Opinion: True interculturalism starts with multiculturalism

Not quite that simple. While multiculturalism does recognize, acknowledge and accommodate different cultures and religions, this is all within a common legal and constitutional framework.

While interculturalism makes a more specific reference to integration into Quebec francophone culture and society, multiculturalism is about integration into one of the two official language groups, and thus has a similar hierarchy, but one that is more open and flexible in its implementation and evolution:

Those who say they support interculturalism but reject multiculturalism appear to misunderstand both. Interculturalism is not possible without the state’s recognition of diversity of cultures and multiculturalism.

Canada is officially multicultural within a bilingual framework, which demonstrates it is an all-inclusive country. Multiculturalism was institutionalized to recognize diversity and equalize various cultural strands so as to arrive at a more congenial and less hierarchical society, one that does not relegate any to second-class citizenship. It nurtured different cultures, while simultaneously protecting the rights and welfare of all. It provided a context in which disempowered and marginalized communities could demand equality. Multiculturalism stands a step above biculturalism because it means pluralism. While nurturing individual cultures, it ensures preservation of the common good when it comes to rights, liberties, health care, education, shared culture and artistic expression.

In increasingly distancing itself from multiculturalism, the Quebec Liberal Party allies itself with the nationalists’ view that culture, values and the very identity of the francophone majority are threatened when citizens of minority backgrounds, who are visibly and culturally different, don’t conform to the tenets of the majority. The Quebec Liberals, or at least the youth wing, seem to imagine that proposing an interculturalism law will attract the francophone vote, facilitate cultural intermingling and actualize integration without conceding the centrality of the majority culture.

The Quebec brand of interculturalism seeks to integrate minorities, through the mixing of cultures and use of a common language. However, evidence shows that such a model relies heavily on the centrality of a dominant culture, and thus is hierarchical. Equality is not inevitable. It should also be noted that integration also requires an equitable delivery of social, political and economic rights. People of colour remain overworked and underpaid, lack employment equity and professional recognition, are racially profiled and attacked, denied common services, non-represented in public offices and denied jobs due to language, culture, religion and attire.

An interculturalist model, one that is practised in Quebec, is rooted in the idea that the state protects no particular culture but ensures the welfare, rights and common good of its citizens. However, a multiculturalist model, one that recognizes specific cultures, will lead to intercultural relations without compromising the rights, welfare and common good of all, even if the achievement of a discrimination-free society remains elusive.

Quebec’s antagonism to multiculturalism is historical. Multiculturalism is seen as a ploy to defuse the separatist movement. Premier René Lévesque described multiculturalism as “folklore” — saying “the notion was devised to obscure ‘the Quebec business,’ to give an impression that we are all ethnics and do not have to worry about special status for Quebec.”

That view reduced cultures of the Other to mere exoticism, which reveals a lack of understanding of the multiculturalism Lévesque claimed was a ploy against his struggle. For his part, Premier Jacques Parizeau unmasked the hidden divisiveness with his comment about “money and ethnic votes” after the 1995 referendum.

A dozen years later, Hérouxville xenophobe André Drouin advanced a code of conduct that warned against covering faces, stoning adulterous women, committing genital mutilation and dousing women with acid. That and other controversies of the day were enough to prompt Premier Jean Charest to create the Bouchard-Taylor Commission on reasonable accommodation in 2007. That was followed by Premier Pauline Marois’s Charter of Values, and now the Coalition Avenir Québec’s passage of Bill 21.

Majoritarianism is a hierarchical concept asserting that the natural owner of the state is the dominant majority. A majoritarian democracy conveys a message to minorities that they live on tolerance, and it empowers majority to feel superior.

Interculturalism can work only if it relies on multiculturalism. If not, it will be homogenization condemning minorities as inferior.

Source: Opinion: True interculturalism starts with multiculturalism

Frédéric Bastien: L’immigration a des conséquences culturelles

While valid to question  arguments in favour of high levels of immigration, the reference to “notre peuple,” essentially “pure laine” French origin, in contrast to “the other” is telling.

Such exclusionary language hardly facilitates integration of immigrants, which is his stated objective:

Dans un texte publié dans Le Devoir le 19 août dernier, le président de la Chambre de commerce de Montréal, Michel Leblanc, invoquait la croissance économique et ce qu’il qualifie de « manque de main-d’oeuvre » pour justifier une hausse substantielle de l’immigration. Celle-ci serait essentielle pour nous propulser vers « un âge d’or économique » en vertu d’une politique nationaliste. Rien n’est plus faux.

Soulignons d’abord que les études faites sur le sujet montrent qu’il n’y a aucun lien entre l’immigration et la prospérité. Le PIB par habitant des pays qui reçoivent beaucoup d’immigrants n’est pas plus élevé que celui de ceux qui en reçoivent moins. Si ce lien existait, ça ferait longtemps que le Japon aurait été rayé de la carte des puissances économiques du globe, lui qui reçoit un nombre extrêmement faible d’immigrants. Pourtant, l’économie nippone demeure l’une des plus performantes de la planète.

La belle époque du chômage élevé

Depuis quelques années déjà, le taux de chômage au Québec est en baisse. Alors qu’il était de 10-12 % il y a quelques décennies, il tourne aujourd’hui autour de 5 %. Collectivement, on devrait se réjouir de cette situation. Mais ce n’est pas ce que font les lobbys patronaux. Ceux-ci regrettent la belle époque où il y avait dix postulants pour un emploi disponible. Les patrons avaient beau jeu de négocier à la baisse les salaires et de faire la fine bouche. Aujourd’hui, ce sont les travailleurs qui ont le gros bout du bâton. En quoi devrait-on se scandaliser de cette situation ?

Plusieurs employeurs refusent cependant de faire monter les enchères en offrant de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. Par exemple, certaines grandes entreprises préfèrent se tourner vers la main-d’oeuvre étrangère. Elles sélectionnent des travailleurs qu’elles font venir ici pour les payer au salaire minimum, contournant les conditions locales du marché, maximisant ainsi leurs profits pour le plus grand bonheur des actionnaires. Les larmes de crocodile que verse aujourd’hui Michel Leblanc ne devraient pas nous émouvoir.

