Pelletier: La polarisation numéro 1 [Loi 21]

Of note:

La réputation consensuelle du Québec en prend pour son rhume. Les reportages publiés dans Le Devoir depuis une semaine démontrent que la chicane habite bel et bien nos cabanes, à cette différence près : on se divise, oui, mais en se donnant des « câlins ». En minimisant la discorde dans la mesure du possible. Ce n’est pas tant la chicane qu’on n’aime pas, en fait, c’est son étalage. À cet égard, les réseaux sociaux sont bien arrimés à la psyché québécoise. Sur les plateformes numériques, on fesse, on crache, on insulte, mais sous couvert de l’anonymat. Le mythe d’un Québec consensuel et harmonieux peut donc continuer comme si de rien n’était.

Il n’y a pas meilleur exemple d’un supposé consensus, pourtant pétri de discorde, que la question de la laïcité. « Au Québec, c’est comme ça qu’on vit », disait fameusement François Legault, lors de sa défense télévisée de la loi 21. Comme si, à ce sujet, nous regardions tous dans la même direction. La décision récente du juge Marc-André Blanchard reconnaissant la constitutionnalité de la loi, tout en soustrayant les commissions scolaires anglophones de son application, est venue, bien malgré lui, consacrer cette notion du Québec francophone tout de go derrière l’interdiction des signes religieux. Ce verdict permettait de conclure que seuls les gens de l’extérieur de la province ou encore les minorités religieuses et anglophones s’opposent à la loi.

Rien n’est plus faux, évidemment. Si on a souligné à gros trait la participation du Conseil canadien musulman à cette contestation juridique, rappelons que la Fédération autonome de l’enseignement du Québec, et d’autres, en faisait également partie. Au moment de l’adoption de la loi, en 2019, deux autres centrales syndicales, la CSN et la CSQ, se sont également opposées, sans oublier les commissions scolaires, le Barreau du Québec, la Ligue des droits et libertés, la Commission des droits de la personne, le Parti libéral et Québec solidaire ainsi que de nombreux artistes et intellectuels québécois.

Non, le Québec, même francophone, n’est pas d’un même avis sur cette question. Seulement, c’est tout comme. Il est de plus en plus difficile d’argumenter contre la Révolution tranquille, contre la société distincte, contre la nécessité pour le Québec de défendre sa façon de faire et, par extension, sa survivance. Il est quasi impossible d’opposer des arguments purement rationnels à quelque chose d’aussi profondément émotif — le jugement Blanchard le rappelle de plus belle.

Après avoir redoré le blason de trois partis politiques — l’ADQ de Mario Dumont en 2007 jusqu’à la CAQ de François Legault en 2018, en passant par le PQ et sa charte des valeurs en 2013 —, l’interdiction des signes religieux est désormais perçue comme l’ultime acte de résistance de la nation francophone. Peu importe si le geste est démesuré, voire inutile — il n’y a pas de problème de religion au Québec depuis plus d’un demi-siècle ! — le vrai « leadership », clamait M. Legault récemment, exige qu’on défende le Québec l’arme au poing. Il ne faudrait surtout pas avoir peur d’utiliser la clause dérogatoire, dit-il. Loin d’en avoir honte, cette mesure serait devenue un véritable badge d’honneur, la mesure du vrai patriote.

Déjà très polarisée, la décision du juge Blanchard a invariablement polarisé la question de la laïcité encore davantage. Le débat se pose désormais en ces termes : se laisser dicter nos règles de l’extérieur ou pas. Va-t-on laisser ceux qui ne nous comprennent pas (lire la Cour suprême) nous dire quoi faire ? Il y a ici un véritable enjeu démocratique, c’est vrai. Seulement, il n’est pas celui que l’on pense. Le danger n’est pas que le Québec perde de son autonomie législative, le danger est l’affaiblissement à long terme des droits et libertés pour l’ensemble du Québec.

Rappelons, d’abord, ce qui se perd de plus en plus dans ce débat à sens unique : pourquoi il nous faut des chartes des droits et libertés et pourquoi celles-ci bénéficient d’un statut « supralégislatif ». La Déclaration universelle des droits de l’homme, la première à voir le jour en 1948, et toutes celles qui ont été adoptées par la suite, comme au Québec (1975) et au Canada (1982), sont là pour assurer que personne, indépendamment de son sexe, son ethnie, sa religion ou son orientation sexuelle ne soit traité différemment. C’est la règle la plus sophistiquée, la plus civilisée, dont dispose l’humanité depuis la nuit des temps. C’est également un code qui, par définition, doit transcender l’enceinte politique. On ne peut pas laisser le sort des plus vulnérables (les minorités) entièrement dans les mains des plus puissants (les majorités), c’est la grande leçon du XXe siècle. Par conséquent, il n’y a que les tribunaux, consacrés à l’arbitrage impartial, qui peuvent y voir.

