Précarité des jeunes migrants: Ottawa et Québec se font rassurants

Interesting discussion regarding young refugees and the degree to which settlement and related services are adequately meeting their needs:

Tandis que l’organisme Dans la rue constate un nombre grandissant de jeunes nouveaux arrivants en situation précaire, les autorités se font rassurantes quant à l’intégration des immigrants, réfugiés et sans-papiers au

Tandis que l’organisme Dans la rue constate un nombre grandissant de jeunes nouveaux arrivants en situation précaire, les autorités se font rassurantes quant à l’intégration des immigrants, réfugiés et sans-papiers au Canada.

Réunies vendredi à l’occasion d’une soirée-bénéfice pour l’organisme et son nouveau partenariat avec le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), la ministre fédérale du Développement international, Marie-Claude Bibeau, et la ministre provinciale de l’Immigration, Kathleen Weil, ont surtout imputé ces cas «qui tombent entre les mailles du filet» à des traumatismes vécus par certains demandeurs d’asile dans leur pays d’origine.

La ministre Weil dresse un portrait élogieux de la prise en charge des nouveaux arrivants par le gouvernement, puis par le milieu communautaire et la société civile.

En entrevue avec La Presse canadienne, Marie-Claude Bibeau a pour sa part tenu à souligner qu’avec quelque 46 700 réfugiés réinstallés l’an dernier, le Canada n’en accueille qu’un nombre «relativement modeste».

«J’ai été au Liban et en Jordanie où, dans certaines villes, la population a doublé, a-t-elle illustré. Vous imaginez la pression que ça vient mettre sur les services publics?»

Au-delà de la compassion, l’aide humanitaire relève d’un «enjeu de paix et de sécurité mondiale», a avancé la ministre, dont les propres parents avaient accueilli une famille de Vietnamiens à l’époque de la vague de «boat people».

Mme Bibeau rétorque en outre à ceux qui remettent en question l’utilité de l’aide humanitaire que celle-ci permet d’éviter que des conflits prennent de l’ampleur et exacerbent la crise des migrants.

La ministre Weil renchérit qu’il s’agit d’un enjeu qu’il faut approcher «en amont comme en aval».

Quant aux sans-papiers – qu’elle aborde comme un dossier totalement distinct -, Mme Weil assure qu’on ne leur bloque pas totalement l’accès aux réseaux de la santé et de l’éducation.

«Mais c’est un peu normal qu’il y ait des gens qui tombent entre deux chaises», croit-elle.

«Arriver en tant que réfugié dans un nouveau pays est toujours une gageure», fait valoir Jean-Nicolas Beuze, de HCR Canada.

Si certains parviennent à tirer profit des services sociaux ou bénéficient déjà d’un réseau de proches, d’autres se heurtent à la barrière de la langue et parfois à un puissant choc culturel, a-t-il poursuivi.

M. Beuze souligne également la précarité économique de bon nombre de réfugiés, tandis que, globalement, la moitié d’entre eux sont en fait des mineurs.

«Les gens arrivent sans un sou en poche, surtout quand ils se sont déplacés à travers le monde. Ils ont souvent dépensé toutes leurs économies», a ajouté M. Beuze.

Le représentant de HCR au Canada félicite lui aussi le gouvernement québécois pour son système qu’il juge «très solidaire vis-à-vis les nouveaux arrivants».

Dans le cadre du partenariat avec Dans la rue, l’agence onusienne combinera son expertise au soutien psychosocial apporté par l’organisme qui vient en aide aux jeunes en situation d’itinérance ou de précarité. Cette association entre «un organisme qui oeuvre au coin de la rue et un autre, à l’autre bout du monde», dans les mots de Julien Nepveu-Villeneuve, de l’Association du jeune Montréal, vise à améliorer les interventions auprès des nouveaux arrivants, comme les cinquante jeunes qui ont fait appel à Dans la rue l’an dernier seulement.

La directrice générale de Dans la rue, Cécile Arbaud, fait état de la grande complexité des cas de certains jeunes qui ne parlent parfois ni français ni anglais, et qui ne sont pas dotés des papiers d’identité nécessaires pour avoir droit à l’aide sociale ou trouver un logement.

Le PQ, la diversité et le nationalisme civique

Good overview by Robert Dutrisac of the ongoing challenge facing the PQ (and fussing on words doesn’t solve their existential question of who is “nous”):

On connaît la suite : Pauline Marois a amorcé un virage identitaire qui culminait dans la maladroite charte sur les valeurs dites « québécoises » — des valeurs, en réalité, occidentales, voire universelles. Le PQ réaffirmait tout de même le caractère pluraliste de la nation québécoise.

