Signes religieux: le débat crée des remous au PLQ

The internal divisiveness on the PLQ on religious symbols and public sector employment:

Le débat sur le port de signes religieux par les employés de l’État explique le manque d’enthousiasme du leader parlementaire libéral Sébastien Proulx à poursuivre sa carrière politique. L’unanimité récente des députés libéraux contre toute interdiction, en dépit de la proposition Bouchard-Taylor, témoigne de l’ascendant du député André Fortin sur les instances du PLQ.

Dans un reportage de La Presse, la semaine dernière, Sébastien Proulx reconnaissait ne pas être convaincu de terminer le mandat que lui ont confié les électeurs de Jean-Talon, il y a quatre mois. Derrière des portes closes, à la fin de janvier, l’ancien ministre de l’Éducation était pratiquement seul au sein du caucus libéral à pousser pour que son parti adopte la proposition du rapport Bouchard-Taylor pour dénouer le noeud gordien, la question au centre du débat politique québécois depuis désormais 10 ans. Son unique appui : l’ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette. Les deux sont aussi favorables à ce qu’on enlève le crucifix de l’Assemblée nationale.

Pour MM. Proulx et Barrette, le PLQ doit prendre acte du verdict de la population lors des élections du 1er octobre et adopter des positions pour se rapprocher de la majorité francophone.

Seul député libéral élu dans une région très majoritairement francophone, M. Proulx a poussé devant ses pairs pour l’interdiction du port de signes religieux aux employés de l’État dotés d’un pouvoir de coercition, comme les juges, les policiers et les gardiens de prison, la proposition d’origine de Bouchard-Taylor. Il n’était pas favorable à l’idée d’élargir cette interdiction aux enseignants, comme le désire la Coalition avenir Québec, encore moins aux directeurs d’école, comme le propose le Parti québécois.

Mais la question a été évacuée sans affrontement lors du caucus du PLQ sur cette question, le 31 janvier. Porte-parole de son parti en la matière, l’ex-ministre Hélène David n’a pas pris position sous prétexte qu’elle animait la discussion. Alors que plusieurs élus s’attendaient à ce qu’on reporte la décision au moment du dépôt du projet de loi par le gouvernement Legault, Pierre Arcand a publiquement tiré un trait et dit que les députés restaient opposés aux interdictions.

Fortin consolide son emprise

Candidat à la succession de Philippe Couillard, André Fortin, élu dans l’Outaouais, était à l’évidence le porte-parole du camp majoritaire, qui soutenait que le PLQ devait continuer à prôner les libertés individuelles sur cette question. Issu du Parti libéral du Canada, il « joue la carte libérale classique », a confié un collègue.

Son adversaire probable, Dominique Anglade, est quant à elle restée plutôt vague sur cet enjeu délicat, « elle veut se donner le temps de réfléchir », a résumé un de ses proches.

L’ex-ministre Christine St-Pierre était clairement en faveur du maintien de la position du parti, tout comme les nombreux députés de l’Ouest-de-l’Île. À Laval, Francine Charbonneau ne s’est pas exprimée. Dans l’est de Montréal, Lise Thériault est restée vague, mais a soutenu qu’elle tenait à ce que le crucifix reste au Salon bleu, à l’Assemblée nationale.

André Fortin peut déjà compter dans les coulisses sur l’appui des anciens supporteurs de Pierre Moreau en 2013 – dont le chef intérimaire Pierre Arcand, désormais tenu à une neutralité officielle -, idem pour Filomena Rotiroti, la présidente du caucus.

C’est dans le bureau d’Arcand que s’est décidé le départ du directeur du PLQ, Sylvain Langis. Ce dernier avait souligné vouloir partir à la fin de son mandat de cinq ans, fin 2018. M. Arcand lui a demandé de rester en poste jusqu’en juin. Un appel de candidatures a été lancé, mais dans les cercles libéraux, il est déjà clair qu’Olivier Parent, ancien chef de cabinet de Pierre Moreau, sera choisi.

Atallah pose ses pions à l’interne

Dans la même mouvance, le président du PLQ, Antoine Atallah, pose ses pions. Son « conseiller spécial » sans poste précis au sein du parti, Jonathan Abecassis, ancien bras droit de Michael Applebaum, est sévèrement critiqué à l’interne. Après une réunion houleuse du conseil de direction du PLQ, le 27 janvier, Atallah a obtenu la majorité sur l’exécutif du PLQ, ce qui lui donne le contrôle des règles de nomination du futur chef.

Mais l’opération ne s’est pas faite sans heurts – à cette réunion, pendant plusieurs heures, le plan d’action de la direction et les militants se sont mesurés sur la nomination de Katherine Martin comme vice-présidente du PLQ. Issue du cabinet de Robert Poëti – un ancien supporteur de Pierre Moreau -, Mme Martin a été élue de justesse, un vote à 11 contre 11 qu’elle a remporté parce que la voix du président, M. Attalah, prévaut.

Comme le clan d’André Fortin, Attalah veut une course à la direction le plus tard possible, en 2021. Dans l’entourage de Dominique Anglade, on souhaite procéder plus rapidement.

Linda Caron a quitté la présidence de la commission politique, un poste pour lequel le fils de Jean Charest, Antoine Charest, a retiré sa candidature – le « comité de gouvernance » du parti a choisi Simon Papineau. La présidente de la commission politique, Émilie Nadeau, est aussi partie – déjà, elle n’avait pas digéré d’avoir été laissée sur le carreau par l’organisateur de la dernière campagne, Hugo Delorme.

Source: Signes religieux: le débat crée des remous au PLQ

Dialogue de sourds sur la laïcité

Good discussion regarding the two different forms of liberalism: in English Canada, the state should not involve itself in value conflicts between individuals (as long as no violation of the law or adverse impact on the rights of others) and in Quebec, that the state can play a more proactive role in imposing liberal values:

« Alors que le premier modèle véhicule l’idée que l’État ne doit pas s’immiscer dans des conflits de valeurs entre individus, dans le second, l’État doit être proactif pour imposer les valeurs libérales auprès des individus », détaille Luc Turgeon.

Au Québec, un citoyen qui défend des valeurs sociales libérales est plus prompt à appuyer des restrictions au port de signes religieux. Dans le reste du Canada, un citoyen qui défend ces mêmes valeurs est plus susceptible de s’opposer à toute restriction touchant le port de symboles religieux.

C’est la conclusion, à la fois étonnante et instructive, à laquelle en sont venus quatre politologues canadiens dans le cadre d’un projet de recherche lancé en 2014 dans la foulée du débat entourant la charte des valeurs du Parti québécoiset dont les résultats seront publiés prochainement dans le Canadian Journal of Political Science.

