Le malentendu sur l’impact économique de l’immigration

A relatively rare article on Quebec immigration that focuses more on the economics than the existential jurisdictional issues, and one that counters many of the false arguments in favour of ongoing increases in immigration levels:

Du point de vue économique, l’immigration n’est pas la catastrophe que certains prétendent ni la panacée que d’autres espèrent, préviennent des experts. En fait, disent-ils, elle aurait finalement assez peu d’impacts sur l’économie en général et sur la pénurie de main-d’œuvre en particulier.

François Legault a soulevé un tollé cette semaine en déclarant que si le Québec n’obtenait pas plus de pouvoirs d’Ottawa en immigration, il risquait le même sort que la Louisiane en matière de défense du français. Il a également fermé la porte à l’idée d’augmenter le seuil annuel d’immigration de 50 000 à 58 000. « On pense qu’on a atteint la capacité d’intégration », a déclaré le premier ministre.

En fait, le Québec accueille déjà bien plus d’immigrants que cela chaque année, a rappelé l’Institut du Québec dans une étude mercredi. Si on tient compte de l’immigration temporaire, on parlait même d’un gain record de presque 93 500 nouveaux arrivants en 2019. Or, les besoins de main-d’œuvre sont tellement grands au Québec que cela n’a pas empêché, au fil des ans, une amélioration spectaculaire de l’intégration économique des immigrants reçus. Elle se voit notamment par le recul marqué de leur retard en matière de taux d’emploi et de rémunération par rapport aux autres travailleurs.

Ces faits montrent bien l’ampleur des besoins de l’économie québécoise, qui est aux prises avec un vieillissement marqué de la population, avait fait valoir le mois dernier le Conseil du patronat dans un livre blanc sur l’immigration. « Nous faisons face à une pénurie de main-d’œuvre sans précédent, mais nous ne nous donnons pas toutes les chances de la surmonter », avait déclaré son président et chef de la direction, Karl Blackburn, avant d’en appeler notamment au rehaussement des seuils d’immigration permanente « à au moins 80 000 personnes par année pour les quatre prochaines années ».

Impact modeste

Tous ces débats tendent à exagérer l’impact de l’immigration sur l’économie en général et sur la pénurie de main-d’œuvre en particulier, observe l’économiste émérite de l’Université du Québec à Montréal Pierre Fortin dans un mémoire d’une quarantaine de pages réalisé à la demande du ministère de l’Immigration du Québec.

Se basant sur des synthèses de la recherche ainsi que sur de nouvelles analyses de son cru, il constate d’abord qu’il « n’existe aucune preuve scientifique que la croissance du niveau de vie des Canadiens réagirait positivement (ou négativement) à une expansion accélérée de l’immigration ». C’est que ce niveau de vie ne dépend pas seulement de l’augmentation du produit intérieur brut (PIB) que génère mécaniquement une hausse du nombre de travailleurs, mais aussi de l’augmentation du PIB par habitant. Or, la taille de la population et le poids qu’y occupe l’immigration ont, à terme, une influence nulle sur la croissance de cette richesse par habitant.

L’immigration n’a pas non plus la capacité d’altérer substantiellement l’actuel vieillissement de la population canadienne, dit Pierre Fortin, citant une étude de l’Institut C.D. Howe. D’abord parce que les immigrants finissent eux aussi par vieillir, comme tout le monde, et aussi parce qu’ils font souvent venir leurs parents auprès d’eux. En fait, pour stopper la hausse constante de la proportion des 65 ans et plus dans la population, avait estimé C.D. Howe, il faudrait tripler les cibles annuelles d’immigration au Canada pour 2024, en les faisant passer de 451 000 à 1,4 million de personnes.

Enfin, si l’accueil de travailleurs étrangers peut répondre aux besoins urgents et particuliers de certaines entreprises, l’immigration, en général, ne peut avoir qu’un effet globalement modeste sur le problème de pénurie de main-d’œuvre, ont constaté des experts. C’est que les immigrants qui viennent occuper des postes vacants deviennent aussi des consommateurs et finissent, « à l’autre bout du circuit économique », par stimuler la demande de travailleurs en retour.

Au-delà de l’économie

Et il n’y a pas que des considérations économiques, bien sûr, souligne Pierre Fortin. Il faut aussi tenir compte du poids démographique du Québec dans le Canada, de la défense du fait français et du risque de dérapage xénophobe.

« Cela dit, l’immigration doit progresser. Elle est une formidable source de renouvellement et de progrès culturel et humain. Elle rend possible une société plus diversifiée, dynamique et ouverte au monde. Elle est notre contribution au combat mondial contre les inégalités de revenu et de richesse », conclut néanmoins l’économiste dans son mémoire. « Mais il faut comprendre que l’immigration optimale n’est pas l’immigration maximale. »

Source: Le malentendu sur l’impact économique de l’immigration

Les immigrants au Québec sont plus nombreux et mieux intégrés qu’il n’y paraît

Most commentary in English media focuses on Quebec’s demand for full jurisdiction over immigration, which this report also advocates. <a href="http://<section class="article-content__content-group"> <p>Prime Minister Justin Trudeau repeated on Tuesday that he has no intention of transferring additional powers over immigration to Quebec, even as Premier François Legault has made it clear <a href="https://montrealgazette.com/news/local-news/caq-government-will-seek-more-power-over-immigration-legault-tells-convention&quot; target="_blank" rel="noopener noreferrer">he will make the dispute an issue</a> in the provincial election campaign.</p> </section> <div class="ad__section-border article-content__ad-group"> <section class="article-content__content-group">“It’s clear that a country must have a say in its immigration,” Trudeau told reporters while on his way to a cabinet meeting.<p></p> <p>Responsibility for immigration is shared between the two governments “because the protection of French and francophone immigration are very important to us,” Trudeau said.</p> <p>Last weekend, Legault said Ottawa’s handing over responsibility for family reunification to the province was a question of survival for the Québécois nation. The premier went so far as to brandish the prospect of Quebec’s sharing the <a href="https://montrealgazette.com/news/local-news/new-political-parties-would-turn-quebec-into-a-new-louisiana-legault&quot; target="_blank" rel="noopener noreferrer">fate of Louisiana</a> and the latter’s gradual disappearance of French if the status quo is maintained.</p> <p>With an election four months away, Legault said he intends to ask the population for a “strong mandate” to provide his government with a “position of strength” in relations with Ottawa.</p> </section> <div class="ad__section-border article-content__ad-group"> <p>Federal Heritage Minister Pablo Rodriguez, Trudeau’s Quebec lieutenant, noted Tuesday that the province “already has the tools to welcome the vast majority of immigrants.”</p> <p>The province takes in about <a href="https://montrealgazette.com/business/boosting-immigration-not-desirable-and-it-wont-happen-fitzgibbon&quot; target="_blank" rel="noopener noreferrer">50,000 immigrants a year.</a></p> <p>About 10,000 immigrants come in as part of the family unification program, Rodrigues said, adding that nothing prevents Quebec from increasing the number <a href="https://montrealgazette.com/news/local-news/raise-immigration-levels-to-battle-labour-shortage-quebec-employers-group&quot; target="_blank" rel="noopener noreferrer">economic immigrants</a> it accepts</p> <p>Federal Revenue Minister Diane Lebouthillier did not mince words, saying she “doesn’t believe” Legault’s claims. “It is important to respect jurisdictions and we can’t just do that only when it suits us.”</p> <p>Federal Industry Minister François-Philippe Champagne said that “the powers when it comes to immigration are very clear.” Champagne said the No. 1 issue at the moment is the labour shortage and immigration is a key to solving it.</p> <section class="more-topic" aria-labelledby="moreTopicLabel2193823414915864500965387018879603"></section> </div> </div> <p>Source: <a href="https://montrealgazette.com/news/local-news/trudeau-pushes-back-on-legaults-immigration-demands">Trudeau pushes back on Legault's immigration demands</a>

Prime Minister Trudeau has pushed back on this demand.

But the real story and area of interest is just how much the economic outcomes of immigrants to Quebec have improved, both in absolute terms as well as relative to other provinces:

Le Québec accueille beaucoup plus de nouveaux arrivants qu’il n’y paraît et les intègre économiquement beaucoup mieux qu’auparavant, constate une étude. Aux prises avec une pénurie de main-d’œuvre, il devrait maintenant augmenter ses seuils officiels d’immigration, en ayant particulièrement en tête les régions.

