La haine se propage au Québec – L’actualité

Latest provincially-collected data (last StatsCan provincial data shows 184 in Quebec – 2013 Police-Reported Hate Crimes by Province), with particular attention to extreme right motivated crimes:

Selon un rapport daté de 2015 du ministère québécois de la Sécurité publique, le nombre de crimes haineux enregistrés par la police — ce qui peut aller du vandalisme aux voies de fait en passant par les menaces — est passé de 176 en 2009 à 257 en 2014, un bond de 46 %.

Ce sont les crimes motivés par la haine d’une religion qui ont connu l’augmentation la plus marquée, tout particulièrement entre 2013 et 2014. Entre ces deux années-là, qui correspondent à l’époque où le projet de charte des valeurs du Parti québécois faisait débat, le nombre de délits haineux de nature religieuse a presque doublé, passant de 48 à 93. C’est le type de haine la plus répandue dans la province, devant les infractions liées à la race ou à l’origine ethnique, à l’orientation sexuelle, au sexe, à la langue, au handicap ou à l’âge.

Un mouvement morcelé

La mouvance d’extrême droite au Québec est tout aussi morcelée et volatile que celle du reste du pays. Mais elle a aussi ses caractéristiques propres. Samuel Tanner, de l’École de criminologie de l’Université de Montréal, et Aurélie Campana, du Département de science politique de l’Université Laval, en ont tracé les contours dans un rapport publié en 2014.

On retrouve dans la province une concentration particulièrement forte de skinheads d’extrême droite parfois violents. Figurent dans ce cercle des groupes comme Dead Boys Crew, Légion nationaliste, Québec Radical, Ragnarok ou Vinland Front. Certains de leurs membres ont été condamnés pour des agressions à l’arme blanche envers des personnes noires ou d’origine arabe, notamment.

Les skinheads québécois gravitent par ailleurs autour d’une scène musicale fort active, qui constitue un puissant outil de recrutement. Certains de ces groupes ont donné leurs concerts (et craché leur xénophobie) jusqu’en Amérique du Sud et en Europe.

Les chercheurs reconnaissent une autre frange de l’extrême droite québécoise: une frange ultranationaliste, animée par la conviction que la population québécoise de souche canadienne-française doit protéger sa langue, sa culture et son identité contre la menace que représentent à ses yeux les immigrants. Ces groupes sont de plus en plus visibles depuis quelques années: ils organisent des marches, des campagnes de distribution de tracts ou d’autocollants, des conférences et d’autres activités dont la rhétorique ne laisse planer aucun doute sur le sentiment islamophobe qui les motive. En font partie notamment la Fédération des Québécois de souche, Atalante Québec ou encore Pégida Québec.

Source: La haine se propage au Québec – L’actualité

La laïcité déculottée [Pelletier on Charles Taylor’s revisiting Bouchard-Taylor recommendations]

Good piece by Francine Pelletier on the further reflection of Charles Taylor:

Mais où commencer ? Les malentendus sont nombreux et combien enchevêtrés ! D’abord, cette notion voulant que la Révolution tranquille ait transformé le Québec en terre de la laïcité. Oui, la province s’est rapidement sécularisée dans les années 60 ; il y a eu une grande « perte d’influence de la religion », pour ne rien dire de la déconfessionnalisation des écoles. Mais la laïcité implique une séparation de l’Église et de l’État autrement plus pointue, une qui passe par l’ordre juridique et qui aurait exigé, excusez-moi de le souligner à gros traits, le retrait du crucifix à l’Assemblée nationale.

La laïcité comporte un deuxième volet, plus important encore : la neutralité de l’État. Contrairement aux interprétations souvent véhiculées, cela n’implique pas une désaffection religieuse. Loin de récuser, la neutralité « accueille » toute religion seulement sans favoritisme ni parti pris. Comme le suggère le sociologue belge Marc Jacquemain, il ne s’agit pas  d’une valeur en soi, mais d’un dispositif qui garantit une valeur, celle de la liberté de pensée et de religion. L’important n’est pas la neutralité ni l’absence de religion, en d’autres mots, mais bien la liberté de conscience. La possibilité pour chacun d’entre nous de vivre selon ses croyances, en toute liberté. Pour que ce foisonnement individuel puisse se réaliser, l’État, lui, doit offrir une page blanche.

