Laws that limit religious rights emboldens racists, particularly Islamophobia

Not surprising, but useful confirmation from this latest study on the impact of the ongoing toxic religious symbols debates:

Last week, parliamentary hearings began on Quebec’s Bill 21, which would ban public employees in “positions of authority” from wearing religious symbols. In his testimony, the philosopher Charles Taylor stated that he and Gérard Bouchard were wrong to propose restrictions on religious symbols in their 2008 report on reasonable accommodation.

Taylor affirmed he had been “very naïve” for not foreseeing that such proposals would stigmatize religious minorities and feed intolerance. “The very fact that we were talking about this kind of a plan started to stimulate hate incidents, not just in Quebec but all over,” Taylor said. He added: “I really changed my mind when I saw the consequences of such policies.”

Taylor’s remarks summarize rather well the findings of a research project we recently conducted at McGill University. Our research shows that laws like Bill 21 can have much graver consequences for religious minorities than the specific provisions they entail. Such laws also embolden those who harbour deep-seated xenophobia — specifically Islamophobia — and they therefore intensify minorities’ encounters of hostility and mistreatment.

For our research, we conducted dozens of biographical interviews with Muslim Montrealers to learn about their views and experiences. We asked them how their religion matters in everyday life, and how they evaluate their opportunities in Quebec. Muslims are a diverse group, so we included those who are secular and pious, young and old, professional and working-class.

But despite this diversity, our findings were stunningly cohesive. Virtually all of our interviewees emphasized political campaigns seeking to restrict religious rights — the aftermath of the Bouchard-Taylor Commission, the Charter of Values debate in 2013-14, and Bill 62 in 2017 — as major turning points in their lives.

For example, young Muslims born and raised in Quebec report growing up without any strong sense of exclusion — until they experienced the controversy over the Charter of Values as adolescents or young adults. As one young woman put it, “The true colours come out. I think people felt like they were entitled to do things that they wouldn’t normally do because the government was supporting it.”

During her work at a bank, she said, “People were openly telling me to go home, to go back to my country, refusing that I help them at the bank, because I was wearing a hijab.”

Many of the people we spoke with reported similar incidents, which left them shocked, confused, and ultimately alienated. Suddenly, these men and women had to re-evaluate their relationships, consider what an angry look on the subway might mean, and what that passing pedestrian might have muttered under his breath. The young woman tersely summed it up: “It kind of left a bitter feeling.”

Such experiences fundamentally change people. We spoke to a woman who stopped wearing the hijab in public after an irate woman told her, “You just know how to bring kids into the world, but you are like cows” as she was out for a walk with her baby daughter.

We spoke to a man who converted to Islam, but who keeps his religion a secret so that it does not endanger his professional career.

Others responded in the opposite fashion — proudly proclaiming their religious identities even in the face of adversity. But their lives, too, were negatively affected insofar as they now felt they had to be ready, at a moment’s notice, to defend their religion.

Just like prior laws that aimed to limit religious rights, Bill 21 emboldens those who hate or fear Muslims. There may not be many such people, but it seems that there are enough to make life miserable for Muslims and sometimes even endanger them.

According to Statistics Canada, this is not an issue confined to Quebec. Latest figures suggest that police-reported hate crimes reached an all-time high across the country in 2017, with those against Muslims demonstrating the greatest increase compared to the previous year.

In this social context, politicians have to recognize that their campaigns and policies, even beyond the letter of the law, have broad and immediate consequences for how religious minorities are viewed and treated. Political campaigns can indeed “create a really frightful climate,” as Taylor cautioned in his parliamentary address.

Source: Laws that limit religious rights emboldens racists, particularly Islamophobia

Bill 21: Laïcité: Bouchard et Taylor sonnent la charge

From the éminences grises du rapport:

Les audiences publiques qui débutent mardi sur le projet de loi 21 s’annoncent comme le théâtre d’expression de profondes divisions politiques et sociales au Québec. Et les signataires du rapport Bouchard-Taylor seront parmi les premiers à mener la charge contre un projet de loi « nourri par une certaine islamophobie » (de l’avis de Charles Taylor) et qui risque de mener à une sorte de « radicalisation » du Québec (selon Gérard Bouchard)

« La loi aggravera les clivages qui se sont creusés depuis quelques années entre la majorité et les minorités, dressant ces dernières contre la première, écrit le sociologue Bouchard dans un mémoire qu’il présentera mercredi, mais dont Le Devoir a obtenu copie. Elle aura aussi pour effet d’introduire un élément de radicalisation dans notre société », pense-t-il.

La loi aggravera les clivages qui se sont creusés depuis quelques années entre la majorité et les minorités

Le coprésident de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables croit qu’à défaut de mettre un terme au débat sur les signes religieux, le projet de loi 21 « va au contraire relancer la controverse ».

