Dutrisac: Régulariser les sans-papiers

Of note:

En décembre 2021, le premier ministre Justin Trudeau demandait au ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Sean Fraser, de « poursuivre l’exploration de moyens » afin de régulariser le statut des travailleurs migrants sans papiers. Dix mois plus tard, le ministre n’a toujours pas annoncé quoi que ce soit.

Il y a un peu plus d’une semaine, une centaine de personnes ont manifesté à Montréal pour réclamer un programme massif de régularisation de ces travailleurs.

Selon le Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration de la Chambre des communes, le Canada compte entre 20 000 et 500 000 migrants non documentés. Quand on voit de tels chiffres, et un tel écart dans les évaluations, c’est qu’on ne sait pas vraiment combien on dénombre de ces personnes qui subsistent dans cette clandestinité pitoyable mais tolérée.

Parmi ces travailleurs qui ont préféré prendre la clé des champs au lieu de retourner dans leurs pays d’origine, on trouve plusieurs cas d’espèce. Il y a des détenteurs de visa de touristes qui sont restés illégalement au pays, des travailleurs dont le permis de travail n’a pas été renouvelé, parfois à cause d’employeurs négligents ou de la complexité administrative des programmes d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), des étudiants étrangers au terme de leurs études et des demandeurs d’asile qui se sont vu refuser le statut de réfugié et font l’objet d’un avis d’expulsion.

S’il est vrai que des centaines de milliers de travailleurs, voire un demi-million, comme certains l’estiment, travaillent au noir au Canada, on ne peut continuer à ignorer le problème. Ces travailleurs ne jouissent d’aucune protection sociale ; ils n’ont pas accès aux services de santé gratuits, ni à la protection contre les accidents du travail, à l’assurance-emploi évidemment et à l’aide de dernier recours. Leur quotidien est fait de petits boulots mal payés. Ils sont dépendants d’employeurs qui peuvent les exploiter. Parfois, ils ne parlent que leur langue natale et sont ainsi souvent confinés dans leur communauté ethnique, ce qui est cependant conforme au dogme multiculturaliste.

Dans la commande qu’il a passée à son ministre, Justin Trudeau lui demande de s’appuyer sur les programmes pilotes existants. Depuis deux ans à Toronto, il existe un tel projet pilote dans l’industrie de la construction. Il est très limité : le programme vise la régularisation de 500 travailleurs seulement, et il semble que ce modeste objectif n’ait même pas été atteint. L’an dernier, IRCC a aboli une des conditions qui faisait obstacle : avoir une connaissance des plus minimales d’une des langues officielles, en l’occurrence l’anglais évidemment. Ottawa octroie la résidence permanente à des immigrants qui ne parlent aucune des langues officielles. Ce n’est pas un empêchement.

Le phénomène des travailleurs sans papiers est une conséquence du régime d’immigration qui s’est imposé ces dernières années. La grande majorité des candidats à l’immigration ne font plus leur demande de l’étranger : ils sont déjà au pays à titre de travailleurs temporaires, d’étudiants et de demandeurs d’asile.

Ces étrangers sont confrontés au double langage des autorités fédérales : d’une part, on leur dit que la voie privilégiée pour être admis comme immigrant, c’est d’être déjà au Canada grâce à un statut temporaire, d’autre part, on exige d’eux qu’ils s’engagent à quitter le pays une fois leurs contrats ou leurs études terminés.

Dans le cas des demandeurs d’asile qui passent par le chemin Roxham, il peut s’écouler des années avant que leur sort ne soit tranché par les autorités. Entre-temps, nombre d’entre eux ont pu se trouver un emploi stable, apprendre la langue commune, voire fonder un foyer. Bref, ils se sont intégrés.

L’inconvénient de la régularisation, c’est qu’elle concède un avantage à des personnes qui enfreignent les règles au détriment de ceux qui s’y conforment. Mieux vaut mieux entrer par le chemin Roxham que d’emprunter la voie régulière et passer les postes-frontières.

L’autre enjeu, c’est l’état de dysfonctionnement d’IRCC qui n’arrive pas, à l’heure actuelle, à assumer correctement ses responsabilités. À titre d’exemple, les demandeurs d’asile qui arrivent au Québec attendent maintenant dix mois avant qu’Ottawa officialise leur requête pour leur statut de réfugié, une étape qui leur permet d’obtenir un permis de travail. Forcés à ne rien faire, ils en sont réduits à recevoir de l’aide de dernier recours.

Devant l’incurie fédérale, le gouvernement Legault a le devoir d’exercer tous les pouvoirs dont il dispose, notamment en matière de permis de travail et d’études, afin de remédier aux aberrations d’un système défaillant. Mais à terme, c’est l’ensemble de l’oeuvre qu’il lui faudra revoir.

Source: Régulariser les sans-papiers

Dutrisac: Souveraineté provinciale

Dutrisac on Alberta and Saskatchewan’s focus on provincial sovereignty, along with picking up on Ibbitson’s arguments that aggressive federalism is fanning the flames (true but exaggerated IMO). Of particular note the last para:

Quant à François Legault, après les gaffes répétitives commises sur le dos des immigrants, il n’aura qu’à attendre ce que lui réserve le fédéralisme agressif d’un gouvernement Trudeau qui insiste pour que Québec se plie à la politique d’immigration pléthorique de ce pays postnational.

Full article:

La nouvelle cheffe du Parti conservateur uni (PCU) et, depuis mardi, première ministre, Danielle Smith, a remporté la course à la direction de son parti en promettant de présenter un projet de loi sur la souveraineté de l’Alberta.

L’utilisation du terme souveraineté, un concept au coeur du projet du Parti québécois depuis la fin des années 1960, peut prêter à confusion. On ne saurait voir dans Danielle Smith une émule de René Lévesque. Il ne s’agit pas pour la première ministre de promouvoir une quelconque sécession, ce qui ne correspond d’ailleurs pas aux inclinations de la plupart des Albertains. Cette souveraineté est bien celle d’une province, dans ses champs de compétence, une forme de néo-autonomisme, selon le politologue de l’Université de l’Alberta Frédéric Boily. C’est le modèle mis en oeuvre par le gouvernement Legault, en définitive.

Danielle Smith a repris l’expression du premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, en affirmant que sa province, avec cette loi sur la souveraineté, pourra se comporter comme « une nation au sein d’une nation ». Mais il s’agit plutôt d’un régionalisme axé sur la défense d’intérêts économiques, notamment la poursuite de l’exploitation des hydrocarbures, et non pas d’un nationalisme de nature identitaire comme au Québec.

