Étude: la charte des valeurs québécois aurait attisé la discrimination

Not surprising but nice to see this confirmed in a more systematic manner:

Le débat sur la charte des valeurs a-t-il ouvert la porte à plus de racisme ? Depuis l’attentat à la Grande Mosquée de Québec, plusieurs membres de la communauté musulmane accusent le projet du Parti québécois d’avoir alimenté les tensions sociales et engendré des gestes violents à leur endroit. Une très rare étude sur la question, obtenue par La Presse, tend à leur donner raison.

Les jeunes plus sensibles

« La charte a-t-elle généré une solidarité accrue autour d’une identité commune ou a-t-elle sapé l’harmonie sociale ? » Voilà la question à laquelle ont tenté de répondre des chercheurs de l’UQAM et des universités Laval et McGill depuis 2014. Leur étude, qui cible les jeunes, est « très exploratoire », prévient Ghayda Hassan de l’UQAM. « C’est un projet pilote qui n’est pas nécessairement représentatif. » Il s’agit toutefois d’une très rare, sinon de la seule étude scientifique sur le sujet depuis 2014. L’équipe de Mme Hassan a interrogé 441 étudiants de l’UQAM (30,5 % d’hommes, 69,5 % de femmes). Pourquoi l’université ? D’abord parce que « les tensions intercommunautaires ont de graves conséquences pour les jeunes », lit-on. Aussi, « comparativement à la population générale, les étudiants sont plus susceptibles de connaître la charte ».

Discrimination

« Bien que le but de la charte était de placer la laïcité et l’égalité des femmes au coeur du débat public et politique, nos résultats montrent qu’il a eu des conséquences négatives », écrivent les chercheurs. Le tiers des étudiants ont déclaré avoir vécu personnellement ou avoir été témoins d’une forme de discrimination ethnique ou religieuse depuis la charte des valeurs. Un chiffre « plus élevé que prévu », qui a surpris les chercheurs. Les cas de discrimination étaient plus nombreux chez les immigrants, ainsi que chez ceux qui se sont identifiés comme biculturels ou appartenant à des groupes culturels ou religieux minoritaires par rapport aux Québécois « de souche » ou aux personnes s’identifiant comme catholiques. Les participants qui se disaient en faveur de la charte ont rapporté moins de discrimination que ceux qui y étaient opposés.

Perceptions transformées

Bonnes ou mauvaises, les relations intercommunautaires au Québec ? Le débat sur la charte a complètement changé la vision des jeunes sur cette question. Alors qu’ils voyaient majoritairement les relations intercommunautaires comme étant positives avant la charte, leur perception est devenue largement négative après, surtout chez les femmes, les immigrants et ceux qui s’identifient comme des minorités culturelles ou religieuses. C’est plus de la moitié des étudiants qui entrevoyaient un avenir sombre pour les relations entre les communautés. Seulement 20 % croyaient en un avenir positif. « L’étude révèle que la question de l’identité nationale québécoise est très sensible et sous-tend des tensions intercommunautaires importantes », écrivent les chercheurs.

Femmes musulmanes

Les femmes de confession musulmane ont été parmi les plus touchées par la charte, nous explique la chercheuse Ghayda Hassan, notamment parce que le débat sur le projet du PQ a beaucoup tourné autour du port du voile islamique. L’étude démontre que la couverture médiatique, en « dépeignant les symboles religieux comme des menaces au vivre-ensemble », en centrant son discours « autour de la sécularisation préconisée par la charte, a contribué à des manifestations de discrimination et d’ethnicisation dirigées surtout contre des femmes musulmanes immigrées, perçues comme des menaces pour la construction de la nation ».

Encore des séquelles ?

Dans la foulée de l’attentat dans une mosquée de Québec, plusieurs membres de la communauté musulmane ont montré du doigt la charte des valeurs. Visiblement, plus de deux ans après l’abandon du projet, les séquelles se font toujours sentir. Mais ont-elles encore un impact réel dans la société ? « Étant donné que le projet de charte a été abandonné lorsque le gouvernement du Parti québécois a été battu en 2014, les effets négatifs que nous avons observés ont peut-être disparu. Cependant, le débat sous-jacent est encore vivant », écrivent les chercheurs.

Source: Étude: la charte des valeurs aurait attisé la discrimination | Gabrielle Duchaine | National

A week of kindness, then identity politics as usual in Quebec

Good piece by Yves Boisvert – how quickly old patterns reassert themselves:

In the aftermath of the Quebec City mosque killings, one would think the political debate around secularism and identity would be kinder and more reasonable. Quebec Premier Philippe Couillard was widely congratulated for his dignified behaviour, his call for unity, and for refusing to point fingers at political opponents or media who irresponsibly played identity politics over the past few years.