« On a testé les mêmes valeurs [appui à l’égalité homme-femme, au droit à l’avortement, à la légalisation de l’euthanasie, entre autres], on a posé les mêmes questions dans un sondage et ça prédit de façon diamétralement opposée la relation qu’entretiennent les deux communautés avec les symboles religieux », résume Antoine Bilodeau, professeur de science politique à l’Université Concordia à Montréal.

Ainsi, contrairement aux idées reçues, ce n’est pas un sentiment de xénophobie, une insécurité culturelle ou encore un niveau de religiosité plus faible qui expliquerait pourquoi l’appui à ces restrictions est plus fort au Québec qu’ailleurs au pays.

« Ce qui explique au bout du compte cette différence, c’est le fait qu’être socialement libéral au Québec et dans le reste du Canada a des effets opposés », poursuit Luc Turgeon, professeur de science politique à l’Université d’Ottawa.

Un vaste sondage

Les conclusions des chercheurs — qui signent l’article « A Tale of Two Liberalisms ? Attitudes toward Minority Religious Symbols in Quebec and Canada » conjointement avec les politologues Stephen White de l’Université Carleton à Ottawa et Ailsa Henderson de l’Université d’Édimbourg au Royaume-Uni — reposent sur des données issues d’un sondage en ligne réalisé par la firme Léger pour le compte des chercheurs et auquel ont participé 6400 Canadiens en janvier et février 2014.

Ce sondage mesurait l’appui des répondants à trois scénarios de restriction au port de symboles religieux chez les groupes minoritaires. Résultats ? L’appui aux interdictions était systématiquement plus élevé chez les Québécois.

Ainsi, 74 % des Québécois appuyaient le bannissement de signes religieux pour les policiers contre 45 % dans le reste du Canada ; 59 % des Québécois soutenaient l’interdiction pour les enseignants du réseau public, contre 29 % pour les autres Canadiens ; et 37 % des Québécois étaient d’accord avec une proscription pour les élèves des écoles publiques, contre 20 % pour les autres Canadiens.

L’enquête évaluait également l’adhésion des répondants à différentes valeurs libérales (égalité homme-femme, droit à l’avortement, légalisation de l’euthanasie, légalisation de la prostitution), mesurait leur sentiment à l’égard de l’immigrationet de la diversité ethnoculturelle et quantifiait l’importance de la religion dans leur vie.

Deux libéralismes

En analysant ces données, les quatre chercheurs ont été en mesure de conclureque le seul facteur expliquant cette différence en ce qui a trait au soutien aux restrictions est la relation qu’entretiennent les deux communautés aux valeurs libérales, des effets opposés qui s’expliquent par le fait que deux types de libéralisme se sont développés au pays au cours des trente dernières années.

Pendant que dans le reste du Canada un discours axé sur le libéralisme multiculturel a pris racine, au Québec, un libéralisme des lumières, inspiré par le modèle français, a gagné en influence.

« Alors que le premier modèle véhicule l’idée que l’État ne doit pas s’immiscer dans des conflits de valeurs entre individus, dans le second, l’État doit être proactif pour imposer les valeurs libérales auprès des individus », détaille Luc Turgeon.

Certes, la xénophobie peut mener à une volonté de restreindre les symboles des minorités religieuses dans l’espace public. « Mais ce facteur-là est aussi important au Québec que dans le reste du pays », précise Antoine Bilodeau.

Et c’est précisément là que réside l’essentiel de l’incompréhension entre le Québec et le reste du Canada dans ce fastidieux débat. « Dans la dynamique canadienne-anglaise, l’essentiel des gens qui veulent restreindre les symboles religieux, ce sont des gens qui sont mal à l’aise avec la diversité ethnoculturelle, alors qu’au Québec, ce n’est pas seulement ça », explique Antoine Bilodeau.

« Mais dans leur prisme de compréhension du monde, si tu veux restreindre les symboles religieux, la seule raison qui peut exister, c’est l’intolérance », pointe-t-il.

UNE ALLIANCE CONTRE NATURE À L’ASSEMBLÉE NATIONALE

L’appui à la charte des valeurs reposait sur une « alliance insolite » (« strange bedfellows ») entre conservateurs nationalistes(« conservative nationalists ») et partisans d’un libéralisme des lumières (« liberal nationalists »), avancent les quatre universitaires.

Une idée — inspirée des travaux de Jocelyn Maclure, professeur de philosophie à l’Université Laval — que les chercheurs ont étayée dans un autre article, intitulé « Strange Bedfellows ? Attitudes toward Minority and Majority Religious Symbols in the Public Sphere », publié dans la revue Politics and Religion en 2018.

Une coalition contre nature dont le point de rupture se situe au niveau de la place réservée au crucifix à l’Assemblée nationale. « On se disait que ceux qui étaient pour la charte et pour le retrait du crucifix à l’Assemblée nationale (« liberal nationalists ») ne le faisaient pas pour les mêmes raisons que ceux qui étaient pour la charte, mais contre le retrait du crucifix (« conservative nationalists ») », explique Luc Turgeon.

Incidemment, les travaux des chercheurs ont permis de démontrer que les Québécois qui se sont prononcés en faveur de la charte, mais contre le retrait du crucifix avaient des attitudes plus négatives envers les minorités et l’immigration et avaient un sentiment de menace culturelle plus fort que ceux qui étaient contre la Charte.

« Mais ceux qui étaient pour la charte et pour le retrait du crucifix n’avaient pas une attitude plus négative par rapport aux minorités culturelles et aux gens issus de l’immigration. Ce sont des gens qui, du point de vue du libéralisme social, sont plus progressistes que les gens qui étaient contre la charte », remarque Luc Turgeon.

Alors que le débat sur le port de signes religieux est sur le point de rejaillir à l’Assemblée nationale, la question du crucifix risque encore de soulever les passions.

« Si l’opinion publique n’a pas changé par rapport à ce qu’elle était en 2014, ce sera un grand défi pour le gouvernement caquiste de régler la question du crucifix, relève Antoine Bilodeau. C’est un enjeu au potentiel de division énorme, en raison de sa sensibilité, mais aussi parce qu’il définit la ligne de démarcation, presque à parts égales, entre les deux groupes qui forment cette coalition. »

Chris Selley: It’s gut-check time for secularists as Quebec counts people affected by religious symbols ban

Good column by Selley on just how unworkable this will be when it comes down to lists with names:

The latest drama surrounding Quebec’s efforts to cleanse parts of the civil service of ostentatious religious symbols — read: hijabs — concerns a fairly anodyne request for information: On Monday, La Presse reported that the provincial Ministry of Education had asked three Montreal-area school boards for statistics on the number of teachers and other employees who would be affected by such a prohibition. But much consternation ensued.

