Dutrisac: Le pis-aller (Temporary Foreign Workers and Quebec agreement and exception for their children to study in French)

More complaints regarding IRCC’s treatment of Quebec applicants. Not seeing much evidence in the data for Temporary Foreign Workers:

En août dernier, Québec et Ottawa concluaient une entente en vue d’alléger les exigences que le gouvernement fédéral impose aux entreprises qui recourent à des travailleurs étrangers temporaires (TET) dans certains types d’emplois. Le ministre québécois du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, vient de dévoiler les détails des assouplissements qui découlent de cette entente et qu’il demande maintenant au fédéral d’avaliser.

Ces mesures, qui feront l’objet d’un projet pilote, sont particulières en ce sens qu’elles ne visent pas seulement des emplois qualifiés à 100 000 $ par an dont rêve François Legault, mais aussi des gagne-pain modestes dans des domaines toutefois frappés par des pénuries de main-d’œuvre.

À la fin octobre, la Commission des partenaires du marché du travail, un organisme qui regroupe patrons et syndicats, a dégagé un consensus et confectionné une liste de 71 métiers et occupations qui doivent faire l’objet d’un traitement simplifié des demandes. Le commerce de détail, l’hébergement, la restauration et la transformation alimentaire font partie des secteurs favorisés. On y trouve des caissiers d’épicerie, des manutentionnaires, des préposés à l’entretien, des manœuvres et des serveurs, mais aussi des opérateurs de machinerie, dont les postes sont mieux rémunérés.

Un des problèmes touchant ces travailleurs étrangers, c’est qu’ils se voient accorder par le gouvernement fédéral des permis de travail dits « fermés », c’est-à-dire liés à un seul employeur, ce qui les rend vulnérables et les expose à des abus de la part de patrons exploiteurs. Cette situation est exacerbée par le fait que ces travailleurs ne connaissent pas leurs droits et peuvent avoir de la difficulté à communiquer en français ou en anglais.

Le ministre s’est montré sensible à la situation. Il a fait adopter des modifications à la Loi sur les normes du travail assorties d’un règlement sur les agences de recrutement auxquelles les entreprises font appel. Ces agences, dont les pratiques, dans certains cas, étaient douteuses, doivent désormais détenir un permis. Elles sont dans l’obligation de fournir aux travailleurs une description des conditions de travail relatives à leur emploi ainsi que des documents d’information de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) qui portent sur leurs droits et les obligations de l’employeur. Ces documents existent maintenant en français, en anglais et en espagnol.

Comme il l’a fait pour les travailleurs étrangers agricoles, le ministre a formé au sein de la CNESST une escouade TET vouée à enquêter sur les plaintes concernant d’éventuels abus et contraventions aux normes du travail.

Sans que ce soit une garantie que les travailleurs seront toujours bien traités, il s’agit d’une nette amélioration. En outre, les employeurs se sont engagés, même pour les emplois moins rémunérés, à fournir aux nouvelles recrues le transport, le logement et la couverture de la Régie d’assurance maladie du Québec (RAMQ).

Cet afflux accru de travailleurs étrangers, dans la région de Montréal du moins, réjouira les commissions scolaires anglophones, qui trouveront sans doute, quand les travailleurs sont accompagnés de leur famille, un certain nombre d’enfants pour peupler leurs écoles. Contrairement aux immigrants, ces travailleurs temporaires ne sont pas soumis à la Charte de la langue française et peuvent envoyer leurs enfants à l’école anglaise.

C’est une anomalie qu’il faudrait corriger. Le gouvernement Legault voudrait d’ailleurs qu’Ottawa lui cède la gouverne du programme des TET, qu’il pourrait harmoniser avec ses responsabilités en matière d’immigration. À cet égard, Le Journal de Montréal nous apprenait que Service Canada ne répond plus à la demande en provenance des entreprises du Québec. Celles-ci doivent toujours produire une fastidieuse « étude d’impact sur le marché du travail » pour chacun des emplois offerts, tandis que les fonctionnaires fédéraux n’arrivent pas à traiter les dossiers en temps utile.

Le recours aux travailleurs étrangers temporaires est un pis-aller qui témoigne d’un système d’immigration grippé. Le programme québécois Arrima, qui consiste à lancer des invitations à des candidats à l’immigration en fonction des besoins du marché de travail, n’est pas fonctionnel. De toute façon, Immigration Canada, dont le dysfonctionnement est manifeste, ne parvient même pas à accorder la résidence permanente aux dizaines et dizaines de milliers d’immigrants détenteurs d’un certificat de sélection du Québec qui sont déjà sur le territoire québécois. En recruter de nouveaux par le truchement d’Arrima ne ferait qu’ajouter aux inexcusables délais, de 28 mois en moyenne, dont est responsable le gouvernement fédéral.

Source: Le pis-aller

Yakabuski: Quebec and France join forces against cancel culture

Yakabuski points out the irony given the cancel culture aspects of their policies and the intolerance of Bill 21:

When France’s education minister, Jean-Michel Blanquer, learned that a francophone Ontario school board had held a book-burning ceremony involving titles banned because of their negative portrayal of Indigenous people, he contacted his Quebec counterpart to commiserate.

Mr. Blanquer, who has been on a mission to turn back the tide of “cancel culture” on French university campuses, was incredulous at the news – which made the pages of the prestigious Paris-based Le Monde – of the Providence school board’s “flame purification” ceremony.

Included among the books incinerated during the ceremony – held in 2019, but which only came to light last month in a Radio-Canada report – were titles from the cartoon collections Tintin, Lucky Luke and Asterix, beloved by generations of young francophones on both sides of the Atlantic.

The result of Mr. Blanquer’s commiserating with Quebec Education Minister Jean-François Roberge was a joint op-ed, published last week in Quebec and France, denouncing the “pernicious influence of a culture of intolerance and erasure” embodied by the book-burning.

“We have a duty to prepare our youth to exercise active, respectful and enlightened citizenship. A citizenship that allows for debate, the opinions of others, the confrontation of ideas and the questioning of all our beliefs,” Mr. Blanquer and Mr. Roberge wrote. “That is why we affirm with force and conviction that public schools, the first line of defence against ignorance and darkness, must be the preferred location for the construction of a common civic project.”

The op-ed was just Mr. Roberge’s opening salvo in his own crusade against wokeism in Quebec public schools. Two days later, the Coalition Avenir Québec minister announced his government would introduce a new “Quebec culture and citizenship” (QCC) course to replace the “ethics and religious culture” (ERC) curriculum now taught in public schools.

The current ERC course was adopted by former premier Jean Charest’s Liberal government in 2008, a decade after Quebec replaced its Catholic and Protestant school boards with linguistic ones. The ERC, which replaced the catechism courses that had long been taught in French Catholic schools, aimed to familiarize primary and secondary school students with the panoply of religions practised in Quebec. But critics have long argued that the course is an affront to modern Quebec’s secularist values.

That is an exaggeration. Even the children of non-believers should understand the influence of religion in the lives of most people, and the role the Catholic faith played in shaping modern Quebec. But the anti-clericalism espoused by francophone intellectuals since the Quiet Revolution has hardened attitudes toward the separation of church and state in Quebec.

The Mouvement laïque québécois (MLQ), an organization dedicated to the “total secularization of the state and public institutions in Quebec,” called the abolition of the ERC course “a breath of fresh air.” The ERC, the MLQ said, has been “an aberration and a disaster on the social level.”

Given its populist leanings, the CAQ government to which Mr. Roberge belongs is not particularly popular in Quebec intellectual circles. But Quebec nationalists and intellectuals have found common ground when it comes to secularism.