À propos des immigrants, le gouvernement Legault a dit vouloir « en prendre moins, mais en prendre soin », rappelle l’Institut du Québec (IdQ) dans le communiqué de presse accompagnant le Portrait de l’immigration au Québec dévoilé mercredi. Or, même s’il a réduit de 51 000 à 40 000 le seuil de nouveaux immigrants permanents à sa première année au pouvoir, le nombre total de nouveaux résidents étrangers au Québec a augmenté pour une quatrième année consécutive, le solde migratoire externe global — le total des arrivées moins les départs au Québec — indiquant un gain record de presque 93 500 nouveaux arrivants en 2019.

Cette hausse vient de l’augmentation constante du nombre de travailleurs immigrants et d’étudiants étrangers admis en vertu de permis temporaires. Leur total est passé, en dix ans, de 79 000 en 2012 à 177 000 en 2021. La pandémie de COVID-19 et le resserrement des règles sanitaires aux frontières sont venus diminuer fortement le solde migratoire total à 14 000 en 2020 et à 44 000 en 2021. Passé d’un peu moins de 125 000 en 2019 à 97 000 en 2020, le nombre de permis de résidence temporaire délivrés par le gouvernement du Québec a toutefois rapidement rebondi l’année dernière, à presque 136 000.

Meilleure intégration économique

Il n’y a pas que le nombre d’immigrants temporaires qui a fortement changé depuis quelques années, poursuit l’IdQ dans son rapport de 69 pages. Le degré d’intégration économique des nouveaux arrivants s’est aussi nettement amélioré.

Le taux de chômage des immigrants reçus de 25 à 54 ans a, par exemple, fondu de plus de moitié en dix ans, passant de 12,7 % en 2012 (contre 6,5 % pour les populations nées au Canada) à 5,3 % en avril dernier (contre 2,9 %). Encore loin derrière celui de l’Ontario (75,1 %) ou bien celui de la Colombie-Britannique (76,7 %), le taux d’emploi de l’ensemble des immigrants reçus au Québec a, par ailleurs, bondi de 69,9 % à 81,9 % et rattrapé tout son retard sur les autres provinces.

Des progrès sont aussi observés du côté des revenus. Au Québec, la rémunération hebdomadaire moyenne de l’ensemble des immigrants reçus accusait en 2012 un retard de 8,5 % par rapport aux populations nées au Canada. Cet écart avait diminué à 2,8 % en 2020, avant que la pandémie ne frappe plus durement les travailleurs immigrants et ne recreuse l’écart à 6,4 % en 2021. Le rattrapage est encore plus spectaculaire lorsqu’on concentre son regard sur les seuls immigrants économiques, dont le retard salarial, un an après leur admission à la résidence permanente, s’élevait à 40 % par rapport à la médiane québécoise en 2010 et qui n’était plus que de 1,3 % en 2019.

Le recours grandissant à l’immigration temporaire n’est pas étranger à cette meilleure intégration économique des immigrants au Québec, ont indiqué en entrevue au Devoir deux des auteurs de l’étude. En effet, le fait d’avoir de l’expérience professionnelle au Canada aide grandement à cette intégration, observe l’économiste Daye Diallo. Et si la proportion des nouveaux immigrants reçus qui disposent d’une telle expérience est passée, en dix ans, de 37 % à 57 %, c’est que plusieurs d’entre eux travaillaient déjà au Québec à titre d’étudiants internationaux ou de travailleurs temporaires.

L’augmentation du nombre d’immigrants et leur meilleure intégration économique des dernières années découlent également du vieillissement de la population québécoise et des besoins de plus en plus pressants de main-d’œuvre des entreprises, poursuit la présidente-directrice générale de l’IdQ, Mia Homsy. « C’est clairement l’effet du resserrement du marché du travail, qui profite à tous les travailleurs, mais davantage aux immigrants. »

Pourrait faire mieux

Tout ne va cependant pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, précise l’IdQ. Si l’augmentation du nombre de travailleurs temporaires aide les entreprises à faire face à la pénurie de main-d’œuvre, elle se fait souvent au prix d’une plus grande précarité pour ces travailleurs étrangers, parfois aux prises avec des permis de travail reliés à un employeur abusif ou inéquitable et avec des conditions de travail moins favorables, ne pouvant pas faire venir leurs familles ou montrant une méconnaissance de leurs droits. La situation n’est pas idéale non plus pour les employeurs, qui voudraient pouvoir compter sur une main-d’œuvre plus stable à long terme.

Pour compliquer les choses, les délais d’obtention de la résidence permanente pour ces travailleurs temporaires « sont, de loin, beaucoup plus longs au Québec qu’ailleurs au Canada ». Principalement attribuables au gouvernement fédéral, ces « délais administratifs démesurés » qui peuvent s’échelonner sur 37 mois en amènent certains, malheureusement, à se tourner vers d’autres provinces, comme l’Ontario.

L’IdQ constate également que, malgré les efforts, la régionalisation de l’immigration est « au point mort », la grande région de Montréal accueillant encore et toujours près de 85 % des immigrants au Québec. Or, les besoins de main-d’œuvre sont souvent bien plus grands ailleurs. De plus, l’intégration économique, sociale et linguistique des immigrants à la majorité francophone se ferait probablement encore mieux à l’extérieur de la métropole.

L’IdQ recommande notamment de rehausser les seuils annuels d’immigration en priorisant les régions. Aux 50 000 nouveaux immigrants reçus prévus, Québec pourrait ainsi accepter un maximum de 10 000 demandes supplémentaires qui seraient soumises par des immigrants temporaires déjà installés en dehors des grands centres.

À défaut de grands ambassadeurs comme Montréal international et Québec international, les régions devraient pouvoir compter davantage sur Investissement Québec international ainsi que sur leurs cégeps et universités pour attirer plus d’étudiants internationaux et de travailleurs temporaires qualifiés.

Comme les délais de traitement des demandes sont très longs et qu’ils sont généralement imposés à des immigrants temporaires qui travaillent déjà au Québec, l’IdQ estime qu’on pourrait aussi abolir l’obligation d’expérience professionnelle avant le dépôt d’une demande de résidence permanente. Pour réduire les délais, Ottawa devrait aussi céder plus de pouvoirs à Québec dans le traitement des demandes des immigrants économiques.

Source: Les immigrants au Québec sont plus nombreux et mieux intégrés qu’il n’y paraît

English version:

Quebec should boost immigration thresholds while demanding more powers from the federal government in a bid to cut “unacceptable” delays and start easing the province’s long-standing labour shortage, a new study suggests.

Economic immigrants who apply for permanent residence in Quebec face the longest wait times in Canada, according to a report released Wednesday by the Montreal-based Institut du Québec think tank. Candidates looking to settle in Quebec can face administrative delays of as many as 37 months, compared with waits of six to 28 months in the rest of Canada, the study says. Health, security and standards checks by the federal government are the main reason for the delays, it says.

Although Quebec has the right to select its economic immigrants, Canada remains responsible for setting national immigration standards and objectives. Allowing Quebec to verify by itself the health, security and criminal records of economic immigrants would considerably speed up the bureaucratic process and improve Quebec’s attractiveness in an increasingly competitive labour market, according to Institut du Québec chief executive Mia Homsy.

“The big issue is the length of time it takes to process immigration requests for economic immigrants,” Homsy, who co-authored the study, said in an interview. “There’s a huge attractiveness issue for Quebec when the gap with the rest of Canada gets too big. If things take too long, immigrants are just going to cross the border and settle in Ontario.”

Quebec’s programs should also be reviewed. To speed things up, Homsy and her colleagues say the province would benefit from allowing temporary workers admitted under the so-called “Quebec Experience Program” to apply for permanent residence before having accumulated up to 24 months of work experience.

As Quebec’s population ages and employers struggle to fill vacant positions, the province has been relying more and more on temporary immigration to keep businesses humming. Non-permanent residents represented 64 per cent of the net number of international immigrants in 2019 — a huge jump from the 9 per cent average recorded between 2012 and 2016.

Long considered a weak point for Quebec, the economic integration of immigrants has made remarkable strides in recent years. Employment among Quebec immigrants aged 25 to 54 has increased by 224,000 since 2012, the study shows — a 61-per-cent surge.

Immigrants now make up 19.2 per cent of Quebec’s working population. Ten years ago, the proportion was only 12.6 per cent.

As a result, the unemployment rate for immigrants aged 25 to 54 fell to 5.3 per cent in April. A decade ago, joblessness was 12.7 per cent.

Entry wages for economic immigrants have also improved. As of 2019, they represented 98.7 per cent of the Quebec median wage, up from about 60 per cent in 2010, the study says.