Catherine Harel-Bourdon, president of the Montreal board, called the request “aberrant,” suggested it ran afoul of Quebec’s Charter of Human Rights and Freedoms, and insisted no such information would be forthcoming. Liberal education critic Marwah Rizqy likened the request to “profiling.” “Counting religious symbols in schools — that’s the government’s priority on education?” asked Québec solidaire MNA and spokeswoman Manon Massé on Twitter. “That’s how it’s going to offer a better public education system?” (You’ll note she didn’t actually criticize the idea itself.)

When La Presse later reported that “not one, but three ministries” had made such requests of relevant authority-wielding workforces — police officers, judges, Crown attorneys and prison guards — the blowback only intensified. Even nationalist commentator Denise Bombardier, who supports the ban, called it a “blunder” that “offers weapons on a silver platter to political enemies who are champing at the bit … to fight with (Premier François Legault).” (He wants to abolish school boards altogether.)

“This … unacceptable intervention puts the government on the defensive before the parliamentary session even begins,” Bombardier complained.

All this over counting the number of people to be affected by a proposed government policy?

A valid criticism would be that only now, after 125 years of debate — or maybe it just feels that long — is anyone thinking to try to quantify the supposed problem that every party in the National Assembly has promised to address. Those who support the ban most fervently might credibly protest that the numbers are irrelevant: However many teachers, police officers and Crown attorneys there are who refuse to remove their religious symbols at work, that’s how many need to be removed from their jobs. (Bonus: Job opportunities for Proper Quebecers!) They see the CAQ government’s census as a sign it’s going soft and planning to adopt a “grandfather clause” that would exempt existing employees from the new restrictions — another very valid criticism, no matter what your position on the government’s policy.

“Grandmother clause” would be a better thing to call it. (“We should make clear that the bill is aimed primarily, if not exclusively, at veiled women,” Bombardier wrote this week in Le Journal de Montréal. If only Quebec’s politicians were as honest.)

“Cowardice clause” would be even more apt. The political advantage is that no one would have to be seen losing her job — something of which polls consistently show Quebecers are leery, even if they support the restrictions in principle. But that’s just staggeringly disreputable: If this version of laïcité — the kind that, inter alia, keeps a crucifix hanging above the speaker’s chair in the National Assembly — is a social imperative, then why delay? Telling a Muslim girl she can’t be a teacher or a police officer because she was born too late might make less news than canning her mom, but it’s no less an affront to Quebecers’ basic freedoms.

Indeed, many still grapple with the most basic implications of laïcité — among them Vincent Marissal, until recently one of Quebec’s more perspicacious journalists and now a Québec solidaire MNA. He says he supports the 2008 recommendations of the Bouchard-Taylor Commission, which are basically identical to what Legault proposes except they didn’t implicate teachers. And yet here he is this week,  speaking with La Presse: “Am I comfortable with the fact that someone won’t be able to do a job because of (the new law)? The frank answer is no, I’m not comfortable with that.”

He shares that cognitive dissonance with many bien-pensant Quebecers. But for the love of Bonhomme, they’ve had more than a decade to square that circle — more than long enough, surely, to realize it simply can’t be done. If you don’t support telling certain Quebecers they can’t hold certain jobs in the public service — now and in the future — then you do not, in fact, support the Bouchard-Taylor recommendations, and you do not, in fact, support the CAQ government’s Bouchard-Taylor-Plus proposal.

This isn’t a video-game simulation of Quebec society. Real people’s lives and livelihoods are on the table. At some point, if Premier Legault is to effect his more perfect Quebec society, the lists that are making people squeamish this week will have to be prepared: names, positions, salaries, offending religious symbols, termination dates. Quebecers who support these restrictions on religious liberty but aren’t sure they should affect real live human beings need to imagine themselves reading those lists, and then check their guts.

Source: Chris Selley: It’s gut-check time for secularists as Quebec counts people affected by religious symbols ban

Some of the dynamics can be seen in the following two articles from the Quebec media:

Source: Signes religieux: douloureuse remise en question au PLQ

Source: Signes religieux: la CAQ divisée sur «la clause grand-père»

 

 

School boards push back on ‘witch hunt’ as government seeks data on staff religious symbols

Very intrusive vs the self-declaration approach of the census and employment equity (which do not capture the degrees of religiosity in the census or religious minority status in EE). The 2011 NHS provided the following numbers for Quebec education Muslim employees (not only teachers) – 2.3% in schools, 1.9 % in CEGEPs, 5.3% in universities:

The head of Quebec’s largest school board says she was outraged by a request from the province’s Education Department last week seeking to know how many board employees wear religious symbols.

Catherine Harel Bourdon, who oversees the Commission scolaire de Montreal, says the request received Friday could be seen as contravening the rights and freedoms of its employees.

Harel Bourdon says the board was not told why the department was seeking such information. She said the board’s response was that it does not collect such information and would not engage in what she called a witch hunt.

The controversy comes as the new Coalition Avenir Quebec government prepares legislation that would prohibit public servants in positions of authority — including teachers — from wearing religious symbols such as the hijab, kippa or turban at work.

Francis Bouchard, a spokesman for Education Minister Jean-Francois Roberge, says no formal request for a tally was made — rather a number of school boards were called to determine whether such information exists. Bouchard accused the boards of manufacturing a scandal.

Relations were already strained between the province’s school boards and the new government, which was elected on a promise to eliminate the boards in favour of new service centres.

Source: School boards push back on ‘witch hunt’ as government seeks data on staff religious symbols

More extensive reporting in French:

Le ministère de l’Éducation a causé toute une commotion en demandant à des commissions scolaires de dénombrer les enseignants et les membres de la direction des écoles qui portent un signe religieux au travail, a appris La Presse.

Leur fédération s’est aussitôt rebiffée, mandatant ses services juridiques de vérifier la légalité d’une telle manoeuvre, selon un courriel envoyé à tous ses membres.

Des sources sûres indiquent qu’au moins trois commissions scolaires de la région métropolitaine ont reçu une demande du Ministère visant à divulguer des statistiques sur le port de signes religieux. Il s’agit des commissions scolaires de Montréal (CSDM), de la Pointe-de-l’Île (CSPI) et de Laval (CSDL).

Malaise

La demande aurait été faite verbalement, et non par écrit, vendredi dernier. Le ressac a été immédiat. Les commissions scolaires visées ont exprimé leur malaise devant une telle demande.

La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) s’est mêlée du dossier, selon un courriel envoyé à l’ensemble de ses membres. « Certaines commissions scolaires ont reçu une demande du bureau de la sous-ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur pour dénombrer le personnel des commissions scolaires et des écoles qui portent des signes religieux au travail », peut-on lire.

« Dans l’éventualité où vous auriez reçu une demande semblable, nous vous prions de nous en informer dans les plus brefs délais. »

La FCSQ suggère de ne pas répondre au Ministère pour le moment, toujours selon ce courriel. « Nos services juridiques évaluent présentement cette demande. Des instructions supplémentaires vous seront transmises le plus rapidement possible », écrit la fédération.