Rappelons aussi que la loi 21 suspend non seulement la Charte canadienne des droits et libertés mais également la Charte québécoise, nous laissant orphelins en la matière. À force de jouer la carte du salut de la nation, pour des raisons opportunistes, strictement politiques, le Québec est en train de se peinturer dans un coin sombre.

Source: https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/600085/la-polarisation-numero-1?utm_source=infolettre-2021-05-05&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Quick Quotes: Reaction to Quebec court ruling on Bill 21, religious symbols law

Useful compilation:

Quebec Superior Court Justice Marc-Andre Blanchard on Tuesday upheld the bulk of the province’s secularism law, known as Bill 21, which bans many public sector workers from wearing religious symbols on the job. Blanchard, however, struck down clauses pertaining to English-language school boards and a ban on members of the provincial legislature wearing face coverings. Quebec has announced it will appeal the ruling.

Here’s a quick look at some of the reaction to the decision:

“Our position has always been that Bill 21 conflicted with our values and our mission and with those of all Quebecers as expressed in the Quebec Charter of Human Rights and Freedoms. Its very adoption was contrary to our societal goal of promoting our peaceful co-existence in a pluralistic and inclusive Quebec.” — Joe Ortona, chairman, English Montreal School Board.

“Of course I’m happy, but this is one small victory because we live in a very big province. My colleagues who work in the French system, they don’t get to celebrate today, and all the other people who aren’t part of English schools, they don’t get to celebrate today.” — Furheen Ahmed, teacher, Westmount High School, in Montreal.

“The laws of the National Assembly apply throughout Quebec. There is no question of dividing Quebec in the application of Quebec legislation. Quebec is united and it will remain so.” — Simon Jolin-Barrette, Quebec justice minister.

“A complex decision was handed down by the Quebec Superior Court that recognizes the inordinate harms done to individuals who wear religious symbols and strikes down certain parts of the law as unconstitutional. The decision also keeps most of the law intact and many of the recognized harms in place.” — Noa Mendelsohn Aviv, director, equality program, Canadian Civil Liberties Association.

“Well, I’m disappointed with the judgment. I find it illogical. Currently, it is as if secularism and values apply differently to anglophones and francophones. So, in Quebec, we protect the rights of anglophones to receive services in English, but now, that would protect different values for anglophones and francophones. I think that in Quebec, all Quebecers, and for all Quebecers, there must be common values.” — Francois Legault, Quebec premier.

“A religious symbol is not a diversity, it is a religious choice, it is a religious message. In that judgment, and in general, there is a tendency in Canada to treat religious signs as an intrinsic part of the body or the person itself.” — Paul St-Pierre Plamondon, Parti Quebecois leader.

“Quebecers who wear religious symbols such as the hijab, the kippa or the turban have been second-class citizens for 674 days. The decision today by the Superior Court of Quebec puts an end to this situation for some Quebecers, but not for all.” — Yusuf Faqiri, Quebec director, public affairs, National Council of Canadian Muslims.

“I’m 100 per cent sure it’ll be appealed to the Supreme Court where I think it will go down and I don’t support the idea of discrimination against people on the basis of race, creed or colour and I believe that the charter is clear on that enough that I disagree with the Quebec court on the decision.” — Brian Pallister, Manitoba premier.

“The result of the Legault government’s Law 21 is: Do you want your fundamental rights respected? Go work in English! Ouch, that hurts. Bill 21 is a law that is discriminatory that simply shouldn’t be there.” — Manon Masse, co-spokesperson, Quebec solidaire, via Twitter.

Source: Quick Quotes: Reaction to Quebec court ruling on Bill 21, religious symbols law

Quebec court upholds law banning religious dress, with exceptions for English schools, MNAs

Don’t think anyone saw this split coming unless I missed it:

A Quebec Superior Court judge has upheld most of the province’s law banning religious dress in some public-service functions but carved out an exception for the anglophone education system, to the dismay of Premier François Legault and other Quebec nationalists.