Quebec’s labour market is growing increasingly tight — and many economists expect the trend to persist this decade as baby boomers retire en masse. The province’s unemployment rate, long among the highest in Canada, is now the lowest in the country. It hit a historic low of 3.9 per cent in April, 1.3 percentage points below the national average.

At the end of 2021, there was less than one unemployed person in Quebec for each job vacancy. That compares with a ratio of five to one in 2015.

“It’s a spectacular turnaround,” Homsy said. “Economic growth has accelerated just as the population of Quebec was aging. There is huge demand for workers at the same time that more people are retiring. Employers haven’t had time to adjust.”

Despite a crying need for workers, Quebec’s regions have been unable to attract enough immigrants. Nearly 85 per cent of the immigrants who arrive each year in Quebec settle in the Greater Montreal area, the study shows. Montreal — home to about half of Quebec’s population — took in an average of 37,000 permanent immigrants annually between 2015 and 2019, while 11 of the province’s 17 administrative regions received less than 1,000.

“In fairness, this is a phenomenon that we see everywhere,” Homsy said. “Immigrants gravitate toward big cities because these tend to offer more career opportunities. Quite often, they already have friends in big cities. All of this is difficult to replicate in the regions.”

To help solve acute labour shortages in the outlying regions, Quebec should set up a new “fast-track” program that could lead to as many as 10,000 additional temporary immigrants settling here every year, the IDQ study says. Immigrants targeted by the new program would be added to the 50,000 already admitted for permanent residence under existing programs.

Among other measures suggested by the authors, Quebec should increase the scope of international recruitment campaigns to attract more foreign students and qualified temporary workers. Another recommendation calls for the province to boost tax credits for international students who decide to settle permanently in Quebec’s regions after their studies.

Source: Quebec must boost immigration levels to solve labour woes: think tank

Dutrisac: Survivance et résignation [on the CAQ electoral strategy and immigration]

Of interest, particularly the contrast between the earlier inclusive vision of the first PQ government and how it has evolved to the defensive approach of the CAQ:

Il a été beaucoup question de fierté lors du congrès national de la Coalition avenir Québec (CAQ). François Legault a parlé des deux pôles de son gouvernement, la prospérité et la fierté. Le ministre André Lamontagne a aussi beaucoup parlé de fierté dans l’allocution finement rédigée qu’il a livrée samedi après-midi.

Ce type d’événements partisans baigne dans un enthousiasme parfois factice — il ne l’était aucunement cette fin de semaine —, qui se manifeste par les autocongratulations et le cheerleading, le simplisme des lignes de communication et un comportement moutonnier particulièrement exacerbé dans un parti composé de militants disciplinés, ou dociles, plutôt que chicaniers. À cet égard, la CAQ surpasse le Parti libéral du Québec.

Cet enthousiasme se percevait sur le plancher du centre des congrès de Drummondville : jamais depuis les libéraux de Robert Bourassa en 1985 un parti politique québécois n’a été en si bonne posture à l’orée d’élections générales, ce que la faiblesse de ses adversaires ne fait que souligner.

En campagne électorale il y a quatre ans, François Legault avait aussi parlé de fierté, en contraste avec un Philippe Couillard distant, qui semblait parfois douter du peuple québécois.

Après un premier mandat, les Québécois sont-ils plus fiers qu’en 2018, sont-ils plus prospères ? a lancé le chef caquiste, tout en donnant évidemment une réponse affirmative aux deux questions.

Sur le plan de la prospérité, son bilan est positif, surtout si on le compare à celui du gouvernement précédent, de l’austérité duquel nous nous souvenons amèrement. Malgré la pandémie, les finances publiques sont en ordre, la forte croissance économique a dépassé celle de nos voisins, le taux de chômage est au plus bas, la productivité est en hausse, l’écart de richesse avec l’Ontario s’est réduit, les salaires ont augmenté, bien que la poussée d’inflation, qu’on espère de courte durée, soit venue brouiller les cartes, et avec ça, le gouvernement caquiste a remis « de l’argent dans les poches des Québécois ».

Plus prospères et plus fiers, les Québécois devraient afficher une assurance à toute épreuve. Pas si vite : c’est compter sans le spectre de la « louisianisation » du Québec, brandi par François Legault, en lien avec une immigration qui s’intégrerait mal à notre société de langue française. Il y va de la « survie » de la nation québécoise, a fait valoir le chef caquiste.

Dès le début du prochain mandat, le gouvernement caquiste entend organiser un vaste sommet sur les perspectives démographiques du Québec et l’apport de l’immigration. L’événement permettrait d’informer la population sur cet enjeu crucial dans le but de bâtir un rapport de force face à Ottawa. Dimanche, François Legault a réitéré une demande à laquelle Justin Trudeau avait déjà répondu par un non catégorique, celle de rapatrier la responsabilité de la réunification familiale, qui compte pour près du quart des immigrants reçus, et il a ajouté la gestion des programmes visant les travailleurs temporaires et les étudiants étrangers.

Comme l’éventualité que le premier ministre du Canada acquiesce à cette revendication semble lointaine, voire utopique, un prochain gouvernement Legault devra s’atteler à reprendre concrètement la maîtrise de la situation avec les leviers dont il dispose, mais qu’il n’a pas pleinement utilisés.

Ce retour de la survivance, une posture qui fut l’apanage des Canadiens français après 1840, laisse perplexe. C’est une stratégie empreinte de résignation, un aveu d’impuissance politique. Et puis le mouvement nationaliste d’émancipation des années 1960 et suivantes, celui de René Lévesque, progressiste et tourné vers l’avenir, avait mis la hache dans cette survivance passéiste.

Il faudrait que François Legault nous dise si son nationalisme est essentiellement conservateur, essentialiste et défensif, ou s’il s’agit d’un nationalisme progressiste — existentialiste, pourrait-on dire —, qui parle d’avenir et s’appuie sur le pluralisme et le métissage qui caractérisent déjà la nation québécoise. Quand François Legault répète « c’est comme ça qu’on vit au Québec », une formule pour le moins maladroite, et qu’il en rajoute avec « c’est comme ça qu’on parle au Québec », on peut se demander où il s’en va avec ses skis. Le français est la langue commune certes, mais il se parle des centaines de langues au Québec, y compris des langues autochtones.

Le gouvernement Legault a déjà amélioré les choses en matière d’immigration, que ce soit en francisation et en soutien à l’intégration, et le chantier n’est pas terminé. Mais il devrait revenir à l’esprit de Gérald Godin : les immigrants pour la plupart veulent s’intégrer à la nation québécoise et contribuer à sa culture vivante et originale, dont nous pouvons nous enorgueillir. C’est ça aussi, être fier.

Source: Survivance et résignation

La maîtrise de l’immigration, «une question de survie», dit Legault

Quebec/federal relations continue to be challenged. Will see how this plays out after the Quebec election and the degree to which federal parties accommodate or set limits:

À quatre mois des élections générales, François Legault fait de l’obtention de nouveaux pouvoirs en matière d’immigration une condition sine qua non à la survie de la nation québécoise.

Le chef de la Coalition avenir Québec propose de hisser le thème de l’immigration parmi les principaux sujets de discussion de la campagne électorale — qui battra son plein à la fin de l’été — afin que « les Québécois comprennent bien l’urgence de rapatrier les pouvoirs » de sélection de quelque 11 000 immigrants inscrits au programme de regroupement familial, qui lui échappent à l’heure actuelle.

Si la « moitié » des participants du programme de regroupement familial continuent de bouder le français comme ils le font présentement, « ça peut devenir une question de temps avant qu’on devienne une Louisiane », a soutenu M. Legault dimanche, tout en évoquant des études gouvernementales sur le sujet.

« Je demande, aux prochaines élections, un mandat fort pour aller négocier ça avec le gouvernement fédéral », a-t-il fait valoir lors du discours de clôture du congrès national de la CAQ, à Drummondville.

François Legault s’est par la suite abstenu de préciser, devant les journalistes, les contours du « mandat fort » qu’il sollicite auprès de l’électorat québécois le 3 octobre prochain. « À partir du moment où on a l’appui d’une majorité de Québécois, c’est dur pour les partis politiques fédéraux de refuser cette demande-là [et] de gagner au fédéral sans appui au Québec », s’est-il contenté de dire.

« Avec tout ce qui se passe chez les conservateurs », un nouveau parti politique plus sensible aux revendications québécoises pourrait apparaître sur la scène politique fédérale d’ici le prochain scrutin fédéral, a-t-il dit.