Ce dernier semble croire par ailleurs que l’arrivée massive d’immigrants fera en sorte que des postes seront pourvus. C’est vrai que l’immigration augmente l’offre de main-d’oeuvre, un élément essentiel pour faire baisser les salaires. Mais l’arrivée de nouveaux venus crée aussi de la demande. Ces gens consomment des biens et services que notre économie doit produire. Par conséquent, il faut engager encore plus de gens pour y pourvoir, et il faut donc faire venir encore plus d’immigrants, car « la pénurie de main-d’oeuvre » perdure, et on recommence avec une nouvelle vague migratoire. On se retrouve dans une spirale inflationniste sans fin.

Tout cela n’est pas sans conséquence pour la société d’accueil. Entre autres, toutes les études démontrent que l’immigration a pour effet de propulser à la hausse le marché immobilier. C’est excellent pour les propriétaires, mais les familles des classes moyennes et pauvres en paient le prix. Le coût des loyers est propulsé à la hausse et ces familles doivent déménager dans des banlieues toujours plus lointaines.

Le spectre de minorisation

L’immigration a aussi d’importantes conséquences culturelles. Plus les étrangers sont nombreux chez nous, plus il est difficile de les intégrer et, au fil des générations, de les assimiler. À Montréal, des ghettos se forment et plusieurs immigrants peuvent vivre en marge de la société d’accueil. À l’heure actuelle, le Québec reçoit par habitant presque deux fois et demie plus d’immigrants que la France et presque deux fois plus que les États-Unis, alors même que nous constituons 2 % de la population de l’Amérique du Nord et que nous ne sommes même pas un pays souverain. Sommes-nous plus capables que nos cousins français ou que nos voisins du sud d’intégrer et d’assimiler les immigrants à notre nation ? Comme le dit l’adage, poser la question, c’est y répondre.

Être nationaliste, ça veut dire être préoccupé par la survie de notre peuple. L’immigration a des conséquences culturelles importantes, notamment en faisant reculer de façon dramatique le pourcentage de personnes de langue maternelle française au Québec. Celui-ci était de 82 % en 1996 et il tourne aujourd’hui autour de 75 %. En 2100, ce taux pourrait être de 50 %, selon Statistique Canada.

Cette réalité, et non les mythes propagés par la Chambre de commerce de Montréal, devrait être au coeur de notre politique d’immigration. Les immigrants qui s’intègrent le mieux à la société québécoise, et dont les enfants s’assimilent ensuite à notre peuple, sont ceux qui parlent déjà français et qui ont un haut niveau d’éducation, obtenu dans des établissements reconnus. Il faut donc réduire la sélection de l’immigration à ce segment. Le but ne doit pas être de créer du chômage pour plaire au patronat, comme le réclame Michel Leblanc. Pour les nationalistes, il est plutôt primordial de rehausser le nombre de francophones au Québec et d’assurer notre survie.

Source: L’immigration a des conséquences culturelles

Martin Patriquin: The Quebec Liberals’ sad interculturalism gambit

Of note:

The Quebec Liberal Party is in the midst of an identity crisis. About 150 years into its existence, the party finds itself in the very unfamiliar position of being out of power and largely out of favour with the province’s electorate — it has been left bobbing in the deep blue wake of Premier François Legault’s Coalition Avenir Quebec. So the Quebec Liberals appear to have staked their future in targeting the gut-level issues of identity and cultural insecurity. In so doing, Quebec’s de facto multicultural party is distancing itself from the very concept, and the consequences are both huge and unfortunate for the province as a whole.

Last weekend, the Liberal Party’s youth wing voted in favour of the adoption of a law on interculturalism. For those of you rushing to the nearest dictionary, don’t bother; the term is obscure in origin and application. Essentially, it’s a contract between Quebec society and its new arrivals, in which integration happens by way of a common language (French) and culture. Apparently, it’s official Quebec policy, though when I asked in 2011, no one could tell me for how long. “It’s been like that for a number of years, I think,” a spokesperson told me at the time. The word barely appears on the government’s website and is rarely uttered by its ministers.

But the definition of the term isn’t nearly as important as the context in which the Liberals are suddenly pushing it. Quebec’s Liberal Party has long been the parking lot of choice for the anglophone and allophone vote. Though this has given the party a long and enviable advantage in Montreal and its immediate environs, this sizeable voting bloc was a millstone for the party in the last election. The CAQ savaged the Liberals for being too English, too urbane, too out of touch and too … multicultural.

The CAQ’s trope, shabbily hidden behind these code words, is simple enough: that recent arrivals to Quebec don’t assimilate, are ambivalent or worse toward the French language, and are as such a detriment to the future of the Québécois nation. It worked like hell, and now the Liberals want in.

Granted, it isn’t the first time the party has been late to the identity game. In 1974, in an attempt to stave off a surging Parti Québécois, the Liberals introduced Bill 22, which made French the official language of government and the workplace. The party was at first fervently against Bill 101, the Parti Québécois’s ensuing (and far more restrictive) language law before coming out in its favour.

But there is a massive difference between Quebec’s language laws and the CAQ’s more recent legislation targeting immigrants and religious minorities. Bill 22 and Bill 101, the latter of which has thankfully been law for over four decades, addressed a quantifiable problem concerning the French language. Namely, without legislation buttressing its precarious existence in Quebec’s classrooms and workplaces, French would disappear. Conversely, the alleged non-integration of recent arrivals to Quebec is an unsubstantiated fear — a “crisis of perception”largely conjured by certain members of the political and media classes eager for a wedge issue to exploit. In fact, and contrary to this fear, Quebec’s language laws have ensured that successive waves of immigrants are schooled in French. Interculturalism had exactly nothing to do with any of this.

Its interculturalism gambit is the Liberal Party’s attempt to ingratiate itself with the white francophone majority by appealing to its baser fears. Even sadder: I doubt the party will suffer one iota because of it. This province’s immigrants, allophones and English types, long supporters of the Quebec Liberal Party out of conviction or convenience, have no one else to vote for. They are a captive audience, for better and now for worse.

