Jolin-Barrette tend la main à la France pour défendre la langue française

The usual wilful or unwilful mischaracterization of multiculturalism as not being about integration in Canada:

Il y avait longtemps qu’un ministre du Québec n’avait pas prononcé un tel discours en France. À l’heure où les relations entre la France et le Québec se déclinent le plus souvent au rythme des échanges économiques, le ministre de la Justice et de la Langue française avait choisi de donner à sa communication un contenu nettement politique.

Pour Simon Jolin-Barrette, il est temps que la France et le Québec unissent leurs forces pour défendre le français non seulement dans leur pays respectif, mais partout dans le monde.

« Le Québec vous tend la main, a-t-il déclaré. Il vous convie à une union des forces entre nos deux nations, basée sur la certitude que le français n’est pas une cause du passé, mais un ferment d’avenir. Un moteur de résistance et de renaissance. »

Dans la grande salle des séances de l’Académie française, le ministre qui n’était pas venu à Paris depuis l’âge de ses 18 ans s’est adressé à une centaine de personnes, dont une douzaine d’académiciens. Visiblement ému de se retrouver en ce lieu fondé par Richelieu à l’époque où naissait la Nouvelle-France, il s’est présenté comme le « descendant de Jean Jolin, un modeste meunier ». C’est la gorge nouée qu’il a déclaré : « Je n’ai ni votre plume ni votre épée. Mais c’est inspiré par toute la fougue du peuple québécois que je prends la parole, en ces murs. »

Le « rouleau compresseur anglo-américain »

Comparant la loi 101 à l’ordonnance Villers-Cotterêt qui, en 1539, établit la primauté du français dans tous les actes publics du Royaume de France, il a brossé un tableau d’ensemble de l’histoire et de l’évolution du français au Québec. Sans oublier d’expliquer en détail les raisons de la nouvelle loi 96, destinée, a-t-il dit, à combattre les « nouveaux périls [qui] guettent la langue française ».

Devant une salle conquise, le ministre en a surtout appelé à « notre devoir de vigilance à l’égard de la langue française » ne manquant pas d’écorcher au détour « le multiculturalisme canadien […] qui combat, dit-il, les prétentions du Québec à se constituer en nation distincte ». Il n’a pas oublié non plus « la révolution numérique des GAFAM », ce « rouleau compresseur anglo-américain, qui bouscule l’écosystème de notre langue et de notre culture ».

Évoquant « des articles diffamatoires contre le Québec […] publiés […] dans des journaux américains et canadiens anglais », le ministre a rappelé avec aplomb que « la langue française n’a jamais été un fait ethnique. Elle a toujours été un fait de culture et de civilisation. »

Avec des mots qu’on n’avait pas entendus depuis longtemps à Paris, le ministre n’a pas hésité d’en appeler directement à la France. « Rien ne serait plus naturel, dit-il, que la France, dans ce monde nouveau, se fasse le porte-parole de la diversité des cultures et de la dignité des nations. Il ne s’agit pas, vous m’avez bien compris, de s’opposer à la révolution de notre temps, mais d’y participer pleinement en y faisant respecter ce que nous sommes. »

Cette invitation de l’Académie française s’inscrit dans le sursaut qui a récemment secoué les Immortels dans la défense de la langue française, nous a expliqué l’académicien et poète Michael Edwards. Depuis un an, l’Académie et son secrétaire perpétuel, Hélène Carrère d’Encausse, n’ont pas hésité à intervenir publiquement pour critiquer le bilinguisme qui a envahi certains milieux en France. Ils ont notamment demandé au gouvernement la suppression de la nouvelle carte d’identité entièrement bilingue (anglais-français). L’Académie a aussi publié un important rapport sur l’influence de l’anglais dans la communication institutionnelle. Elle y dénonce l’anglomanie qui s’est particulièrement répandue depuis l’élection d’Emmanuel Macron.

Une invitation « historique »

« Nous faisons cause commune. […] Merci de nous insuffler un peu de votre détermination », a déclaré le chancelier de l’Institut de France, Xavier Darcos. Présent à la séance, l’écrivain haïtien et québécois Dany Laferrière n’a pas hésité à qualifier d’« historique » cette invitation, puisque peu de représentants politiques québécois ont eu l’honneur de s’adresser ainsi directement aux Immortels.

« Je suis particulièrement sensible à la façon dont, au Québec comme en France, le français peut servir à cimenter l’adhésion des nouveaux arrivants », nous a déclaré l’académicien, romancier, diplomate et médecin Jean-Christophe Rufin. « Il n’y a pas d’opposition entre la tradition et l’ouverture. »

Jeudi, Simon Jolin-Barrette a aussi rencontré la toute nouvelle ministre française de la Culture, Rima Abdul Malak, à qui il a aussi fait valoir l’importance que le Québec et la France défendent leur langue en commun. Dans ses interventions, le ministre évoque aussi la solidarité qui unit la France et le Québec sur la question de la laïcité.

« J’ai reçu un accueil très positif de la part du gouvernement français et on m’a indiqué que le président Macron était très sensible à la question de la langue française, dit-il. […] pour nous il s’agit d’une main tendue afin de construire ensemble des alliances qui vont permettre d’être sensibilisé à la défense de la langue française. Si l’État français se mobilise aussi fort que le fait l’État québécois présentement, c’est une lutte qu’on va pouvoir mener ensemble. »

En ce 24 juin, Simon Jolin-Barrette participera aux célébrations de la Fête nationale à la Délégation générale du Québec à Paris. En terminant, le ministre a promis de ne pas attendre aussi longtemps que la dernière fois avant de revenir en France.

Source: Jolin-Barrette tend la main à la France pour défendre la langue française

Article in English, with Premier Legault comments:

In a rare speech before France’s Academie Française — the body charged with protecting the French language in its home country — one of Quebec’s top ministers said that Canadian multiculturalism is a thorn in Quebec’s side.

People are failing to see that Quebec’s controversial recent laws, both language law Bill 96 and even securalism law Bill 21, are themselves about protecting a fragile culture, said Minister Simon Jolin-Barrette.

We’re in a time when the “diversity of cultures is becoming just as threatened as the diversity of fauna and flora,” he said in the Thursday speech — referring to Quebec’s French-speaking culture.

Jolin-Barrette is Quebec’s minister of justice and also its minister for the French language, making him deeply involved in both pieces of legislation.In the lengthy speech, he went over the history of Quebec, from its founding as a French colony to the Quiet Revolution and beyond.