Rien de ça n’a été officiellement discuté, encore moins légiféré, sous le gouvernement Lesage. Il ne l’a pas été beaucoup plus lors de la commission Bouchard-Taylor qui, de toute façon, se penchait sur un à-côté de la laïcité, les accommodements religieux. Les commissaires ont beau avoir inscrit la notion de « laïcité ouverte » dans leur rapport, celui-ci, on le sait, a été grossièrement tabletté. La notion n’a donc guère de sens pour l’ensemble des Québécois aujourd’hui. Si elle avait été bien comprise, aurait-on fait un tel gâchis de la « charte des valeurs » cinq ans plus tard ?

La législation proposée par le gouvernement Marois offrait un premier exercice, en bonne et due forme, sur la laïcité. À la bonne heure. Mais plutôt que de discuter de la neutralité de l’État et du type de laïcité que nous voulions, le débat s’est enlisé sur la question de l’identité nationale. C’est la raison pour laquelle l’exercice a été rapidement rebaptisé « charte des valeurs québécoises ». Il ne s’agissait pas d’établir rationnellement, juridiquement, le « rapport entre le politique et le religieux » ; il s’agissait de dire ce qu’on ne tolérait pas au Québec. C’est chaque fois, en fait, la même chose. Que ce soit dans la foulée de la Révolution tranquille, du « code de vie » d’Hérouxville ou de la charte des valeurs, le sentiment antireligieux, la hantise du passé prennent le dessus et dictent les résultats.

Comme le note Marc Jacquemain, il n’y a que la France qui opte pour cette laïcité dite républicaine, nourrie de suspicion envers la religion (Révolution française oblige) et où, au nom d’une supposée cohésion sociale, on a comme mission « l’émancipation » du croyant. Or, le type de laïcité proposée par MM. Bouchard et Taylor, aussi appelée laïcité libérale, est aux antipodes de cette laïcité française où, plutôt que de défendre « le droit de l’individu face à l’État » on défend « le droit (et même le devoir) de l’État de défendre l’individu face à la religion ».

Ce qui nous amène au consensus que M. Taylor aurait malencontreusement fait voler en éclats, celui d’interdire aux juges, magistrats et policiers le port de signes religieux.

D’abord, est-ce vraiment une victoire d’ériger ce principe en loi alors qu’on ne comprend guère sur quoi une telle restriction repose ? Il s’agit, après tout, de bafouer les droits fondamentaux de certains individus. La « neutralité d’apparence » en vaut-elle vraiment la chandelle ? Je suis plutôt disposée à le croire, mais je trouve suspect qu’on veuille applaudir seulement à ce qui restreint ici les droits individuels alors que c’est silence radio sur ce qui garantirait leur épanouissement. Plutôt qu’un geste réfléchi en vue d’une laïcité réelle, un tel consensus n’agit-il pas plutôt comme un gros diachylon sur la plaie béante de l’identité nationale ?

Charles Taylor a raison de nous forcer à y réfléchir à deux fois.

Les jeunes péquistes refusent de revenir à la charte des valeurs

Encouraging:

Les esprits se sont échauffés au Congrès du comité national des jeunes du Parti québécois (PQ), qui ont rejeté en bloc, dimanche, l’idée d’interdire le port des signes religieux pour tous les employés du secteur public et parapublic pendant leurs heures de travail. Seulement une quinzaine de personnes ont appuyé une mesure qui consistait essentiellement à reprendre les aspects controversés de la charte des valeurs du gouvernement Marois.

« Cette proposition-là, à mon sens, ce n’est pas de la laïcité, c’est, d’une certaine façon, jouer le jeu des racistes. Qui on va attirer au Parti québécois avec cette proposition-là ? » a lancé le délégué Laurent Constantin aux jeunes réunis à Victoriaville. Il a été hué pour avoir utilisé le mot raciste.

« On est Québécois avant tout. C’est de cette façon que nous réussirons à inclure dans la société tous les Québécois de quelque origine qu’ils soient », a exposé Nicolas Turcotte, de l’association des Laurentides, qui avait avancé cette proposition pour le congrès.

Marc-André Bouvette, le nouveau président du Comité national des jeunes du PQ, et Ariane Cayer, la présidente sortante, se sont prononcés contre la proposition. « Les gens sont tannés, les gens ont envie qu’on règle cette question-là une fois pour toutes et là, nous, on a l’odieux d’aller secouer ça encore ? Les gens sont plus capables », a lancé Mme Cayer.

Port de signes religieux: Taylor plombe un compromis possible, déplore Bouchard 

Always interesting to listen to both Taylor and Bouchard, both when they agree and when not. But the focus on the concrete mentioned at the end of this article indicates a strong convergence of views:

Le Québec a raté une occasion unique de mettre derrière lui le débat sur le port de signes religieux. En désavouant la solution mise de l’avant dans son propre rapport, Charles Taylor a coupé les ailes au consensus qui se dessinait entre les partis politiques, déplore Gérard Bouchard qui, avec M. Taylor, avait coprésidé la commission sur les accommodements reliés aux différences culturelles.