Source: Martin Patriquin: The Quebec Liberals’ sad interculturalism gambit

People don’t see difference between multiculturalism, interculturalism: poll

Largely, because the differences are small and nuanced. Both are policies that aim to facititate integration while recognizing identities, the major difference being that interculturalism makes explicit reference to integrating into Quebec francophone society whereas multiculturalism aims at integrating into either (or both) anglophone or francophone society:

Fully agree with Jack here. Debate is more semantics rather than substance:

Canadians, including Quebecers, do not see the difference between multiculturalism and interculturalism, a poll shows.

Even if Quebec’s Liberal youth wing this weekend will attempt to make interculturalism party policy, leading to an eventual provincial law should they take power, for most people it’s just semantics.

“People don’t understand this stuff and are not making the distinction,” said Jack Jedwab, president of Association for Canadian Studies, which commissioned the poll back in May.

“The Liberal youth will make no traction whatsoever on this. You are not going to distract people with academic rhetoric and lofty terminology to try and rebrand yourself.

“This is nothing more than intellectual camouflage. It’s a lot of semantics.”

According to the poll, conducted by Léger, relatively few Quebecers and other Canadians see the difference between the two concepts.

If you ask Quebecers their views of the terms, a total of 66.2 per cent they have a “very or somewhat positive,” perception of the term interculturalism.

But a total of 72.3 per cent also have “very or somewhat positive,” view of multiculturalism.

On the other hand, people who don’t like muliculturalism don’t like interculturalism either, the data reveals.

And whether the person is for multiculturalism or interculturalism, the views on immigration or issues like the wearing of the hijab (the Muslim head covering) are the same.

The data arrives just as the Liberal youth wing enters its annual summer policy convention in Quebec City this weekend.

Up for debate is a plan to ditch the concept of multiculturalism and pledge support for a plan to enshrine interculturalism in a law should the Liberals take power.

Interculturalism would become the guiding principle the government would use to welcome and integrate new arrivals.

While multiculturalism refers to a society in which people of different cultural backgrounds live side by side without much interaction, the youth say interculturalism would specify the existence of a francophone majority in Quebec.

Critics of the plan — which the youth hope will improve the party’s nationalistic branding in the eyes of francophones — have complained it would create a hierarchy of citizens and condemn minorities to assimilation.

The Léger poll is based on a web survey of 1,212 Quebecers 18 years or older. It was conducted from May 3 to May 7, which was before the youth wing made public their vision.

While the focus of the convention has been about multiculturalism, the youth wing also wants to pass a motion saying Quebec should write up its own constitution.

Part of that document should specify Quebec’s economy is green, the youth wing says.

Source: People don’t see difference between multiculturalism, interculturalism: poll

Laws that limit religious rights emboldens racists, particularly Islamophobia

Not surprising, but useful confirmation from this latest study on the impact of the ongoing toxic religious symbols debates:

Last week, parliamentary hearings began on Quebec’s Bill 21, which would ban public employees in “positions of authority” from wearing religious symbols. In his testimony, the philosopher Charles Taylor stated that he and Gérard Bouchard were wrong to propose restrictions on religious symbols in their 2008 report on reasonable accommodation.

Taylor affirmed he had been “very naïve” for not foreseeing that such proposals would stigmatize religious minorities and feed intolerance. “The very fact that we were talking about this kind of a plan started to stimulate hate incidents, not just in Quebec but all over,” Taylor said. He added: “I really changed my mind when I saw the consequences of such policies.”

Taylor’s remarks summarize rather well the findings of a research project we recently conducted at McGill University. Our research shows that laws like Bill 21 can have much graver consequences for religious minorities than the specific provisions they entail. Such laws also embolden those who harbour deep-seated xenophobia — specifically Islamophobia — and they therefore intensify minorities’ encounters of hostility and mistreatment.

For our research, we conducted dozens of biographical interviews with Muslim Montrealers to learn about their views and experiences. We asked them how their religion matters in everyday life, and how they evaluate their opportunities in Quebec. Muslims are a diverse group, so we included those who are secular and pious, young and old, professional and working-class.

But despite this diversity, our findings were stunningly cohesive. Virtually all of our interviewees emphasized political campaigns seeking to restrict religious rights — the aftermath of the Bouchard-Taylor Commission, the Charter of Values debate in 2013-14, and Bill 62 in 2017 — as major turning points in their lives.

For example, young Muslims born and raised in Quebec report growing up without any strong sense of exclusion — until they experienced the controversy over the Charter of Values as adolescents or young adults. As one young woman put it, “The true colours come out. I think people felt like they were entitled to do things that they wouldn’t normally do because the government was supporting it.”

During her work at a bank, she said, “People were openly telling me to go home, to go back to my country, refusing that I help them at the bank, because I was wearing a hijab.”

Many of the people we spoke with reported similar incidents, which left them shocked, confused, and ultimately alienated. Suddenly, these men and women had to re-evaluate their relationships, consider what an angry look on the subway might mean, and what that passing pedestrian might have muttered under his breath. The young woman tersely summed it up: “It kind of left a bitter feeling.”

Such experiences fundamentally change people. We spoke to a woman who stopped wearing the hijab in public after an irate woman told her, “You just know how to bring kids into the world, but you are like cows” as she was out for a walk with her baby daughter.

We spoke to a man who converted to Islam, but who keeps his religion a secret so that it does not endanger his professional career.

Others responded in the opposite fashion — proudly proclaiming their religious identities even in the face of adversity. But their lives, too, were negatively affected insofar as they now felt they had to be ready, at a moment’s notice, to defend their religion.

Just like prior laws that aimed to limit religious rights, Bill 21 emboldens those who hate or fear Muslims. There may not be many such people, but it seems that there are enough to make life miserable for Muslims and sometimes even endanger them.

According to Statistics Canada, this is not an issue confined to Quebec. Latest figures suggest that police-reported hate crimes reached an all-time high across the country in 2017, with those against Muslims demonstrating the greatest increase compared to the previous year.

