Bouchard: Un multiculturalisme montréalais?

On the Montreal and rest of Quebec divide. Those who live the reality of diversity and those who do less. And maybe the rest of Quebec needs to approach Montreal with its greater ease with diversity rather than. vice versa:

Il faut reparler de l’interculturalisme. Le débat public sur les relations interculturelles au Québec est en retrait alors que nous sommes toujours en quête d’un modèle institutionnalisé indiquant la marche à suivre. Et cela en dépit des engagements pris depuis 20 ans par les partis au pouvoir.

Sur le plan des politiques, il s’est ainsi créé un vide. Mais comme il arrive souvent, c’est un vide qui se remplit imperceptiblement, et pas toujours comme on le voudrait. Dans ce cas-ci : c’est une forme de multiculturalisme émergent dont la métropole montréalaise devient l’épicentre. Une vision gagne du terrain parmi une bonne partie de sa population selon laquelle on est Montréalais bien avant d’être Québécois. Suivant cette logique, la métropole risque de se transformer en un électron libre où s’élaborent une identité et une appartenance en marge de l’ensemble du Québec, favorisant ainsi l’essor d’un bilinguisme non officialisé. Il ne s’agirait plus d’élaborer une conception générale de la nation reposant sur l’intégration de tous les citoyens québécois, ceux de la majorité et des minorités, en respectant les droits des uns et des autres (comme le veut l’interculturalisme).

Plusieurs observateurs voient progresser à Montréal une forme latente de multiculturalisme sans programme dont la gestion est laissée aux transactions microsociales et à la vie quotidienne, c’est-à-dire à la mouvance de la mondialisation. Ceci ouvre la voie, au cœur du Québec, à une vie civique progressivement affranchie du cadre national.

Des facteurs structurants favorisent cette évolution : le rayonnement croissant de l’anglais à l’échelle planétaire, la dynamique démographique qui laisse prévoir un plus grand nombre d’immigrants au cours des prochaines décennies, la très forte concentration des nouveaux venus dans la région montréalaise, la fracture à la fois ethnoculturelle et politique entre Montréal et le reste du Québec — une fracture que déjà en 2010 Guy Rocher qualifiait de « dramatique ».

Encore une fois, rien de formalisé ou de programmé dans la marche de ce multiculturalisme ; il suffit de laisser aller les choses. L’administration municipale ne semble pas avoir de vision intégrée de la situation et n’a toujours pas de politique officielle.

Les Cités interculturelles

Il s’est présenté depuis 10 ans une occasion d’atténuer cette fracture, mais on se demande si Montréal en a tiré tout le profit escompté. En 2010, j’ai fait des démarches auprès des dirigeants du Conseil de l’Europe afin qu’ils admettent Montréal comme membre du prestigieux projet international des Cités interculturelles. Quelques intervenants (surtout Gilles Rioux, un acteur de longue date dans ce domaine) ont ensuite amené la direction de la Ville à poser sa candidature, qui fut donc acceptée. C’était en 2011.

Actuellement, 140 villes réparties sur quatre continents participent à ce projet. L’objectif est d’encourager chacune à innover en matière de gestion de la diversité, à échanger avec les autres et à enrichir ses programmes. Fondé en 2007, ce réseau est devenu le lieu d’un formidable bouillonnement de réflexion et d’innovations dont chaque membre peut tirer un grand profit (on trouvera sur Internet des informations détaillées sur le sujet). Qu’est-ce que Montréal a fait depuis 10 ans ? De l’avis de divers informateurs proches du dossier, le bilan serait mitigé. On voudrait avoir l’assurance que la participation à ce grand projet a reçu toute l’attention qu’il méritait de la part des deux administrations municipales qui se sont succédé depuis.

En vertu d’une orientation adoptée par le Conseil de l’Europe, l’interculturalisme est l’éclairage général sous lequel les travaux se déroulent. Voilà une veine de réflexion qui a mobilisé de nombreux chercheurs québécois depuis 30 ans. Montréal, en puisant dans ces travaux (axés sur la conception d’un interculturalisme d’inspiration québécoise), pouvait donc apporter quelque chose d’original au réseau. En retour, elle en retirerait des enseignements substantiels conduisant à la mise en place de politiques originales, de programmes novateurs.

Mieux raccorder la conscience collective montréalaise à celle du Québec est une tâche complexe. Il faudrait d’abord provoquer une prise de conscience, prendre la mesure exacte du problème, amorcer une réflexion puis appliquer un plan à l’échelle tant nationale que métropolitaine. Le projet de loi 96 en discussion à l’Assemblée nationale peut constituer une avancée importante (en dépit du pessimisme de plusieurs démographes). Il est essentiel de raffermir notre identité et notre culture nationale. Sinon, il sera difficile de créer le sentiment d’appartenance et la solidarité permettant de mobiliser notre société autour d’idéaux collectifs. Et en cours de route, d’inspirer la fierté de ce que nous aurons fait ensemble.

La CAQ ne devrait-elle pas s’y engager davantage qu’elle ne le fait actuellement ?

Source: Un multiculturalisme montréalais?

Pelletier: Le petit bout de la lorgnette

Interesting commentary on the English language debate controversy over the moderator calling (correctly) Quebec’s Bill 21 discriminatory and the pile-on by Quebec leaders and weak response by federal leaders):

C’est tout un rebondissement. Au 25e jour d’une campagne électorale qu’on disait inutile et ennuyante, le diable s’est mis aux vaches. Rarement aura-t-on vu François Legault aussi en colère, d’ailleurs, tremblant d’émotion face à ces « attaques » contre le Québec. «  Prétendre que de protéger le français, c’est discriminatoire ou même raciste, c’est ri-di-cule. C’est pas vrai qu’on va se faire donner des leçons là-dessus par personne ! », a-t-il répété au lendemain du dernier débat des chefs, le seul en anglais.

La voilà donc, la « question de l’urne » — du moins au Québec, car ce fameux débat est tombé sur le pays comme une guillotine, faisant rouler la tête du Québec dans un coin et le corps du ROC dans l’autre. Pour ce qui reste de cette campagne, nous n’habiterons vraisemblablement plus le même pays, les deux solitudes ayant repris leurs droits comme jamais.