Dans sa présentation, Gérard Bouchard s’attarde principalement à la décision du gouvernement Legault d’étendre aux enseignants l’interdiction du port de signes religieux. Le rapport qu’il avait présenté en 2008 excluait cette idée, mais proposait une interdiction pour les employés avec un pouvoir de coercition (ce en quoi il croit toujours).

« Le fait d’interdire à de jeunes professionnels la possibilité de faire carrière dans l’enseignement à cause de leur croyance religieuse ne s’accorde pas avec le sens de l’équité et de la compassion hérité de notre histoire », écrit-il.

Québec fait fausse route en arguant que cet interdit fait partie de l’équation de la séparation de l’État et de l’Église, pense M. Bouchard. « Affirmer que le principe de la séparation institutionnelle entraîne une interdiction de porter des signes religieux [chez les enseignants] me paraît comporter une grande part d’arbitraire. Le droit fondamental d’exercer et de manifester sa religion devrait donc ici prévaloir. »

Le sociologue estime qu’il manque de « données empiriques rigoureuses » prouvant que le port d’un signe religieux chez les enseignants « entrave la démarche pédagogique », « traumatise des élèves » ou « entraîne une forme d’endoctrinement chez les élèves ».

Et si jamais c’était le cas, comment justifier que les écoles privées — notamment celles qui sont religieuses — ne seront pas assujetties à la Loi sur la laïcité, demande-t-il ? C’est pourtant là où « on peut présumer que le port des signes religieux est le plus répandu », note M. Bouchard.

Au-delà des enseignants, Gérard Bouchard se demande aussi « comment se justifie l’interdiction frappant diverses catégories de personnel qui n’exercent pas de pouvoir [de coercition], notamment les arbitres, les shérifs, les greffiers, les avocats et les notaires ? ».

Charles Taylor

Son ex-collègue, Charles Taylor, tentera mardi de dissuader le gouvernement Legault d’adopter ce projet de loi qui, à son avis, s’appuie sur des préjugés. « Le mot musulman n’apparaît peut-être pas, donc ça ne cible pas la religion musulmane, mais c’est très clair que l’opinion majoritaire contre les signes visibles est nourrie par une certaine islamophobie qui a, en quelque sorte, [été] inculquée à la population par toutes sortes de sites Web, a-t-il affirmé. En l’absence de cette islamophobie, les gens seraient moins avides de faire avancer des exclusions comme celle-là. »

M. Taylor soutenait l’interdiction du port de signes religieux pour les employés de l’État en position coercitive comme les policiers et les gardiens de prison lors de la publication du rapport de la commission Bouchard-Taylor. Mais il a fait volte-face après l’attentat commis en 2017 à la grande mosquée de Québec.

L’adoption du projet de loi ne fera qu’attiser les préjugés contre les minorités religieuses, selon lui, et risque de mener à une augmentation importante des incidents haineux. C’est ce qui s’est produit « dans toutes les sociétés où des mesures restrictives semblables à celles de la loi 21 ont été défendues en campagne électorale ou référendaire par un parti majeur — le Front national en France, les partisans du Brexit en Angleterre, les républicains de Trump, et le PQ au Québec en 2014 […] », écrit-il dans le mémoire qu’il présentera avec le philosophe Jocelyn Maclure.

« Au nom de quel intérêt public a-t-on le droit de soumettre une minorité de citoyens récemment arrivés chez nous à de telles épreuves ? », demandent-ils.

M. Taylor a souligné en entrevue que le projet de loi 21 crée un grave précédent, puisqu’il va à l’encontre de la Charte canadienne des droits et libertés et de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. « Ils vont sacrifier des droits et libertés de certains citoyens, et c’est très dangereux, parce que ce genre de charte est en quelque sorte la protection de tout le monde, a-t-il dénoncé en entrevue. Demain, il pourrait y avoir une autre minorité qui soit très impopulaire envers laquelle il y a des préjugés et on va se sentir justifié de supprimer ces droits-là. »

Très attendues, les consultations autour du projet de loi 21 débuteront mardi avec quatre groupes qui soutiennent le projet de loi : Pour les droits des femmes du Québec (PDF), le Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité de Djemila Benhabib, le Mouvement national des Québécois et des Québécoises de même que l’Association québécoise pour les Nord-Africains pour la laïcité.

PDF, pour qui laïcité rime avec égalité homme-femme, veut étendre l’interdiction du port de signes religieux à l’ensemble des employés du milieu scolaire, y compris ceux des services de garde. L’organisme propose en tout 16 recommandations, l’application de sanctions sévères pour les établissements qui contreviendraient à la loi.

Le gouvernement Legault espère faire adopter le projet de loi d’ici la relâche estivale. En tout, 36 groupes et experts témoigneront lors des consultations, qui s’échelonneront sur deux semaines.

