Nicolas: Voir “clair”

Good critique of different appearance-based classifications compared to the official visible minority group classifications:

Avez-vous le teint pâle, clair, moyen ou foncé ? On apprend cette semaine que, selon les Services correctionnels du Québec (SCQ), la question est une manière tout à fait utile de classifier les personnes ayant été incarcérées dans la province. L’information a été rendue publique dans une note de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), grâce à une demande d’accès à l’information.

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a défendu la pratique à la suite de la publication de l’étude. Elle aurait déclaré au Soleil ne déceler aucun signe de racisme dans la pratique et assuré que ce ne sont que des informations collectées et utilisées à l’interne, avec d’autres caractéristiques physiques, « pour des situations très particulières où l’on doit absolument identifier quelqu’un, exemple une évasion ou un risque d’évasion ».

Prenons la ministre au pied de la lettre. Il pourrait aussi être utile, selon cette logique, de classifier aussi la texture des cheveux des prisonniers sur une échelle similaire à quatre niveaux : les cheveux droits, les ondulés, les bouclés et les crépus. On pourrait même créer une échelle pour les nez, d’aquilin à camus. Et si l’État collectait les tailles de soutien-gorge des prisonnières pour mieux les distinguer de profil, en cas d’évasion ou de risque d’évasion ?

La pratique des SCQ est absurde, mais pas seulement ça : on a aussi affaire à de l’obscurantisme. Il est en effet important d’avoir des données démographiques précises sur les personnes judiciarisées au Québec pour savoir sur quelles parties de la population les effets du système pénal sont les plus importants. Lorsque Statistique Canada collecte des données sur différentes « minorités visibles », il ne s’agit pas de mesurer des caractéristiques biologiques comme le teint, mais bien de comprendre des identités et des différences sociales. Les données du recensement nous montrent où se concentrent la pauvreté et la richesse dans le pays, par exemple, et comment la discrimination influence les inégalités.

Il serait pertinent de savoir quelles communautés racisées sont les plus ciblées par la justice criminelle au Québec. Mais parce que les SCQ ont inventé leur propre système plutôt que de suivre le recensement, on ne peut qu’en arriver à des approximations. Il y a 13 % de minorités visibles au Québec et 33 % de « moyens » et de « foncés » parmi les personnes ayant été incarcérées au Québec, selon l’étude de l’IRIS. Si les deux catégories étaient équivalentes, on pourrait calculer que les minorités visibles sont 2,6 fois plus représentées dans nos prisons. Mais puisqu’il y a très certainement des minorités catégorisées comme « claires », on a là affaire à une grossière sous-estimation de la réalité. On sait donc que la justice criminelle cible disproportionnellement les minorités au Québec, mais pas à quel point, ni précisément lesquelles. Hourra pour la pseudoscience sociale !

Quelle différence cette imprécision fait-elle ? On le voit en se penchant sur les chiffres plus justes rendus publics sur les personnes autochtones, lesquelles font l’objet d’un recensement statistique à part. Toujours selon l’étude de l’IRIS, on voit que les personnes autochtones constituent 6,6 % des admissions en services correctionnels alors qu’elles ne forment que 2,3 % de la population. Elles sont donc 2,9 fois plus représentées parmi les personnes judiciarisées, une donnée qui permet de contextualiser tous les témoignages sur les relations difficiles entre les policiers et les communautés autochtones collectés lors de la commission Viens, par exemple.

Avec les données précises par communauté, on peut aussi voir que 40,5 % de tous les Autochtones judiciarisés sont des Inuits. Il semble donc y avoir un problème particulièrement criant dans les rapports entre les communautés inuites et le système de justice criminelle. La surreprésentation vient-elle de pratiques policières particulièrement agressives dans le Nunavik ? La judiciarisation accrue des personnes en situation d’itinérance à Montréal a-t-elle eu un impact majeur sur cette donnée ? Il faudrait fouiller, poser plus de questions. Avec cette statistique effarante, il y a matière à s’inquiéter, voire à enquêter.

De même, l’étude montre que le système pénal punit disproportionnellement les personnes déjà précaires. Ainsi, 85 % des nouveaux admis aux SCQ sont peu scolarisés (niveau primaire ou secondaire seulement). De plus, 50 % des hommes et 68,5 % des femmes nouvellement judiciarisés en 2019-2020 tiraient leurs revenus de l’assistance sociale, alors que seulement 5 % de la population générale en bénéficie. Ces chiffres, qui ne sont pas nouveaux, devraient nous inciter à réfléchir de toute urgence aux conséquences de la concentration de la surveillance policière auprès des pauvres.

Les statistiques nous permettent aussi de comprendre l’effet réel de la discrimination à l’emploi selon le casier judiciaire sur la capacité des anciens détenus à se réinsérer avec succès en société après leur incarcération. Les taux de récidive étant nettement plus élevés chez les personnes judiciarisées qui n’arrivent pas à se retrouver un emploi, on peut se demander si les préjugés des employeurs envers les personnes qui ont un casier ne constituent pas carrément un problème pour la sécurité publique. Surtout que 85 % des condamnations au Québec ne visent pas des « infractions contre la personne » : l’association automatique entre personne criminalisée et personne « violente », qui subsiste dans l’imaginaire, ne passe donc pas l’épreuve des faits.

Ah, les faits ! Lorsqu’on les collecte de manière sensée, comme la réalité sociale nous apparaît plus « claire » ! Vous m’excuserez pour le mauvais jeu de mots.

Source: https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/648126/voir-clair?utm_source=infolettre-2021-11-18&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Nicolas: Fierté 101

Good commentary on Quebec (and Canadian) politics and youth, along with how nationalism can be the “last refuge of the scoundrel” to borrow from Samuel Johnson:

« Un cours axé sur comment être un bon citoyen […] ne peut qu’être bénéfique — avec, bien sûr, une petite saveur chauvine : histoire, culture, fierté québécoises. » C’est ainsi que la vice-première ministre Geneviève Guilbault a décrit mardi, à Radio-Canada, le futur cours de culture et de citoyenneté québécoises évoqué dans le discours d’ouverture de François Legault. Chauvin, faut-il le rappeler, signifie « qui a ou manifeste un patriotisme excessif, aveugle, intransigeant ou agressif ». Est-ce là la « valeur commune » que l’on cherchera à inculquer aux enfants dans le cours qui remplacera le cours d’éthique et de culture religieuse ?

On sentait mardi une préoccupation pour la formation identitaire de la jeunesse dans le discours caquiste. Le monde change, une bonne partie des nouvelles générations n’ont pas le même rapport au nationalisme que la base électorale de François Legault et on cherche à corriger le tir. Le premier ministre parle de protéger le patrimoine architectural, de rattraper le salaire moyen de l’Ontario et d’instaurer ce cours pour générer des sources additionnelles de « fierté ». Par les solutions proposées à ce soi-disant déficit de patriotisme, on montre à quel point on aborde cette différence générationnelle par la caricature.

Pendant qu’on cherche à générer de l’enthousiasme nationaliste, je suis entourée de jeunes adultes qui se demandent ce que ça signifie d’envisager la parentalité alors que les forêts brûlent, qu’aucun dirigeant ne semble prêt à s’attaquer de front à la crise climatique, que cette pandémie ne sera certainement pas la dernière, que le système de santé et les services sociaux ainsi que les écoles et les garderies s’écroulent, que le coût de la vie augmente, que les loyers explosent et que la propriété devient de plus en plus inaccessible, que les riches sont plus riches et que le filet social s’effrite, que les mouvements d’extrême droite se solidifient, que les frontières se resserrent et que les gens qui se battent contre les inégalités sociales font face à de plus en plus de violence, en ligne comme dans la rue.

Il n’y a rien, dans ces préoccupations, de particulièrement pro-Québec ou anti-Québec, ou pro-Canada ou anti-Canada. Les jeunes d’ici qui les partagent ne sont certainement pas seuls au monde, d’ailleurs. Souhaiter protéger ses enfants est un réflexe universel. De plus en plus de gens sont incertains de vivre dans un monde qui leur permettra de le faire.Il faudrait prendre acte que nous en sommes là. Mais non.

On continue de ne parler que de fierté dans la construction de l’identité citoyenne, alors qu’on devrait urgemment parler de confiance — envers les institutions, la société, ses pairs, le monde. Et la confiance, on le sait, est toujours conditionnelle. Elle se construit grâce à une attention bienveillante et constante, se brise à cause de la négligence et se répare avec l’honnêteté.

