Lisée: Dire «basta!» à Roxham

More on Roxham. Current federal approach is looking rather lame:

Mettons les choses au clair. Si vous ou moi étions Haïtiens, Cubains, Guatémaltèques, entre plusieurs autres, nous remuerions ciel et terre, vendrions tous nos biens, nous endetterions jusqu’aux yeux pour arriver en territoire états-unien, prendre la route qui mène au chemin Roxham et tenter notre chance d’avoir, pour nous et nos enfants, une vie immensément meilleure au Canada.

Les informations circulent vite dans les milieux de l’immigration des pays du Sud. Il y a six ans ce mois-ci, Justin Trudeau a lancé son gazouillis annonçant « À ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera ». La version anglaise a récolté pas moins de 600 000 mentions « J’aime ».

Dans un premier temps, paniqué par l’afflux de demandes, Ottawa a annoncé que plus de 90 % de ces demandeurs finiraient par être renvoyés, car ne satisfaisant pas aux critères de l’asile. Plus récemment, un nouveau bilan faisait état de 50 % de refus. On sait cependant que des dizaines de milliers de personnes disparaissent dans la nature et préfèrent vivre sans papiers au Québec et au Canada plutôt que d’être reconduites dans leur pays d’origine. Vous et moi ferions pareil. D’autant qu’Ottawa prévoit régulariser sous peu la situation d’un demi-million d’entre elles.

Voyez, vos (nos) chances de succès sont passées de 10 % à 50 % à potentiellement 100 %. Venir au chemin Roxham, c’est le bon choix.

La société d’accueil doit poser ses conditions au point d’entrée. Elles doivent être précises, compréhensibles, prévisibles. Le contrat social entre nous et les futurs membres de notre société s’incarne là, dans la décision du migrant d’accepter ces conditions. Une fois ce pas franchi, notre attitude doit être d’une totale ouverture.

C’est pourquoi, ministre, j’ai appuyé les milliers de réfugiés du tremblement de terre haïtien qu’Ottawa menaçait d’expulser ; chef du PQ, j’ai dénoncé pendant la campagne de 2018 l’absurde projet de la Coalition avenir Québec (CAQ) de faire reconduire à la frontière les immigrants qui, trois ans après leur arrivée, échoueraient à des tests de valeurs ou de français ; commentateur, j’ai réclamé que tous les réfugiés et demandeurs d’asile ayant soutenu la santé et l’économie québécoises pendant la pandémie, sans exception, se voient accorder un certificat de sélection du Québec, ce que la CAQ a honteusement refusé de faire.

J’ai aussi insisté pour qu’une connaissance du français au point d’entrée soit indispensable pour les immigrants en règle, mais que le niveau de français soit modulé en fonction de l’emploi visé. (Des exemples navrants de rigidité sont bien exposés dans le documentaire Essentiels, sur Télé-Québec.)

Le refus canadien d’agir

Que faire avec Roxham ? On sait exactement quoi, et depuis le début. Ottawa n’avait qu’à utiliser la clause qui suspend notre accord avec les États-Unis pour faire en sorte que tous les demandeurs d’asile se présentent à un poste-frontière régulier. S’il ne souhaitait pas froisser les Américains, il aurait suffi de modifier la loi fédérale sur l’immigration pour appliquer à Roxham les termes de l’entente. Par conséquent, immédiatement, les agents auraient pu y refuser sur-le-champ les demandes d’asile qu’ils jugeaient non fondées, donc la moitié.

On nous annonce que la renégociation de l’entente avec les États-Unis ne sera pas finalisée lors de la venue de Joe Biden en mars et qu’il faudra attendre que le Congrès américain adopte un changement législatif, ce qui est ces jours-ci aussi facile que d’apprendre la nage synchronisée à un essaim de mouches noires.

La nouvelle ministre de l’Immigration du Québec, Christine Fréchette, a dit « basta ! » (un vocable emprunté à l’italien qui veut dire « ça suffit ! »). Oui, mais comment cette injonction se traduira-t-elle dans les faits, lorsque le flot, passé de 16 000 en 2017 à 39 000 l’an dernier, atteindra 50 000 cette année, 60 000 l’an prochain ?

Les options

Je ne connais que deux options aptes à forcer la main d’Ottawa. Certains proposent d’envoyer la Sûreté du Québec. Elle ne pourrait pas bloquer la frontière, qui relève du fédéral, mais la route, de compétence québécoise, derrière les installations fédérales d’accueil. Ce qui signifierait que les agents fédéraux continueraient de recevoir les migrants, mais ne pourraient les faire sortir de leur enclave, forçant Ottawa à renvoyer les candidats vers Lacolle. Je suis opposé à cette hypothèse, angoissante pour les migrants et politiquement intenable, car — visualisez une barricade de policiers québécois bloquant l’accès à des fonctionnaires fédéraux — d’un coût réputationnel énorme.

L’autre solution est de réclamer d’Ottawa qu’il laisse au Québec sa juste part de ces réfugiés, soit 20 %, notre poids démocratique, et qu’il se charge de répartir les autres dans le reste du pays. Sinon, le Québec le fera pour lui. En fait, Ottawa a commencé à opérer ce déplacement l’an dernier, pour environ 10 % des demandeurs. Mais il le fait de façon aléatoire et franchement indélicate, débarquant chez des migrants sans prévenir pour les conduire en Ontario. Je propose que cette démarche soit transparente et prévisible.

Le Québec prendrait en charge dès leur arrivée les francophones et les personnes qui ont de la famille immédiate au Québec, donc ceux pour qui le succès d’intégration est le plus élevé, mais reconduirait quotidiennement les autres à Ottawa ou à un lieu qui nous serait indiqué. Le second contingent en importance est formé de Nigérians, des anglophones, qui trouveront dans le ROC de meilleures conditions d’intégration. S’il existe d’autres options réalistes, je suis tout ouïe.

Une exigence de lucidité

Cette solution ne tarirait pas le flot. Seules les mesures légales fédérales précitées permettraient de le réduire de moitié. Le Québec aurait à vue de nez recueilli l’an dernier 10 000 de ces demandeurs irréguliers, donc quatre fois moins. Ce nombre pourrait doubler en quelques années, mais, au moins, ce serait gérable.

Finalement, il y a la question de savoir si, en cas de suspension de l’entente canado-américaine par Ottawa, les candidats sachant que la moitié d’entre eux seront interdits d’entrée ne franchiront pas la frontière ailleurs. Un certain nombre, oui. Le mal est fait, les passeurs sont installés, ils ont intérêt à ce que ça dure. Cependant, le nombre serait considérablement réduit, car le risque serait beaucoup plus grand.

Je sais que des lecteurs estimeront qu’il ne faut pas évoquer ces hypothèses. Ils ont raison d’estimer que chacun de ces migrants a une histoire, un espoir, une valeur humaine irréductible. Mais puisque les frontières existent, il faut les gérer. Ce qui signifie dire parfois oui, parfois non. Et ces réponses ont, sur chaque migrant, des conséquences pour toute une vie.

La lucidité exige que ces questions soient posées, puisque Justin Trudeau refuse d’agir depuis six ans. J’estime que le Québec doit dire « basta ! » à l’intenable statu quo canadien à Roxham et prendre les moyens pour opérer un vrai changement. J’estime tout aussi essentiel qu’une fois parmi nous, chacune des personnes que nous accueillons obtienne immédiatement ce premier passeport pour la dignité qu’est le droit de travailler — et pour les travailleurs agricoles, qu’ils puissent changer d’employeur à leur gré. Qu’on leur offre ensuite une passerelle rapide vers un statut de résident permanent sans leur faire subir la tartufferie d’examiner leur demande d’asile, d’en refuser la moitié, de les pousser à la clandestinité, puis de les régulariser dans une amnistie.

Bref, soyons fermes et rigoureux au point d’entrée, et mettons tout en oeuvre, ensuite, pour que ceux qui nous choisissent et qu’on a choisis obtiennent le droit, et développent l’envie, de devenir pleinement Québécois.

Source: Dire «basta!» à Roxham

Expliquer le racisme, ce n’est pas culpabiliser les Blancs: Réplique à Lisée

More on the Lisée column:

Dans sa chronique de mercredi, « Les boomers, ces racistes ! », Jean-François Lisée critique une vidéo éducative dont je suis l’auteur, intitulée Racisme, ses origines, son histoire et lue par le professeur Laurent Turcot.