Both support Bill 21, though for different reasons. Nationalists see the law that prohibits some public-sector employees from wearing religious symbols as an assertion of Quebeckers’ distinct identity in the face of the multicultural ethos that prevails elsewhere in Canada. Intellectuals see it as protection against the incursion of religion in the public square, which they argue should be a faith-free zone.

The CAQ government’s move to replace the ERC with a new Quebec culture and citizenship course is similarly welcomed by nationalists as a blow to multiculturalism and an affirmation of Quebec’s dominant francophone identity. In a video promoting the new curriculum, Premier François Legault says the new course will lead to “a prouder Quebec.”

Mr. Legault’s re-election in 2022 is about as close as you can get to a sure thing in Canadian politics. And his plan to push ahead with the new course will certainly not hurt his chances.

Still, there is something deeply disturbing about the CAQ’s exploitation of Quebeckers’ cultural insecurity for political gain. It is one thing to express concern about the pernicious effects of cancel culture on democratic debate or the excesses of a multiculturalism that denies the existence of a core national identity. But it is quite another to depict critics of Bill 21 and the new citizenship course as an existential threat to the survival of the Quebec way of life, as Mr. Legault and his ministers do.

It almost makes you wonder whether Mr. Roberge even read his own op-ed.

Source: Opinion: Quebec and France join forces against cancel culture

Quebec’s 2022 immigration plan is not enough to address labour shortages

The fallacy lies in repeating business arguments about immigration being the solution rather than being one element in addressing labour shortages. On the other hand, if the federal government and other provinces continue with expanded immigration levels, Quebec’s share of the population will continue to decline, leading to declining seats in Parliament in relative if not absolute terms.

And I suspect that immigration levels will not feature greatly in next year’s provincial election, given identity-related issues like Bills 21 and 96, along with federal-provincial relations and respective roles:

This morning, the province announced it would welcome up to 52,500 new permanent residents in 2022.

Unfortunately, the province continues to fall short of the targets it needs to support stronger economic growth.

Quebec currently has one of the lowest unemployment rates in Canada. Its unemployment rate was 5.9 per cent in September compared with 7.1 per cent nationally. One of the reasons for its low unemployment rate is Quebec has one of Canada’s oldest populations. Over 20 per cent of Quebec’s population is aged 65-and-older, compared with 18.5 per cent nationally. Quebec also has a birth rate that is just as low as the national average, and one of the country’s lowest immigration rates per capita. When you put all this together, the province is facing significant labour shortages. According to Statistics Canada, Quebec is seeing among the highest increases in job vacancies in the country.

Labour shortages are problematic for several reasons. They make it difficult for employers to operate at full capacity, which makes it difficult for them to serve the needs of consumers. This, in turn, makes it difficult for employers to make investments, which hurts job creation and economic growth.

The topic of labour shortages has featured in Quebec media headlines throughout 2021 with stakeholders pointing to the need for higher immigration as part of the solution to better meet the province’s labour market needs.

For instance, the President of the Quebec Employers’ Council wrote an article in July providing ten solutions to tackle worker shortages, two of which pertained to increasing immigration levels and reforming the Temporary Foreign Worker Program (TFWP). In September, Quebec Manufacturers and Exporters published a report that labour shortages cost the province $18 billion over the past two years, and it also called for more immigrants to help solve this problem.

To put Quebec’s immigration figures into context, the province was targeting the arrival of some 50,000 immigrants annually until it elected a new government in the fall of 2018. The Coalition Avenir Quebec (CAQ) party successfully campaigned on a promise to reduce immigration by 20 per cent due to its believe more needed to be done to improve newcomer integration in the province. Under its first plan, CAQ set a target of welcoming a maximum of 41,800 immigrants in 2019.

Welcoming 50,000 new immigrants per year prior to 2019 was already low, so CAQ’s new policy created even greater pressure on the province’s economy. Even though Quebec has the authority to set its own immigration targets (an authority no other province or territory has), it continues to choose to welcome just 12 per cent of all newcomers to Canada, despite it being home to 23 per cent of Canada’s population. On a per capita basis, Quebec is now aiming for an immigration rate of 0.6 per cent. This pales in comparison to the immigration rate of 1 per cent that the Canadian government is pursuing under the Immigration Levels Plan 2021-2023.

It is important to stress that higher levels of immigration will not solve all of Quebec’s labour market challenges. Analysts and commentators point out that a variety of solutions are needed such as more skills training and helping marginalized members of society access job opportunities. At the same time, immigration is a key part of the equation.

So, what is an optimal level of immigration for Quebec?

Given how significant the province’s demographic and labour force challenges are, a strong case can be made Quebec needs to set much higher levels.

A good benchmark would be setting Quebec’s immigrate rate at the same level as the targets currently being pursued by Immigration, Refugees and Citizenship Canada (IRCC).

This means that given its population of some 8.4 million people, it may be wise for Quebec to pursue an immigration target of 84,000 immigrants per year.

This figure may seem high but it would be in line with the national average and would allow Quebec’s immigration rate to catch up after lagging the rest of the country for many years. It would be difficult to increase immigration this dramatically in a short period of time, but the province could set a multi-year plan to gradually reach this figure within five years or so.

At the end of the day, however, CAQ was democratically elected and was given a mandate by voters to keep immigration in the province low. Nonetheless, CAQ also has a mandate to increase the prosperity of its province, and seeking higher newcomer levels without compromising integration is a key element of a prosperous Quebec.

Now that the province’s 2022 plan has been set, we can not expect Quebec’s immigration targets to be adjusted within the next year. But, by this time next year, Quebec voters will head to the ballot box to decide who will lead their next government. At that point, CAQ and opposition parties will have the chance to share their vision of the future for Quebec, including what each party feels is an appropriate level of immigration to support the province’s economy.

Source: Quebec’s 2022 immigration plan is not enough to address labour shortages

Dutrisac: Au diable le Québec! [immigration processing delays]

Complaints about slow processing of Quebec appliccations. Hard to know without better comparative data but Quebec’s policy decisions play a role:

Que le Québec soit en mesure de suivre ou non, le gouvernement Trudeau poursuit une politique énergique en matière d’immigration. Les seuils annuels d’admission sont passés de 280 000 à 350 000 ces dernières années. Comme la pandémie a contribué à réduire le nombre d’immigrants reçus, à la fois en raison des contraintes touchant les voyages internationaux et de l’exacerbation des lacunes administratives d’Immigration Canada, l’administration fédérale doit faire du rattrapage en 2021 et traiter 400 000 admissions.

Il semble que la bouchée soit très grosse pour Immigration Canada, qui peine à faire son travail adéquatement. Le ministère est empêtré dans l’accueil des réfugiés afghans et n’arrive pas à délivrer les permis de séjour aux étudiants étrangers en temps utile. Les détenteurs d’un certificat de sélection du Québec (CSQ) sont toujours aussi nombreux à attendre 26 mois en moyenne avant que le gouvernement fédéral ne daigne leur accorder leur résidence permanente pour qu’ils deviennent des immigrants officiellement admis avec tous les droits que ce statut confère.

En 2020, à cause des problèmes administratifs affectant les bureaux d’Immigration Canada en Nouvelle-Écosse qui traitent les demandes de résidence permanente, les autorités fédérales n’ont pu admettre le nombre d’immigrants prévu dans le plan d’immigration du Québec. Cette année, il appert que le rattrapage prévu de 7000 immigrants, ajoutés aux quelque 45 000 autres qui figurent dans le plan, ne pourra pas se faire parce que l’administration fédérale n’arrive pas à traiter les dossiers.