Lorsque la confiance envers l’État est rompue, la logique nationaliste diagnostique un problème de fierté, un déficit identitaire. On se demande s’il ne faudrait pas mettre plus de drapeaux dans nos écoles, s’assurer que leurs bâtiments soient plus « beaux », mieux y enseigner l’histoire de la Nouvelle-France, en sortir les femmes qui portent le hidjab et ces hurluberlus qui parlent de territoires autochtones non cédés. Il faudrait plutôt comprendre que la « fierté », ou, mieux, le sentiment d’appartenance, est nécessairement liée au sentiment de sécurité face au présent et à l’avenir, à la conviction que les institutions desservent le bien commun et que ce « commun » nous inclut. Aucun drapeau, aucun hymne national d’aucun pays, aucun cours de fierté 101 ne peut faire marcher un enfant la tête haute s’il vit de l’intimidation à l’école et que la pénurie de main-d’œuvre affecte son expérience d’apprentissage, et donc sa confiance envers les adultes, les institutions, sa société.

On brandit souvent le spectre des jeunes qui ne se sentent pas Québécois alors qu’ils ont vécu ici toute leur vie. On n’a visiblement jamais pris le temps de les écouter. On comprendrait que ces personnes ont la plupart du temps acquis une expérience intime de la violence d’État. Elles ont été exclues à l’école ou marginalisées par les cursus scolaires, harcelées par la police, ou ont fait l’objet d’un signalement abusif à la DPJ ; elles ont été négligées à l’hôpital ou ont subi la discrimination à l’emploi ; ont peiné à décrocher un boulot dans leur domaine ou ont vu leurs parents travailler d’arrache-pied pour des salaires de misère, souvent sous les insultes, parce qu’on a refusé de reconnaître leurs qualifications. Le gouvernement s’imagine qu’une plus grande connaissance de l’histoire et de la culture québécoises « corrigera » nécessairement les identités forgées dans ces contextes. Alors qu’il faudrait plutôt corriger les injustices des institutions publiques qui ont mené au sentiment de marginalisation.

Le problème, c’est que même nommer ces injustices et suggérer de les rectifier est trop souvent reçu comme une attaque à ladite fierté nationale — alors que c’est justement une condition du sentiment d’appartenance pour un grand nombre de citoyens. Un patriotisme qui reçoit toute critique sociale avec une levée de boucliers est donc nécessairement un cul-de-sac. Il est alors juste de le décrire comme excessif, aveugle, intransigeant et agressif.

Si seulement il y avait un mot pour décrire ce phénomène… Ah, oui ! Le chauvinisme.

Source: https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/641715/chronique-fierte-101?utm_source=infolettre-2021-10-21&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Charte des valeurs québécoises – Round-up

While irresponsible and playing to xenophobia, seems to be working politically for the PQ, particularly among francophones. Early days, and we will see how the debates and discussions play out, but not encouraging.

Sondage Léger-Le Devoir – La Charte relance le PQ | Le Devoir.

A strong opinion piece in Le Devoir by a group of academics noting the exclusionary nature of the proposed Charter:

Nous sommes fiers de l’héritage culturel et politique distinct du Québec. Cet héritage inclut la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, qui garantit déjà les droits individuels, notamment l’égalité entre les hommes et les femmes ainsi que la liberté de conscience. D’ailleurs, ces principes sont plus que des « valeurs » subjectives : ils forment des impératifs de justice. Il est désolant que le gouvernement tente de porter atteinte à ces impératifs à des fins électorales en attisant des tensions […]. Nous attendons plutôt de nos décideurs qu’ils se fassent les porteurs d’une vision s’appuyant sur notre héritage dans l’élaboration de politiques publiques justes, inclusives et ambitieuses.

Charte des valeurs québécoises – Une mauvaise réponse à un faux problème

And general commentary in The Toronto Star about the Charter, origins and likely impact:

In Quebec, religious ‘accommodations’ debate heats up

And good commentary by Doug Saunders of the Globe and Mail, noting just how counterproductive an approach to integration such a Charter represents:

Worse, though: If we take seriously the goal of eradicating religion from public life, this is a terrible approach. Any smart politician knows that the way to get voters to switch sides is not to insult them for having the stupidity to support the other party. It’s to make your side seem welcoming. This applies doubly in the battle against religious authority: We’re not going to convert people by humiliating and enraging them.

And the non-confrontation approach is working – fantastically so. The past 10 years saw the proportion of Canadians without religion rise by more than 50 per cent, to a quarter of the population; the same is happening in every developed country.

We didn’t make this progress by insulting the religious; rather, we got here by tolerating them and making secular reason appear the more moral and humane option. … The way to win an argument is not by ordering your opponents to shut up. It’s by getting them on your side.

 Quebec’s slapdash bid for secularism doesn’t even work