Avec la prise de position étonnante du philosophe Taylor, «le Québec risque d’être une autre fois enfoncé dans l’âcre querelle qui le divise depuis une quinzaine d’années », observe M. Bouchard dans une lettre publiée demain dans la section Débats de La Presse+. «Pour ma part, j’endosse toujours cette proposition», tranche M. Bouchard.

M. Taylor soutient intervenir pour contribuer à la réconciliation des opinions sur cette question délicate. Or, estime M. Bouchard, cette intervention aura « contribué à mettre en échec [la réconciliation] qui émergeait entre les partis politiques et qui a été rendue possible parce que d’importants éléments de consensus étaient présents dans la population ».

En désavouant cet élément de son rapport de 2008, M. Taylor risque de provoquer «l’échec du projet de consensus, dénonce son collègue Bouchard. Les jeux sont à nouveau ouverts. Il est probable que le PQ et la CAQ voudront maintenant reprendre leurs billes». Avec cette occasion ratée, prédit-il, «le débat sur les signes religieux est relancé au moins jusqu’aux prochaines élections, et peut-être au-delà».

Le sociologue du Saguenay était injoignable depuis que son partenaire Taylor avait, dans une lettre à La Presse, annoncé qu’il n’appuyait plus la recommandation formulée dans leur rapport en 2008. Il avait eu vent que son collègue s’apprêtait à rendre publique sa volte-face.

Les deux intellectuels proposaient alors d’interdire le port de signes religieux visibles aux représentants de l’État exerçant un pouvoir de coercition sur les autres citoyens. Ainsi les juges, les procureurs de la Couronne de même que les policiers et les gardiens de prison n’auraient pu afficher leur confession en portant une croix, une kippa ou un voile, par exemple. Pour Gérard Bouchard, cette formule «s’était progressivement posée, aux yeux de nombreux Québécois, comme l’assise à partir de laquelle on pourrait ériger un consensus. Cet horizon est maintenant compromis».

M. Taylor jugeait que, depuis la publication du rapport, le contexte avait changé et que le débat soulevé par cette question avait entraîné des gestes malheureux à l’endroit de la communauté musulmane. Ce revirement avait comblé d’aise le premier ministre Couillard qui, rapidement, revint à sa position – totale liberté pour le port de signes religieux à la condition que les services publics soient donnés et reçus à visage découvert.

Au passage, M. Bouchard écorche la position de Philippe Couillard qui, opposé à la «discrimination vestimentaire», prône l’absolue liberté quant au port de signes religieux.

Or, le projet de loi 62 proscrit le niqab, le voile qui couvre le visage, «une contradiction flagrante» dans la position du gouvernement, observe M. Bouchard. M. Couillard a déjà fait valoir que des questions d’identification, de sécurité, commandaient que les services soient offerts et reçus à visage découvert.

L’interdiction du rapport Bouchard-Taylor, limitée à quelques «agents exerçant une fonction tout à fait exceptionnelle», «se défendait bien sur le plan juridique», estime le sociologue, rappelant que des juristes avaient été consultés avant la publication du rapport en 2008. «Nous sommes loin d’une attaque directe contre les musulmans ou du projet de charte des valeurs, comme on l’a prétendu» dit-il.

Les «dissensions persistantes sur les signes religieux» vont rester. Il convient maintenant «d’oeuvrer énergiquement » à d’autres tâches, la lutte contre la discrimination, la destruction des stéréotypes, et « vider enfin le panier de crabes des accommodements [qui posent toujours un gros problème pour les deux tiers des Québécois]». Le gouvernement Couillard semble se montrer plus actif dans cette direction, se réjouit en conclusion Gérard Bouchard.

Source: Port de signes religieux: Taylor plombe un compromis possible, déplore Bouchard | Denis Lessard | National

Quebec can’t keep politics out of the identity debate

Depressing how the cycle repeats itself:

Now, even Prof. Taylor agrees. Conceding that he never really believed in his report’s principal recommendation – that individuals invested with the “coercive” powers of the state be prohibited from wearing religious symbols – the esteemed philosopher said this week that the events of the past decade have convinced him that Quebec should abandon the idea of legislating in this area altogether. Any such law would probably be unconstitutional anyway. More important, the stigmatization of the province’s Muslim minority in the debates that followed his report, and the subsequent Parti Québécois government’s attempt to adopt a charter of Quebec values that would have extended the ban on religious symbols to all state employees, gave licence to a xenophobic minority of Quebeckers to act on their discriminatory views, Prof. Taylor said.