Parti Québécois leader Jean-François Lisée appeared with Mr. Couillard and admitted some wrongs. Yes, he went too far last fall when he said a provincial debate was needed on the wearing of burkas in Quebec, suggesting you could hide an assault rifle under clothing of that sort. He already had admitted in the past that the infamous so-called “Quebec Charter of Values” promoted by his government had “poisoned” the debate on secularism in Quebec.

It would, however, take a full-time job to track the fast-evolving thinking of Mr. Lisée on the matter. After losing power, he repudiated the bill banning religious signs for public servants. Just a few months before, as a minister in the PQ government, Mr. Lisée wrote an op-ed in The New York Times pretending Quebec was having a “Jefferson moment,” in its pursuit of secularism.

But politics, like gravity, adheres to inescapable laws. After a week of political kindness and introspection, Mr. Couillard tried to put the other parties on the defensive, by “reaching out” to them for quick approval of Bill 62, “an Act to foster adherence to State religious neutrality.” The small bill, an 18-section piece of legislation, states that members of public bodies have to exercise their functions “with face uncovered.” This would also apply to citizens seeking public services. An accommodation can be made except for identification or security matters.

The bill also offers a vague framework for religious accommodations, be it for employees or school children. It should respect gender equality and other basic principles.

The bill does not go far enough for the main opposition parties, who pretend the legislation should settle once and for all every case of religious accommodation that comes up in the future. The perception that Quebec is under pressure for an incredible number of demands from religious minorities (read: Muslims) is persistent. But, a Commission of inquiry by two prominent intellectuals, Gérard Bouchard and Charles Taylor, concluded in 2008 that no such crisis exists. But the PQ, since its identity shift, has worked hard to cultivate the myth.

Not as hard, though, as François Legault, the nationalist-but-not-sovereigntist leader of the Coalition Avenir Québec. If we are to believe Mr. Legault, religious compromise risks diluting Quebec’s identity, which is why Mr. Legault last summer was so concerned about the province’s so-called burkini problem.

Still, Mr. Legault offered to drop his demand that a ban on religious signs for teachers be included in the bill. He asks, as the PQ, that the Bouchard-Taylor recommendations be included, namely a ban on religious signs for officers of the law – judges, police officers, prison guards, prosecutors.

“Let’s legislate on what we agree on,” Mr. Couillard said, not willing to strip any theoretical (for now) law officer of their rights to please the opposition.

Meanwhile, left-wing Québec solidaire accuses the Premier of “systemic racism” because only 2 per cent of job appointments by the Executive Council are visible minorities.

And, the shock-media commentators are back on track, playing down the very idea that Islamophobia exists in Quebec.

The worst case of hate crime against Muslims in the country’s history has yet to inspire a more profound and painful conversation.

Source: A week of kindness, then identity politics as usual in Quebec – The Globe and Mail

Québec veut se rapprocher de Bouchard-Taylor

Bouchard-Taylor remains a good reference point for discussion:

Le gouvernement Couillard cherche une avenue pour se rapprocher des recommandations du rapport Bouchard-Taylor et donner plus de muscle au projet de loi 62, qui vise à proscrire le port du voile intégral pour donner ou recevoir des services publics.

Selon les informations obtenues par La Presse, on a planché sur une voie de passage qui ferait en sorte que le port de signes religieux serait interdit aux employés qui ont un «pouvoir de coercition» et qui doivent porter un uniforme – les policiers et les gardiens de prison tombent dans cette catégorie.

En revanche, en raison de l’indépendance du système judiciaire, les juges ne pourraient être soumis à cette directive. L’absolue indépendance des magistrats est même garantie dans la Charte des droits de l’homme, a rappelé hier un membre du gouvernement.

Mais du point de vue légal, des obstacles paraissent encore insolubles, la liberté de culte étant inaliénable du point de vue de la Charte canadienne des droits et libertés. Certains proposent de faire un renvoi à la Cour d’appel pour tester la solution envisagée.

Proposition de compromis

La réflexion du gouvernement survient après une proposition de compromis soumise mardi par François Legault, chef de la Coalition avenir Québec (CAQ). La CAQ est prête à laisser tomber l’interdiction de signes religieux pour les enseignants et à revenir à la proposition de la commission Bouchard-Taylor, dans l’espoir de dégager un consensus. La CAQ maintiendrait cette disposition pour les enseignants dans son programme électoral. Le chef péquiste Jean-François Lisée avait aussi indiqué qu’une entente serait possible si Québec se rangeait derrière la proposition faite par la commission lancée il y a 10 ans maintenant.