Justice Marc-André Blanchard ruled Tuesday that Quebec’s “Act respecting the laicity of the State,” better known as Bill 21, infringes fundamental rights to religious expression under the Canadian Charter of Rights and Freedoms, and its Quebec equivalent. He found Bill 21 has “cruel and dehumanizing” effects on the targeted people.

But, he found, the Quebec government’s use of a blanket constitutional override power under Section 33 of the Constitution, known as the notwithstanding clause, prevents him from striking down most of the law.

The judge found an exception for anglophone school boards, which are protected under the Constitution’s minority language rights from having the override applied to them. The judge ruled language rights include cultural issues such as allowing religious expression among school staff.

The ruling cements Quebec’s debate over religious rights into a schism posing proponents of the Canadian model of multiculturalism, including many anglophones, against some Quebec nationalists, mostly francophone, who want to impose a more unitary vision of Quebec culture.

Justice Blanchard also overturned religious dress restrictions on members of the National Assembly who have a Constitutional right to run for election and sit in the legislature without such constraints.

The practical result of Tuesday’s ruling is Quebec’s English-language schools can hire teachers who wear Muslim veils or Jewish kippas, while the rest of Quebec’s school system cannot. Religious symbols will continue to be banned for police officers, judges, government lawyers and others the government has defined as people in positions of authority.

“I am elated and I’m proud of the English Montreal School Board,” said Furheen Ahmed, a high-school teacher who wears a headscarf, and works for the board that was a plaintiff in the case. “But it’s one small victory in a really big province.

“My French counterparts don’t get to celebrate today. And all the other people outside English schools don’t get to celebrate.”

Mr. Legault’s government has already said it will appeal the decision while most plaintiffs and advocacy groups who brought the challenge have strongly hinted they will do likewise. Many legal experts believe a showdown in the Supreme Court of Canada is inevitable.

Justice Blanchard found Mr. Legault’s legislation, passed nearly two years ago with the stated aim of promoting secular values in government institutions, has had serious negative consequences for Quebeckers who wear religious symbols, particularly Muslim women. “Law 21 steps more than minimally on the freedom to show or to practise religious beliefs,” the judge wrote. “This use of the prerogative seems to be imprudent and casual, and its sweep is far too large.”

But, the judge added, while the use of the constitutional exemption to shield the law from challenge appears to be excessive, it does not “violate the architecture of the Canadian Constitution nor primacy of the rule of law.”

The English Montreal School Board was about the only participant in the case declaring victory. While most of the law was upheld, Mr. Legault said he was disappointed and did not understand the judgment.

“I find it illogical. It’s like laïcité and those values are applied differently for anglophones and francophones,” Mr. Legault said. “Quebec and all Quebeckers should live with common values.”

Justice Minister Simon Jolin-Barrette, the architect of the law, accused the judge of dividing Quebeckers. “Quebec is a nation. Some are trying to divide us but we are united,” Mr. Jolin-Barrette said.

Quebec’s law imposes state religious neutrality and includes a dress code prohibiting civil servants holding “positions of authority” from wearing visible religious articles. The jobs under the dress code include teachers, police officers and government lawyers, among others.

People in those jobs who wear the symbols and already hold those posts are allowed to keep working. They cannot be promoted or transferred and new hires must remove the religious symbol to work.

Carissima Mathen, a constitutional law professor at the University of Ottawa, said the ruling sets up an examination of just how far use of the notwithstanding clause can go at the Quebec Court of Appeal and likely the Supreme Court of Canada.

“It’s the first time in maybe 20 years or more that we will have this kind of detailed consideration of Section 33,” Dr. Mathen said. “Lower courts may feel constrained by existing case law. It’s a question more for the appellate court and the Supreme Court of Canada to weigh in and decide if they want to chart a new path or new approach to Section 33.”

Dr. Mathen said while scholars debate how widely the clause should be used, the issue hasn’t gone before the courts because Quebec’s broad use of it is “such a rare choice.”

Advocates for Jewish, Muslim and Sikh organizations who backed the court challenge all expressed disappointment and vowed to keep fighting.

“It came out very clearly there are fundamental problems with Bill 21,” said Yusuf Faqiri, director of Quebec issues with the National Council of Canadian Muslims.