The 85-year-old philosopher concluded that the recent attack on a Quebec City mosque that left six worshippers dead prompted a rare expression of solidarity that must not be squandered by reopening divisive debates over Muslim headgear. It’s time for Quebec to move on – and heal.

Unfortunately, Prof. Taylor’s words of wisdom will be all but ignored, in part because the co-author of the Bouchard-Taylor report profoundly disagrees with them. For Prof. Bouchard, a sociologist and the brother of former PQ premier Lucien Bouchard, it is precisely the failure of politicians to act on his report’s recommendations that led to an increase in hate crimes and discriminatory attitudes toward Muslims. For him, it’s “urgent” to legislate the rules of religious accommodation now to prevent this debate from boiling over again in the future.

Prof. Bouchard’s point of view reflects one of his report’s fundamental observations. Though a majority in their home province, francophone Quebeckers with Catholic roots still consider themselves a threatened minority and expect newcomers to understand this. “What’s just happened in Quebec,” the 2008 report noted, “gives the impression of a face-to-face between two minorities, each asking the other to accommodate it… We can conclude that Québécois of French-Canadian ascendance are still not very comfortable with the cumulation of their two statuses – majority in Quebec, minority in Canada and North America.”

A decade later, not much has changed. The current Liberal government of Premier Philippe Couillard, which depends on the overwhelming support of the province’s anglophone and immigrant populations to win elections, once again finds itself awkwardly trying to prevent an unresolved identity crisis from again becoming a political one. It has proposed legislation establishing the parameters of the state’s religious neutrality that would ban face coverings among those who dispense or receive government services.

The opposition PQ and Coalition Avenir Québec naturally think the Liberal legislation is too timid and, barely a week after the Quebec City shooting, said they would only support it if it also included Bouchard-Taylor’s proposal to ban police officers, judges and prison guards from wearing religious symbols. Coalition Avenur Québec Leader François Legault called the idea a “compromise.”

Indeed, the opposition is attempting to exploit divisions within the Liberal caucus itself. Liberal MNA’s from outside the Montreal area are worried that a failure to address the debate over religious accommodation could lead to their defeat in the 2018 election, just as it did in 2007. Hence, Mr. Couillard’s government reportedly considered adopting Bouchard-Taylor’s recommendations after the Jan. 29 mosque shooting. But the Premier ultimately could not stomach the idea. Prof. Taylor’s volte-face vindicates Mr. Couillard. But it is a small consolation for the Premier. A decade after Bouchard-Taylor, Quebec is still no closer to reconciling its religious past and present.

Source: Quebec can’t keep politics out of the identity debate – The Globe and Mail

Une bénédiction pour Couillard | Charles Taylor on Bill 62

Nothing wrong with either remaining in favour of this recommendation in favour of banning religious symbols for police and judges, as Gérard Bouchard, or having second thoughts as Charles Taylor. IMO, Taylor is more attuned to the continued risks of divisiveness of expanding the relatively narrow focus of Bill 62 on face-coverings:

Une volte-face comme une bénédiction pour le gouvernement libéral. Contrairement à ce qu’il soutenait dans le rapport de la commission sur les accommodements raisonnables, le philosophe Charles Taylor a déclaré publiquement qu’il ne croit plus qu’il faut interdire le port de signes religieux, notamment pour les policiers et les juges. De la musique aux oreilles du premier ministre Philippe Couillard, qui a réaffirmé qu’il n’entendait pas légiférer sur le sujet.

Les libéraux rejettent ainsi tout compromis avec les partis d’opposition, qui s’étaient pourtant montrés ouverts à appuyer le projet de loi 62 sur la neutralité de l’État s’il contenait une disposition empêchant le port de tout signe religieux pour les personnes détenant une fonction « coercitive » ou en situation d’autorité. « Nous, on a toujours été opposés à la discrimination vestimentaire. Ce n’est pas la première fois que je le dis ce matin. […] Je crois que ça permet de constater que, quand on a des principes, il faut s’y tenir », a affirmé Philippe Couillard.

Dans une entrevue à Radio-Canada, M. Taylor a dit qu’il était conscient qu’il intervenait dans un débat politique, confortant du même coup le premier ministre dans sa décision. « Si j’avais une intention politique, c’était d’éviter qu’on accepte ce compromis, oui, justement parce que j’y voyais un grand danger. Le but, auquel je tiens de façon passionnée, c’est que les gens commencent à se rallier et à se comprendre. Et j’ai dû intervenir », a-t-il expliqué.

