un peu d’humanité s’il vous plaît, M. Legault

More on the “gardian angels” by Quebec opposition members:

Marie (nom fictif), le téléphone dans la main droite et sa petite fille de deux ans agrippée à son bras gauche, tente désespérément de récupérer les passeports de toute la famille détenus par Citoyenneté et immigration Canada (CIC) afin d’obtenir une copie certifiée de toutes les pages des précieux carnets et de les acheminer au ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) à Québec. L’épisode est kafkaïen. La tâche de récupérer tous les documents exigés par le MIFI afin de compléter le dossier du programme des « anges gardiens » est titanesque. Peu importe, elle fera tout pour avoir accès à ce certificat de sélection du Québec (CSQ) béni qui les conduira, elle et ses enfants, à la résidence permanente.

Une résidence permanente pour Marie, veuve d’un préposé aux bénéficiaires mort de la COVID-19, lui permettra de sortir la tête des eaux troubles de la pauvreté. Ça voudra dire pouvoir envoyer ses enfants de deux et trois ans en garderie et, donc, travailler comme préposée aux bénéficiaires, métier pour lequel elle a étudié, et contribuer à la société québécoise. Ça voudra dire aussi ne plus avoir peur d’être expulsée en Haïti, qui sombre de plus en plus dans l’anarchie. L’anxiété est à son comble.

Marie a soumis sa demande en décembre, dès l’ouverture du programme des anges gardiens visant les étrangers au statut précaire qui ont prodigué des soins au printemps dernier dans le domaine de la santé. Et tout traîne toujours.

Même si ce programme est pancanadien, le gouvernement Legault, en raison d’un accord avec le gouvernement fédéral en matière d’immigration, demande une liste différente de documents à fournir. « Les exigences du MIFI sont inadaptées à la crise », nous dit Me Guillaume Cliche-Rivard, spécialiste en droit de l’immigration. Et pourtant, pour Québec, tout va bien, Madame la Marquise.

La lenteur avec laquelle la CAQ traite la régularisation des « anges gardiens » n’est pas seulement honteuse, elle nuit à la société québécoise.

Dans un article de Radio-Canada, on apprenait la semaine dernière qu’en deux mois, seulement 3 dossiers sur 721 ont été approuvés au Québec. Tandis que dans le reste du Canada, ce sont 459 dossiers sur 932. Pourquoi ? Par manque de volonté politique ou incompétence dans sa mise en œuvre ? Les questions se posent et cela n’aide personne.

Ce qui est absurde dans tout ceci, c’est que ce manque d’humanité, cette bureaucratie digne des 12 travaux d’Astérix du gouvernement de la CAQ, n’a rien de bon pour le Québec. Elle laisse des gens dévoués dans une grande précarité avec tous les dommages collatéraux que cela implique. La précarité est synonyme de pauvreté et d’exclusion sociale. Leur situation les rend vulnérables à l’exploitation de toutes sortes. L’incertitude quant à leur statut crée aussi un climat anxiogène qui se transmet à toute la famille, et la santé mentale en prend un coup énorme. Tout ce désespoir accable les ressources communautaires, qui sont déjà à bout de souffle.

Le gouvernement se doit d’accélérer le processus de traitement des demandes du programme. Il doit aussi l’élargir et l’ouvrir aux travailleurs de la santé qui ont travaillé au-delà du 14 août 2020. La guerre contre la COVID-19 n’est pas terminée. Ces gens-là donnent encore à manger aux malades, les nettoient, les aident. Certains ont même contracté le coronavirus. Il faut les considérer.

Le gouvernement doit finalement accepter la main tendue d’Ottawa qui souhaite élargir le programme à d’autres travailleurs essentiels de la santé, comme les gardiens de sécurité et les gens responsables de l’entretien, entre autres.

La ministre, Nadine Girault, doit imposer un leadership fort. Ce n’est pourtant pas le cas. Ce manque de vision nous désespère. Le sentiment d’exclusion qui est en train de se développer nous conduit tout droit vers une intégration toute croche. Mauvaise intégration, pauvreté, exclusion : les ingrédients pour un gros gâchis. C’est très mauvais pour le Québec.

Si le gouvernement a décidé d’en prendre moins, il devrait peut-être en prendre soin.

Paule Robitaille et Christine St-Pierre, Respectivement députée de Bourassa-Sauvé, porte-parole en matière de lutte contre la pauvreté ; et députée de l’Acadie, porte-parole en matière d’immigration

Source: Un peu d’humanité s’il vous plaît, M. Legault

Few Quebec ‘guardian angels’ who worked in health care during COVID granted residency

Hard to understand the reasons for the delays:

Advocates for asylum seekers who worked in health care during the pandemic’s first wave are calling on Quebec to speed up the processing of immigration applications from workers dubbed “guardian angels” by the premier.