Certains ont vu dans ce projet de loi une bombe constitutionnelle… et surtout anticonstitutionnelle. Le premier ministre sortant, Jason Kenney, a qualifié l’idée de « cinglée ». De fait, il est encore difficile de savoir comment une telle loi s’appliquerait. Elle permettrait à la province de refuser de se soumettre à une loi fédérale ou à un jugement de la Cour s’ils sont contraires aux intérêts de l’Alberta ou s’il s’agit d’une intrusion illégale dans ses champs de compétence. Il reviendrait aux élus de l’Assemblée législative albertaine d’adopter une motion spéciale en ce sens. Selon la description somme toute sommaire de l’éventuel projet de loi, le gouvernement fédéral devrait alors s’adresser aux tribunaux pour trancher le litige.

À terme, c’est la Cour suprême qui aurait le dernier mot, faut-il comprendre. Le principal conseiller de Danielle Smith a indiqué lundi qu’une fois le projet de loi en vigueur, l’Alberta continuerait de respecter les jugements de la Cour suprême. La bombe est en train de se transformer en pétard mouillé.

Comme cela s’est vu quand Trudeau père était aux commandes, un fort ressentiment envers le gouvernement fédéral s’est développé dans les provinces de l’Ouest, ressentiment relié à l’exploitation des ressources pétrolières et gazières. Le fils semble suivre la trace du père. À l’époque, il s’agissait de la propriété de ces ressources naturelles et des revenus qu’elles généraient. Aujourd’hui, c’est le contrôle qu’entend exercer Ottawa sur ces ressources en raison de la lutte contre les changements climatiques.

Si jamais ce projet de loi sur cette souveraineté provinciale voit le jour, il viendra tard. Déjà, la Cour suprême, dans son jugement l’an dernier sur la taxe carbone du gouvernement Trudeau, a dépossédé les provinces de leur compétence exclusive en la matière au nom de « l’intérêt national » et du pouvoir d’Ottawa de faire des lois pour « la paix, l’ordre et le bon gouvernement ». Nous sommes à l’ère du fédéralisme évolutif, coopératif, qui se déploie au détriment des pouvoirs réservés aux provinces. Un fédéralisme de supervision, selon l’expression d’un juge dissident dans cette cause, Russell Brown.

Selon le chroniqueur du Globe and Mail John Ibbitson, le « fédéralisme agressif » que pratique le gouvernement Trudeau a mis en rogne l’Alberta, alors que le « fédéralisme passif » de Stephen Harper avait calmé le jeu, y compris avec le Québec.

La Saskatchewan et le Manitoba, deux provinces dotées de gouvernements conservateurs, partagent les doléances de l’Alberta. Il lui manque un appui de taille : celui de l’Ontario et du premier ministre conservateur Doug Ford. Lui aussi s’opposait à la taxe carbone du gouvernement Trudeau, mais, depuis le jugement de la Cour suprême, il semble s’être désintéressé de l’affaire. Il faut dire que le premier ministre ontarien a beau jeu. Justin Trudeau a tout intérêt à soigner ses relations avec lui. Doug Ford préférera sans doute profiter des avantages que lui offrira Ottawa au lieu de se joindre aux provinces de l’Ouest dans une fronde perdue d’avance contre le pouvoir fédéral.

Quant à François Legault, après les gaffes répétitives commises sur le dos des immigrants, il n’aura qu’à attendre ce que lui réserve le fédéralisme agressif d’un gouvernement Trudeau qui insiste pour que Québec se plie à la politique d’immigration pléthorique de ce pays postnational.

Source: Souveraineté provinciale

Dutrisac: Bataille de chiffres

More on the battle of immigration numbers in the Quebec election, with Dutrisac arguing in favour of the CAQ’s restrained approach:

En matière d’immigration, c’est la ronde des chiffres qui s’est invitée en campagne électorale. Trois partis — Québec solidaire, le Parti québécois et le Parti conservateur du Québec — ont précisé quels sont les seuils d’immigration qu’ils préconisent, tandis que la Coalition avenir Québec et Parti libéral du Québec ont confirmé la position qu’ils ont déjà fait connaître.

Du côté de la CAQ, François Legault n’a pas fait mentir son slogan de campagne « Continuons ». Sans surprise, le chef caquiste a réitéré que le gouvernement qu’il formerait s’en tiendrait au nombre de quelque 50 000 immigrants par an. Malgré sa proximité avec le monde des affaires, il n’entend pas céder au lobby du Conseil du patronat du Québec, qui réclame que ce seuil soit augmenté à 80 000 lors du prochain mandat et à 100 000 par la suite.

C’est paradoxalement QS qui s’approche le plus des préférences du patronat en proposant une cible maximum de 80 000 immigrants par an. Le PLQ n’est pas très loin, avançant le chiffre de 70 000 dans le but de contrer les pénuries de main-d’oeuvre.

À l’autre bout du spectre, le PQ propose de réduire à 35 000 le seuil, soit celui qui prévalait avant le régime de Jean Charest, relevant que le déclin du français s’est amorcé quand le nombre d’immigrants admis est passé à 50 000 par an. Le PQ a le mérite de signaler l’enjeu de l’immigration temporaire, notamment l’afflux d’étudiants étrangers dans les universités anglophones, un phénomène encouragé par Ottawa qui bloque l’entrée d’étudiants africains francophones dans nos cégeps et universités.

Avec un seuil élevé, QS prétend prendre le parti de la vertu, en communion avec la politique migratoire expansionniste du gouvernement Trudeau et sa vision postnationale. Plus le nombre d’immigrants qu’un parti promet d’accueillir est important, plus il peut se targuer de favoriser l’ouverture à ce qu’il est convenu d’appeler la diversité. La grandeur d’âme serait fonction de la grosseur du nombre.

Si l’immigration doit faire partie des moyens pour répondre aux pénuries de travailleurs dont souffrent les entreprises en particulier, elle fait augmenter la demande de main-d’oeuvre pour l’ensemble de l’économie. On n’a qu’à regarder la situation en Ontario et écouter son premier ministre, Doug Ford, se plaindre de la pénurie de main-d’oeuvre, même si la province, participant allègrement à la politique fédérale d’accueillir bientôt 451 000 immigrants par an, en reçoit quatre fois plus que le Québec.

Sur le plan de l’enrichissement, les économistes qui se sont penchés sur la question ont conclu que, bien que l’immigration forcément fasse croître l’économie, elle a peu d’effets sur le niveau de vie des gens ; elle influe peu sur le produit intérieur brut par habitant. Ces études donnent raison à François Legault, qui a rappelé le sort enviable des petits pays comme la Suisse, la Suède ou le Danemark. Il serait illusoire de tenter de suivre l’exemple du Canada, dont on peut douter du bon sens de sa frénésie migratoire. Même si cette politique, à laquelle le Québec n’a pas souscrit, a pour conséquence de réduire son poids démographique et politique au sein de la fédération, la grenouille que nous sommes n’a pas intérêt à devenir plus grosse que le boeuf. Et nous verrons à quelle réflexion collective cette évolution néfaste nous conduira.