La loi 62 «ne passera pas le test» des tribunaux, selon Bouchard et Taylor

More from Bouchard and Taylor:

Le gouvernement libéral fait fausse route avec sa loi sur la neutralité religieuse (projet 62), estiment les ex-commissaires Gérard Bouchard et Charles Taylor. Dix ans après la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, les deux hommes montrent d’ailleurs du doigt l’absence de « volonté politique » touchant l’application de leurs recommandations.

« On a l’impression qu’après dix ans, la volonté politique de donner suite à nos recommandations n’est pas vraiment là », avance M. Bouchard. « Il y a une certaine tendance chez les politiciens à opter pour la tendance électoraliste, et cette tendance est trop forte », renchérit M. Taylor, rencontré avec son ex-collègue en marge d’un colloque sur les dix ans de la Commission, hier.

Une trentaine d’experts se sont penchés, les 19 et 20 octobre à l’Université de Montréal, sur la décennie écoulée depuis la mise en branle de la commission Bouchard-Taylor. « Où en sont nos sociétés en matière de gestion de la diversité culturelle et religieuse ? » Voilà la question que les panélistes du Colloque international et interdisciplinaire tentaient d’éclaircir.

« La société civile est active dans le domaine de la recherche. Même les petites municipalités mettent en place des choses pour intégrer les migrants », se réjouit M. Bouchard. « Mais c’est le politique qui ne suit pas. On revient toujours à la même chose », poursuit-il, souhaitant qu’un gouvernement prenne enfin des « initiatives courageuses » dans le débat.

« COMPLÈTEMENT RATÉ »

Et ce n’est pas avec la loi sur la neutralité religieuse que l’État tranchera la question de la laïcité, disent-ils. « C’est complètement raté », affirme M. Taylor. « Si le gouvernement laisse ça comme ça, c’est un coup d’épée dans l’eau », ajoute M. Bouchard. Selon eux, Québec aurait dû, à tout le moins, définir le concept de laïcité, et pas seulement celui de neutralité.

« On avait proposé [à l’époque] un vrai régime de laïcité avec toutes ses composantes : la neutralité, la séparation [de l’Église et de l’État], la liberté de choix, l’égalité des cultes… On ne comprend pas pourquoi ils n’ont pris qu’un seul morceau alors que les quatre composantes se complétaient. N’en tirer qu’une seule laisse tout un édifice qui n’est pas en place », explique l’historien.

Selon eux, la loi ne « passera pas le test » des tribunaux.

ENCORE ACTUEL

Le rapport Bouchard-Taylor publié en 2008 pourrait encore aujourd’hui servir d’outil au gouvernement, estiment les auteurs, notamment en s’appuyant sur les « forts éléments de consensus » dégagés entre autres sur la question de l’interculturalisme. « Si [un gouvernement] attend l’unanimité dans la population, ça n’arrivera jamais », tranche M. Bouchard.

Source: La loi 62 «ne passera pas le test» des tribunaux, selon Bouchard et Taylor | Fannie Lévesque | Politique

‘Problematic’ and a ‘dog’s breakfast’: Quebec face-covering ban panned by authors of landmark report [Bouchard and Taylor]

Always worth listening to Bouchard and Taylor:

A new Quebec law purported to deal with secularism and the accommodation of minorities is being called a “dog’s breakfast” of contradictions by one of the authors of a landmark study of the issue.

The other author of the study says it would be “problematic” in its application by health-care and transit workers.

In their 2008 report, sociologist Gérard Bouchard and philosopher Charles Taylor offered solutions aimed at assuaging concerns about the erosion of Quebec identity while respecting the rights of minorities.

The Liberal government’s Bill 62 on religious neutrality, passed in Quebec’s National Assembly on Wednesday, aims to address some of the recommendations laid out in their report.

However, speaking separately, both men say it misses the mark.

“It’s a bit surprising that a law that purports to be about secularism reduces it to one dimension — religious neutrality — and doesn’t explore separation of church and state, equality of religions and belief, freedom of religion,” Bouchard told Radio-Canada’s morning radio program Gravel le matin.

Bouchard pointed out that the law does not address the crucifix still hanging at the National Assembly.

Taylor had an even more scathing assessment. In an email, he called it “excessive and badly conceived, in fact, contradictory.”

The bill represents Quebec’s latest attempt to address the question of religious neutrality.

The separation of church and state is viewed as a central pillar of Quebec society, but successive governments have struggled to implement guidelines on what this should look like on a daily basis — with neutrality and secularism running up against religious freedom.

How will law be applied?

Bill 62 extends to municipal services, meaning Muslim women who wear a niqab or burka wouldn’t be able to take out a book from the library, visit the doctor or take the bus or Metro.