Même s’il en faisait la recommandation dans le rapport Bouchard-Taylor, déposé il y a neuf ans, le philosophe croit aujourd’hui qu’il est « dangereux » de légiférer pour interdire le port de signes religieux, car cela risque « d’exclure les immigrants de certaines zones »« Maintenant, non seulement je vois que cette distinction n’est pas importante […] mais je vois les conséquences de mener ces débats. Il y a des conséquences très sérieuses. Ça crée un effet de stigmatisation. » Un effet qui, selon lui, doit être évité à tout prix dans le contexte du nouveau gouvernement de Donald Trump et celui de la fusillade à la mosquée de Québec. « Ne rouvrons pas les plaies », a-t-il écrit dans une lettre ouverte publiée mardi.

Avec cette sortie publique, M. Taylor marque son désaccord avec son collègue et coprésident de la Commission, Gérard Bouchard. Celui-ci avait précisé à maintes reprises qu’il était important, voire « urgent », de légiférer sur la question. Ce dernier n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue. « On n’a jamais vraiment été d’accord là-dessus, parce que pour lui c’était une question de principe, pour moi, plutôt une question de conjoncture. Mais je l’estime beaucoup et je suis d’accord avec lui pour tout le reste du rapport », a dit M. Taylor en entrevue à Radio-Canada.

Source: Une bénédiction pour Couillard | Le Devoir

Globe’s coverage:

Charles Taylor, a leading Canadian intellectual who has been described as one of the world’s greatest living philosophers, said such a ban raises the possibility of stigmatizing the Muslim community. Mr. Taylor was, along with academic Gérard Bouchard, co-chairman of a high-profile commission on reasonable accommodation that recommended in 2008 that figures of coercion in Quebec be prevented from wearing symbols of their faith.

Those figures include police officers, judges, prison guards and prosecutors.

However, Mr. Taylor has now said he has changed his mind. In an unusual move, he has disavowed a key section of his report.

“I did sign the report where this recommendation appears; but nine years later, I no longer endorse it,” he wrote in La Presse.

The mosque attack in Quebec City that claimed the lives of six Muslim worshippers last month created a new context, said Mr. Taylor, an emeritus philosopher at McGill University. Quebec has just started to close the divisions left by the acrimonious debate over the Parti Québécois’s Charter of Values, which would have banned religious headwear in the public service. That debate stigmatized some minorities and even led to verbal and physical assaults against women wearing head coverings, he said.

Quebeckers have now started to rally together in the wake of the mosque assault.

“I believe we cannot afford the luxury of taking new steps that would renew the stigmatization, regardless of the good intentions of some of their defenders,” Mr. Taylor wrote, in French. “Let’s not reopen the wounds. Let’s leave all the room to a time of reconciliation.”

He admitted his stance puts him at odds with Mr. Bouchard, who has pushed for the figures-of-authority ban on a matter of principle. “We disagree,” Mr. Taylor told an interviewer Tuesday about his former co-chairman. “We were never entirely in agreement.”

Quebec is in the throes of yet another discussion over the place of religion in the public realm because the Liberals have introduced Bill 62, legislation that would forbid people from giving or receiving public services with their faces covered. The government presents it as a matter of security and communication.

The opposition Parti Québécois and Coalition Avenir Québec have said they want the bill to include a headwear ban for authority figures.

Mr. Couillard argues that such a step would amount to “clothing discrimination.” He hinted on Tuesday he might propose changes to Bill 62, but has given no indication he is prepared to withdraw it.

Quebec’s Couillard rejects push for ban on officials’ religious headwear

Étude: la charte des valeurs québécois aurait attisé la discrimination

Not surprising but nice to see this confirmed in a more systematic manner:

Le débat sur la charte des valeurs a-t-il ouvert la porte à plus de racisme ? Depuis l’attentat à la Grande Mosquée de Québec, plusieurs membres de la communauté musulmane accusent le projet du Parti québécois d’avoir alimenté les tensions sociales et engendré des gestes violents à leur endroit. Une très rare étude sur la question, obtenue par La Presse, tend à leur donner raison.

Les jeunes plus sensibles

« La charte a-t-elle généré une solidarité accrue autour d’une identité commune ou a-t-elle sapé l’harmonie sociale ? » Voilà la question à laquelle ont tenté de répondre des chercheurs de l’UQAM et des universités Laval et McGill depuis 2014. Leur étude, qui cible les jeunes, est « très exploratoire », prévient Ghayda Hassan de l’UQAM. « C’est un projet pilote qui n’est pas nécessairement représentatif. » Il s’agit toutefois d’une très rare, sinon de la seule étude scientifique sur le sujet depuis 2014. L’équipe de Mme Hassan a interrogé 441 étudiants de l’UQAM (30,5 % d’hommes, 69,5 % de femmes). Pourquoi l’université ? D’abord parce que « les tensions intercommunautaires ont de graves conséquences pour les jeunes », lit-on. Aussi, « comparativement à la population générale, les étudiants sont plus susceptibles de connaître la charte ».