Dans le reste du Canada, l’octroi de la résidence permanente — Ottawa y est responsable de la sélection de tous les immigrants — est beaucoup plus rapide. Ainsi, il est de six mois avec le service Entrée express destiné aux immigrants qualifiés. C’est donc deux poids, deux mesures : une administration fédérale capable d’être efficace pour accorder avec célérité la résidence permanente à des travailleurs qualifiés dans le reste du Canada et la même administration qui a besoin de deux à trois ans pour faire la même chose au Québec.

Au sein des organismes d’aide aux nouveaux arrivants et chez les avocats spécialisés en immigration, on cherche à comprendre les raisons d’une telle disparité de traitement. Immigration Canada n’a plus l’argument de la réduction des seuils d’immigration décrétés par le gouvernement caquiste à son arrivée : le seuil établi par le gouvernement Legault pour 2021 équivaut, avec le rattrapage, à ceux fixés auparavant par le gouvernement Couillard.

En octobre 2020, le ministre fédéral de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marco Mendicino, a lancé un programme afin d’accorder des points aux candidats « francophones et bilingues » pour Entrée express. Le gouvernement Trudeau avait annoncé son intention de porter à 4,4 % le pourcentage d’immigration francophone en dehors du Québec, alors qu’il était de 2,82 %. Ce nouvel objectif correspond à la proportion des francophones qui subsistent dans le reste du Canada. En avril dernier, le ministre a aussi ouvert une voie rapide pour accorder leur résidence permanente à 90 000 travailleurs temporaires et étudiants étrangers en sol canadien. Invité à adopter le même programme, Québec avait décliné puisque cette sélection définie par Ottawa ne correspondait pas à ses critères et parce que le programme était injuste pour les détenteurs d’un CSQ qui poireautent deux à trois ans avant de devenir immigrants reçus.

Il semble que les mesures portent leurs fruits, du moins du point de vue du ministre fédéral. Ottawa pourra compter sur de nouveaux arrivants francophones établis au Québec pour se rapprocher de sa cible. Le Journal de Montréal a rapporté que plusieurs travailleurs et étudiants étrangers établis dans la région de Montréal, désespérant d’obtenir leur résidence permanente, avaient déménagé leurs pénates en Ontario. Ils ont obtenu le précieux statut en quelques mois.

Il s’agit d’une forme de concurrence malsaine, qui s’ajoute à l’incurie administrative réservée au Québec. Le gouvernement Trudeau exerce une pression sur les fonctionnaires d’Immigration Canada pour qu’ils remplissent cette commande d’accueillir 400 000 immigrants cette année. Entre satisfaire les besoins du Québec et ceux du reste du Canada, les fonctionnaires fédéraux écoutent la voix de leur maître et favorisent le système d’immigration qui relève totalement d’eux.

C’est peut-être voulu, c’est peut-être systémique, mais ce qui est clair, c’est que ce traitement inéquitable sape le système québécois d’immigration.

Source: https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/642762/ottawa-et-l-immigration-au-diable-le-quebec?utm_source=infolettre-2021-10-26&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

«Malaise» autour du nouveau cours de citoyenneté

Of note, and not entirely unexpected:

Le processus de mise en place du nouveau cours Culture et citoyenneté québécoise provoque un « malaise » parmi les experts et les enseignants mandatés pour créer le programme, qui se sentent « instrumentalisés » à des fins politiques par le gouvernement Legault.

Selon ce que Le Devoir a appris, deux des cinq membres du comité de rédaction du programme ont démissionné au cours des dernières semaines. Des experts d’un autre comité, chargé celui-là de « valider » le contenu, envisagent de démissionner à leur tour devant la tournure jugée « partisane » de l’implantation du cours.

La fonctionnaire du ministère de l’Éducation qui était responsable du programme, Marie-Noëlle Corriveau-Tendland, a remis sa démission en mai dernier. Elle estime que la fonction publique « n’est plus un rempart administratif contre les interventions politiques ».

« Je sentais que pour satisfaire un ministre, on devait modifier le contenu d’un programme d’études. Ça m’a heurtée dans mes valeurs. Quand je suis allée au ministère, j’allais travailler pour l’État et non pas pour le gouvernement », dit Marie-Noëlle Corriveau-Tendland au Devoir.

Elle considère « normal » qu’un ministre cherche à influencer le processus menant à la révision d’un programme. Après tout, il a été élu pour gouverner. La machine administrative doit cependant s’assurer de respecter les façons de procéder afin de « dépolitiser la pédagogie ».

« Les experts trouvent bizarre qu’il y ait des annonces de faites avant même la fin des validations normales du programme », dit l’ex-fonctionnaire, devenue conseillère pédagogique dans un cégep.

Le nouveau programme remplacera le cours Éthique et culture religieuse (ECR), créé en 2008 dans la foulée de la déconfessionnalisation des écoles. Le cours remanié réduit la place des religions et accorde davantage d’importance à la citoyenneté, à la culture ainsi qu’à la laïcité, thème central de l’action gouvernementale depuis l’arrivée au pouvoir de la Coalition avenir Québec (CAQ), en 2018.

Un engagement politique

L’annonce de ce nouveau programme, dimanche, avait des allures d’événement préélectoral. Trois personnalités (Dany Turcotte, Pierre Curzi et Ingrid Falaise) sont venues vanter les vertus du cours amélioré. Dans une vidéo diffusée lors de la conférence de presse, huit ministres et le premier ministre défilent à l’écran pour expliquer que ce programme contribuera à un « Québec fier ».

« On se sent en pleine campagne électorale », déplore une source bien informée des tractations entourant la naissance du cours. Cette personne a demandé à garder l’anonymat par crainte de représailles.

« On parle ici d’un simple cours offert au primaire et au secondaire, mais le gouvernement nous décrit quasiment comme les sauveurs de la société québécoise », lance une autre source qui n’est pas autorisée à parler publiquement.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, se défend de faire de la politique sur le dos des élèves. « La refonte du cours d’ECR était un engagement de notre gouvernement. Il était normal d’en faire l’annonce. En aucun temps il n’est question de politiser l’enseignement des élèves », indique Jean-François Del Torchio, attaché de presse du ministre.

« Les thèmes qui seront abordés lors de ce programme ne sont aucunement politiques, mais bien des thèmes qui reflètent la réalité quotidienne des élèves, comme les institutions démocratiques, le système judiciaire, l’environnement, l’éducation à la sexualité, la culture, etc. », ajoute-t-il.

« Déjà depuis dimanche, plusieurs enseignants nous ont contactés pour participer à l’élaboration du cours. Ils veulent contribuer », précise le représentant du ministre.

Cap sur les élections

De vastes consultations du milieu de l’éducation ont bel et bien eu lieu à partir de janvier 2020, mais le ministre Roberge a écarté à ce jour les opinions contraires à son projet, indique Marie-Noëlle Corriveau-Tendland.

En privé, des experts et des enseignants disent constater eux aussi que le gouvernement Legault cherche à mettre en avant sa vision politique de la nation québécoise. Cette vision n’est pas nécessairement mauvaise, selon nos sources. Certaines personnes y sont favorables, mais le réseau scolaire doit s’élever au-dessus de la mêlée pour produire un programme pédagogique exempt de partisanerie, souligne-t-on.

Une autre membre du comité de rédaction du nouveau cours, enseignante au secondaire, a récemment remis sa démission. Il ne reste ainsi que trois des cinq membres originaux du groupe chargé de pondre la nouvelle version du programme.

Selon nos informations, des membres du comité de validation — l’étape suivant la rédaction — s’interrogent à leur tour sur la suite de leur engagement. Ce groupe d’une quinzaine d’experts ne s’est réuni qu’une seule fois, en juin dernier. Il n’a eu accès qu’à un résumé de quatre pages du projet de programme.