Mais en dépit de ces propositions de compromis, Philippe Couillard avait soutenu qu’il restait sur ses positions. «Encore une fois, on est en train de mettre sur la table un débat sur un enjeu inexistant», avait-il affirmé. La position du gouvernement, jusqu’ici, était une totale liberté pour les juges, les policiers ou les gardiens de prison qui souhaiteraient porter des signes religieux visibles. Le refus de Philippe Couillard de saisir au bond l’offre de compromis a été critiqué par bien des observateurs.

Cette déclaration avait fait bondir le sociologue Gérard Bouchard. En entrevue à Radio-Canada, M. Bouchard a soutenu qu’au contraire, il est «urgent» d’intervenir «de manière énergique», même si c’est «préventif». «On se retrouverait en pleine soupe, encore une fois», si des juges ou des policiers décidaient de porter un signe religieux quand ils sont en fonction, a-t-il observé.

Possibilité de renvoi à la cour d’appel

La position du gouvernement est en mouvance. «On est en train de regarder ça», observe-t-on. La capacité du gouvernement employeur de prescrire l’uniforme pour les policiers et les gardiens de prison pourrait lui permettre de proscrire le port de signes religieux, croit-on. «Quand une autorité hiérarchique peut prescrire un code vestimentaire, cela pourrait faire l’objet de réglementation», explique-t-on au gouvernement.

Mais les experts constitutionnels croient qu’une telle disposition serait inévitablement testée par les tribunaux. «Mais cela pourrait prendre plusieurs années avant que la cour se penche là-dessus.» La Cour suprême a déjà indiqué que le port du turban pour un agent sikh de la Gendarmerie royale du Canada était légal, et la jurisprudence est tout aussi claire pour le port de la kippa juive.

Québec pourrait décider de soumettre de lui-même l’orientation choisie à sa Cour d’appel – seul le fédéral peut faire un renvoi directement à la Cour suprême. Cependant, les tribunaux n’aiment pas être ainsi consultés sur un principe en l’absence de faits pour donner du contexte à la requête.

Le port d’un uniforme est considéré comme une limite raisonnable à la liberté d’expression, mais le port du voile touche à la liberté de culte.

Source: Québec veut se rapprocher de Bouchard-Taylor | Denis Lessard | Politique québécoise

Laïcité: Couillard reçoit froidement un appel de l’opposition, Philippe Couillard rejette l’accusation de racisme systémique lancée par QS (appointments)

Two articles of interest. First, despite the Quebec shootings, the opposition parties continue to play identity politics, deliberately or inadvertently:

M. Couillard a déclaré dans un point de presse que l’enjeu du port de ces symboles est un phénomène inexistant dans le cas des fonctionnaires qui disposent d’un pouvoir de coercition.

«On est encore une fois en train de mettre sur la table un débat pour un enjeu inexistant, a-t-il dit. Je l’avais dit il y a quelques années: à ce que je sache, il n’y a pas de policier qui porte de signes religieux au Québec. Il n’y en a pas plus aujourd’hui. On est en train d’entreprendre un débat sur un enjeu qui est plus qu’hypothétique, qui est inexistant.»

Selon le premier ministre, l’attentat qui a fait six morts dans une mosquée de Québec, la semaine dernière, ne doit pas faire dévier le débat vers la place de la laïcité dans les services publics.

«Le problème d’horreur qu’on a vécu au Québec, la semaine dernière, c’est le racisme et la xénophobie poussés à la violence extrême, a-t-il dit. C’est ça l’enjeu. Il ne faut pas le retourner et voir qu’on va régler le problème en restreignant les droits de certaines personnes dans la société.»

M. Couillard a tout de même affirmé qu’il sera possible pour l’opposition de discuter de ses propositions lors de la commission parlementaire qui étudie le projet de loi 62, proposant l’obligation du visage découvert dans les services publics.

«On aura des arguments importants, mais je pense que personne ne s’attend à ce qu’on mette nos principes de côté ou qu’on marchande nos principes», a-t-il dit.

Source: Laïcité: Couillard reçoit froidement un appel de l’opposition | Alexandre Robillard | Politique québécoise

Same story in the Globe:  Debate over wearing religious symbols returns to Quebec 

Secondly, the Quebec government comes under attack for the tiny number of visible minority government appointments (the provincial equivalent to GiC federal appointments, where visible minorities form 6.1 percent – see Governor in Council Appointments – 2016 Baseline):

Le gouvernement rejette les accusations de racisme systémique dans ses nominations, mais reconnaît qu’il y a un problème.