Les mérites de l’immigration à un niveau soutenable ne reposent pas sur des arguments économiques. Des considérations humanitaires interviennent, mais il s’agit surtout de poursuivre l’aventure de la nation québécoise avec des gens venus d’ailleurs qui veulent y participer, et ainsi l’enrichir. C’est un moyen de faire rayonner le Québec de l’intérieur, pour ainsi dire, de mettre en valeur sa culture, sa société, en français. La question est là, à savoir si cet épanouissement est possible dans le contexte canadien ou si c’est l’insignifiance folklorique et la lente assimilation qui nous attendent.

Source: Bataille de chiffres

Dutrisac: Survivance et résignation [on the CAQ electoral strategy and immigration]

Of interest, particularly the contrast between the earlier inclusive vision of the first PQ government and how it has evolved to the defensive approach of the CAQ:

Il a été beaucoup question de fierté lors du congrès national de la Coalition avenir Québec (CAQ). François Legault a parlé des deux pôles de son gouvernement, la prospérité et la fierté. Le ministre André Lamontagne a aussi beaucoup parlé de fierté dans l’allocution finement rédigée qu’il a livrée samedi après-midi.

Ce type d’événements partisans baigne dans un enthousiasme parfois factice — il ne l’était aucunement cette fin de semaine —, qui se manifeste par les autocongratulations et le cheerleading, le simplisme des lignes de communication et un comportement moutonnier particulièrement exacerbé dans un parti composé de militants disciplinés, ou dociles, plutôt que chicaniers. À cet égard, la CAQ surpasse le Parti libéral du Québec.

Cet enthousiasme se percevait sur le plancher du centre des congrès de Drummondville : jamais depuis les libéraux de Robert Bourassa en 1985 un parti politique québécois n’a été en si bonne posture à l’orée d’élections générales, ce que la faiblesse de ses adversaires ne fait que souligner.

En campagne électorale il y a quatre ans, François Legault avait aussi parlé de fierté, en contraste avec un Philippe Couillard distant, qui semblait parfois douter du peuple québécois.

Après un premier mandat, les Québécois sont-ils plus fiers qu’en 2018, sont-ils plus prospères ? a lancé le chef caquiste, tout en donnant évidemment une réponse affirmative aux deux questions.

Sur le plan de la prospérité, son bilan est positif, surtout si on le compare à celui du gouvernement précédent, de l’austérité duquel nous nous souvenons amèrement. Malgré la pandémie, les finances publiques sont en ordre, la forte croissance économique a dépassé celle de nos voisins, le taux de chômage est au plus bas, la productivité est en hausse, l’écart de richesse avec l’Ontario s’est réduit, les salaires ont augmenté, bien que la poussée d’inflation, qu’on espère de courte durée, soit venue brouiller les cartes, et avec ça, le gouvernement caquiste a remis « de l’argent dans les poches des Québécois ».

Plus prospères et plus fiers, les Québécois devraient afficher une assurance à toute épreuve. Pas si vite : c’est compter sans le spectre de la « louisianisation » du Québec, brandi par François Legault, en lien avec une immigration qui s’intégrerait mal à notre société de langue française. Il y va de la « survie » de la nation québécoise, a fait valoir le chef caquiste.

Dès le début du prochain mandat, le gouvernement caquiste entend organiser un vaste sommet sur les perspectives démographiques du Québec et l’apport de l’immigration. L’événement permettrait d’informer la population sur cet enjeu crucial dans le but de bâtir un rapport de force face à Ottawa. Dimanche, François Legault a réitéré une demande à laquelle Justin Trudeau avait déjà répondu par un non catégorique, celle de rapatrier la responsabilité de la réunification familiale, qui compte pour près du quart des immigrants reçus, et il a ajouté la gestion des programmes visant les travailleurs temporaires et les étudiants étrangers.

Comme l’éventualité que le premier ministre du Canada acquiesce à cette revendication semble lointaine, voire utopique, un prochain gouvernement Legault devra s’atteler à reprendre concrètement la maîtrise de la situation avec les leviers dont il dispose, mais qu’il n’a pas pleinement utilisés.

Ce retour de la survivance, une posture qui fut l’apanage des Canadiens français après 1840, laisse perplexe. C’est une stratégie empreinte de résignation, un aveu d’impuissance politique. Et puis le mouvement nationaliste d’émancipation des années 1960 et suivantes, celui de René Lévesque, progressiste et tourné vers l’avenir, avait mis la hache dans cette survivance passéiste.

Il faudrait que François Legault nous dise si son nationalisme est essentiellement conservateur, essentialiste et défensif, ou s’il s’agit d’un nationalisme progressiste — existentialiste, pourrait-on dire —, qui parle d’avenir et s’appuie sur le pluralisme et le métissage qui caractérisent déjà la nation québécoise. Quand François Legault répète « c’est comme ça qu’on vit au Québec », une formule pour le moins maladroite, et qu’il en rajoute avec « c’est comme ça qu’on parle au Québec », on peut se demander où il s’en va avec ses skis. Le français est la langue commune certes, mais il se parle des centaines de langues au Québec, y compris des langues autochtones.

Le gouvernement Legault a déjà amélioré les choses en matière d’immigration, que ce soit en francisation et en soutien à l’intégration, et le chantier n’est pas terminé. Mais il devrait revenir à l’esprit de Gérald Godin : les immigrants pour la plupart veulent s’intégrer à la nation québécoise et contribuer à sa culture vivante et originale, dont nous pouvons nous enorgueillir. C’est ça aussi, être fier.

Source: Survivance et résignation

Dutrisac: Le Québec largué [on immigration processing, levels and demography]

Of note, along with the ongoing trend of a relative decline compared to other Canadian provinces. Not clear that having more powers for Quebec would change that unless a Quebec government decides to match Canadian immigration targets:

Si on fait exception de 2020, année marquée par les sévères restrictions liées à la pandémie, le gouvernement Trudeau vole de record en record en matière d’immigration. Cette semaine, le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Sean Fraser, a dévoilé de nouvelles cibles qui placent le Canada au sommet des pays — et de loin — quant au nombre d’immigrants qu’ils accueillent.

Au cours de son premier mandat, le gouvernement Trudeau a fait passer le seuil de 280 000 immigrants du gouvernement Harper à quelque 350 000. L’an dernier, Ottawa a voulu effectuer un rattrapage en raison des contraintes touchant les déplacements internationaux et des ratés administratifs qui ont contribué à réduire à 186 606 le nombre d’immigrants admis en 2020 au lieu des 341 000 prévu ; il a donc porté ce nombre à 400 000 en 2021.