Selon le chroniqueur, ma vidéo nous apprend que « ce n’est qu’en Occident qu’on “retrouve une discrimination parfaitement assumée” ». Voici l’extrait complet : « Naturellement, le racisme n’est pas exclusif aux Blancs ou encore au monde occidental, mais c’est seulement en Occident qu’on va retrouver le paradoxe de sociétés supposément égalitaires et où on retrouve également une discrimination parfaitement assumée. »

Cet extrait, qu’on entend dans la première minute de la vidéo, infirme les intentions que me prête le chroniqueur, qui m’accuse de véhiculer une « fausseté historique ». Je n’ai jamais prétendu que le racisme était exclusif à l’Occident. J’affirme même le contraire dans cette phrase qui n’est citée qu’à moitié. Par contre, il est vrai que ce n’est qu’en Occident qu’on maintenait l’institution de l’esclavage tout en prétendant que « tous les hommes naissent libres et égaux ». Les pays africains ou arabes où se pratiquait l’esclavage ne prétendaient pas partager ces idéaux universels.

Le chroniqueur poursuit : « D’ailleurs, “il faut attendre que les Européens découvrent l’Afrique noire pour qu’on puisse commencer à parler de racisme comme on l’entend aujourd’hui”. » Voilà une autre phrase citée hors contexte et vidée de son sens. Cet extrait de la vidéo explique qu’avant la Renaissance, la discrimination oppose des Blancs à d’autres Blancs — les Slaves réduits en esclavage par l’empire germanique, par exemple. Ce n’est qu’avec l’exploration de l’Afrique subsaharienne et le début du commerce des esclaves qui s’ensuit que commence l’association entre peau noire et servilité. L’objectif de la vidéo est d’expliquer comment le racisme en Occident a évolué au fil des siècles et non pas de pointer les Blancs du doigt.

Selon M. Lisée, « les jeunes sortant de ce visionnement seraient choqués d’apprendre que l’esclavage a été présent sur tous les continents, que les Africains le pratiquaient entre eux avant l’arrivée des Blancs, que les Autochtones d’Amérique le pratiquaient entre eux avant l’arrivée des colons européens ». Les jeunes seraient choqués d’apprendre cela uniquement si les enseignants d’éthique et culture religieuse se contentaient de laisser cette vidéo donner le cours pour eux. Pour avoir participé à la formation de plusieurs cohortes de futurs enseignants, j’ose croire que ce n’est pas le cas.

Dernier reproche que m’adresse le chroniqueur : « Pas un mot non plus sur le fait que les Québécois francophones furent victimes de racisme, ou du moins de discrimination linguistique. » La vidéo vise un large public et ne s’adresse pas spécialement aux élèves québécois. Mon objectif était de résumer en 20 minutes l’histoire du racisme en Occident. J’ai donc dû faire des choix. Pourquoi parler des Québécois plutôt que des Bretons, des Catalans ou de n’importe quelle autre minorité linguistique ? Lorsqu’on parle du racisme au XXe siècle en Occident, il me semble plus parlant de décrire l’antisémitisme allemand, la ségrégation américaine et l’apartheid sud-africain.

La critique de M. Lisée repose sur les intentions qu’il nous prête, à moi et à l’enseignante citée dans sa chronique : culpabiliser les Blancs en général et les Québécois en particulier. C’est un réflexe hélas répandu chez certains nationalistes, qui se placent sur la défensive dès qu’on leur parle de racisme. Si on n’affirme pas en caractères gras qu’il s’est fait pire ailleurs, que le racisme existe aussi au Canada anglais, que Montréal n’est pas Detroit et que la Nouvelle-France n’était pas la Nouvelle-Espagne, on nous reproche de faire le procès du Québec. Et une vidéo éducative se fait accuser d’être de la propagande alors qu’elle cherche seulement à expliquer et à faire réfléchir.

Jean-François Lisée a bien raison d’estimer que ma vidéo ne suffit pas à faire comprendre « la réalité du racisme et de l’antiracisme au Québec ». Je ne prétends pas le contraire, puisque tel n’a jamais été mon objectif. Je regrette toutefois de voir mon travail être considéré comme faisant partie de « la bouillie mensongère et culpabilisatrice » dénoncée par le chroniqueur.

Réplique du chroniqueur

Cher Alexandre Dumas,
D’abord, encore bravo pour vos récents ouvrages sur l’époque duplessiste. Je ne vous tiens évidemment pas pour responsable des lamentables propos tenus dans le reste du cours, mais permettez-moi d’insister : il est faux d’affirmer, comme vous le faites dans cette vidéo, que la discrimination sur la base de distinctions raciales est née avec le trafic occidental d’esclaves noirs. L’esclavage des Vietnamiens par les Chinois est vieux de 2000 ans, celui de Blancs européens par l’Empire musulman y est également antérieur et « parfaitement assumé ». Il n’est par ailleurs pas question d’être, comme vous le dites, à l’offensive ou sur la défensive sur la question du racisme et de l’esclavage, mais de respecter la réalité historique et de reconnaître à la fois la cruauté du racisme, la bravoure de ceux qui l’ont fait reculer et les réels progrès. Ainsi, j’ai été peiné de constater que vous attribuez les grandes avancées antiracistes états-uniennes des années 1960 à des impératifs de politique africaine de Washington plutôt qu’au colossal travail de Martin Luther King et des Noirs américains appuyés par un grand nombre de Blancs, dont plusieurs juifs, qui ont mis leur vie en danger pour cette cause.

Bien cordialement,
Jean-François Lisée

Source: Expliquer le racisme, ce n’est pas culpabiliser les Blancs

Lisée: Les boomers, ces racistes!

Of note, how good program intentions can go wrong:

Revêtus de notre cape d’invisibilité, assoyons-nous à l’arrière d’une classe de cinquième secondaire de la région de Montréal en ce frisquet mois de janvier pour être instruit sur le problème du racisme dans le cours Éthique et culture religieuse.

Nous avons d’abord droit à une définition classique du racisme : la conviction que certaines races sont supérieures aux autres. Bien. Qu’en est-il chez nous ? « Selon les chiffres de Statistique Canada, Statistique Québec, affirme l’enseignante, 59 % des Québécois se prétendent racistes. 59 %, c’est énorme. Alors, quand le gouvernement dit qu’on n’est pas racistes, c’est pas vrai, hein. Les chiffres parlent plus fort que les mots. »

Ça commence fort. Ce pourcentage existe : il vient d’un sondage Léger de 2007 et cumule les réponses « fortement, moyennement ou faiblement racistes ». Léger n’avait cependant pas demandé si les Québécois estimaient certaines races supérieures aux autres. Angus Reid l’a demandé pas plus tard qu’en 2021 et a trouvé que 9 % des Québécois partageaient cette odieuse conviction, comparativement à 12 % des Canadiens et (cramponnez-vous) à 18 % des membres des minorités visibles.

Mais ne chipotons pas, continuons d’écouter la prof qui assène cette vérité : « Le Québec est la province la moins tolérante et la moins accueillante du Canada. » Mais d’où vient notre propension à autant détester l’autre ? Pas des générations dont font partie la prof et ses élèves, précise-t-elle. Alors qui ? Voici l’extrait complet de l’enregistrement audio qu’une bonne âme m’a fait parvenir : « Ça s’explique avec la génération des baby-boomers — vous connaissez ? —, donc ceux qui ont grandi dans les années 1950 et 1960. Et qu’est-ce qui est arrivé de majeur dans les années 1950 et 1960 ? Il y a eu des grosses vagues d’immigration. Ç’a créé un choc culturel que certains d’entre eux n’ont pas encore digéré. Nous, on est habitués de vivre avec d’autres cultures, mais cette génération-là, au départ, ne l’était pas.  » Heureusement, ce problème va finir par disparaître de lui-même.

Mais il continue de sévir car, nous dit l’enseignante, « le taux de discrimination au travail est de 57 % ». Je n’ai pas trouvé de source pour ce taux et, s’il est certain que la discrimination à l’embauche est bien documentée, la situation actuelle (2021) est que le taux d’emploi des Québécois issus de l’immigration est supérieur (69 %) à celui des Québécois de souche (63 %).