Discrimination

« Bien que le but de la charte était de placer la laïcité et l’égalité des femmes au coeur du débat public et politique, nos résultats montrent qu’il a eu des conséquences négatives », écrivent les chercheurs. Le tiers des étudiants ont déclaré avoir vécu personnellement ou avoir été témoins d’une forme de discrimination ethnique ou religieuse depuis la charte des valeurs. Un chiffre « plus élevé que prévu », qui a surpris les chercheurs. Les cas de discrimination étaient plus nombreux chez les immigrants, ainsi que chez ceux qui se sont identifiés comme biculturels ou appartenant à des groupes culturels ou religieux minoritaires par rapport aux Québécois « de souche » ou aux personnes s’identifiant comme catholiques. Les participants qui se disaient en faveur de la charte ont rapporté moins de discrimination que ceux qui y étaient opposés.

Perceptions transformées

Bonnes ou mauvaises, les relations intercommunautaires au Québec ? Le débat sur la charte a complètement changé la vision des jeunes sur cette question. Alors qu’ils voyaient majoritairement les relations intercommunautaires comme étant positives avant la charte, leur perception est devenue largement négative après, surtout chez les femmes, les immigrants et ceux qui s’identifient comme des minorités culturelles ou religieuses. C’est plus de la moitié des étudiants qui entrevoyaient un avenir sombre pour les relations entre les communautés. Seulement 20 % croyaient en un avenir positif. « L’étude révèle que la question de l’identité nationale québécoise est très sensible et sous-tend des tensions intercommunautaires importantes », écrivent les chercheurs.

Femmes musulmanes

Les femmes de confession musulmane ont été parmi les plus touchées par la charte, nous explique la chercheuse Ghayda Hassan, notamment parce que le débat sur le projet du PQ a beaucoup tourné autour du port du voile islamique. L’étude démontre que la couverture médiatique, en « dépeignant les symboles religieux comme des menaces au vivre-ensemble », en centrant son discours « autour de la sécularisation préconisée par la charte, a contribué à des manifestations de discrimination et d’ethnicisation dirigées surtout contre des femmes musulmanes immigrées, perçues comme des menaces pour la construction de la nation ».

Encore des séquelles ?

Dans la foulée de l’attentat dans une mosquée de Québec, plusieurs membres de la communauté musulmane ont montré du doigt la charte des valeurs. Visiblement, plus de deux ans après l’abandon du projet, les séquelles se font toujours sentir. Mais ont-elles encore un impact réel dans la société ? « Étant donné que le projet de charte a été abandonné lorsque le gouvernement du Parti québécois a été battu en 2014, les effets négatifs que nous avons observés ont peut-être disparu. Cependant, le débat sous-jacent est encore vivant », écrivent les chercheurs.

Source: Étude: la charte des valeurs aurait attisé la discrimination | Gabrielle Duchaine | National

A week of kindness, then identity politics as usual in Quebec

Good piece by Yves Boisvert – how quickly old patterns reassert themselves:

In the aftermath of the Quebec City mosque killings, one would think the political debate around secularism and identity would be kinder and more reasonable. Quebec Premier Philippe Couillard was widely congratulated for his dignified behaviour, his call for unity, and for refusing to point fingers at political opponents or media who irresponsibly played identity politics over the past few years.

Parti Québécois leader Jean-François Lisée appeared with Mr. Couillard and admitted some wrongs. Yes, he went too far last fall when he said a provincial debate was needed on the wearing of burkas in Quebec, suggesting you could hide an assault rifle under clothing of that sort. He already had admitted in the past that the infamous so-called “Quebec Charter of Values” promoted by his government had “poisoned” the debate on secularism in Quebec.

It would, however, take a full-time job to track the fast-evolving thinking of Mr. Lisée on the matter. After losing power, he repudiated the bill banning religious signs for public servants. Just a few months before, as a minister in the PQ government, Mr. Lisée wrote an op-ed in The New York Times pretending Quebec was having a “Jefferson moment,” in its pursuit of secularism.