L’identité des membres de ce groupe est tenue secrète. Tous ont dû signer une entente de confidentialité. La prochaine réunion du comité est prévue pour vendredi. Le cours Culture et citoyenneté québécoise doit encore être peaufiné avant son entrée en vigueur à la rentrée 2023, a expliqué le ministre Roberge. Des projets pilotes doivent avoir lieu à la rentrée 2022.

Mélanie Dubois, chargée de cours en formation des enseignants à l’Université du Québec à Montréal, a l’impression que le gouvernement veut accélérer la mise en place du nouveau programme avant les élections prévues dans un an, en octobre 2022. Elle trouve aussi « décevant » qu’aucun enseignant n’ait été invité à l’annonce du programme par le ministre, dimanche.

Source: https://www.ledevoir.com/societe/education/642852/education-malaise-autour-du-nouveau-cours-de-citoyennete?utm_source=infolettre-2021-10-26&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Roberge dévoile les bases du nouveau cours «Culture et citoyenneté québécoise»

Of note, likely the next series of debates (Bill 21 and 96 would be good places to highlight issues):

La culture, la citoyenneté québécoise et le développement de la pensée critique formeront les « trois axes » du nouveau cours appelé à remplacer celui d’Éthique et culture religieuse (ECR). Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a dévoilé dimanche « les thèmes » qui seront enseignés dans toutes les écoles primaires et secondaires du Québec à partir de la rentrée 2023.

Le premier volet permettra aux élèves de comprendre la culture « des sociétés » avec un accent prononcé pour celle d’ici, a expliqué le ministre en conférence de presse.

L’« objectif du cours » se trouve dans le deuxième axe. « La visée, c’est de préparer nos jeunes à l’exercice de la citoyenneté québécoise. Nos valeurs et les principes qui sont les fondements de notre société seront présentés aux élèves », a expliqué Jean-François Roberge en citant le respect, la liberté d’expression, la liberté de conscience, les droits, les libertés et les responsabilités de chacun. Il sera aussi question d’éducation aux médias et d’éducation sexuelle.

« Le dialogue, la pensée critique et l’éthique » composent la troisième orientation du nouveau cours. Les élèves seront notamment amenés à se questionner et à aborder des dilemmes moraux. « Cette approche fera obstacle aux censeurs et à tous ceux qui s’attaquent à la liberté d’expression », a déclaré le ministre Roberge.

Il a insisté à plusieurs reprises pour dire que le cours d’ECR était « vicié à la base » et « reposait sur un dogme qui est une erreur », soit que la religion est l’unique « lunette à travers on regarde la personne ». L’analyse des identités religieuses demeurera au programme, mais perdra son aspect « prépondérant ». « On peut ne plus tolérer ce genre des biais dans nos écoles. »

Le nouveau programme n’ira pas dans la « redondance », mais dans la « complémentarité » par rapport au reste des matières, a par ailleurs mentionné M. Roberge.

La rédaction du programme est déjà « bien amorcée », a-t-il affirmé. Le ministère officialisera le contenu au printemps 2022. La matière sera testée à partir de l’automne 2022 avec « des enseignants qui [lèveront] la main » ou « des équipes-écoles qui [lèveront] la main ». Des « ajustements » suivront au cours de l’année scolaire afin de pouvoir étendre ce nouveau cours à toutes les écoles primaires et secondaires du Québec à l’automne 2023.

Le cours d’ECR, 2008-2023

Le nouveau cours de « Culture et citoyenneté québécoise » ressemble au cours d’ECR avec un « vernis national », juge Georges Leroux, professeur émérite à l’UQAM et corédacteur du programme désavoué par le ministre. « La grande question, c’est quel est véritablement le changement qui va séparer le nouveau programme de l’ancien ? À part la promotion nationale, tous les thèmes qui sont abordés en éthique sont abordés dans le programme actuel. »

À cela le ministre répond que « quelqu’un qui compare les deux cours verrait à la fin que la compétence de l’éthique et du dialogue reviennent, mais dans une perspective différente. L’ancien cours d’ECR amenait le débat et l’éthique, mais empêchait parfois la remise en question de certains dogmes. Je ne veux pas répéter cette erreur-là dans le nouveau cours. »

Avant l’arrivée de ce cours d’ECR en 2008, « on était dans un enseignement confessionnel qui sortait du XVIIe siècle », rappelle Benoit Mercier, un autre des concepteurs de l’ancien programme. Les jeunes Québécois devaient alors suivre soit un cours de morale, soit un cours de catéchèse.

Les deux spécialistes doutent surtout des consultations qui ont mené à cette nouvelle version. Plus de trois ans de discussions et d’analyses avaient été nécessaires pour accoucher du cours d’ECR. À la fin ce processus, « tous les syndicats étaient d’accord, toutes les universités, les collèges et leurs représentants étaient d’accord. […] Tout le monde était d’accord », se remémore Benoit Mercier.

Accueil mitigé

Le cours de culture et citoyenneté québécoise découle d’un processus entamé en 2020. Une consultation publique en ligne, deux consultations en personnes — à Québec et à Montréal —, des rencontres virtuelles avec les communautés autochtones et l’étude de quelque 200 mémoires ont mené à l’annonce de dimanche, a précisé Jean-Bernard Émond, adjoint parlementaire à l’Éducation.

Plusieurs se réjouissent de la fin du cours d’ECR, vu par certains comme une promotion du multiculturalisme. Le député du Parti québécois dans Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, considère le remplacement du cours comme une « victoire » pour sa formation politique, puisque « le ministre de l’Éducation ne voulait pas l’abolir, car il l’avait enseigné ».

Le cours d’ECR « va passer à l’histoire comme une aberration », selon le président du Mouvement laïque québécois, Daniel Baril, qui s’enthousiasme de la fin du « tout à la religion ». Selon lui, « dans une société polarisée, c’est la culture québécoise qui est le pôle d’inclusion ».

D’autres accueillent l’annonce avec scepticisme. Le vice-président de la Fédération nationale des enseignants du Québec, affiliée à la CSN, se questionne sur le temps alloué de deux heures par cycle. « Il y a une espèce de fourre-tout, de divers thèmes. On se demande comment ce sera possible de faire passer l’ensemble de ces éléments avec seulement deux heures par cycle », a commenté Léandre Lapointe, qui espère que la formation pour les enseignants promise par le ministre sera adéquate.

La présidente intérimaire de l’Association québécoise en éthique et culture religieuse, Line Dubé, reste aussi perplexe devant ce nouveau cours. « Pour des pédagogues, des enseignants, des didacticiens, ça ressemble encore à un gros Jello, pas encore “pogné”. On attend encore la couleur réelle de ce à quoi on nous engage rapidement. »

Source: https://www.ledevoir.com/societe/education/642501/le-nouveau-cours-de-culture-et-citoyennete-quebecoise-dans-toutes-les?utm_source=infolettre-2021-10-25&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

English version:

A new course intended to replace Quebec’s polarizing, long-standing ethics and religious culture curriculum will teach students how to be proud members of Quebec society, the province’s Education Minister said Sunday.

Jean-François Roberge held a news conference to unveil details of the new course, dubbed Culture and Citizenship in Quebec. He was joined by Isabelle Charest, the minister responsible for women, as well as various key players from Quebec’s cultural scene.

“You know Quebec is different from the rest of North America,” Roberge said. “We are not New York, Vermont, Ontario or New Brunswick. We have a Quebec way of life. We have our artists, Francophone and Anglophone, our cultural legacy. We are not ashamed to share this culture with our kids.”