The guidelines on how the law should be enforced won’t be ready until next summer. The law also provides for exceptions to be made on religious grounds, though exactly how that would work is unclear.

All this makes the law’s application “problematic,” Bouchard said.

“A woman with a covered face who presents herself at the hospital emergency room, we’re not going to send her home if it’s life-threatening,” he said.

“Another scenario, the bus stops in winter and it’s –30 C, and the woman with a niqab is there with her two small children. Will the driver leave her on the curb?”

The union representing workers at Montreal’s public transit authority, the STM, has already said its members don’t want that responsibility, while civil rights advocates say the law infringes on freedoms enshrined under the Canadian Charter of Rights and Freedoms.

In an email, Taylor pointed out that the province justified the law for safety, communication and identification reasons.

But, he said, none of those are at stake when someone takes a bus or is treated by a doctor in hospital.

“It’s a dog’s breakfast,” Taylor said.

Source: ‘Problematic’ and a ‘dog’s breakfast’: Quebec face-covering ban panned by authors of landmark report – Montreal – CBC News

La laïcité déculottée [Pelletier on Charles Taylor’s revisiting Bouchard-Taylor recommendations]

Good piece by Francine Pelletier on the further reflection of Charles Taylor:

Mais où commencer ? Les malentendus sont nombreux et combien enchevêtrés ! D’abord, cette notion voulant que la Révolution tranquille ait transformé le Québec en terre de la laïcité. Oui, la province s’est rapidement sécularisée dans les années 60 ; il y a eu une grande « perte d’influence de la religion », pour ne rien dire de la déconfessionnalisation des écoles. Mais la laïcité implique une séparation de l’Église et de l’État autrement plus pointue, une qui passe par l’ordre juridique et qui aurait exigé, excusez-moi de le souligner à gros traits, le retrait du crucifix à l’Assemblée nationale.

La laïcité comporte un deuxième volet, plus important encore : la neutralité de l’État. Contrairement aux interprétations souvent véhiculées, cela n’implique pas une désaffection religieuse. Loin de récuser, la neutralité « accueille » toute religion seulement sans favoritisme ni parti pris. Comme le suggère le sociologue belge Marc Jacquemain, il ne s’agit pas  d’une valeur en soi, mais d’un dispositif qui garantit une valeur, celle de la liberté de pensée et de religion. L’important n’est pas la neutralité ni l’absence de religion, en d’autres mots, mais bien la liberté de conscience. La possibilité pour chacun d’entre nous de vivre selon ses croyances, en toute liberté. Pour que ce foisonnement individuel puisse se réaliser, l’État, lui, doit offrir une page blanche.

Rien de ça n’a été officiellement discuté, encore moins légiféré, sous le gouvernement Lesage. Il ne l’a pas été beaucoup plus lors de la commission Bouchard-Taylor qui, de toute façon, se penchait sur un à-côté de la laïcité, les accommodements religieux. Les commissaires ont beau avoir inscrit la notion de « laïcité ouverte » dans leur rapport, celui-ci, on le sait, a été grossièrement tabletté. La notion n’a donc guère de sens pour l’ensemble des Québécois aujourd’hui. Si elle avait été bien comprise, aurait-on fait un tel gâchis de la « charte des valeurs » cinq ans plus tard ?

La législation proposée par le gouvernement Marois offrait un premier exercice, en bonne et due forme, sur la laïcité. À la bonne heure. Mais plutôt que de discuter de la neutralité de l’État et du type de laïcité que nous voulions, le débat s’est enlisé sur la question de l’identité nationale. C’est la raison pour laquelle l’exercice a été rapidement rebaptisé « charte des valeurs québécoises ». Il ne s’agissait pas d’établir rationnellement, juridiquement, le « rapport entre le politique et le religieux » ; il s’agissait de dire ce qu’on ne tolérait pas au Québec. C’est chaque fois, en fait, la même chose. Que ce soit dans la foulée de la Révolution tranquille, du « code de vie » d’Hérouxville ou de la charte des valeurs, le sentiment antireligieux, la hantise du passé prennent le dessus et dictent les résultats.

Comme le note Marc Jacquemain, il n’y a que la France qui opte pour cette laïcité dite républicaine, nourrie de suspicion envers la religion (Révolution française oblige) et où, au nom d’une supposée cohésion sociale, on a comme mission « l’émancipation » du croyant. Or, le type de laïcité proposée par MM. Bouchard et Taylor, aussi appelée laïcité libérale, est aux antipodes de cette laïcité française où, plutôt que de défendre « le droit de l’individu face à l’État » on défend « le droit (et même le devoir) de l’État de défendre l’individu face à la religion ».

Ce qui nous amène au consensus que M. Taylor aurait malencontreusement fait voler en éclats, celui d’interdire aux juges, magistrats et policiers le port de signes religieux.