« Aberrant ! »

La présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon, confirme que le Ministère a demandé des statistiques sur le nombre d’employés portant des signes religieux. On lui a répondu que de telles statistiques n’existent pas et ne seraient pas produites non plus. « J’ai trouvé ça aberrant ! », a lancé Mme Harel Bourdon en entrevue. Une commission scolaire qui ferait un tel dénombrement irait à l’encontre de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, selon elle.

« Ça fait plusieurs mois que des journalistes me demandent combien il y en a. Ce que j’ai toujours répondu, c’est que nous, quand on fait des embauches, autant de nouvelles embauches qu’au niveau de notre personnel qui est déjà à notre emploi, on ne demande pas s’ils portent des signes religieux », a-t-elle affirmé.

« Je verrais mal un employeur faire une demande comme ça. »

L’article 18.1 de la Charte stipule que « nul ne peut, dans un formulaire de demande d’emploi ou lors d’une entrevue relative à un emploi, requérir d’une personne des renseignements » relatifs, entre autres, à sa religion.

Certes, il existe des statistiques, par exemple, sur la proportion d’employés du secteur public qui appartiennent à une minorité visible. Mais elles sont le résultat d’un exercice encadré par la Charte. Il s’agit du programme d’accès à l’égalité en emploi. À cette fin bien précise, tous les employés sont appelés, de façon volontaire, à remplir un questionnaire et à déclarer s’ils sont membres d’une minorité visible. La démarche du ministère de l’Éducation ne se fait pas dans ce cadre. Il n’est jamais question de port de signes religieux dans ces questionnaires.

Toutes les sources consultées font un lien entre la demande du Ministère et la volonté du gouvernement d’interdire le port de signes religieux chez les enseignants (mais aussi chez les représentants de l’État dotés d’un pouvoir de coercition : juges, procureurs de la Couronne, policiers et gardiens de prison).

Le premier ministre François Legault affirmait avant les Fêtes qu’il n’y aurait pas de clause de droits acquis pour les employés actuels, communément appelée clause grand-père. Pour éviter des congédiements, Québec a évoqué l’idée de déplacer les récalcitrants à d’autres fonctions. Un projet de loi est attendu bientôt.

Du « profilage » ?

Pour la porte-parole du Parti libéral en matière d’éducation, Marwah Rizqy, la demande du Ministère revient à faire du « profilage ». « Une fois qu’on a répertorié le nombre, c’est quoi, la suite des choses ? Est-ce que c’est pour venir en quelque sorte banaliser en disant : “Écoutez, ça ne touche pas tant de monde que ça ?” Et si c’est ça, l’objectif, est-ce qu’il est aussi en train de nous dire que les droits fondamentaux, si vous êtes un petit nombre, vous n’en avez pas ? C’est de l’improvisation. »

Le gouvernement Marois, qui voulait interdire aux employés de l’État de porter des signes religieux, n’avait pas demandé un dénombrement aux commissions scolaires, a confirmé une source impliquée dans le dossier à l’époque. Elle est surprise de la démarche faite par le ministère de l’Éducation.

Le cabinet du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, n’a pas donné de réponses aux questions que La Presse lui a posées hier.

***

LES COMMISSIONS SCOLAIRES VISÉES PAR LA DEMANDE DE QUÉBEC

Commission scolaire de Montréal

– Plus de 8200 enseignants

– 127 écoles primaires

– 26 écoles secondaires

Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île

– Plus de 4300 enseignants

– 40 écoles primaires

– 7 écoles secondaires

Commission scolaire de Laval

– Plus de 5000 enseignants

– 56 écoles primaires

– 14 écoles secondaires

Source: Signes religieux chez les enseignants: Québec veut des chiffres

Laïcité: des professeurs se posent en censeurs

Group think without allowing for discussion of other perspectives. And it should be possible to have respectful discussion of different perspectives:

À quelques semaines du dépôt probable d’un projet de loi sur les signes religieux, la laïcité reste un sujet « explosif » qui divise profondément les enseignants. La professeure Nadia El-Mabrouk, bien connue pour son opposition au port de signes religieux, a été bannie d’un colloque syndical auquel elle avait pourtant été invitée à livrer son point de vue.

Selon ce que Le Devoir a appris, la direction de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal a annulé l’invitation faite à Mme El-Mabrouk après l’éclatement d’une controverse chez les enseignants. La simple présence prévue de la professeure de l’Université de Montréal au colloque de l’Alliance a provoqué un « malaise » au sein de la profession, et même des « commentaires violents » dans un groupe de discussion Facebook.

L’assemblée des délégués du syndicat a voté à la majorité l’annulation de la conférence de Nadia El-Mabrouk sur la laïcité au colloque de l’Alliance, prévu les 18 et 19 février 2019. La professeure a aussi été bannie d’une table ronde sur le féminisme où elle devait prendre part avec la journaliste Pascale Navarro.

Ce colloque, qui célébrera le 100e anniversaire de l’Alliance des professeurs, doit regrouper une quarantaine de conférenciers de renom, dont Françoise David et le Dr Jean-François Chicoine. Ils aborderont une série de thèmes plutôt consensuels, comme l’école de demain, la gestion de classe, les jeux vidéo, le déficit d’attention, et ainsi de suite.

Les deux événements auxquels devait participer Nadia El-Mabrouk ont cependant mis le feu aux poudres. Cette expulsion de la conférencière sur fond de désaccord idéologique soulève la grogne au sein de l’Alliance. Des enseignants dénoncent cette « censure » digne des curés du siècle dernier. D’autres se réjouissent de ne pas être exposés à des idées contraires aux positions officielles du syndicat.

Des sujets « assez sensibles »

« Je vous écris pour vous faire part du malaise que certains profs ont ressenti en recevant le programme du colloque, hier matin, dans leur milieu. En effet, dans le résumé de votre conférence, il est question de sujets assez sensibles chez les profs ; port de signes religieux, cours d’ECR [éthique et culture religieuse], cours à la sexualité, bref, tout cela est assez explosif en ce moment. Nous n’avions évidemment pas prévu que la CAQ serait portée au pouvoir au moment où nous vous avons demandé votre intérêt à participer à ce colloque », indique l’Alliance dans un courriel à Nadia El-Mabrouk daté du 11 décembre 2018.

La présence de la professeure au colloque a été annulée le soir même par l’assemblée des délégués. Le conseil d’administration du syndicat s’est plié à la décision des délégués, même s’il avait recommandé de maintenir la conférence et la table ronde où Nadia El-Mabrouk était invitée.