Avec cette concordance culturelle, Jean-François Lisée délaisse l’interculturalisme cher à Gérard Bouchard. Il juge que la notion officielle de l’interculturalisme, telle que définie par le gouvernement libéral, est trop molle puisqu’elle ne fait pas référence à un tronc commun bâti au Québec au fil de l’histoire. Pour certains d’ailleurs, dont Charles Taylor et Daniel Marc Weinstock, l’interculturalisme n’est qu’une version du multiculturalisme canadien.

Ce concept ressemble beaucoup à la « convergence culturelle » de Fernand Dumont qu’a reprise le PQ de René Lévesque en 1981. Cette politique, intitulée « Autant de façons d’être Québécois », avait pour objectif de rassembler les cultures ethniques sous l’égide de la majorité, ce qui peut se résumer par leur assimilation.

Selon Jean-François Lisée, la concordance culturelle n’a pas de visées assimilatrices, mais préconise plutôt « la formation d’une collectivité inclusive » dans laquelle « chaque citoyen et chaque génération effectue son parcours identitaire comme il ou elle l’entend ». Mais les Québécois de toutes origines sont appelés à partager « une différence vitale » caractérisée par la langue française et un récit historique singulier. À cela s’ajoutent des éléments civiques comme l’égalité entre les hommes et les femmes, la démocratie, la solidarité et un « cheminement vers un État laïque ».

Ce concept de concordance sera difficile à expliciter en campagne électorale ; il est heureusement associé à des mesures concrètes pour favoriser la réussite des immigrants en luttant, notamment, contre la discrimination à l’embauche et le racisme.

Ce n’est pas d’hier que le PQ a des relations ardues avec les communautés culturelles. Lors de la campagne référendaire de 1980, René Lévesque avait vexé des Italo-Québécois indépendantistes — c’est l’écrivain Marco Micone qui raconte l’anecdote — en déclarant : « La majorité francophone décidera elle-même de son avenir. »Évidemment, il y a eu par la suite « les votes ethniques » de Jacques Parizeau et ce « nous » qui avait voté à 60 % pour le Oui.

Le projet de nationalisme civique, qu’ont porté Gilles Duceppe au Bloc québécois et Gérald Larose, visait à éviter ces écueils. Mais le problème, c’est que le nationalisme civique au Québec ne veut pas dire grand-chose. La nation québécoise, au sein de l’ensemble canadien, n’a pas le monopole des principes démocratiques et des droits de la personne. Sans l’existence de cette majorité francophone au parcours historique singulier, le projet souverainiste perdrait toute pertinence.

Avec cette approche, le PQ a le mérite de la franchise. Pour rejoindre les communautés culturelles — et il doit s’y consacrer activement —, le mouvement souverainiste n’a d’autre choix que de se présenter tel qu’il est : un mouvement qui promeut un projet d’émancipation d’une nation pluraliste, auquel sont conviés tous les Québécois.

Source: Le PQ, la diversité et le nationalisme civique | Le Devoir

Des Africains se disent exclus de l’enquête sur le racisme systémique | Le Devoir

I am not sure that the experiences with systemic racism of sub-Saharan Africans is that different from Haitians, although given that Haitians have been in Quebec longer, there may be a difference.

But the article’s reporting of the criticism focusses purely on the representation issue, with no examples of any substantive difference in lived experiences:

Des Québécois originaires de l’Afrique subsaharienne déplorent l’absence de membres de leur communauté au sein du comité-conseil sur le racisme et la discrimination systémique, créé il y a un mois par le ministère de l’Immigration. « Un manque flagrant », qui doit être corrigé, déplore le Comité d’initiative provisoire des Afro-Québécois (CIPAQ), qui signe une lettre ouverte pour réclamer que leur voix soit entendue dans une « étape aussi cruciale du processus. »

« C’est surprenant que la catégorie la plus touchée en matière d’intégration à l’emploi ne soit pas représentée à ce comité », s’étonne Doudou Sow, consultant formateur en intégration professionnelle et gestion de la diversité et membre du CIPAQ. Il fait ainsi référence à une étude publiée en 2012 par la Commission des droits de la personne qui révélait que, sur le marché du travail, les noms à consonance africaine étaient les plus discriminés (42 %), comparativement aux noms arabes (35 %) et latino-américains (28 %).