Le premier ministre Philippe Couillard estime en effet qu’«il y a beaucoup de progrès à faire au Québec».

C’est Québec solidaire qui a accusé lundi le bureau du premier ministre de racisme systémique dans ses nominations. Selon le parti de gauche, les personnes issues de minorités constituent seulement 2 % des 400 à 500 nominations par année effectuées par le Conseil exécutif.

Dans un point de presse mardi en ce jour de rentrée parlementaire, M. Couillard a dit qu’il ne pensait pas que c’était le cas.

Il a toutefois ajouté qu’il y a beaucoup de progrès à faire et que c’est clair quand on regarde les chiffres d’accès à la fonction publique des communautés culturelles.

La ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil, a réagi à l’accusation. Selon elle, il ne s’agit pas de racisme systémique, mais elle a admis qu’il y avait un problème.

Source: Philippe Couillard rejette l’accusation de racisme systémique lancée par QS | Patrice Bergeron | Politique québécoise

 

Le PQ suggère des mesures pour améliorer l’intégration des immigrants | Politique québécoise

The PQ appears to be stepping back from identity politics post Quebec mosque killing and proposing some positive and concrete integration measures:

Dans la foulée de l’attentat au Centre culturel islamique de Québec, le 29 janvier, le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, a présenté, lundi, une série de mesures destinées à améliorer l’intégration des immigrants et à combattre le racisme et la discrimination au Québec.

«Au cours de la dernière semaine, il y a eu une prise de conscience nationale extrêmement forte des difficultés d’intégration de plusieurs Québécois d’origines diverses – particulièrement, mais pas exclusivement maghrébine -, une prise de conscience très forte qu’il y avait dans notre société des traces de racisme et de discrimination qu’il convient de faire reculer», a affirmé M. Lisée en conférence de presse à Montréal.

Le plan d’action comporte une vingtaine de mesures touchant l’emploi, le logement, l’éducation et la francisation, notamment.

On y retrouve, entre autres, des propositions pour assurer une meilleure reconnaissance des diplômes et des compétences des immigrants, qui sont aux prises avec des taux de chômage beaucoup plus élevés que la moyenne des Québécois. Ces propositions impliquent le déblocage de goulots persistants que l’on retrouve chez certains ordres professionnels et dans les institutions d’enseignement, par exemple.

Certaines mesures visent aussi à contrer la discrimination à l’embauche, notamment en interdisant l’exigence d’une première expérience de travail canadienne, qui crée un cercle vicieux auquel il est impossible d’échapper lorsqu’un candidat nouvellement arrivé se cherche un premier emploi.

Le PQ propose également d’instaurer des amendes salées dans les cas de discrimination pour l’obtention d’un emploi ou d’un logement, parallèlement à des mesures de soutien financier pour l’incitation à l’embauche d’immigrants et à l’offre de stages.

«Il n’existe aucune amende pour quelqu’un qui est pris en flagrant délit de discrimination à l’embauche. Ça n’a pas de sens», a soutenu le chef péquiste.

De plus, il suggère de donner plus de mordant au programme d’embauche des minorités par l’État québécois en insistant sur les objectifs à atteindre, notamment par le biais de la discrimination positive.

Le PQ, qui a déjà fait part de son intention de mettre au rancart le cours d’éthique et culture religieuse, veut remplacer celui-ci par un cours sur la citoyenneté qui toucherait un ensemble de notions sociales, incluant, entre autres, le fait religieux, l’égalité entre les hommes et les femmes, la démocratie, la sexualité et autres.

«Ce cours doit avoir comme objectif de promouvoir une culture de l’antiracisme et contre la discrimination», a dit M. Lisée.

Le Parti québécois insiste également sur les mesures de francisation et l’intégration d’un plus grand nombre d’immigrants dans les conseils d’administration d’organismes publics et parapublics, parmi les candidats et employés des partis politiques et dans les manifestations culturelles.

Source: Le PQ suggère des mesures pour améliorer l’intégration des immigrants | Pierre Saint-Arnaud | Politique québécoise

Des musulmans demandent une meilleure intégration sur le marché de l’emploi

Multiculturalism - Implementing Diversity and Inclusion - Dec 2016.008.pngQuebec has the poorest economic outcomes for visible minorities:

Plus tôt cette semaine, le vice-président du Centre culturel islamique de Québec, Mohamed Labidi, a évoqué les efforts vains d’une des victimes de l’attentat, Azzaddine Soufiane, à trouver un emploi à son arrivée dans la province. Celui qui a tenté d’arrêter le tireur, au moment de la fusillade, avait donc décidé d’ouvrir un magasin, avait dit M. Labidi aux journalistes.