In this social context, politicians have to recognize that their campaigns and policies, even beyond the letter of the law, have broad and immediate consequences for how religious minorities are viewed and treated. Political campaigns can indeed “create a really frightful climate,” as Taylor cautioned in his parliamentary address.

Source: Laws that limit religious rights emboldens racists, particularly Islamophobia

Bill 21: Laïcité: Bouchard et Taylor sonnent la charge

From the éminences grises du rapport:

Les audiences publiques qui débutent mardi sur le projet de loi 21 s’annoncent comme le théâtre d’expression de profondes divisions politiques et sociales au Québec. Et les signataires du rapport Bouchard-Taylor seront parmi les premiers à mener la charge contre un projet de loi « nourri par une certaine islamophobie » (de l’avis de Charles Taylor) et qui risque de mener à une sorte de « radicalisation » du Québec (selon Gérard Bouchard)

« La loi aggravera les clivages qui se sont creusés depuis quelques années entre la majorité et les minorités, dressant ces dernières contre la première, écrit le sociologue Bouchard dans un mémoire qu’il présentera mercredi, mais dont Le Devoir a obtenu copie. Elle aura aussi pour effet d’introduire un élément de radicalisation dans notre société », pense-t-il.

La loi aggravera les clivages qui se sont creusés depuis quelques années entre la majorité et les minorités

Le coprésident de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables croit qu’à défaut de mettre un terme au débat sur les signes religieux, le projet de loi 21 « va au contraire relancer la controverse ».

Dans sa présentation, Gérard Bouchard s’attarde principalement à la décision du gouvernement Legault d’étendre aux enseignants l’interdiction du port de signes religieux. Le rapport qu’il avait présenté en 2008 excluait cette idée, mais proposait une interdiction pour les employés avec un pouvoir de coercition (ce en quoi il croit toujours).

« Le fait d’interdire à de jeunes professionnels la possibilité de faire carrière dans l’enseignement à cause de leur croyance religieuse ne s’accorde pas avec le sens de l’équité et de la compassion hérité de notre histoire », écrit-il.

Québec fait fausse route en arguant que cet interdit fait partie de l’équation de la séparation de l’État et de l’Église, pense M. Bouchard. « Affirmer que le principe de la séparation institutionnelle entraîne une interdiction de porter des signes religieux [chez les enseignants] me paraît comporter une grande part d’arbitraire. Le droit fondamental d’exercer et de manifester sa religion devrait donc ici prévaloir. »

Le sociologue estime qu’il manque de « données empiriques rigoureuses » prouvant que le port d’un signe religieux chez les enseignants « entrave la démarche pédagogique », « traumatise des élèves » ou « entraîne une forme d’endoctrinement chez les élèves ».

Et si jamais c’était le cas, comment justifier que les écoles privées — notamment celles qui sont religieuses — ne seront pas assujetties à la Loi sur la laïcité, demande-t-il ? C’est pourtant là où « on peut présumer que le port des signes religieux est le plus répandu », note M. Bouchard.

Au-delà des enseignants, Gérard Bouchard se demande aussi « comment se justifie l’interdiction frappant diverses catégories de personnel qui n’exercent pas de pouvoir [de coercition], notamment les arbitres, les shérifs, les greffiers, les avocats et les notaires ? ».

Charles Taylor

Son ex-collègue, Charles Taylor, tentera mardi de dissuader le gouvernement Legault d’adopter ce projet de loi qui, à son avis, s’appuie sur des préjugés. « Le mot musulman n’apparaît peut-être pas, donc ça ne cible pas la religion musulmane, mais c’est très clair que l’opinion majoritaire contre les signes visibles est nourrie par une certaine islamophobie qui a, en quelque sorte, [été] inculquée à la population par toutes sortes de sites Web, a-t-il affirmé. En l’absence de cette islamophobie, les gens seraient moins avides de faire avancer des exclusions comme celle-là. »

M. Taylor soutenait l’interdiction du port de signes religieux pour les employés de l’État en position coercitive comme les policiers et les gardiens de prison lors de la publication du rapport de la commission Bouchard-Taylor. Mais il a fait volte-face après l’attentat commis en 2017 à la grande mosquée de Québec.

L’adoption du projet de loi ne fera qu’attiser les préjugés contre les minorités religieuses, selon lui, et risque de mener à une augmentation importante des incidents haineux. C’est ce qui s’est produit « dans toutes les sociétés où des mesures restrictives semblables à celles de la loi 21 ont été défendues en campagne électorale ou référendaire par un parti majeur — le Front national en France, les partisans du Brexit en Angleterre, les républicains de Trump, et le PQ au Québec en 2014 […] », écrit-il dans le mémoire qu’il présentera avec le philosophe Jocelyn Maclure.

« Au nom de quel intérêt public a-t-on le droit de soumettre une minorité de citoyens récemment arrivés chez nous à de telles épreuves ? », demandent-ils.

M. Taylor a souligné en entrevue que le projet de loi 21 crée un grave précédent, puisqu’il va à l’encontre de la Charte canadienne des droits et libertés et de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. « Ils vont sacrifier des droits et libertés de certains citoyens, et c’est très dangereux, parce que ce genre de charte est en quelque sorte la protection de tout le monde, a-t-il dénoncé en entrevue. Demain, il pourrait y avoir une autre minorité qui soit très impopulaire envers laquelle il y a des préjugés et on va se sentir justifié de supprimer ces droits-là. »

Très attendues, les consultations autour du projet de loi 21 débuteront mardi avec quatre groupes qui soutiennent le projet de loi : Pour les droits des femmes du Québec (PDF), le Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité de Djemila Benhabib, le Mouvement national des Québécois et des Québécoises de même que l’Association québécoise pour les Nord-Africains pour la laïcité.

PDF, pour qui laïcité rime avec égalité homme-femme, veut étendre l’interdiction du port de signes religieux à l’ensemble des employés du milieu scolaire, y compris ceux des services de garde. L’organisme propose en tout 16 recommandations, l’application de sanctions sévères pour les établissements qui contreviendraient à la loi.