Référendum sectoriel

Le chef du gouvernement québécois a rejeté l’idée avancée par des membres de la CAQ au cours du week-end de tenir un « référendum sectoriel » en immigration afin d’établir un rapport de force plus favorable. « Ce n’est pas dans les plans », a-t-il mentionné. « Ça suffit le niaisage ! […] La première initiative de la prochaine législature devra être l’organisation d’un référendum sur l’immigration », avait fait valoir le militant de Terrebonne Kevin Serafini samedi. « Bravo ! » avait spontanément crié une sympathisante caquiste. Les membres se sont toutefois bien gardés de l’ajouter dans le cahier de 23 propositions qu’ils ont remis au gouvernement de François Legault.

En revanche, ils se sont par exemple dits favorables à l’idée d’ajouter un cours obligatoire d’histoire et de culture du Québec au programme collégial, de concevoir un « catalogue de grandes œuvres artistiques québécoises » pour les enseignants et de mettre sur pied un musée de l’Histoire nationale du Québec. Le président régional Saguenay–Lac-Saint-Jean de la Commission Relève de la CAQ, Samuel Massicotte, y voit notamment une occasion de donner tort à Lord Durham, selon qui les descendants des Français formaient un « peuple sans histoire et sans littérature ». « On survit encore, malgré certaines tentatives d’un autre ordre de gouvernement de nier notre langue, de nier nos droits. On continue de s’accrocher », a souligné l’enseignant en histoire.

Turbulences économiques ?

À l’approche du rendez-vous électoral, François Legault a exhorté les électeurs québécois à rejeter les propositions des oppositions de gauche, convaincue que « l’argent pousse dans les arbres », et de droite, muette face aux changements climatiques. « Quand les temps sont pleins d’incertitudes, de turbulences et de dangers économiques, ce n’est pas le temps de se lancer dans des aventures avec des idéologues de gauche ou de droite. En fait, quand la mer est houleuse, c’est le temps de confier la barre à une équipe compétente, expérimentée, solide ! » a-t-il déclaré sur la scène du Centrexpo Cogeco, entouré de la plupart des personnes qui brigueront les suffrages sous la bannière de la CAQ. La présidente-directrice générale du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Sonia Bélanger, était dans le lot.

Le premier ministre a plus tard expliqué son changement de ton sur les perspectives économiques québécoises en parlant de projections d’économistes évoquant « 40 % de chances » de récession mondiale. D’ailleurs, la hausse graduelle du taux directeur de la Banque du Canada « n’est rien pour aider l’économie », a-t-il fait remarquer aux médias.

Dans un deuxième mandat, un gouvernement caquiste pratiquera une « gestion rigoureuse des finances publiques », ce qui ne l’empêchera pas de donner un coup de pouce aux Québécois pour « passer au travers » de la hausse du coût de la vie, a indiqué M. Legault devant des centaines de militants gonflés à bloc. Ceux-ci avaient reçu pour consigne de frapper leurs bâtons gonflables, un bleu, un blanc, à l’appel du mot « fierté ». « Sans la prospérité, la fierté manque de moyens. Puis sans la fierté, la prospérité manque de sens. Ça prend les deux », a insisté le chef caquiste en précampagne électorale.

Source: La maîtrise de l’immigration, «une question de survie», dit Legault

And a comparable article in English:

Premier François Legault gave a glimpse into what his provincial election campaign will look like Sunday, with a speech outlining his plan to demand Ottawa hand over more immigration powers to Quebec.

Coalition Avenir Québec (CAQ), Legault’s party, held its caucus in Drummondville, Que., this weekend, a city in the Eastern Townships southeast of Montreal.

Legault told the crowd of about 1,000 people there he wants to ask Quebecers for a “strong mandate” in the Oct. 3 election to be a powerful negotiator with Ottawa on matters of immigration.

The speech Legault gave, which he dubbed “Pride,” was heavily nationalist, calling for the preservation of the French language, Quebec culture and listing the passing of Bills 21 (on secularism) and 96 (the overhaul of the Charter of the French language) as wins for his government.

“We changed Quebec,” he said.

Bill 21 outlaws civil servants in positions of authority, including teachers, lawyers, police officers and judges, from wearing religious garb or symbols. In practice, the law has for the most part affected female Muslim teachers who wear head scarves.

While Quebec manages economic immigration to the province — a power other provinces and territories in Canada do not have — the federal government is responsible for family reunification and the admission of refugees, representing close to half of newcomers to the province every year.

Legault said he wants Quebec to be able to choose much of that remaining half, except for refugees, so that it can prioritize French-speaking foreigners. He said that family reunification cases represent about 11,000 of the 50,000 people who immigrate to the province every year.

Prime Minister Justin Trudeau has so far rejected Legault’s calls for Quebec to have complete control over immigration into the province but has pointed to Bill C-13 tabled by the federal Liberals, which in part aims to increase immigration from French-speaking countries.

Legault said it was a question of the survival of the French language in the province, pointing to the state of Louisiana as an example of a place that used to be predominantly French-speaking but no longer is, surrounded by a nearly monolingual English-speaking country.

“It’s important for Quebecers to understand that it’s a question of survival,” for a French-speaking Quebec, he said.

But when asked by a reporter if there were government studies on the impacts of family reunification and the use of French, Legault’s answer wasn’t clear.

“Is it too much to ask them to learn before moving to Quebec? Is it too much? I don’t think so,” he said.

A heavily criticized clause in Bill 96, which was voted into law last week, calls on refugees to learn French within six months of arriving to Quebec, after which they can no longer access most public services in another language.

Critics say six months is not enough to become fluent in French, and that the clause will make it difficult for immigrants to access basic services.

Tuesday, after the law passed, Legault gave reporters a heads up that he wanted to turn to pressuring the federal government to handing over its immigration levers.

“That’s where the focus should be,” in protecting French, he said.

Critics say policies go beyond language

But some critics see Legault’s focus on legislation targeting minorities as a way to appeal to his voter base, largely composed of older portions of the Quebec population and those living outside of major cities.

Some groups helping immigrants, migrant workers and refugees in Montreal believe Quebec is creating a two-tiered immigration system, making it harder for non-French-speaking people to access permanent residency, while relying more heavily on a vulnerable temporary foreign workforce to fill serious labour shortages.

“I doubt it’s solely a question of the French language,” said Mostafa Henaway, an advocate at the Immigrant Workers’ Centre, in an interview last week.

Indigenous leaders across the province have also denounced Legault’s government for failing to listen to their calls to be exempt from Bill 96, saying their sovereignty and language revitalization efforts are at stake.

On Sunday, Legault made no mention of the labour shortage or of problems with access to health care — such as emergency room capacities, surgery wait lists and a shortage of family doctors. He said he would unveil a health care plan at some point in the campaign.

Statistics Canada reported in the fall that there were 279,000 job vacancies in Quebec in 2021.

Four months away from the October election, the CAQ has already recruited candidates in more than 100 electoral districts, and so far half of those candidates are women. The party still has 29 out of 125 candidates to name.

Source: Legault pledges to demand more control from Ottawa over immigration to Quebec

Immigrants in Quebec could struggle to have rights respected under new language law

Of note:

Groups helping immigrants, migrant workers and refugees in Montreal say their clientele will struggle to have their basic rights respected under Quebec’s revamped language law.

Bill 96, the province’s overhaul of the Charter of the French language, was adopted into law at the National Assembly Tuesday. The law’s wide scope limits the use of English in the courts and public services, and imposes stricter language requirements on small businesses, municipalities and CEGEP students.

One of the law’s clauses calls on newcomers to learn French within six months of arrival, after which they can no longer access most public services in another language.

Community workers say that could make it difficult for their clientele to access justice and even complete daily errands, pushing some further into isolation and vulnerable situations.

They believe Quebec is creating a two-tiered immigration system, where people fleeing strife who speak only rudimentary English could be discouraged from coming to the province despite growing labour needs. Meanwhile, the province is relying on an increasing number of temporary foreign workers in low-wage jobs to fill significant labour shortage gaps.

“We really feel discriminated against,” said Evelyn Calugay, who runs PINAY, a Filipino women’s rights group.

Filipinos coming to Quebec are often compelled to fill precarious jobs, such as domestic work, leaving them little time to learn French, Calugay explained. They already come from a country with eight major dialects, she noted.

Calugay, who is 76 and came to Quebec in 1975 when the province was desperate for nurses, said it took her a year of full-time French classes to get to a point where she could understand and be understood in French.