« Allez aux présentoirs de chauffeurs de taxi et vous verrez des post-doctorants et des personnes détenant des maîtrises puisque nous ne trouvons pas d’emplois ici », avait-il lancé.

Un programmeur informatique de formation qui est arrivé d’Algérie en 2011, Bachreir Ikhlef, était au départ « plein d’énergie » quand il est arrivé dans sa province d’accueil, a raconté le chauffeur de taxi de 37 ans alors qu’il attendait son prochain passager à quelques kilomètres de la Place d’Youville.

Un conseiller en orientation lui avait suggéré d’obtenir un diplôme au Québec afin d’agrémenter son curriculum vitae.

« Nous étions 25 à avoir commencé le programme, a dit celui qui avait alors opté pour un certificat en programmation. Et à la fin, seulement 12 d’entre nous l’ont fini. »

« Ni moi ni un type venant de la Tunisie n’avons pu obtenir un stage. Aucun d’entre nous n’a trouvé un travail dans notre domaine », a ajouté M. Ikhlef.

Selon l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) — un groupe de réflexion connu pour ses positions plutôt portées à gauche du spectre politique —, 43 % des immigrants étaient surqualifiés, en 2016, pour l’emploi qu’ils occupaient.

« Mêmes démons »

Jeudi, lors de la cérémonie funéraire qui se tenait à Montréal, le premier ministre Philippe Couillard a souligné que la société québécoise « a les mêmes démons auxquels d’autres font face », mentionnant notamment la xénophobie, l’exclusion et le racisme.

Il a appelé les employeurs à engager des personnes en se basant sur leurs compétences et non leur nom de famille, demandant tout haut pourquoi le taux de chômage était plus élevé parmi les immigrants.

Le chauffeur de taxi Taoufik Essekkouri — arrivé du Maroc en 2010 — espère de son côté que ces mots mèneront à des actions concrètes, faisant valoir en entrevue que la surqualification des nouveaux arrivants par rapport à leur emploi est un problème connu depuis longtemps, mais qui tarde à être résolu.

Source: Des musulmans demandent une meilleure intégration sur le marché de l’emploi | Le Devoir

Dix ans après Bouchard-Taylor, tant reste à faire

Good summary by journalists Stéphane Baillargeon, Robert Dutrisac
and Lisa-Marie Gervais:

Québec annonçait il y a dix ans la formation de la commission Bouchard-Taylor. Les deux présidents livrent leur bilan et Le Devoir constate les retards et les échecs dans l’application de plusieurs recommandations centrales.

La « réalité alternative » a la cote par les nouveaux temps trumpiens qui courent, mais les faits sont têtus. Les faits disent, par exemple, que l’organisme Ensemble pour le respect de la diversité, qui fait la promotion du respect des différences, ne reçoit à peu près plus rien de l’État québécois.

Deux ministères (Éducation et Affaires autochtones) fournissent maintenant 4 % des quelque 630 000 $ du budget annuel de fonctionnement. Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion du Québec (le MIDI) fournit par contre 30 000 $ par année pour deux ans pour un projet de lutte contre la radicalisation.

Nous sommes contents d’avoir du soutien pour les petits projets, mais notre mission n’est pas appuyée

« Nous avons subi une baisse énorme », résume Marie-Ève Paiement, qui assume l’intérim à la direction de l’organisme montréalais, qui, en 20 ans, a donné plus de 10 000 ateliers, visité 965 écoles, rencontré près de 340 000 jeunes du Québec et du Canada. « La recommandation qui nous concerne dans le rapport de la commission Bouchard-Taylor n’a malheureusement pas été appliquée, dit-elle. Nous sommes contents d’avoir du soutien pour les petits projets, mais notre mission n’est pas appuyée. »

En 2004, la Fondation pour la tolérance (l’ancien nom d’Ensemble pour la diversité) tirait le tiers de ses revenus des subventions au fonctionnement. C’était avant la commission Bouchard-Taylor et avant que son rapport de 2008 recommande précisément d’augmenter le soutien financier à ce genre d’organisme et à la Fondation en particulier.

Un autre exemple ? La commission recommandait aussi « d’accorder une attention particulière à la Capitale-Nationale de façon à en faire un deuxième pôle métropolitain d’accueil des nouveaux venus ». Vérification faite, le MIDI a annulé le fonds d’aide à la régionalisation des immigrants il y a trois ans.