« Le conseil d’administration a expliqué que cette personne-là avait été choisie même si elle n’avait pas nécessairement les mêmes opinions et orientations que notre organisation syndicale », explique Catherine Renaud, présidente de l’Alliance.

« On n’est pas toujours obligés d’entendre des gens qui pensent comme nous. Ça permet d’échanger et de faire progresser notre réflexion, ajoute-t-elle. On n’a jamais l’unanimité sur des sujets comme ça qui sont polarisants. Il y a des pour et des contre, et pour certains, c’est viscéral. Ce n’est pas différent de ce que pense la population de ces enjeux-là. »

Les syndicats d’enseignants, dont l’Alliance, s’opposent officiellement à l’interdiction du port de signes religieux que le gouvernement Legault a promis d’étendre à la profession enseignante. « On ne veut surtout pas que ces personnes-là soient congédiées non plus », précise Catherine Renaud.

« Censure » syndicale

Luc Charlebois, enseignant de francisation à l’école secondaire Louis-Riel, dans l’est de Montréal, est fâché. Il s’insurge contre ce qu’il considère comme de la « censure ». « La proposition [de retirer l’invitation à la professeure El-Mabrouk] a été amenée sur le plancher à la dernière minute, sans consultation des membres. Il y a un gros problème de démocratie syndicale », dit-il.

La professeure a été officiellement mise au ban à cause de ses positions sur l’identité des genres. Dans une chronique dans La Presse +, elle a déjà dit craindre que les cours d’éducation à la sexualité enseignent « l’idéologie queer ». Elle estime que ce phénomène devient une véritable « religion ». Elle déplore que cette seule mise en garde lui vaille d’être traitée de transphobe.

« Une accusation de transphobie, c’est une attaque à ma réputation. Ces gens n’ont sûrement pas lu mes articles », dit Nadia El-Mabrouk au Devoir.

« La vérité, c’est qu’on me censure. Si ma vie n’est pas en danger en allant au colloque, il n’y a pas de problème à ce que j’y sois. Il y a un débat sur la laïcité qui s’en vient [avec le dépôt promis du projet de loi du gouvernement Legault], et là, on est en train de faire de l’intimidation. Les gens n’osent pas s’exprimer sur les signes religieux par crainte d’être taxés de racisme », dit la professeure d’informatique.

Source: Laïcité: des professeurs se posent en censeurs

QS: des divisions autour du port de signes religieux

Not terribly surprising that the QS divisions reflect Quebec society at large. Will be interesting to see how and if resolved:

Des lignes de fracture sont apparues au grand jour dans les rangs de Québec solidaire (QS), samedi, alors que le parti s’apprête à redéfinir sa position sur la laïcité.

Des membres de partout au Québec sont réunis à Montréal depuis vendredi à l’occasion du Conseil national de la formation, le premier depuis les élections du 1er octobre. Le rassemblement vise à faire le point sur la campagne historique qui a mené à l’élection de 10 députés solidaires.

Mais en parallèle, les délégués entament une réflexion sur l’enjeu explosif de la laïcité. En mars, ils seront appelés à redéfinir la position du parti sur l’interdiction des signes religieux dans la fonction publique. Et déjà, les clivages étaient apparents samedi.

« Ça peut être très déchirant », a convenu Lise Boivin, coordinatrice du Collectif pour la laïcité de Québec solidaire.

Ce groupe milite pour une interdiction complète des signes religieux dans l’ensemble de la fonction publique, une position plus ferme encore que celle de la Coalition avenir Québec. Mme Boivin fait valoir que les employés de l’État ne peuvent afficher leur appartenance à un parti politique. Selon elle, il devrait en être de même pour la religion.

« La religion, c’est une idéologie aussi. On est libre d’adopter celle qu’on veut. Mais quand on est au service des citoyens, on ne devrait pas afficher notre appartenance religieuse. »

À l’autre bout du débat, on trouve l’ancienne candidate dans Mont-Royal-Outremont, Ève Torres. Cette musulmane féministe porte le voile. Elle souhaite que l’aile parlementaire du parti cesse de défendre le compromis Bouchard-Taylor, qui propose l’interdiction des signes religieux aux fonctionnaires en position de coercition comme les policiers, les juges et les gardiens de prison.

« Ce n’est pas ma position personnelle, a affirmé Mme Torres. Pour moi, il est évident, en tant que féministe, que personne très engagée pour la justice sociale, pour moi il n’y a pas de compromis possible parce que j’ai bien conscience de l’impact que ça a. »

Les tenants des deux positions ont disposé des tables dans le collège de Maisonneuve, où se tient le Conseil national. Ils distribuent des tracts aux membres, qui recevront demain un document de réflexion sur le sujet.

ÉCHANGE ET DISCUSSION

La co-porte-parole de QS Manon Massé ne craint pas que la laïcité sème la discorde au sein de ses troupes.

« Ce que ça démontre, c’est que QS n’est pas le parti dogmatique qu’on tend à vouloir dépeindre. Il y a de la vie, il y a de l’échange, il y a de la discussion. Ce n’est pas tout le monde qui pense pareil et c’est ce qu’on veut permettre avec le cahier de réflexion. »

Les députés interrogés samedi matin n’ont pas manifesté le désir de changer leur position sur le compromis Bouchard-Taylor.

« Moi, je suis à l’aise de défendre cette position en ce moment, a résumé la députée de Sherbrooke, Christine Labrie. Mais je trouve qu’effectivement, ça vaut la peine de se poser la question à savoir si c’est encore la meilleure position. »

« Ma position, c’est le compromis Bouchard-Taylor, a renchéri le député de Jean-Lesage, Sol Zanetti. C’est ça qu’on défend. Il est possible que ce soit maintenu, il est possible qu’on diffère. »

« SENSIBLE »

Émilise Lessard-Therrien, qui représente Rouyn-Noranda-Témiscamingue, s’est dite à l’aise avec la position actuelle du parti. Elle s’attend cependant à un débat vigoureux dans les rangs solidaires au cours des prochains mois.

« Possiblement que ça va être quelque chose de sensible, a-t-elle reconnu. Mais en même temps, on peut juste l’appréhender. On ne l’a pas vécu encore et ça va se passer au cours des prochains mois. »

Source: QS: des divisions autour du port de signes religieux

La CAQ et la laïcité, ou un début laborieux

A reminder of the more global approach to integration and reasonable accommodation of the Bouchard-Taylor Commission, with appropriate caution to the incoming CAQ government:

Lors de son élection, François Legault a promis d’être un premier ministre rassembleur et de sortir le Québec de la polarisation entre souverainistes et fédéralistes qui a marqué le débat politique des cinquante dernières années. Son premier geste fut de ramener à l’avant-plan une polarisation entre la gauche et la droite, d’une part, et entre Montréal et les régions, d’autre part, ce qui sera le trait distinctif de son mandat.