“We learned English in school because it was taking from the American system, so the language was imposed on us, and before that our ancestors were forced to speak Spanish,” said Calugay. The Philippines was a colony first of Spain, then the United States until it gained independence after the Second World War.

Calugay said she appreciates the importance of preserving the French language, and following the laws and customs of Quebec and Canada, but that the revamped language charter now feels coercive, rather than a way to promote French.

“We don’t even encourage temporary workers to come to Quebec for now,” she said.

Legault shifting focus to immigration

Premier François Legault told reporters Tuesday after the law passed that he wanted to turn his focus to making sure a larger number of immigrants accepted into the province already speak French, noting he would be making it a campaign issue in the upcoming election.

He said his government has increased the proportion of its selection of immigrants who speak French from 55 per cent to 84 per cent, but that the proportion of French-speaking immigrants accepted into the province by the federal government was only about 50 per cent.

While Quebec manages economic immigration to the province — a power other provinces and territories in Canada do not have — the federal government is responsible for the admission of refugees.

Calugay points out that if Quebec’s powers are extended to include refugees, the province could effectively limit admissions from certain countries based on their French proficiency, while bringing in more temporary foreign workers, who mostly hail from Mexico, Guatemala and Honduras.

“Because that’s cheap — what does a capitalist want? Cheap labour, of course,” she said.

Mostafa Henaway of the Migrant Workers’ Centre agrees with Calugay that the government appears to be prioritizing temporary migrant work in order to appease its voter base.

“There’s this idea that they want a temporary and sort of disposable, flexible workforce,” Henaway said in a phone interview.

“So, the CAQ can say it reduced permanent migration. Then at the same time, they can say they increased the number of temporary migrants and protected the French language.”

He said the six-month clause means vulnerable workers and immigrants in all kinds of situations could have trouble understanding and making themselves understood when it comes to denouncing abuse.

Prime Minister Justin Trudeau has so far rejected Legault’s calls for Quebec to have complete control on immigration into the province but has pointed to Bill C-13 tabled by the federal Liberals, which in part aims to increase immigration from French-speaking countries.

In a statement to CBC News, Jean Boulet, the provincial minister responsible for immigration, labour and francization, said prioritizing French-speaking immigrants is important for Quebec, “given the French character of Quebec and the issues in sustaining the official language of Quebec.”

“Temporary workers are essentially the responsibility of the federal government and there is no threshold limiting the arrival of this category of immigration,” Boulet said.

In 2021, nearly 24,000 temporary foreign workers were employed in Quebec, the highest number yet in the province and up from about 17,000 the year before. Quebec announced last year it had signed a deal with Ottawa for companies in the province to hire up to 20 per cent more than that.

When children are the translators

For Rose Ndjel, the director of Afrique au Féminin in Montreal’s Parc-Extension neighbourhood, the challenge posed by the extended language restrictions will be on people who have already lived there for years and may not have easy access to French courses because of time and cost.

Ndjel helps run a local bank of interpreters who speak many of the more than 130 languages present in Park Ex, such as Spanish, Punjabi, Hindi, Lingala, Urdu and Tamil.

Ahead of the law’s adoption, she said a local school board employee contacted her asking for interpreters to translate teacher meetings to parents.

“The people who speak French in Parc-Extension are people who moved here from other neighbourhoods,” Ndjel said, referring to the growing gentrification in the area.

“Otherwise, it’s the children who go to the elementary and high schools in French who speak the language.”

She said children sometimes miss school to help translate services, such as at doctor’s offices, for their parents or grandparents.

“That will happen even more with this law,” Ndjel said in French. “Parents won’t be able to do anything without their kids. Unfortunately, that’s where we’re at. Children’s health is at stake.”

Source: Immigrants in Quebec could struggle to have rights respected under new language law

ICYMI – David: Le véritable adversaire [en immigration]

Of note, useful analysis. Likely won’t be pretty:

Durant la campagne électorale de 2018, François Legault s’était impatienté lors d’une conférence de presse face à l’insistance des journalistes qui le questionnaient sur ses positions en matière d’immigration.

« Vous parlez beaucoup d’immigration, mais pas les personnes normales », leur avait-il lancé. Les « personnes normales » lui parlaient de tout autre chose, par exemple de Gaétan Barrette, disait le chef de la CAQ.

C’était pourtant lui qui avait choisi d’introduire le sujet dans la campagne pour embarrasser Philippe Couillard, mais il était vite apparu qu’il le maîtrisait très mal. Les modalités de l’entente Canada-Québec signée en 1991 lui échappaient visiblement, tout comme les conditions d’obtention de la citoyenneté canadienne. Il devenait donc urgent de passer à autre chose.

Cette fois-ci, le premier ministre a eu le temps de faire ses devoirs et a manifestement décidé d’en faire un thème important de la prochaine campagne. Pour mettre la table, son bureau a donc laissé filtrer au Journal de Québec les résultats d’un sondage que la CAQ a commandé à la firme Léger dans le but de démontrer que, contrairement à ce qu’il soutenait il y a quatre ans, les « personnes normales » sont très préoccupées par la question.

Plus de deux Québécois francophones sur trois (68 %) sont d’avis que les seuils d’immigration sont déjà suffisamment ou trop élevés, que les nouveaux arrivants n’ont pas une connaissance suffisante du français (65 %) et qu’ils adoptent davantage l’anglais que le français comme langue d’usage (66 %). Près de la moitié (48 %) estiment qu’il s’agit de la plus grande menace pour le français.

Pratiquement assuré d’être reporté au pouvoir, M. Legault n’a pas vraiment besoin d’accuser encore le PLQ de mettre la nation en danger ni de se lancer dans une surenchère identitaire avec le PQ. Ces deux partis tenteront au mieux de sauver les meubles le 3 octobre. L’électorat de QS est presque totalement imperméable au discours caquiste et la position du Parti conservateur d’Éric Duhaime sur l’immigration n’est pas si éloignée de celle de la CAQ.

En réalité, son véritable adversaire est Justin Trudeau. En 2018, il prétendait que ce dernier serait obligé de répondre positivement à ses demandes si les Québécois lui donnaient un « mandat clair ». Il a obtenu ce mandat et M. Trudeau est pourtant demeuré inébranlable. Il en obtiendra sans doute un encore plus clair, mais cela fera-t-il vraiment fléchir son adversaire, qui entend augmenter massivement le nombre d’immigrants au Canada ?

En fin de semaine prochaine, les délégués au congrès de la CAQ seront invités à adopter une résolution réclamant que le gouvernement fédéral transfère au Québec « l’ensemble des pouvoirs en matière d’immigration le plus rapidement possible ». C’est même plus que ce que M. Legault a demandé jusqu’à présent, dans la mesure où il accepte que l’accueil des réfugiés demeure de juridiction fédérale.

Or, tous les Québécois ne sont pas aussi convaincus qu’Ottawa devrait céder des pouvoirs. Selon le sondage Léger-CAQ, 52 % des francophones, mais seulement 30 % des 18-34 ans sont de cet avis, alors que 50 % de ces derniers estiment que la situation actuelle devrait être maintenue ou même que les pouvoirs d’Ottawa devraient être augmentés. Sans surprise, seulement 7 % des non-francophones souhaitent que le Québec en obtienne davantage.

Pour renforcer cet appui et accroître le rapport de force face à Ottawa, la campagne électorale pourrait être le prélude au lancement d’une grande « conversation » nationale. Dans l’entourage de M. Legault, on jongle avec l’idée de réunir des États généraux sur l’immigration, qui engageraient l’ensemble de la société québécoise dans un vaste exercice de réflexion sur son avenir collectif. Cela ne pourrait certainement pas nuire.

La formule n’est pas nouvelle. On pense immédiatement aux « États généraux du Canada français », dans les années 1960, qui avaient marqué une étape décisive dans le développement du mouvement nationaliste et affirmé le droit du Québec à son autodétermination, mais il s’agissait là d’une initiative de la société civile.

En 2001, le gouvernement Bouchard avait organisé des « États généraux sur la situation et l’avenir de la langue française au Québec », présidés par l’ancien président de la CSN Gérald Larose. Ils n’avaient pas eu un gros effet, dans la mesure où Lucien Bouchard y voyait simplement un prix de consolation pour les militants péquistes qui réclamaient à grands cris un retour à la loi 101 originelle.

Les militants caquistes sont loin d’être aussi exigeants envers leur chef que l’étaient ceux du PQ à l’époque. Ils se contentent de le suivre sans jamais le bousculer. Si M. Legault décidait de lancer une opération de ce genre, alors que rien ne l’y oblige, ce serait vraisemblablement avec l’intention d’y donner suite. Qui sait où cela pourrait mener.