Mais ne chipotons pas. Les élèves visionnent ensuite un documentaire de 20 minutes de l’historien Julien Talbot intitulé Racisme, ses origines, son histoire. On y apprend que ce n’est qu’en Occident qu’on « retrouve une discrimination parfaitement assumée ». D’ailleurs, « il faut attendre que les Européens découvrent l’Afrique noire pour qu’on puisse commencer à parler de racisme comme on l’entend aujourd’hui ». On peut — et l’on doit — dénoncer jusqu’à plus soif le racisme occidental, mais les jeunes sortant de ce visionnement seraient choqués d’apprendre que l’esclavage a été présent sur tous les continents, que les Africains le pratiquaient entre eux avant l’arrivée des Blancs, que les Autochtones d’Amérique le pratiquaient entre eux avant l’arrivée des colons européens.

Motus aussi sur le fait, non contesté, que la plus grande opération mondiale d’esclavage de l’histoire fut musulmane, les États musulmans ayant cumulativement mis environ un million de chrétiens en esclavage à partir du XVIe siècle. Pas un mot non plus sur le fait que les Québécois francophones furent victimes de racisme, ou du moins de discrimination linguistique.

Bref, en 55 minutes, le cours réussit à cumuler une fausseté historique — le racisme est occidental —, une fausseté nationale — les Québécois sont massivement racistes —, une fausseté canadienne — le Québec est l’endroit le plus raciste au Canada — et une fausseté générationnelle — c’est la faute des baby-boomers. C’est beaucoup.

Je ne jette pas la pierre à cette enseignante, car elle relaie le discours dominant. Mais à l’heure où l’on invente un nouveau cours de citoyenneté québécoise pour remplacer le cours ECR, il faut saisir l’occasion de mieux enseigner à nos jeunes ce que sont le racisme et l’antiracisme.

D’abord, en donnant un portrait juste de l’universalité du racisme et de l’esclavage. Ensuite, en expliquant comment, au sein de l’Amérique du Nord et du Québec, les forces d’oppression et de libération se sont opposées à travers les siècles. Il faut avoir la franchise de parler à la fois de l’esclavage autochtone, de celui qui a eu cours en Nouvelle-France, puis d’indiquer que c’est au Québec que ce fléau a été aboli de facto avant qu’il ne le soit dans le reste du Canada, dans l’Empire britannique et aux États-Unis. C’est aussi d’abord au Québec que les Juifs ont été reconnus comme des citoyens à part entière, avant le reste de l’empire.

Et si on tient à parler des baby-boomers, admettons qu’ils n’ont certes pas réussi à juguler le racisme envers les Autochtones, les Noirs ou les Arabes, mais qu’ils ont ouvert grands les bras aux réfugiés chiliens, vietnamiens et haïtiens alors même qu’ils se battaient contre des patrons qui refusaient de les embaucher, eux, dans des positions de pouvoir ou de leur parler dans leur langue. Et alors qu’ils se battaient, de l’autre main, pour les droits des femmes et des gais.

La réalité du racisme et de l’antiracisme au Québec déborde largement les cases caricaturales dans lesquelles on tente de l’enfermer. Enseigner à la future génération que depuis Champlain — le plus égalitariste de tous les colonisateurs européens — jusqu’aux baby-boomers, nous avons eu notre part de racistes et d’antiracistes, de brutes et de héros (et qu’au fil du temps, les seconds l’ont généralement emporté sur les premiers ), leur dire que ce juste combat leur incombera bientôt à eux, me semble autrement plus juste historiquement — et motivant pour les progrès à venir — que la bouillie mensongère et culpabilisatrice qu’on les force aujourd’hui à ingurgiter.

Source: Les boomers, ces racistes!

Lisée: Quebec’s plan to eradicate English

Clever piece but unlikely to convince many:

It’s much worse than everything you’ve heard. The assault on the Anglo minority in Quebec has been best summed-up by Marlene Jennings: it is, she said, a “perfect formula” for “eradication.” She should know. The former Liberal MP headed until recently the Quebec Community Groups Network, spearheading the fight against François Legault’s many-pronged and still evolving eradication plan.

The numbers don’t lie. Quebecers who have English as a mother tongue account for 8 per cent of the population. But what of the ability to attract newcomers into the Anglo fold, given the enormous power of attraction of French on the continent? The proportion of Quebecers that uses English more than French in their daily lives is only 14 per cent. That doesn’t even double the count. Granted, 44 per cent of all Quebecers do speak English as do close to 80 per cent of young francophone Montrealers, but that is poor consolation.

Case in point: Quebec’s intolerant immigration policies has only let into the Montreal area about 90,000 unilingual English-speaking newcomers in the last three years — since the election of the governing CAQ — which barely adds 14 per cent to the Anglo population, so you can see where this is headed.

Everybody knows that the CAQ language bill, now in effect, will crack down on any doctor or nurse who would dare speak English to anyone not member of the “historic Anglo community,” meaning those who attended school in English. The actual text of the law tries to hide this fact by stating that French is required “except in health,” and then a specific section gaslights jurists by saying it specifically does not apply to the general statute on health and social services. 

Don’t be fooled by the fact that other law compels hospitals in all regions to set up English speaking access plans and to render services in English for anyone who asks for them. In reality, Anglo Quebecers have little other resource than to rely on the 37 institutions of the English public health network, which barely employs 45 per cent of the Island of Montreal’s health workers. 

Outside that small cocoon, English speakers needing medical care will be lucky if they fall in the hands of the puny proportion of French doctors that actually speak their language: 88 per cent. It is clear to anyone who follows these issues that French Canadians outside Quebec would revolt if their access to health in their language was that dire.

It’s even shoddier, of course, in the labour market. Toronto readers know, thanks to Globe and Mail columnist Andrew Coyne, that “the law prohibits the use of any language but French in the province’s workplaces, large or small, public or private.” Specifically, the new law extends to mid-sized shops, the regulation having existed for 35 years in larger ones. 

The damage is already done: in the last census, the proportion of workers in the Montreal area who used mostly English at work was down to 20 per cent, those who use it regularly down to 49 per cent. Why aren’t all these people fined by the language police? 

Corruption, laziness and incompetence, endemic in Quebec as famously reported in Maclean’s magazine, are surely the only explanation for this lack of enforcement, hidden perhaps behind a slew of exceptions enabling anyone to speak any language to clients, suppliers, the head office, or colleagues, provided French is the “usual and habitual language of work.” Usual and habitual, which are, of course, code words for intransigence. Now if someone would be foolish enough to impose, say, English as the “usual and habitual language of work” in Toronto or Mississauga, all hell would break loose.

In Quebec, only 14 per cent of management positions are held by the 8 per cent of Anglos, which gives them a ridiculously small systemic advantage. Thank God for the rebel CEOs of Air Canada, SNC-Lavalin, the Laurentian Bank, the Canadian National and Couche Tard, proud unilingual Anglos, who enable all their senior staff and secretaries to revel in English, whatever their linguistic background. That’s inclusion.

Language oppression is Quebec is particularly offensive in education. René Lévesque’s Bill 101 famously took away the linguistic choice for K-12 to all, except Anglos and immigrants going to English schools prior to 1977, who retain the right to choose and pass it to their descendants for all eternity, and any English-Canadian of any background schooled in English moving to Quebec anytime and their descendants, for all eternity. Appalling.

Granted, the 8 per cent of Anglos have access to 17 per cent of spots in colleges and 25 per cent of universities, with 30 per cent of research grants. The new law would actually cap the Anglo Cegeps at merely double the presence of Anglos in the population. Not only that. These institutions of higher learning used to properly shun Anglo high schoolers that had lesser grades and give their spots to French students bright enough and bilingual enough to enrol there. The anti-Anglo nationalist government now forces these colleges to give precedence to Anglo students in enrolment, thus forcing Anglo institutions into debasing themselves by catering to lesser Anglos. Shameful, really.

Now for the coup de grâce. The inward-looking Quebec government seems to have it in it’s head that Anglo kids should be proficient enough in French to succeed in a work environment where French is still, alas, unavoidable. By law, all Anglo high schoolers with diplomas in hand are deemed bilingual. So why bother asking them, in college, to hone this skill? This idea is so bonkers that when the Quebec Liberal party proposed that Anglo students attend three classes IN French, (alongside their French colleagues who follow ALL classes in English), the scandal was enormous. 