On ne pourra reprocher à M. Legault de manquer de cohérence. Il l’avait promis : il le fera. Le gouvernement caquiste va légiférer pour interdire le port de signes religieux dans la fonction publique pour les personnes en situation d’autorité. Jusque-là, il n’y a pas de quoi s’affoler et crier à la montée de l’intolérance et du populisme au Québec. D’autres nations ont fait le choix assumé de la laïcité dans les relations de l’État avec ses citoyens. Le rapport final de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, rendu public en 2008, recommandait d’ailleurs l’interdiction du port des signes religieux pour les agents de l’État en situation de coercition : juges, procureurs de la Couronne, policiers, gardiens de prison, président et vice-présidents de l’Assemblée nationale.

Le véritable scandale n’est pas qu’un gouvernement élu tente de mettre en application les recommandations d’une commission qui a sillonné le Québec, pour en arriver à une série de recommandations justes et raisonnables afin de concilier l’interculturalisme et la laïcité ouverte distinctive du Québec avec les exigences d’intégration et de francisation des nouveaux arrivants. Le véritable scandale réside dans la procrastination crasse des gouvernements libéraux de Jean Charest et de Philippe Couillard, qui ont négligé pendant de trop nombreuses années de donner suite aux recommandations. Le fait que Charles Taylor se soit dissocié du rapport depuis n’enlève en rien à la lucidité du diagnostic de l’époque et à la pertinence de l’ouvrage. Nous n’en serions pas là, à rejouer dans le vieux film identitaire post-Bouchard-Taylor, si les libéraux avaient accordé un peu plus de poids aux préoccupations de la majorité francophone.

Il y a toutefois un hic dans la démarche de François Legault. Sans en avoir fait un enjeu de fond de la campagne électorale, il s’éloigne de l’esprit et de la lettre du rapport Bouchard-Taylor en voulant désormais interdire le port des signes religieux pour le personnel de l’État en situation d’autorité (et non de coercition), ce qui revient à inclure dans un éventuel projet de loi les enseignants. Qui plus est, M. Legault menace de limoger les fonctionnaires qui ne se conformeront pas à la nouvelle directive, quitte à utiliser la disposition de dérogation au passage. Gérard Bouchard et Charles Taylor ne s’étaient jamais rendus aussi loin dans leurs réflexions.

La proposition caquiste dévie donc du consensus social arraché à la dure en 2008, sans guère de justification. Malgré le passage du temps, Le Devoirsoutient l’application des recommandations du rapport Bouchard-Taylor. Pas plus, pas moins.

Les fondements du « vivre-ensemble » n’étaient guère menacés à l’époque. Ils ne le sont pas plus aujourd’hui. François Legault s’apprête à légiférer pour régler un « problème » par anticipation, soit l’émergence d’un contingent de femmes voilées dans l’appareil d’État. Disons-le, la femme voilée est encore la mère de tous les maux dans ce débat politique à géométrie variable sur la laïcité. Qu’adviendra-t-il du crucifix à l’Assemblée nationale ? Celui-là semble bénéficier d’une clause de droits acquis.

Le gouvernement Legault rouvre des blessures mal cicatrisées. Déjà, le président de la Fédération autonome de l’enseignement, Sylvain Mallette, a indiqué que les écoles publiques n’avaient nullement besoin de ce nouveau « psychodrame ». « Interdire le port de signes religieux, ça ne donne pas plus de services aux élèves », a-t-il dit. La démarche du gouvernement Legault accentuera à coup sûr le clivage entre Montréal et le reste du Québec, la métropole se trouvant dans une situation unique en matière de diversité et de cohabitation. Des groupuscules de gauche ont déjà fait leur nid, avec bien des maladresses et des raccourcis intellectuels : la CAQ est raciste, liberticide, antiféministe. Un danger social dénoncé avec véhémence lors d’une manifestation contre le racisme dimanche à Montréal.

Dans ce climat de polarisation exacerbée, que vaut encore le rapport Bouchard-Taylor ? Cet ouvrage mesuré assoyait la légitimité de l’interculturalisme dont se réclame François Legault, tout en ratissant plus large. Les nationalistes contemporains ont réduit le débat au port de signes religieux, alors que MM. Bouchard et Taylor élargissaient la réflexion sur les accommodements raisonnables à l’intégration des nouveaux arrivants au marché du travail, à la francisation, à la régionalisation de l’immigration, à la reconnaissance des diplômes et à la lutte contre les inégalités et la discrimination.

Vivement cette approche holistique, réalisée avec doigté et pondération en lieu et place de la précipitation et de l’approximation. À moins de vouloir à tout prix un nouveau psychodrame.

Source: La CAQ et la laïcité, ou un début laborieux

Laïcité: Couillard reçoit froidement un appel de l’opposition, Philippe Couillard rejette l’accusation de racisme systémique lancée par QS (appointments)

Two articles of interest. First, despite the Quebec shootings, the opposition parties continue to play identity politics, deliberately or inadvertently:

M. Couillard a déclaré dans un point de presse que l’enjeu du port de ces symboles est un phénomène inexistant dans le cas des fonctionnaires qui disposent d’un pouvoir de coercition.

«On est encore une fois en train de mettre sur la table un débat pour un enjeu inexistant, a-t-il dit. Je l’avais dit il y a quelques années: à ce que je sache, il n’y a pas de policier qui porte de signes religieux au Québec. Il n’y en a pas plus aujourd’hui. On est en train d’entreprendre un débat sur un enjeu qui est plus qu’hypothétique, qui est inexistant.»

Selon le premier ministre, l’attentat qui a fait six morts dans une mosquée de Québec, la semaine dernière, ne doit pas faire dévier le débat vers la place de la laïcité dans les services publics.

«Le problème d’horreur qu’on a vécu au Québec, la semaine dernière, c’est le racisme et la xénophobie poussés à la violence extrême, a-t-il dit. C’est ça l’enjeu. Il ne faut pas le retourner et voir qu’on va régler le problème en restreignant les droits de certaines personnes dans la société.»

M. Couillard a tout de même affirmé qu’il sera possible pour l’opposition de discuter de ses propositions lors de la commission parlementaire qui étudie le projet de loi 62, proposant l’obligation du visage découvert dans les services publics.

«On aura des arguments importants, mais je pense que personne ne s’attend à ce qu’on mette nos principes de côté ou qu’on marchande nos principes», a-t-il dit.

Source: Laïcité: Couillard reçoit froidement un appel de l’opposition | Alexandre Robillard | Politique québécoise

Same story in the Globe:  Debate over wearing religious symbols returns to Quebec 

Secondly, the Quebec government comes under attack for the tiny number of visible minority government appointments (the provincial equivalent to GiC federal appointments, where visible minorities form 6.1 percent – see Governor in Council Appointments – 2016 Baseline):

Le gouvernement rejette les accusations de racisme systémique dans ses nominations, mais reconnaît qu’il y a un problème.