Présidé par Maryse Alcindor, première sous-ministre noire, le comité-conseil, qui se penchera sur les modalités de la consultation sur le racisme et la discrimination systémique, compte 14 membres, qui sont pour la plupart des universitaires haïtiens d’origine ou issus de la communauté arabo-musulmane. Tout en saluant l’initiative, certaines personnes nommées à ce comité ont néanmoins souligné le fait qu’il y ait effectivement beaucoup d’universitaires et aucun représentant des 85 organismes ayant réclamé un tel exercice, à part les quatre porte-parole qui en avaient fait publiquement la demande au début de l’année.

Basé sur l’« expertise »

Mise au fait de ces critiques, la ministre de l’Immigration a rappelé que le rôle du comité n’est pas de « lutter » contre le racisme et la discrimination, mais plutôt de « conseiller » le gouvernement sur la consultation prévue pour cet automne. « Le comité est composé notamment de chercheurs qui ont été choisis en fonction de leur expertise et de leur expérience », a indiqué l’attachée de presse de la ministre, Gabrielle Tellier. Les organismes seront plus tard invités à participer à la consultation elle-même, y compris des membres de la communauté subsaharienne.

Pour Doudou Sow, le fait que le ministère ait justifié que ses nominations ont été faites sur la base de « l’expertise » est un comble. « C’est l’arroseur arrosé. Le ministère met en place une commission qui prétend combattre, et à juste titre, les causes de la discrimination, mais tombe dans le même panneau. »

M. Sow est d’autant plus étonné qu’il est reconnu pour son expertise sur les questions de l’intégration au marché du travail — il travaille depuis longtemps sur le sujet et a écrit des livres — et qu’il avait même été pressenti par la ministre Kathleen Weil et sa garde rapprochée. « Je n’ai jamais eu de retour. Mais même si le gouvernement venait me voir demain pour m’inclure, je dirais non. Je ne veux pas que ce soit perçu comme un combat pour ma personne. Je le fais pour mes enfants et toute la prochaine génération. »

Paul Eid, sociologue spécialiste de l’immigration qui fait partie de ce comité-conseil, se veut rassurant. « Je ne travaille pas pour un groupe ou un autre. L’idée c’est de documenter les causes, et ça touche tous les groupes racisés », soutient-il. « Je crois que c’est la même chose pour tous les membres du groupe ».

Pas des Haïtiens

Mame Moussa Sy, du centre communautaire Bon courage de Place Benoit, est lui aussi déçu de la composition du comité-conseil. « Ça ne tient pas la route. Ça ne reflète pas la diversité », dit-il. Après avoir partagé son coup de gueule sur les réseaux sociaux, il a lancé une pétition qui a récolté environ 500 signatures jusqu’ici.

Certes, des Haïtiens siègent au comité-conseil, mais leur voix n’est pas celle des Africains subsahariens, explique-t-il. « Le scientifique, le professeur, l’intervenant haïtien qui est là, il sera toujours porté à prendre des exemples de son quotidien, de ce qu’il a vécu. Mais c’est très différent de ce qui se passe au Sénégal, au Congo », explique-t-il.

Source: Des Africains se disent exclus de l’enquête sur le racisme systémique | Le Devoir

Le PQ invité à s’ouvrir à la diversité | Le Devoir

Will be interesting to watch and how they reconcile this “diversity and inclusion” messaging with their past in playing identity politics:

Le Parti québécois (PQ) a encore une « pente à remonter » auprès des communautés culturelles. Le chef du parti, Jean-François Lisée, lance un blitz de recrutement de candidats issus des minorités et affirme que la lutte contre la discrimination et le racisme sera un des thèmes importants de la campagne électorale de 2018.

Le chef péquiste a demandé à ses 125 associations de circonscription de tout mettre en oeuvre pour qu’au moins 12 % des délégués au congrès du parti, en septembre prochain, soient issus des minorités. Déjà, plus de 12 % des employés du parti à l’Assemblée nationale proviennent des communautés culturelles.

« On a encore du travail à faire au niveau de la diversité du sein du parti et on est en marche. On prend toutes sortes d’initiatives, on voit des résultats », a dit Paul St-Pierre Plamondon au cours d’un point de presse dimanche. La diversité reste un « réel défi »pour le parti, et « rien n’est encore joué », écrit-il.

L’ex-candidat à la chefferie du PQ, nommé conseiller de Jean-François Lisée, a dévoilé le rapport final de la vaste consultation qu’il a menée depuis l’automne dernier dans le but de renouveler le parti. Le rapport Osez repenser le PQ formule 156 recommandations destinées à renforcer les liens entre le PQ et les communautés culturelles, les jeunes et les entrepreneurs.

Brasser la cage

« Il ne faut pas craindre la critique et la voir plutôt comme une occasion de bâtir des ponts », écrit Paul St-Pierre Plamondon. Son rapport d’étape, publié en février dernier, avait créé un « léger tourbillon médiatique », admet l’avocat de 40 ans : il décrivait le PQ comme « un parti figé, conservateur et vieillissant » aux allures de « club social ».