The new class is intended to replace a course on ethics and religious culture that’s been taught in the province’s schools since 2008.

Roberge said the new curriculum was built around three main themes. The first will explore diverse cultures with an emphasis on Quebec. The citizenship plank of the program will teach the province’s values and responsibilities, while content intended to teach ethics is also meant to develop students’ critical thinking skills.

Roberge said the class aims to provide “national cohesion” as well as fight against sexism, racism and sexual violence. He also positioned the revamped curriculum as an “obstacle to censorship.”

The current program has faced years of relentless criticism from Quebec nationalists and committed secularists for allegedly putting too much emphasis on multiculturalism and diversity.

Roberge, however, cited different grounds for objection when critiquing the present-day course.

He said the ethics and religious culture class is not offering enough space for students to ask critical questions.

“We need to be able to discuss and debate everything respectfully,” Roberge said. “It cannot be a taboo and censorship class, it needs to be a course on freedom of expression and learning about personal relationships.”

The provincial government had announced plans to abolish the course last year following criticisms that too much time was being taken up by a section devoted to religions.

Roberge said religion will not be completely erased from the new program, but will not be the primary focus anymore.

“Of course, when you talk about culture you will have to talk about religious culture, but it’s not the only way,” he said. “… We have to modernize our program.”

Caroline Quesnel, president of provincial teachers’ union Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec, offered a different but equally critical take on the current program. She asserted the present curriculum does not present enough nuance when teaching students about religions around the world, citing lack of discussions around gender equality in certain faiths.

She also said the program does not address issues related to Indigenous peoples, calling the approach “quite limited.”

Roberge said the new course will teach residents how to navigate Quebec society and take pride in their province. It will include sections on the province’s judicial system, critical thinking, social media and sex education among others, he added.

Charest said not a week goes by in the province without reports of unacceptable behaviours, such as domestic violence which disproportionately affects women and girls. She hopes the new course offering will help tackle those issues.

“Students will be invited to reflect on notions of consent, respect, self-affirmation, empathy and equal relationships between men and women,” Charest said.

The new program will be introduced in some schools as a pilot project in September 2022 before being fully implemented across all of the province’s elementary and high schools a year later.

Quesnel, however, said the curriculum’s ambitious scope risks trying to cover too many topics at once.

“Freedom of speech, democratic institutions, sex education, technology, Indigenous Peoples, the environment …,” Quesnel said. “None will really be covered properly.”

She said Sunday’s announcement looked like a “show” in which the province attempted to sell the new program, but noted that not a single teacher was present at the news conference.

“I feel like the government is kind of using this curriculum to position itself as the guardian of Quebec values and impose its vision,” Quesnel said.

She also said teachers are worried about how many hours will be allocated for the course, and if they will receive proper training beforehand.

“Teachers are used to multitasking, but when we are talking about all these topics, they are quite specific,” Quesnel said. “It’s not only about writing a good manual and teachers will follow. It really needs more training than that.”

Source: Quebec unveils new ethics and culture class


Bloc leader’s threat to unleash ‘fires of hell’ over Quebec seat proposal might just backfire