« Le Québec est la seule province au Canada où la population immigrante s’installe presque exclusivement dans sa métropole, dit Jean-Luc Gélinas, du Service d’orientation et d’intégration des immigrants au travail (SOIT) de Québec. Les professionnels immigrés ne vont pas là où sont les emplois : ils se dirigent presque tous vers Montréal, où ils ne sont pas assurés de trouver du travail en fonction de leurs compétences et de leur formation. »

Le document déposé en 2008 listait 37 recommandations. Dès novembre 2009, un an après le dépôt du rapport, des porte-parole gouvernementaux affirmaient que 80 % des recommandations avaient fait l’objet d’un suivi.

Jusqu’au départ du premier ministre Jean Charest en 2012, le directeur général de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), Stephan Reichhold, produisait un « Bulletin de performance » pour suivre l’application des recommandations. Il évaluait en 2010 que 6 % des stratégies proposées étaient concrétisées. « Je ne penserais pas que ç’a ait beaucoup changé », dit-il au Devoir.

Dans un article publié en 2014 dans le livre L’interculturel au Québec (PUL), le sociologue François Rocher, de l’Université d’Ottawa, estimait pour sa part qu’environ le tiers (37 %) des recommandations avaient été mises en oeuvre. La note positive n’était accordée qu’à 7 des 24 plans jugés prioritaires.

Bref, les bilans ne semblent pas très favorables, et les deux présidents eux-mêmes trouvent aussi, dans les entrevues accordées au Devoir, que les choses traînent.

Le professeur Gérard Bouchard fait directement référence à ce bilan très mitigé. Charles Taylor souligne que deux secteurs concrets font particulièrement défaut, celui de la reconnaissance des compétences et des diplômes et celui de l’intégration comme telle.

Les vérifications effectuées par Le Devoir au sujet d’une dizaine de recommandations décrites comme prioritaires il y a dix ans pointent aussi vers du laxisme, des lacunes, voire des régressions.

Interculturalisme et laïcité. La commission demandait que le modèle de l’interculturalisme soit inscrit dans une loi. Ce modèle diffère du multiculturalisme en ce sens qu’il met l’accent sur la diversité, mais autour d’un noyau francophone. Les commissaires proposaient également l’adoption d’un livre blanc afin de lancer une vaste consultation sur la laïcité dite ouverte.

Dix ans plus tard, il n’y a pas de loi sur l’interculturalisme, pas plus que de livre blanc. Nous en sommes à la quatrième mouture de projets de loi qui ont voulu circonscrire la laïcité — les libéraux préfèrent la notion plus canadian de neutralité religieuse de l’État — et les accommodements religieux. Toutes ces tentatives furent vaines sauf, évidemment, le projet de loi 62, dont on a retardé l’étude en commission parlementaire en raison du climat actuel teinté par l’attentat.

Intégration des immigrants. Le souhait était d’intensifier « la reconnaissance des compétences et des diplômes acquis à l’étranger ». Yann Hairaud, directeur général de la Clef pour l’intégration au travail des immigrants de Montréal (CITIM), juge qu’« il n’y a pas eu de suite à cette recommandation » malgré quelques efforts notables, dont la mise en place d’un mécanisme de traitement des plaintes des décisions prises par les ordres professionnels. Ce problème concerne environ un immigrant au Québec sur dix, soit plus ou moins 4500 personnes par année.

Le Québec compte 46 ordres qui réglementent la profession de plus de 385 000 membres. Une dizaine d’entre elles (dont les médecins, les ingénieurs ou les infirmières) totalisent 80 % des demandes de reconnaissance, avec des taux d’acceptation très variables. Les obstacles viennent par exemple des coûts imposés pour les examens, de la difficulté de trouver des formations d’appoint ou des stages.

Inégalités et discriminations. Les commissaires ont conclu que l’État devrait porter une attention particulière à la lutte contre les crimes haineux et a exigé plus de ressources et de moyens pour les organismes de lutte contre la discrimination, notamment à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Or, si le budget annuel est resté stable (environ 15 millions de dollars), 33 postes ont été abolis, passant de 161 à 128 (équivalents à temps complet) au cours des dix dernières années. Un service-conseil en matière d’accommodements raisonnables a été mis en place en 2008 pour aider les décideurs.