But one thing is a particular problem, he said: ensuring that newcomers to Quebec learn to live in French.

“One of our greatest challenges is to involve immigrants in our national project,” he said.

“We are the neighbours of a great power, the United States, and we operate within a federation with an anglophone majority. The continental and global linguistic dynamic favors English in every way.”

He heaped criticism on Canadian federal law that protects individual rights, calling this emphasis on the individual “nearly absolute,” to the detriment of Quebec’s collective rights.

“Although our project is thwarted by Canadian multiculturalism, which finds an equivalent in what you call communitarianism and which combats the claims of Quebec to constitute itself as a distinct nation,” Jolin-Barrette continued, “the French language must really become the language of use of all Quebecers.”

Despite earlier laws forcing all children of immigrants to attend school in French, he said it hasn’t been enough, leading the current government to clamp down on English in post-secondary colleges by stemming their growth with enrollment caps.

“Upon graduating from high school… an alarming proportion of students, especially those whose first language is neither English nor French, rush into the anglophone network to pursue their studies,” he said.

He also explicitly linked Bill 21 with the same struggle. Arguably the current government’s most controversial bill of their four years in power, it banned certain public servants, including teachers and police, from wearing religious symbols at work.

In practice, it affected female Muslim teachers most heavily, preventing school boards from hiring or promoting any hijab-wearing teachers. Challenges to it are still before the courts and are expected to end up at Canada’s Supreme Court.

“Law 96 on the French language does not come alone,” said Jolin-Barrette.

“It was adopted after Law 21 on secularism, which I also had the honor of piloting, always with the same idea of strengthening the autonomy and personality of the State of Quebec.”

LEGAULT SAYS ALL CULTURES NOT ‘ON THE SAME LEVEL’

When asked about Minister Jolin-Barrette’s comments in Paris today, Premier François Legault said he is opposed to putting “all cultures on the same level” and stressed the importance of having a “culture of integration” above all else.

“So that’s why we oppose multiculturalism. We prefer to concentrate on what we call ‘inter-culturalism’ where you have one culture, the Quebec culture, where we try to integrate the newcomers, but we want to add to this culture,” the premier said.

“I think new people coming to Quebec — they add to our culture. But it’s important to have a culture where we integrate, especially to our language.”

Legault also argued this is in direct opposition to the Canadian model of multiculturalism.

“I see that Mr. Trudeau is pushing for multiculturalism, so he doesn’t want us to have a culture and a language where we integrate newcomers,” the premier said.

MEDIA CRITIQUES OF BILL 96 ARE ‘LAZY,’ JOLIN-BARRETTE SAYS

In his speech, Jolin-Barrette addressed criticism that embracing English and bilingualism is a way of being open to the world, whether you see it as the language of Shakespeare or “Silicon Valley.”

But that’s a misplaced idea, the minister argued.

“What is presented as an openness to the world too often masks acculturation, which comes with a significant loss of memory and identity,” he said.

He said gone are the times when people can request to be served in English or French in Quebec, as in a “self-service business.”

And Jolin-Barrette made a special point of attacking English Canadian media’s coverage of Bill 96.

“Recently, defamatory articles against Quebec have been published with too much complacency in American and English Canadian newspapers,” he said.

“Lazy authors depict our fight from the most denigrating and insulting angle, trying to pass it off as a rearguard fight, a form of authoritarianism.”

“Our fight for the French language is just, it is a universal fight, that of a nation which has peacefully resisted the will to power of the strongest.”

For a large portion of the speech, Jolin-Barrette spoke of the time before the Quiet Revolution, when, he said, French itself was being lost in Quebec.

“A vulnerable proletariat was born, whose contaminated language quickly switched to Franglais,” he said.

“The English-speaking oligarchy, heir to British power, imposed its language and its imagination….in the 1950s, French-Canadians lived in towns where commercial signage was often in English.”

At another point, he called French the greatest of the Western languages, with the biggest literary influence.

In those decades, however, “French Canada was one of the very few places in the world where the French language was a sign of social inferiority,” he said.

Source: Quebec is ‘thwarted’ by Canadian multiculturalism, minister says in France speech

Rioux: Retour de balancier

Rioux rails against “les élites multiculturalistes” and celebrates counter-reactions, even if “souvent déroutantes et parfois extrêmes.”

Ceux qui se souviennent de l’extraordinaire fierté qu’avait suscitée l’adoption de la loi 101 en 1977 auront compris que nous ne sommes plus à cette époque. Difficile de trouver la même ferveur chez ceux qui ont adopté cette semaine le projet de loi 96. La loi 101 avait alors fait parler d’elle dans le monde entier. Dans l’univers anglophone, on avait évidemment dénoncé dans des mots souvent outranciers une loi brimant les droits de la « minorité ». Mais ailleurs, l’écho était différent. Le journal Le Monde avait évoqué une « revanche historique ». Lors de son adoption, le quotidien avait repris les mots de ses auteurs selon qui le but de cette loi était de « rendre la province “aussi française que le reste du Canada est anglais”. »

Lors de mes premiers reportages à l’étranger, on me parlait spontanément de la loi 101. En France, dans les milieux informés, elle jouissait d’une véritable aura. C’était aussi le cas ailleurs en Europe, comme en Catalogne, où les nationalistes au pouvoir ne cachaient pas leur admiration pour la détermination dont nous avions fait preuve. En 2012, le linguiste Claude Hagège avait même soutenu que la France devait s’inspirer du Québec afin d’imposer l’unilinguisme français dans l’affichage. À voir les Champs-Élysées aujourd’hui, on déplore qu’il n’ait pas été entendu.

« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement », disait Boileau. Ce principe s’applique à toutes les grandes lois, qui sont généralement des lois simples qui reposent sur un principe immuable. Au lieu de se perdre dans un fouillis administratif et des contorsions juridiques (comme les complexes tests linguistiques de la défunte loi 22), elles proclament une vérité essentielle que chacun est à même de comprendre. C’est ainsi qu’elles imposent le respect.

Qu’exprimait l’esprit de la loi 101 sinon qu’au Québec, tous les nouveaux venus avaient vocation à s’intégrer à la majorité linguistique et culturelle par le truchement de son école ? Bref, à devenir des Québécois de langue et de culture française. Point à la ligne. Ce principe de l’intégration scolaire est d’une telle évidence qu’il mériterait d’être appliqué à tous les niveaux du réseau éducatif sans exception. C’est d’ailleurs ce que font depuis longtemps les Catalans en Espagne et les Wallons en Belgique, qui semblent avoir retenu mieux que nous la leçon de Camille Laurin. Nul doute qu’un jour, il faudra y revenir.