Le premier ministre Philippe Couillard estime en effet qu’«il y a beaucoup de progrès à faire au Québec».

C’est Québec solidaire qui a accusé lundi le bureau du premier ministre de racisme systémique dans ses nominations. Selon le parti de gauche, les personnes issues de minorités constituent seulement 2 % des 400 à 500 nominations par année effectuées par le Conseil exécutif.

Dans un point de presse mardi en ce jour de rentrée parlementaire, M. Couillard a dit qu’il ne pensait pas que c’était le cas.

Il a toutefois ajouté qu’il y a beaucoup de progrès à faire et que c’est clair quand on regarde les chiffres d’accès à la fonction publique des communautés culturelles.

La ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil, a réagi à l’accusation. Selon elle, il ne s’agit pas de racisme systémique, mais elle a admis qu’il y avait un problème.

Source: Philippe Couillard rejette l’accusation de racisme systémique lancée par QS | Patrice Bergeron | Politique québécoise

 

Quebec: Des points de vue divergents sur la laïcité de l’État

Some initial commentary before the start of Quebec’s hearings on Bill 62, which bans face covering (i.e., niqab, burka)in the delivery and reception of public services:

Des points de vue opposés se feront entendre lors des consultations qui s’amorcent mardi en commission parlementaire sur le projet de loi 62 favorisant le respect de la neutralité religieuse de l’État et visant notamment à encadrer les demandes d’encadrements religieux dans certains organismes, réponse du gouvernement Couillard au projet péquiste de charte de la laïcité.

« C’est un débat qui divise mais qui fait avancer, comme les débats sur l’avortement, sur la peine de mort ou sur l’aide médicale à mourir », a souligné la juriste Julie Latour, qui comparaîtra en commission parlementaire au nom du regroupement Juristes pour la laïcité et la neutralité religieuse de l’État.

La Commission des institutions a prévu neuf jours d’audiences cet automne au cours desquelles 42 groupes et individus seront entendus, un nombre qui est appelé à augmenter puisque l’horaire prévoit des ajouts.

C’est la quatrième fois que le gouvernement québécois tente de faire adopter un projet de loi pour préciser la neutralité religieuse de l’État et définir des balises pour l’octroi d’accommodements raisonnables dans le secteur public et parapublic. Les deux projets de loi précédents, 63 et 94, présentés par le gouvernement Charest ont été abandonnés tandis que la défaite du Parti québécois en 2014 a clos l’épisode du projet de loi 60 sur la charte « affirmant les valeurs de laïcité » défendu par le gouvernement Marois.

À l’entrée du Conseil des ministres mercredi dernier, la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, qui pilote le projet de loi 62 a indiqué que le gouvernement avait en main « des avis juridiques solides » à l’appui de cette nouvelle tentative législative. Elle a dit souhaiter que le nouveau chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée, reste fidèle aux propos qu’il a tenus lors de la course à la chefferie : le candidat jugeait que le projet de loi était un pas en avant et qu’il fallait l’adopter.

Pour Louis-Philippe Lampron, professeur de droit à l’Université Laval, le projet de loi 62 consiste pour l’essentiel en « une redite » du projet de loi 94 présenté en 2010. « C’est essentiellement une codification du droit canadien actuel sur la neutralité religieuse de l’État », estime-t-il. À cela s’ajoute la même disposition que dans le projet de loi 94 sur l’obligation d’avoir le visage découvert pour fournir ou recevoir des services de l’État, que ce soit dans les écoles, dans les centres de la petite enfance (CPE) et les garderies subventionnées, dans le réseau de la santé et pour les autres services publics. Un accommodement à ce sujet devra être refusé pour « des motifs portant sur la sécurité, l’identification ou le niveau de communication requis ». Mentionnons qu’il n’est aucunement question de signes religieux.
Au moment des consultations sur le projet de loi 94, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) avait exprimé un « malaise » relativement à cette interdiction qui portait, sans le dire, sur des signes religieux. « On peut même dire que ça vise explicitement un symbole religieux d’une religion [l’islam] », a fait observer Louis-Philippe Lampron. « Il y a des raisons de croire que ça pourrait être contesté. » Ou que l’interdiction ne s’applique pas en raison de l’octroi d’accommodements.
Pour sa part, Me Julius Grey, bien qu’il s’oppose au multiculturalisme et qu’il soit en faveur de la laïcité, est contre l’interdiction des signes religieux, sauf pour les agents de l’État qui détiennent un pouvoir de coercition (juges, policiers, agents correctionnels, etc.), comme le recommandait la commission Bouchard-Taylor. Il trouve inconcevable qu’on puisse priver quelqu’un de soins médicaux, quelles que soient les circonstances.
Pour Julie Latour, le projet de loi 62 est « un jalon ». À ses yeux, il manque à la neutralité religieuse de l’État et à la laïcité un socle juridique qui passe par l’enchâssement de leur principe dans la Charte des droits et libertés de la personne.

Source: Des points de vue divergents sur la laïcité de l’État | Le Devoir

Some of the notable absences from the hearings:

Faux départ pour la commission parlementaire sur le projet de loi 62 concernant la neutralité religieuse de l’État. Une vingtaine de groupes et d’experts que les députés voulaient entendre ont décliné l’invitation. Et pas les moindres : notamment Gérard Bouchard et Charles Taylor, qui ont présidé la commission sur les accommodements religieux.

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, y voit malgré tout une bonne nouvelle. Le refus de tous ces groupes «envoie un signal qu’ils sont confortables avec la version présentée par le gouvernement, ce qui n’était pas le cas» pour le projet de charte des valeurs du Parti québécois, a soutenu sa porte-parole, Isabelle Marier St-Onge.

Or, en entrevue à La Presse, Gérard Bouchard a assuré qu’il n’a pas changé d’avis sur le port de signes religieux, une position qui va plus loin que ce que propose Mme Vallée. Comme on peut le lire dans le rapport de la commission qu’il a coprésidée, il recommande d’interdire ces signes chez les agents de l’État dotés d’un pouvoir de coercition (policiers, gardiens de prison, procureurs de la Couronne et juges). Le projet de loi 62 précise seulement que les services publics doivent être donnés et reçus à «visage découver», une mesure qui cible le voile intégral.

«Mes idées sur la laïcité sont bien connues, et je m’en tiens toujours aux propositions que nous avons émises il y a huit ans. Je n’aurais que répété ce qui est écrit dans le rapport pour l’opposer à ce qui peut être écrit dans le projet de loi. Je ne voyais pas mon utilité, parce que je n’ai rien à ajouter», affirme M. Bouchard.