Cet objectif de 400 000 et plus, c’est maintenant le nouveau plancher canadien en matière d’immigration. Dans son rapport annuel de 2021 présenté cette semaine au Parlement, le ministre Fraser a établi les seuils à 431 000 pour 2022, 447 000 pour 2023 et 451 000 pour 2024. C’est grosso modo 20 000 à 30 000 de plus que les niveaux avancés dans le rapport annuel précédent.

Si on se réfère à la cible élevée plutôt que moyenne, telle qu’inscrite dans le rapport pour 2024, soit 475 000 immigrants, nous sommes tout près de la recommandation de l’organisme canadien-anglais Century Initiative, qui entend convaincre le gouvernement Trudeau de hausser à 500 000 le seuil d’immigration pour 2026. L’objectif, c’est de faire passer la population canadienne de 37 millions à 100 millions en 2100.

Tandis que le ministre pousse à la hausse le nombre de dossiers à traiter, sa machine administrative ne suit pas. On ne sait d’ailleurs pas sur quelle planète Sean Fraser vit quand il écrit dans son rapport : « Heureusement, le Ministère a su s’adapter aux immenses pressions exercées par la pandémie. » La réalité, c’est qu’au Québec, son ministère est dysfonctionnel.

Les délais pour obtenir le statut de résident permanent, c’est-à-dire devenir un immigrant reçu en bonne et due forme après avoir été sélectionné par Québec, ont encore augmenté, pour atteindre en moyenne 28 mois.

En raison de problèmes administratifs, Ottawa n’arrive même pas à remplir les objectifs d’immigration que lui transmet le gouvernement du Québec. Le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration a demandé qu’un rattrapage soit effectué en 2021 pour combler les retards engendrés par la pandémie, soit un total de 18 000 nouveaux résidents permanents de plus. Manquent à l’appel 15 000 d’entre eux.

Qui plus est, sur les 48 600 détenteurs d’un certificat de sélection du Québec toujours en attente de leur résidence permanente, 25 000 résident au Québec et occupent un emploi. Le ministre Jean Boulet a demandé à son homologue fédéral d’accorder la priorité à ces demandeurs. Mais Ottawa se montre réticent. Si on tient compte de toutes les catégories de nouveaux arrivants, ce sont 90 000 personnes qui sont en attente, selon les données obtenues par Radio-Canada auprès d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

C’est deux poids, deux mesures, car les délais imposés au Québec sont beaucoup plus importants que dans le reste du Canada. Par ailleurs, les autorités fédérales exercent une discrimination à l’endroit des étudiants étrangers en provenance de l’Afrique francophone qui souhaitent étudier au Québec : le taux de refus de ces étudiants pourtant admis dans nos cégeps et nos universités est beaucoup plus élevé que celui des étudiants étrangers anglophones.

Mais plus grave encore, c’est que le Canada, avec sa politique d’immigration extrêmement vigoureuse, est en train de larguer le Québec. On voudrait diminuer rapidement son poids démographique — et celui du Québec français — au sein du Canada qu’on n’agirait pas autrement. En clair, le reste du Canada, toutes proportions gardées, accueille deux fois plus d’immigrants que le Québec. Si l’on voulait résister à cette érosion démographique, ce ne sont pas 53 000 immigrants qu’il faudrait admettre, mais près de 120 000 l’an prochain et davantage les années suivantes.

Dans ce contexte, il est clair que l’entente Canada-Québec sur l’immigration, signée en 1991 par les ministres Gagnon-Tremblay et McDougall, ne tient plus, du moins dans son esprit. Cette entente prévoyait que le Canada consulte le Québec pour établir ses seuils d’immigration, ce qu’il ne fait plus. En outre, les seuils canadiens devaient permettre au Québec de recevoir un pourcentage d’immigrants égal à celui de sa population. Ce n’est plus possible.

Cette évolution du Canada postnational constitue une menace pour la nation québécoise. Il est temps — et c’est un minimum — que le Québec obtienne tous les pouvoirs en matière d’immigration.

Source: Le Québec largué

Dutrisac: De grandes ambitions postnationales [Immigration and Quebec]

Regarding the medium and longer-term impact of increased immigration in the rest of Canada in contrast to relatively static numbers for Quebec, along with some of the fallacies that characterize the government’s reliance on high immigration levels to strengthen the economy and address an aging population.

Le gouvernement Trudeau voudrait bien que le Québec hausse ses seuils d’immigration pour qu’ils se rapprochent des cibles canadiennes, puisqu’Ottawa compte accueillir un nombre record d’immigrants au cours des prochaines années.


Dans une entrevue accordée au Devoir mercredi, le nouveau ministre fédéral de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Sean Fraser, a voulu encourager le Québec à augmenter le nombre d’immigrants qu’il reçoit. « Je crois que le Québec est conscient du besoin de recourir à l’immigration pour s’assurer que les entreprises trouvent des travailleurs », a-t-il déclaré.

Juste avant l’arrivée des libéraux de Justin Trudeau au pouvoir, en 2015, le nombre d’immigrants admis au Canada, sous le gouvernement Harper, variait entre 250 000 et 260 000 par an. En 2019, avant la pandémie, ce nombre était passé à 341 000. Après une chute à 184 000 immigrants en 2020 en raison de la pandémie, les seuils repartent à la hausse pour atteindre 401 000 cette année, 411 000 en 2022 et 421 000 en 2023. Ces derniers chiffres tiennent compte d’un certain rattrapage, mais l’intention, c’est de devenir le gouvernement canadien le plus ambitieux de tous les temps en matière d’immigration, comme l’a signalé le ministre Fraser.

Au Canada anglais, l’organisme Century Initiative tente de convaincre le gouvernement Trudeau d’admettre graduellement de plus en plus d’immigrants pour atteindre les 500 000 en 2026, avec comme objectif ultime de faire passer la population canadienne de 38,5 millions à 100 millions en 2100. Le Canada serait plus fort et aurait plus d’influence sur le plan mondial, avance ce groupe de pression, les Canadiens seraient plus riches, les coffres de l’État seraient mieux garnis, les pénuries de main-d’œuvre ne seraient qu’un mauvais souvenir et le vieillissement de la population serait stoppé.

Ces représentants de l’intelligentsia canadienne-anglaise ne sont pas les seuls à croire que l’admission débridée d’immigrants contribuera à accroître la richesse du pays et à réduire le vieillissement de la population. C’est le discours que tient généralement le milieu des affaires.

Or, comme l’ont montré les chercheurs Parisa Mahboubi et Bill Robson, de l’Institut C.D. Howe, cités par l’économiste Pierre Fortin, l’effet de l’immigration sur le vieillissement de la population est marginal. C’est plutôt la participation accrue des travailleurs de 60 ans et plus, comme au Japon, par exemple, qui est le moyen le plus susceptible de réduire les effets du vieillissement sur le marché du travail et les finances publiques.