Au Québec, par conséquent, la question de l’heure ne concerne plus les changements climatiques, la réconciliation avec les Autochtones, la sécurité des grandes villes, les garderies, sans parler de comment en finir avec cette pandémie. Il ne s’agit pas de mieux préparer l’avenir ; il s’agit, si on se fie aux consignes données par le premier ministre lui-même, de protéger ce que nous avons déjà, nos « compétences » et notre « autonomie ». De regarder derrière en pansant de vieilles blessures, plutôt que de regarder devant.

Petite précision avant d’expliquer pourquoi un tel combat m’apparaît une coquille vide. La question posée au chef du Bloc québécois durant le dernier débat des chefs était tout à fait méprisante, inacceptable, en plus d’être confuse et mal formulée. L’affront méritait d’être souligné, c’est clair. Mais de là à déclarer la « nation québécoise » menacée dans ses valeurs et ses compétences ? De là à prétendre que le Québec tout entier se retrouve dans ce nationalisme de pacotille ?

Si François Legault était toujours un souverainiste convaincu, alors sa colère aurait au moins une direction. Mais on s’illusionne, à mon avis, si on croit que cette manifestation émotive du premier ministre — ponctuée d’ailleurs de la célèbre formule de Robert Bourassa (un Québec libre « d’assumer son propre destin ») — annonce un possible retour au projet de pays. Le sens de tout ce théâtre était déjà inscrit dans l’appel de M. Legault à voter conservateur, lancé quelques heures seulement avant le débat disgracieux de jeudi dernier.

Faisant fi des positions conservatrices sur l’environnement, les armes à feu, les garderies, oubliant jusqu’au manque à gagner sous un éventuel gouvernement conservateur — il y aurait non seulement beaucoup moins d’argent pour les garderies, mais également moins de transferts de péréquation —, François Legault réagissait à une seule chose : la promesse de non-ingérence dans les champs de compétence du Québec.

Que le chef caquiste soit prêt à sacrifier des mesures sociales importantes simplement pour s’assurer d’avoir les coudées franches, de régner en roi et maître sur son territoire, en dit long sur son état d’esprit. Rappelant l’affirmation nationale tonitruante du « cheuf » — Maurice Duplessis a inventé le concept du fief provincial bien gardé —, M. Legault choisit une démonstration de force plutôt qu’une amélioration des conditions de vie de ses concitoyens. Comme projet de pays, il faudra repasser.

Le chant de sirène conservateur (« nous, on respecte les provinces ») est d’autant plus séduisant qu’il comporte la promesse de ne pas contester la Loi sur la laïcité de l’État. Une éventualité qui viendrait perturber le règne de François Legault, c’est sûr.

Pour l’instant, fort de cette dernière illustration de Quebec bashing devant des millions de spectateurs, le chef peut jouer au preux chevalier des « valeurs québécoises », un concept aussi flou que trompeur. D’abord, on ne trouve pas de valeurs au Québec qu’on ne trouve pas ailleurs au Canada — à une exception près : la défense de la langue française, la seule spécificité proprement québécoise. L’utilisation d’une langue différente implique aussi un sentiment de vulnérabilité et un besoin de survie. Deux choses, il est vrai, que le Canada anglais n’a jamais bien saisies. Mais peut-on parler ici de « valeurs » ?

Pour le reste, l’égalité hommes-femmes et, bien sûr, la laïcité, il ne s’agit aucunement de spécificité québécoise, mais au contraire de valeurs démocratiques fort répandues. D’ailleurs, la loi 21 traduit moins le besoin de régler un problème religieux — la séparation entre l’Église et l’État étant déjà bien établie — que la peur de revenir en arrière. Pour certains, cette hantise du passé justifie amplement la loi. On pourrait en débattre longtemps, mais une chose est claire : en interdisant à certains membres de minorités religieuses le plein exercice de leurs droits, la loi est jusqu’à preuve du contraire bel et bien « discriminatoire ». Il n’y a pas que le Canada anglais ou le juge Marc-André Blanchard qui le pensent. Pourquoi la loi serait-elle protégée par la clause dérogatoire si on ne craignait pas son annulation précisément pour cette raison ?

De prétendre, comme le fait le premier ministre, que tout le Québec s’élève aujourd’hui pour « défendre son destin », c’est tordre le cou à une réalité beaucoup plus complexe, tout en rabaissant le nationalisme au petit bout de la lorgnette.

Source: Le petit bout de la lorgnette

Bouchard: Rapports interculturels et tyrannie des minorités

Bouchard takes on the rhetoric regarding the “tyranny of minorities” and the divisiveness it creates:

Depuis quelque temps, on peut lire et entendre que la majorité francophone au Québec serait désormais, comme d’autres majorités culturelles, l’otage des minorités. Ces dernières pèseraient indûment sur les choix de l’État et les orientations du débat public. Elles érigeraient des privilèges en droits inaliénables. Elles auraient même instauré un tabou qui empêcherait l’expression d’opinions dissidentes. Le pluralisme serait ainsi devenu un fondamentalisme, une orthodoxie intolérante. En somme, l’ancienne tyrannie de la majorité dont parlait Tocqueville se serait inversée.

Qu’est-ce que le pluralisme ?

En fait, le pluralisme invite essentiellement à reconnaître les mêmes droits à tous les citoyens, quelles que soient leurs origines, leurs croyances, leurs caractéristiques physiques. C’est cela que requiert le respect de la diversité, notamment celle qu’incarnent les immigrants et les membres des minorités. Cette orientation a connu une avancée spectaculaire après la Deuxième Guerre mondiale et son cortège d’horreurs, venant après celui de la guerre de 1914-1918. L’idée s’est alors répandue qu’il fallait protéger la diversité plutôt que la broyer. C’est le même courant d’idées qui a fait avancer la norme de l’égalité entre « races », de l’égalité entre hommes et femmes et de la liberté de croyance. Il a aussi aidé à la reconnaissance de l’homosexualité et des divers genres ou identités sexuelles. Enfin, en rejetant toute forme d’exclusion, il a inspiré une vision plus authentique de la démocratie et de la justice.

L’essor du pluralisme s’est accompagné d’une attention particulière envers les minorités ethnoculturelles, tout particulièrement les immigrants et les minorités. Dans le passé, c’est dans ces catégories sociales que se recrutaient le plus grand nombre de victimes de la part des majorités. L’histoire fourmille d’exemples à l’appui de cet énoncé. Un redressement s’imposait donc et il est en cours, ici comme ailleurs.