D’abord, est-ce vraiment une victoire d’ériger ce principe en loi alors qu’on ne comprend guère sur quoi une telle restriction repose ? Il s’agit, après tout, de bafouer les droits fondamentaux de certains individus. La « neutralité d’apparence » en vaut-elle vraiment la chandelle ? Je suis plutôt disposée à le croire, mais je trouve suspect qu’on veuille applaudir seulement à ce qui restreint ici les droits individuels alors que c’est silence radio sur ce qui garantirait leur épanouissement. Plutôt qu’un geste réfléchi en vue d’une laïcité réelle, un tel consensus n’agit-il pas plutôt comme un gros diachylon sur la plaie béante de l’identité nationale ?

Charles Taylor a raison de nous forcer à y réfléchir à deux fois.

Port de signes religieux: Taylor plombe un compromis possible, déplore Bouchard 

Always interesting to listen to both Taylor and Bouchard, both when they agree and when not. But the focus on the concrete mentioned at the end of this article indicates a strong convergence of views:

Le Québec a raté une occasion unique de mettre derrière lui le débat sur le port de signes religieux. En désavouant la solution mise de l’avant dans son propre rapport, Charles Taylor a coupé les ailes au consensus qui se dessinait entre les partis politiques, déplore Gérard Bouchard qui, avec M. Taylor, avait coprésidé la commission sur les accommodements reliés aux différences culturelles.

Avec la prise de position étonnante du philosophe Taylor, «le Québec risque d’être une autre fois enfoncé dans l’âcre querelle qui le divise depuis une quinzaine d’années », observe M. Bouchard dans une lettre publiée demain dans la section Débats de La Presse+. «Pour ma part, j’endosse toujours cette proposition», tranche M. Bouchard.

M. Taylor soutient intervenir pour contribuer à la réconciliation des opinions sur cette question délicate. Or, estime M. Bouchard, cette intervention aura « contribué à mettre en échec [la réconciliation] qui émergeait entre les partis politiques et qui a été rendue possible parce que d’importants éléments de consensus étaient présents dans la population ».

En désavouant cet élément de son rapport de 2008, M. Taylor risque de provoquer «l’échec du projet de consensus, dénonce son collègue Bouchard. Les jeux sont à nouveau ouverts. Il est probable que le PQ et la CAQ voudront maintenant reprendre leurs billes». Avec cette occasion ratée, prédit-il, «le débat sur les signes religieux est relancé au moins jusqu’aux prochaines élections, et peut-être au-delà».

Le sociologue du Saguenay était injoignable depuis que son partenaire Taylor avait, dans une lettre à La Presse, annoncé qu’il n’appuyait plus la recommandation formulée dans leur rapport en 2008. Il avait eu vent que son collègue s’apprêtait à rendre publique sa volte-face.

Les deux intellectuels proposaient alors d’interdire le port de signes religieux visibles aux représentants de l’État exerçant un pouvoir de coercition sur les autres citoyens. Ainsi les juges, les procureurs de la Couronne de même que les policiers et les gardiens de prison n’auraient pu afficher leur confession en portant une croix, une kippa ou un voile, par exemple. Pour Gérard Bouchard, cette formule «s’était progressivement posée, aux yeux de nombreux Québécois, comme l’assise à partir de laquelle on pourrait ériger un consensus. Cet horizon est maintenant compromis».

M. Taylor jugeait que, depuis la publication du rapport, le contexte avait changé et que le débat soulevé par cette question avait entraîné des gestes malheureux à l’endroit de la communauté musulmane. Ce revirement avait comblé d’aise le premier ministre Couillard qui, rapidement, revint à sa position – totale liberté pour le port de signes religieux à la condition que les services publics soient donnés et reçus à visage découvert.

Au passage, M. Bouchard écorche la position de Philippe Couillard qui, opposé à la «discrimination vestimentaire», prône l’absolue liberté quant au port de signes religieux.

Or, le projet de loi 62 proscrit le niqab, le voile qui couvre le visage, «une contradiction flagrante» dans la position du gouvernement, observe M. Bouchard. M. Couillard a déjà fait valoir que des questions d’identification, de sécurité, commandaient que les services soient offerts et reçus à visage découvert.

L’interdiction du rapport Bouchard-Taylor, limitée à quelques «agents exerçant une fonction tout à fait exceptionnelle», «se défendait bien sur le plan juridique», estime le sociologue, rappelant que des juristes avaient été consultés avant la publication du rapport en 2008. «Nous sommes loin d’une attaque directe contre les musulmans ou du projet de charte des valeurs, comme on l’a prétendu» dit-il.

Les «dissensions persistantes sur les signes religieux» vont rester. Il convient maintenant «d’oeuvrer énergiquement » à d’autres tâches, la lutte contre la discrimination, la destruction des stéréotypes, et « vider enfin le panier de crabes des accommodements [qui posent toujours un gros problème pour les deux tiers des Québécois]». Le gouvernement Couillard semble se montrer plus actif dans cette direction, se réjouit en conclusion Gérard Bouchard.