Depuis, le parti semble avoir amorcé un rajeunissement. Le nombre de membres de 40 ans et moins a grimpé de 31 % en six mois ; 16 683 des 90 000 membres du PQ appartiennent désormais à cette catégorie d’âge. Près du tiers des 125 présidents d’association — et 37,4 % des membres des exécutifs de circonscription — sont âgés de 40 ans et moins.

Paul St-Pierre Plamondon a mené 162 consultations auprès de 3600 personnes, surtout des gens qui ne sont pas membres du PQ, pour arriver à son diagnostic. Pas moins de 43 des recommandations visent à tisser des liens entre le PQ et les communautés culturelles. Le diagnostic est presque aussi vieux que le parti : les nouveaux arrivants et les anglophones se méfient du mouvement indépendantiste.

L’auteur du rapport Osez repenser le PQ invite le parti à « revoir la notion de nationalisme de manière à valoriser un nationalisme civique et inclusif ». Il insiste pour que la lutte contre la discrimination à l’emploi, contre le racisme et contre le profilage racial par la police soit une priorité pour le PQ aux élections de l’automne 2018.

« Le PQ doit en quelque sorte briser l’association malsaine que certains font entre PQ et racisme (une allégation qui est non fondée lorsqu’on interroge les militants de la diversité culturelle qui militent au sein du PQ), en étant le champion de la lutte contre le racisme, au moment où un vent de populisme et d’extrême droite souffle à plusieurs endroits en Occident. »

Paul St-Pierre Plamondon recommande que le parti délègue 100 « ambassadeurs »pour nouer des liens avec les communautés culturelles « sans chercher quoi que ce soit ni attendre quelque chose en retour ».

Pour rapprocher le PQ des jeunes et des minorités, Paul St-Pierre Plamondon recommande au parti de « s’approprier les thèmes de l’international, de la mondialisation et de l’ouverture sur le monde ». Il estime aussi que les souverainistes doivent tourner la page sur l’épisode de la charte des valeurs.

« La laïcité et l’identité québécoise sont deux choses dissociables pour les moins de 40 ans. Le Parti québécois doit désormais parler de l’identité québécoise en faisant référence à la langue française, à la spécificité québécoise et à la culture du Québec. La laïcité doit être présentée comme un enjeu politique qui contribue au vivre-ensemble. Elle n’est cependant pas une composante de l’identité des citoyens et des citoyennes. »

Source: Le PQ invité à s’ouvrir à la diversité | Le Devoir

La diversité dans l’angle mort du milieu littéraire québécois: Dawson

Valid commentary and critique by Nicholas Dawson. My sense is that English Canada has better representation of immigrant and visible minority writers:

Pendant le Salon du livre de Québec, la revue Les Libraires a invité dix auteurs à constituer « la bibliothèque idéale », exercice fort amusant dont l’intention était d’encourager des lectures diverses. Toutefois, parmi ces dix « invités de marque », aucun n’était racisé, comme quoi la diversité ethnique demeure un angle mort important dans le milieu littéraire québécois.

Ce type d’omission se reproduit régulièrement. Pour souligner leur dixième anniversaire, les éditions Héliotrope, qui publient des auteurs de grand talent et qui privilégient les voix plurielles (dont celle des femmes et des personnes queer), ont publié sur Facebook une mosaïque de photos présentant les visages tous blancs de ces « voix singulières ». On retrouve la même homogénéité parmi les finalistes des catégories roman, poésie et hors Québec du Prix des libraires, dont le jury n’est également composé que de personnes blanches. L’an dernier, ce même prix n’a été décerné qu’à des femmes, ce dont on doit absolument se réjouir, mais aussi toutes blanches. Il y a quelques visages non blancs parmi les « 100 poètes québécois » recensés par la revue Les Libraires pour la Journée mondiale de la poésie, mais ils se comptent sur les doigts d’une seule main.

Ce ne sont que quelques exemples parmi une pléthore de listes d’auteurs blancs qu’on dresse dans des palmarès, recommandations et recensements, parfois célébrant une « diversité » du paysage littéraire québécois qu’on limite souvent à la parité entre hommes et femmes. Devant ces omissions répétées, j’ai pourtant eu l’instinct de me taire. C’est que je suis un jeune auteur québécois d’origine chilienne, actif dans le milieu mais qui n’a publié qu’un seul livre, avec un deuxième en cours de publication. C’est mon milieu ; on pourrait facilement me reprocher de « prêcher pour ma paroisse », de me faire du « capital symbolique sur le dos des minorités », voire de « jouer la victime ». Ces arguments visent à dépolitiser l’enjeu, l’individualiser, comme si une personne racisée qui crie au racisme ne parlait, au final, que pour son propre intérêt. Pourtant, dans un si petit milieu, certes ouvert d’esprit et sensible, mais où tout le monde se connaît et où les contacts sont légion, de telles démagogies sont efficaces.