Mais nous avons changé d’époque. C’est ce qu’explique avec talent le jeune essayiste Étienne-Alexandre Beauregard dans son premier essai, Le Schisme identitaire (Boréal). L’ouvrage propose une description passionnante du cheminement idéologique du Québec depuis 1995. Beauregard décrit le passage de l’effervescence nationaliste que fit naître la Révolution tranquille à l’idéologie « post-nationale » qui domine aujourd’hui. Il raconte le ralliement de la gauche, au nom du progressisme, à l’idéologie diversitaire et sa déclaration de guerre contre ce que Fernand Dumont appelait la « culture de convergence ».

Avant 1995, écrit Beauregard, le nationalisme des historiens Lionel Groulx et Maurice Séguin exerçait une telle hégémonie intellectuelle que même le Parti libéral de Robert Bourassa fut en quelque sorte obligé de se dire autonomiste. D’où la loi 22. À l’inverse, la nouvelle hégémonie diversitaire pousse aujourd’hui les nationalistes dans leurs retranchements, les forçant à donner des gages à la gauche multiculturaliste qui exerce le magistère moral dans les médias et les grandes institutions.

Dans ces débats comme celui qui s’achève sur le projet de loi 96, il arrive que les nationalistes québécois se sentent à ce point isolés qu’ils se croient hors du monde. Il est pourtant frappant de constater combien cette nouvelle guerre culturelle que décrit Beauregard n’est pas proprement québécoise. Elle est même la réplique, à notre échelle, d’un affrontement qui se déroule partout en Occident. Partout où l’idéologie de la mondialisation heureuse, qu’est au fond ce rêve post-national et diversitaire, se bute au retour des nations.

Il y a quelques années encore, on pouvait croire que ces dernières n’étaient destinées qu’à se fondre dans des ensembles plus grands et multiethniques. Des ensembles dont le Canada se prétend depuis toujours le prototype achevé. Ce n’est plus vraiment le cas, alors qu’à la faveur des ratés d’une mondialisation aujourd’hui en déclin, on assiste au réveil du sentiment national aussi bien en France et dans les anciens pays de l’Est qu’au Royaume-Uni et ailleurs en Occident. Sans parler de l’Ukraine.

Partout, les coups de boutoir contre l’identité nationale imposés par les élites multiculturalistes font réagir les peuples qui ne sont pas prêts à troquer leur langue, leur héritage et leurs mœurs pour un grand melting-pot informe et sans substance. Comme l’écrit Beauregard, cette guerre va s’intensifier, et l’on voit déjà les forces politiques qui prétendent s’en tenir à l’écart se faire balayer. C’est un peu ce qui arrive chez nous au Parti québécois et qui, dans un autre contexte, a décimé en France le Parti socialiste et Les Républicains.

Cette reconfiguration du combat politique prend des formes diverses, souvent déroutantes et parfois extrêmes. Mais les mêmes forces sont à l’œuvre, qui mettent en scène de vieilles nations qui ne veulent pas mourir et qui n’ont pas dit leur dernier mot.

Source: Retour de balancier

Debating difference and diversity: combining multiculturalist and interculturalist approaches to integration

Much of these debates and discussions are more semantics than substantive, as the devil is in the details regarding the specific practices and policies of integration, social cohesion, multiculturalism and interculturalism:

In the UK, as elsewhere in Western Europe, issues of integration and social cohesion in relation to ethno-cultural minorities are never far from the headlines or policy concerns in one form or another. In the last year, events such as the Black Lives Matters protests, COVID-19, the Euros, and the upcoming Queen’s Platinum Jubilee, have all prompted reflection on integration. In 2019 the government published a new indicators of integration framework and the term has again been the central concern of a recent report by a prominent think tank, which notes that integration is ‘one of the slipperiest concepts in the political lexicon’.

One of the central issues to thinking about integration is what is to be done about ethno-cultural difference? Is it a problem to be overcome, a barrier to integration? Is it something positive, to be embraced and celebrated? Should it be overlooked in favour of what we all, as individuals, have in common, or should it be the ground we build a more equitable sense of belonging from?

The term integration can be not just slippery but the site of antagonistic and at times heated debate. These two properties of antagonism and slipperiness are well exemplified in debates between two alternative camps on how to manage and think about integration and ethno-cultural diversity: multiculturalism and interculturalism. Whereas the former emphasises respect for difference and hyphenated identities, the latter emphasises contact, mixing and what is shared or common against difference.

The two have frequently butted heads in academic debates, with multiculturalism under fire from interculturalists as in need of replacement, something reflected in political and policy discourse. For instance, the government’s 2018 Integrated Communities Strategy stated that ‘multiculturalism has too often encouraged communities to live separate lives – reinforcing distinct cultural identities to the detriment of efforts to draw attention to what we have in common – and is defunct’. Multiculturalists have responded by pointing out how these arguments misrepresent or caricature multiculturalism.   

In a new research project, PLURISPACE, we ask if this antagonism must necessarily be the case. We’ve found that integration as it exists in government policy as well as policy advocacy from civil society organisations more often combines these two opponents in various ways, and this is where the slipperiness comes in. Peeling back from political rhetoric and academic theory debates, what might we learn from the slipperiness?

While policies that are consistent with an intercultural position have become central, through increased emphasis on contact and mixing, as well in discourse around fundamental British values, the term itself is found nowhere in policy documents or parliamentary debates themselves (unlike, for example, in Spain or at the EU level). Moreover, these interculturalism gains have not been to the detriment of multicultural policies, which have also shown an increase over the last few decades. This begins to point to types of complementarity between different approaches, which forms the focus of the PLURISPACE project. But what different forms does such complementarity take in practice?

From an analysis of documents produced by prominent civil society organisations, supplemented by interviews, we can point to three main types of complementary form in which multiculturalism and interculturalism are combined in the UK, reflected in alternative emphases on the idea of integration. The first two represent what we might call a principled multiculturalism, complemented or qualified by interculturalism to different extents.

The first variation is broadly multiculturalist in emphasis. It wants to preserve the importance of difference between ethnic, cultural, and faith communities whilst developing a sense of multicultural nationhood that can include these differences. Integration is thought about as relations between communities and across difference, but which adds to this the need for contact and mixing between people of different ethnicities and faiths and a simultaneous emphasis on what is held in common if it is to be successful. Here, integration is very much a ‘two-way street’.