“It’s not constitutional, it’s discriminatory. It has been 674 days that Quebeckers who wear religious symbols are second-class citizens. We will review it in the next couple of days and decide on next steps but one thing is clear. This battle is far from over.”

Source: Quebec court upholds law banning religious dress, with exceptions for English schools, MNAs

Robert Dutrisac in Le Devoir:

Dans sa décision rendue mardi concernant la Loi sur la laïcité de l’État, le juge Marc-André Blanchard, de la Cour supérieure, n’a pas chamboulé l’ordre constitutionnel canadien puisqu’il n’a pu invalider la protection que confère à la loi 21 le recours à la disposition dérogatoire de la Charte canadienne des droits et libertés. Mais il crée deux régimes de droits religieux dans les écoles suivant une démarcation linguistique, sorte de partition juridique du Québec.

À la lecture du jugement, il est évident que c’est à son corps défendant que le juge a écarté les arguments présentés par les demandeurs, notamment l’aspirante enseignante Ichrak Nourel Hak et le National Council of Canadian Muslims, qui visaient à contourner l’article 33 de la Charte canadienne accordant à toute province le droit de dérogation. En fait, le juge Blanchard a invalidé les deux seuls éléments de la loi 21 sur lesquels la dérogation n’avait aucune prise. Il s’agit de l’article 23 de la Charte qui garantit les droits scolaires des minorités linguistiques, droits scolaires qui s’étendent désormais à l’expression de la foi religieuse, selon l’interprétation nouvelle du juge. L’autre élément invalidé, c’est l’obligation faite aux élus de l’Assemblée nationale d’exercer leur fonction à visage découvert. Selon le jugement, cette obligation prive des personnes qui se couvrent le visage du droit de se présenter à une élection québécoise, ce qui contrevient à l’article 3 de la Charte. On peut voir dans cette invalidation une intrusion inédite du pouvoir judiciaire dans la régie interne de l’Assemblée nationale. Dans les deux cas, le gouvernement caquiste va demander d’en appeler.

Quant au recours à la dérogation, le juge Blanchard s’en est tenu au jugement Ford c. Québec qui établit que le législateur n’a pas besoin de justifier l’usage qu’il en fait, et ce, afin « de traduire l’importance que continue de revêtir la souveraineté des législatures », a écrit la Cour suprême il y a plus de 30 ans, préservant ce restant de souveraineté parlementaire britannique que détiennent toujours les provinces. Le juge Blanchard admoneste le gouvernement caquiste qui « ratisse beaucoup trop large » en suspendant des droits qui n’avaient pas de lien avec la loi 21 alors qu’il aurait dû agir de « façon parcimonieuse et circonspecte ». C’est un point de vue, mais si cette suppression est sans objet, elle n’aura pas d’effet. Quoi qu’il en soit, le juge prend sur lui d’envoyer un message aux tribunaux supérieurs : en cas de contestation, le législateur devrait justifier l’existence d’une « certaine connectivité » avec la législation visée. C’est à « l’urne », c’est-à-dire aux citoyens lors d’élections, de décider du sort d’un gouvernement qui exerce ce pouvoir de dérogation, fait-il par ailleurs valoir. Les tribunaux « se doivent d’éclairer cette connaissance [de l’électorat] des fruits de cette expertise », ajoute-t-il. Le juge Blanchard apporte certainement de l’eau au moulin à ceux qui exècrent la Loi sur la laïcité et qui, contre la CAQ, voteront pour le Parti libéral du Québec ou Québec solidaire.

Sur la question de l’accroc aux droits fondamentaux, le juge Blanchard, sans surprise, repousse les arguments qui pourraient justifier cette atteinte « dans une société libre et démocratique », selon la formulation de la Charte. Il rejette du revers de la main les prétentions féministes du groupe PDF Québec voulant que le port du voile soit un symbole de l’asservissement des femmes par une religion patriarcale. Il rejette la position, plus sérieuse selon lui, du Mouvement laïque québécois qui veut que la loi 21 protège la liberté de conscience des enfants et des parents. Reprenant les termes d’un jugement de la Cour suprême, il estime que refuser d’exposer des enfants à différents faits religieux « revient à rejeter la réalité multiculturelle de la société canadienne ». Et le prosélytisme « passif » n’existe pas ; l’enseignante qui porte le voile n’en fait donc pas, à moins de s’y prêter activement. Le fait qu’une enseignante portant le hidjab pourrait l’enlever à l’école afin de respecter la loi est pour lui une aberration en raison de la « symbiose » entre le port de signes religieux et la foi ; l’un ne peut pas exister sans l’autre.