The federation of colleges announced that a full third of Anglo students would fail. Not fare badly, but fail. Pretending that a bilingual person could actually read texts, attend lectures and render a paper in another language is of course nonsensical. One Anglo CEGEP director, Christian Corno, hit it on the nail by writing, in French, that this abomination was motivated by a willingness “to make Anglo students atone for the sins of their ancestors” (who may or may not have oppressed the French in the past, a debatable assertion). 

The fallback position has been to increase the number of French classes that these poor students should take, from two to five. This, also, puts their grades in jeopardy. Forcing students to learn the language of the majority of the population where they live and will work is an unacceptable imposition, surely unheard of anywhere else in the world.

The relentlessness of Quebec’s assaults on minority and religious rights extracts a heavy toll on its international reputation and attractiveness. Last year, only 177,000 foreign temporary workers and students were in the province. Yes, it is triple the usual amount and an all-time high. But just think of those who didn’t come. 

Foreign investment is repelled by the current intolerant climate. FDI in the Montreal area only jumped 69 per cent to a record high of $3.7 billionlast year but this is only attributable to Quebec boasting a recent growth rate greater than that of any G7 countries, Canada included. The fact that these newcomers and investors came to Quebec after the controversy and adoption of the secularism bill and during the language bill controversy simply points to the paucity of information available to them.

Thankfully, for the first time in history, the number of Ontarians moving to Quebec outpaced the number or Quebecers moving to Ontario. It used to be that, each year, 3,000 to 9,000 more Quebecers would leave for Ontario than the other way around. But given the new toxic environment, the flow has flipped and, last year, almost a net 800 brave Ontarianscrossed the Ottawa River to settle in Quebec. (In total, an astonishing 29,000 citizens moved from the Rest of Canada to Quebec in 2021.) Not for lower housing prices or better services or job outlook, but simply, surely, to contribute in defeating the eradication plan afoot. More will be needed. 

Please, come in droves! Hurry, before the last English word is ever spoken in Quebec.

Jean-François Lisée is an author, a columnist for Le Devoir and a former head of the Parti Québécois. This text may contain traces of irony. One may find his rants at jflisee.org

Source: Quebec’s plan to eradicate English

How a Quebec student’s hijab became the target of a political and cultural storm

Groundhog Day…

The photograph on the Montreal business school’s website was intended to demonstrate a young woman’s possibility and her academic success.

“A rewarding international presence,” reads the blurb beside the photo, written in a black font to match the black cloth hijab wrapped around the head and neck of the woman’s smiling face.

There is not much more that would stand out as unusual in the promotional image of the Algerian exchange student at the HEC Montréal — an image the school uses to tout its international programs, a deep and important revenue stream for the institution, as it is for most other Canadian universities.

But when Jean-François Lisée, a prominent Quebec academic, writer and former politician, viewed the image last weekend, he saw it not as a ploy by a public institution in search of private funds.

Instead, the former leader of the sovereigntist Parti Québécois flared at what he took to be a breach of the secular codes that Quebec governments have been trying to establish over the past two decades to separate religion and the state.

Those efforts culminated in 2019 with the passage into law of Bill 21, which enshrines state secularism, mainly by banning public-sector workers from wearing items of religious clothing or decoration, including crucifixes, turbans and hijabs, while at work.

“University students can display their convictions, religious or not,” Lisée wrote on Twitter. “But for a public institution that is by definition secular, pro-science and pro-gender equality to normalize a misogynistic religious sign in an ad is unacceptable.”

The rebuke from a man who has straddled Quebec’s media and political realms for more than 40 years cast the province back into a fraught debate that it cannot seem to resolve.

Increasingly present in the form of turbans, hijabs and kippahs, at least in part due to immigration patterns in the province, many of Quebec’s white, francophone majority would apparently prefer that religion be neither seen nor heard from in the public sphere.

But each instance of religion rearing its head, reigniting the debate over the place of religious expression in a secular society, is like a freshly formed scab over a cut that is pulled away, exposing the wound to the sting of fresh air.

Kimberley Manning calls them “moments of punctuation” that revive the frequently noxious debate that, in her opinion, risks revictimizing religious minorities in Quebec.

“They contribute to and exacerbate an ever-present experience of not being fully Quebeckers,” says the associate professor of political science at Montreal’s Concordia University. “This is what seems to be coming through in the polling and the research.”

Manning has done her own work, notably a March study of students that found feelings of discrimination that respondents linked to the province’s secularism law.

A more extensive study of Bill 21’s impacts in Quebec, released this week, contends that the law has created a frightening, oppressive and grim environment for religious minorities.

In surveys, Jews, Sikhs and Muslims reported a deterioration in their likelihood to participate in social and political life in the province, in their sense of personal safety, and in their confidence for future prospects.

“(The law) promises all kinds of very noble values, and when we measured those up against the results in the study, we see that it doesn’t achieve those values of neutrality, equality and social harmony,” says Miriam Taylor, director of publications and partnerships with the Association of Canadian Studies.

What the law — most any law — does do is normalize and concretize the biases which underpin it, Taylor says.

Survey respondents said they had experienced a rise in verbal abuse, threats and physical confrontations since the law was adopted.

This jibes with anecdotal evidence and a general sense of uncertainty and anxiety in Quebec’s Muslim communities, says Lina El Bakir, Quebec Advocacy Officer for the National Council of Canadian Muslims.

“When you set out a law that is discriminatory, you allow that to permeate society and people’s views,” she says.

“It affects mental health, it affects security, it affects the ability to just be, you know?”

Lisée, who declined an interview request, said in his criticisms that his beef was not with the Algerian exchange student in the hijab, but with the business school.

The website content in question does not breach any aspects of the provincial law, but he said it sends a message to young Algerians standing up to the pressure of imams and fundamentalists that the school “is not your ally.”

An HEC Montréal spokesperson says the only goal of the image was to show off the diversity of its student body, which includes 3,746 international students from 142 countries. The image will come down from the site next week — not because of Lisée’s indignation but because that’s when its previously scheduled two-week publication run ends.

That may come as a relief to the student, who came to Montreal to obtain a business degree and now finds herself in a debate that is part polisci, part sociology — one that has been going on so long that at least part of it belongs to the annals of history.

Speaking to La Presse columnist Rima Elkouri, the 22-year-old, who declined the Star’s interview request, explained she was initially nervous about coming to study in Canada. She had heard about the killing of four members of the Afzaal family of London, Ont., who were run down by the driver of a pickup truck on June 6, 2021, in what police allege was a hate-motivated attack.

But, Nouha, who was identified only by her first name, said she quickly warmed to her new home in Montreal.

“I have never suffered from discrimination or a lack of respect,” she told the Montreal newspaper.

She said that wearing the hijab was a personal decision, not one forced upon her by her family, though she acknowledged the women who have no choice in the matter.

“I’m against that,” she said, adding that she considers herself a feminist.

“I’ve never found (the hijab) to be a symbol that diminishes the value of a woman. Personally, I consider myself to be a very strong woman. In a few years, I’ll be managing a team of workers. I can’t afford to see myself as a weak person.”

She also said she acknowledges and understands the principles of secularism in Quebec.

“I understand that the school must be truly neutral. But from my point of view, it’s also important to display people from minority groups because those minorities look for a place where they feel at peace.”

The issues on display are not going away.

Before the end of the month, Quebec will be into a provincial election campaign and parties have often fallen back on identity issues to stir up the passions of their voters.

Taylor said she worried about the negative consequences of a campaign in which religion and secularism, majority views and minority rights were “instrumentalized for political gain.”

Before the end of the year, Quebec’s court of appeal is expected to hear a legal challenge to Bill 21. And in Ottawa, Justin Trudeau’s Liberal government has already promised to challenge the provincial secularism law at the Supreme Court.

Taylor’s study found that support for the law among Quebeckers would drop considerably if the Supreme Court ruled that it violated the Constitution.

This bolsters El Bakir’s contention that Quebeckers, like other Canadians, value human rights, despise discrimination and strive for equality.

But she reverts to her native French, and invokes the most Quebecois of expressions, to explain that an older segment of the Quebec population support secularism because they remember when the Catholic Church exerted strict control over all aspects of the province —from schools to hospitals to politics to family life.