The second variation represents a more equal mixing of multiculturalism and interculturalism. It is more cautious of stronger statements about group rights but with a significant feature; its underlying premises can be said to be more multiculturalist than interculturalist. That is, underpinning interculturalist features is a stronger sense of the need to recognise and respect difference as a fundamental way in which equality is thought about. As one report puts it: ‘If integration is not about everybody, it is not integration‘. Interculturalist emphases from this position are important, but bound to fail if not substantively underpinned by thicker multiculturalist sensibilities and policies when it comes to identifying and addressing discrimination and positive recognition.

Across these two positions features of interculturalism are seen as extremely important but also as inadequate and ineffective if not underpinned by more substantive approaches to equality consistent with multiculturalism.

A third position is one we might call critical interculturalism. This adopts a broadly interculturalist stance, but is qualified in significant ways (and ways that some interculturalists would reject) by multicultural emphases. It emphasises contact and mixing, and is oriented foremost around individual rights and the centrality of ascribing to fundamental British values, and of minority integration into these values. It stresses general laws and policies that apply to everybody, rather than differentiated policies and stronger forms of group recognition. Yet, different expressions of this broad position also emphasise the national level as significant in setting the tone for equality and integration; some emphasise that group targeted policies might be necessary in order to address patterns of discrimination and disparities in policy areas such as employment, education and so on, even if they are not necessarily ideally desirable and one day might not be necessary. We might see this as a kind of stop gap multiculturalism.

Overall, these different forms of complementarity are suggestive of the important contestations and differences there are when it comes to questions of what integration should mean and look like. But what they also show is that out of the shadows of academic debates and political rhetoric, syntheses and hybrids are occurring on the ground, and this has lessons for theory and politics alike. It also shows that behind the rhetoric, multiculturalism is not only alive but a multicultural sensibility is a significant feature of how we should think about equality and belonging.

Thomas Sealy (@SealyThomas) is Lecturer in Ethnicity and Race in the School of Sociology, Politics and International Studies at the University of Bristol.

Source: Debating difference and diversity: combining multiculturalist and interculturalist approaches to integration

Le Québec «bashing» ou la tolérance à deux vitesses

Sigh. Not to mention the inverse, Canada bashing on the part of some intellectuals…

Le Canada se drape de tolérance envers les minorités — tout en assumant des épisodes de Québec bashing, devenus chroniques dans l’histoire des deux solitudes. Ce paradoxe, commun au monde anglo-saxon, remonte à l’origine même du libéralisme britannique, estime Patrick Moreau, professeur au collège Ahuntsic qui participait, mercredi, à un colloque consacré à « la condescendance francophobe en contexte canadien ».

« Les sociétés anglo-saxonnes en général — et la société canadienne en particulier — se présentent toujours comme très libérales, très à cheval sur les droits individuels et la tolérance, explique M. Moreau, qui collabore par ailleurs à la section Idées du Devoir. En même temps, elles ont souvent, à travers l’histoire, connu des accès d’intolérance. »

Pour le professeur, invité à prendre la parole au congrès de l’Acfas mercredi, « le ver est dans le fruit » depuis la naissance de la tolérance religieuse proclamée au XVIIe siècle par le pouvoir anglican. « L’Angleterre autorisait toutes les sectes protestantes, ce qui était exceptionnel en Europe, à l’époque. En revanche, cette tolérance excluait les catholiques et les athées. Nous sommes tolérants, mais pas à l’égard de toutes et de tous. »

Ce même réflexe s’applique encore aujourd’hui envers le Québec, maintient le professeur Moreau. Le Canada anglais prétend accueillir et célébrer les différences. Sauf certaines, souvent québécoises.

« Dès qu’on nous montre la diversité canadienne, il faut qu’on nous montre une femme voilée, un turban, etc., poursuit le chercheur, en entrevue au Devoir. Comme si la seule différence admissible était en réalité superficielle. Si les Québécois se contentaient d’être une minorité parmi d’autres, arborant la ceinture fléchée lors de la Saint-Jean, le Canada s’en réjouirait et les tolérerait comme il tolère n’importe quel costume de n’importe quelle minorité ethnique ou religieuse. »

Or, le Québec dérange au point de devenir intolérable, soutient M. Moreau, parce que la différence qu’il revendique réfute la suprématie du modèle anglo-saxon.

« Ce qui est inacceptable aux yeux du Canada anglais, c’est cette volonté du Québec de faire société en français et selon des termes politiques qui ne sont pas ceux de la philosophie politique anglo-saxonne. Autrement dit, de revendiquer des droits linguistiques collectifs. […] La laïcité, c’est un peu la même chose, poursuit le professeur Moreau. On refuse, au Canada anglais, de voir la laïcité comme un modèle légitime de gestion de la diversité. On veut à tout prix y voir l’expression d’une intolérance ethnique à l’égard des autres minorités religieuses. »

Un Québec bashing progressiste

Cette discrimination à l’égard des francophones, M. Moreau note qu’elle a évolué au tournant du XXIe siècle. « La francophobie canadienne était, jusque dans les années 2000, plutôt conservatrice. C’était vraiment une francophobie coloniale issue d’un sentiment de supériorité très britannique et protestant à l’égard de Canadiens français, jugés arriérés, et catholiques, en plus. »

Plus récemment, avance le chercheur, « nous sommes passés à un Québec bashing progressiste, c’est-à-dire que nous allons reprocher au Québec d’être intolérant à l’égard des minorités, de créer une discrimination à l’égard des minorités, donc finalement de refuser les normes du multiculturalisme trudeauiste actuel. »

La saga entourant l’Université d’Ottawa et l’usage du mot en « n » dans une salle de cours a jeté une lumière crue sur le paradoxe de la tolérance canadienne envers ses minorités, insiste le professeur de littérature au collège Ahuntsic. « Il y a eu un glissement que je trouve personnellement assez épatant de la part de gens qui se prétendent fondamentalement antiracistes, mais qui vont insulter des professeurs en les traitant de fucking frogs. Bref, en utilisant un vocabulaire qui est très clairement raciste. »

À son avis, le Québec bashing a encore de beaux jours devant lui. Tant mieux, souligne-t-il, puisque sa disparition voudrait dire la fin d’un Québec qui revendique son droit à faire société autrement.

« Le jour où le Québec bashing va disparaître, ce ne sera pas vraiment une bonne nouvelle pour le Québec, avance M. Moreau. Ça voudra dire, je pense, que le Québec aura renoncé à faire société d’une façon différente du Canada. Autrement dit, il aura adopté le modèle dominant du libéralisme canadien. À ce moment-là, il sera devenu acceptable », conclut le professeur.