Pratiques d’harmonisation. Une attention particulière devait être portée à la déjudiciarisation du traitement des demandes d’accommodement ou de la formation des enseignants. Ces formations, qui datent d’avant la commission, sont toujours aussi nombreuses

« Peut-être que, dans les commissions scolaires en région, où l’immigration est plus récente, il y a plus de besoins », dit Marie McAndrew, professeure à la Faculté des sciences de l’éducation à l’Université de Montréal et spécialiste des questions de multiethnicité. « Mais dans les grosses commissions scolaires, à Montréal, […] c’est clair que l’expertise est là. »

Source: Dix ans après Bouchard-Taylor, tant reste à faire | Le Devoir

Quebec’s Response to Hate: More Tolerance – The New York Times

NYT editorial notes the contrast between Canada and the US (but no reason to be smug):

No society is immune to acts of terrorism, especially by a lone wolf driven by deep hatreds. The United States has known many mass shootings; Norway had the mass murderer Anders Behring Breivik; in France last July, a man drove a truck into a crowd in Nice, killing dozens; the list could go on and on. When they strike, the measure of a wounded society is how it responds.

On Sunday, Quebec City was struck when, officials say, a 27-year-old student named Alexandre Bissonnette, known to be a right-wing extremist, walked into a mosque, began shooting and killed six people. The shock across Canada was immediate and tangible: Tolerance is a proud theme in Canadian identity — the country has taken in nearly 40,000 Syrian refugees since late 2015 when Prime Minister Justin Trudeau took office. Now Canadians were wondering how this could have happened, and what it means — a question made more acute by their widespread revulsion at President Trump’s actions to block Muslims from the United States.

The response of Quebec’s premier, Philippe Couillard, is worth noting. “Every society has to deal with demons,” he said. “Our society is not perfect. None is. These demons are named xenophobia, racism, exclusion. They are present here. We need to recognize that and act together to show the direction we want our society to evolve.”

That was what Canadians sought to do. Thousands gathered at memorial services across the country, including Mr. Trudeau on Monday. Speaking earlier to Parliament, he addressed the more than one million Muslim Canadians: “Thirty-six million hearts are breaking with yours,” he said, referring to the population of Canada. “Know that we value you.”

In sad contrast, the reaction from Mr. Trump’s White House was to use the shootings to justify its anti-immigrant policies. The attack was a “terrible reminder,” said the White House press secretary, Sean Spicer, of why America’s actions must be “proactive, rather than reactive.” The logic, or illogic, seemed to be that if Muslims had been kept out of Canada, they would not have been killed.

Canada is not perfect; it, too, has its demons, as Mr. Couillard said. But the response of a democratic society must be to reaffirm its fundamental faith in freedom, including the freedom to practice one’s faith and cultural traditions. In Quebec, the demons took a terrible toll, but the country’s commitment to inclusion was, if anything, strengthened.

Lise Ravary: It took a massacre in a mosque, but Quebecers now see the darkest side of their identity crisis

It should not have taken this incident or this long for commentators like Ravary to become more mindful and self-aware, but better late than never.

But yet she still uses the language “at war” rather than strongly opposed, unacceptable or other words.

Words matter:

The killing and maiming of Muslim men in prayer in Québec City Sunday night raises many questions. Some of those questions are extremely uncomfortable for Quebecers.

Over time, we will find out more about the motives of the alleged killer, Alexandre Bissonnette, but such tragedies do not occur in a vacuum. Knowing why it happened is as important as finding out why the first deadly terrorist attack against Muslims by a non-Muslim in the West happened in Quebec.

My gut reaction to the news was “That’s not us!” I tweeted it. Replies from other commenters came fast and furious. “Oh yes, it is. Quebec is a racist society. Islamophobia and anti-Semitism are rampant.”

It’s sad that many Canadians genuinely believe this; I won’t even begin to try and change their minds here. Uniquely racist Quebec is an alternative fact. Even so, in the aftermath of this tragedy, not asking what role, if any, Quebec society played a role in this tragedy would be doing Quebecers a great disservice.

It may be too soon to start laying the cultural blame for this crime but already, politicians such as Parti Québécois leader Jean-François Lisée, have admitted that they may have gone too far in their criticism of Muslims in Quebec. Premier Couillard is asking for a change of tone. He’s right.

As a conservative columnist at war with religious extremism and political Islam in particular, I will keep myself in check. When denouncing Islamism, I always insist that my comments do not apply to Muslims as a people or to Islam as a faith.

I realized last Sunday that many readers don’t see the difference, some because they can’t. Others because they won’t. Media must take this into consideration. Some are blinded by racism and other by fear. Not so much fear of Muslims the quintessential fear that Quebecers have of disappearing as a nation.

Source: Lise Ravary: It took a massacre in a mosque, but Quebecers now see the darkest side of their identity crisis | National Post

Les braises de l’intolérance | Le Devoir

Good analysis by Michel David on how Quebec has yet to come to terms with diversity and the need to avoid identity politics:

Il n’est jamais facile de comprendre les motivations profondes d’un individu qui décide d’assassiner ses semblables, mais on doit certainement s’interroger sur les conditions qui peuvent l’encourager à commettre un acte aussi barbare que le massacre de la mosquée de Québec.