“It doesn’t take the head of Papineau!” she says, in reference to Louis-Joseph Papineau, a leader of the rebel Patriote movement in 19th century Lower Canada who was reputed for his intelligence.

“I do understand where older generations are coming from, however societies evolve and we need to understand that realities do change, and one narrative doesn’t always apply.”

Source: How a Quebec student’s hijab became the target of a political and cultural storm

La publicité de HEC Montréal provoque une nouvelle réaction

Sigh… The usual over-reaction over what should be a non-issue:

Une publicité de HEC Montréal montrant une femme qui porte le hidjab et dénoncée par l’ex-politicien Jean-François Lisée a continué de susciter de nombreuses réactions mardi.

Alors que deux avocates de confession musulmane témoignaient dans nos pages de leur désaccord avec la position de M. Lisée, qui considère que la publicité présente un « signe religieux misogyne », la présidente du Rassemblement pour la laïcité, Nadia El-Mabrouk, abonde plutôt dans le sens de l’ex-politicien et dénonce la publicité.

[Montrer le voile dans la publicité], c’est un point de vue favorable à l’islam intégriste, c’est mettre de l’avant des pratiques intégristes

« Ce n’est pas neutre de faire ça. Ça vient avec une vision de la diversité et de la représentativité des signes religieux », plaide-t-elle en entrevue téléphonique. La Québécoise d’origine tunisienne, qui est aussi professeure au Département d’informatique et de recherche opérationnelle à l’Université de Montréal, croit qu’« on n’a pas à représenter toutes les idées » dans des campagnes publicitaires. « [Montrer le voile dans la publicité], c’est un point de vue favorable à l’islam intégriste, c’est mettre de l’avant des pratiques intégristes, assène-t-elle. Quand les femmes disent “c’est mon choix” [de porter le voile], ça ne répond pas à la question “pourquoi c’est mon choix ?” »

En entrevue avec Le Devoir la veille, l’avocate de formation et autrice Dania Suleman a soutenu que « certaines femmes portent le hidjab par choix, et ça leur permet de se sentir beaucoup plus libres ». Elle a également estimé la position de M. Lisée « désolante », jugeant qu’elle « continue à aliéner les femmes qui portent le voile ».

Mme El-Mabrouk, autrice du livre Notre laïcité, paru en 2019, est fortement en désaccord. « On ne peut pas prendre un symbole clair de l’islamisme et prétendre que ça dit exactement le contraire », soutient-elle.

Sur les réseaux sociaux

De nombreux citoyens se sont indignés du tweet de Jean-François Lisée, tandis que plusieurs lui ont apporté leur appui, dont notamment Ensaf Haidar, ex-candidate du Bloc québécois dans Sherbrooke et femme du blogueur Raif Badawi. « En tant que musulmane pacifique, j’insiste sur le fait que le voile ne vient pas de l’Islam et qu’il est un symbole de l’esclavage et de l’oppression des femmes. Arrêtez d’abuser des femmes avec des publicités aussi stupides », a-t-elle écrit sur Twitter.

Le député néodémocrate de Rosemont–La Petite-Patrie, Alexandre Boulerice, s’est néanmoins montré très critique de la position de M. Lisée. « Donc science et islam seraient incompatibles ? Alors que science et pas de signe religieux apparent de christianisme serait correct ? » a-t-il questionné. M. Lisée a répondu : « Tu crois que le Coran est fondé sur la science? La Bible? La Torah? Qu’une institution de haut savoir scientifique doit promouvoir leurs symboles ? »

Par courriel, la conseillère principale en relation avec les médias de HEC Montréal, Émilie Novales, a confirmé que la femme dans la publicité est une « étudiante au parcours international » et que l’institution accueille « un nombre croissant d’étudiants internationaux » chaque année. « Nous tenons à ce que tous les membres de notre communauté étudiante puissent être mis en valeur sur nos plateformes, reflétant toute notre diversité », ajoute-t-elle.

Source: La publicité de HEC Montréal provoque une nouvelle réaction

Lisée: Le louisianisateur

The vast majority of temporary residents in Quebec are international students, likely the majority in English language institutions. Some will move outside Quebec following completion of their degrees, particularly those who are unilingual and attend anglophone institutions. All have mobility rights across the country so the impact on Quebec demographics will likely be more limited than Lisée argues.

And of course, language spoken at home is the wrong measure given that immigrants and allophones largely speak their language of origin at home, and French in the public space:

L’heure est grave. François Legault pointe un doigt accusateur vers un gouvernement qui, par son insondable incurie, met en cause la « survie de la nation ».

Les chiffres sont incontestables. En trois ans, le coupable a déroulé le tapis rouge à 90 000 unilingues anglophones, massivement regroupés à Montréal, et à 30 000 autres qui ne connaissent rien à la langue de Vigneault. Il est grand temps de nommer le responsable : le gouvernement de François Legault.

On aura beau chercher dans les mandats de Philippe Couillard, Jean Charest, Robert Bourassa, on ne trouvera nulle part, avant la CAQ, un gouvernement qui en a fait autant, avec l’immigration, pour affaiblir le français et angliciser Montréal. S’il y a un louisianisateur au Québec, c’est François Legault. Et encore : on n’a pas encore les chiffres de 2022 et, sans la pandémie, c’eût été pire encore.

On pourrait parler de pompier pyromane si François Legault tentait aujourd’hui d’éteindre ce feu de forêt linguistique. Il n’en est rien. Alors que le sinistre, majeur, se trouve dans l’afflux d’immigrants temporaires dont la présence est constante et croissante, Legault n’agite son boyau que vers le petit feu de broussaille de la réunification familiale. Une fois soustraits les mineurs et les retraités, on ne trouve, là, que 3000 adultes non francophones par an.

La question de l’immigration est compliquée. L’indulgence doit-elle nous conduire à excuser l’incompétence du premier ministre en la matière ? Pendant la campagne de 2018, incapable de répondre à des questions simples au sujet de l’immigration dont il avait fait son thème phare, il admit ne pas être « un génie en herbe ». Il a eu quatre ans pour se mettre à niveau. Il ne l’a pas fait.

D’autant qu’avant ses déclarations de dimanche dernier, il avait à sa disposition les documents les plus à jour qu’on puisse espérer : les rapports que l’économiste Pierre Fortin et le démographe Marc Termote ont produits pour son gouvernement et qui braquent les projecteurs sur le dérapage linguistique opéré par l’afflux de temporaires non francophones.

Ils ne mâchent pas leurs mots. L’accélération fulgurante, voulue par Ottawa et permise par Québec, provoque chez nous « la perte de contrôle de sa politique d’immigration permanente », dit Fortin, et « le risque d’un recul important de la francisation de sa population immigrante ». Termote renchérit : « Pour que l’immigration temporaire ne contribue pas à fragiliser la présence du français, aussi bien dans l’espace public que dans l’espace privé, il faudrait que le pourcentage de francophones parmi ces immigrants soit au moins égal au pourcentage de francophones dans la population d’accueil ». Un tel constat, conclut-il, « devrait suffire à justifier une intervention croissante du Québec dans la gestion de cette immigration ».

Mais Fortin décrit un ministère de l’Immigration « submergé par un tsunami d’immigrants temporaires » — 177 000 l’an dernier — sur lesquels « le ministère n’exerce qu’un contrôle timide ». Comme Termote, il note que le gouvernement québécois détient, en ce moment, le pouvoir de limiter leur nombre ou d’exiger qu’ils aient une connaissance préalable du français. Un pouvoir qui existe dans l’entente Québec-Canada, confirment au Devoir le négociateur québécois de l’entente, Louis Bernard, et l’ex-responsable de la planification au ministère de l’Immigration, Anne Michèle Meggs.

Pourquoi ne le fait-il pas ? Fortin tente une explication : « Le gouvernement, écrit-il, craint sans doute les accusations d’irréalisme et de cruauté » de la part des cégeps et universités anglophones et des employeurs qui utilisent ces programmes comme des bars ouverts. Bizarre, car la mère patrie de l’anglophonie, le Royaume-Uni, n’hésite pas, elle, à exiger une connaissance préalable de l’anglais à ses futurs immigrants, y compris temporaires. Cruelle Albion !

Non seulement cette gestion a été inexistante depuis l’arrivée au pouvoir de la CAQ, mais son premier document de planification, de 2019, se donnait l’objectif d’augmenter de 15 % le nombre de ces temporaires. Ce qu’Ottawa a fait, et bien au-delà, avec plaisir.