Source: Port de signes religieux: Taylor plombe un compromis possible, déplore Bouchard | Denis Lessard | National

Quebec can’t keep politics out of the identity debate

Depressing how the cycle repeats itself:

Now, even Prof. Taylor agrees. Conceding that he never really believed in his report’s principal recommendation – that individuals invested with the “coercive” powers of the state be prohibited from wearing religious symbols – the esteemed philosopher said this week that the events of the past decade have convinced him that Quebec should abandon the idea of legislating in this area altogether. Any such law would probably be unconstitutional anyway. More important, the stigmatization of the province’s Muslim minority in the debates that followed his report, and the subsequent Parti Québécois government’s attempt to adopt a charter of Quebec values that would have extended the ban on religious symbols to all state employees, gave licence to a xenophobic minority of Quebeckers to act on their discriminatory views, Prof. Taylor said.

The 85-year-old philosopher concluded that the recent attack on a Quebec City mosque that left six worshippers dead prompted a rare expression of solidarity that must not be squandered by reopening divisive debates over Muslim headgear. It’s time for Quebec to move on – and heal.

Unfortunately, Prof. Taylor’s words of wisdom will be all but ignored, in part because the co-author of the Bouchard-Taylor report profoundly disagrees with them. For Prof. Bouchard, a sociologist and the brother of former PQ premier Lucien Bouchard, it is precisely the failure of politicians to act on his report’s recommendations that led to an increase in hate crimes and discriminatory attitudes toward Muslims. For him, it’s “urgent” to legislate the rules of religious accommodation now to prevent this debate from boiling over again in the future.

Prof. Bouchard’s point of view reflects one of his report’s fundamental observations. Though a majority in their home province, francophone Quebeckers with Catholic roots still consider themselves a threatened minority and expect newcomers to understand this. “What’s just happened in Quebec,” the 2008 report noted, “gives the impression of a face-to-face between two minorities, each asking the other to accommodate it… We can conclude that Québécois of French-Canadian ascendance are still not very comfortable with the cumulation of their two statuses – majority in Quebec, minority in Canada and North America.”

A decade later, not much has changed. The current Liberal government of Premier Philippe Couillard, which depends on the overwhelming support of the province’s anglophone and immigrant populations to win elections, once again finds itself awkwardly trying to prevent an unresolved identity crisis from again becoming a political one. It has proposed legislation establishing the parameters of the state’s religious neutrality that would ban face coverings among those who dispense or receive government services.

The opposition PQ and Coalition Avenir Québec naturally think the Liberal legislation is too timid and, barely a week after the Quebec City shooting, said they would only support it if it also included Bouchard-Taylor’s proposal to ban police officers, judges and prison guards from wearing religious symbols. Coalition Avenur Québec Leader François Legault called the idea a “compromise.”

Indeed, the opposition is attempting to exploit divisions within the Liberal caucus itself. Liberal MNA’s from outside the Montreal area are worried that a failure to address the debate over religious accommodation could lead to their defeat in the 2018 election, just as it did in 2007. Hence, Mr. Couillard’s government reportedly considered adopting Bouchard-Taylor’s recommendations after the Jan. 29 mosque shooting. But the Premier ultimately could not stomach the idea. Prof. Taylor’s volte-face vindicates Mr. Couillard. But it is a small consolation for the Premier. A decade after Bouchard-Taylor, Quebec is still no closer to reconciling its religious past and present.

Source: Quebec can’t keep politics out of the identity debate – The Globe and Mail

Une bénédiction pour Couillard | Charles Taylor on Bill 62

Nothing wrong with either remaining in favour of this recommendation in favour of banning religious symbols for police and judges, as Gérard Bouchard, or having second thoughts as Charles Taylor. IMO, Taylor is more attuned to the continued risks of divisiveness of expanding the relatively narrow focus of Bill 62 on face-coverings:

Une volte-face comme une bénédiction pour le gouvernement libéral. Contrairement à ce qu’il soutenait dans le rapport de la commission sur les accommodements raisonnables, le philosophe Charles Taylor a déclaré publiquement qu’il ne croit plus qu’il faut interdire le port de signes religieux, notamment pour les policiers et les juges. De la musique aux oreilles du premier ministre Philippe Couillard, qui a réaffirmé qu’il n’entendait pas légiférer sur le sujet.