Il arrive que des intervenants dénoncent le fait que nos gouvernements (comme ceux d’autres nations d’Occident) n’en auraient que pour les minorités et se soucieraient moins des besoins et des droits de la majorité. D’où les expressions comme « la tyrannie des minorités », « la religion des droits », « l’exclusion des majorités », le « reniement de soi », etc.

Cette nouvelle vision tend à activer les peurs et les stéréotypes racistes déjà présents dans une partie de la population. Elle contribue aussi à banaliser la discrimination, présente ici comme ailleurs. Mais cette vision est-elle conforme à la réalité ?

Ce qui reste à faire

Les faits sont pourtant bien connus : il reste d’importants progrès à faire pour étendre les mêmes droits à tous les citoyens québécois. En ce qui concerne les minorités ethnoculturelles, il subsiste un grand nombre de manquements que chacun est à même de constater. Par exemple : les pratiques persistantes de profilage racial par les forces policières ; une sous-représentation dans l’administration publique due au fait que l’État continue depuis vingt ans à transgresser sa propre loi ; la discrimination dans le logement ; la hausse des propos haineux ; les résistances à des cimetières séparés pour les musulmans, alors qu’ils sont permis à d’autres groupes religieux ; la condition déplorable des femmes immigrantes.

Le discours de la tyrannie des minorités entraîne trois conséquences néfastes pour les minorités : il éveille dans une partie de la population des attitudes hostiles au respect mutuel ; il cause une fracture entre majorité et minorités ; il entrave l’intégration de tous les citoyens.

Bannir le terme « diversité »

Enfin, il arrive que des mots apparemment inoffensifs colportent discrètement un message d’exclusion. C’est ce qui arrive présentement avec l’usage croissant du terme « diversité » pour désigner les membres des minorités. Emprunté à la France, où, sans le dire, il fait surtout référence aux musulmans, je crois que c’est un terme à bannir. D’abord, il donne erronément à entendre que la majorité serait homogène. En plus, il institue une autre manière d’établir une distance,un clivage entre citoyens (entre « nous » et « eux autres »).

L’épouvantail du multiculturalisme

Il reste un autre écueil à écarter, c’est l’épouvantail du multiculturalisme canadien auquel plusieurs se plaisent à identifier le pluralisme. Selon cette conception, le pluralisme ne serait qu’une autre machination fédéraliste pour contraindre le Québec.

En réalité, le pluralisme est une philosophie générale dont on trouve des applications particulières, spécifiques, dans plusieurs modèles de gestion démocratique de la diversité. Le multiculturalisme canadien en est un, tout comme le républicanisme et l’interculturalisme, entre autres. Il est important de distinguer le pluralisme comme horizon commun et les diverses traductions qu’on peut en faire.

Source: Rapports interculturels et tyrannie des minorités

Pelletier: La polarisation numéro 1 [Loi 21]

Of note:

La réputation consensuelle du Québec en prend pour son rhume. Les reportages publiés dans Le Devoir depuis une semaine démontrent que la chicane habite bel et bien nos cabanes, à cette différence près : on se divise, oui, mais en se donnant des « câlins ». En minimisant la discorde dans la mesure du possible. Ce n’est pas tant la chicane qu’on n’aime pas, en fait, c’est son étalage. À cet égard, les réseaux sociaux sont bien arrimés à la psyché québécoise. Sur les plateformes numériques, on fesse, on crache, on insulte, mais sous couvert de l’anonymat. Le mythe d’un Québec consensuel et harmonieux peut donc continuer comme si de rien n’était.

Il n’y a pas meilleur exemple d’un supposé consensus, pourtant pétri de discorde, que la question de la laïcité. « Au Québec, c’est comme ça qu’on vit », disait fameusement François Legault, lors de sa défense télévisée de la loi 21. Comme si, à ce sujet, nous regardions tous dans la même direction. La décision récente du juge Marc-André Blanchard reconnaissant la constitutionnalité de la loi, tout en soustrayant les commissions scolaires anglophones de son application, est venue, bien malgré lui, consacrer cette notion du Québec francophone tout de go derrière l’interdiction des signes religieux. Ce verdict permettait de conclure que seuls les gens de l’extérieur de la province ou encore les minorités religieuses et anglophones s’opposent à la loi.

Rien n’est plus faux, évidemment. Si on a souligné à gros trait la participation du Conseil canadien musulman à cette contestation juridique, rappelons que la Fédération autonome de l’enseignement du Québec, et d’autres, en faisait également partie. Au moment de l’adoption de la loi, en 2019, deux autres centrales syndicales, la CSN et la CSQ, se sont également opposées, sans oublier les commissions scolaires, le Barreau du Québec, la Ligue des droits et libertés, la Commission des droits de la personne, le Parti libéral et Québec solidaire ainsi que de nombreux artistes et intellectuels québécois.

Non, le Québec, même francophone, n’est pas d’un même avis sur cette question. Seulement, c’est tout comme. Il est de plus en plus difficile d’argumenter contre la Révolution tranquille, contre la société distincte, contre la nécessité pour le Québec de défendre sa façon de faire et, par extension, sa survivance. Il est quasi impossible d’opposer des arguments purement rationnels à quelque chose d’aussi profondément émotif — le jugement Blanchard le rappelle de plus belle.

Après avoir redoré le blason de trois partis politiques — l’ADQ de Mario Dumont en 2007 jusqu’à la CAQ de François Legault en 2018, en passant par le PQ et sa charte des valeurs en 2013 —, l’interdiction des signes religieux est désormais perçue comme l’ultime acte de résistance de la nation francophone. Peu importe si le geste est démesuré, voire inutile — il n’y a pas de problème de religion au Québec depuis plus d’un demi-siècle ! — le vrai « leadership », clamait M. Legault récemment, exige qu’on défende le Québec l’arme au poing. Il ne faudrait surtout pas avoir peur d’utiliser la clause dérogatoire, dit-il. Loin d’en avoir honte, cette mesure serait devenue un véritable badge d’honneur, la mesure du vrai patriote.