Cette réalité, autrement plus grave que la question de la réunification familiale, nous oblige à poser une question grave. Si quelqu’un, au pouvoir, souhaitait que se poursuive sans interruption l’arrivée de tous ces temporaires qui anglicisent Montréal, que ferait-il ? D’abord, il gouvernerait pendant quatre ans sans jamais réguler ce flot. Ensuite, il ferait une fixation sur un objectif secondaire, sans grand impact — la réunification des familles — pour lequel il ne peut agir seul. Surtout, il ferait mine de ne rien pouvoir faire sans obtenir des pouvoirs que, c’est certain, il n’obtiendra jamais dans le cadre canadien. Tout cela en feignant d’être très préoccupé par la survie linguistique de son peuple.

Je suppose que si François Legault lit ces lignes, il s’indignera que je lui fasse un tel procès d’intention. C’est que la distance qui sépare ses discours de ses actions en immigration impose la plus grande sévérité, à l’heure où il demande aux Québécois un aller simple vers un cul-de-sac.

Sur le fond, où va-t-on ? « Dans la région de Montréal, on observe, et on continuera à observer un écartèlement croissant entre un français de moins en moins utilisé à la maison et le français resté plus ou moins majoritaire dans l’espace public, écrit Termote. Peut-on concevoir une société durablement soumise à un tel comportement quasi schizophrénique ? Comment réagiront les immigrants, et les anglophones, lorsqu’ils constateront que le français est minoritaire, ce qui est sur le point d’advenir sur l’île de Montréal et qui le sera dans une ou deux générations dans l’ensemble de la région métropolitaine ? »

Comment ils réagiront ? En faisant de l’anglais la langue commune, tout simplement. Et en remerciant celui qui a rendu la chose possible : François Legault.

Source:

Nicolas: Cohérence recherchée [on affirmative action], Lisée: Les mauvais génies de l’égalité

Appears to be a strong rebuttal to Lisée’s column, reprinted below:

Qu’est-ce que c’est, au fond, la discrimination positive ? Il s’agit de favoriser, dans certains cadres, un ou des groupes de personnes qui subissent de la discrimination ou des désavantages systémiques afin de rétablir une égalité des chances.

Parfois, ça peut se faire sous forme d’encouragements, d’incitatifs à offrir des postes à certaines personnes issues de groupes qui risqueraient d’être autrement sous-représentés. Parfois, on va plus loin et on exige un seuil minimum de représentation.

La Loi sur la Cour suprême du Canada, par exemple, stipule que trois des neuf juges en poste doivent venir du Québec. Cette loi a été écrite par des gens qui ne croyaient pas que tous les gouvernements fédéraux, peu importe leur inclination idéologique et la provenance de leurs députés, s’assureraient d’une représentation des experts en droit civil québécois à la Cour suprême, simplement par bonne volonté et par reconnaissance de leurs compétences. Par crainte de biais systémiques qui nuiraient aux candidatures québécoises, notamment, on leur a réservé des postes.

La Loi sur la radiodiffusion, qui donne entre autres son mandat au CRTC et à CBC/Radio-Canada, a aussi abondamment recours à des mesures de discrimination positive. Partout au Canada, on craint — depuis l’invention des médias de masse, essentiellement — que le contenu américain noie les ondes et empêche notre industrie radiophonique et télévisuelle de se développer. Face à Goliath, on a armé David de quotas. Nos médias généralistes ont l’obligation de produire ou de diffuser de 40 % à 60 % de contenu canadien pour conserver leur permis du CRTC.

Pour protéger la culture francophone, on va encore plus loin. La loi exige que les stations de radio de langue française consacrent au moins 65 % de leur programmation hebdomadaire de musique populaire à de la musique en français. Ces quotas donnent nécessairement un bon coup de pouce à la visibilité des artistes francophones, et ont joué un rôle important dans le développement de l’industrie culturelle québécoise. Malgré ces mesures, on ne remet pas en question la « compétence » des musiciens dont les œuvres passent constamment à la radio. On comprend que, pour répondre aux avantages injustes (notamment financiers) qui propulsent la carrière des artistes anglo-américains, la discrimination positive a un rôle à jouer.

La loi 101, elle aussi, carbure largement à la discrimination positive. Dans un contexte de discrimination systémique importante contre les francophones dans un ensemble de secteurs d’emploi, le gouvernement du Québec a adopté des mesures musclées. Depuis, une grande partie des emplois offerts au Québec sont réservés aux candidats qui maîtrisent le français. Il est indéniable que la loi a joué un rôle majeur dans l’amélioration des perspectives économiques des Franco-Québécois ces dernières décennies.

Au fédéral, la Loi sur les langues officielles permet aussi d’exiger le bilinguisme dans plusieurs postes de la fonction publique. Et puisque les francophones sont plus nombreux que les anglophones à être bilingues, la mesure peut largement être assimilée à une forme de discrimination positive. Cette législation arrive-t-elle à complètement corriger le déséquilibre des forces entre le français et l’anglais à Ottawa ? Non, pas du tout. Le collègue Boris Proulx fait notamment un travail important pour mettre en lumière le désavantage systémique qui subsiste malgré la loi. Il a d’ailleurs montré que le problème semble particulièrement criant à Affaires mondiales, où les francophones demeurent pratiquement absents de la haute direction.

Cette situation illustre bien que la discrimination positive en emploi peut être contournée assez facilement par des élites déterminées à se reproduire entre elles, surtout si on fonctionne par encouragements et incitatifs à l’embauche plutôt que par exigence réglementaire. Elle montre aussi qu’elle ne mène certainement pas à un « régime de domination inversé » du groupe historiquement discriminé. Au mieux, la discrimination positive limite une partie des « dommages » à l’égalité des chances causés par les inégalités structurelles.

Les commentateurs qui montent aux barricades contre la discrimination positive depuis quelques jours ont certes bâti leur carrière en faisant face à beaucoup moins d’obstacles que bien des femmes et que bien des personnes racisées, autochtones ou handicapées qui ont pourtant autant de talent et de compétences qu’eux, sinon plus. Ils ont aussi tiré profit (directement ou indirectement) de cette infrastructure légale complexe de discrimination positive échafaudée au siècle dernier pour corriger une partie des inégalités systémiques entre francophones et anglophones. Sans les exigences du CRTC, sans la loi 101, sans bien d’autres réglementations encore, la vie culturelle, médiatique, politique et économique du Québec et du Canada serait méconnaissable.

Cette réalité indéniable, on la passe sous silence : c’est bien plus commode. Des chroniqueurs réclament donc que les unilingues anglophones soient exclus d’emblée de certains postes (comme celui de p.-d.g. d’Air Canada), d’une part, puis disent toute leur horreur du principe même d’exclure les plus privilégiés de certains concours (en parlant d’une chaire de recherche à l’Université Laval), d’autre part. Leur crédibilité repose sur l’espoir qu’on ne se rende pas compte de ce manque flagrant de cohérence.

La seule issue possible d’un débat aussi mal posé, c’est l’hypocrisie et le deux poids, deux mesures. On peut tout à fait discuter de la pertinence des mesures de discrimination positive les plus contraignantes selon le contexte. Mais il est difficile de le faire avec des gens qui, après avoir utilisé une échelle pour que leur propre groupe social accède aux sommets, cherchent à en interdire la construction de nouvelles pour ceux qui sont encore en bas. 

Source: Cohérence recherchée

And the original article that likely provoked Nicolas:

Les nouvelles sont un peu moches pour les jeunes universitaires en histoire de la région de Québec. S’ils souhaitaient parfaire leur parcours, à la maîtrise ou au doctorat, avec l’appui d’un enseignant de pointe et des budgets qu’offre une chaire du Canada, l’occasion leur a filé entre les doigts à 16 heures le lundi 8 novembre dernier. À ce moment, aucun candidat acceptable n’avait postulé pour diriger à l’Université Laval les chaires d’histoire de l’Amérique latine, d’histoire romaine, d’histoire du Canada-Québec et d’histoire de l’art du Québec et du Canada.