But politics, like gravity, adheres to inescapable laws. After a week of political kindness and introspection, Mr. Couillard tried to put the other parties on the defensive, by “reaching out” to them for quick approval of Bill 62, “an Act to foster adherence to State religious neutrality.” The small bill, an 18-section piece of legislation, states that members of public bodies have to exercise their functions “with face uncovered.” This would also apply to citizens seeking public services. An accommodation can be made except for identification or security matters.

The bill also offers a vague framework for religious accommodations, be it for employees or school children. It should respect gender equality and other basic principles.

The bill does not go far enough for the main opposition parties, who pretend the legislation should settle once and for all every case of religious accommodation that comes up in the future. The perception that Quebec is under pressure for an incredible number of demands from religious minorities (read: Muslims) is persistent. But, a Commission of inquiry by two prominent intellectuals, Gérard Bouchard and Charles Taylor, concluded in 2008 that no such crisis exists. But the PQ, since its identity shift, has worked hard to cultivate the myth.

Not as hard, though, as François Legault, the nationalist-but-not-sovereigntist leader of the Coalition Avenir Québec. If we are to believe Mr. Legault, religious compromise risks diluting Quebec’s identity, which is why Mr. Legault last summer was so concerned about the province’s so-called burkini problem.

Still, Mr. Legault offered to drop his demand that a ban on religious signs for teachers be included in the bill. He asks, as the PQ, that the Bouchard-Taylor recommendations be included, namely a ban on religious signs for officers of the law – judges, police officers, prison guards, prosecutors.

“Let’s legislate on what we agree on,” Mr. Couillard said, not willing to strip any theoretical (for now) law officer of their rights to please the opposition.

Meanwhile, left-wing Québec solidaire accuses the Premier of “systemic racism” because only 2 per cent of job appointments by the Executive Council are visible minorities.

And, the shock-media commentators are back on track, playing down the very idea that Islamophobia exists in Quebec.

The worst case of hate crime against Muslims in the country’s history has yet to inspire a more profound and painful conversation.

Source: A week of kindness, then identity politics as usual in Quebec – The Globe and Mail

Québec veut se rapprocher de Bouchard-Taylor

Bouchard-Taylor remains a good reference point for discussion:

Le gouvernement Couillard cherche une avenue pour se rapprocher des recommandations du rapport Bouchard-Taylor et donner plus de muscle au projet de loi 62, qui vise à proscrire le port du voile intégral pour donner ou recevoir des services publics.

Selon les informations obtenues par La Presse, on a planché sur une voie de passage qui ferait en sorte que le port de signes religieux serait interdit aux employés qui ont un «pouvoir de coercition» et qui doivent porter un uniforme – les policiers et les gardiens de prison tombent dans cette catégorie.

En revanche, en raison de l’indépendance du système judiciaire, les juges ne pourraient être soumis à cette directive. L’absolue indépendance des magistrats est même garantie dans la Charte des droits de l’homme, a rappelé hier un membre du gouvernement.

Mais du point de vue légal, des obstacles paraissent encore insolubles, la liberté de culte étant inaliénable du point de vue de la Charte canadienne des droits et libertés. Certains proposent de faire un renvoi à la Cour d’appel pour tester la solution envisagée.

Proposition de compromis

La réflexion du gouvernement survient après une proposition de compromis soumise mardi par François Legault, chef de la Coalition avenir Québec (CAQ). La CAQ est prête à laisser tomber l’interdiction de signes religieux pour les enseignants et à revenir à la proposition de la commission Bouchard-Taylor, dans l’espoir de dégager un consensus. La CAQ maintiendrait cette disposition pour les enseignants dans son programme électoral. Le chef péquiste Jean-François Lisée avait aussi indiqué qu’une entente serait possible si Québec se rangeait derrière la proposition faite par la commission lancée il y a 10 ans maintenant.

Mais en dépit de ces propositions de compromis, Philippe Couillard avait soutenu qu’il restait sur ses positions. «Encore une fois, on est en train de mettre sur la table un débat sur un enjeu inexistant», avait-il affirmé. La position du gouvernement, jusqu’ici, était une totale liberté pour les juges, les policiers ou les gardiens de prison qui souhaiteraient porter des signes religieux visibles. Le refus de Philippe Couillard de saisir au bond l’offre de compromis a été critiqué par bien des observateurs.

Cette déclaration avait fait bondir le sociologue Gérard Bouchard. En entrevue à Radio-Canada, M. Bouchard a soutenu qu’au contraire, il est «urgent» d’intervenir «de manière énergique», même si c’est «préventif». «On se retrouverait en pleine soupe, encore une fois», si des juges ou des policiers décidaient de porter un signe religieux quand ils sont en fonction, a-t-il observé.