Inévitablement, ceux qui croient qu’il n’a pas renoncé à son idéal d’antan y verront une « astuce » visant à raviver le projet indépendantiste, mais s’il est réellement convaincu que le plein contrôle de l’immigration est essentiel à la survie d’une société française dans le cadre fédéral et qu’Ottawa s’entête à le refuser au Québec, il lui faut bien tenter quelque chose.

Source: Le véritable adversaire

Rioux: Retour de balancier

Rioux rails against “les élites multiculturalistes” and celebrates counter-reactions, even if “souvent déroutantes et parfois extrêmes.”

Ceux qui se souviennent de l’extraordinaire fierté qu’avait suscitée l’adoption de la loi 101 en 1977 auront compris que nous ne sommes plus à cette époque. Difficile de trouver la même ferveur chez ceux qui ont adopté cette semaine le projet de loi 96. La loi 101 avait alors fait parler d’elle dans le monde entier. Dans l’univers anglophone, on avait évidemment dénoncé dans des mots souvent outranciers une loi brimant les droits de la « minorité ». Mais ailleurs, l’écho était différent. Le journal Le Monde avait évoqué une « revanche historique ». Lors de son adoption, le quotidien avait repris les mots de ses auteurs selon qui le but de cette loi était de « rendre la province “aussi française que le reste du Canada est anglais”. »

Lors de mes premiers reportages à l’étranger, on me parlait spontanément de la loi 101. En France, dans les milieux informés, elle jouissait d’une véritable aura. C’était aussi le cas ailleurs en Europe, comme en Catalogne, où les nationalistes au pouvoir ne cachaient pas leur admiration pour la détermination dont nous avions fait preuve. En 2012, le linguiste Claude Hagège avait même soutenu que la France devait s’inspirer du Québec afin d’imposer l’unilinguisme français dans l’affichage. À voir les Champs-Élysées aujourd’hui, on déplore qu’il n’ait pas été entendu.

« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement », disait Boileau. Ce principe s’applique à toutes les grandes lois, qui sont généralement des lois simples qui reposent sur un principe immuable. Au lieu de se perdre dans un fouillis administratif et des contorsions juridiques (comme les complexes tests linguistiques de la défunte loi 22), elles proclament une vérité essentielle que chacun est à même de comprendre. C’est ainsi qu’elles imposent le respect.

Qu’exprimait l’esprit de la loi 101 sinon qu’au Québec, tous les nouveaux venus avaient vocation à s’intégrer à la majorité linguistique et culturelle par le truchement de son école ? Bref, à devenir des Québécois de langue et de culture française. Point à la ligne. Ce principe de l’intégration scolaire est d’une telle évidence qu’il mériterait d’être appliqué à tous les niveaux du réseau éducatif sans exception. C’est d’ailleurs ce que font depuis longtemps les Catalans en Espagne et les Wallons en Belgique, qui semblent avoir retenu mieux que nous la leçon de Camille Laurin. Nul doute qu’un jour, il faudra y revenir.

Mais nous avons changé d’époque. C’est ce qu’explique avec talent le jeune essayiste Étienne-Alexandre Beauregard dans son premier essai, Le Schisme identitaire (Boréal). L’ouvrage propose une description passionnante du cheminement idéologique du Québec depuis 1995. Beauregard décrit le passage de l’effervescence nationaliste que fit naître la Révolution tranquille à l’idéologie « post-nationale » qui domine aujourd’hui. Il raconte le ralliement de la gauche, au nom du progressisme, à l’idéologie diversitaire et sa déclaration de guerre contre ce que Fernand Dumont appelait la « culture de convergence ».

Avant 1995, écrit Beauregard, le nationalisme des historiens Lionel Groulx et Maurice Séguin exerçait une telle hégémonie intellectuelle que même le Parti libéral de Robert Bourassa fut en quelque sorte obligé de se dire autonomiste. D’où la loi 22. À l’inverse, la nouvelle hégémonie diversitaire pousse aujourd’hui les nationalistes dans leurs retranchements, les forçant à donner des gages à la gauche multiculturaliste qui exerce le magistère moral dans les médias et les grandes institutions.

Dans ces débats comme celui qui s’achève sur le projet de loi 96, il arrive que les nationalistes québécois se sentent à ce point isolés qu’ils se croient hors du monde. Il est pourtant frappant de constater combien cette nouvelle guerre culturelle que décrit Beauregard n’est pas proprement québécoise. Elle est même la réplique, à notre échelle, d’un affrontement qui se déroule partout en Occident. Partout où l’idéologie de la mondialisation heureuse, qu’est au fond ce rêve post-national et diversitaire, se bute au retour des nations.

Il y a quelques années encore, on pouvait croire que ces dernières n’étaient destinées qu’à se fondre dans des ensembles plus grands et multiethniques. Des ensembles dont le Canada se prétend depuis toujours le prototype achevé. Ce n’est plus vraiment le cas, alors qu’à la faveur des ratés d’une mondialisation aujourd’hui en déclin, on assiste au réveil du sentiment national aussi bien en France et dans les anciens pays de l’Est qu’au Royaume-Uni et ailleurs en Occident. Sans parler de l’Ukraine.

Partout, les coups de boutoir contre l’identité nationale imposés par les élites multiculturalistes font réagir les peuples qui ne sont pas prêts à troquer leur langue, leur héritage et leurs mœurs pour un grand melting-pot informe et sans substance. Comme l’écrit Beauregard, cette guerre va s’intensifier, et l’on voit déjà les forces politiques qui prétendent s’en tenir à l’écart se faire balayer. C’est un peu ce qui arrive chez nous au Parti québécois et qui, dans un autre contexte, a décimé en France le Parti socialiste et Les Républicains.

Cette reconfiguration du combat politique prend des formes diverses, souvent déroutantes et parfois extrêmes. Mais les mêmes forces sont à l’œuvre, qui mettent en scène de vieilles nations qui ne veulent pas mourir et qui n’ont pas dit leur dernier mot.

Source: Retour de balancier

David: La sécurité imaginaire [Bill 96]

One side of Quebec commentary on Bill 96:

Quand on est en politique, où l’horizon ne s’étend guère au-delà de la prochaine élection, il devient parfois difficile de distinguer le compromis, qui facilite la victoire, de la compromission, qui sacrifie l’essentiel.

« Une grande journée pour le français », a déclaré le premier ministre François Legault après l’adoption du projet de loi 96. Il doit surtout se féliciter de la levée de boucliers dans la communauté anglophone et au Canada anglais.

Même si les dispositions de la « nouvelle loi 101 » demeurent bien insuffisantes pour enrayer le déclin du français, la colère des anglophones, partagée tardivement par le Parti libéral du Québec, et la réprobation du pays apparaissent aux yeux d’une majorité de francophones comme autant de signes qu’elles vont dans la bonne direction.

Le sentiment de sécurité que peut procurer l’impression d’être en mesure de dicter les règles du jeu dispense d’envisager les moyens plus décisifs que nécessiterait la survie d’une société française en Amérique du Nord et permet de rationaliser le manque d’audace collective qui a causé la défaite du « oui » en 1995.

S’il a provoqué chez les représentants de la communauté anglophone des dérapages qui ont parfois frôlé le délire, le débat sur le projet de loi 96 n’a d’ailleurs pas eu chez les francophones l’effet galvanisant de celui qu’avait suscité l’adoption de la loi 101.
* * * * *
Dans un essai qu’il vient de publier sous le titre La nation qui n’allait pas de soi, Alexis Tétreault, doctorant en sociologie à l’UQAM, évoque la nouvelle « mythologie de la normalité » qui aurait remplacé la traditionnelle « mythologie de la vulnérabilité » dans la conscience politique québécoise.

L’Acte constitutionnel de 1791 avait pu donner pendant un temps l’illusion que la Conquête n’empêcherait pas l’ancienne Nouvelle-France de poursuivre son développement d’une façon à peu près normale. Après l’écrasement des patriotes et l’Acte d’Union, la conscience de leur vulnérabilité et la crainte de l’assimilation n’ont cessé d’habiter l’imaginaire de leurs descendants.

C’est toujours ce désir d’échapper au sort prévu par le rapport Durham et d’aménager un espace politique où leur situation majoritaire permettrait aux Québécois de retrouver cette normalité qui a largement inspiré la Révolution tranquille et le mouvement indépendantiste.