En étendant les droits linguistiques des minorités que protège l’article 23 de la Charte aux droits religieux, le juge Blanchard innove. Qui plus est, la Cour crée une situation inédite de partition juridique de l’État québécois dont on peut craindre qu’elle nuise à la cohésion sociale, à ce qu’il est convenu d’appeler le vivre-ensemble, et qui ne correspond certes pas à la volonté des parlementaires. Quelle que soit l’opinion qu’on peut avoir sur la loi 21, on doit donner raison au gouvernement caquiste de porter cette cause en appel.

Source: Deux régimes de droits au Québec Éditorial La cour entérine une forme de partition juridique.

L’inquiétante intolérance de la nouvelle commissaire antiracisme

Provides the flavour of Quebec debates over racism and laicité. And while anti-religious attitudes and behaviours technically are not racist, they are similar in their xenophobia, discrimination and biases:

Le rôle de choisir une personne chargée de faire reculer le racisme, bien réel et vécu à Montréal, n’est pas chose facile. Informé des objections qui pouvaient être faites à l’endroit de la commissaire désignée, Bochra Manaï, un des porte-parole de la mairesse a indiqué que « la Ville ne peut pas, légalement ou moralement, rejeter un candidat qualifié sur la base de ses positions ou emplois passés. »

Tout au contraire, les positions et les emplois passés ne sont-ils pas un indicateur essentiel pour juger de la capacité de la personne choisie d’accomplir sa tâche d’écouter, de rassembler, d’agir sur un sujet délicat avec le plus de nuances possible et par conséquent d’obtenir des chances de succès ?

Sa définition du racisme

La définition que Mme Manaï a du racisme est évidemment au cœur de la question. Rappelons que le racisme est fondé sur une idéologie, sur la croyance qu’il existe une race supérieure.

Or, la religion n’est pas une race !

N’en déplaise au parti municipal au pouvoir et au conseil municipal qui ont condamné à l’unanimité la loi 21 sur la laïcité. À l’encontre des 65 % des Montréalais qui favorisent l’interdiction des signes religieux pour les policiers et 58 % pour les enseignants (Crop sur la RMR novembre 2018).

Mme Manaï a donné en 2019 un discours rempli d’amalgames où elle a inscrit dans la même logique l’adoption de la loi sur la laïcité, l’attentat de la mosquée de Québec et celle de Christchurch (Nouvelle-Zélande). Elle a même indiqué que « le Québec est désormais une référence pour les suprémacistes extrémistes du monde entier ».

Estime-t-elle que la loi 21 sur la laïcité est raciste ? Cela semble être le cas puisque cinq fois, en entrevue au 98,5 FM avec Bernard Drainville, elle a refusé de se prononcer sur cette question. Qui ne dit mot consent !

Pense-t-elle donc que la forte majorité des Montréalais favorables à cette loi présentent des symptômes de racisme ?

Les défenseurs de la laïcité bafoués

Désormais, la commissaire chargée de faire reculer le fléau raciste, ne devrait-elle pas se prévaloir de cette forte tradition historique québécoise favorable à la séparation des religions et de l’État ?

On sait qu’un bon nombre de Québécoises musulmanes ou nord-africaines ont soutenu le combat pour la laïcité, celles qu’elle accuse d’être des « laïcardes ». Loin de se montrer respectueuse des divergences d’opinions au sein de la diversité québécoise, irresponsable, Mme Manaï a nommément accusé ces femmes d’avoir précipité « les Québécois dans une chasse aux musulmans » faisant d’elles des cibles à abattre pour les islamistes, les réduisant à de « pseudo-intellectuelles assurément exotiques ».

La critique confondue avec la haine

Sa définition du racisme est également problématique et dépasse le simple mépris pour ses contradicteurs au sujet de la laïcité. Dans un texte sur l’islamophobie, elle explique clairement que toute critique de l’islam est une forme de racisme contre les musulmans :

« Les détracteurs du terme islamophobie évoquent l’idée qu’il est possible de « critiquer » l’islam, sans pour autant « détester » les musulmans. Or, cette hostilité qui s’exprime à l’encontre de l’islam comme religion semble directement liée au rejet des musulmans eux-mêmes. »

Elle souscrit donc à « toutes les définitions de l’islamophobie comme racisme. » Ne distinguant pas la lutte contre l’islam radical, la critique de la religion et le racisme.