In December, the federal government launched two special programs allowing asylum seekers who worked in the health-care sector during the early part of the health crisis to apply for permanent residency.

One program, which applies outside Quebec and is run by the federal government, has received 932 applications for permanent residency, according to the most recent data available. Of those, 459 had been approved in principle as of Feb. 20, the federal Immigration Department said in an email.

The other program is run through an agreement between Ottawa and Quebec. The federal government said it has received 721 applications — the first step in the process. Of those, just three applications for permanent residency have been approved in principle by the federal government, the Immigration Department said.

Wilner Cayo, president of Debout pour la dignite, a group that advocates for asylum seekers to be given status, said the difference shows a lack of political commitment from Quebec. “Quebec has always been very reluctant to recognize the extraordinary contribution of the ‘guardian angel’ asylum seekers,” Cayo said in an interview Tuesday.

Premier Francois Legault said Tuesday he was unaware Quebec was lagging behind other provinces, adding that the criteria for the program was decided in conjunction with the federal government. “There is no instruction given not to accelerate the acceptance of these people,” Legault told reporters in Quebec City.

“On the contrary, we want to keep our word.”

Cayo said the delays have caused people to put their lives on hold. Some “guardian angels,” he said, are waiting for permanent residency so they can earn a degree or take a training program.

Many are parents, he said, adding that without permanent residency, they don’t have access to Quebec’s public daycare program. For people with low salaries, paying for private daycare has a big impact on their quality of life, Cayo said.

“It’s a big disadvantage.”

Marjorie Villefranche, director of La Maison d’Haiti, a community group that works with newly arrived immigrants, said applicants in Quebec have an additional step compared with asylum seekers in the rest of the country. After their initial applications are approved by the federal government, they have to apply to the province to receive a Quebec selection certificate. Once that is issued, they have to apply to Ottawa for permanent residency.

Villefranche said Quebec needs to put additional resources into application processing. “I don’t think there’s any political will,” she said in a recent interview.

Flore Bouchon, a spokeswoman for Quebec Immigration Minister Nadine Girault, said the government hasn’t received any formal complaints about the program from immigration support organizations or from the affected asylum seekers.

Files are processed “within a very reasonable time frame, 21 days on average,” she wrote in a recent email. The number of applicants who have received Quebec selection certificates is a sign of the program’s success, she wrote.

As of March 19, the Quebec government had received 389 requests for Quebec selection certificates and 114 of those requests had been finalized, she said. Counting applicants and dependants, 237 people have been given Quebec certificates, Bouchon wrote.

Quebec Immigration Department spokeswoman Arianne Methot said after certificates are issued, applications become the responsibility of the federal Immigration Department.

Alexander Cohen, press secretary for federal Immigration Minister Marco Mendicino, said delays are to be expected with a new program. Ottawa’s priority, he said in a recent interview, is expanding the program to include more workers.

The two special programs are only open to people who worked at least 120 hours between March 13 and Aug. 14, 2020, and who provided direct care in a health-care establishment in Canada.

Villefanche said she would like to see the program expanded to more workers who may have been exposed to COVID-19 on the job but who didn’t provide direct care, such as cleaning staff. She said she would also like the August deadline extended because she said it’s not fair to people who provided vital care during the second wave of the pandemic.

“It’s like if there was a good wave and a bad wave,” she said. “This is ridiculous.”

Source: Few Quebec ‘guardian angels’ who worked in health care during COVID granted residency

Chris Selley: Don’t you start with the ‘Quebec-bashing’ accusations, Justin Trudeau

Of note:

Certain Quebec politicians and commentators are terribly insulted on the province’s behalf. No need to hold the front page; it’s the same basic melodrama as always.

As is his wont, University of Ottawa professor and Twitter fanatic Amir Attaran has been infuriating people. This time, he tweeted mean things about Quebec: it is “led by a white supremacist government”; it’s “the Alabama of the north”; he accused the hospital employees caught on video verbally torturing Joyce Echaquan, a 37-year-old Atikamekw woman who died in a Lanaudière hospital last year, of carrying out a “medical lynching.”

As is their wont, Quebec nationalists including Premier François Legault and Parti Québécois leader Paul St-Pierre Plamondon demand satisfaction. “I ask you to condemn publicly Mr. Attaran’s words and apologize to Quebecers,” Plamondon wrote to U of O president and vice-chancellorJacques Frémont. “I also ask you to intervene (to ensure) he stops this behaviour, and to apply proportional sanctions.”