Malgré le coup de force constitutionnel de 1982 et l’échec du référendum de 1995, Alexis Tétreault constate le maintien « d’une hégémonie de l’imaginaire majoritaire et de la nouvelle mythologie de la normalité qui est, pour le moins, inconsciente du péril de la minorisation-assimilation ».

Son maître à penser, le sociologue Jacques Beauchemin, l’avait exprimé de la façon suivante dans Une démission tranquille : « À force de ne pas disparaître et de se maintenir, les Canadiens français et, après eux, les Québécois de la Révolution tranquille ont fini par intégrer la certitude de leur perduration. »
* * * * *
Il est sans doute heureux que les Québécois ne vivent plus continuellement dans la hantise de disparaître ni dans l’impression d’être « nés pour un p’tit pain », mais cette nouvelle sérénité ne doit pas se traduire en inconscience. La diminution du poids démographique du Québec au sein du Canada et celui des francophones au sein du Québec sont des réalités incontournables.

« Ce sentiment d’éternité fera-t-il long feu à mesure que s’effriteront cette stabilité démographique et cette rhétorique en inadéquation avec la tendance démographique et politique du Canada ? » demande M. Tétreault.

Les francophones acceptent volontiers, se réjouissent même de vivre dans une société diversifiée et acceptent, à ce jour, qu’elle s’inscrive dans le cadre fédéral canadien. Encore faut-il que les règles du vivre-ensemble soient compatibles avec la survie de cette « majorité minoritaire », qui marche elle aussi sur la ligne fine entre le compromis et la compromission.

Même ce que le premier ministre Legault estime « raisonnable », qu’on pourrait également qualifier de minimal, est remis en question. Le ministre fédéral de la Justice, David Lametti, a confirmé que le gouvernement Trudeau s’associerait à la contestation de la loi 21 sur la laïcité devant la Cour suprême, et ce n’est qu’une question de temps avant que la loi 96 se retrouve à son tour devant les tribunaux.

Il est clair que le grand débat sur l’immigration, que M. Legault annonce pour son deuxième mandat, provoquera un autre affrontement, qui pourrait être encore plus dramatique. Une sécurité imaginaire n’a jamais protégé qui que ce soit. Qu’ils le veuillent ou non, les Québécois devront un jour avoir le courage de regarder les choses en face.

Source: La sécurité imaginaire

Meggs: Le système d’immigration n’est plus maîtrisé

Good and valid critique, highlighting some of the inconsistencies and incoherence of immigration policy:

Tous les drapeaux rouges signalent que le système d’immigration au Canada et au Québec n’est plus maîtrisé. Il y a d’abord le nombre de dossiers en attente de traitement au fédéral. Selon un reportage de CBC du 1er février 2022, plus de 1,8 million de dossiers d’immigration permanente, temporaire et de citoyenneté étaient en attente de traitement ! Au rythme noté dans le reportage, si on n’en ajoute pas à la pile, il faudra presque cinq ans pour les traiter.

Mais on persiste à en ajouter à la pile ! Le 11 avril, il y en avait plus de 2 millions, dont 1,1 million de demandes de permis temporaires, une hausse de 230 000 depuis la mi-mars.

Ces personnes à statut temporaire généreront une bonne proportion des nouvelles admissions parce que les gouvernements font tout pour encourager et faciliter le passage de statut temporaire à permanent. Au Québec, au moins 86 % des personnes sélectionnées en 2019 avaient un statut temporaire.

Plus on augmente le nombre de personnes à statut temporaire, plus il faudra augmenter les cibles d’immigration permanente parce que les demandes dépasseront les seuils établis. Il serait politiquement téméraire de refuser de recevoir leurs demandes. Ces personnes sont installées et intégrées au pays depuis des années. Planifier des seuils d’immigration permanente devient redondant dans un contexte d’immigration temporaire non maîtrisée.

Davantage de demandes entraînent une augmentation des coûts. Le gouvernement fédéral a budgété 85 millions de dollars l’automne dernier pour faire baisser le nombre de dossiers à traiter. Dans son dernier budget, il prévoit 2,673 milliards sur cinq ans et 441,3 millions annuellement par la suite en nouveau financement, ainsi que 43,5  millions, en 2022-2023, pour « maintenir le soutien fédéral aux services d’aide juridique à l’immigration et aux réfugiés ».

Outre les hausses de volumes, de délais et de ressources, il y a la multiplication des « politiques d’intérêt public », un mécanisme utilisé par le ministre fédéral pour changer unilatéralement les règles d’octroi de la résidence permanente et de permis temporaires, s’il « estime que l’intérêt public le justifie ».

Utilisées quatre fois entre 2005 et 2013, elles ont pris un envol extraordinaire récemment avec 11 recours en 2020 et 19 en 2021.

Elles touchent des situations tant ponctuelles (les personnes à statut temporaire résultant des incendies en Colombie-Britannique ; le parrainage des personnes réfugiées syriennes et irakiennes) que générales (une forme d’exemption des exigences linguistiques pour les personnes avec un handicap physique ou mental).

Il y a des exemples d’utilisation discriminatoire et manifestement politique. Par exemple, en 2020, l’une d’elles visait « à attirer au Canada des jeunes instruits de Hong Kong, dont on s’attend à ce que leur capital humain et leur expérience internationale contribuent au tissu économique, social et culturel du pays ». Elle témoignerait de la solidarité du Canada « avec d’autres alliés aux vues similaires, de son appui solide à l’égard des valeurs démocratiques et de sa défense de celles-ci ». Il y a sûrement de jeunes diplômés ailleurs dans le monde qui aimeraient être sauvés des régimes autoritaires et répressifs.

Le gouvernement fédéral modifie aussi allègrement les règles d’immigration temporaire. Il a annoncé le 1er avril des assouplissements au Programme des travailleurs étrangers temporaires qui vont sensiblement plus loin que l’entente négociée avec le Québec. En 2016, il a créé un nouveau permis ouvert pour les employeurs hors Québec qui embauchent des francophones de l’étranger. Pourquoi exclure les employeurs québécois de cet avantage ?

Il y a des exemples d’incohérences presque inexplicables. Depuis plusieurs années, le fédéral vante sa politique de rétention des étudiantes et étudiants étrangers sans avoir modifié le Règlement de l’immigration exigeant que la personne faisant une demande de permis d’études au Canada démontre qu’elle quittera le pays à la fin de son séjour.

Les 40 000 Afghans annoncés arriveront avec un statut de réfugié, mais les Ukrainiens auront un permis de travail spécial de trois ans, sans plafond sur le nombre.

Il n’y a aucune consultation systématique avec les gouvernements provinciaux avant la prise de ces décisions. Aucune considération de l’effet de cette augmentation rapide de la population sur des besoins en logement ou en services de garde, ni sur les écoles, les systèmes de santé et de services sociaux, le transport en commun. Il y a très peu d’arrimage possible entre l’expertise et l’expérience de travail des personnes qui arrivent et les besoins locaux du marché de travail.

Le Québec est à la remorque du fédéral à bien des égards. N’ayant aucun moyen d’agir sur les délais de traitement fédéraux, il encourage l’immigration temporaire, ce qui fait augmenter le nombre de demandes d’immigration, et improvise avec de nouveaux programmes qui ne donnent pas les résultats escomptés.

L’immigration est un projet foncièrement humain. Comment penser le réussir sans une vision claire soutenue par une infrastructure législative et administrative efficace ?

Tous les drapeaux rouges signalent que le système d’immigration au Canada et au Québec n’est plus maîtrisé. Il y a d’abord le nombre de dossiers en attente de traitement au fédéral. Selon un reportage de CBC du 1er février 2022, plus de 1,8 million de dossiers d’immigration permanente, temporaire et de citoyenneté étaient en attente de traitement ! Au rythme noté dans le reportage, si on n’en ajoute pas à la pile, il faudra presque cinq ans pour les traiter.

Mais on persiste à en ajouter à la pile ! Le 11 avril, il y en avait plus de 2 millions, dont 1,1 million de demandes de permis temporaires, une hausse de 230 000 depuis la mi-mars.

Ces personnes à statut temporaire généreront une bonne proportion des nouvelles admissions parce que les gouvernements font tout pour encourager et faciliter le passage de statut temporaire à permanent. Au Québec, au moins 86 % des personnes sélectionnées en 2019 avaient un statut temporaire.

Plus on augmente le nombre de personnes à statut temporaire, plus il faudra augmenter les cibles d’immigration permanente parce que les demandes dépasseront les seuils établis. Il serait politiquement téméraire de refuser de recevoir leurs demandes. Ces personnes sont installées et intégrées au pays depuis des années. Planifier des seuils d’immigration permanente devient redondant dans un contexte d’immigration temporaire non maîtrisée.