François Legault, que le premier ministre Couillard avait accusé de « souffler sur les braises de l’intolérance », a raison de dire que de telles tragédies ne doivent pas nous faire renoncer à débattre des moyens de combattre l’extrémisme, mais le discours politique qu’on entend au Québec depuis dix ans a pour le moins manqué de nuance. Certes, l’exemple xénophobe de Donald Trump risque d’être contagieux, mais le « code de vie » d’Hérouxville date de janvier 2007 et la boîte de Pandore ne s’est jamais refermée depuis.

Le débat sur la laïcité est tout à fait légitime, mais la crainte de l’extrémisme islamique a eu pour effet de créer une confusion dont l’ensemble de la communauté musulmane est devenue la victime. Une confusion qui a été trop souvent entretenue et exploitée à des fins politiques.
Une triste coïncidence a voulu que le drame de Québec survienne à quelques jours du dixième anniversaire de la création de la commission Bouchard-Taylor, qui visait précisément à empêcher pareils dérapages.
Force est de reconnaître que nous avons collectivement échoué. La « vigoureuse prise de conscience » que la commission voulait provoquer au sein de la société n’a pas eu lieu. La réponse politique n’est pas venue non plus. Depuis la crise des accommodements raisonnables de 2006-2007, aucun gouvernement n’a réussi à légiférer pour donner suite aux recommandations pourtant très modérées de son rapport.
On a sévèrement reproché au gouvernement Marois d’avoir semé la division avec son projet de charte des valeurs. Après la défaite du PQ, ceux qui siégeaient à la table du Conseil des ministres s’en sont désolidarisés les uns après les autres, mais quelqu’un croit-il sérieusement que quelqu’un aurait démissionné si elle avait été adoptée, comme l’a prétendu Jean-François Lisée ?
Il est vrai que le projet de Bernard Drainville ratissait beaucoup trop large, mais la plupart des gens ne prêtent pas une grande attention aux détails d’un projet de loi. C’est surtout le ton du débat et les malheureux amalgames auxquels il peut donner lieu qu’on retient.
Durant les audiences en commission parlementaire, le président du Conseil musulman de Montréal, Salam El Menyawi, avait été moins choqué qu’attristé par le témoignage de la famille Pineault-Caron, de retour d’un voyage au Maroc, où elle avait été horrifiée de voir des hommes « prier à quatre pattes, à terre sur un petit tapis » et qui ne comprenait pas que le maire Coderre laisse « des al-Qaïda, des n’importe quoi » s’installer à Montréal.
« On a besoin d’éduquer la population. C’est triste parce que les gens qui ne connaissent rien à notre religion vont se fier à ces commentaires », avait dit le président. Alors que la commission Bouchard-Taylor proposait la création de programmes qui favoriseraient un rapprochement, le discours politique contribue trop souvent à un éloignement qu’on déplore seulement quand il tourne à la tragédie.
Jean-François Lisée n’est pas un islamophobe, mais il a clairement voulu profiter de l’islamophobie ambiante quand il a associé Alexandre Cloutier à Adil Charkaoui durant la course à la chefferie du PQ. Il n’a pas davantage contribué à alléger le climat en déclarant qu’une burka pouvait cacher un AK-47.
« Tant que plusieurs d’entre eux éprouveront un vif sentiment d’insécurité pour la survie de leur culture, ils seront moins sensibles aux problèmes des immigrants et des minorités ethniques », soulignait la commission Bouchard-Taylor, y voyant l’origine de la crise qui avait entraîné sa création.
Le premier ministre Couillard avait raison d’insister sur l’attention qu’il faut porter au choix des mots, notamment dans le discours politique, mais le devoir de ceux qui gouvernent est aussi de conjurer dans toute la mesure du possible cette insécurité qui tenaille les Québécois.
M. Couillard accuse ses adversaires d’attiser l’intolérance, mais que fait-il lui-même pour les rassurer. Qu’il s’agisse de langue, de laïcité ou d’intégration des immigrants, son gouvernement donne toujours l’impression de chercher à en faire le minimum.
Même dans le projet de loi sur la neutralité religieuse de l’État, on a trouvé le moyen de faire en sorte que la règle voulant que les services publics soient livrés et reçus à visage découvert puisse être contournée. Ce laisser-faire est aussi une façon de souffler sur les braises.
Malgré l’ampleur du drame de dimanche, le Québec a une remarquable tradition de tolérance. En raison de leur histoire et de leur environnement géopolitique, les Québécois sont néanmoins habités par une insécurité culturelle permanente.