Oser prendre la parole

Bref, il y a un problème de représentativité ethnique dans notre milieu littéraire québécois ; les maisons d’édition, les revues, les journaux, les enseignants et les institutions semblent encore relayer la responsabilité aux personnes racisées qui, peu nombreuses et isolées, risquent gros quand elles osent prendre la parole.

[…]. L’enjeu étant très peu soulevé par des gens en position de pouvoir dans ce milieu, les personnes non blanches se retrouvent seules à jouer le rôle de la police ethnique, comme si l’enjeu ne leur appartenait qu’à elles. Pourtant, il s’agit d’un problème qui concerne tout le monde. Célébrer et encourager la diversité ethnique dans la production artistique nationale, c’est non seulement représenter tous les groupes qui constituent notre société, mais surtout contribuer à réduire l’hégémonie des voix majoritaires en permettant aux voix minorisées de les influencer. Pour ce faire, la sous-représentation des personnes non blanches doit être décriée par tous, sans quoi la voix minoritaire, qu’elle soit littéraire ou révoltée, demeure un chuchotement affectant peu les autorités blanches qui ont le beau jeu de garder le silence.

Pour ce faire, il faut d’abord se responsabiliser en reconnaissant ses angles morts, premier pas primordial dont parlent Martine Delvaux et Carole David dans un magnifique article qu’elles ont rédigé pour la revue À bâbord à la suite d’une conférence « autour d’une table ronde sur les femmes et la littérature », événement qui a reçu des critiques parce que les invitées étaient blanches. Une fois cet angle mort reconnu, les personnes en position de pouvoir possèdent les outils pour affronter les questions difficiles : pourquoi les personnes non blanches envoient-elles moins de manuscrits ? Pourquoi sont-elles si peu nombreuses à étudier ou à enseigner la littérature ? Qu’est-ce que les institutions peuvent faire de plus pour, d’une part, attirer les personnes non blanches à prendre part à la production littéraire québécoise et, d’autre part, pour mieux s’adapter aux réalités des minorités dont les langues, les structures et les pratiques ne correspondent pas toujours aux codes dominants ?

Pour répondre à ces questions, je fais donc appel à ces personnes en position d’autorité — éditeurs, journalistes, enseignants — pour qu’elles écoutent d’abord les voix minorisées qui soulignent ce problème blanc auquel plusieurs semblent aveugles. Mais surtout, j’appelle à ce que ces personnes blanches reconnaissent leur hégémonie pour qu’elles cessent de « porter le visage de l’innocence », comme le disent si bien Delvaux et David. Ainsi, en prenant part au débat, elles contribueront à faire de notre milieu littéraire ce qu’il devrait être : un espace de discussion, autoréflexif et politique, qui n’abandonne pas dans des angles morts les personnes minorisées.

Source: La diversité dans l’angle mort du milieu littéraire québécois | Le Devoir

Le Québec semble bien gérer les questions d’accommodements raisonnables

I tend to share the assessment that the drop in numbers reflects that public and private organizations are dealing with requests on their own, with no need to refer cases to the Commission:

Les demandes de conseils sur les accommodements raisonnables de type religieux sont en baisse depuis deux ans à la Commission des droits de la personne (CDPDJ) et sont désormais supplantées par les demandes faites par les personnes handicapées.

Entre avril 2015 et mars 2016, le nombre de demandes de conseils reçus est passé à 20 et ce nombre s’est maintenu ces derniers mois. C’est la moitié de ce qu’on observait les années précédentes (40 demandes en moyenne).

Depuis la Commission Bouchard-Taylor, la Commission offre un service-conseil en matière d’accommodements raisonnables de type religieux. Le service s’adresse aux employeurs et aux organismes donnant des services. Les conseils sont donnés à titre indicatif et ne sont, dès lors, pas décisionnels.

La liste des demandes reçues révèle en outre que les congés religieux sont l’enjeu qui génère le plus de questions. Ainsi en 2015-2016, de nombreuses demandes provenaient d’entreprises privées et portaient sur la pratique du ramadan.