Davantage de demandes entraînent une augmentation des coûts. Le gouvernement fédéral a budgété 85 millions de dollars l’automne dernier pour faire baisser le nombre de dossiers à traiter. Dans son dernier budget, il prévoit 2,673 milliards sur cinq ans et 441,3 millions annuellement par la suite en nouveau financement, ainsi que 43,5  millions, en 2022-2023, pour « maintenir le soutien fédéral aux services d’aide juridique à l’immigration et aux réfugiés ».

Outre les hausses de volumes, de délais et de ressources, il y a la multiplication des « politiques d’intérêt public », un mécanisme utilisé par le ministre fédéral pour changer unilatéralement les règles d’octroi de la résidence permanente et de permis temporaires, s’il « estime que l’intérêt public le justifie ».

Utilisées quatre fois entre 2005 et 2013, elles ont pris un envol extraordinaire récemment avec 11 recours en 2020 et 19 en 2021.

Elles touchent des situations tant ponctuelles (les personnes à statut temporaire résultant des incendies en Colombie-Britannique ; le parrainage des personnes réfugiées syriennes et irakiennes) que générales (une forme d’exemption des exigences linguistiques pour les personnes avec un handicap physique ou mental).

Il y a des exemples d’utilisation discriminatoire et manifestement politique. Par exemple, en 2020, l’une d’elles visait « à attirer au Canada des jeunes instruits de Hong Kong, dont on s’attend à ce que leur capital humain et leur expérience internationale contribuent au tissu économique, social et culturel du pays ». Elle témoignerait de la solidarité du Canada « avec d’autres alliés aux vues similaires, de son appui solide à l’égard des valeurs démocratiques et de sa défense de celles-ci ». Il y a sûrement de jeunes diplômés ailleurs dans le monde qui aimeraient être sauvés des régimes autoritaires et répressifs.

Le gouvernement fédéral modifie aussi allègrement les règles d’immigration temporaire. Il a annoncé le 1er avril des assouplissements au Programme des travailleurs étrangers temporaires qui vont sensiblement plus loin que l’entente négociée avec le Québec. En 2016, il a créé un nouveau permis ouvert pour les employeurs hors Québec qui embauchent des francophones de l’étranger. Pourquoi exclure les employeurs québécois de cet avantage ?

Il y a des exemples d’incohérences presque inexplicables. Depuis plusieurs années, le fédéral vante sa politique de rétention des étudiantes et étudiants étrangers sans avoir modifié le Règlement de l’immigration exigeant que la personne faisant une demande de permis d’études au Canada démontre qu’elle quittera le pays à la fin de son séjour.

Les 40 000 Afghans annoncés arriveront avec un statut de réfugié, mais les Ukrainiens auront un permis de travail spécial de trois ans, sans plafond sur le nombre.

Il n’y a aucune consultation systématique avec les gouvernements provinciaux avant la prise de ces décisions. Aucune considération de l’effet de cette augmentation rapide de la population sur des besoins en logement ou en services de garde, ni sur les écoles, les systèmes de santé et de services sociaux, le transport en commun. Il y a très peu d’arrimage possible entre l’expertise et l’expérience de travail des personnes qui arrivent et les besoins locaux du marché de travail.

Le Québec est à la remorque du fédéral à bien des égards. N’ayant aucun moyen d’agir sur les délais de traitement fédéraux, il encourage l’immigration temporaire, ce qui fait augmenter le nombre de demandes d’immigration, et improvise avec de nouveaux programmes qui ne donnent pas les résultats escomptés.

L’immigration est un projet foncièrement humain. Comment penser le réussir sans une vision claire soutenue par une infrastructure législative et administrative efficace ?

Anne Michèle Meggs Ancienne directrice de la planification et de la reddition de comptes du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration

Source: Le système d’immigration n’est plus maîtrisé

Le Québec «bashing» ou la tolérance à deux vitesses

Sigh. Not to mention the inverse, Canada bashing on the part of some intellectuals…

Le Canada se drape de tolérance envers les minorités — tout en assumant des épisodes de Québec bashing, devenus chroniques dans l’histoire des deux solitudes. Ce paradoxe, commun au monde anglo-saxon, remonte à l’origine même du libéralisme britannique, estime Patrick Moreau, professeur au collège Ahuntsic qui participait, mercredi, à un colloque consacré à « la condescendance francophobe en contexte canadien ».

« Les sociétés anglo-saxonnes en général — et la société canadienne en particulier — se présentent toujours comme très libérales, très à cheval sur les droits individuels et la tolérance, explique M. Moreau, qui collabore par ailleurs à la section Idées du Devoir. En même temps, elles ont souvent, à travers l’histoire, connu des accès d’intolérance. »

Pour le professeur, invité à prendre la parole au congrès de l’Acfas mercredi, « le ver est dans le fruit » depuis la naissance de la tolérance religieuse proclamée au XVIIe siècle par le pouvoir anglican. « L’Angleterre autorisait toutes les sectes protestantes, ce qui était exceptionnel en Europe, à l’époque. En revanche, cette tolérance excluait les catholiques et les athées. Nous sommes tolérants, mais pas à l’égard de toutes et de tous. »

Ce même réflexe s’applique encore aujourd’hui envers le Québec, maintient le professeur Moreau. Le Canada anglais prétend accueillir et célébrer les différences. Sauf certaines, souvent québécoises.

« Dès qu’on nous montre la diversité canadienne, il faut qu’on nous montre une femme voilée, un turban, etc., poursuit le chercheur, en entrevue au Devoir. Comme si la seule différence admissible était en réalité superficielle. Si les Québécois se contentaient d’être une minorité parmi d’autres, arborant la ceinture fléchée lors de la Saint-Jean, le Canada s’en réjouirait et les tolérerait comme il tolère n’importe quel costume de n’importe quelle minorité ethnique ou religieuse. »

Or, le Québec dérange au point de devenir intolérable, soutient M. Moreau, parce que la différence qu’il revendique réfute la suprématie du modèle anglo-saxon.

« Ce qui est inacceptable aux yeux du Canada anglais, c’est cette volonté du Québec de faire société en français et selon des termes politiques qui ne sont pas ceux de la philosophie politique anglo-saxonne. Autrement dit, de revendiquer des droits linguistiques collectifs. […] La laïcité, c’est un peu la même chose, poursuit le professeur Moreau. On refuse, au Canada anglais, de voir la laïcité comme un modèle légitime de gestion de la diversité. On veut à tout prix y voir l’expression d’une intolérance ethnique à l’égard des autres minorités religieuses. »

Un Québec bashing progressiste

Cette discrimination à l’égard des francophones, M. Moreau note qu’elle a évolué au tournant du XXIe siècle. « La francophobie canadienne était, jusque dans les années 2000, plutôt conservatrice. C’était vraiment une francophobie coloniale issue d’un sentiment de supériorité très britannique et protestant à l’égard de Canadiens français, jugés arriérés, et catholiques, en plus. »

Plus récemment, avance le chercheur, « nous sommes passés à un Québec bashing progressiste, c’est-à-dire que nous allons reprocher au Québec d’être intolérant à l’égard des minorités, de créer une discrimination à l’égard des minorités, donc finalement de refuser les normes du multiculturalisme trudeauiste actuel. »

La saga entourant l’Université d’Ottawa et l’usage du mot en « n » dans une salle de cours a jeté une lumière crue sur le paradoxe de la tolérance canadienne envers ses minorités, insiste le professeur de littérature au collège Ahuntsic. « Il y a eu un glissement que je trouve personnellement assez épatant de la part de gens qui se prétendent fondamentalement antiracistes, mais qui vont insulter des professeurs en les traitant de fucking frogs. Bref, en utilisant un vocabulaire qui est très clairement raciste. »

À son avis, le Québec bashing a encore de beaux jours devant lui. Tant mieux, souligne-t-il, puisque sa disparition voudrait dire la fin d’un Québec qui revendique son droit à faire société autrement.

« Le jour où le Québec bashing va disparaître, ce ne sera pas vraiment une bonne nouvelle pour le Québec, avance M. Moreau. Ça voudra dire, je pense, que le Québec aura renoncé à faire société d’une façon différente du Canada. Autrement dit, il aura adopté le modèle dominant du libéralisme canadien. À ce moment-là, il sera devenu acceptable », conclut le professeur.

Source: Le Québec «bashing» ou la tolérance à deux vitesses