Chantal Hébert: Trudeau has a choice to make about Quebec’s secularism debate

Indeed:

It is not only on the pipeline front that Prime Minister Justin Trudeau has a politically critical call to make in the lead-up to the upcoming federal campaign.

At some point in the not-so-distant future, he will have to decide whether to become more actively involved in Quebec’s ongoing secularism debate. That time is almost upon his government.

On Thursday, a Quebec parliamentary commission held its final day of public hearings on Bill 21. By all indications, the law that would forbid public sector workers in so-called positions of authority from wearing religious symbols will be on the books before the National Assembly adjourns for the summer next month.

Under the legislation, it will become a condition of employment for future police officers, prison guards, judges, Crown prosecutors and public schoolteachers to abstain from wearing religious symbols in their workplaces.

On the day Premier François Legault introduced the bill, Trudeau came out swinging. The prime minister has consistently argued that it is wrong and unnecessary to curtail the freedoms of religious minorities in the name of ensuring the secular character of Quebec’s public institutions.

Since then, a cone of silence has fallen on the federal capital.

Conservative Leader Andrew Scheer and his NDP counterpart Jagmeet Singh both say they disapprove Quebec’s state-enforced approach to secularism.

But inasmuch as they do not reflect the views of all their Quebec MPs, neither is eager to prod Trudeau into more forceful action.

According to sources in the Quebec government, the prime minister is reserving his definitive decision as to the federal way forward until Bill 21 has been passed into law.

One option could see Trudeau turn to some rarely used sections of the Constitution to block the legislation. He could also refer the bill to the Supreme Court for an opinion, or have the federal government intervene in support of the groups that are already lining up to fight it in court.

Although Legault has pre-emptively used the notwithstanding clause of the Constitution to shelter Bill 21 from a Charter challenge, there remain a number of legal avenues open to its opponents.

Meanwhile, appeals for a forceful federal intervention — from both within and outside Quebec — have been few and far between

By comparison to the vocal debate that attended the Parti Québécois attempt to legislate on the same issue only six years ago, the discussion of Bill 21 has been, if not serene, at least less acrimonious than the previous instalment.

There are reasons for this difference.

The PQ charter covered every single public service worker — from child care workers to hospital orderlies.

Bill 21 only applies to a handful of groups, and mostly to future hires. It grandfathers the right of existing employees to wear religious symbols for as long as they continue to hold their current positions.

The 2013 charter was introduced by a minority Parti Québécois government looking for a springboard to a majority.

Between the time that charter was introduced and the election that ended in defeat for the PQ half a year later, the secularism issue remained at centre stage at the expense of all other provincial initiatives.

Legault, by comparison, is in the first months of a four-year term. He has time on his side.

Even as it has been steering Bill 21 through the National Assembly, the Coalition Avenir Québec government has not allowed it to come across as a raison d’être.

And then battle fatigue has set in. Quebecers have been discussing the place of religious symbols in the public space for more than a decade.

By now, everyone has had his or her say and most have chosen a side, with little middle ground between the two camps.

On that basis, the committee hearings on Bill 21 — even as they allowed for an airing of contrary views — featured few if any surprises.

Seven of the 36 organizations initially invited to testify declined to participate.

For different reasons, Charles Taylor and Gérard Bouchard, the two leading Quebec public intellectuals whose commission report a decade ago set off the debate over the banning of religious symbols, both profoundly dislike Bill 21.

Taylor has come to feel no legislation is the better option. Bouchard argues that expanding the religious symbols ban to teachers goes much too far.

But by now, the genie will not be put back in the bottle, at least not by those who initially let it out.

If one had to single out one takeaway from the committee hearings, it is that the political ship of Bill 21 — at least in the eye of both its fans and its detractors — has already sailed.

If Trudeau has been keeping his finger on the Quebec pulse since the debate that has polarized his home province for a decade resumed, he will allow that ship’s next port of call to be a court of law and not the federal campaign trail.

Source: Chantal Hébert: Trudeau has a choice to make about Quebec’s secularism debate

Laïcité: «On est en train de légiférer un plafond de verre», dénonce la FFQ

Bill 21 gender based analysis concerns:

La Fédération des femmes du Québec (FFQ) dénonce le caractère « sexiste » du projet de loi sur la laïcité de l’État, qui est selon elle « une forme d’oppression envers les femmes » qui se traduit par l’instauration d’un « plafond de verre ».

« On est en train de légiférer un nouveau plafond de verre qui empêcheront [certaines] femmes musulmanes d’atteindre des postes d’autorité ou d’enseignantes », a dénoncé jeudi Idil Issa, une jeune Québécoise noire de confession musulmane qui porte le voile.

« J’ai l’intention de briser ce plafond de verre que vous êtes en train de construire. […] J’aurai une position d’autorité et je serai plus juste que vous. Je ne nuirai pas aux intérêts d’une minorité déjà vulnérable dans l’exercice de mes fonctions », a-t-elle ajouté en regardant le ministre Simon Jolin-Barrette.

Mme Issa était accompagnée jeudi de la présidente de la FFQ, Gabrielle Bouchard, en cette dernière journée de consultations du projet de loi 21 à l’Assemblée nationale. Dans son mémoire, publié sur son site internet, la Fédération affirme que le projet de loi du gouvernement Legault est « discriminatoire » et qu’il repose sur « une série de confusions ».

Selon la FFQ, « l’État n’a pas à émanciper de force les femmes ».

« Au Québec, il y a des féministes croyantes, tout comme il y a des athées réactionnaires. Combien de féministes croyantes ont activement participé aux mouvements féministes au Québec ? Pensons par exemple à ces féministes chrétiennes qui luttent pour le droit à l’avortement libre et gratuit. Pensons à toutes ces féministes musulmanes qui, en tant que membres de la FFQ, se battent avec nous pour les droits de toutes les femmes au quotidien », affirme la Fédération des femmes.

« Il n’y a aucune raison de croire que de réprimer une femme croyante est un acte féministe et émancipatoire », poursuit-on.

Beaucoup d’autres batailles

Pour la FFQ, « il reste beaucoup de batailles à mener pour garantir l’égalité entre les femmes et les hommes » au Québec, bien avant les restrictions prévues par le projet de loi 21 pour interdire le port de signes religieux à certaines catégories d’emploi.

« Salaire minimum à 15  $, accès aux services obstétricaux, réinvestissement massif dans les services publics, lutte au racisme systémique, accès au logement, accueil des femmes migrantes, lutte contre les violences sexuelles et domestiques, proximité des services en régions rurales et dans les petits centres, fin du temps supplémentaire obligatoire, conditions de travail des aides domestiques, enjeux socio-économiques liés à un capitalisme sauvage : voilà quelques-unes des batailles qui touchent les femmes dans leur quotidien », écrit notamment la Fédération dans son mémoire.

Les consultations du projet de loi 21 sur la laïcité de l’État prendront fin jeudi après deux semaines de travaux. En plus de la FFQ, la Coalition Inclusion Québec, la Ligue des droits et libertés de même que le Rassemblement pour la laïcité seront entendus en cours de journée par les parlementaires.

Québec utilisera-t-il le bâillon ?

Le gouvernement Legault procédera ensuite à l’étude détaillée du projet de loi en commission parlementaire au cours des prochaines semaines. Depuis son dépôt au Salon bleu, Québec a toujours répété qu’il souhaitait l’adopter avant l’ajournement des travaux parlementaires, le vendredi 14 juin prochain.

Lors de la période des questions, jeudi, le Parti libéral a dénoncé que le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) utiliserait le bâillon pour adopter son projet de loi avant la fin de la session, même si l’étude celui-ci n’est pas terminé.

« Je crois qu’on est arrivé à une situation de consensus », a répondu le ministre Simon Jolin-Barrette.

Le député libéral Marc Tanguay a pour sa part lancé un « avis de recherche » afin que la ministre de la Justice, Sonia LeBel, se prononce sur l’utilisation d’une clause de dérogation pour protéger le projet de loi 21 de certaines contestations judiciaires.

Lorsqu’elle était questionnée en chambre, jeudi, c’est plutôt Simon Jolin-Barrette qui se levait pour répondre aux questions.

Source: Laïcité: «On est en train de légiférer un plafond de verre», dénonce la FFQ

Le Conseil du statut de la femme (CSF) demande au gouvernement Legault de réaliser des études afin de « convenir collectivement de la pertinence [d’interdire le port de signes religieux aux] personnes qui participent à l’éducation des enfants » dans le cadre du projet de loi sur la laïcité de l’État.

Contrairement à la Fédération des femmes du Québec (FFQ), qui a dénoncé jeudi que Québec créait « un plafond de verre » aux femmes mulsumanes qui portent le voile, le CSF appuie sans réserve l’interdiction du port de signes religieux pour les employés de l’État ayant un pouvoir coercitif (comme le recommandait en 2008 le rapport Bouchard-Taylor).

Mais le Conseil – dont le mandat est de conseiller le gouvernement « sur tout sujet lié à l’égalité, au respect des droits et au statut de la femme » – considère qu’il manque de données pour appuyer avec le même enthousiasme les dispositions du projet de loi 21 qui visent les enseignantes.

« Aux yeux du Conseil, s’il s’avérait que le port d’un signe religieux par le personnel enseignant véhicule une conception des femmes comme étant inférieures ou soumises aux hommes, son interdiction serait impérieuse. Il en irait de même s’il s’avérait que ce port brime la liberté de conscience des élèves et nuit à leur épanouissement ou encore porte atteinte au respect des convictions des parents », écrit le CSF dans son mémoire qui a été remis aux députés.

« Par souci de cohérence, l’interdiction devrait alors être étendue à toutes les catégories de personnel que côtoient les enfants à l’école », ajoute-t-on.

« Il [est donc] impératif que soient menées des études et consultations afin de mieux comprendre les effets du port de signes religieux par le personnel scolaire. De tels travaux permettraient […] de convenir collectivement de la pertinence de l’interdire ou non pour l’ensemble des personnes qui participent à l’éducation des enfants au sein des écoles ou dans d’autres milieux éducatifs », poursuit enfin le Conseil.

Plus tôt en journée, la Ligue des droits et libertés a pour sa part dénoncé le projet de loi 21 en affirmant que l’argumentaire élaboré par le ministre Simon Jolin-Barrette était basé sur des préjugés. Les consultations du projet de loi 21 se terminent jeudi.

Opinion: Quebec’s religious-symbol bill hearings have gone exactly as François Legault’s CAQ planned

Konrad Yakabuski’s take although I don’t share his conclusion that it made the CAQ proposals appear reasonable:

Eleven years ago this month, Quebec wise men Gérard Bouchard and Charles Taylor tabled their report on religious accommodation in Canada’s once “priest-ridden province.”

The two intellectual giants chosen by then-premier Jean Charest to extricate his Liberal government from the quagmire in which it found itself – it had been reduced to a slim minority after an election campaign that largely focused on religious accommodation – went to great lengths to insist that secular Quebec was not experiencing a clash of values. The apparent “crisis” involving the demands of religious minorities for recognition was largely, to use a term now in vogue, fake news. Some media organizations, they concluded, had been making mountains out of molehills, creating a false sense of urgency and collective insecurity.

And yet, Prof. Bouchard and Prof. Taylor went on to lay out in 310 dense pages how Quebec was different from the rest of Canada and North America, and how it was incumbent upon the provincial government to lay down the parameters for secularism. Rejecting the Canadian policy of multiculturalism as “poorly adapted to Quebec’s reality,” their report called for legislation establishing “interculturalism” as the model for managing diversity in the province.

”It is in the interests of any community to maintain a minimum of cohesion,” the Bouchard-Taylor report concluded. “For a small nation like Quebec, always preoccupied with its future as a cultural minority, integration represents a condition of its development, indeed its survival.”

The report presented its ideas for how to help an insecure minority – in this case, French-speaking Quebeckers – feel more secure. After spending decades seeking to eliminate the pervasive influence of the Catholic Church in public institutions, they sympathized with the desire of Quebeckers to prevent other religions from taking its place.

It was hence that Prof. Bouchard and Prof. Taylor recommended that state employees exercising “coercive powers” – such as police officers, prison guards, Crown prosecutors and judges – be prohibited from wearing conspicuous religious symbols. It was not a recommendation they made lightly; their report makes clear that such a prohibition would deprive some religious minorities of the ability to exercise certain state functions. But they concluded that it nevertheless constituted the “right balance for Quebec society today.”

It was obvious then that, in implementing such a ban, Quebec would put itself on a collision course with the rest of Canada. Indeed, by 2008, it had already been 18 years since the RCMP first began allowing Sikh officers to wear turbans as part of their official uniform. Whether they intended it to or not, their recommendation soon took on a life of its own, as proponents of Quebec secularism seized on the imprimatur of Bouchard-Taylor to legitimize their cause.

Appearing last week before the National Assembly commission studying Bill 21, Prof. Taylor, now 85, pleaded that he had been “naive” about the monster he helped create in tabling this recommendation. “Just promoting this kind of program starts to provoke incidents of hate,” he insisted, explaining why he no longer supports a recommendation he previously defended.

In Saturday’s Journal de Montréal, Quebec’s most-read newspaper, three columns were devoted to discrediting the McGill University philosopher. One compared him to the washed-up drunk Calvero in Charlie Chaplin’s 1952 film Limelight. “There is only one word to qualify this 180-degree turn – pathetic,” former Parti Québécois minister Joseph Facal wrote.

It might be going too far to say Prof. Taylor had been set up by Quebec Immigration Minister Simon Jolin-Barrette, who has meticulously stage-managed the parliamentary hearings on Bill 21, which end on Thursday. But the distinguished professor did not do himself any favours by effectively likening supporters of the bill that would implement the principal recommendation from his report (while adding teachers into the mix of state employees prohibited from wearing religious symbols) to hatemongers. He played into caricatures of himself.

That’s exactly how Mr. Jolin-Barrette wanted the hearings to unfold. “In the course of the past 15 years, previous governments have not succeeded in translating and implementing the will of the Quebec people to establish a secular framework for the state,” the minister said. “Quebeckers can be proud of this bill because it allows us to turn the page on this issue.”

By giving so much airtime to those who hold extreme opinions – former Liberal senator Céline Hervieux-Payette warned that “behind” the Islamic veil lay genital mutilation and forced marriages, while several intervenors called on the government to extend the religious-symbols ban to all state employees – the hearings aimed to ensure that the Coalition Avenir Québec’s Bill 21 came out looking like a reasonable compromise.

For Mr. Jolin-Barrette and his boss, Premier François Legault, it was mission accomplished.

Source: Opinion: Quebec’s religious-symbol bill hearings have gone exactly as François Legault’s CAQ planned

Laws that limit religious rights emboldens racists, particularly Islamophobia

Not surprising, but useful confirmation from this latest study on the impact of the ongoing toxic religious symbols debates:

Last week, parliamentary hearings began on Quebec’s Bill 21, which would ban public employees in “positions of authority” from wearing religious symbols. In his testimony, the philosopher Charles Taylor stated that he and Gérard Bouchard were wrong to propose restrictions on religious symbols in their 2008 report on reasonable accommodation.

Taylor affirmed he had been “very naïve” for not foreseeing that such proposals would stigmatize religious minorities and feed intolerance. “The very fact that we were talking about this kind of a plan started to stimulate hate incidents, not just in Quebec but all over,” Taylor said. He added: “I really changed my mind when I saw the consequences of such policies.”

Taylor’s remarks summarize rather well the findings of a research project we recently conducted at McGill University. Our research shows that laws like Bill 21 can have much graver consequences for religious minorities than the specific provisions they entail. Such laws also embolden those who harbour deep-seated xenophobia — specifically Islamophobia — and they therefore intensify minorities’ encounters of hostility and mistreatment.

For our research, we conducted dozens of biographical interviews with Muslim Montrealers to learn about their views and experiences. We asked them how their religion matters in everyday life, and how they evaluate their opportunities in Quebec. Muslims are a diverse group, so we included those who are secular and pious, young and old, professional and working-class.

But despite this diversity, our findings were stunningly cohesive. Virtually all of our interviewees emphasized political campaigns seeking to restrict religious rights — the aftermath of the Bouchard-Taylor Commission, the Charter of Values debate in 2013-14, and Bill 62 in 2017 — as major turning points in their lives.

For example, young Muslims born and raised in Quebec report growing up without any strong sense of exclusion — until they experienced the controversy over the Charter of Values as adolescents or young adults. As one young woman put it, “The true colours come out. I think people felt like they were entitled to do things that they wouldn’t normally do because the government was supporting it.”

During her work at a bank, she said, “People were openly telling me to go home, to go back to my country, refusing that I help them at the bank, because I was wearing a hijab.”

Many of the people we spoke with reported similar incidents, which left them shocked, confused, and ultimately alienated. Suddenly, these men and women had to re-evaluate their relationships, consider what an angry look on the subway might mean, and what that passing pedestrian might have muttered under his breath. The young woman tersely summed it up: “It kind of left a bitter feeling.”

Such experiences fundamentally change people. We spoke to a woman who stopped wearing the hijab in public after an irate woman told her, “You just know how to bring kids into the world, but you are like cows” as she was out for a walk with her baby daughter.

We spoke to a man who converted to Islam, but who keeps his religion a secret so that it does not endanger his professional career.

Others responded in the opposite fashion — proudly proclaiming their religious identities even in the face of adversity. But their lives, too, were negatively affected insofar as they now felt they had to be ready, at a moment’s notice, to defend their religion.

Just like prior laws that aimed to limit religious rights, Bill 21 emboldens those who hate or fear Muslims. There may not be many such people, but it seems that there are enough to make life miserable for Muslims and sometimes even endanger them.

According to Statistics Canada, this is not an issue confined to Quebec. Latest figures suggest that police-reported hate crimes reached an all-time high across the country in 2017, with those against Muslims demonstrating the greatest increase compared to the previous year.

In this social context, politicians have to recognize that their campaigns and policies, even beyond the letter of the law, have broad and immediate consequences for how religious minorities are viewed and treated. Political campaigns can indeed “create a really frightful climate,” as Taylor cautioned in his parliamentary address.

Source: Laws that limit religious rights emboldens racists, particularly Islamophobia

Laïcité: le SFPQ veut élargir l’interdiction des signes religieux

Regressive position for a union to take:

Le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) demande au gouvernement Legault d’étendre l’interdiction du port de signes religieux « ostentatoires » à l’ensemble des employés de l’État qui ont des contacts avec les citoyens.

« Les symboles religieux ostentatoires n’ont pas leur place dans la fonction publique puisqu’ils sont contraires au principe de neutralité », a affirmé le SFPQ, jeudi, de passage à Québec pour la troisième journée de consultations du projet de loi 21 sur la laïcité de l’État.

Le syndicat, qui représente quelque 30 000 employés de la fonction publique québécoise, ramène ainsi des dispositions qui étaient prévues dans la défunte Charte des valeurs présentée par le gouvernement péquiste de Pauline Marois.

« Ces symboles, qui revêtent une signification importante pour les personnes qui les portent, peuvent être perçus comme très dérangeants par les citoyens et citoyennes qui entrent en interaction avec ces personnes », affirme le SFPQ dans son mémoire, qui fait un parallèle entre le devoir de neutralité politique des fonctionnaires à la volonté d’imposer une neutralité face à une appartenance religieuse.

Le projet de loi 21 présenté par le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) interdit le port de signes religieux (qu’ils soient « ostentatoires » ou non) aux employés de l’État en position d’autorité, incluant les enseignants et les directions scolaires.

Québec prévoit une clause grand-père pour les employés du secteur public qui sont visés par la loi, mais qui sont déjà à l’emploi de l’État en portant un signe religieux. Le SFPQ souhaite que ce droit acquis soit préservé tout au long de leur carrière. À l’heure actuelle, la loi prévoit qu’un employé visé perd son droit s’il change de poste ou d’employeur au sein de la fonction publique.

Stigmatisations des gais et des croyants

Lors de la période des questions, jeudi, la cheffe de Québec solidaire, Manon Massé, a fait un lien entre les droits des homosexuels qui ont été protégés en 1977 dans la Charte des droits et libertés de la personne et les droits que Québec souhaite désormais restreindre à certains employés de l’État qui portent un signe religieux.

« Le premier ministre répète à qui veut l’entendre que c’est parce que c’est comme ça qu’on vit au Québec [qu’il veut interdire les signes religieux aux employés de l’État en position d’autorité, incluant les enseignants]. Comme si, lorsque nos prédécesseurs ont adopté [la Charte des droits et libertés], tous partis confondus avaient erré, en 1975. Et pourtant, en 1977, lorsque les droits des personnes homosexuelles ont été inclus dans la charte québécoise, ce n’était pas comme ça qu’on vivait au Québec », a dit Mme Massé.

« À l’époque, une large partie de la population était convaincue que nous, les gais et lesbiennes, on ne pouvait pas enseigner ou s’occuper des enfants, parce que, dans les faits, on allait les contaminer avec notre différence. Une chance que les politiciens de l’époque, puis ceux qui ont suivi, n’ont pas appuyé leur seul jugement sur les qu’en-dira-t-on, parce qu’aujourd’hui il manquerait bien des profs à l’école », a-t-elle ajouté.

« Personne ne peut nous reprocher de ne pas avoir été clairs durant la campagne électorale. […] On en parle depuis des années. Je comprends que la cheffe de Québec solidaire n’est pas d’accord, je comprends aussi que certains députés libéraux ne sont pas d’accord […], mais je pense qu’on doit avoir ce débat de façon calme, sans s’accuser de gros mots. Il faut être capable de débattre au Québec de façon respectueuse. Je pense que notre projet de loi est modéré, justement pour essayer de rassembler […]. Je pense qu’on a le droit au Québec de faire ce choix », a répondu le premier ministre François Legault.

Que prévoit le projet de loi 21  ?

Le projet de loi 21 sur la laïcité de l’État, déposé en mars dernier par le gouvernement Legault, prévoit l’interdiction du port de signes religieux aux employés de l’État en position d’autorité, y compris les enseignants et les directions d’écoles publiques. Les policiers, les agents correctionnels, les agents de la faune, les constables spéciaux, les procureurs de la Couronne et tous les avocats du gouvernement sont également visés. Idem pour le président de l’Assemblée nationale et ses vice-présidents, alors que les députés pourront continuer de porter leurs signes religieux. Une clause de droit acquis est également prévue pour les employés de l’État actuellement en poste et qui portent un signe religieux, tant et aussi longtemps qu’ils ne changent pas de poste ou d’employeur. Tous les signes religieux sont visés par le projet de loi : tant le hijab que la kippa et la croix catholique. Québec a également inclus une disposition de dérogation aux chartes des droits afin que sa loi ne soit pas contestée devant les tribunaux.

Source: Laïcité: le SFPQ veut élargir l’interdiction des signes religieux

Laïcité : «On n’a pas l’air d’une société décente», dit Gérard Bouchard

Worth noting:

Le sociologue Gérard Bouchard croit que le Québec « n’a pas l’air d’une société décente » avec le projet de loi sur la laïcité de l’État qui dépeint une province peu sensible aux droits fondamentaux.

De passage à Québec dans le cadre des consultations du projet de loi 21 du ministre Simon Jolin-Barrette, celui qui a cosigné en 2008 le rapport Bouchard-Taylor croit que les libéraux sont en partie responsables de la polarisation du débat en n’ayant pas agi à l’époque.

« Si [le gouvernement Charest] avait appliqué nos principales recommandations, on ne serait pas là aujourd’hui, a dit M. Bouchard. On pourrait enfin s’occuper enfin d’enjeux qui sont beaucoup plus importants. »

« Avec un enjeu aussi émotif, qui rejoint ce qui est de plus profond chez une personne, c’est évident que si le débat traîne, on va d’échec en échec, avec de l’impatience, de l’animosité, de l’agressivité, de la polarisation et des positions qui se durcissent », a poursuivi le sociologue.

Avec le projet de loi 21 du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ), qu’il qualifie de « radical » puisqu’il utilise une clause de dérogation pour le préserver de contestations judiciaires, la réputation du Québec est entachée, a dit M. Bouchard.

« On a l’air de gens qui ne sont pas très sensibles aux droits fondamentaux, a affirmé le sociologue. On a l’air d’une société pas très démocratique [en ayant] recours à la clause dérogatoire pour se soustraire à l’examen des tribunaux. On n’a pas l’air d’une société décente. »

Des conséquences sociales  

Gérard Bouchard a aussi prévenu mercredi que le gouvernement Legault risque de détériorer les relations entre la population majoritaire francophone et les communautés minoritaires du Québec.

« Les relations entre la majorité [francophone] et les minorités ne sont pas en bon état au Québec, notamment depuis la Charte des valeurs du Parti québécois. On a pu le voir encore cet été avec la controverse sur les appropriations culturelles. L’état de ces relations est mauvais et je pense que le projet de loi [caquiste] va les détériorer encore plus », a dit M. Bouchard.

Selon lui, si Québec excluait les enseignants et les directions d’école du projet de loi, pour interdire qu’aux fonctionnaires ayant un pouvoir coercitif le droit de porter un signe religieux (comme il proposait déjà en 2008), « [le gouvernement] aurait de bonnes chances de convaincre les tribunaux ».

Gérard Bouchard a aussi rappelé qu’il n’existe aucune donnée scientifique qui prouve que le port de signes religieux peut endoctriner des élèves ou les traumatiser. « Il n’y a aucune étude rigoureuse qui permet » d’appuyer cela, a-t-il dit.

Si de telles études existaient, M. Bouchard pourrait même être favorable au projet de loi du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ), a-t-il ajouté mercredi.

Source: Laïcité : «On n’a pas l’air d’une société décente», dit Gérard Bouchard

And some teacher testimony in favour of Bill 21:

Si la cigarette de Lucky Luke ou un homme-sandwich McDonald’s transmettent des messages, les signes religieux le font aussi, ont dénoncé mercredi deux enseignantes invitées aux consultations du projet de loi 21 sur la laïcité de l’État.

Leila Bensalem, une enseignante de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), croit que le voile que porte certaines musulmanes « n’est pas un modèle à transmettre [aux] élèves. »

De passage à Québec mercredi, Mme Bensalem était accompagnée de Nadia El-Mabrouk, professeure en informatique à l’Université de Montréal. Les deux femmes ont salué la volonté du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) d’interdire le port de signes religieux aux employés de l’État en position d’autorité, incluant les enseignants.

« Est-ce qu’il y a des données sur le fait que s’habiller en homme-sandwich McDonald’s, ça fait en sorte que les gens mangent plus de hamburgers ? L’affichage, la publicité, […] ça conditionne les personnes. Si on [en] n’était pas convaincu, […] il n’y aurait pas de publicité », a affirmé Mme El-Mabrouk.

« Les signes religieux [ont] une charge politique, a pour sa part affirmé MmeBensalem. C’est un problème dans une classe. »

Tout comme Djemila Benhabib, mardi, l’enseignante montréalaise considère qu’une enseignante musulmane voilée qui refuserait de retirer son voile, une fois la loi adoptée, serait « intégriste ».

Devant les parlementaires, elle s’est questionnée sur les états d’âme d’une petite fille iranienne dont la famille aurait fui son pays et qui se retrouverait devant une enseignante voilée. « Comment va-t-elle se sentir? », s’est inquiétée MmeBensalem.

« [Et] des élèves palestiniens […] qui ont fui les pratiques de l’État israélien [et] qui feraient face dans une classe à un enseignant qui porte la kippa, [voilà] qui les ramène à toutes ces choses qu’ils ont fuies », a-t-elle ajouté.

Québec « cautionne l’exclusion »

Haroun Bouazzi, porte-parole de l’Association des Musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec, croit pour sa part que le gouvernement Legault « cautionne l’exclusion » avec le projet de loi 21.

« Un gouvernement établit avec ses lois […] ce qui est acceptable ou pas dans une société. Le message est clair ici qu’il est acceptable d’exclure des membres d’une minorité sans raison valable », a-t-il dénoncé mercredi lors de son allocution devant les parlementaires à Québec.

M. Bouazzi a mis au défi le ministre Simon Jolin-Barrette de ne pas appliquer une clause dérogatoire à sa loi et de la laisser être contestée devant les tribunaux.

Plus tard en journée, mercredi, le sociologue Gérard Bouchard témoignera à son tour aux consultations particulières du projet de loi 21. Mardi, son ancien collègue, le philosophe Charles Taylor, a affirmé que le gouvernement Legault semait actuellement la division.

Source: Les signes religieux portent un message, disent des enseignantes

 

Laïcité: la consultation qualifiée de mascarade par des groupes religieux

Valid points by the groups not being invited to testify:

Le refus du gouvernement Legault d’entendre les groupes religieux directement visés par le projet de loi sur la laïcité démontre, selon ceux-ci, que son lit est déjà fait et que les consultations l’entourant ne sont qu’une mascarade.

Des représentants d’organisations juives, musulmanes, sikhes et même de l’Église unie du Canada ont vivement dénoncé, mardi à Montréal, le mutisme du gouvernement caquiste qui, à leurs demandes d’être entendus aux audiences de la commission parlementaire sur le projet de loi 21, n’a répondu que par des accusés de réception sans invitation.

«Le gouvernement voit cette loi comme un fait accompli», a déclaré Avi Finegold, porte-parole du Conseil des rabbins de Montréal, alors que les consultations s’entamaient à Québec.

«On dirait qu’ils essaient simplement de masquer le tout avec quelques journées de consultations, pour une loi aussi majeure», a-t-il déploré.

Déficit d’ouverture et d’inclusion

Pour ces organisations, il est inconcevable que les personnes directement touchées par cette loi soient ainsi ignorées.

«Le fait qu’on ne soit même pas invités aux consultations fait en sorte que notre opinion, pour eux, n’est même pas valide», a pour sa part avancé la porte-parole du Conseil national des musulmans canadiens, Sara Abou-Bakr, qui ne s’est pas gênée pour faire la leçon au gouvernement caquiste sur la notion d’inclusion.

«C’est sûr qu’ils ont pris cette décision-là sans même avoir l’idée d’avoir un Québec inclusif et sans même inclure tous les citoyens du Québec. L’ouverture, c’est d’inclure tout le monde. L’ouverture, ce n’est pas d’inclure les personnes (..) dont on sait qu’elles vont déjà être de notre avis. L’ouverture, c’est donner à tout le monde la chance égale de parler que ce soit pro-loi ou contre la loi.»

Cette exclusion des groupes directement touchés est particulièrement mal accueillie par Samaa Elibyari, du Conseil canadien des femmes musulmanes.

«Les femmes voilées, c’est-à-dire celles qui portent le hijab, seront les premières victimes. Il est donc déplorable que notre voix ne soit pas entendue à ce sujet», a-t-elle dit.

Selon elle, l’exclusion imposée par le gouvernement Legault «trahit un esprit de parti pris».

«Comment pouvez-vous justifier que les personnes qui sont les plus touchées ne sont pas représentées ?» demande-t-elle, faisant valoir que «ce n’est pas seulement les femmes qui seront affectées, c’est toute la famille, c’est toute la communauté» puisque la restriction à l’emploi devient une conséquence matérielle tangible.

Le voile comme signe d’inclusion

Les organisations font valoir que le discours d’ouverture à la diversité du gouvernement caquiste peut difficilement être soutenu dans les faits s’il est incapable de faire preuve d’ouverture pour l’étude de son projet de loi.

Plus encore, souligne Sara Abou-Bakr, le port d’un signe religieux pourrait s’avérer un puissant argument en faveur de l’inclusion.

«Le fait que je porterais un symbole religieux en travaillant pour le gouvernement mettrait l’emphase sur le fait qu’on vit dans un Québec inclusif», avance-t-elle.

Sur le fond, les organisations ne s’en cachent pas : elles perçoivent toutes le projet de loi 21 comme un instrument de discrimination.

«Nous estimons qu’il s’agit d’une discrimination encouragée par l’État, une légalisation de la discrimination, et ça affectera tout le monde», a de son côté déclaré l’imam Musabbir Alam, de l’Alliance musulmane canadienne.

«La loi 21 est une loi qui va renforcer la division de la société québécoise», a renchéri Sara Abou-Bakr.

Avi Finegold, de son côté, a cherché à contrer les discours de peur qui entourent ce débat.

«Nous ne devrions pas avoir peur de la religion. Nous n’essayons pas de convertir qui que ce soit. Nous sommes ici pour vivre nos vies et pour avoir notre foi religieuse exprimée de la manière dont nous le voulons l’exprimer», a-t-il dit.

Les organisations n’écartent pas la possibilité d’aller vers des recours juridiques pour contrer l’éventuelle loi et préparent également des activités de soutien à leurs revendications.

Source: Laïcité: la consultation qualifiée de mascarade par des groupes religieux

Bill 21: Laïcité: Bouchard et Taylor sonnent la charge

From the éminences grises du rapport:

Les audiences publiques qui débutent mardi sur le projet de loi 21 s’annoncent comme le théâtre d’expression de profondes divisions politiques et sociales au Québec. Et les signataires du rapport Bouchard-Taylor seront parmi les premiers à mener la charge contre un projet de loi « nourri par une certaine islamophobie » (de l’avis de Charles Taylor) et qui risque de mener à une sorte de « radicalisation » du Québec (selon Gérard Bouchard)

« La loi aggravera les clivages qui se sont creusés depuis quelques années entre la majorité et les minorités, dressant ces dernières contre la première, écrit le sociologue Bouchard dans un mémoire qu’il présentera mercredi, mais dont Le Devoir a obtenu copie. Elle aura aussi pour effet d’introduire un élément de radicalisation dans notre société », pense-t-il.

La loi aggravera les clivages qui se sont creusés depuis quelques années entre la majorité et les minorités

Le coprésident de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables croit qu’à défaut de mettre un terme au débat sur les signes religieux, le projet de loi 21 « va au contraire relancer la controverse ».

Dans sa présentation, Gérard Bouchard s’attarde principalement à la décision du gouvernement Legault d’étendre aux enseignants l’interdiction du port de signes religieux. Le rapport qu’il avait présenté en 2008 excluait cette idée, mais proposait une interdiction pour les employés avec un pouvoir de coercition (ce en quoi il croit toujours).

« Le fait d’interdire à de jeunes professionnels la possibilité de faire carrière dans l’enseignement à cause de leur croyance religieuse ne s’accorde pas avec le sens de l’équité et de la compassion hérité de notre histoire », écrit-il.

Québec fait fausse route en arguant que cet interdit fait partie de l’équation de la séparation de l’État et de l’Église, pense M. Bouchard. « Affirmer que le principe de la séparation institutionnelle entraîne une interdiction de porter des signes religieux [chez les enseignants] me paraît comporter une grande part d’arbitraire. Le droit fondamental d’exercer et de manifester sa religion devrait donc ici prévaloir. »

Le sociologue estime qu’il manque de « données empiriques rigoureuses » prouvant que le port d’un signe religieux chez les enseignants « entrave la démarche pédagogique », « traumatise des élèves » ou « entraîne une forme d’endoctrinement chez les élèves ».

Et si jamais c’était le cas, comment justifier que les écoles privées — notamment celles qui sont religieuses — ne seront pas assujetties à la Loi sur la laïcité, demande-t-il ? C’est pourtant là où « on peut présumer que le port des signes religieux est le plus répandu », note M. Bouchard.

Au-delà des enseignants, Gérard Bouchard se demande aussi « comment se justifie l’interdiction frappant diverses catégories de personnel qui n’exercent pas de pouvoir [de coercition], notamment les arbitres, les shérifs, les greffiers, les avocats et les notaires ? ».

Charles Taylor

Son ex-collègue, Charles Taylor, tentera mardi de dissuader le gouvernement Legault d’adopter ce projet de loi qui, à son avis, s’appuie sur des préjugés. « Le mot musulman n’apparaît peut-être pas, donc ça ne cible pas la religion musulmane, mais c’est très clair que l’opinion majoritaire contre les signes visibles est nourrie par une certaine islamophobie qui a, en quelque sorte, [été] inculquée à la population par toutes sortes de sites Web, a-t-il affirmé. En l’absence de cette islamophobie, les gens seraient moins avides de faire avancer des exclusions comme celle-là. »

M. Taylor soutenait l’interdiction du port de signes religieux pour les employés de l’État en position coercitive comme les policiers et les gardiens de prison lors de la publication du rapport de la commission Bouchard-Taylor. Mais il a fait volte-face après l’attentat commis en 2017 à la grande mosquée de Québec.

L’adoption du projet de loi ne fera qu’attiser les préjugés contre les minorités religieuses, selon lui, et risque de mener à une augmentation importante des incidents haineux. C’est ce qui s’est produit « dans toutes les sociétés où des mesures restrictives semblables à celles de la loi 21 ont été défendues en campagne électorale ou référendaire par un parti majeur — le Front national en France, les partisans du Brexit en Angleterre, les républicains de Trump, et le PQ au Québec en 2014 […] », écrit-il dans le mémoire qu’il présentera avec le philosophe Jocelyn Maclure.

« Au nom de quel intérêt public a-t-on le droit de soumettre une minorité de citoyens récemment arrivés chez nous à de telles épreuves ? », demandent-ils.

M. Taylor a souligné en entrevue que le projet de loi 21 crée un grave précédent, puisqu’il va à l’encontre de la Charte canadienne des droits et libertés et de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. « Ils vont sacrifier des droits et libertés de certains citoyens, et c’est très dangereux, parce que ce genre de charte est en quelque sorte la protection de tout le monde, a-t-il dénoncé en entrevue. Demain, il pourrait y avoir une autre minorité qui soit très impopulaire envers laquelle il y a des préjugés et on va se sentir justifié de supprimer ces droits-là. »

Très attendues, les consultations autour du projet de loi 21 débuteront mardi avec quatre groupes qui soutiennent le projet de loi : Pour les droits des femmes du Québec (PDF), le Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité de Djemila Benhabib, le Mouvement national des Québécois et des Québécoises de même que l’Association québécoise pour les Nord-Africains pour la laïcité.

PDF, pour qui laïcité rime avec égalité homme-femme, veut étendre l’interdiction du port de signes religieux à l’ensemble des employés du milieu scolaire, y compris ceux des services de garde. L’organisme propose en tout 16 recommandations, l’application de sanctions sévères pour les établissements qui contreviendraient à la loi.

Le gouvernement Legault espère faire adopter le projet de loi d’ici la relâche estivale. En tout, 36 groupes et experts témoigneront lors des consultations, qui s’échelonneront sur deux semaines.

Les députés libéraux déchirés autour du compromis Bouchard-Taylor

Ongoing tensions:

Dominique Anglade aimerait que le PLQ révise sa position traditionnelle

C’est fait : la ligne de fracture est apparue, clairement, au sein du caucus libéral. Deux camps se sont affrontés ouvertement : d’une part, les tenants du compromis proposé par la commission Bouchard-Taylor ; de l’autre, les partisans de la position traditionnelle du PLQ, le respect absolu des libertés fondamentales.

Le ton a monté rapidement à la « réunion de travail » qu’ont tenue les députés libéraux jeudi matin, à l’hôtel Alt de Montréal. Une série de sujets étaient à l’ordre du jour, mais la position du parti sur le projet de loi sur la laïcité, qui sera inscrit début mai au menu des travaux de l’Assemblée nationale, a monopolisé les discussions.

Pour la première fois, la probable candidate à la succession de Philippe Couillard, Dominique Anglade, a pris position sur cette question délicate – elle s’en était gardée jusqu’ici, même derrière les portes closes du caucus. Pour l’ex-ministre de l’Économie, le PLQ devrait adopter la position du compromis Bouchard-Taylor dans le débat sur la laïcité. Pas question pour autant d’approuver le projet de loi 21, qui propose d’ajouter les enseignants à la liste des employés de l’État qui n’ont pas le droit d’arborer de signes religieux.

Environ le tiers des députés – la plupart des 29 élus étaient présents – partageaient ce choix. Le ton « était respectueux, mais vigoureux, ces questions sont émotives », a confié un élu sous le couvert de l’anonymat.

Sébastien Proulx et Gaétan Barrette s’étaient déjà dits publiquement favorables à l’ouverture sur le compromis Bouchard-Taylor. La porte-parole du PLQ dans ce dossier, Hélène David, était dans le même camp, tout comme Isabelle Melançon, Saul Polo et Moncef Derraji. « Il y a un groupe qui pense que, si l’on doit terminer le débat sur le projet de loi 21, on ne peut rester sur notre position, ne pas être en conversation avec la majorité francophone du Québec », explique un élu.

Respect absolu

Dans l’autre camp, l’autre députée qui envisage de prendre part à la course à la direction du PLQ, Marwah Rizqy, est montée au créneau. Comme la majorité des députés, la députée de Saint-Laurent prône le respect absolu des libertés fondamentales – personne ne devrait être empêché d’afficher sa confession. Dans le même groupe, on retrouve Paule Robitaille, Lise Thériault, Marc Tanguay, Christine St-Pierre, Frantz Benjamin et Marise Gaudreault. Les anglophones Gregory Kelley et David Birbaum sont aussi favorables à ce que le PLQ garde la même position, tout comme Carlos Leitãao, toutefois plus ouvert à la discussion. Enrico Ciccone était absent, tout comme André Fortin.

Mmes Robitaille et St-Pierre ont confirmé être favorables à la position actuelle du PLQ dans le débat sur la laïcité, mais ont souligné que les délibérations des élus devaient rester confidentielles.

Devant le bras de fer, le chef du parti, Pierre Arcand, est resté neutre ; Filomena Rotiroti, comme présidente du caucus, n’a pas davantage pris position. À la blague, un élu libéral a comparé le caucus à « des colocs entre qui il y a une tension francophone-anglophone ».

L’un des défis du PLQ « est de rester connecté à la base francophone ; si on n’est pas capables de dialoguer avec les régions du Québec, cela ne fait pas des militants, des députés, un parti bien fort », de confier un autre élu.

Pas question pour le PLQ d’approuver le projet de loi de Simon Jolin-Barrette, mais il faut prévoir que l’opposition n’allongera pas la sauce, ne fera pas perdurer ce débat à l’Assemblée nationale.

Les libéraux souligneront que, de toute façon, le gouvernement avait annoncé qu’il allait utiliser le bâillon pour arracher de force, s’il le fallait, l’adoption de son projet de loi. Chez les députés, on convient que le PLQ n’a rien à gagner d’une longue et pénible agonie en public en adoptant une position qui n’emporte pas l’adhésion de la majorité francophone. « Le mot “filibuster” [faire de l’obstruction parlementaire] n’a même pas été prononcé », résume-t-on.

Source: Les députés libéraux déchirés autour du compromis Bouchard-Taylor

Kay: Why Jews should support Bill 21

Suspect this is a minority view among Quebec Jews. Kay’s downplaying of the issues involved highlights her blind spots but she was right to call out Hampstead, Que., Mayor William Steinberg’s over-the-top characterization of Bill 21 as “ethnic cleansing”:

Like it or not, Quebec is a “distinct society.”

Anglophones and immigrants didn’t like it much in 1977 when Bill 101 came into effect (necessitating the use of the notwithstanding clause, since it abrogated English-Canadians’ language rights). Robert Libman, then a leading anglophone-rights advocate, said that Bill 101 “clearly established the fact that we were now second-class citizens.”

Legally speaking, he was right. But the majority of Quebecers wanted Montreal, whose emerging immigrant population favoured English, to show a robustly French face to the world. They willingly accepted social turmoil and a significant Anglo exodus as the price of cultural reinforcement. At the time, many emotionally charged critics vituperated against Bill 101, some even calling it a form of “ethnic cleansing.”

Four decades later: the anglophones who stayed are completely adjusted to the new normal; their children became fluently bilingual; immigrants learn French by default (and English however they can); the law undercut separatism’s only effective argument; we all get along very well; and Quebec remains a democracy.

As an authority figure, Hampstead, Que., Mayor William Steinberg should have taken the long view on Bill 21, the law that will ban visible religious symbols in many public-service jobs. Instead, he publicly stated that it is a form of “ethnic cleansing,” an attempt “to remove those who practice minority religions, leaving only non-believers and Christians in Quebec.” These incendiary comments were not only misleading, they were profoundly insulting to the majority of Quebecers who support Bill 21.

Nobody is being removed, the law will only affect new hires and Christians are subject to the same constraints as other religious groups. If the government wanted to drive minorities out, it would have banned religious symbols throughout the private sector, too. In European democracies, bans on face coverings and religious symbols in schools and government are commonplace. Moreover, such bans have been tested in the European Court of Human Rights, which adjudged them as reasonable for the “protection of the rights and freedoms of others.”

Steinberg did the Jewish community no favours in responding with such disproportionate alarmism and with such an ill-considered interpretation of the law’s motivation. It is neither racist nor irrational to ask that public servants reflect the guiding vision of the society they serve, and in this case, the vision is one of laicité – secularism – and integration into a common culture. Secularism posits that when citizens conduct state-sponsored transactions with each other, they meet and greet each other purely as fellow citizens, not as theological or ideological icons. There’s nothing nefarious in this vision.

Multiculturalism has been the prevailing ideology in the Rest of Canada for decades, and most Quebec anglophones identify with it as a matter of course. Many English-Canadians complacently accept Prime Minister Justin Trudeau’s futuristic characterization of Canada as “post-national.” Quebec’s identity is more territorial and historical. Far from sympathizing with the borderless one-worldism of the multiculturalists, Quebecers have a dramatically particularistic sense of who they are.

As Jews, we should be sympathetic to Quebec’s pride in its 400-year-old ethnohistory and its unique traditions. The Québécois are a real ethnicity, like the Jews, with a distinct language and roots in a distinct religion. Bill 101 was a response to language-erosion fears. Bill 21 is the outcome of cultural-erosion fears.

Quebec needs immigrants to counter low birth rates, but wants reassurances that demographic shifts don’t become ethnic shifts, the same reassurances Israel needs and acts on.

In forming their political opinions, anglophones focus on what is happening in North America. Francophone Quebecers tend to look to France and Europe. They are not sanguine about the silo effect of mass immigration from Islam-dominated countries, and Europeans’ sense of living under cultural siege.

Quebecers have no intention of becoming “post-nationalist.” I don’t call their melting-pot ideal racism; I call it tough love. I therefore support Bill 21.

Source: Kay: Why Jews should support Bill 21