Les libéraux rejettent ainsi tout compromis avec les partis d’opposition, qui s’étaient pourtant montrés ouverts à appuyer le projet de loi 62 sur la neutralité de l’État s’il contenait une disposition empêchant le port de tout signe religieux pour les personnes détenant une fonction « coercitive » ou en situation d’autorité. « Nous, on a toujours été opposés à la discrimination vestimentaire. Ce n’est pas la première fois que je le dis ce matin. […] Je crois que ça permet de constater que, quand on a des principes, il faut s’y tenir », a affirmé Philippe Couillard.

Dans une entrevue à Radio-Canada, M. Taylor a dit qu’il était conscient qu’il intervenait dans un débat politique, confortant du même coup le premier ministre dans sa décision. « Si j’avais une intention politique, c’était d’éviter qu’on accepte ce compromis, oui, justement parce que j’y voyais un grand danger. Le but, auquel je tiens de façon passionnée, c’est que les gens commencent à se rallier et à se comprendre. Et j’ai dû intervenir », a-t-il expliqué.

Même s’il en faisait la recommandation dans le rapport Bouchard-Taylor, déposé il y a neuf ans, le philosophe croit aujourd’hui qu’il est « dangereux » de légiférer pour interdire le port de signes religieux, car cela risque « d’exclure les immigrants de certaines zones »« Maintenant, non seulement je vois que cette distinction n’est pas importante […] mais je vois les conséquences de mener ces débats. Il y a des conséquences très sérieuses. Ça crée un effet de stigmatisation. » Un effet qui, selon lui, doit être évité à tout prix dans le contexte du nouveau gouvernement de Donald Trump et celui de la fusillade à la mosquée de Québec. « Ne rouvrons pas les plaies », a-t-il écrit dans une lettre ouverte publiée mardi.

Avec cette sortie publique, M. Taylor marque son désaccord avec son collègue et coprésident de la Commission, Gérard Bouchard. Celui-ci avait précisé à maintes reprises qu’il était important, voire « urgent », de légiférer sur la question. Ce dernier n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue. « On n’a jamais vraiment été d’accord là-dessus, parce que pour lui c’était une question de principe, pour moi, plutôt une question de conjoncture. Mais je l’estime beaucoup et je suis d’accord avec lui pour tout le reste du rapport », a dit M. Taylor en entrevue à Radio-Canada.

Source: Une bénédiction pour Couillard | Le Devoir

Globe’s coverage:

Charles Taylor, a leading Canadian intellectual who has been described as one of the world’s greatest living philosophers, said such a ban raises the possibility of stigmatizing the Muslim community. Mr. Taylor was, along with academic Gérard Bouchard, co-chairman of a high-profile commission on reasonable accommodation that recommended in 2008 that figures of coercion in Quebec be prevented from wearing symbols of their faith.

Those figures include police officers, judges, prison guards and prosecutors.

However, Mr. Taylor has now said he has changed his mind. In an unusual move, he has disavowed a key section of his report.

“I did sign the report where this recommendation appears; but nine years later, I no longer endorse it,” he wrote in La Presse.

The mosque attack in Quebec City that claimed the lives of six Muslim worshippers last month created a new context, said Mr. Taylor, an emeritus philosopher at McGill University. Quebec has just started to close the divisions left by the acrimonious debate over the Parti Québécois’s Charter of Values, which would have banned religious headwear in the public service. That debate stigmatized some minorities and even led to verbal and physical assaults against women wearing head coverings, he said.

Quebeckers have now started to rally together in the wake of the mosque assault.

“I believe we cannot afford the luxury of taking new steps that would renew the stigmatization, regardless of the good intentions of some of their defenders,” Mr. Taylor wrote, in French. “Let’s not reopen the wounds. Let’s leave all the room to a time of reconciliation.”

He admitted his stance puts him at odds with Mr. Bouchard, who has pushed for the figures-of-authority ban on a matter of principle. “We disagree,” Mr. Taylor told an interviewer Tuesday about his former co-chairman. “We were never entirely in agreement.”

Quebec is in the throes of yet another discussion over the place of religion in the public realm because the Liberals have introduced Bill 62, legislation that would forbid people from giving or receiving public services with their faces covered. The government presents it as a matter of security and communication.

The opposition Parti Québécois and Coalition Avenir Québec have said they want the bill to include a headwear ban for authority figures.

Mr. Couillard argues that such a step would amount to “clothing discrimination.” He hinted on Tuesday he might propose changes to Bill 62, but has given no indication he is prepared to withdraw it.

Quebec’s Couillard rejects push for ban on officials’ religious headwear

We must not allow terrorists to turn us into beasts: Robin Sears

Reprinted in its entirety:

There is an easily missed photograph at Canada’s museum to our immigration history, Pier 21 in Halifax. It highlights a Polish immigrant family from the 1950s. The picture was clearly taken before they received the appalling news that they were being put on a boat back to Poland for having failed to adequately disprove “suspicions of communist sympathy.” One’s reaction is first shock and then anger at the official who summarily consigned this family, who must have escaped from Poland illegally, to a life in prison if not a more summary reception on their return.