À Ottawa, on n’hésite pas à lier l’immigration à un accroissement de la richesse du pays. À cet égard, il ne faut pas oublier que ce n’est pas la grosseur de la tarte qui importe, mais bien la grosseur de la part qui revient à chacun. Autrement dit, c’est le produit intérieur brut (PIB) par habitant dont il faut se soucier. Ainsi, les Néerlandais, dont le pays accueille relativement peu d’immigrants, sont plus riches que les Allemands, qui en ont admis davantage. Il n’y a pas de corrélation.

Quant à l’idée qu’une forte immigration soulagerait les pénuries de main-d’œuvre, c’est « un pur sophisme », nous dit Pierre Fortin. L’immigration accroît le bassin de main-d’œuvre, mais aussi le nombre de consommateurs de biens et de services du commerce et de services publics. Certes, une sélection précise des immigrants peut aider à pourvoir des postes de travailleurs qualifiés en forte demande. Mais augmenter tous azimuts les seuils d’immigration comme le gouvernement Trudeau l’envisage peut accroître le chômage chez les nouveaux arrivants.

La question de la pénurie de logements commence sérieusement à se poser. Comme les immigrants s’établissent en majorité dans les grands centres urbains, une pression intenable s’exerce sur le marché immobilier, comme on peut le constater à Toronto, à Vancouver et, dans une moindre mesure, à Montréal.

C’est sans compter la situation bien particulière du Québec. La politique d’immigration du gouvernement Trudeau fait fi du poids démographique du seul État à majorité francophone de la fédération. S’il fallait suivre le rythme imposé par Ottawa, qui plus est sans qu’il y ait eu de débat, ce n’est pas 50 000 immigrants par an que le Québec devrait accueillir, mais bien 95 000 et davantage, une impossibilité. Déjà, il n’y a pas suffisamment d’immigrants qui choisissent de vivre en français au Québec. Dans le reste du Canada, ce n’est pas un enjeu : tous les nouveaux arrivants, quelle que soit leur langue maternelle, finissent par parler anglais et vivre en anglais. Y compris les francophones, d’ailleurs.

Cette politique d’immigration, poussée par un élan multiculturaliste et postnational, ne convient pas au Québec, qui ne pourra plus très longtemps se contenter de demi-pouvoirs en matière d’immigration.

Source: https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/653859/ottawa-et-l-immigration-de-grandes-ambitions-postnationales?utm_source=infolettre-2021-12-11&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Dutrisac: Le pis-aller (Temporary Foreign Workers and Quebec agreement and exception for their children to study in French)

More complaints regarding IRCC’s treatment of Quebec applicants. Not seeing much evidence in the data for Temporary Foreign Workers:

En août dernier, Québec et Ottawa concluaient une entente en vue d’alléger les exigences que le gouvernement fédéral impose aux entreprises qui recourent à des travailleurs étrangers temporaires (TET) dans certains types d’emplois. Le ministre québécois du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, vient de dévoiler les détails des assouplissements qui découlent de cette entente et qu’il demande maintenant au fédéral d’avaliser.

Ces mesures, qui feront l’objet d’un projet pilote, sont particulières en ce sens qu’elles ne visent pas seulement des emplois qualifiés à 100 000 $ par an dont rêve François Legault, mais aussi des gagne-pain modestes dans des domaines toutefois frappés par des pénuries de main-d’œuvre.

À la fin octobre, la Commission des partenaires du marché du travail, un organisme qui regroupe patrons et syndicats, a dégagé un consensus et confectionné une liste de 71 métiers et occupations qui doivent faire l’objet d’un traitement simplifié des demandes. Le commerce de détail, l’hébergement, la restauration et la transformation alimentaire font partie des secteurs favorisés. On y trouve des caissiers d’épicerie, des manutentionnaires, des préposés à l’entretien, des manœuvres et des serveurs, mais aussi des opérateurs de machinerie, dont les postes sont mieux rémunérés.

Un des problèmes touchant ces travailleurs étrangers, c’est qu’ils se voient accorder par le gouvernement fédéral des permis de travail dits « fermés », c’est-à-dire liés à un seul employeur, ce qui les rend vulnérables et les expose à des abus de la part de patrons exploiteurs. Cette situation est exacerbée par le fait que ces travailleurs ne connaissent pas leurs droits et peuvent avoir de la difficulté à communiquer en français ou en anglais.

Le ministre s’est montré sensible à la situation. Il a fait adopter des modifications à la Loi sur les normes du travail assorties d’un règlement sur les agences de recrutement auxquelles les entreprises font appel. Ces agences, dont les pratiques, dans certains cas, étaient douteuses, doivent désormais détenir un permis. Elles sont dans l’obligation de fournir aux travailleurs une description des conditions de travail relatives à leur emploi ainsi que des documents d’information de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) qui portent sur leurs droits et les obligations de l’employeur. Ces documents existent maintenant en français, en anglais et en espagnol.

Comme il l’a fait pour les travailleurs étrangers agricoles, le ministre a formé au sein de la CNESST une escouade TET vouée à enquêter sur les plaintes concernant d’éventuels abus et contraventions aux normes du travail.

Sans que ce soit une garantie que les travailleurs seront toujours bien traités, il s’agit d’une nette amélioration. En outre, les employeurs se sont engagés, même pour les emplois moins rémunérés, à fournir aux nouvelles recrues le transport, le logement et la couverture de la Régie d’assurance maladie du Québec (RAMQ).

Cet afflux accru de travailleurs étrangers, dans la région de Montréal du moins, réjouira les commissions scolaires anglophones, qui trouveront sans doute, quand les travailleurs sont accompagnés de leur famille, un certain nombre d’enfants pour peupler leurs écoles. Contrairement aux immigrants, ces travailleurs temporaires ne sont pas soumis à la Charte de la langue française et peuvent envoyer leurs enfants à l’école anglaise.

C’est une anomalie qu’il faudrait corriger. Le gouvernement Legault voudrait d’ailleurs qu’Ottawa lui cède la gouverne du programme des TET, qu’il pourrait harmoniser avec ses responsabilités en matière d’immigration. À cet égard, Le Journal de Montréal nous apprenait que Service Canada ne répond plus à la demande en provenance des entreprises du Québec. Celles-ci doivent toujours produire une fastidieuse « étude d’impact sur le marché du travail » pour chacun des emplois offerts, tandis que les fonctionnaires fédéraux n’arrivent pas à traiter les dossiers en temps utile.