Possibilité de renvoi à la cour d’appel

La position du gouvernement est en mouvance. «On est en train de regarder ça», observe-t-on. La capacité du gouvernement employeur de prescrire l’uniforme pour les policiers et les gardiens de prison pourrait lui permettre de proscrire le port de signes religieux, croit-on. «Quand une autorité hiérarchique peut prescrire un code vestimentaire, cela pourrait faire l’objet de réglementation», explique-t-on au gouvernement.

Mais les experts constitutionnels croient qu’une telle disposition serait inévitablement testée par les tribunaux. «Mais cela pourrait prendre plusieurs années avant que la cour se penche là-dessus.» La Cour suprême a déjà indiqué que le port du turban pour un agent sikh de la Gendarmerie royale du Canada était légal, et la jurisprudence est tout aussi claire pour le port de la kippa juive.

Québec pourrait décider de soumettre de lui-même l’orientation choisie à sa Cour d’appel – seul le fédéral peut faire un renvoi directement à la Cour suprême. Cependant, les tribunaux n’aiment pas être ainsi consultés sur un principe en l’absence de faits pour donner du contexte à la requête.

Le port d’un uniforme est considéré comme une limite raisonnable à la liberté d’expression, mais le port du voile touche à la liberté de culte.

Source: Québec veut se rapprocher de Bouchard-Taylor | Denis Lessard | Politique québécoise

Laïcité: Couillard reçoit froidement un appel de l’opposition, Philippe Couillard rejette l’accusation de racisme systémique lancée par QS (appointments)

Two articles of interest. First, despite the Quebec shootings, the opposition parties continue to play identity politics, deliberately or inadvertently:

M. Couillard a déclaré dans un point de presse que l’enjeu du port de ces symboles est un phénomène inexistant dans le cas des fonctionnaires qui disposent d’un pouvoir de coercition.

«On est encore une fois en train de mettre sur la table un débat pour un enjeu inexistant, a-t-il dit. Je l’avais dit il y a quelques années: à ce que je sache, il n’y a pas de policier qui porte de signes religieux au Québec. Il n’y en a pas plus aujourd’hui. On est en train d’entreprendre un débat sur un enjeu qui est plus qu’hypothétique, qui est inexistant.»

Selon le premier ministre, l’attentat qui a fait six morts dans une mosquée de Québec, la semaine dernière, ne doit pas faire dévier le débat vers la place de la laïcité dans les services publics.

«Le problème d’horreur qu’on a vécu au Québec, la semaine dernière, c’est le racisme et la xénophobie poussés à la violence extrême, a-t-il dit. C’est ça l’enjeu. Il ne faut pas le retourner et voir qu’on va régler le problème en restreignant les droits de certaines personnes dans la société.»

M. Couillard a tout de même affirmé qu’il sera possible pour l’opposition de discuter de ses propositions lors de la commission parlementaire qui étudie le projet de loi 62, proposant l’obligation du visage découvert dans les services publics.

«On aura des arguments importants, mais je pense que personne ne s’attend à ce qu’on mette nos principes de côté ou qu’on marchande nos principes», a-t-il dit.

Source: Laïcité: Couillard reçoit froidement un appel de l’opposition | Alexandre Robillard | Politique québécoise

Same story in the Globe:  Debate over wearing religious symbols returns to Quebec 

Secondly, the Quebec government comes under attack for the tiny number of visible minority government appointments (the provincial equivalent to GiC federal appointments, where visible minorities form 6.1 percent – see Governor in Council Appointments – 2016 Baseline):

Le gouvernement rejette les accusations de racisme systémique dans ses nominations, mais reconnaît qu’il y a un problème.

Le premier ministre Philippe Couillard estime en effet qu’«il y a beaucoup de progrès à faire au Québec».

C’est Québec solidaire qui a accusé lundi le bureau du premier ministre de racisme systémique dans ses nominations. Selon le parti de gauche, les personnes issues de minorités constituent seulement 2 % des 400 à 500 nominations par année effectuées par le Conseil exécutif.

Dans un point de presse mardi en ce jour de rentrée parlementaire, M. Couillard a dit qu’il ne pensait pas que c’était le cas.

Il a toutefois ajouté qu’il y a beaucoup de progrès à faire et que c’est clair quand on regarde les chiffres d’accès à la fonction publique des communautés culturelles.

La ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil, a réagi à l’accusation. Selon elle, il ne s’agit pas de racisme systémique, mais elle a admis qu’il y avait un problème.

Source: Philippe Couillard rejette l’accusation de racisme systémique lancée par QS | Patrice Bergeron | Politique québécoise