Dutrisac: Bataille de chiffres

More on the battle of immigration numbers in the Quebec election, with Dutrisac arguing in favour of the CAQ’s restrained approach:

En matière d’immigration, c’est la ronde des chiffres qui s’est invitée en campagne électorale. Trois partis — Québec solidaire, le Parti québécois et le Parti conservateur du Québec — ont précisé quels sont les seuils d’immigration qu’ils préconisent, tandis que la Coalition avenir Québec et Parti libéral du Québec ont confirmé la position qu’ils ont déjà fait connaître.

Du côté de la CAQ, François Legault n’a pas fait mentir son slogan de campagne « Continuons ». Sans surprise, le chef caquiste a réitéré que le gouvernement qu’il formerait s’en tiendrait au nombre de quelque 50 000 immigrants par an. Malgré sa proximité avec le monde des affaires, il n’entend pas céder au lobby du Conseil du patronat du Québec, qui réclame que ce seuil soit augmenté à 80 000 lors du prochain mandat et à 100 000 par la suite.

C’est paradoxalement QS qui s’approche le plus des préférences du patronat en proposant une cible maximum de 80 000 immigrants par an. Le PLQ n’est pas très loin, avançant le chiffre de 70 000 dans le but de contrer les pénuries de main-d’oeuvre.

À l’autre bout du spectre, le PQ propose de réduire à 35 000 le seuil, soit celui qui prévalait avant le régime de Jean Charest, relevant que le déclin du français s’est amorcé quand le nombre d’immigrants admis est passé à 50 000 par an. Le PQ a le mérite de signaler l’enjeu de l’immigration temporaire, notamment l’afflux d’étudiants étrangers dans les universités anglophones, un phénomène encouragé par Ottawa qui bloque l’entrée d’étudiants africains francophones dans nos cégeps et universités.

Avec un seuil élevé, QS prétend prendre le parti de la vertu, en communion avec la politique migratoire expansionniste du gouvernement Trudeau et sa vision postnationale. Plus le nombre d’immigrants qu’un parti promet d’accueillir est important, plus il peut se targuer de favoriser l’ouverture à ce qu’il est convenu d’appeler la diversité. La grandeur d’âme serait fonction de la grosseur du nombre.

Si l’immigration doit faire partie des moyens pour répondre aux pénuries de travailleurs dont souffrent les entreprises en particulier, elle fait augmenter la demande de main-d’oeuvre pour l’ensemble de l’économie. On n’a qu’à regarder la situation en Ontario et écouter son premier ministre, Doug Ford, se plaindre de la pénurie de main-d’oeuvre, même si la province, participant allègrement à la politique fédérale d’accueillir bientôt 451 000 immigrants par an, en reçoit quatre fois plus que le Québec.

Sur le plan de l’enrichissement, les économistes qui se sont penchés sur la question ont conclu que, bien que l’immigration forcément fasse croître l’économie, elle a peu d’effets sur le niveau de vie des gens ; elle influe peu sur le produit intérieur brut par habitant. Ces études donnent raison à François Legault, qui a rappelé le sort enviable des petits pays comme la Suisse, la Suède ou le Danemark. Il serait illusoire de tenter de suivre l’exemple du Canada, dont on peut douter du bon sens de sa frénésie migratoire. Même si cette politique, à laquelle le Québec n’a pas souscrit, a pour conséquence de réduire son poids démographique et politique au sein de la fédération, la grenouille que nous sommes n’a pas intérêt à devenir plus grosse que le boeuf. Et nous verrons à quelle réflexion collective cette évolution néfaste nous conduira.

Les mérites de l’immigration à un niveau soutenable ne reposent pas sur des arguments économiques. Des considérations humanitaires interviennent, mais il s’agit surtout de poursuivre l’aventure de la nation québécoise avec des gens venus d’ailleurs qui veulent y participer, et ainsi l’enrichir. C’est un moyen de faire rayonner le Québec de l’intérieur, pour ainsi dire, de mettre en valeur sa culture, sa société, en français. La question est là, à savoir si cet épanouissement est possible dans le contexte canadien ou si c’est l’insignifiance folklorique et la lente assimilation qui nous attendent.

Source: Bataille de chiffres

About Andrew
Andrew blogs and tweets public policy issues, particularly the relationship between the political and bureaucratic levels, citizenship and multiculturalism. His latest book, Policy Arrogance or Innocent Bias, recounts his experience as a senior public servant in this area.

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