Déjà très polarisée, la décision du juge Blanchard a invariablement polarisé la question de la laïcité encore davantage. Le débat se pose désormais en ces termes : se laisser dicter nos règles de l’extérieur ou pas. Va-t-on laisser ceux qui ne nous comprennent pas (lire la Cour suprême) nous dire quoi faire ? Il y a ici un véritable enjeu démocratique, c’est vrai. Seulement, il n’est pas celui que l’on pense. Le danger n’est pas que le Québec perde de son autonomie législative, le danger est l’affaiblissement à long terme des droits et libertés pour l’ensemble du Québec.

Rappelons, d’abord, ce qui se perd de plus en plus dans ce débat à sens unique : pourquoi il nous faut des chartes des droits et libertés et pourquoi celles-ci bénéficient d’un statut « supralégislatif ». La Déclaration universelle des droits de l’homme, la première à voir le jour en 1948, et toutes celles qui ont été adoptées par la suite, comme au Québec (1975) et au Canada (1982), sont là pour assurer que personne, indépendamment de son sexe, son ethnie, sa religion ou son orientation sexuelle ne soit traité différemment. C’est la règle la plus sophistiquée, la plus civilisée, dont dispose l’humanité depuis la nuit des temps. C’est également un code qui, par définition, doit transcender l’enceinte politique. On ne peut pas laisser le sort des plus vulnérables (les minorités) entièrement dans les mains des plus puissants (les majorités), c’est la grande leçon du XXe siècle. Par conséquent, il n’y a que les tribunaux, consacrés à l’arbitrage impartial, qui peuvent y voir.

Rappelons aussi que la loi 21 suspend non seulement la Charte canadienne des droits et libertés mais également la Charte québécoise, nous laissant orphelins en la matière. À force de jouer la carte du salut de la nation, pour des raisons opportunistes, strictement politiques, le Québec est en train de se peinturer dans un coin sombre.

Source: https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/600085/la-polarisation-numero-1?utm_source=infolettre-2021-05-05&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

L’inquiétante intolérance de la nouvelle commissaire antiracisme

Provides the flavour of Quebec debates over racism and laicité. And while anti-religious attitudes and behaviours technically are not racist, they are similar in their xenophobia, discrimination and biases:

Le rôle de choisir une personne chargée de faire reculer le racisme, bien réel et vécu à Montréal, n’est pas chose facile. Informé des objections qui pouvaient être faites à l’endroit de la commissaire désignée, Bochra Manaï, un des porte-parole de la mairesse a indiqué que « la Ville ne peut pas, légalement ou moralement, rejeter un candidat qualifié sur la base de ses positions ou emplois passés. »

Tout au contraire, les positions et les emplois passés ne sont-ils pas un indicateur essentiel pour juger de la capacité de la personne choisie d’accomplir sa tâche d’écouter, de rassembler, d’agir sur un sujet délicat avec le plus de nuances possible et par conséquent d’obtenir des chances de succès ?

Sa définition du racisme

La définition que Mme Manaï a du racisme est évidemment au cœur de la question. Rappelons que le racisme est fondé sur une idéologie, sur la croyance qu’il existe une race supérieure.

Or, la religion n’est pas une race !

N’en déplaise au parti municipal au pouvoir et au conseil municipal qui ont condamné à l’unanimité la loi 21 sur la laïcité. À l’encontre des 65 % des Montréalais qui favorisent l’interdiction des signes religieux pour les policiers et 58 % pour les enseignants (Crop sur la RMR novembre 2018).

Mme Manaï a donné en 2019 un discours rempli d’amalgames où elle a inscrit dans la même logique l’adoption de la loi sur la laïcité, l’attentat de la mosquée de Québec et celle de Christchurch (Nouvelle-Zélande). Elle a même indiqué que « le Québec est désormais une référence pour les suprémacistes extrémistes du monde entier ».

Estime-t-elle que la loi 21 sur la laïcité est raciste ? Cela semble être le cas puisque cinq fois, en entrevue au 98,5 FM avec Bernard Drainville, elle a refusé de se prononcer sur cette question. Qui ne dit mot consent !

Pense-t-elle donc que la forte majorité des Montréalais favorables à cette loi présentent des symptômes de racisme ?

Les défenseurs de la laïcité bafoués

Désormais, la commissaire chargée de faire reculer le fléau raciste, ne devrait-elle pas se prévaloir de cette forte tradition historique québécoise favorable à la séparation des religions et de l’État ?

On sait qu’un bon nombre de Québécoises musulmanes ou nord-africaines ont soutenu le combat pour la laïcité, celles qu’elle accuse d’être des « laïcardes ». Loin de se montrer respectueuse des divergences d’opinions au sein de la diversité québécoise, irresponsable, Mme Manaï a nommément accusé ces femmes d’avoir précipité « les Québécois dans une chasse aux musulmans » faisant d’elles des cibles à abattre pour les islamistes, les réduisant à de « pseudo-intellectuelles assurément exotiques ».

La critique confondue avec la haine

Sa définition du racisme est également problématique et dépasse le simple mépris pour ses contradicteurs au sujet de la laïcité. Dans un texte sur l’islamophobie, elle explique clairement que toute critique de l’islam est une forme de racisme contre les musulmans :

« Les détracteurs du terme islamophobie évoquent l’idée qu’il est possible de « critiquer » l’islam, sans pour autant « détester » les musulmans. Or, cette hostilité qui s’exprime à l’encontre de l’islam comme religion semble directement liée au rejet des musulmans eux-mêmes. »

Elle souscrit donc à « toutes les définitions de l’islamophobie comme racisme. » Ne distinguant pas la lutte contre l’islam radical, la critique de la religion et le racisme.

Avis donc à tous ceux qui osent dire que l’islam, même modéré, est fondamentalement inégalitaire, — comme d’ailleurs le judaïsme ou le christianisme. Ils sont, au vu de la commissaire, des racistes.

La commissaire Manaï juge-t-elle avec moins d’ouverture d’esprit les Montréalais qui critiquent l’islam radical ? Ou encore estime-t-elle que des imams et des ayatollahs extrémistes qui endoctrinent ceux qui décapitent et tuent au nom du prophète ailleurs sont des victimes ?

Ne serait-ce que pour ces amalgames qui ne distinguent pas la lutte contre l’islam radical et la critique de la religion, la mairesse de Montréal n’aurait jamais dû la nommer.