Le gouvernement Legault espère faire adopter le projet de loi d’ici la relâche estivale. En tout, 36 groupes et experts témoigneront lors des consultations, qui s’échelonneront sur deux semaines.

Dialogue de sourds sur la laïcité

Good discussion regarding the two different forms of liberalism: in English Canada, the state should not involve itself in value conflicts between individuals (as long as no violation of the law or adverse impact on the rights of others) and in Quebec, that the state can play a more proactive role in imposing liberal values:

« Alors que le premier modèle véhicule l’idée que l’État ne doit pas s’immiscer dans des conflits de valeurs entre individus, dans le second, l’État doit être proactif pour imposer les valeurs libérales auprès des individus », détaille Luc Turgeon.

Au Québec, un citoyen qui défend des valeurs sociales libérales est plus prompt à appuyer des restrictions au port de signes religieux. Dans le reste du Canada, un citoyen qui défend ces mêmes valeurs est plus susceptible de s’opposer à toute restriction touchant le port de symboles religieux.

C’est la conclusion, à la fois étonnante et instructive, à laquelle en sont venus quatre politologues canadiens dans le cadre d’un projet de recherche lancé en 2014 dans la foulée du débat entourant la charte des valeurs du Parti québécoiset dont les résultats seront publiés prochainement dans le Canadian Journal of Political Science.

« On a testé les mêmes valeurs [appui à l’égalité homme-femme, au droit à l’avortement, à la légalisation de l’euthanasie, entre autres], on a posé les mêmes questions dans un sondage et ça prédit de façon diamétralement opposée la relation qu’entretiennent les deux communautés avec les symboles religieux », résume Antoine Bilodeau, professeur de science politique à l’Université Concordia à Montréal.

Ainsi, contrairement aux idées reçues, ce n’est pas un sentiment de xénophobie, une insécurité culturelle ou encore un niveau de religiosité plus faible qui expliquerait pourquoi l’appui à ces restrictions est plus fort au Québec qu’ailleurs au pays.

« Ce qui explique au bout du compte cette différence, c’est le fait qu’être socialement libéral au Québec et dans le reste du Canada a des effets opposés », poursuit Luc Turgeon, professeur de science politique à l’Université d’Ottawa.

Un vaste sondage

Les conclusions des chercheurs — qui signent l’article « A Tale of Two Liberalisms ? Attitudes toward Minority Religious Symbols in Quebec and Canada » conjointement avec les politologues Stephen White de l’Université Carleton à Ottawa et Ailsa Henderson de l’Université d’Édimbourg au Royaume-Uni — reposent sur des données issues d’un sondage en ligne réalisé par la firme Léger pour le compte des chercheurs et auquel ont participé 6400 Canadiens en janvier et février 2014.

Ce sondage mesurait l’appui des répondants à trois scénarios de restriction au port de symboles religieux chez les groupes minoritaires. Résultats ? L’appui aux interdictions était systématiquement plus élevé chez les Québécois.

Ainsi, 74 % des Québécois appuyaient le bannissement de signes religieux pour les policiers contre 45 % dans le reste du Canada ; 59 % des Québécois soutenaient l’interdiction pour les enseignants du réseau public, contre 29 % pour les autres Canadiens ; et 37 % des Québécois étaient d’accord avec une proscription pour les élèves des écoles publiques, contre 20 % pour les autres Canadiens.

L’enquête évaluait également l’adhésion des répondants à différentes valeurs libérales (égalité homme-femme, droit à l’avortement, légalisation de l’euthanasie, légalisation de la prostitution), mesurait leur sentiment à l’égard de l’immigrationet de la diversité ethnoculturelle et quantifiait l’importance de la religion dans leur vie.

Deux libéralismes

En analysant ces données, les quatre chercheurs ont été en mesure de conclureque le seul facteur expliquant cette différence en ce qui a trait au soutien aux restrictions est la relation qu’entretiennent les deux communautés aux valeurs libérales, des effets opposés qui s’expliquent par le fait que deux types de libéralisme se sont développés au pays au cours des trente dernières années.

Pendant que dans le reste du Canada un discours axé sur le libéralisme multiculturel a pris racine, au Québec, un libéralisme des lumières, inspiré par le modèle français, a gagné en influence.

« Alors que le premier modèle véhicule l’idée que l’État ne doit pas s’immiscer dans des conflits de valeurs entre individus, dans le second, l’État doit être proactif pour imposer les valeurs libérales auprès des individus », détaille Luc Turgeon.

Certes, la xénophobie peut mener à une volonté de restreindre les symboles des minorités religieuses dans l’espace public. « Mais ce facteur-là est aussi important au Québec que dans le reste du pays », précise Antoine Bilodeau.

Et c’est précisément là que réside l’essentiel de l’incompréhension entre le Québec et le reste du Canada dans ce fastidieux débat. « Dans la dynamique canadienne-anglaise, l’essentiel des gens qui veulent restreindre les symboles religieux, ce sont des gens qui sont mal à l’aise avec la diversité ethnoculturelle, alors qu’au Québec, ce n’est pas seulement ça », explique Antoine Bilodeau.

« Mais dans leur prisme de compréhension du monde, si tu veux restreindre les symboles religieux, la seule raison qui peut exister, c’est l’intolérance », pointe-t-il.

UNE ALLIANCE CONTRE NATURE À L’ASSEMBLÉE NATIONALE

L’appui à la charte des valeurs reposait sur une « alliance insolite » (« strange bedfellows ») entre conservateurs nationalistes(« conservative nationalists ») et partisans d’un libéralisme des lumières (« liberal nationalists »), avancent les quatre universitaires.

Une idée — inspirée des travaux de Jocelyn Maclure, professeur de philosophie à l’Université Laval — que les chercheurs ont étayée dans un autre article, intitulé « Strange Bedfellows ? Attitudes toward Minority and Majority Religious Symbols in the Public Sphere », publié dans la revue Politics and Religion en 2018.

Une coalition contre nature dont le point de rupture se situe au niveau de la place réservée au crucifix à l’Assemblée nationale. « On se disait que ceux qui étaient pour la charte et pour le retrait du crucifix à l’Assemblée nationale (« liberal nationalists ») ne le faisaient pas pour les mêmes raisons que ceux qui étaient pour la charte, mais contre le retrait du crucifix (« conservative nationalists ») », explique Luc Turgeon.