Source: Le Québec «bashing» ou la tolérance à deux vitesses

How the Grinch stole Chanukah: secularism is not a veil for systemic racism

Legitimate observation on timing, whether this was intentional or blindness:

In the same week that an elementary school teacher was removed from her classroom in Quebec for wearing a hijab, the Legault government announced it will loosen the rules for indoor gatherings right in time for Christmas.

I hate to be a Grinch, but in this multi-faith household as we put away the menorah and bring out the Christmas lights, I question when Quebec will stop pretending to be a secular society.

What a coincidence that at this time last year, the CAQ also considered allowing larger gatherings for Christmas, right when holidays from other faiths, such as Chanukah and Diwali, had ended. 

The Legault government preaches about separation between church and state, puts into law Bill 21 preventing public servants (teachers, police, judges, etc.) from wearing religious symbols, and insists that systemic racism is not an issue in Quebec; yet we are expected to believe that loosening of public health measures on Dec. 23 is linked to the state and not the church.

Quebec is not a religiously neutral society; it is a Catholic-based society. Its institutions close for Christmas and Easter; countless streets, towns, hospital, and schools are named after saints; and the crucifix that hung prominently in the national assembly for decades was only recently removed, following much debate and push back. 

Even Bill 21, an act respecting the laicity of state, accommodates those who practice the Catholic faith, since donning a cross around the neck can be concealed, unlike a hijab, turban, or kippah worn on the head.

As this questionable bill impede the lives of marginalized Quebecers, the CAQ government dares, once more, to tempt pandemic fate in the name of Christmas.

Linking new rules for private gatherings to one specific holiday will, of course, never be publicly stated. Instead, it is conveniently suggested that the timing is due to a stabilization in the number of hospitalizations, the fact that the Omicron variant is not circulating widely in the province, that children over five are now being vaccinated. 

This pandemic has brought many issues to light, including the value of critical thinking. Much information is believable when taken at face value, but even evidence-based facts, like statistics, can be misleading when twisted the right way. 

There is no denying that Quebec has done well in its vaccination and public health efforts, but as the world grapples with mutations of a virus that aims to outsmart us, are we to naively believe that this province will be spared because it is Christmas?

Making progress in halting a global pandemic is hardly an excuse for loosening rules, which miraculously coincide with the birth of Jesus. 

If we really want to understand secularism, pay attention to COVID-19, which makes no distinction for any faith in its path of destruction. Christians, Jews, Muslims, Hindus … one multicultural society battling this virus together.

As the candles go out on Chanukah and the Christmas trees light up, let’s be reminded that a secular society caters not to any one faith. Secularism, Mr. Legault, is not a vail for systemic racism.

Susan Mintzberg is a PhD candidate in social work at McGill University. Her research focuses on the role of family caregivers in mental health care.

Source: https://www.thestar.com/opinion/contributors/2021/12/13/how-the-grinch-stole-chanukah-secularism-is-not-a-vail-for-systemic-racism.html

COLUMN: Interculturalism a viable solution to multiculturalism’s woes

From St. Alberta no less (multiculturalism includes integration into one of the two official languages):

This year, 2021, is the 50th anniversary of Canada’s official multiculturalism policy, which Pierre Trudeau introduced in 1971.

Multiculturalism was introduced in part to respond to the criticisms of the Laurendeau-Dunton Commission, which investigated language and social tensions in 1960s Canada. The Commission initially focused only on Canada’s Anglophone and Francophone “founding peoples.” It was harshly criticized by Canadians of other backgrounds for implying their communities were “second-tier.” The commission incorporated those criticisms into its report, which Trudeau used as the basis for his multiculturalism policies.

Since then, multiculturalism has been praised and criticized. Its supporters praise it for enabling people from all over the world to be Canadian on their own terms, and for recognizing the contributions they’ve made to Canadian society. Its critics reproach it for seemingly undermining immigrants’ ability to integrate into Canadian society, for undermining the founding status of Anglophones and Francophones (conflicting with English and French being official languages), and for treating Indigenous people as an “ordinary” ethnic group without Treaty rights.

Some critics advocate interculturalism as an alternative. Interculturalism states that there’s a majority in any given society that sets out things such as the common language and legal framework. It also recognizes the responsibilities of minorities to integrate into society, such as using the common language. However, interculturalism also recognizes that those minorities have rights of their own that the majority must respect, including the rights in some cases to use their own languages. Interculturalism, at its best, is an attempt to balance the concerns and rights of both the majority and the minorities, while also recognizing their responsibilities to each other.

Quebec has been one of the strongest advocates for interculturalism in recent years. The idea of Francophone Canada as one of the country’s “founding peoples” is very deeply rooted there. Many Franco-Quebecois are genuinely concerned about whether newcomers are integrating into mainstream society. However, Quebec’s language laws also make various exceptions for its Anglo-Quebecois minority, including their rights to be educated in English.

Interculturalism is most popular in Quebec right now, but I wonder if it couldn’t also apply to the rest of Canada, too. Many other Canadians have the same kind of concerns about newcomers integrating into society, including learning English. Other provinces’ Francophone minorities have had the same complaints as the Anglo-Quebecois about language rights. Many Indigenous people have made it crystal clear they won’t accept being treated as “just” Canadians. Newcomers across Canada work extremely hard to fit into society, including learning English and/or French, and deserve to have their efforts recognized.

Interculturalism could go a long way to addressing multiculturalism’s criticisms while keeping its positives. The founding statuses of Anglophone, Francophone, and Indigenous cultures would be formally recognized, but so would the fact that these cultures evolve as new people bring new influences from the rest of the world. Newcomers, regardless of skin colour, would have just as much right to call themselves Anglophone or Francophone Canadians as someone whose ancestors came here 300 years ago.

It might be just what Canadian unity needs.

Jared Milne is a St. Albert resident with a passion for Canadian history and politics.

Source: COLUMN: Interculturalism a viable solution to multiculturalism’s woes

Bouchard: L’interculturalisme, indifférent au social?

More Quebec diversity debates with the unfortunate mischaracterization of multiculturalism in opposition to interculturalism whereas in reality, the practical differences are nuanced (multiculturalism allows one to integrate into either French or English, interculturalism into French):

C’est un plaisir d’échanger avec un interlocuteur comme Marco Micone. Son engagement en faveur du Québec est bien connu, ses analyses sont toujours pertinentes et ses avis méritent attention. Dans son texte paru dans l’édition du Devoir des 23 et 24 octobre, il soulève à propos de l’interculturalisme une critique que d’autres ont déjà formulée, mais il le fait d’une façon particulièrement bien articulée.