Avis donc à tous ceux qui osent dire que l’islam, même modéré, est fondamentalement inégalitaire, — comme d’ailleurs le judaïsme ou le christianisme. Ils sont, au vu de la commissaire, des racistes.

La commissaire Manaï juge-t-elle avec moins d’ouverture d’esprit les Montréalais qui critiquent l’islam radical ? Ou encore estime-t-elle que des imams et des ayatollahs extrémistes qui endoctrinent ceux qui décapitent et tuent au nom du prophète ailleurs sont des victimes ?

Ne serait-ce que pour ces amalgames qui ne distinguent pas la lutte contre l’islam radical et la critique de la religion, la mairesse de Montréal n’aurait jamais dû la nommer.

Les coupables sont-ils les démocrates ?

Dans un texte intitulé « Le quiproquo de la radicalisation », elle qualifie de « vaste supercherie » l’idée que des imams radicalisés poussent au crime et au djihad des jeunes Montréalais. Il s’agit, écrit-elle d’une « pseudo-théorie de la radicalisation comme processus théologique » promue à son avis, par les services de renseignements occidentaux. On convient que le processus de radicalisation des djihadistes occidentaux est un phénomène complexe lié à plusieurs facteurs.

Cependant, la négation obstinée de Mme Manaï du rôle joué par les réseaux islamistes violents, radicaux et financés par l’Iran, l’Arabie saoudite ou le Qatar, relève d’un dangereux aveuglement, d’un manque de discernement et de nuances.

Montréal a été épargnée, ces toutes dernières années, par le phénomène, mais l’Europe occidentale en constate les dégâts quotidiennement.

On pourrait penser que la nouvelle commissaire estime au moins que les assassins des caricaturistes et du personnel de Charlie Hebdo et de l’Hyper cacher à Paris ont répondu aux appels aux meurtres lancés par les imams et les ayatollahs violents du Moyen-Orient, appels relayés par des prédicateurs djihadistes locaux. Pas du tout !

L’occident responsable du manque d’intégration ?

Dans un texte ahurissant consacré à cette tuerie, Mme Manaï porte la totalité du blâme sur la France et les écueils qu’ont connus ses politiques d’intégration. La nouvelle commissaire s’attriste même du fait que son analyse sur l’échec des valeurs républicaines françaises « échappe à ces millions de marcheurs » réunis dans la foulée de l’attentat pour défendre le droit à la liberté d’expression et réprouver la haine de la civilisation occidentale portée par les djihadistes.

Si le texte juge que la politique française envers sa population arabe et ses banlieues a créé des conditions de l’aliénation d’une partie de la jeunesse, on est surpris de ne pas y lire à tout le moins un mot sur la coresponsabilité des recruteurs islamistes.

Une nuance ici, la France qui nous a précédés sur ce chemin a compris que pour vivre harmonieusement il faut séparer l’islamisme de l’islam.

Les forces maléfiques occidentales

Mme Manaï introduit bien dans son texte un élément géopolitique. Elle parle de « l’union des forces maléfiques » qu’elle décrit ainsi : « une solidarité inconditionnelle des États les plus meurtriers de l’Histoire ». Elle qualifie de « forces maléfiques » les pays occidentaux qui ont participé à des opérations militaires au Moyen-Orient. Elle ne parle ni de l’Iran, ni de l’Irak, ni des talibans, ni de la Turquie, etc.

Tous ces écrits sont disponibles sur le site du Huffington Post Québec.

Ne serait-ce que pour ce délire spirituel, la mairesse de Montréal aurait dû choisir un/e candidature avec un profil de rassemblement, de tolérance et surtout de pédagogie citoyenne.

L’idée que se fait Mme Manaï du racisme et des racistes, des Montréalais et des Québécois, est qu’ils portent en eux ce dangereux stigmate du racisme, qu’elle a pour mandat de les accompagner et de les redresser sur les chemins de la tolérance et de l’acceptation de l’autre, c’est-à-dire sur le chemin de l’acceptation de l’islam radical et contre cette dangereuse loi de la laïcité.

Faire, entre autres, cet amalgame entre race et religion revient à la négation totale de la liberté de conscience, une liberté des plus fondamentales qui est au cœur de la démarche laïque. Comment peut-on lutter contre le racisme et contre la discrimination tout en bafouant complètement cette liberté fondamentale ?