Le président d’une compagnie de biocarburant, par exemple, s’inquiétait pour la sécurité parce qu’un de ses employés était affaibli par le jeûne. Chez un fabricant de vêtements de sport, on déplorait que trois employés de la même chaîne de montage aient réclamé des congés en même temps. Au total, huit demandes concernaient la période du ramadan et trois des congés liés à des célébrations juives comme celle du Nouvel An juif en septembre.

Une minorité de demandes étaient toutefois plus complexes comme ce cas d’une étudiante de confession juive qui réclamait du matériel pédagogique non informatisé pour pouvoir se préparer à son examen final pendant le Sabbat.

Un seul cas portait sur le port de signes religieux (le voile) et deux concernaient la tenue de prières musulmanes dans des institutions publiques ou des commerces. Enfin, un employeur a contacté le service à propos d’un employé qui exposait une photo de Jésus « de grande dimension » dans son lieu de travail.

En vertu de la Charte, les accommodements sont un corollaire du droit à l’égalité et les organisations doivent chercher à en offrir à ceux qui le demandent. L’accommodement raisonnable est toutefois balisé par le concept de « contrainte excessive » qui protège l’organisation ou le milieu de travail.

Un bon signe, selon les experts

Cette baisse suggère que les organismes s’en tirent plutôt bien avec ces questions, croit le professeur Marc-Antoine Dilhac, un expert des enjeux d’inclusion rattaché à l’Université de Montréal. « C’est plutôt encourageant, dit-il. Il y a une forme de jurisprudence qui s’est imposée pour des affaires similaires. »

François Rocher, de l’Université d’Ottawa, un spécialiste des enjeux d’immigration, souligne que même à 40 par an, ce sont de petits nombres et que contrairement à certaines perceptions, la « Commission n’est pas submergée de demandes ».

« Mon hypothèse, c’est que les organisations publiques et les entreprises ont bien compris la notion d’accommodements et que la société civile réussit assez bien à s’organiser avec ce problème-là. »

M. Dilhac constate en outre que les questionnements soulevés sont souvent les mêmes et qu’il est dès lors de plus en plus facile pour les employeurs de savoir quoi faire.

Le record de demandes d’avis reçus sur les accommodements religieux a été établi en 2009-2010 avec 52 dossiers contre 29 pour les personnes avec un handicap qui normalement donnent lieu au plus grand nombre de questions.

Cette tendance s’est depuis renversée. Ainsi en 2015-2016, le Service a reçu deux fois plus de demandes pour des accommodements raisonnables touchant des handicaps que pour des accommodements religieux (57 contre 20).

Source: Le Québec semble bien gérer les questions d’accommodements raisonnables | Le Devoir

ICYMI: Les allophones fréquentent les écoles francophones au Québec: From 15 percent in 1971 to 89 percent

A dramatic shift:

La très grande majorité des élèves dont la langue maternelle est autre que le français ou l’anglais fréquentent les écoles francophones au Québec: au primaire et au secondaire, ils sont passés de 15 à 89 % entre 1971 et 2015, rapporte l’Office québécois de la langue française (OQLF).

«Une progression très marquée», soit six fois plus d’élèves, note l’Office, qui a publié deux rapports vendredi, soit un sur l’enseignement collégial et un autre sur les établissements préscolaires, primaires et secondaires.

L’OQLF relève aussi une hausse importante de près de 20 points de pourcentage depuis 1976 du nombre d’anglophones qui fréquentent l’école en français, cette proportion atteignant même 28 % en 2015.

D’ailleurs, cette année-là, la très grande majorité des élèves du Québec – toutes langues maternelles confondues – apprenaient leur alphabet à l’école en français, soit 90 % de ceux du préscolaire, primaire et secondaire.

Mais cette fréquentation accrue de l’école française n’est pas toujours un choix: ces chiffres s’expliquent en partie par l’adoption par le gouvernement du Québec en 1977 de la Charte de la langue française qui oblige certaines catégories d’enfants à fréquenter l’école en français au primaire et au secondaire. Au niveau collégial toutefois, ils ont la liberté de choisir.

«C’est sûr que le fait que la Charte a été adoptée, et les nouvelles normes pour l’inscription à l’école de la langue française, cela peut être un des facteurs qui a joué», a souligné en entrevue le porte-parole de l’OQLF, Jean-Pierre Le Blanc.

Il est ainsi à noter qu’entre 1986 et 2015, la proportion d’élèves admissibles à l’école anglaise a chuté chez les anglophones et les allophones, respectivement de 12 et de 26 %.

Chez ceux ayant une langue maternelle tierce, la plus grande portion de la hausse de fréquentation de l’école en français est survenue dans les années suivant l’adoption de la Charte, entre 1976 et 1991, est-il noté dans le rapport.