Comme chacun le sait désormais, les hommes blancs non handicapés ne pouvaient pas aspirer à occuper la direction de ces chaires, comme celle de biologie dont on parle depuis la semaine dernière. Toutes les facultés montent des projets et tentent de trouver des porteurs non blancs pour atteindre la cible et figurer, en juin, parmi les finalistes. Beaucoup tombent au combat dès la première étape.

Pour comprendre pourquoi l’Université Laval se trouve dans ce pétrin, procédons à une vérification statistique simple. Pour avoir droit à la manne fédérale, les universités doivent atteindre des seuils stricts en matière de diversité. Pour les femmes et les handicapés, leur proportion est répartie équitablement dans le pays. Mais la cible que l’université doit atteindre pour ce qui est des « minorités racisées » est de 22,3 %. C’est la moyenne canadienne. Quelle proportion occupent ces minorités à Québec ? Statistique Canada est précis : 6,5 %. (Et c’est exactement la proportion présente au sein du corps professoral de l’Université Laval.) Et quelle est-elle à Toronto ? 51,5 %.

Bref, les universités torontoises peuvent combler leurs chaires du Canada en n’affichant que la moitié de la diversité présente sur leur territoire et n’ont qu’à se pencher pour trouver, localement, des professeurs répondant au portrait-robot. Québec (ou Rimouski, Sherbrooke ou Chicoutimi) doit recruter loin, très loin, et s’adonner à de grandes séductions.

Pour bien savourer la situation, supposons qu’un apôtre de l’accession à l’égalité ait déterminé qu’historiquement, les Canadiens français ont souffert de discrimination dans les études supérieures. J’invente, je sais, mais on jase, là. Pour redresser ce tort, il sommerait toutes les universités du pays d’embaucher leur juste part de profs canadiens-français, soit 23 %, la moyenne canadienne, sous peine de perdre leur financement. On gage que l’Université Laval n’aurait aucune peine à recruter, mais que la chose serait pénible à Toronto et à Edmonton ?

Voilà des subtilités qui ont échappé à ceux qui ont pris la décision de mettre nos universités dans cet entonnoir. Répondant à des plaintes d’universitaires mécontents de la sous-représentation des minorités dans le Programme des chaires de recherche du Canada, la Commission canadienne des droits de la personne a accepté d’emblée qu’il fût juste et bon que les titulaires de ces chaires soient dans un délai assez court représentatifs de l’arc-en-ciel des différences qu’on retrouve, en moyenne, dans la société canadienne, concluant que les retardataires seraient privés de financement, point à la ligne. La Cour fédérale a estampillé ces accords et leur a donné force de loi.

On voit un peu partout une mobilisation forte pour l’augmentation de la présence de membres des minorités en emploi, dans des postes de décision et de grande visibilité. J’applaudis. Il est indéfendable qu’on trouve encore trop peu de minorités visibles dans les corps policiers, chez Hydro et à la SAQ dans la région montréalaise, où la peau de 34 % de nos concitoyens n’a pas la pigmentation qui dominait jadis en Normandie. Mais à Rimouski, où ils sont moins de 2 % ?

La question est : jusqu’où doit-on aller, comment et à quelle vitesse ? Les pédagogues nous enseignent par exemple que la sous-représentation masculine au primaire et au préscolaire est un déterminant de la sous-performance des garçons, en manque de modèles. Utilisons la méthode des chaires et retirons en 10 ans le financement des garderies et des écoles primaires qui ne comptent pas 50 % d’éducateurs et de professeurs mâles ! C’est raide, mais c’est pour la bonne cause. N’êtes-vous pas scandalisés par les taux d’échec et de décrochage des garçons (seuls 68 % obtiennent un diplôme d’études secondaires à temps) ?

Penchons-nous avec la même méthode déterminée sur l’industrie de la construction. La paie est excellente, l’emploi abondant, mais on n’y trouve pas 3 % de femmes, et cela ne progresse qu’à pas de tortue. Annonçons que, d’ici 2029, les seuls entrepreneurs pouvant postuler pour des travaux publics devront démontrer que la moitié de leurs travailleurs sont des travailleuses !

Si ces propositions vous semblent excessives, ou du moins précipitées, le cas des chaires est, à mon avis, pire encore. Car lorsqu’on réfléchit à la pyramide des compétences, n’est-il pas curieux que le lieu où on exige désormais une représentation stricte soit sur la pointe, là où il s’agit de faire franchir, par les meilleurs cerveaux, les frontières actuelles de la connaissance humaine ? Les chercheurs ont trouvé une façon pour éliminer les préjugés dans la distribution de subventions de recherche. Ils déposent leurs dossiers « à l’aveugle », c’est-à-dire sans inscrire leur nom ou celui de leur établissement. Les candidats pour ces chaires ne devraient-ils pas être aussi choisis ainsi ? Et tant mieux si l’excellence est incarnée par une Autochtone handicapée ?

Comme il y a, dans les filières universitaires, une sous-représentation des étudiants venant de certains milieux, n’est-ce pas là qu’il faut multiplier les passerelles pour les attirer ? Sachant que le Québec fait déjà mieux que le reste de l’Amérique pour tous les revenus modestes, avec les droits de scolarité les plus bas et les prêts et bourses les plus généreux.

Nous sommes donc aux prises avec des apprentis sorciers de l’égalité. Ils nuisent à la fois à la science, à l’éducation et à la cause qu’ils estiment servir.

Source: Les mauvais génies de l’égalité

Lisée: Le graphique du déclin

While Lisée and Lacroix’s critique of declining French among immigrants suffers from the fallacy that the decline reflects increased use of immigrant mother tongues at home, not a shift from French to English (see Allison Hanes: Challenging the orthodoxy that French is in free fall in Quebec). Concerns over language usage by international students is more justified, but hard to see how any government would reduce the numbers given the financial needs of post-secondary institutions:

Décomposons ensemble ce stupéfiant graphique, élaboré par Frédéric Lacroix, auteur récemment de l’excellent ouvrage Un libre choix ?, sur la situation linguistique en éducation supérieure.

Immigration permanente. C’est la ligne pleine qui montre que, bon an mal an, avant la pandémie, entre 50 000 et 55 000 immigrants devenaient résidents au Québec. Tout le débat se concentre sur cette donnée des « seuils d’immigration ». Nous savons déjà qu’à ce niveau, le Québec reçoit davantage d’immigrants par habitantque les États-Unis, la France ou le Royaume-Uni, mais moins que l’Australie, l’Allemagne et le Canada. (La baisse de 2019 sera compensée par un rattrapage, à 70 000, cette année.)

Immigration temporaire. C’est la ligne en pointillé qui monte inexorablement et qui rend caduque — sans objet ou risible, au choix — le débat sur les seuils. Cette immigration, gérée par le fédéral, est constituée pour plus de moitié d’étudiants étrangers, le reste étant des travailleurs temporaires de tous les secteurs. Une partie d’entre eux deviendront des immigrants permanents (donc un jour comptés parmi les 55 000), mais le nombre de permis délivrés augmente sans cesse. Alors si vous pensiez que le Québec accueillait par an environ 55 000 personnes, vous sous-estimiez le nombre de 150 000.

En arrivant, le français ? No thanks ! Sur le graphique, l’espace bleu représente la proportion de tous les immigrants qui déclarent connaître le français, l’espace rouge, ceux qui déclarent ne pas le connaître. En détail, la proportion des permanents qui avouent ne pas le maîtriser au point d’entrée est passée de 42 % en 2015 à presque 50 % en 2019. Cette donnée est assurément sous-évaluée, car chaque contrôle opéré a posteriori, par le vérificateur général ou les agents d’immigration, révèle qu’il y a toujours moins de français que ce qui est affiché. Chez les étudiants étrangers, l’ignorance du français est passée de 35 % en 2014 (44,5) à 43 % (45,2) en 2019. Parmi les travailleurs temporaires du programme de la mobilité internationale (ne parlons pas de la main-d’œuvre agricole, massivement hispanophone), 37 % déclaraient en 2019 ne pas connaître la langue de Molière et pour 40 % d’entre eux, on ne le sait pas ! Faut-il même croire ces chiffres ? Aucune preuve n’est requise. Plus largement, l’objectif du gouvernement Legault est de faire croître de 15 % le nombre de travailleurs temporaires d’ici 18 mois.