But as you stare at this modest display in mounting anger a second thought occurs. How courageous was the curator who found this story, and probably had to fight for it to be displayed. How proud one should be of the determination of the museum’s creators to tell all sides of Canada’s decidedly mixed immigration history. They smack you in the head at the exit with Daniel Libeskind’s understated but powerful memorial sculpture marking the cowardly decision of the MacKenzie King government to turn back a boatload of desperate Jewish refugees a few years earlier.

Canada’s priceless contribution to the world’s understanding of the essential role of tolerance or mutual accommodation in every successful community is the philosopher Charles Taylor. Taylor puts his case starkly. None of us, he cautions, is capable of resisting the seduction of prejudice, exclusion, or even collective punishment if we are sufficiently terrified by propaganda about “the other.”

Equally, each of us is willing to walk the path of inclusion, tolerance and openness to religious, ethnic and racial diversity with sufficient reassurance about its wisdom and safety. He cites France’s painful passage from being one of the world’s most inclusive societies post-revolution, to its more shameful treatment of its Muslim citizens since they landed on its shores post-Algerian war.

The optimistic conclusion we should draw from the French case is two-fold, he points out. First, any society dragged to the dark side can be redeemed, even if the reverse is equally true. Second, it is all about leadership in the end. It is the inescapable task of genuine democratic leaders to build confidence in openness and tolerance. Leaders who breed fear and division for partisan gain shame themselves irredeemably, and doom their citizens to societies of paranoia and social discord.

So Canada and the world stand once again at this crossroad — do we build walls or bridges? Do we cede victory to these sub-humans who revel in their ability to shed massive amounts of human blood purely to instill terror — and refuse sanctuary to their fleeing victims? Or do we teach our children well, about the dead end that such cowardice necessarily delivers?

Do we again commit the sin of rejecting refugee ships like the St. Louis in Halifax or the Komagata Maru in Vancouver. Will a future Pier 21 curator mount a photo of a dead Syrian family, next to the courageous but rejected Polish family?

Because there is another lesson from Paris, and all the horrors like it, that we will no doubt yet have to endure.

Terrorism works.

My confidence in a serenely safe Japan was shattered the day I missed by 25 minutes the Tokyo subway hit by the bloody sarin attack. My rage at the IRA was deep and murderous when my wife left Harrods half an hour before they killed London’s Christmas shoppers. I was an enthusiastic consumer of angry rhetoric and demands for excessive measures. It was some time before Charles Taylor’s wisdom slowly overwhelmed my determination to support lashing out in rage.

Terrorists always have only one goal: to stab us into becoming the beasts their propaganda requires. To provoke the kind of sectarian intolerance and violent over-reaction that offers visible proof to their audiences that we are indeed bloodthirsty racists and simply liars about the values of tolerance and inclusion we claim.

So, in the days ahead, when we have had the time to reflect on the egregious horror of Paris on Friday night, when the images of so many corpses on blood-soaked streets begin to fade, let us also recall the photo of the tiny shattered body of Alan Kurdi on a Turkish beach.

Yes, we must all use our military, security and intelligence capabilities to crush ISIS — and Canada’s contribution in both military and humanitarian assistance must be greater.

But as hard as it may be to feel confident in doing so today, we must not repeat the mistakes of the last century. We must welcome into our neighbourhoods the victims fleeing this 21st century terror as future Canadians.

PM Harper’s ‘dangerous’ comments on Muslims show lack of understanding on culture, says Taylor

Hard to disagree with Charles Taylor’s assessment:

Prime Minister Stephen Harper’s comments on the niqab are “very dangerous” and could lead to stigmatization and even radicalization, one of Canada’s most renowned political thinkers said Saturday.

Speaking to a packed room at the Broadbent Institute’s Progress Summit in Ottawa Saturday morning, McGill University philosopher Charles Taylor said the prime minister’s comments on the niqab as coming from an anti-feminist culture conflates Muslim dress with the threat of terrorism and jihadism, which stigmatizes the entire Muslim population and creates a rupture in Canadian society.

“This kind of stigmatization is exactly what we have to avoid,” Prof. Taylor told reporters following his address.

The Prime Minister has been “tone deaf” in his comments about Muslims, he said, which demonstrates a lack of understanding of the culture he’s discussing, though he also said electoral considerations likely figure in the approach.

“Ask yourself what are the recruiters of Islamic State saying? They’re saying, ‘Look, they despise you. They think that you’re foreign, you’re dangerous, you’re not accepted here so why don’t you come to them?’” he told reporters.

“The more you make it sound like that, the more you’re helping them. It’s strange that people don’t see that.”

PM Harper’s ‘dangerous’ comments on Muslims show lack of understanding on culture, says Taylor | hilltimes.com.