 Horaire modifié

L’horaire des auditions, qui débutent mardi à Québec, a été revu à la toute dernière minute en raison des multiples refus de témoigner. Ce cafouillage est d’autant plus étonnant que le projet de loi 62 a été déposé par Mme Vallée il y a longtemps, en juin 2015.

Une vingtaine de groupes refusent de discuter de neutralité religieuse

And English language coverage in the Globe:

The new legislation, “An Act to foster adherence to State religious neutrality and, in particular, to provide a framework for religious accommodation requests in certain bodies,” tabled by the Liberals last year, would make it illegal to give or receive government services if a person’s face is covered. Since no Quebec public employees mask their faces, according to the government, the bill would effectively target Muslim women who wear the niqab or burka.

 Justice Minister Stéphanie Vallée said when introducing the legislation that it was required “for security, identification and communication purposes.”

She has been unable to say how many women wear face veils in the province.

Bill 62 is the latest iteration of Quebec’s efforts to impose official secularism in the public domain (though the new legislation would allow the crucifix over the speaker’s chair in the National Assembly to remain in place).

The bill is seen as a more moderate version of the former Parti Québécois government’s derided “charter of values,” which had set out to ban turbans, kippas, head scarves and other religious displays among Quebec’s civil servants. The bill is believed to have contributed to the PQ’s defeat at the polls in 2014.

The Liberals’ bill would allow for religious accommodations as long as they fit certain sets of guidelines, such as being “consistent” with the equality of men and women.

Still, some groups question the need for the law and say it unfairly targets minority women, who could be excluded from accessing public services.

“How necessary is all of this?” Amira Elghawaby of the National Council of Canadian Muslims said. “How many women might actually be wearing the face veil in Quebec? I doubt that it’s a huge critical mass.” She said that re-opening the issue creates a “malaise.”

“There should really be no suspension of people’s human rights based on popular sentiment toward a religious practice,” Ms. Elghawaby said.

 Hearings to begin on proposed Quebec law targeting veiled women 

Patrick Weil : « Qu’on laisse en paix les femmes voilées » | L’Opinion

As always, sensible and nuanced commentary by Weil:

Patrick Weil, historien et politologue, est directeur de recherche au CNRS et au centre d’histoire sociale du XX e siècle à Paris I. Considéré comme l’un des meilleurs spécialistes des questions de laïcité et d’immigration en France, il a participé aux travaux de la commission Stasi qui rendit en 2003 un rapport sur l’application du principe de laïcité. Il est notamment l’auteur de Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Gallimard.

Est-il vrai que le port du voile islamique explose en France ?

Non. La religiosité se développe. Le voile se présente sur de nouveaux territoires car des femmes le portent et frappent aux portes des entreprises et de tous les métiers qualifiés, mais il ne se développe pas et il n’explose pas. Son port peut d’ailleurs avoir des sens différents. Il peut être porté sous la pression des pairs ou de certains membres de la famille. La personne qui le porte parfois le fait pour ne pas être harcelée dans son propre milieu tout en étant très libre dans sa tête et ses amitiés. En gros, je mets le voile et je ne me fais pas em… par la famille. Parfois elle le porte en toute bonne foi, par tradition familiale ou au contraire en réaction à un milieu non croyant ou non pratiquant.

Et après tout, cela ne nous regarde pas, comme ne nous regardent pas les opinions et les pratiques religieuses d’aucun de nos concitoyens. Violent-elles la loi en portant un voile ? non. Alors, qu’on les laisse en paix. Tant que nos compatriotes musulmans n’auront pas droit à l’indifférence qui passe d’abord par le silence des politiques, alors on ne fera que renforcer – par solidarité, fierté ou sentiment de discrimination – les comportements que l’on veut réduire.

Que le ministre de l’Intérieur s’attaque aux violations de notre laïcité qui sont les plus sérieuses sans être les plus visibles : les pressions sur les mineures par exemple. Ou encore le phénomène qui se développe, si l’on en croit certaines études, de mariages religieux soit avant le mariage civil soit sans mariage civil. La loi ne permet aujourd’hui de punir les officiants mais pas ceux qui se marient. Si demain la loi pénalisait ceux qui se marient religieusement avant de se marier civilement, cela ne serait pas choquant du tout. Le mariage civil à la mairie, célébré devant la communauté des citoyens, avant l’éventuel mariage religieux, c’est au fondement de la laïcité, depuis 1792.

Est-il pertinent d’ouvrir un débat sur le port du voile à l’université ?

Pour la commission Stasi, il n’était pas question d’interdire les signes religieux dans les Universités – comme cela vient d’être proposé – ou ailleurs dans le monde des adultes : les adultes ont des moyens pour se défendre que les enfants n’ont pas. Ils peuvent aller en justice et protéger leur liberté de conscience plus facilement.

Il faut le rappeler : la plus importante de nos lois, la loi de 1905, assure la liberté de conscience, sépare l’Etat et les Eglises, mais elle n’est pas une loi antireligieuse. Elle laisse sa place à la religion, à toutes les religions et à toutes les options spirituelles. C’est une loi négociée entre les socialistes de l’époque et l’Eglise catholique de France. Elle a ensuite été – temporairement – rejetée par le Vatican, avant que l’Eglise ne l’accepte et ne finisse par en faire tous les éloges. Sous ce régime de laïcité, la neutralité envers les croyances religieuses n’est imposée qu’à l’État et ses serviteurs, au sein de la sphère politique et depuis 2004, aux élèves des écoles publiques. Elle n’est pas imposée dans d’autres sphères publiques.

Source: Patrick Weil : « Qu’on laisse en paix les femmes voilées » | L’Opinion

And for background on the French government’s position:

The French government has defended municipal bans on body-covering Muslim ‘burkini’ swimwear but called on mayors to try and cool tensions between communities.

Three Mediterranean towns — Cannes, Villeneuve-Loubet and Sisco on the island of Corsica — have banned the burkini, and Le Touquet on the Atlantic coast is planning to do the same.

The mainly conservative mayors who have imposed the ban say the garment, which leaves only the face, hands and feet exposed, defies French laws on secularism.

The socialist government’s minister for women’s rights, Laurence Rossignol, supported the bans.

 “The burkini is not some new line of swimwear, it is the beach version of the burqa and it has the same logic: hide women’s bodies in order to better control them,” Rossignol told French daily Le Parisien in an interview.

France, which has the largest Muslim minority in Europe, estimated at 5 million, in 2010 introduced a ban on full-face niqab and burqa veils in public.

Rossignol said the burkini had sparked tensions on French beaches because of its political dimension.

“It is not just the business of those women who wear it, because it is the symbol of a political project that is hostile to diversity and women’s emancipation,” she said.

‘It is not just the business of those women who wear it’: France defends growing number of ‘burkini’ bans