Une fois arrivés, toujours no thanks ! Peut-être les étudiants étrangers tombent-ils amoureux du français, une fois plongés dans notre métropole francophone ? Une étude de Statistique Canada vient détremper nos espoirs et nous détromper : « Malgré leurs intentions initiales d’apprendre le français, la plupart des étudiants n’ont pas réellement amélioré leurs compétences linguistiques à cause de contraintes temporelles, d’un manque de motivation, ou parce qu’ils interagissent principalement avec des étudiants anglophones. »

L’impact sur Montréal. Le graphique indique les entrées annuelles, mais — sauf pour les étudiants étrangers — pas le nombre cumulatif. Pour faire simple, si on ne compte pour 2019 que ceux qui déclarent ne parler que l’anglais et qui sont à Montréal, au moins 26 500 jeunes étrangers alimentent l’anglicisation montréalaise. Ajoutons ceux qui ne parlent que l’anglais parmi les étudiants canadiens-anglais (5363), les cadres et professionnels temporaires (9300) et les immigrants permanents (8860), et cela fait 50 000 personnes. C’est l’équivalent de plus de deux fois la ville ontarienne de Brockville. Il s’agit de l’hypothèse basse. Comme l’écrit Frédéric Lacroix parlant des maisons d’éducation publiques et privées anglophones, la politique d’immigration temporaire canadienne est en train de créer, « centrée sur McGill, Dawson, Concordia, Matrix, Herzing, etc., une cité-État anglophone au cœur de Montréal ».

Mais le projet de loi 96 ? J’aimerais pouvoir dire que, face à cet afflux, le projet caquiste offrira un rempart. Mais on n’y trouve pas le début d’une tentative de correction. Le gouvernement Legault, qui autorise les agrandissements de Dawson et de McGill, ne prévoit rien pour réclamer, par exemple, une connaissance préalable du français dans la sélection des étudiants étrangers ou une obligation de formation en français pendant leur séjour. Pire : le PLQ, lui, nous avait habitués à fixer, pour l’immigration permanente, des cibles de connaissance du français qu’il échouait à atteindre. Le premier ministre Legault, ses ministres, son caucus n’ont même plus de cible. Ils observent ce déclin, cet engloutissement linguistique du centre-ville, en spectateurs désintéressés.

Source: https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/666720/le-graphique-du-declin?utm_source=infolettre-2022-01-29&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

La parité en emploi n’est pas encore acquise pour les immigrants

Good critique and discussion regarding Jean-François Lisée column arguing that parity has been achieved and Lisée’s response:

Dans sa chronique du 1er mai, M. Jean-François Lisée soutient qu’au Québec, les immigrants et personnes des minorités racisées ont atteint la parité avec les personnes nées au Canada concernant leur situation sur le marché du travail. En s’appuyant sur le dernier rapport sur l’état du marché du travail de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ 2021), il conclut que, bien que des progrès soient encore nécessaires, les immigrants et membres des minorités visibles sont des « Québécois à part entière » pour ce qui concerne leur intégration professionnelle.

Bien que nous souhaiterions qu’il en fût ainsi, des recherches sur le sujet et un examen des données contreviennent à de telles interprétations.

En premier lieu, relativement à la participation au marché du travail, M. Lisée soutient que la présence en emploi des personnes immigrantes dépasse celle des natifs. Qu’en est-il exactement ? Les économistes retiennent habituellement deux indicateurs pour mesurer la participation au marché du travail : le taux d’emploi (proportion de personnes en âge de travailler ayant un emploi) et le taux de chômage (proportion de personnes en âge de travailler à la recherche d’un emploi). Pour ce qui concerne le taux d’emploi, en 2020, bien qu’il soit effectivement supérieur pour les immigrants, il chute de façon très importante chez les immigrants ayant une période de résidence au pays de 5 à 10 ans en comparaison à celui des personnes nées au Canada (-5,8 % contre -3,7 %). Ces données illustrent un phénomène amplement démontré : en période de crise, les personnes immigrantes perdent davantage leur emploi que les personnes nées au Canada. Cela signifie que les gains en termes d’égalité mentionnés par M. Lisée restent fragiles lorsque le contexte économique change. Peut-on alors parler de réelle égalité sur le marché du travail ?

Concernant le taux de chômage, le portrait est plus nuancé encore : en 2020, si le taux de chômage de l’ensemble des immigrants est effectivement supérieur de 2,5 % à celui des natifs, il est en revanche supérieur de 8 % chez les immigrants très récents (16,6 % contre 8,3 %) et près d’une fois et demie supérieur chez les immigrants récents (11,5 % contre 8,3 %). Ces chiffres restent malheureusement conformes aux tendances déjà décrites il y a 30 ans par le sociologue Jean Renaud : à terme, les immigrants « sont d’ici » (pour reprendre le titre de son article paru dans les années 1990), mais cela leur prend 10 ans ! Peut-on, là encore, parler de pleine égalité sur le marché du travail ?

En second lieu, M. Lisée soutient que la discrimination salariale envers les immigrants a presque disparu. Or, les chiffres montrent là encore qu’il faut 10 ans aux personnes immigrantes pour rejoindre la rémunération horaire des personnes nées au Canada. Les immigrants arrivés depuis 5 ans ou moins gagnent 88 % du salaire horaire des personnes nées au Canada. Or, ce chiffre masque une réalité plus troublante encore : les personnes immigrantes admises au Québec sont nettement plus diplômées que les personnes nées au Canada et elles sont sélectionnées sur le critère de l’expérience professionnelle dans leur pays ! Cette rémunération plus faible signifie donc que leurs qualifications et expériences acquises à l’étranger ne sont pas reconnues. C’est la démonstration la plus évidente de l’existence d’une réelle discrimination envers les immigrants sur le marché du travail.

Enfin, M. Lisée examine la situation des personnes issues des minorités visibles et conclut, là encore, à l’égalité. Or, les données de l’ISQ révèlent que la participation des minorités visibles sur le marché du travail est beaucoup plus sensible à la conjoncture économique que celles des personnes qui n’appartiennent pas à ces groupes. Leur taux de chômage s’élève à 18 % en juillet 2020 (contre 7,5 % pour les personnes non autochtones ou pour les minorités visibles), c’est-à-dire au plus fort de la crise, et diminue à 10,5 % (contre 6,6 %) au moment de la reprise économique en mars 2021. Les personnes des minorités visibles ont donc (comme les immigrants) une situation économique bien plus dépendante de la conjoncture économique — et donc précaire — que les personnes qui n’appartiennent pas à une minorité racisée.

La pleine participation économique des immigrants et membres des minorités visibles n’est malheureusement, au Québec, ni réalisée ni acquise, loin de là. Une lecture attentive des données démontre que le marché du travail reste hautement discriminatoire envers ces personnes. Comme M. Lisée le souligne, « la lutte pour l’égalité entre tous les Québécois est un fait essentiel de notre vie contemporaine ». Reste qu’il est trop tôt pour célébrer la victoire : sur le marché du travail, le défi de l’égalité de tous et toutes est encore à relever.

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Réponse du chroniqueur :

Merci pour cette contribution utile. Cependant, l’ensemble des débats publics récents sur l’immigration laissaient l’impression que les écarts entre les immigrés et les autres Québécois étaient scandaleux. Ce n’est plus le cas. Ma chronique a mis en lumière cette information généralement inconnue qu’en moyenne, pour la participation à l’emploi et pour la rémunération, l’égalité est enfin atteinte chez nous et que la situation est supérieure à ce qui prévaut en Ontario, et encore davantage pour les femmes immigrées.

Vous avez raison, lorsqu’on s’éloigne de la moyenne et que l’on procède à des découpes plus fines, on peut retrouver des écarts qui, lorsqu’ils seront comblés, donnent des raisons supplémentaires de réjouissance. Permettez-moi en retour de chipoter sur votre utilisation du taux de chômage pour 2000, puisque l’an dernier, la proportion d’immigrants de moins de 5 ans en emploi était supérieure (102 %) à la proportion de natifs. Le fait que davantage de ces immigrants soient, en plus, en recherche d’emploi signifie simplement qu’ils sont encore davantage intéressés par le travail que les autres Québécois. C’est tout à leur honneur, mais ce n’est pas une indication que les portes de l’emploi leur sont fermées.

Bien cordialement,

– Jean-François Lisée

Source: La parité en emploi n’est pas encore acquise pour les immigrants