Hard to have much sympathy for the “outrage” given the demographic decline reflects in part Quebec’s decision to admit fewer immigrants than elsewhere in Canada (despite or because they manage economic immigration) and the xenophobic Bill 21 and the weakening of bilingualism in Bill 96. Commentaries, starting with Konrad Yakabuski highlighting the consequences of lower immigration levels, and Randy Boswell’s more sympathetic take:
Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a suscité un tollé cette semaine lorsqu’il a livré un avertissement à tous ceux qui espèrent immigrer dans sa province, laquelle fait face à un manque criant de travailleurs puisque plus de 290 000 postes demeurent vacants. « Si vous pensez que vous pouvez venir ici pour toucher le B.S. et rester assis à la maison, ça n’arrivera pas », a martelé M. Ford lors d’un point de presse, se faisant immédiatement accuser d’exprimer tout haut ce que de nombreux Ontariens pensent tout bas. Si M. Ford a refusé de s’excuser pour ses propos, il s’est néanmoins empressé de se déclarer « pro-immigration » et de se vanter d’accueillir des immigrants de partout dans le monde au « Ford Fest », le barbecue estival que sa famille organise chaque année dans un quartier très multiculturel à Toronto. En effet, le gouvernement conservateur de M. Ford appuie sans réserve la hausse des seuils d’immigration annoncée l’an dernier par Ottawa, qui vise à accueillir 401 000 résidents permanents au pays en 2021, soit une augmentation de 18 % par rapport à 2019. Si le nombre d’immigrants a chuté en 2020 en raison de la pandémie, tombant à 184 000, le gouvernement fédéral presse le pas pour atteindre ses objectifs en matière d’immigration pour les années 2021, 2022 et 2023. En tout, ce sont plus de 1,2 million de nouveaux résidents permanents que le Canada compte accueillir pendant cette période, dépassant ainsi un ancien record qui date du début du XXe siècle. À lui seul, l’Ontario devrait accueillir plus de 540 000 nouveaux arrivants, ce qui pousserait sa population au-delà du seuil des 15 millions d’habitants. La politique d’immigration du Québec Quoi qu’on pense de la politique d’immigration du Québec, son résultat à long terme mènera vers une baisse du poids démographique de la province dans la fédération canadienne. La province compte accueillir entre 51 500 et 54 500 nouveaux immigrants cette année, si on inclut le « rattrapage » de 7000 nouveaux arrivants que le gouvernement caquiste prévoit d’effectuer après la baisse de 2020 liée à la fermeture des frontières. En 2019, durant la première année du gouvernement de François Legault, le Québec a reçu 40 565 nouveaux résidents permanents, ou seulement 11,89 % du total canadien. L’Alberta, qui compte la moitié moins d’habitants que le Québec, en a reçu 43 691, ou 12,81 % du total. L’Ontario a accueilli 153 395 nouveaux arrivants, ou 45 % des 341 000 nouveaux résidents permanents acceptés en 2019. Le Québec ne recevait déjà pas sa part d’immigrants en fonction de sa population au sein de la fédération canadienne avant l’arrivée de M. Legault au pouvoir. En 2016, quand le Québec comptait pour environ 23 % de la population canadienne, il avait reçu 18 % des immigrants arrivés au pays au cours de cette année-là. Il n’est pas impossible que ce taux atteigne les 10 % dans les prochaines années. En effet, les voix s’élèvent dans le reste du pays pour qu’Ottawa augmente ses seuils annuels d’immigration à 450 000 ou à 500 000 nouveaux arrivants. Un groupe d’influents Canadiens, réunis sous la bannière de l’Initiative du siècle, préconise une politique d’immigration visant à hausser la population canadienne à 100 millions de personnes en l’an 2100 afin de s’assurer de la prospérité nécessaire au maintien des programmes sociaux et d’augmenter l’influence du Canada sur la scène internationale. Le groupe, présidé par l’ancien chef de la direction du fonds d’investissement du Régime de pensions du Canada, Mark Wiseman, compte parmi ses membres le p.-d.g. du Conseil canadien des affaires, Goldy Hyder, et Dominique Barton, l’actuel ambassadeur du Canada en Chine. Il jouit aussi de l’appui de l’ancien premier ministre Brian Mulroney. Or, dans son discours inaugural prononcé cette semaine à l’Assemblée nationale, M. Legault a réaffirmé son refus aux « voix qui réclament un nombre toujours plus élevé d’immigrants ». Le Québec reçoit déjà plus d’immigrants que la plupart des pays développés, a-t-il dit, et il n’est pas question qu’il emboîte le pas au reste du pays. « Le Québec ne peut pas avoir le même modèle d’immigration que celui du Canada anglais. La survie du français exige une approche différente. » Ce choix n’est pas sans conséquences. Le directeur des élections du Canada, Stéphane Perreault, a annoncé la semaine dernière que le Québec doit perdre un siège à la Chambre des communes dès 2024, ce qui porterait le nombre de ses sièges à 77, selon une nouvelle répartition des sièges basée sur la formule de représentation prévue dans la Constitution. Les réactions à cette annonce n’ont pas tardé, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, et la ministre caquiste des Relations canadiennes, Sonia LeBel, s’étant tous deux insurgés contre toute tentative de diminuer le poids du Québec au Parlement fédéral. Vendredi, M. Legault a lui-même sommé M. Trudeau de « préserver le poids de la nation québécoise à la Chambre des communes ». Toutefois, sans modification constitutionnelle, il semble inévitable que le Québec voie sa proportion de sièges à la Chambre des communes diminuer de façon importante au cours des prochaines décennies. Cette proportion est déjà tombée de 36 % des sièges en 1867 à 23 % en 2011. Selon la proposition de M. Perrault, elle glisserait encore à 22,5 %. Qu’en sera-t-il dans dix ans, alors que le reste du Canada s’apprête à accueillir de plus en plus d’immigrants pendant que le Québec referme davantage ses portes ?
Source: https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/642273/chronique-la-marginalisation?utm_source=infolettre-2021-10-23&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne
A proposed rejigging of Canada’s electoral map could see Quebec lose one of its seats in the House of Commons by 2024 while Alberta gains three and Ontario and B.C. each gain one.
The changes would increase the total number of federal ridings to 342 from 338. There are reasonable arguments for and against implementing the exact changes recommended by Elections Canada. But Bloc Québécois leader Yves-François Blanchet’s opening salvo in the debate — that the BQ would “unleash the fires of hell” if his province’s seat count is dropped to 77 from 78 — is the wrong way to begin what needs to be a calm, cool conversation about updating the country’s political geography. How are we supposed to respond to Blanchet’s Trumpian explosion of outrage? Can thoughtful discussion follow a toddler’s tantrum?
Injecting apocalyptic rhetoric into a decision-making process that must be driven by the fundamental democratic principle of representation by population — and basic math — is precisely how to inflame prejudices, fuel interprovincial pettiness and polarize the nation. Blanchet, of course, knows this. Driving wedges wherever possible between Quebec and the rest of Canada is crucial, by definition, to the political project of any diehard separatist.
So we shouldn’t be too surprised that Blanchet has zeroed in histrionically on the planned removal of a single Quebec seat from the Commons as if it were a sign of the End Times. Although Elections Canada proposed the change for the benign reason that Quebec’s population is not growing at the same pace as the populations in Alberta, Ontario or B.C. — and because Quebec is (relative to those other big provinces) already more fairly represented in the current parliamentary seat count — Blanchet is invoking biblical imagery of the final battle between Good and Evil.
Sonia LeBel, Quebec’s minister responsible for relations with the rest of Canada, has employed more moderate language — and advanced a more compelling rationale — in urging special considerations for the province in the latest redistribution of federal ridings. “We are part of the founding peoples of Canada,” she said this week. “We have three seats guaranteed at the Supreme Court for judges. We have seats guaranteed in the Senate, a weight that is important and represents much more than just a simple calculation of population.” All of this is why Prime Minister Justin Trudeau and other political leaders interested in preserving the peace in our mostly peaceable kingdom need to rise above Blanchet’s blatant bullying while finding a sensible solution to the seat-count conundrum — one that delicately balances numerical fairness with other considerations endemic in a land of complexity and compromise. Remember: there’s no purely mathematical justification for granting a federal seat to each of Canada’s three territories — none of which has a population above 50,000 — when the average number of Canadians represented by each MP is more than 110,000. There’s no logical reason, either, for Prince Edward Island — with a mere 0.43 per cent of the national population of about 38 million — to have four seats representing 1.19 per cent of the elected positions in Parliament.
So there may well be legitimate reasons to avoid reducing Quebec’s seat count at this time. In 2011, the Conservative government of Stephen Harper implemented legislation that increased the number of seats to 338 from 308 to reflect population changes. At the time, the Harper government — with much prodding from Quebec, the BQ and other opposition parties — chose to inflate the overall size of the House of the Commons so that the number of Quebec seats would increase (by three, to 78) instead of remaining static at 75 — as an earlier, hotly rejected, purely mathematical proposal had called for. The government’s thinking at the time was that tweaking the formula for allocating seats in a way that would better recognize Quebec’s special status as a nation within the nation was politically prudent.
It also happened to keep the province’s seat total roughly proportional to its percentage of Canada’s population, even as those two numbers remained unfairly out of whack for faster-growing provinces.
The Quebec-friendly adjustment wasn’t immediately embraced by Harper’s own caucus. The additional Quebec seats, according to a Globe and Mail report at the time, “caused consternation among Conservative backbenchers, who were concerned that Canada’s French-speaking province was benefiting from a bill meant to address under-representation in the three large and fast-growing anglophone provinces” — Alberta, Ontario and B.C. Sound familiar? The Conservative caucus was ultimately convinced by Harper to accept the plan for the sake of national unity. But despite the Quebec-friendly compromise, the pre-Blanchet Bloc Québécois still slammed the 2011 reconfiguration of the House as falling short of true recognition of the province’s “unique status with regard to its political weight.” You can’t please everyone. As then-B.C. premier Christy Clark, who supported the 2011 changes, said at the time: “Perfection in these things is impossible because it’s a big and complicated country.” A decade later, the scenario confronting Elections Canada, the federal government and the provinces is much the same. And maybe a little massaging of the numbers to mollify Quebec is warranted yet again. Would it be so bad if Quebec kept its 78 seats and we had 343 federal ridings instead of 342? That would represent about 22.7 per cent of the seats in the House for a province with about 22.6 per cent of Canada’s population. (Meanwhile, Ontario’s proposed 122 seats would then account for 35.6 per cent of 343 seats for a province with almost 39 per cent of the country’s population.)
But Blanchet’s bluster about unleashing the “fires of hell” risks torching the good will required for the rest of Canada to grant Quebec some latitude in its allotment of seats in the national legislature. It’s the kind of talk that’s more likely to unleash cynicism and stinginess. And eventually, if population trends continue in the current direction, maintaining Quebec’s present share of federal seats as its population drifts towards one-fifth of Canada’s total will become untenable from a democratic point of view — Blanchet’s fires of hell notwithstanding. Randy Boswell is a Carleton University journalism professor and former Postmedia News national writer.
Source: Bloc leader’s threat to unleash ‘fires of hell’ over Quebec seat proposal might just backfire

Nicolas: Fierté 101

Good commentary on Quebec (and Canadian) politics and youth, along with how nationalism can be the “last refuge of the scoundrel” to borrow from Samuel Johnson:

« Un cours axé sur comment être un bon citoyen […] ne peut qu’être bénéfique — avec, bien sûr, une petite saveur chauvine : histoire, culture, fierté québécoises. » C’est ainsi que la vice-première ministre Geneviève Guilbault a décrit mardi, à Radio-Canada, le futur cours de culture et de citoyenneté québécoises évoqué dans le discours d’ouverture de François Legault. Chauvin, faut-il le rappeler, signifie « qui a ou manifeste un patriotisme excessif, aveugle, intransigeant ou agressif ». Est-ce là la « valeur commune » que l’on cherchera à inculquer aux enfants dans le cours qui remplacera le cours d’éthique et de culture religieuse ?