As is its wont, U of O did what a university should not: offered an opinion. “I deplore these kinds of highly polarizing statements made in public forums,” Frémont wrote back to Plamondon.

At least Frémont declined to discipline Attaran. And his response wasn’t all bad: “Freedom of expression, we will agree, is not a buffet where one can pick and choose what kind of speech is deemed acceptable,” he wrote — a fine statement in principle, and in theory quite a good comeback. Quebec nationalists have recently adopted freedom of expression, academic and otherwise, as a major cause, lest (as Legault recently put it) “radical militants” send “censorship spilling out into our political debates and our media.”

In practice, however, Quebec’s notion of academic freedom tends to evaporate precisely at the moment it wounds the collective amour propre. Thus, many in Quebec who deplored the suspension of U of O professor Verushka Lieutenant-Duval for using the N-word in an academic context now want Attaran’s ears boxed. Four years ago, some of the same people successfully demanded Andrew Potter’s departure from McGill’s Institute for the Study of Canada for suggesting a “malaise (was) eating away at … Quebec society.”

Also in practice, Frémont, who was happy to throw Lieutenant-Duval to the wolves (she was later reinstated), is in no position to be making such pronouncements. And it did no good anyway: In a Monday press conference with Prime Minister Justin Trudeau on the topic of broadband funding, Legault said he was disappointed Frémont hadn’t condemned Attaran more harshly.

If anyone’s behaving a little differently than usual in this rote performance, it’s Trudeau. “Enough of the Quebec-bashing,” he said at the press conference, borrowing a phrase most commonly used by nationalists — including against him and his government.

When it comes to harsh allegations of racism against Canadian institutions , “Quebec bashing” is largely a misnomer. Trudeau knows very well they aren’t only directed at Quebec and Quebecers. In 2017 the co-founder of Black Lives Matter Toronto called Trudeau “a white supremacist terrorist.” Reactions to Trudeau’s blackface problem were replete with such charges. Among Indigenous activists, the terminology of structural racism is de rigueur. And Trudeau uses it himself.

“There is systemic discrimination in Canada, which means our systems treat Canadians of colour … differently than they do others,” he said last year, responding to protests over the death of George Floyd at the hands of Minneapolis police.

The real difference is that Quebec is uniquely sensitive to criticism in general, and bizarrely resistant specifically to the notion that state apparatuses might have discrimination baked into them that can manifest irrespective of any individual actor’s intentions.

“This is yet another example of systemic racism,” Trudeau said of Echaquan’s death at the time.

Legault responded with a perfect circle of logic. “My role as premier … is to bring Quebecers together, to take action … to fight racism,” he said. He didn’t want to “alienate the large number of Quebecers who think there is no systemic racism in Quebec.”

The Liberals have pulled off a neat trick throughout Quebec’s 15-year battle over minority religious rights, which has culminated (for now) in Bill 21, the ban on teachers, Crown attorneys and some other civil servants wearing hijabs and turbans and kippas: They have maintained their “party of the Charter” brand, opposing such restrictions with while not suffering much for it in Quebec.

On the issue of Bill 21, Trudeau hardly covered himself in glory during the 2019 campaign: “I am the only one on the stage who has said ‘yes: a federal government might have to intervene on this’,” he half-heartedly boasted during a leaders’ debate. But it was slightly further than Jagmeet Singh, a Sikh who wears a turban, would go, and much further than stalwart religious-rights defender Andrew Scheer would. The Conservatives lost two seats in Quebec; the NDP lost 15. Trudeau kept his job, with plenty of Quebec MPs behind him.

The Conservatives are accelerating their pitch. Erin O’Toole’s Saturday keynote speech at the Conservatives’ convention reiterated special promises to Quebec: a single tax-return (which it could have now if it just agreed to have Ottawa collect the money) and expanding French language laws into areas of federal jurisdiction, based on no compelling evidence that French (as opposed to unilingualism) is imperilled in Quebec. It’s an unsavoury and quite likely doomed endeavour.

The Liberals’ advantage here is by no means entirely earned: The party’s various Montreal fortresses aren’t impregnable for any especially good reason. But that’s all the more reason for them to stay well away from the sandbox of nationalist grievances. It’s one of the few scraps of principle any federal political party has left.

Source: https://ottawacitizen.com/opinion/chris-selley-dont-you-start-with-the-quebec-bashing-accusations-justin-trudeau/wcm/fdfea6b9-78eb-4168-9096-459a84c870ef