Le recours aux travailleurs étrangers temporaires est un pis-aller qui témoigne d’un système d’immigration grippé. Le programme québécois Arrima, qui consiste à lancer des invitations à des candidats à l’immigration en fonction des besoins du marché de travail, n’est pas fonctionnel. De toute façon, Immigration Canada, dont le dysfonctionnement est manifeste, ne parvient même pas à accorder la résidence permanente aux dizaines et dizaines de milliers d’immigrants détenteurs d’un certificat de sélection du Québec qui sont déjà sur le territoire québécois. En recruter de nouveaux par le truchement d’Arrima ne ferait qu’ajouter aux inexcusables délais, de 28 mois en moyenne, dont est responsable le gouvernement fédéral.

Source: Le pis-aller

Dutrisac: Au diable le Québec! [immigration processing delays]

Complaints about slow processing of Quebec appliccations. Hard to know without better comparative data but Quebec’s policy decisions play a role:

Que le Québec soit en mesure de suivre ou non, le gouvernement Trudeau poursuit une politique énergique en matière d’immigration. Les seuils annuels d’admission sont passés de 280 000 à 350 000 ces dernières années. Comme la pandémie a contribué à réduire le nombre d’immigrants reçus, à la fois en raison des contraintes touchant les voyages internationaux et de l’exacerbation des lacunes administratives d’Immigration Canada, l’administration fédérale doit faire du rattrapage en 2021 et traiter 400 000 admissions.

Il semble que la bouchée soit très grosse pour Immigration Canada, qui peine à faire son travail adéquatement. Le ministère est empêtré dans l’accueil des réfugiés afghans et n’arrive pas à délivrer les permis de séjour aux étudiants étrangers en temps utile. Les détenteurs d’un certificat de sélection du Québec (CSQ) sont toujours aussi nombreux à attendre 26 mois en moyenne avant que le gouvernement fédéral ne daigne leur accorder leur résidence permanente pour qu’ils deviennent des immigrants officiellement admis avec tous les droits que ce statut confère.

En 2020, à cause des problèmes administratifs affectant les bureaux d’Immigration Canada en Nouvelle-Écosse qui traitent les demandes de résidence permanente, les autorités fédérales n’ont pu admettre le nombre d’immigrants prévu dans le plan d’immigration du Québec. Cette année, il appert que le rattrapage prévu de 7000 immigrants, ajoutés aux quelque 45 000 autres qui figurent dans le plan, ne pourra pas se faire parce que l’administration fédérale n’arrive pas à traiter les dossiers.

Dans le reste du Canada, l’octroi de la résidence permanente — Ottawa y est responsable de la sélection de tous les immigrants — est beaucoup plus rapide. Ainsi, il est de six mois avec le service Entrée express destiné aux immigrants qualifiés. C’est donc deux poids, deux mesures : une administration fédérale capable d’être efficace pour accorder avec célérité la résidence permanente à des travailleurs qualifiés dans le reste du Canada et la même administration qui a besoin de deux à trois ans pour faire la même chose au Québec.

Au sein des organismes d’aide aux nouveaux arrivants et chez les avocats spécialisés en immigration, on cherche à comprendre les raisons d’une telle disparité de traitement. Immigration Canada n’a plus l’argument de la réduction des seuils d’immigration décrétés par le gouvernement caquiste à son arrivée : le seuil établi par le gouvernement Legault pour 2021 équivaut, avec le rattrapage, à ceux fixés auparavant par le gouvernement Couillard.

En octobre 2020, le ministre fédéral de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marco Mendicino, a lancé un programme afin d’accorder des points aux candidats « francophones et bilingues » pour Entrée express. Le gouvernement Trudeau avait annoncé son intention de porter à 4,4 % le pourcentage d’immigration francophone en dehors du Québec, alors qu’il était de 2,82 %. Ce nouvel objectif correspond à la proportion des francophones qui subsistent dans le reste du Canada. En avril dernier, le ministre a aussi ouvert une voie rapide pour accorder leur résidence permanente à 90 000 travailleurs temporaires et étudiants étrangers en sol canadien. Invité à adopter le même programme, Québec avait décliné puisque cette sélection définie par Ottawa ne correspondait pas à ses critères et parce que le programme était injuste pour les détenteurs d’un CSQ qui poireautent deux à trois ans avant de devenir immigrants reçus.

Il semble que les mesures portent leurs fruits, du moins du point de vue du ministre fédéral. Ottawa pourra compter sur de nouveaux arrivants francophones établis au Québec pour se rapprocher de sa cible. Le Journal de Montréal a rapporté que plusieurs travailleurs et étudiants étrangers établis dans la région de Montréal, désespérant d’obtenir leur résidence permanente, avaient déménagé leurs pénates en Ontario. Ils ont obtenu le précieux statut en quelques mois.

Il s’agit d’une forme de concurrence malsaine, qui s’ajoute à l’incurie administrative réservée au Québec. Le gouvernement Trudeau exerce une pression sur les fonctionnaires d’Immigration Canada pour qu’ils remplissent cette commande d’accueillir 400 000 immigrants cette année. Entre satisfaire les besoins du Québec et ceux du reste du Canada, les fonctionnaires fédéraux écoutent la voix de leur maître et favorisent le système d’immigration qui relève totalement d’eux.

C’est peut-être voulu, c’est peut-être systémique, mais ce qui est clair, c’est que ce traitement inéquitable sape le système québécois d’immigration.

Source: https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/642762/ottawa-et-l-immigration-au-diable-le-quebec?utm_source=infolettre-2021-10-26&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Quebec court upholds law banning religious dress, with exceptions for English schools, MNAs

Don’t think anyone saw this split coming unless I missed it:

A Quebec Superior Court judge has upheld most of the province’s law banning religious dress in some public-service functions but carved out an exception for the anglophone education system, to the dismay of Premier François Legault and other Quebec nationalists.

Justice Marc-André Blanchard ruled Tuesday that Quebec’s “Act respecting the laicity of the State,” better known as Bill 21, infringes fundamental rights to religious expression under the Canadian Charter of Rights and Freedoms, and its Quebec equivalent. He found Bill 21 has “cruel and dehumanizing” effects on the targeted people.

But, he found, the Quebec government’s use of a blanket constitutional override power under Section 33 of the Constitution, known as the notwithstanding clause, prevents him from striking down most of the law.

The judge found an exception for anglophone school boards, which are protected under the Constitution’s minority language rights from having the override applied to them. The judge ruled language rights include cultural issues such as allowing religious expression among school staff.

The ruling cements Quebec’s debate over religious rights into a schism posing proponents of the Canadian model of multiculturalism, including many anglophones, against some Quebec nationalists, mostly francophone, who want to impose a more unitary vision of Quebec culture.

Justice Blanchard also overturned religious dress restrictions on members of the National Assembly who have a Constitutional right to run for election and sit in the legislature without such constraints.