Alors que la laïcité permet justement une neutralité viable pour TOUS les citoyens, quelles que soient leurs convictions religieuses.

Source: L’inquiétante intolérance de la nouvelle commissaire antiracisme

Laïcité: plusieurs Canadiens appuient le projet de loi du Québec, dit un sondage

On-line, thus less reliable than other surveys, but nevertheless captures regional differences:

Le Québec a eu bien mauvaise presse au Canada anglais depuis le dépôt du projet de loi qui interdit le port de signes religieux à certains employés de l’État. Mais voilà qu’un sondage révèle qu’ils sont nombreux dans le reste du pays à partager l’opinion de la majorité des Québécois en faveur du projet de loi 21 du gouvernement Legault.

Le sondage Léger effectué pour La Presse canadienne a interrogé un échantillon non probabiliste de 1522 Canadiens. L’exercice s’est fait en ligne du 18 au 22 avril.

Ils seraient donc 46 % au Canada – en tenant compte des réponses des Québécois – à appuyer le projet de loi et 42 % seraient contre.

À la question « Êtes-vous en faveur ou opposé au fait de bannir le port des signes religieux visibles pour les employés du secteur public en position d’autorité (policiers, juges et enseignants du primaire et du secondaire) dans votre province ? », ils étaient 66 % au Québec à être « plutôt en faveur » ou « totalement en faveur ».

Ailleurs au Canada, ils sont toujours plus nombreux à s’opposer à l’idée mais, à part en Alberta, l’écart entre les pour et les contre n’est pas très remarquable.

Ainsi, en Ontario, 42 % appuieraient l’interdiction, 47 % s’y opposeraient. Dans les Prairies, ils seraient 41 % pour, 44 % contre. En Colombie-Britannique, le sondage a relevé 41 % en faveur de l’interdiction à comparer aux 45 % qui s’y opposeraient. Et puis dans les provinces atlantiques, ils seraient 41 % prêts à appuyer pareil projet de loi et 50 % qui n’en voudraient pas.

L’Alberta sort donc du lot avec un plus grand écart entre les pour et les contre : 34 à comparer à 53.

« Il serait faux de prétendre que tous les Québécois sont racistes parce qu’ils sont en faveur et que tous les autres sont très vertueux parce qu’ils seraient tous contre », en conclut Christian Bourque, vice-président exécutif et associé de Léger.

M. Bourque, se fiant à la couverture médiatique du projet de loi 21 s’attendait à des résultats plus « blanc et noir ». « On pense que tous les Québécois sont en faveur et on pense que tous les autres Canadiens seraient contre. Et ce n’est pas […] ce qu’on voit dans le sondage », constate-t-il.

« On est plus dans les nuances de gris », ajoute-t-il.

La différence à noter entre le Québec et les autres provinces, cependant, c’est qu’il y a une « majorité suffisante » au Québec – 66 contre 25 – qui appuie l’interdiction alors qu’ailleurs, on est beaucoup plus divisé sur la question.

Cette division se reflète aussi dans l’arène politique fédérale. Quelques élus conservateurs ont appuyé publiquement le projet de loi 21 tandis que leur chef Andrew Scheer exprime son opposition du bout des lèvres.

Chez les libéraux de Justin Trudeau, on condamne le projet de loi d’une seule voix, mais on refuse encore de dire comment on entend y répondre.

Pas si chiâleux que ça, les Québécois

Autre correction dans le sondage, ce ne sont pas les Québécois qui se plaignent le plus du gouvernement fédéral.

« La grogne est essentiellement dans les provinces atlantiques, dans les provinces des Prairies et en Alberta où de fortes majorités disent: “non, je n’obtiens pas ma juste part d’Ottawa” », note M. Bourque en analysant une autre question du sondage.

À cette question sur la « juste part », il n’y a que les Ontariens qui sont plus satisfaits d’Ottawa que les Québécois.

Ainsi, ils ont été 68 % en Alberta à répondre « non », 64 % dans les prairies, 58 % dans les provinces atlantiques, 49 % en Colombie-Britannique, 42 % au Québec et 37 % en Ontario.

« On semble vraiment être dans un cycle “western alienation” (sentiment d’aliénation présent dans l’ouest du Canada) », estime M. Bourque.

Source: Laïcité: plusieurs Canadiens appuient le projet de loi du Québec, dit un sondage