Source: Les allophones fréquentent les écoles francophones au Québec | Stéphanie Marin | Éducation

Statistique Canada minimise le recul du français | Le Devoir

A somewhat complex read on the metholology of official language statistics, arguing that the maternal language, rather than language most used, understates the relative decline of French:

Le poids du français au Québec recule de façon jamais vue, alors que l’anglais s’est mis à progresser. Dans sa récente étude Projections linguistiques pour le Canada, 2011 à 2036, Statistique Canada s’emploie à minimiser cette nouvelle dynamique.

Selon l’étude, le poids du français, tant langue maternelle que langue d’usage, continuerait de chuter rapidement, tandis que l’anglais poursuivrait sa lente progression. Mais le français reculerait nettement moins comme la première langue officielle parlée, ou PLOP, voire pas du tout sur l’île de Montréal.

La PLOP se calcule à partir des données sur la connaissance des langues officielles, la langue maternelle et la langue d’usage. Rappelons que la Commission Laurendeau-Dunton avait jugé que la langue maternelle ne nous renseigne pas sur la langue courante des personnes recensées. Elle avait suggéré d’ajouter une question sur leur langue d’usage à la maison, en précisant que « nous croyons qu’on devrait utiliser [les réponses] par la suite comme base de calcul ».

Statistique Canada a choisi d’accorder néanmoins priorité à la langue maternelle sur la langue d’usage pour répartir les individus en quatre groupes qui ont comme PLOP le français, l’anglais, le français et l’anglais, ou ni le français ni l’anglais. Pour abréger, appelons-les francoplops, angloplops, biplops et niplops.

L’organisme fédéral compte d’abord tout unilingue français comme francoplop et tout unilingue anglais comme angloplop. Parmi les individus restants, qui sont bilingues ou encore ne connaissent ni le français ni l’anglais, il compte comme francoplops ceux qui ont comme langue maternelle le français ou le français et une langue non officielle, et comme angloplops ceux qui ont comme langue maternelle l’anglais ou l’anglais et une langue non officielle. Il fait ensuite de même avec la langue d’usage pour définir d’autres francoplops et angloplops. Enfin, Statistique Canada compte les allophones qui ne connaissent ni le français ni l’anglais comme niplops et compte tous les autres individus non encore répartis comme biplops. La grande majorité des biplops sont des allophones bilingues qui parlent encore leur langue maternelle comme langue d’usage.

Il est instructif de suivre plutôt la Commission Laurendeau-Dunton et d’inverser les étapes de ce calcul qui font appel à la langue maternelle et à la langue d’usage. La PLOP de Statistique Canada compte 7 507 885 francoplops au Canada en 2011. La PLOP Laurendeau-Dunton, qui priorise la langue d’usage, en compte 7 173 425. D’une PLOP à l’autre, leur poids au Canada passe de 22,7 % à 21,7 %.

La différence provient pour l’essentiel de l’anglicisation des francophones. En 2011, le Canada comptait 448 805 individus de langue maternelle française mais de langue d’usage anglaise. Ce sont des francoplops, selon Statistique Canada, mais des angloplops, selon l’approche Laurendeau-Dunton. L’organisme gonfle ainsi le nombre de francoplops au Canada, en particulier à l’extérieur du Québec.

L’anglicisation sévit aussi, toutefois, dans l’île de Montréal, qui compte 59,7 % de francoplops, manière Laurendeau-Dunton, comparativement à 60,6 % selon Statistique Canada.

L’étude nous induit en erreur sur un autre point. Elle redistribue arbitrairement les biplops de façon égale entre francoplops et angloplops. Appelons donc francobiplops et anglobiplops les nouveaux regroupements grossis par ce forcing arbitraire. L’étude affirme que les biplops ne représentent pas plus de 0,5 % de la population, autrement dit que son forcing ne modifie pas de façon significative notre perception des choses.

C’est faux. En 2011, les biplops représentaient au Canada 1,1 % de la population. Au Québec, c’était 3,1 %. Dans la région de Montréal, 5,7 %. Dans l’île, 8,2 %.

Nous sommes maintenant à même de saisir comment l’auteur de l’étude, Jean-Claude Corbeil, a pu prétendre le 26 janvier dernier dans Le Devoir que « si on utilise plutôt la PLOP, on constate que les deux tiers des Montréalais sont plus à l’aise en français [qu’en anglais] ». Et qu’« en 2036, on devrait toujours, selon les divers scénarios, demeurer à ce niveau-là ».