Incidemment, les travaux des chercheurs ont permis de démontrer que les Québécois qui se sont prononcés en faveur de la charte, mais contre le retrait du crucifix avaient des attitudes plus négatives envers les minorités et l’immigration et avaient un sentiment de menace culturelle plus fort que ceux qui étaient contre la Charte.

« Mais ceux qui étaient pour la charte et pour le retrait du crucifix n’avaient pas une attitude plus négative par rapport aux minorités culturelles et aux gens issus de l’immigration. Ce sont des gens qui, du point de vue du libéralisme social, sont plus progressistes que les gens qui étaient contre la charte », remarque Luc Turgeon.

Alors que le débat sur le port de signes religieux est sur le point de rejaillir à l’Assemblée nationale, la question du crucifix risque encore de soulever les passions.

« Si l’opinion publique n’a pas changé par rapport à ce qu’elle était en 2014, ce sera un grand défi pour le gouvernement caquiste de régler la question du crucifix, relève Antoine Bilodeau. C’est un enjeu au potentiel de division énorme, en raison de sa sensibilité, mais aussi parce qu’il définit la ligne de démarcation, presque à parts égales, entre les deux groupes qui forment cette coalition. »

Québec étend la portée de son projet de loi sur la neutralité religieuse | Le Devoir

More on Quebec’s Bill 62 and its expansion to municipalities and municipal services:

La volonté du gouvernement Couillard en matière de « neutralité religieuse » s’étendra aux élus municipaux, employés des villes, travailleurs, visiteurs et utilisateurs des musées et des transports en commun — qui devront tous se présenter « à visage découvert » pour fournir ou obtenir des services.

C’est à tout le moins ce que prévoient les amendements présentés mardi par la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, à l’ouverture de l’étude détaillée du projet de loi 62.

Les demandes d’accommodements seront toujours possibles pour un motif religieux, mais seulement si elles respectent des critères essentiellement jurisprudentiels, comme le principe de l’égalité homme-femme ou de la contrainte excessive au bon fonctionnement d’un organisme. « Je pense que c’est important de cadrer le principe de la neutralité religieuse, de cadrer l’analyse des demandes d’accommodements pour des motifs religieux […] et j’espère que, ce faisant, on va amener une certaine paix sociale », a déclaré la ministre Vallée. Cela dit, « c’est important de faire la nuance : ce n’est pas parce qu’on demande un accommodement que, nécessairement, on y a droit », a-t-elle affirmé plus tard.

L’étude du projet de loi, qui a été déposé en juin 2015, a été reportée au mois de février. Au lendemain de l’attentat de la mosquée de Québec, le gouvernement avait alors choisi d’oeuvrer à la « bonification » du projet de loi visant à faciliter l’intégration des immigrants au marché du travail. Malgré les retards cumulés, Québec espère toujours adopter le projet de loi avant la fin de son mandat, en octobre 2018.

Dans les réseaux de transport et les municipalités, dont les noms apparaissent pour une première fois dans le projet de loi, les réactions au changement de cap du gouvernement ont été rares et succinctes. « Après vérification, nous ne semblons pas avoir été consultés sur l’amendement. Si nous sommes assujettis à la loi d’une façon quelconque, nous la respecterons, une fois qu’elle sera adoptée », a répondu la Société de transport de Montréal. « On nous a avisés de la possibilité d’un amendement en juillet. Nous avons réservé nos commentaires et les ferons à la suite de la rencontre de notre conseil d’administration, le 24 août », a aussi fait savoir la Fédération québécoise des municipalités.

La Ville de Montréal a quant à elle rappelé qu’elle est d’accord avec le fait que les services fournis par des employés de l’État doivent être rendus à visage découvert. Elle a cependant demandé à Québec « de respecter son autonomie et sa capacité de gérer la question de la tenue vestimentaire de ses employés et les conditions qui permettent à ses citoyens d’obtenir des services ».

Le projet de loi 62 ne concerne pas nommément les signes religieux, mais prévoit la prestation et la réception de services « à visage découvert ». En vertu des nouveaux amendements, le principe de « neutralité religieuse » sera exigé dans les municipalités, les sociétés de transport en commun, mais aussi les musées, la Caisse de dépôt et placement du Québec ou Héma-Québec, entre autres. Est-ce donc dire qu’une personne qui montera à bord d’un autobus ou d’un wagon de métro devra dévoiler son visage ? « Moi, je ne suis pas ici aujourd’hui pour analyser chaque cas d’espèce, parce qu’on pourrait être ici jusqu’à 17 heures », s’est bornée à répondre la ministre Vallée, soucieuse de ne pas aborder d’exemples précis. En pleine consultation sur le projet de loi, en novembre, elle s’était retrouvée en porte à faux avec le premier ministre lorsqu’elle avait déclaré — en opposition aux paroles de Philippe Couillard — que le niqab et la burqa ne seraient pas autorisés durant les examens de conduite de la Société de l’assurance automobile du Québec.

Neutralité ou laïcité

Le libellé du projet de loi, « favorisant le respect de la neutralité religieuse de l’État », a continué de déranger les partis d’opposition, qui souhaitent tous que le Québec inscrive une fois pour toutes la laïcité dans sa législation. « La neutralité, c’est beaucoup plus objectif », s’est défendue la ministre Vallée. « C’est une séparation entre l’État, les institutions et la religion », a-t-elle ajouté, en rejetant la définition voulant plutôt qu’elle reconnaisse toutes les religions comme étant sur un pied d’égalité.