Sa critique principale, c’est que l’interculturalisme québécois, tel que proposé, donnerait dans le culturalisme. Il accorderait donc une nette préséance aux facteurs culturels (et ethniques) aux dépens et même dans l’ignorance d’autres facteurs, principalement tout ce qui se rattache au social. C’est la première objection. Selon la deuxième, l’interculturalisme en viendrait ainsi à masquer la réalité concrète des hommes et des femmes dans leur vie quotidienne. Selon une troisième objection, il faudrait centrer l’attention non pas sur les différences, mais sur « l’humanité » que partagent ces hommes et ces femmes — « on ne peut pas parler de culture italienne, algérienne, haïtienne ou autre au Québec ».

En quatrième lieu, l’interculturalisme est accusé de proposer une conception abstraite et statique des cultures et de « ne pas tenir compte du contexte qui les détermine et les nourrit ». Enfin, les propositions et explications soumises par le modèle ne déborderaient pas la sphère culturelle.

Voici comment je réponds à ces cinq objections, à la lumière de la définition que j’ai déjà donnée de l’interculturalisme (notamment dans mon ouvrage de 2012).

En ce qui concerne la première critique, nous savons que depuis quelques décennies, au Québec comme dans plusieurs sociétés, le racisme se nourrit moins de traits physiques que de caractéristiques culturelles (les Noirs sont paresseux, les musulmans, fondamentalistes, les Mexicains, violents, etc.). On reconnaît là un fondement de diverses pratiques discriminatoires bien connues. Voilà un exemple où le culturel est intimement lié au social. Un autre exemple a trait au rapport majorité-minorité. Encore là, l’analyse culturelle révèle des systèmes de perceptions favorisant la domination et l’exclusion. Dans ce cas, l’interculturalisme invite à examiner une configuration démographique et le rapport de pouvoir inégal qui lui est associé.

Des modèles préétablis

À propos du deuxième argument, ce sont bien sûr les comportements des hommes et des femmes qui sont en définitive déterminants, ceux des membres de la société d’accueil comme ceux des immigrants. Mais les premiers seront incités à reproduire (souvent inconsciemment) les préconceptions que je viens d’évoquer alors que les seconds devront les confronter pour s’en défendre. La sociologie a bien établi que les individus inventent rarement leurs conduites. Ils obéissent ou réagissent le plus souvent à des modèles préétablis, des modèles relativement stables que les acteurs perpétuent par leurs comportements.

La troisième objection appelle une nuance importante. Encore une fois sur la base de nombreuses études, il paraît peu contestable que, parmi les populations immigrantes, il subsiste pendant longtemps assez d’éléments de la culture d’origine pour parler de différences ethnoculturelles. C’est justement parmi ces différences que se trouvent les traits servant de prétextes au racisme. Il importe donc d’y porter attention. En même temps, bien évidemment, on doit se garder de figer ces traits dans des carcans culturels dont l’immigrant n’arrive plus à se défaire — c’est l’une des principales critiques adressées au multiculturalisme. Ainsi, au gré des contacts, des échanges et des choix de chacun dans la vie quotidienne, une culture commune prend forme — une culture québécoise (c’est aussi ce que pense Marco Micone).

Quatrièmement, affirmer que l’interculturalisme propose une vision abstraite et statique des cultures, hors de leur contexte, c’est lui faire un faux procès. Je dirais même que ce type de préoccupation est au cœur du modèle. Sur ce point, j’aurais apprécié que l’auteur produise quelques références.

Cinquièmement, Marco Micone affirme que l’interculturalisme ne rend pas compte des disparités économiques et des affinités de classes. Il a raison, mais ce ne sont pas là ses objectifs propres. Il est par contre inexact d’affirmer qu’il s’en désintéresse. Certes, il ne prétend pas les expliquer, mais il en tient compte assurément, dans la mesure où ces réalités pèsent sur les possibilités et modalités de l’intégration et ses aléas.

Enfin, on aura compris que, dans mon esprit, l’interculturalisme ne prétend nullement « expliquer le sort et le comportement des individus par la culture, au mépris des déterminants sociaux ». Je soutiens cependant qu’il existe une composante culturelle inhérente aux performances scolaires, à la déviance et à la pauvreté (je reprends ici le texte de l’auteur), ce qui a été bien établi par une longue tradition de recherche. Il va de soi, par ailleurs, que la culture n’est qu’une composante parmi d’autres.

Pour toutes ces raisons, j’affirme que, si on veut comprendre le culturel, on ne peut éviter de porter attention au social. Et vice-versa.

Je remercie Marco Micone de m’avoir donné l’occasion d’apporter ces clarifications.

Source: L’interculturalisme, indifférent au social?

Carpentier et Harel: L’interculturalisme, seul choix pour Montréal

More semantic than substantive, with the main difference being reference to a French-based society rather than multiculturalism’s reference to both official languages and bilingualism. And highly ironic given that most opposition to Bill 21 is in Montreal, precisely because of its divisiveness and exclusion, not inclusion:

Les 50 ans de la politique du multiculturalisme canadien (1971-2021), commémorés par Justin Trudeau le 8 octobre dernier, conduisent à une négation telle de la nation québécoise qu’un candidat à la mairie de Montréal s’est cru autorisé à proposer un référendum pour choisir la ou les langues officielles en usage dans la métropole.

Cette déclaration et bien d’autres du même acabit sont les résultantes de la même conception qu’affiche le premier ministre du Canada lorsqu’il affirmait, cette semaine : « En plus des membres des Premières Nations, des Métis et des Inuits, des personnes appartenant à plus de 250 groupes ethniques considèrent le Canada comme leur foyer et célèbrent leur patrimoine culturel avec fierté. » Exit l’existence de la nation québécoise, de son histoire, de sa culture, et la nécessité d’intégrer en français la diversité ethnoculturelle qui l’habite et contribue à sa vitalité. Cet état de fait est fortement préoccupant dans le contexte d’une nation francophone minoritaire en Amérique du Nord, dont les besoins démographiques et l’épanouissement sont assurés par l’immigration.