On sentait mardi une préoccupation pour la formation identitaire de la jeunesse dans le discours caquiste. Le monde change, une bonne partie des nouvelles générations n’ont pas le même rapport au nationalisme que la base électorale de François Legault et on cherche à corriger le tir. Le premier ministre parle de protéger le patrimoine architectural, de rattraper le salaire moyen de l’Ontario et d’instaurer ce cours pour générer des sources additionnelles de « fierté ». Par les solutions proposées à ce soi-disant déficit de patriotisme, on montre à quel point on aborde cette différence générationnelle par la caricature.

Pendant qu’on cherche à générer de l’enthousiasme nationaliste, je suis entourée de jeunes adultes qui se demandent ce que ça signifie d’envisager la parentalité alors que les forêts brûlent, qu’aucun dirigeant ne semble prêt à s’attaquer de front à la crise climatique, que cette pandémie ne sera certainement pas la dernière, que le système de santé et les services sociaux ainsi que les écoles et les garderies s’écroulent, que le coût de la vie augmente, que les loyers explosent et que la propriété devient de plus en plus inaccessible, que les riches sont plus riches et que le filet social s’effrite, que les mouvements d’extrême droite se solidifient, que les frontières se resserrent et que les gens qui se battent contre les inégalités sociales font face à de plus en plus de violence, en ligne comme dans la rue.

Il n’y a rien, dans ces préoccupations, de particulièrement pro-Québec ou anti-Québec, ou pro-Canada ou anti-Canada. Les jeunes d’ici qui les partagent ne sont certainement pas seuls au monde, d’ailleurs. Souhaiter protéger ses enfants est un réflexe universel. De plus en plus de gens sont incertains de vivre dans un monde qui leur permettra de le faire.Il faudrait prendre acte que nous en sommes là. Mais non.

On continue de ne parler que de fierté dans la construction de l’identité citoyenne, alors qu’on devrait urgemment parler de confiance — envers les institutions, la société, ses pairs, le monde. Et la confiance, on le sait, est toujours conditionnelle. Elle se construit grâce à une attention bienveillante et constante, se brise à cause de la négligence et se répare avec l’honnêteté.

Lorsque la confiance envers l’État est rompue, la logique nationaliste diagnostique un problème de fierté, un déficit identitaire. On se demande s’il ne faudrait pas mettre plus de drapeaux dans nos écoles, s’assurer que leurs bâtiments soient plus « beaux », mieux y enseigner l’histoire de la Nouvelle-France, en sortir les femmes qui portent le hidjab et ces hurluberlus qui parlent de territoires autochtones non cédés. Il faudrait plutôt comprendre que la « fierté », ou, mieux, le sentiment d’appartenance, est nécessairement liée au sentiment de sécurité face au présent et à l’avenir, à la conviction que les institutions desservent le bien commun et que ce « commun » nous inclut. Aucun drapeau, aucun hymne national d’aucun pays, aucun cours de fierté 101 ne peut faire marcher un enfant la tête haute s’il vit de l’intimidation à l’école et que la pénurie de main-d’œuvre affecte son expérience d’apprentissage, et donc sa confiance envers les adultes, les institutions, sa société.

On brandit souvent le spectre des jeunes qui ne se sentent pas Québécois alors qu’ils ont vécu ici toute leur vie. On n’a visiblement jamais pris le temps de les écouter. On comprendrait que ces personnes ont la plupart du temps acquis une expérience intime de la violence d’État. Elles ont été exclues à l’école ou marginalisées par les cursus scolaires, harcelées par la police, ou ont fait l’objet d’un signalement abusif à la DPJ ; elles ont été négligées à l’hôpital ou ont subi la discrimination à l’emploi ; ont peiné à décrocher un boulot dans leur domaine ou ont vu leurs parents travailler d’arrache-pied pour des salaires de misère, souvent sous les insultes, parce qu’on a refusé de reconnaître leurs qualifications. Le gouvernement s’imagine qu’une plus grande connaissance de l’histoire et de la culture québécoises « corrigera » nécessairement les identités forgées dans ces contextes. Alors qu’il faudrait plutôt corriger les injustices des institutions publiques qui ont mené au sentiment de marginalisation.

Le problème, c’est que même nommer ces injustices et suggérer de les rectifier est trop souvent reçu comme une attaque à ladite fierté nationale — alors que c’est justement une condition du sentiment d’appartenance pour un grand nombre de citoyens. Un patriotisme qui reçoit toute critique sociale avec une levée de boucliers est donc nécessairement un cul-de-sac. Il est alors juste de le décrire comme excessif, aveugle, intransigeant et agressif.

Si seulement il y avait un mot pour décrire ce phénomène… Ah, oui ! Le chauvinisme.

Source: https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/641715/chronique-fierte-101?utm_source=infolettre-2021-10-21&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Carpentier et Harel: L’interculturalisme, seul choix pour Montréal

More semantic than substantive, with the main difference being reference to a French-based society rather than multiculturalism’s reference to both official languages and bilingualism. And highly ironic given that most opposition to Bill 21 is in Montreal, precisely because of its divisiveness and exclusion, not inclusion:

Les 50 ans de la politique du multiculturalisme canadien (1971-2021), commémorés par Justin Trudeau le 8 octobre dernier, conduisent à une négation telle de la nation québécoise qu’un candidat à la mairie de Montréal s’est cru autorisé à proposer un référendum pour choisir la ou les langues officielles en usage dans la métropole.

Cette déclaration et bien d’autres du même acabit sont les résultantes de la même conception qu’affiche le premier ministre du Canada lorsqu’il affirmait, cette semaine : « En plus des membres des Premières Nations, des Métis et des Inuits, des personnes appartenant à plus de 250 groupes ethniques considèrent le Canada comme leur foyer et célèbrent leur patrimoine culturel avec fierté. » Exit l’existence de la nation québécoise, de son histoire, de sa culture, et la nécessité d’intégrer en français la diversité ethnoculturelle qui l’habite et contribue à sa vitalité. Cet état de fait est fortement préoccupant dans le contexte d’une nation francophone minoritaire en Amérique du Nord, dont les besoins démographiques et l’épanouissement sont assurés par l’immigration.

Multiculturalisme vs interculturalisme

Alors que le multiculturalisme canadien est consacré par une politique officielle (1971), un principe interprétatif de la Charte canadienne des droits et libertés (1982) et une loi (1988), le Québec n’a jamais formalisé son approche interculturelle en matière d’aménagement de la diversité ethnoculturelle et d’intégration des personnes immigrantes. Le choix québécois de l’interculturalisme a bien fait l’objet de définitions ici et là et de déclarations publiques, mais rien sur le plan juridique ne vient le soutenir.

Pourtant, le multiculturalisme et l’interculturalisme diffèrent, notamment en ce qui a trait aux représentations de la communauté politique et nationale qu’ils proposent au regard de la diversité. L’approche québécoise insiste sur la présence d’une société d’accueil francophone, alors que celle promue par le gouvernement fédéral et les autres provinces, qui représentent une culture anglo-saxonne hégémonique, n’en ressent pas le besoin.

Sortir de l’ambiguïté et de l’imprécision

Nous sommes sensibles aux craintes exprimées par Gérard Bouchard quant aux dangers associés au laisser-faire québécois, lequel favoriserait le développement d’un véritable multiculturalisme montréalais.

D’autant que cela contribue à creuser le fossé qui sépare Montréal du Québec des régions. La présente campagne à la mairie est l’occasion de demander au gouvernement de formaliser l’interculturalisme. C’est là un élément crucial du rôle que la métropole doit assumer dans le contexte québécois !