Autre consensus dans l’opposition, celui dégagé par la commission Bouchard-Taylor, qui suggérait d’interdire le port de signes religieux à toutes les personnes « en position d’autorité coercitive », à savoir les magistrats, les procureurs, les policiers et les gardiens de prison. À cette liste, la Coalition avenir Québec a choisi d’ajouter les enseignants du primaire et du secondaire. Le parti avait renoncé à cette demande en février, dans l’espoir d’obtenir l’unanimité au sujet du projet de loi. « On aurait pu régler ce dossier-là avec un compromis que le gouvernement a refusé, donc nous, on revient à notre position d’origine », s’est résignée la députée Nathalie Roy. Le Parti québécois a quant à lui suggéré d’interdire le port du tchador, du niqab et de la burqa aux employés de l’État, « au motif qu’ils représentent un symbole d’oppression qui va à l’encontre du droit à l’égalité entre les femmes et les hommes ». « La longue bataille pour l’égalité des hommes et des femmes est si importante et chère au coeur des Québécois et des Québécoises […] il n’est pas question que l’État représente un recul sur cette bataille », a plaidé la porte-parole de l’opposition officielle en matière de laïcité, Agnès Maltais.

Source: Québec étend la portée de son projet de loi sur la neutralité religieuse | Le Devoir

Couillard lance une offensive constitutionnelle tranquille

High risk strategy.  PM Trudeau indicated yesterday no interest, other provincial reactions likely the same.

This would also force Quebec to have a more formal definition of interculturalism, and acknowledge the civic integration commonalities with multiculturalism rather than the habitual caricature.

In terms of the five historic demands, Quebec obtained greater powers and funding for immigration in 1979 (English link Quebec plans to reopen constitutional debate, launch coast-to-coast discussion):

On croyait bien que plus personne, dans la classe politique canadienne, ne voulait prononcer le mot constitution. Mais c’est faux, désormais.

Le Québec a décidé de relancer le débat constitutionnel, selon ce qu’a appris La Presse canadienne. Le gouvernement Couillard va lancer une vaste offensive à travers le pays pour convaincre les Canadiens de la justesse de ses revendications.

Il veut ainsi créer les conditions favorables à la reprise d’éventuelles négociations constitutionnelles. À terme, si le Québec obtient la reconnaissance souhaitée, il pourrait donc adhérer à la Loi constitutionnelle de 1982.

L’approche privilégiée est essentiellement pédagogique. Pas de couteau sur la gorge. Aucune échéance fixée. On veut surtout communiquer, convaincre, expliquer.

Le premier ministre Philippe Couillard aura mis quelques années à étayer sa pensée sur le sujet, à préciser son argumentaire et à rédiger une brique de près de 200 pages.

Ce document, dont La Presse canadienne a obtenu copie, est intitulé Québécois, c’est notre façon d’être Canadiens et constitue la toute première politique du gouvernement Couillard « d’affirmation du Québec et des relations canadiennes ».

En devenant chef du Parti libéral du Québec, en 2013, M. Couillard, fédéraliste convaincu, s’était engagé à reprendre les « discussions » constitutionnelles avec le Canada, dans le but de voir le Québec « réintégrer la famille canadienne ».

Québec souhaite faire sauter le « tabou » qui entoure tout le débat constitutionnel, depuis l’échec du référendum d’octobre 1995, car « le Québec et le Canada semblent prêts pour un changement de paradigme » à ce sujet.

Le Québec cherche à obtenir du Canada la reconnaissance formelle de la nation québécoise, de son identité propre, un geste politique qui, peut-on lire dans le document, ferait en sorte « que les Québécois ne se sentiraient plus exilés au sein de leur propre pays ».

Dans le document, lancé à l’occasion des célébrations entourant le 150e anniversaire de la fédération canadienne, le gouvernement Couillard reprend à son compte toutes les revendications traditionnelles du Québec et s’approprie, en les actualisant, les fameuses cinq conditions préalables fixées par le gouvernement de Robert Bourassa en 1986 :

reconnaissance du Québec comme société distincte ;

limites au pouvoir fédéral de dépenser ;

garantie d’une représentation québécoise à la Cour suprême ;

droit de veto sur les modifications constitutionnelles ;

pouvoirs accrus en matière d’immigration.

« Si le contexte politique et constitutionnel a beaucoup changé depuis leur formulation, elles demeurent une illustration concrète des garanties constitutionnelles qui doivent découler d’une reconnaissance adéquate de la Nation québécoise », estime le premier ministre Couillard, 30 ans plus tard.

Détourner l’attention

Cette nouvelle politique qu’annoncera jeudi M. Couillard est une stratégie pour détourner l’attention tandis que ses liens avec l’ancien collecteur de fonds libéral Marc-Yvan Côté ont fait la manchette dans les derniers jours, accusent certaines formations politiques.

« Disons que ça laisse croire qu’on tente de faire oublier certaines révélations en relançant le débat constitutionnel alors que personne ne s’y attendait », souligne le député de Québec solidaire Amir Khadir.

Un avis partagé par la députée indépendante à Québec et chef du Bloc québécois à Ottawa, Martine Ouellet.

« Il semble utiliser une stratégie pour essayer de faire oublier ses liens d’amitié avec Marc-Yvan Côté », soutient Mme Ouellet.

Le Parti québécois et la Coalition avenir Québec n’ont pas souhaité commenter mercredi.

À Ottawa, le cabinet du premier ministre canadien, Justin Trudeau, n’avait pas commenté mercredi.

Approche pédagogique

À la stratégie passée du couteau sur la gorge, en vogue depuis les années 1970, le gouvernement Couillard opposera donc une main tendue. Loin des rapports de force qui ont jalonné les relations Québec-Ottawa en ce domaine depuis des décennies, son approche sera essentiellement pédagogique, axée sur le dialogue et la persuasion, destinée à « nous faire mieux comprendre » du reste du pays.

« Il faut donc travailler à rétablir ce que les Québécois ont toujours voulu depuis 1867, soit un Canada qui les accepte pour ce qu’ils sont », peut-on lire dans le document, rédigé par plusieurs personnes sous la supervision du ministre responsable des Relations canadiennes, Jean-Marc Fournier.

Les discussions à venir ne seront pas uniquement centrées sur une « ronde Québec », mais pourraient inclure notamment les revendications des autochtones ou aborder d’autres enjeux. Le gouvernement Couillard tient aussi à promouvoir le concept de fédéralisme asymétrique, ainsi qu’à étendre celui d’« interculturalisme » comme modèle d’intégration des immigrants au Québec.