The practical result of Tuesday’s ruling is Quebec’s English-language schools can hire teachers who wear Muslim veils or Jewish kippas, while the rest of Quebec’s school system cannot. Religious symbols will continue to be banned for police officers, judges, government lawyers and others the government has defined as people in positions of authority.

“I am elated and I’m proud of the English Montreal School Board,” said Furheen Ahmed, a high-school teacher who wears a headscarf, and works for the board that was a plaintiff in the case. “But it’s one small victory in a really big province.

“My French counterparts don’t get to celebrate today. And all the other people outside English schools don’t get to celebrate.”

Mr. Legault’s government has already said it will appeal the decision while most plaintiffs and advocacy groups who brought the challenge have strongly hinted they will do likewise. Many legal experts believe a showdown in the Supreme Court of Canada is inevitable.

Justice Blanchard found Mr. Legault’s legislation, passed nearly two years ago with the stated aim of promoting secular values in government institutions, has had serious negative consequences for Quebeckers who wear religious symbols, particularly Muslim women. “Law 21 steps more than minimally on the freedom to show or to practise religious beliefs,” the judge wrote. “This use of the prerogative seems to be imprudent and casual, and its sweep is far too large.”

But, the judge added, while the use of the constitutional exemption to shield the law from challenge appears to be excessive, it does not “violate the architecture of the Canadian Constitution nor primacy of the rule of law.”

The English Montreal School Board was about the only participant in the case declaring victory. While most of the law was upheld, Mr. Legault said he was disappointed and did not understand the judgment.

“I find it illogical. It’s like laïcité and those values are applied differently for anglophones and francophones,” Mr. Legault said. “Quebec and all Quebeckers should live with common values.”

Justice Minister Simon Jolin-Barrette, the architect of the law, accused the judge of dividing Quebeckers. “Quebec is a nation. Some are trying to divide us but we are united,” Mr. Jolin-Barrette said.

Quebec’s law imposes state religious neutrality and includes a dress code prohibiting civil servants holding “positions of authority” from wearing visible religious articles. The jobs under the dress code include teachers, police officers and government lawyers, among others.

People in those jobs who wear the symbols and already hold those posts are allowed to keep working. They cannot be promoted or transferred and new hires must remove the religious symbol to work.

Carissima Mathen, a constitutional law professor at the University of Ottawa, said the ruling sets up an examination of just how far use of the notwithstanding clause can go at the Quebec Court of Appeal and likely the Supreme Court of Canada.

“It’s the first time in maybe 20 years or more that we will have this kind of detailed consideration of Section 33,” Dr. Mathen said. “Lower courts may feel constrained by existing case law. It’s a question more for the appellate court and the Supreme Court of Canada to weigh in and decide if they want to chart a new path or new approach to Section 33.”

Dr. Mathen said while scholars debate how widely the clause should be used, the issue hasn’t gone before the courts because Quebec’s broad use of it is “such a rare choice.”

Advocates for Jewish, Muslim and Sikh organizations who backed the court challenge all expressed disappointment and vowed to keep fighting.

“It came out very clearly there are fundamental problems with Bill 21,” said Yusuf Faqiri, director of Quebec issues with the National Council of Canadian Muslims.

“It’s not constitutional, it’s discriminatory. It has been 674 days that Quebeckers who wear religious symbols are second-class citizens. We will review it in the next couple of days and decide on next steps but one thing is clear. This battle is far from over.”

Source: Quebec court upholds law banning religious dress, with exceptions for English schools, MNAs

Robert Dutrisac in Le Devoir:

Dans sa décision rendue mardi concernant la Loi sur la laïcité de l’État, le juge Marc-André Blanchard, de la Cour supérieure, n’a pas chamboulé l’ordre constitutionnel canadien puisqu’il n’a pu invalider la protection que confère à la loi 21 le recours à la disposition dérogatoire de la Charte canadienne des droits et libertés. Mais il crée deux régimes de droits religieux dans les écoles suivant une démarcation linguistique, sorte de partition juridique du Québec.

À la lecture du jugement, il est évident que c’est à son corps défendant que le juge a écarté les arguments présentés par les demandeurs, notamment l’aspirante enseignante Ichrak Nourel Hak et le National Council of Canadian Muslims, qui visaient à contourner l’article 33 de la Charte canadienne accordant à toute province le droit de dérogation. En fait, le juge Blanchard a invalidé les deux seuls éléments de la loi 21 sur lesquels la dérogation n’avait aucune prise. Il s’agit de l’article 23 de la Charte qui garantit les droits scolaires des minorités linguistiques, droits scolaires qui s’étendent désormais à l’expression de la foi religieuse, selon l’interprétation nouvelle du juge. L’autre élément invalidé, c’est l’obligation faite aux élus de l’Assemblée nationale d’exercer leur fonction à visage découvert. Selon le jugement, cette obligation prive des personnes qui se couvrent le visage du droit de se présenter à une élection québécoise, ce qui contrevient à l’article 3 de la Charte. On peut voir dans cette invalidation une intrusion inédite du pouvoir judiciaire dans la régie interne de l’Assemblée nationale. Dans les deux cas, le gouvernement caquiste va demander d’en appeler.

Quant au recours à la dérogation, le juge Blanchard s’en est tenu au jugement Ford c. Québec qui établit que le législateur n’a pas besoin de justifier l’usage qu’il en fait, et ce, afin « de traduire l’importance que continue de revêtir la souveraineté des législatures », a écrit la Cour suprême il y a plus de 30 ans, préservant ce restant de souveraineté parlementaire britannique que détiennent toujours les provinces. Le juge Blanchard admoneste le gouvernement caquiste qui « ratisse beaucoup trop large » en suspendant des droits qui n’avaient pas de lien avec la loi 21 alors qu’il aurait dû agir de « façon parcimonieuse et circonspecte ». C’est un point de vue, mais si cette suppression est sans objet, elle n’aura pas d’effet. Quoi qu’il en soit, le juge prend sur lui d’envoyer un message aux tribunaux supérieurs : en cas de contestation, le législateur devrait justifier l’existence d’une « certaine connectivité » avec la législation visée. C’est à « l’urne », c’est-à-dire aux citoyens lors d’élections, de décider du sort d’un gouvernement qui exerce ce pouvoir de dérogation, fait-il par ailleurs valoir. Les tribunaux « se doivent d’éclairer cette connaissance [de l’électorat] des fruits de cette expertise », ajoute-t-il. Le juge Blanchard apporte certainement de l’eau au moulin à ceux qui exècrent la Loi sur la laïcité et qui, contre la CAQ, voteront pour le Parti libéral du Québec ou Québec solidaire.