Engagement électoral phare pour Montréal

Malgré les bonnes volontés exprimées de toutes parts, ce choix de l’interculturalisme demeurera vide de sens tant qu’il ne sera pas officialisé — et pourquoi pas constitutionnalisé, alors que le gouvernement s’apprête à modifier la Constitution interne du Québec en vertu du projet de loi 96 à l’étude.

Comme candidate et candidats à la mairie, faire preuve d’audace serait de demander à Québec cet ajout essentiel pour établir clairement les conditions du vivre-ensemble, indispensable pour une métropole cosmopolite comme la nôtre.

Il s’agit aussi pour Montréal, dans le cadre québécois, d’un engagement qui fait appel à sa responsabilité quant à la réaffirmation du caractère pluriel de la nation, où l’on ne peut faire l’économie de la conciliation entre les aspirations de la majorité francophone et la valorisation de la diversité ethnoculturelle. Autrement dit, si Montréal ne prend pas clairement position pour une nation inclusive, qui le fera ?

Source: L’interculturalisme, seul choix pour Montréal

Les agences privées écartées du recrutement à l’étranger

Of note (processing delays and impact on regions):

Des régions en pénurie de personnel auraient pu compter sur plus d’une centaine d’infirmières provenant de l’étranger, mais le réseau de la santé a tourné le dos à plusieurs offres de recrutement provenant d’agences privées, a appris Le Devoir.

Parmi elles, l’agence de placement Serenis, qui n’a pas ménagé ses efforts pour présenter un « projet clés en main » afin de faire venir au Québec une vingtaine d’infirmiers et d’infirmières originaires de la France et du Maghreb. « En ce moment, j’ai 20 infirmières et infirmiers hautement qualifiés qui sont en stand-by », affirme Jackie Lamothe, présidente de trois franchises de l’agence de placement Serenis, pour les régions de la Mauricie, du Centre-du-Québec et de la Montérégie Est.

Selon elle, ces professionnels de la santé ont été choisis par l’agence parce qu’ils sont prêts à aller travailler dans les régions éloignées où les besoins sont criants, comme à La Tuque. Et ils ont tous en poche l’évaluation comparative du ministère de l’Immigration qui indique l’équivalent québécois de leur diplôme.

« J’en ai parlé à des chefs de service des établissements de santé, qui en ont ensuite parlé à leurs supérieurs, et ils étaient tous intéressés. Mais ça finissait toujours par bloquer en haut, comme au niveau du ministère. On a vécu ça partout où on a essayé, même en régions éloignées comme la Gaspésie, le Bas-Saint-Laurent et dans le Nord, comme la Baie-James… »

C’est au début de l’année 2021 que, devant la détresse de plusieurs employés en lien avec la pénurie de personnel, Mme Lamothe a commencé ses propres démarches de recrutement à l’étranger. Neuf mois plus tard et après avoir investi 20 000 $, notamment en analyses de CV, en entrevues et en frais de consultant en immigration, cette ancienne infirmière a été en mesure de dresser une liste de travailleurs francophones « surqualifiés » avec de l’expérience à l’urgence et en pédiatrie, dont la formation allait être facilement reconnue par l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ). « Pour être membre de l’OIIQ, il faut faire un stage de 75 jours dans le réseau public et j’offrais même aux établissements de santé de le prendre sur mon bras », soutient Mme Lamothe. Son agence allait également s’occuper de l’accueil et de l’intégration des travailleurs, comme le logement et la première épicerie. « Je pouvais même signer un papier pour confirmer que ces personnes-là allaient rester dans le public. C’était gagnant-gagnant ! »

Alors que Radio-Canada a rapporté que le gouvernement Legault mène actuellement une opération sans précédent avec Recrutement santé Québec pour faire venir 4000 travailleurs de la santé hors du Québec — dont 3500 infirmières —, des agences privées s’étonnent que leurs offres de recrutement n’aient pas été retenues. « J’ai trouvé ça très dommage. Si le gouvernement avait pris nos services, on aurait déjà une soixantaine d’infirmières pratiquant en Abitibi, ça n’aurait coûté que quelques centaines de milliers de dollars et on aurait pu économiser plusieurs millions en location de personnel », a déclaré Marc Blais, président de l’Agence de placement et de développement internationale (APDI), qui a près de 2000 CV d’infirmiers et d’infirmières de l’Afrique subsaharienne dans sa base de données. « Il y a eu un manque total de vision là-dessus. »

En 2019, son entreprise, qui fait uniquement du recrutement, avait proposé un projet pilote en collaboration avec le Cégep et le Centre intégré de santé et services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT) pour offrir une formation de mise à niveau reconnue par l’OIIQ à quelque 400 des Africains de l’Ouest qui avaient été présélectionnés. La force de cette initiative était la promesse que les gens recrutés allaient vouloir s’installer durablement en région, puisqu’ils viennent eux-mêmes de l’extérieur des grands centres. « On a sollicité le ministère de la Santé pour avoir des fonds, et ça a été refusé. [Le gouvernement] préférait travailler à l’interne avec Recrutement santé Québec », a soutenu M. Blais, qui se sent comme s’il s’était fait un peu voler son idée. « Ce programme-là, au fond, c’est nous qui l’avions mis en place. »

Le président de l’APDI constate que les agences privées de placement ou de recrutement sont boudées par le gouvernement. « On dirait que le [ministère] n’est pas très à l’aise avec les agences privées. Lorsque les solutions viennent du privé, il ne les retient pas. On nous met tous dans le même bassin. »

Jackie Lamothe déplore aussi que les efforts de son agence semblent être mal perçus. « Le gouvernement a peur qu’on vole du personnel du réseau, mais ce n’est tellement pas ça ! » lance-t-elle. « C’est le contraire. On prend du sang neuf qu’on met dans le réseau. On évite le [recours au] TSO [temps supplémentaire obligatoire], qui force les infirmières épuisées à partir. »

Longs délais à l’OIIQ

Entreprises privées de personnel soignant du Québec (EPPSQ) dit recevoir une trentaine d’appels par jour de professionnels de la santé de la France et du Maghreb prêts à venir travailler dès maintenant au Québec. « Nous, on pourrait se porter garant, comme agence, de les faire travailler, après validation des acquis et d’un cours accéléré. Mais ce pont-là ne se fait pas », dit Hélène Gravel, la présidente de cette association. EPPSQ a d’ailleurs intenté une poursuite contre le gouvernement, qui veut limiter le recours aux agences privées. Selon elle, le nœud du problème ne se situe pas uniquement dans l’administration du réseau de la santé, mais surtout au sein de l’Ordre des infirmières et celui des infirmières auxiliaires.

« Même pour une personne qui vient de France, c’est très long avant qu’elle puisse venir et gagner sa vie. […] Les délais à l’OIIQ sont encore trop longs. Il va falloir qu’ils s’amenuisent », a-t-elle ajouté.

Selon les données fournies par l’OIIQ, il faut de deux à trois mois pour obtenir une réponse à une demande d’admission par équivalence d’un dossier une fois que celui-ci est complet. À cela s’ajoute un programme de formation de 10 à 14 mois que doivent normalement suivre l’ensemble des infirmières diplômées à l’étranger, sauf les Françaises, qui bénéficient d’une voie rapide en vertu d’une entente France-Québec. S’ajoutent aussi les délais d’obtention des permis d’étude et de travail auprès des autorités en immigration.

À l’heure actuelle, environ 90 dossiers sont en traitement, selon l’OIIQ, qui précise que, généralement, seulement 40 à 50 dossiers parviennent à être complets et sont présentés à son Comité d’admission.

Source: Les agences privées écartées du recrutement à l’étranger