Le Québec ne veut plus être perçu comme la province qui fait bande à part dans la fédération. Le gouvernement Couillard veut rebâtir un lien de confiance et s’engage donc désormais à assurer une « présence soutenue » d’un bout à l’autre du pays. Cette participation « proactive » du Québec se verra sur toutes les tribunes, dans les forums politiques, dans les milieux universitaires, auprès des groupes d’affaires et sociaux, dans les médias traditionnels et sociaux, en fait, partout où la voix du Québec doit être entendue pour refléter la vision et les ambitions de son gouvernement. Surtout, on cherchera à faire la démonstration que le Québec est un partenaire actif de la mosaïque canadienne.

Le document adopte une perspective historique des relations Québec-Ottawa, sous l’angle du besoin toujours croissant exprimé par le Québec d’affirmer son identité nationale, d’afficher sa différence, notamment linguistique, et d’étendre ses pouvoirs. Il insiste sur le partage des compétences entre Ottawa et les provinces, et sur la nécessité de respecter scrupuleusement ce partage pour assurer le bon fonctionnement de la fédération.

Signe que le gouvernement Couillard prend très au sérieux son objectif de faire rayonner ses revendications constitutionnelles et ses positions politiques partout au Canada dans l’année qui vient, il va procéder à des changements dans la structure gouvernementale.

Le Secrétariat québécois des relations canadiennes (SQRC) prendra le relais du Secrétariat aux affaires intergouvernementales canadiennes (SAIC), avec des unités Québec-Canada créées dans tous les ministères, pour s’assurer que chacun d’eux profite de toutes les tribunes possibles dans leur secteur d’activités à travers le pays.

Source: Couillard lance une offensive constitutionnelle tranquille | Le Devoir

Le PQ invité à s’ouvrir à la diversité | Le Devoir

Will be interesting to watch and how they reconcile this “diversity and inclusion” messaging with their past in playing identity politics:

Le Parti québécois (PQ) a encore une « pente à remonter » auprès des communautés culturelles. Le chef du parti, Jean-François Lisée, lance un blitz de recrutement de candidats issus des minorités et affirme que la lutte contre la discrimination et le racisme sera un des thèmes importants de la campagne électorale de 2018.

Le chef péquiste a demandé à ses 125 associations de circonscription de tout mettre en oeuvre pour qu’au moins 12 % des délégués au congrès du parti, en septembre prochain, soient issus des minorités. Déjà, plus de 12 % des employés du parti à l’Assemblée nationale proviennent des communautés culturelles.

« On a encore du travail à faire au niveau de la diversité du sein du parti et on est en marche. On prend toutes sortes d’initiatives, on voit des résultats », a dit Paul St-Pierre Plamondon au cours d’un point de presse dimanche. La diversité reste un « réel défi »pour le parti, et « rien n’est encore joué », écrit-il.

L’ex-candidat à la chefferie du PQ, nommé conseiller de Jean-François Lisée, a dévoilé le rapport final de la vaste consultation qu’il a menée depuis l’automne dernier dans le but de renouveler le parti. Le rapport Osez repenser le PQ formule 156 recommandations destinées à renforcer les liens entre le PQ et les communautés culturelles, les jeunes et les entrepreneurs.

Brasser la cage

« Il ne faut pas craindre la critique et la voir plutôt comme une occasion de bâtir des ponts », écrit Paul St-Pierre Plamondon. Son rapport d’étape, publié en février dernier, avait créé un « léger tourbillon médiatique », admet l’avocat de 40 ans : il décrivait le PQ comme « un parti figé, conservateur et vieillissant » aux allures de « club social ».

Depuis, le parti semble avoir amorcé un rajeunissement. Le nombre de membres de 40 ans et moins a grimpé de 31 % en six mois ; 16 683 des 90 000 membres du PQ appartiennent désormais à cette catégorie d’âge. Près du tiers des 125 présidents d’association — et 37,4 % des membres des exécutifs de circonscription — sont âgés de 40 ans et moins.

Paul St-Pierre Plamondon a mené 162 consultations auprès de 3600 personnes, surtout des gens qui ne sont pas membres du PQ, pour arriver à son diagnostic. Pas moins de 43 des recommandations visent à tisser des liens entre le PQ et les communautés culturelles. Le diagnostic est presque aussi vieux que le parti : les nouveaux arrivants et les anglophones se méfient du mouvement indépendantiste.

L’auteur du rapport Osez repenser le PQ invite le parti à « revoir la notion de nationalisme de manière à valoriser un nationalisme civique et inclusif ». Il insiste pour que la lutte contre la discrimination à l’emploi, contre le racisme et contre le profilage racial par la police soit une priorité pour le PQ aux élections de l’automne 2018.

« Le PQ doit en quelque sorte briser l’association malsaine que certains font entre PQ et racisme (une allégation qui est non fondée lorsqu’on interroge les militants de la diversité culturelle qui militent au sein du PQ), en étant le champion de la lutte contre le racisme, au moment où un vent de populisme et d’extrême droite souffle à plusieurs endroits en Occident. »

Paul St-Pierre Plamondon recommande que le parti délègue 100 « ambassadeurs »pour nouer des liens avec les communautés culturelles « sans chercher quoi que ce soit ni attendre quelque chose en retour ».

Pour rapprocher le PQ des jeunes et des minorités, Paul St-Pierre Plamondon recommande au parti de « s’approprier les thèmes de l’international, de la mondialisation et de l’ouverture sur le monde ». Il estime aussi que les souverainistes doivent tourner la page sur l’épisode de la charte des valeurs.

« La laïcité et l’identité québécoise sont deux choses dissociables pour les moins de 40 ans. Le Parti québécois doit désormais parler de l’identité québécoise en faisant référence à la langue française, à la spécificité québécoise et à la culture du Québec. La laïcité doit être présentée comme un enjeu politique qui contribue au vivre-ensemble. Elle n’est cependant pas une composante de l’identité des citoyens et des citoyennes. »

Source: Le PQ invité à s’ouvrir à la diversité | Le Devoir