Sur la question de l’accroc aux droits fondamentaux, le juge Blanchard, sans surprise, repousse les arguments qui pourraient justifier cette atteinte « dans une société libre et démocratique », selon la formulation de la Charte. Il rejette du revers de la main les prétentions féministes du groupe PDF Québec voulant que le port du voile soit un symbole de l’asservissement des femmes par une religion patriarcale. Il rejette la position, plus sérieuse selon lui, du Mouvement laïque québécois qui veut que la loi 21 protège la liberté de conscience des enfants et des parents. Reprenant les termes d’un jugement de la Cour suprême, il estime que refuser d’exposer des enfants à différents faits religieux « revient à rejeter la réalité multiculturelle de la société canadienne ». Et le prosélytisme « passif » n’existe pas ; l’enseignante qui porte le voile n’en fait donc pas, à moins de s’y prêter activement. Le fait qu’une enseignante portant le hidjab pourrait l’enlever à l’école afin de respecter la loi est pour lui une aberration en raison de la « symbiose » entre le port de signes religieux et la foi ; l’un ne peut pas exister sans l’autre.

En étendant les droits linguistiques des minorités que protège l’article 23 de la Charte aux droits religieux, le juge Blanchard innove. Qui plus est, la Cour crée une situation inédite de partition juridique de l’État québécois dont on peut craindre qu’elle nuise à la cohésion sociale, à ce qu’il est convenu d’appeler le vivre-ensemble, et qui ne correspond certes pas à la volonté des parlementaires. Quelle que soit l’opinion qu’on peut avoir sur la loi 21, on doit donner raison au gouvernement caquiste de porter cette cause en appel.

Source: Deux régimes de droits au Québec Éditorial La cour entérine une forme de partition juridique.

Quebec/Canada: Les deux solitudes [in immigration]

Paths continue to diverge with longer-term demographic impact, but with the usual caricature of Canadian immigration and multiculturalism policies “n’ayant peu à se soucier des questions d’intégration et de langue,” ignoring the various integration supports including language training:

Le gouvernement fédéral a ouvert une voie rapide pour accorder à 90 000 travailleurs temporaires et étudiants étrangers en sol canadien leur résidence permanente et devenir ainsi des immigrants reçus.

Le but de l’opération, c’est de permettre à Ottawa de s’approcher de son ambitieux objectif d’accueillir 401 000 immigrants en 2021, et ce, en dépit de la pandémie. En raison des restrictions touchant les voyages, l’arrivée de l’étranger des candidats a été grandement perturbée, tout comme leur recrutement. L’idée est donc de les remplacer par des travailleurs et des étudiants étrangers déjà au pays. À compter du 6 mai, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) amorcera le traitement des dossiers qu’elle recevra afin d’accorder le statut de résident permanent à 20 000 travailleurs de la santé, à 30 000 travailleurs dans des services dits essentiels et à 40 000 étudiants étrangers diplômés d’un établissement postsecondaire canadien.

Le ministre fédéral de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marco Mendicino, a invité le Québec à imiter Ottawa. Or, la ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), Nadine Girault, n’a pas emboîté le pas.

En dévoilant son programme, le ministre Mendicino a souligné l’impulsion économique que cet apport rapide de résidents permanents permettra. C’est de la bouillie pour les chats : ces travailleurs occupent déjà des emplois et contribuent ainsi déjà à l’activité économique. En revanche, pour les intéressés, c’est un cadeau du ciel.

Depuis l’accord Canada-Québec de 1991 en matière d’immigration, le gouvernement du Québec sélectionne environ 60 % de ses immigrants, principalement dans la catégorie des travailleurs qualifiés, ou de l’immigration économique, en leur délivrant un certificat de sélection du Québec (CSQ), et établit les seuils annuels d’immigrants admis, c’est-à-dire ceux à qui le gouvernement fédéral accordera, dans une année donnée, un statut de résident permanent.

Les deux systèmes, celui administré par le fédéral et celui du Québec, fonctionnent en parallèle, du moins en partie. IRCC se charge de l’immigration sous toutes ses formes pour l’ensemble des provinces, sauf pour le Québec. Ottawa s’occupe au Québec de la réunification familiale et de la plupart des réfugiés ainsi que des permis de travail délivrés aux travailleurs et aux étudiants étrangers.

L’an dernier, Ottawa prévoyait accorder le statut de résident permanent à 341 000 personnes, statut qui n’a été donné, en raison de la pandémie, qu’à 184 000 candidats. Il entend faire du rattrapage en fixant son objectif à 401 000 cette année, à 411 000 en 2022 et à 421 000 en 2023.

À l’heure actuelle, on estime qu’il reste 25 000 dossiers en attente d’une résidence permanente au Québec ; pour la plupart, il s’agit de détenteurs d’un CSQ qui sont déjà au pays. Malgré ces dossiers qui traînent depuis des années, le gouvernement fédéral n’a pas admis suffisamment de résidents permanents en 2020 au Québec pour que le gouvernement caquiste respecte le seuil d’immigration qu’il s’était fixé, soit entre 43 000 et 44 500. Il en manque plus de 12 000.

Des délais inexcusables de 27 mois, selon les données d’IRCC, et de 13 mois, selon le MIFI, se sont creusés pour obtenir un statut de résident permanent au Québec. Dans le reste du Canada, ce délai serait de six mois. Un tel écart est injustifiable.

Ottawa soutient que la faute revient au gouvernement caquiste, qui a abaissé les seuils d’immigration. Cette explication ne tient pas pour l’an dernier, et possiblement pour l’année en cours, alors que Québec a demandé à Ottawa d’accélérer la cadence. Ottawa voudrait embarrasser le gouvernement caquiste qu’il ne procéderait pas autrement. Il est vrai que le gouvernement caquiste paraît mal avec son approche plus restrictive, notamment son Programme de l’expérience québécoise (PEQ), dont les critères ont été resserrés, alors qu’Ottawa, de son côté, se montre bon prince.

Le gouvernement Legault devrait exiger d’Ottawa qu’il accorde leur résidence permanente à tous les détenteurs d’un CSQ présents au Québec. Il faut en finir avec ces dossiers qui entravent le recrutement des immigrants et nuit à l’atteinte des objectifs gouvernementaux.

En matière d’immigration, le Canada et le Québec suivent deux voies différentes. D’un côté, le gouvernement caquiste — et c’était vrai aussi, avec plus de mollesse, des gouvernements Charest et Couillard — s’efforce de préserver le caractère français du Québec en mettant l’accent sur la francisation des immigrants, leur intégration et la régionalisation de l’immigration, tout en tentant de remédier aux pénuries de main-d’œuvre. De l’autre, le gouvernement Trudeau poursuit une politique des plus agressives, n’ayant peu à se soucier des questions d’intégration et de langue, le Canada dépassant désormais largement l’Australie à titre de champion mondial de l’immigration. Voilà deux solitudes, même en immigration.

Source: https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/598926/immigration-les-deux-solitudes?utm_source=infolettre-2021-04-16&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne