L’intérêt des principes: Michel David on Bill 62

While I prefer the narrow approach of PM Couillard, recognize the validity of David’s arguments given the opposition consensus. I also remain sceptical that the CAQ and PQ will not be tempted by identity politics in the next election:

En politique, il est facile de confondre ses principes et ses intérêts. Le compromis auquel en sont arrivés le PQ, la CAQ et Québec solidaire, dont les positions ont longtemps paru inconciliables, aurait le mérite de mettre un terme, au moins temporairement, à un débat qui a trop duré. En se montrant aussi intransigeant, M. Couillard donne plutôt l’impression de vouloir le poursuivre.

Le premier ministre dit vouloir empêcher une « dérive discriminatoire » qui, après les policiers et les juges, étendrait l’interdiction du port de signes religieux aux enseignants et éventuellement aux baigneuses. Précisément, si l’Assemblée nationale adoptait à l’unanimité un projet de loi traçant clairement la ligne, un nouveau gouvernement y penserait à deux fois avant de rouvrir la boîte de Pandore.

En refusant toute concession, M. Couillard fait en sorte que le débat s’envenime au cours des prochains mois et que la prochaine campagne électorale donne lieu à une surenchère qu’il se fera un devoir de dénoncer avec la dernière énergie. En raison de ses principes, bien entendu.

Comme pour mieux faire traîner les choses, le gouvernement a décidé d’accorder la préséance au projet de loi 98, qui vise à réglementer les ordres professionnels, mais dont il a soudainement découvert qu’il pouvait favoriser l’intégration des immigrants au travail. L’étude du projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l’État risque donc d’être reportée à l’automne, alors qu’on entrera dans l’année électorale. Avec un peu de chance, tout devrait alors être en place pour un nouveau psychodrame.

Source: L’intérêt des principes | Le Devoir

Les braises de l’intolérance | Le Devoir

Good analysis by Michel David on how Quebec has yet to come to terms with diversity and the need to avoid identity politics:

Il n’est jamais facile de comprendre les motivations profondes d’un individu qui décide d’assassiner ses semblables, mais on doit certainement s’interroger sur les conditions qui peuvent l’encourager à commettre un acte aussi barbare que le massacre de la mosquée de Québec.

François Legault, que le premier ministre Couillard avait accusé de « souffler sur les braises de l’intolérance », a raison de dire que de telles tragédies ne doivent pas nous faire renoncer à débattre des moyens de combattre l’extrémisme, mais le discours politique qu’on entend au Québec depuis dix ans a pour le moins manqué de nuance. Certes, l’exemple xénophobe de Donald Trump risque d’être contagieux, mais le « code de vie » d’Hérouxville date de janvier 2007 et la boîte de Pandore ne s’est jamais refermée depuis.

Le débat sur la laïcité est tout à fait légitime, mais la crainte de l’extrémisme islamique a eu pour effet de créer une confusion dont l’ensemble de la communauté musulmane est devenue la victime. Une confusion qui a été trop souvent entretenue et exploitée à des fins politiques.
Une triste coïncidence a voulu que le drame de Québec survienne à quelques jours du dixième anniversaire de la création de la commission Bouchard-Taylor, qui visait précisément à empêcher pareils dérapages.
Force est de reconnaître que nous avons collectivement échoué. La « vigoureuse prise de conscience » que la commission voulait provoquer au sein de la société n’a pas eu lieu. La réponse politique n’est pas venue non plus. Depuis la crise des accommodements raisonnables de 2006-2007, aucun gouvernement n’a réussi à légiférer pour donner suite aux recommandations pourtant très modérées de son rapport.
On a sévèrement reproché au gouvernement Marois d’avoir semé la division avec son projet de charte des valeurs. Après la défaite du PQ, ceux qui siégeaient à la table du Conseil des ministres s’en sont désolidarisés les uns après les autres, mais quelqu’un croit-il sérieusement que quelqu’un aurait démissionné si elle avait été adoptée, comme l’a prétendu Jean-François Lisée ?
Il est vrai que le projet de Bernard Drainville ratissait beaucoup trop large, mais la plupart des gens ne prêtent pas une grande attention aux détails d’un projet de loi. C’est surtout le ton du débat et les malheureux amalgames auxquels il peut donner lieu qu’on retient.
Durant les audiences en commission parlementaire, le président du Conseil musulman de Montréal, Salam El Menyawi, avait été moins choqué qu’attristé par le témoignage de la famille Pineault-Caron, de retour d’un voyage au Maroc, où elle avait été horrifiée de voir des hommes « prier à quatre pattes, à terre sur un petit tapis » et qui ne comprenait pas que le maire Coderre laisse « des al-Qaïda, des n’importe quoi » s’installer à Montréal.
« On a besoin d’éduquer la population. C’est triste parce que les gens qui ne connaissent rien à notre religion vont se fier à ces commentaires », avait dit le président. Alors que la commission Bouchard-Taylor proposait la création de programmes qui favoriseraient un rapprochement, le discours politique contribue trop souvent à un éloignement qu’on déplore seulement quand il tourne à la tragédie.
Jean-François Lisée n’est pas un islamophobe, mais il a clairement voulu profiter de l’islamophobie ambiante quand il a associé Alexandre Cloutier à Adil Charkaoui durant la course à la chefferie du PQ. Il n’a pas davantage contribué à alléger le climat en déclarant qu’une burka pouvait cacher un AK-47.
« Tant que plusieurs d’entre eux éprouveront un vif sentiment d’insécurité pour la survie de leur culture, ils seront moins sensibles aux problèmes des immigrants et des minorités ethniques », soulignait la commission Bouchard-Taylor, y voyant l’origine de la crise qui avait entraîné sa création.
Le premier ministre Couillard avait raison d’insister sur l’attention qu’il faut porter au choix des mots, notamment dans le discours politique, mais le devoir de ceux qui gouvernent est aussi de conjurer dans toute la mesure du possible cette insécurité qui tenaille les Québécois.
M. Couillard accuse ses adversaires d’attiser l’intolérance, mais que fait-il lui-même pour les rassurer. Qu’il s’agisse de langue, de laïcité ou d’intégration des immigrants, son gouvernement donne toujours l’impression de chercher à en faire le minimum.
Même dans le projet de loi sur la neutralité religieuse de l’État, on a trouvé le moyen de faire en sorte que la règle voulant que les services publics soient livrés et reçus à visage découvert puisse être contournée. Ce laisser-faire est aussi une façon de souffler sur les braises.
Malgré l’ampleur du drame de dimanche, le Québec a une remarquable tradition de tolérance. En raison de leur histoire et de leur environnement géopolitique, les Québécois sont néanmoins habités par une insécurité culturelle permanente.

La partition | Le Devoir

Good analysis by Michel David in Le Devoir of the longer term implications of the PQ politique identitaire strategy with the proposed Charte des valeurs québécoises:

Avec son projet de charte, le gouvernement Marois compromet non seulement les chances de rallier les communautés culturelles au projet souverainiste, comme le font valoir les Indépendantistes pour une laïcité inclusive, mais il va également à l’encontre des politiques d’intégration que le PQ a mises de l’avant dans le passé…

Cette fois-ci, la ligne de fracture n’est pas simplement de l’ordre des moyens. Les objections de Mme Mourani et des nombreux indépendantistes qui s’opposent au projet de M. Drainville portent sur la question beaucoup plus fondamentale du respect des droits et libertés de la personne.

Il permettra peut-être au PQ d’obtenir une majorité à l’Assemblée nationale, mais que sert à l’homme de gagner l’univers s’il y perd son âme, n’est-ce pas ?

La partition | Le Devoir.