Les coupables sont-ils les démocrates ?

Dans un texte intitulé « Le quiproquo de la radicalisation », elle qualifie de « vaste supercherie » l’idée que des imams radicalisés poussent au crime et au djihad des jeunes Montréalais. Il s’agit, écrit-elle d’une « pseudo-théorie de la radicalisation comme processus théologique » promue à son avis, par les services de renseignements occidentaux. On convient que le processus de radicalisation des djihadistes occidentaux est un phénomène complexe lié à plusieurs facteurs.

Cependant, la négation obstinée de Mme Manaï du rôle joué par les réseaux islamistes violents, radicaux et financés par l’Iran, l’Arabie saoudite ou le Qatar, relève d’un dangereux aveuglement, d’un manque de discernement et de nuances.

Montréal a été épargnée, ces toutes dernières années, par le phénomène, mais l’Europe occidentale en constate les dégâts quotidiennement.

On pourrait penser que la nouvelle commissaire estime au moins que les assassins des caricaturistes et du personnel de Charlie Hebdo et de l’Hyper cacher à Paris ont répondu aux appels aux meurtres lancés par les imams et les ayatollahs violents du Moyen-Orient, appels relayés par des prédicateurs djihadistes locaux. Pas du tout !

L’occident responsable du manque d’intégration ?

Dans un texte ahurissant consacré à cette tuerie, Mme Manaï porte la totalité du blâme sur la France et les écueils qu’ont connus ses politiques d’intégration. La nouvelle commissaire s’attriste même du fait que son analyse sur l’échec des valeurs républicaines françaises « échappe à ces millions de marcheurs » réunis dans la foulée de l’attentat pour défendre le droit à la liberté d’expression et réprouver la haine de la civilisation occidentale portée par les djihadistes.

Si le texte juge que la politique française envers sa population arabe et ses banlieues a créé des conditions de l’aliénation d’une partie de la jeunesse, on est surpris de ne pas y lire à tout le moins un mot sur la coresponsabilité des recruteurs islamistes.

Une nuance ici, la France qui nous a précédés sur ce chemin a compris que pour vivre harmonieusement il faut séparer l’islamisme de l’islam.

Les forces maléfiques occidentales

Mme Manaï introduit bien dans son texte un élément géopolitique. Elle parle de « l’union des forces maléfiques » qu’elle décrit ainsi : « une solidarité inconditionnelle des États les plus meurtriers de l’Histoire ». Elle qualifie de « forces maléfiques » les pays occidentaux qui ont participé à des opérations militaires au Moyen-Orient. Elle ne parle ni de l’Iran, ni de l’Irak, ni des talibans, ni de la Turquie, etc.

Tous ces écrits sont disponibles sur le site du Huffington Post Québec.

Ne serait-ce que pour ce délire spirituel, la mairesse de Montréal aurait dû choisir un/e candidature avec un profil de rassemblement, de tolérance et surtout de pédagogie citoyenne.

L’idée que se fait Mme Manaï du racisme et des racistes, des Montréalais et des Québécois, est qu’ils portent en eux ce dangereux stigmate du racisme, qu’elle a pour mandat de les accompagner et de les redresser sur les chemins de la tolérance et de l’acceptation de l’autre, c’est-à-dire sur le chemin de l’acceptation de l’islam radical et contre cette dangereuse loi de la laïcité.

Faire, entre autres, cet amalgame entre race et religion revient à la négation totale de la liberté de conscience, une liberté des plus fondamentales qui est au cœur de la démarche laïque. Comment peut-on lutter contre le racisme et contre la discrimination tout en bafouant complètement cette liberté fondamentale ?

Alors que la laïcité permet justement une neutralité viable pour TOUS les citoyens, quelles que soient leurs convictions religieuses.

Source: L’inquiétante intolérance de la nouvelle commissaire antiracisme

Bouchard: La souveraineté du Québec, plus nécessaire que jamais

Ironic to cite COVID-19 as a justification for Quebec independence while ignoring that Quebec has the highest number of infections and deaths per million of all Canadian provinces and on par with the most affected European countries.

And of course, both multiculturalism and interculturalism are similar models of civic integration, with more semantic rather than substantive differences:

Du point de vue de notre avenir politique, deux leçons peuvent être tirées de l’actuelle pandémie. Nous avons pu constater que, presque partout, les populations plongées dans l’insécurité se sont tournées vers leur nation pour se protéger. Les instances supranationales, à commencer par l’Union européenne, se sont montrées étonnamment impuissantes à mettre en œuvre des initiatives efficaces pour contrer la pandémie.

Chacun a pu ainsi prendre conscience du recours indispensable que l’État-nation continue de représenter comme rempart dans un contexte de crise. Cette enceinte a montré une grande capacité à susciter une solidarité, montrant ainsi qu’elle est loin d’avoir perdu sa pertinence. Il y a intérêt à la soutenir et à la perpétuer. C’est la première leçon.

La pandémie a aussi révélé la fragilité des réseaux supranationaux. La mondialisation ne s’en trouve pas pour autant condamnée, loin de là, mais elle a accusé d’inquiétantes carences. Il sera prudent de mieux définir nos engagements et nos articulations avec cette sphère qui demeure largement chaotique et imprévisible. On voit l’importance de pouvoir se reposer sur un État doté de tous les pouvoirs essentiels. C’est la deuxième leçon.

Les raisons profondes qui ont toujours motivé le mouvement souverainiste restent d’actualité : le combat pour le français, l’émancipation économique, sociale et culturelle de notre société, le renforcement d’une francophonie nord-américaine et, plus généralement, une plus grande liberté collective pour traiter à notre façon, suivant nos traditions et nos choix, les grands problèmes de l’heure. Ces raisons sont clairement rappelées et mises à jour dans le dernier numéro de la revue Action nationale. La pandémie en fait voir d’autres : renforcer la nation-refuge et procurer à l’État une marge de manœuvre accrue qui lui permet de mieux naviguer à travers les écueils de la sphère planétaire.

Sur l’enjeu identitaire

Tout cela survient au moment où le Parti québécois, occupé à se redéfinir, se donnera bientôt un nouveau chef. J’aimerais, dans ce contexte, soumettre trois réflexions. La première concerne la thématique identitaire, toujours bien vivante au sein de ce parti. Écartons d’abord un malentendu. Il est incontestable qu’une nation a besoin d’une identité comme expression d’une appartenance et source de solidarité. On imagine mal comment, privée de ces ressorts, elle pourrait mobiliser ses citoyens et ses citoyennes autour d’idéaux et de projets communs.

Le danger, c’est lorsque la quête d’une identité glisse vers une auscultation de soi qui l’appauvrit et rétrécit le « nous » de la nation. Un déplacement de ce genre est néfaste pour une société diversifiée. Il tend aussi à diminuer la place d’une dimension essentielle, celle de l’action collective, des grands projets que nous pourrions réaliser tous ensemble comme Québécois. Or, la mémoire de ces réalisations contribue justement à fortifier l’identité.

La population québécoise est de plus en plus diversifiée et le vieux noyau francophone jadis largement majoritaire se contracte progressivement (de 79 % en 1971, sa proportion serait passée à 64 % en 2014). Il est donc nécessaire d’ajuster la définition de la nation et de l’identité à la nouvelle réalité.

Est-ce là succomber au multiculturalisme ? On en est loin. Premièrement, il s’agit simplement de reconnaître les droits de tous les citoyens du Québec, en particulier là où ils sont compromis. Cette règle n’est pas copiée du multiculturalisme, elle fait partie de l’héritage général de toutes les horreurs commises durant la première moitié du XXe siècle en Occident. L’éthique qu’elles ont engendrée invite à respecter la diversité plutôt que de la broyer. Le multiculturalisme canadien en est lui-même une expression parmi bien d’autres, tout comme l’interculturalisme québécois.

Deuxièmement, le modèle canadien en matière de relations interculturelles est très différent de l’approche québécoise. Dans le premier cas, les groupes ethnoculturels se voient accorder une latitude exceptionnelle, si bien que le souci de cimenter ces minorités devient quasiment secondaire.

Au Québec, au contraire, c’est une priorité. Nous sommes une petite nation constamment soucieuse d’intégration, de solidarité, de concertation, de rassemblement — et de survie. Troisièmement, le multiculturalisme canadien reconnaît l’existence de minorités mais nie celle d’une majorité. Comment ce modèle pourrait-il s’appliquer ici ?

Le prochain chef du PQ

Je reviens au Parti québécois. La recherche d’une identité forte, au sens défini plus haut, et la promotion d’une conception vraiment inclusive de la nation ne sont nullement incompatibles. Il suffit de revenir à la tradition instaurée par le parti à ses années glorieuses. La loi 101 en est une parfaite illustration. D’un côté, elle servait les intérêts de la majorité en renforçant le français. De l’autre, elle servait les intérêts des minorités en leur procurant le moyen de mieux s’intégrer à la société et d’y faire leur chemin.

Dans l’intérêt du parti et de celui du Québec, il est éminemment souhaitable qu’il renoue avec cette philosophie qui lui a valu une grande partie de ses succès. Cette tradition est toujours porteuse d’avenir parce qu’elle est étroitement alignée sur le Québec en devenir que les fondateurs avaient remarquablement anticipé.

Concernant la course à la chefferie, ces réflexions invitent à favoriser le candidat qui incarne le mieux à la fois la grande tradition et l’avenir du parti suivant les voies esquissées ici. Parmi les candidatures en lice, celle de Sylvain Gaudreault me semble la plus proche de ce profil.

Source: La souveraineté du Québec, plus nécessaire que jamais

ICYMI: A Quebec ban on religious symbols upends lives and careers

Raises visibility of Quebec not in a good way:

A Muslim lawyer who wears a head scarf has put aside her aspiration to become a public prosecutor.

A Sikh teacher with a turban moved about 2,800 miles from Quebec to Vancouver, calling herself a “refugee in her own country.”

And an Orthodox Jewish teacher who wears a head kerchief is worried that she could be blocked from a promotion.

Since the Quebec government in June banned schoolteachers, police officers, prosecutors and other public sector employees from wearing religious symbols while at work, people like these three women have been grappling with the consequences.

François Legault, the right-leaning Quebec premier, says the law — which applies to Muslim head scarves, Sikh turbans, Jewish skullcaps, Catholic crosses and other religious symbols — upholds the separation between religion and state, and maintains the neutrality of public sector workers. The government has stressed that the vast majority of Quebecers support the ban.

“I would not feel comfortable being faced with a judge or lawyer in court wearing a head scarf here, because I would worry about their neutrality,” said Radhia Ben Amor, a research coordinator at the University of Montreal, who is Muslim and said she moved from Tunisia to live in a more secular country.

But the law has prompted vocal protests and legal challenges, as well as condemnation by Prime Minister Justin Trudeau.

Critics say it flouts freedom of religion, breaches constitutional protections and excludes minorities who choose to wear symbols of faith from vital professions. They also say implementing the law will be fraught because it can be hard to discern a religious symbolfrom a fashion accessory or nonreligious garb.

The English Montreal School Board said the law was forcing it to turn away qualified teachers. It said at least one teacher had removed her head scarf while at work to keep her job.

The Coalition Inclusion Québec — a group that includes Roman Catholics, Jews, Sikhs and Muslims — is challenging the law in court, along with three teachers, including two Muslims and a Roman Catholic.

Perri Ravon, a lawyer who has worked on two of the lawsuits against the ban, said that at least for now, “the law is disproportionately affecting Muslim women because the hijab is an outwardly visible religious symbol.” She noted that a Catholic cross was less conspicuous since it could be concealed in a blouse or a shirt while at work.

Nonetheless, the Catholic teacher named in one of the suits, Andréa Lauzon, who wears a visible cross and medallion of the Virgin Mary, said in court papers that her faith and identity were inextricably bound, and that her constitutional right to freedom of religion was being breached.

The ban has its roots in Quebec’s historic evolution into an abidingly secular society with a visceral distrust of religion, stemming from the so-called Quiet Revolution in the 1960s, when Quebecers revolted against dominance of the Roman Catholic Church.

Jean Duhaime, emeritus professor of religion at the University of Montreal, said that even before the recent law, the wearing of crosses in the public sector was stigmatized and discouraged in Quebec society.

He said Catholic opponents to the ban were in solidarity with other religious groups, adding that many proponents of the law saw Muslims wearing head scarves as “the phantom of religion reappearing in Quebec while viewing the hijab as an instrument of patriarchal domination.”

Here are four women whose lives and careers have been affected by the ban (see article).

A memo for Canada: back off of Quebec’s Bill 21

Struck a nerve.

But seriously, it is one thing to argue that comments from English Canada may not be helpful to some of the internal debates within Quebec, another to argue that English Canadians have no right to comment on discriminatory laws whether in Quebec or elsewhere.

But Ontario MPPs take a shot at Quebec with unanimous vote supporting religious freedom may be an example where this may not be helpful.

Not to mention, that there are international human rights conventions and practices that presumably Quebec adheres to:

Let me say to all the bien pensants in the “Rest of Canada” who make up the growing chorus of critics of Quebec’s Bill 21 provisions on the wearing of religious symbols by certain public servants: Have a care. You are playing with fire, and your knee-jerk reaction to legislation supported by a vast majority of Quebeckers risks starting a major conflagration that might consume our country.

First, you should actually read the bill. You should note its very narrow application, only to certain officials who must interact with the public, only while in the exercise of their official duties, and only to people newly hired in these positions.

Second, you should remember that most of Quebec’s French schools, colleges and universities were largely operated by Roman Catholic teachers and administrators, all of whom wore religious garb, until the 1960s. When I attended law school at Laval University from 1960-63, the rector was future cardinal Louis-Albert Vachon, who was named to the Order of Canada and the National Order of Quebec. He is the last of an unbroken line of distinguished clerics to hold this position. Quebec’s famous and progressive Quiet Revolution was largely about escaping the influence of the Catholic Church in this and many other areas.

Third, you should pay attention to the increasing expressions of incredulity, anger and outrage in Quebec’s French-language media over your virtue signalling and self-righteous condemnations of a legitimate act of Quebec’s National Assembly, which is legislating well within its constitutional authority.

And fourth, you should consider that on Oct. 21, 33 per cent of Quebeckers (555,000 more than in 2015) voted for the Bloc Québécois, which had almost disappeared until resistance in the Rest of Canada to Bill 21 reignited the long-dormant but always smouldering view among many Quebeckers that they can never be fully understood and accepted in this country. From there, it is but a step, if Quebec Premier François Legault should ever conclude that public opinion demanded it, to a third referendum on Quebec independence.

It is argued that those likely to be most affected by Bill 21 are some Muslim women living in Quebec who may be forced to choose between a possible future career in Quebec’s public service and their desire to wear religious garb at all times, and that the bill is therefore racist and specifically directed against devout Muslims.

One might ask whether such women would agree to have their own children taught by nuns or priests or monks wearing Roman Catholic religious symbols? Or whether such devout Muslim women might not agree, as did many devout Roman Catholic teachers in Quebec after the secularization of Quebec’s education system during the Quiet Revolution, to forgo wearing religious garb or symbols during working hours in order to be hired in future for certain public-service jobs?

I was raised and educated largely in Quebec. I lived for 20 years in London, Ont., and 10 years in Banff, Alta. I still have family in both places, as well as in Nova Scotia and British Columbia. I have worked in the Premier’s office in Quebec City, the Prime Minister’s office in Ottawa and for a large media corporation in Toronto. For the past 15 years, I have lived in Quebec’s Eastern Townships. It cannot be said that I am ignorant of my country.

I warn the Rest of Canada, in the words of columnist Richard Martineau writing on Saturday in Le Journal de Montréal, Quebec’s most widely read daily, that we are now suddenly on track towards a head-on collision. Mr. Martineau quotes the famous words of Quebec’s Liberal premier Robert Bourassa after the defeat of the Meech Lake accord: “Whatever we say and whatever one may do, Quebec is, today and for always, a distinct society, free and able of assuming its destiny and its development.” We are once again shouting past one another in a dialogue of the deaf. Will Canada accept Quebec as it is, or persist in interfering in Quebec’s internal affairs of which it is largely ignorant? Or will Quebeckers conclude, once and for all, that they are not welcome in this country and must reluctantly leave it?

Une touchante inquiétude

Interesting column and the irony of Premier Legault’s comments on national unity:

Après l’avoir vu souffler sur les braises du nationalisme durant toute la campagne, il était savoureux d’entendre le premier ministre Legault s’inquiéter des divisions reflétées par les résultats de l’élection fédérale de lundi et conseiller Justin Trudeau sur la meilleure façon de « garder le pays uni ».

Cette préoccupation pour l’unité de la fédération est touchante, même si on ne peut pas dire que M. Legault y a beaucoup contribué avec la loi sur la laïcité, que son vis-à-vis manitobain, Brian Pallister, a déclarée contraire aux valeurs canadiennes, ni avec ses propos sur « l’énergie sale » produite par le pétrole de l’Ouest, qui ont fait bondir l’Albertain Jason Kenney.

En réalité, s’il y a une chose sur laquelle le Canada anglais est unanime d’un océan à l’autre, c’est que le Québec demeure l’enfant gâté de la fédération, comme le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, l’a encore déclaré cette semaine. Selon lui, le Québec constitue un facteur de division en profitant de la péréquation sans rien vouloir concéder en retour.

Le hasard fait bien les choses. En 2020, c’est M. Legault qui assumera la présidence du Conseil de la fédération. Du 22 au 24 juillet, il sera l’hôte de ses homologues provinciaux au Château Frontenac. Il aura là une occasion en or de leur expliquer à quel point il est désireux de favoriser l’harmonie au sein de la fédération et de leur exposer ses idées sur la façon d’y parvenir. La perspective de séjourner dans la « capitale nationale » du Québec doit certainement les combler de joie. Un coup parti, M. Legault pourrait les emmener à Baie-James pour leur montrer ce qu’est une énergie propre.

Cela dit, M. Legault a raison de penser que l’octroi d’une plus grande autonomie serait de nature à apaiser la frustration des provinces de l’Ouest. Un mégasondage pancanadien effectué en début d’année par six instituts de recherche dans le cadre d’une analyse sur la « Confédération de demain » indiquait que les Albertains (49 %), les Québécois (48 %) et les Saskatchewanais (44 %) étaient de loin les plus nombreux à souhaiter que leur province obtienne plus de pouvoirs.

On a souvent du mal à prendre au sérieux les velléités indépendantistes dans l’Ouest. Pourtant, en Saskatchewan et en Alberta, à peine 33 % des personnes interrogées étaient d’avis que le fédéralisme comporte plus d’avantages que d’inconvénients, alors que cette proportion était de 46 % au Québec. Le PLC a été incapable de faire élire un seul député dans ces deux provinces. Cela n’améliorera certainement pas cette perception, même si des non-élus sont nommés ministres.

Vu de là-bas, un gouvernement libéral appuyé par le NPD était sans doute le pire scénario imaginable. La politique n’est pas faite pour les âmes trop sensibles, mais la civilité a quand même ses droits. À de multiples reprises, Andrew Scheer s’est permis de traiter ouvertement M. Trudeau de menteur et d’imposteur. On peut penser que cela traduisait les sentiments que le premier ministre inspire dans la province d’adoption du chef conservateur. Au Québec, où tous ne tiennent pourtant pas M. Trudeau en haute estime, on fait généralement preuve de plus de retenue.

M. Trudeau a confirmé mercredi que son gouvernement triplerait la capacité du pipeline Trans Mountain, tout en reconnaissant qu’il faudra faire davantage pour calmer la colère de l’Ouest. Jason Kenney tient toujours mordicus à un pipeline vers l’est, et c’est le Québec qui constitue le principal obstacle. Si M. Legault veut lui faire la leçon sur la façon de renforcer l’unité canadienne, M. Trudeau aura beau jeu de le lui rappeler.

Minorité oblige, le premier ministre a promis de faire un effort pour collaborer avec les autres partis représentés à la Chambre des communes et avec ses homologues provinciaux afin de mieux répondre aux préoccupations des Canadiens, mais il n’a pas donné le moindre signe qu’il envisageait de diminuer un tant soit peu le rôle du gouvernement fédéral au profit des provinces.

De toute évidence, il n’a pas tiré des résultats de l’élection les mêmes conclusions que M. Legault, selon qui les Québécois lui ont clairement envoyé le message de ne pas contester la loi sur la laïcité. M. Trudeau a refusé d’en prendre l’engagement encore plus fermement qu’il l’avait fait durant la campagne.

« Le message est clair : si vous voulez plus d’appuis la prochaine fois, soutenez la loi 21 », a déclaré M. Legault. Cela reste à voir. S’y opposer n’a pas empêché le PLC de demeurer le premier parti fédéral au Québec, aussi bien en nombre de sièges qu’en nombre de suffrages exprimés. La prochaine fois, M. Legault trouvera bien un autre grief à lui faire.

Source: Une touchante inquiétude

Opinion: True interculturalism starts with multiculturalism

Not quite that simple. While multiculturalism does recognize, acknowledge and accommodate different cultures and religions, this is all within a common legal and constitutional framework.

While interculturalism makes a more specific reference to integration into Quebec francophone culture and society, multiculturalism is about integration into one of the two official language groups, and thus has a similar hierarchy, but one that is more open and flexible in its implementation and evolution:

Those who say they support interculturalism but reject multiculturalism appear to misunderstand both. Interculturalism is not possible without the state’s recognition of diversity of cultures and multiculturalism.

Canada is officially multicultural within a bilingual framework, which demonstrates it is an all-inclusive country. Multiculturalism was institutionalized to recognize diversity and equalize various cultural strands so as to arrive at a more congenial and less hierarchical society, one that does not relegate any to second-class citizenship. It nurtured different cultures, while simultaneously protecting the rights and welfare of all. It provided a context in which disempowered and marginalized communities could demand equality. Multiculturalism stands a step above biculturalism because it means pluralism. While nurturing individual cultures, it ensures preservation of the common good when it comes to rights, liberties, health care, education, shared culture and artistic expression.

In increasingly distancing itself from multiculturalism, the Quebec Liberal Party allies itself with the nationalists’ view that culture, values and the very identity of the francophone majority are threatened when citizens of minority backgrounds, who are visibly and culturally different, don’t conform to the tenets of the majority. The Quebec Liberals, or at least the youth wing, seem to imagine that proposing an interculturalism law will attract the francophone vote, facilitate cultural intermingling and actualize integration without conceding the centrality of the majority culture.

The Quebec brand of interculturalism seeks to integrate minorities, through the mixing of cultures and use of a common language. However, evidence shows that such a model relies heavily on the centrality of a dominant culture, and thus is hierarchical. Equality is not inevitable. It should also be noted that integration also requires an equitable delivery of social, political and economic rights. People of colour remain overworked and underpaid, lack employment equity and professional recognition, are racially profiled and attacked, denied common services, non-represented in public offices and denied jobs due to language, culture, religion and attire.

An interculturalist model, one that is practised in Quebec, is rooted in the idea that the state protects no particular culture but ensures the welfare, rights and common good of its citizens. However, a multiculturalist model, one that recognizes specific cultures, will lead to intercultural relations without compromising the rights, welfare and common good of all, even if the achievement of a discrimination-free society remains elusive.

Quebec’s antagonism to multiculturalism is historical. Multiculturalism is seen as a ploy to defuse the separatist movement. Premier René Lévesque described multiculturalism as “folklore” — saying “the notion was devised to obscure ‘the Quebec business,’ to give an impression that we are all ethnics and do not have to worry about special status for Quebec.”

That view reduced cultures of the Other to mere exoticism, which reveals a lack of understanding of the multiculturalism Lévesque claimed was a ploy against his struggle. For his part, Premier Jacques Parizeau unmasked the hidden divisiveness with his comment about “money and ethnic votes” after the 1995 referendum.

A dozen years later, Hérouxville xenophobe André Drouin advanced a code of conduct that warned against covering faces, stoning adulterous women, committing genital mutilation and dousing women with acid. That and other controversies of the day were enough to prompt Premier Jean Charest to create the Bouchard-Taylor Commission on reasonable accommodation in 2007. That was followed by Premier Pauline Marois’s Charter of Values, and now the Coalition Avenir Québec’s passage of Bill 21.

Majoritarianism is a hierarchical concept asserting that the natural owner of the state is the dominant majority. A majoritarian democracy conveys a message to minorities that they live on tolerance, and it empowers majority to feel superior.

Interculturalism can work only if it relies on multiculturalism. If not, it will be homogenization condemning minorities as inferior.

Source: Opinion: True interculturalism starts with multiculturalism