Il faut d’abord faire semblant que la PLOP façon Statistique Canada indique correctement dans quelle langue officielle un individu se sent le plus à l’aise. Cela produit 60,6 % de francoplops pour l’île de Montréal en 2011. Outre ce que donne ainsi la PLOP, proprement dite, il faut ajouter la moitié du 8,2 % de biplops. Cela donne presque 65 % de francobiplops. D’où le « deux tiers ». Puis, on fait de même pour 2036. L’étude ne révèle pas le détail de ses projections, mais elles font sans doute passer les francoplops – même calculés façon Statistique Canada – sous le seuil de 60 %, et hissent en même temps les biplops au-dessus de 10 %. Ce qui donnerait de nouveau quelque 65 % de francobiplops.

Or, en 2011, l’île de Montréal comptait trois allophones bilingues (anglais et français) de langue d’usage anglaise pour deux qui s’étaient francisés. Le temps seul nous dira comment les allophones bilingues se répartiront à l’avenir entre le français et l’anglais. Cela dépendra notamment du rapport de force entre le français et l’anglais, comme langues d’usage. Selon l’étude elle-même, si rien ne change, ce rapport continuerait à se détériorer. Deux choix s’offrent à nous : nous laisser endormir en comptant les francobiplops ou agir pour mettre fin à la dynamique actuelle des langues au Québec.

Source: Statistique Canada minimise le recul du français | Le Devoir

Lisée reproche à Couillard de faire le procès des Québécois

Denial or identity politics?

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a livré une charge à fond de train, lundi, contre le gouvernement de Philippe Couillard, lui reprochant de mettre les Québécois au banc des accusés dans un procès sur le racisme.

M. Lisée réagissait à l’annonce, la semaine dernière, de la nomination d’un comité-conseil devant jeter les bases d’une consultation sur le racisme systémique.

M. Lisée a qualifié l’exercice de «procès en racisme qui va être organisé par l’État québécois contre les Québécois».

Selon le chef péquiste, le gouvernement libéral met en place tous les ingrédients pour faire ce qu’il appelle «une recette pour augmenter le racisme» en voulant se pencher uniquement sur le racisme et la discrimination, tout en refusant de mettre des balises sur les accommodements religieux et les signes religieux.

Le chef péquiste soutient qu’on ne peut «faire reculer le racisme au Québec» sans agir sur ces deux axes en parallèle.

Jean-François Lisée se dit convaincu qu’une consultation sur le racisme systémique ne pourra qu’«attiser le ressentiment de la majorité et soulever la colère de la minorité, parce qu’il y en a du racisme au Québec».

«Que ce soit M. [Justin] Trudeau avec son islamophobie, M. Couillard avec ses déclarations que tous ceux qui sont en désaccord avec lui alimentent la xénophobie, (…) cela fait partie d’un contexte qu’on essaie d’imposer aux Québécois pour les culpabiliser, les stigmatiser», a-t-il dit.

Immigration et religion: Lisée blâme l’inaction de Couillard

Lisée is like a gnat, buzzing around these issues and changing his positions regularly.

A bit rich to blame all Quebec’s integration challenges and issues on Liberal governments, given the role of the PQ in recent years of playing identity politics, one that Lisée has also participated in:

Le gouvernement Couillard est responsable de l’insatisfaction exprimée par plusieurs citoyens quant à l’intégration des immigrants et au port de signes religieux, estime le chef péquiste Jean-François Lisée.

Le chef du Parti québécois a été invité, lundi à Montréal, à commenter les résultats d’un sondage Crop réalisé pour le compte de Radio-Canada.

Ce sondage indique notamment qu’une majorité de gens pensent que le port de vêtements religieux devrait être interdit pour les éducateurs (66%), les personnes en autorité (76%) et les autres employés des services publics (67%).

De même, 57% des Québécois qui ont répondu au sondage jugent que les musulmans sont mal intégrés, soit 38% «plutôt mal» et 19% «très mal». Ils sont 7% à estimer qu’ils sont très bien intégrés et 35%, plutôt bien intégrés.

Interrogé à ce sujet lors d’une conférence de presse à Montréal, après son retour d’un voyage à saveur économique en Europe, M. Lisée a blâmé le gouvernement Couillard et les gouvernements libéraux précédents pour leur inaction en la matière depuis des années.

«Les Québécois sont impatients face à l’incapacité du gouvernement Couillard d’agir sur les signes religieux, sur les accommodements religieux», a conclu M. Lisée.

Il s’est par ailleurs dit heureux de constater que pour bien des questions du sondage, les Québécois ont offert des réponses similaires aux autres Canadiens.

Source: Immigration et religion: Lisée blâme l’inaction de Couillard | Lia Lévesque | Politique québécoise