Multiculturalisme vs interculturalisme

Alors que le multiculturalisme canadien est consacré par une politique officielle (1971), un principe interprétatif de la Charte canadienne des droits et libertés (1982) et une loi (1988), le Québec n’a jamais formalisé son approche interculturelle en matière d’aménagement de la diversité ethnoculturelle et d’intégration des personnes immigrantes. Le choix québécois de l’interculturalisme a bien fait l’objet de définitions ici et là et de déclarations publiques, mais rien sur le plan juridique ne vient le soutenir.

Pourtant, le multiculturalisme et l’interculturalisme diffèrent, notamment en ce qui a trait aux représentations de la communauté politique et nationale qu’ils proposent au regard de la diversité. L’approche québécoise insiste sur la présence d’une société d’accueil francophone, alors que celle promue par le gouvernement fédéral et les autres provinces, qui représentent une culture anglo-saxonne hégémonique, n’en ressent pas le besoin.

Sortir de l’ambiguïté et de l’imprécision

Nous sommes sensibles aux craintes exprimées par Gérard Bouchard quant aux dangers associés au laisser-faire québécois, lequel favoriserait le développement d’un véritable multiculturalisme montréalais.

D’autant que cela contribue à creuser le fossé qui sépare Montréal du Québec des régions. La présente campagne à la mairie est l’occasion de demander au gouvernement de formaliser l’interculturalisme. C’est là un élément crucial du rôle que la métropole doit assumer dans le contexte québécois !

Engagement électoral phare pour Montréal

Malgré les bonnes volontés exprimées de toutes parts, ce choix de l’interculturalisme demeurera vide de sens tant qu’il ne sera pas officialisé — et pourquoi pas constitutionnalisé, alors que le gouvernement s’apprête à modifier la Constitution interne du Québec en vertu du projet de loi 96 à l’étude.

Comme candidate et candidats à la mairie, faire preuve d’audace serait de demander à Québec cet ajout essentiel pour établir clairement les conditions du vivre-ensemble, indispensable pour une métropole cosmopolite comme la nôtre.

Il s’agit aussi pour Montréal, dans le cadre québécois, d’un engagement qui fait appel à sa responsabilité quant à la réaffirmation du caractère pluriel de la nation, où l’on ne peut faire l’économie de la conciliation entre les aspirations de la majorité francophone et la valorisation de la diversité ethnoculturelle. Autrement dit, si Montréal ne prend pas clairement position pour une nation inclusive, qui le fera ?

Source: L’interculturalisme, seul choix pour Montréal

Bouchard: Un multiculturalisme montréalais?

On the Montreal and rest of Quebec divide. Those who live the reality of diversity and those who do less. And maybe the rest of Quebec needs to approach Montreal with its greater ease with diversity rather than. vice versa:

Il faut reparler de l’interculturalisme. Le débat public sur les relations interculturelles au Québec est en retrait alors que nous sommes toujours en quête d’un modèle institutionnalisé indiquant la marche à suivre. Et cela en dépit des engagements pris depuis 20 ans par les partis au pouvoir.

Sur le plan des politiques, il s’est ainsi créé un vide. Mais comme il arrive souvent, c’est un vide qui se remplit imperceptiblement, et pas toujours comme on le voudrait. Dans ce cas-ci : c’est une forme de multiculturalisme émergent dont la métropole montréalaise devient l’épicentre. Une vision gagne du terrain parmi une bonne partie de sa population selon laquelle on est Montréalais bien avant d’être Québécois. Suivant cette logique, la métropole risque de se transformer en un électron libre où s’élaborent une identité et une appartenance en marge de l’ensemble du Québec, favorisant ainsi l’essor d’un bilinguisme non officialisé. Il ne s’agirait plus d’élaborer une conception générale de la nation reposant sur l’intégration de tous les citoyens québécois, ceux de la majorité et des minorités, en respectant les droits des uns et des autres (comme le veut l’interculturalisme).

Plusieurs observateurs voient progresser à Montréal une forme latente de multiculturalisme sans programme dont la gestion est laissée aux transactions microsociales et à la vie quotidienne, c’est-à-dire à la mouvance de la mondialisation. Ceci ouvre la voie, au cœur du Québec, à une vie civique progressivement affranchie du cadre national.

Des facteurs structurants favorisent cette évolution : le rayonnement croissant de l’anglais à l’échelle planétaire, la dynamique démographique qui laisse prévoir un plus grand nombre d’immigrants au cours des prochaines décennies, la très forte concentration des nouveaux venus dans la région montréalaise, la fracture à la fois ethnoculturelle et politique entre Montréal et le reste du Québec — une fracture que déjà en 2010 Guy Rocher qualifiait de « dramatique ».

Encore une fois, rien de formalisé ou de programmé dans la marche de ce multiculturalisme ; il suffit de laisser aller les choses. L’administration municipale ne semble pas avoir de vision intégrée de la situation et n’a toujours pas de politique officielle.

Les Cités interculturelles

Il s’est présenté depuis 10 ans une occasion d’atténuer cette fracture, mais on se demande si Montréal en a tiré tout le profit escompté. En 2010, j’ai fait des démarches auprès des dirigeants du Conseil de l’Europe afin qu’ils admettent Montréal comme membre du prestigieux projet international des Cités interculturelles. Quelques intervenants (surtout Gilles Rioux, un acteur de longue date dans ce domaine) ont ensuite amené la direction de la Ville à poser sa candidature, qui fut donc acceptée. C’était en 2011.

Actuellement, 140 villes réparties sur quatre continents participent à ce projet. L’objectif est d’encourager chacune à innover en matière de gestion de la diversité, à échanger avec les autres et à enrichir ses programmes. Fondé en 2007, ce réseau est devenu le lieu d’un formidable bouillonnement de réflexion et d’innovations dont chaque membre peut tirer un grand profit (on trouvera sur Internet des informations détaillées sur le sujet). Qu’est-ce que Montréal a fait depuis 10 ans ? De l’avis de divers informateurs proches du dossier, le bilan serait mitigé. On voudrait avoir l’assurance que la participation à ce grand projet a reçu toute l’attention qu’il méritait de la part des deux administrations municipales qui se sont succédé depuis.

En vertu d’une orientation adoptée par le Conseil de l’Europe, l’interculturalisme est l’éclairage général sous lequel les travaux se déroulent. Voilà une veine de réflexion qui a mobilisé de nombreux chercheurs québécois depuis 30 ans. Montréal, en puisant dans ces travaux (axés sur la conception d’un interculturalisme d’inspiration québécoise), pouvait donc apporter quelque chose d’original au réseau. En retour, elle en retirerait des enseignements substantiels conduisant à la mise en place de politiques originales, de programmes novateurs.

Mieux raccorder la conscience collective montréalaise à celle du Québec est une tâche complexe. Il faudrait d’abord provoquer une prise de conscience, prendre la mesure exacte du problème, amorcer une réflexion puis appliquer un plan à l’échelle tant nationale que métropolitaine. Le projet de loi 96 en discussion à l’Assemblée nationale peut constituer une avancée importante (en dépit du pessimisme de plusieurs démographes). Il est essentiel de raffermir notre identité et notre culture nationale. Sinon, il sera difficile de créer le sentiment d’appartenance et la solidarité permettant de mobiliser notre société autour d’idéaux collectifs. Et en cours de route, d’inspirer la fierté de ce que nous aurons fait ensemble.

La CAQ ne devrait-elle pas s’y engager davantage qu’elle ne le fait actuellement ?

Source: Un multiculturalisme montréalais?

Pelletier: Le petit bout de la lorgnette

Interesting commentary on the English language debate controversy over the moderator calling (correctly) Quebec’s Bill 21 discriminatory and the pile-on by Quebec leaders and weak response by federal leaders):

C’est tout un rebondissement. Au 25e jour d’une campagne électorale qu’on disait inutile et ennuyante, le diable s’est mis aux vaches. Rarement aura-t-on vu François Legault aussi en colère, d’ailleurs, tremblant d’émotion face à ces « attaques » contre le Québec. «  Prétendre que de protéger le français, c’est discriminatoire ou même raciste, c’est ri-di-cule. C’est pas vrai qu’on va se faire donner des leçons là-dessus par personne ! », a-t-il répété au lendemain du dernier débat des chefs, le seul en anglais.

La voilà donc, la « question de l’urne » — du moins au Québec, car ce fameux débat est tombé sur le pays comme une guillotine, faisant rouler la tête du Québec dans un coin et le corps du ROC dans l’autre. Pour ce qui reste de cette campagne, nous n’habiterons vraisemblablement plus le même pays, les deux solitudes ayant repris leurs droits comme jamais.

Au Québec, par conséquent, la question de l’heure ne concerne plus les changements climatiques, la réconciliation avec les Autochtones, la sécurité des grandes villes, les garderies, sans parler de comment en finir avec cette pandémie. Il ne s’agit pas de mieux préparer l’avenir ; il s’agit, si on se fie aux consignes données par le premier ministre lui-même, de protéger ce que nous avons déjà, nos « compétences » et notre « autonomie ». De regarder derrière en pansant de vieilles blessures, plutôt que de regarder devant.

Petite précision avant d’expliquer pourquoi un tel combat m’apparaît une coquille vide. La question posée au chef du Bloc québécois durant le dernier débat des chefs était tout à fait méprisante, inacceptable, en plus d’être confuse et mal formulée. L’affront méritait d’être souligné, c’est clair. Mais de là à déclarer la « nation québécoise » menacée dans ses valeurs et ses compétences ? De là à prétendre que le Québec tout entier se retrouve dans ce nationalisme de pacotille ?

Si François Legault était toujours un souverainiste convaincu, alors sa colère aurait au moins une direction. Mais on s’illusionne, à mon avis, si on croit que cette manifestation émotive du premier ministre — ponctuée d’ailleurs de la célèbre formule de Robert Bourassa (un Québec libre « d’assumer son propre destin ») — annonce un possible retour au projet de pays. Le sens de tout ce théâtre était déjà inscrit dans l’appel de M. Legault à voter conservateur, lancé quelques heures seulement avant le débat disgracieux de jeudi dernier.

Faisant fi des positions conservatrices sur l’environnement, les armes à feu, les garderies, oubliant jusqu’au manque à gagner sous un éventuel gouvernement conservateur — il y aurait non seulement beaucoup moins d’argent pour les garderies, mais également moins de transferts de péréquation —, François Legault réagissait à une seule chose : la promesse de non-ingérence dans les champs de compétence du Québec.

Que le chef caquiste soit prêt à sacrifier des mesures sociales importantes simplement pour s’assurer d’avoir les coudées franches, de régner en roi et maître sur son territoire, en dit long sur son état d’esprit. Rappelant l’affirmation nationale tonitruante du « cheuf » — Maurice Duplessis a inventé le concept du fief provincial bien gardé —, M. Legault choisit une démonstration de force plutôt qu’une amélioration des conditions de vie de ses concitoyens. Comme projet de pays, il faudra repasser.

Le chant de sirène conservateur (« nous, on respecte les provinces ») est d’autant plus séduisant qu’il comporte la promesse de ne pas contester la Loi sur la laïcité de l’État. Une éventualité qui viendrait perturber le règne de François Legault, c’est sûr.

Pour l’instant, fort de cette dernière illustration de Quebec bashing devant des millions de spectateurs, le chef peut jouer au preux chevalier des « valeurs québécoises », un concept aussi flou que trompeur. D’abord, on ne trouve pas de valeurs au Québec qu’on ne trouve pas ailleurs au Canada — à une exception près : la défense de la langue française, la seule spécificité proprement québécoise. L’utilisation d’une langue différente implique aussi un sentiment de vulnérabilité et un besoin de survie. Deux choses, il est vrai, que le Canada anglais n’a jamais bien saisies. Mais peut-on parler ici de « valeurs » ?

Pour le reste, l’égalité hommes-femmes et, bien sûr, la laïcité, il ne s’agit aucunement de spécificité québécoise, mais au contraire de valeurs démocratiques fort répandues. D’ailleurs, la loi 21 traduit moins le besoin de régler un problème religieux — la séparation entre l’Église et l’État étant déjà bien établie — que la peur de revenir en arrière. Pour certains, cette hantise du passé justifie amplement la loi. On pourrait en débattre longtemps, mais une chose est claire : en interdisant à certains membres de minorités religieuses le plein exercice de leurs droits, la loi est jusqu’à preuve du contraire bel et bien « discriminatoire ». Il n’y a pas que le Canada anglais ou le juge Marc-André Blanchard qui le pensent. Pourquoi la loi serait-elle protégée par la clause dérogatoire si on ne craignait pas son annulation précisément pour cette raison ?

De prétendre, comme le fait le premier ministre, que tout le Québec s’élève aujourd’hui pour « défendre son destin », c’est tordre le cou à une réalité beaucoup plus complexe, tout en rabaissant le nationalisme au petit bout de la lorgnette.

Source: Le petit bout de la lorgnette