Et si le discours de la CAQ nuisait à l’intégration des immigrants?

Obviously:

Le discours de la Coalition avenir Québec (CAQ) sur les immigrants fait usage d’un vocabulaire alarmiste et de propos faux, qui le rendent défavorable à l’intégration des nouveaux arrivants au Québec. En effet, son discours attribue à la population immigrante des stigmates répulsifs au processus qui fait de l’étranger une partie intégrante de la société d’accueil. D’abord, disséquons le discours pour ensuite présenter le défi auquel fait face le Québec en matière d’intégration des immigrants.

Le chef de la CAQ, François Legault, a affirmé au cours de l’été dernier que l’immigration serait un facteur de la « louisianisation » du Québec. Or l’histoire ne permet pas de faire une telle hypothèse. En effet, la Louisiane française, vaste territoire d’Amérique du Nord, faisait partie de la Nouvelle-France entre les XVIIe et XVIIIe siècles. Sa « louisianisation » s’est faite non pas par des immigrants, mais de l’intérieur, par des échanges de territoires entre colonisateurs français, espagnols et anglais. Ruinée par la guerre de Sept Ans (1756-1763), la monarchie française céda une grande partie de la Louisiane aux Espagnols, puis, au début des années 1800, le premier consul Napoléon Bonaparte céda définitivement aux États-Unis la partie restée française.

Selon d’autres propos tenus par le chef de la CAQ, l’immigration conduirait la « société québécoise au suicide ». Or l’histoire du peuple canadien-français, puis québécois, est faite de lutte, de résistance, de résilience, de solidarité et de sa capacité à rester lui-même par l’assimilation de nombreuses influences venues de l’intérieur et de l’extérieur. Ce qui fait la vitalité du Québec, écrit Fernand Dumont dans Raisons communes, « tient à une plus étroite proximité avec l’existence réelle des gens d’ici en même temps qu’à une plus grande ouverture aux quêtes extérieures ».

Ailleurs, M. Legault fait un lien entre immigration et violence. Cette affirmation doit être relativisée si l’on considère les données sur la criminalité au Québec de l’Institut de la statistique du Québec (2021) et celles de l’Enquête sociale générale sur la sécurité de Statistique Canada (2014). Lorsqu’on considère les types de violence (agression sexuelle, vol qualifié, voies de fait, etc.) commis ou subis par la population immigrante et la population non immigrante, les taux d’incidence sont tantôt similaires tantôt différents. On ne saurait donc faire un lien direct entre immigration et violence.

Quant à Jean Boulet, ministre sortant de l’Immigration, il a déclaré pendant la récente campagne électorale que « 80 % des immigrants s’en vont à Montréal, ne travaillent pas, ne parlent pas français ou n’adhèrent pas aux valeurs de la société québécoise ». Une telle affirmation ne concorde pas avec la réalité, comme l’a démontré Le Devoir. Elle relève sans doute du sens commun ou de préjugé.

Au total, le discours de la CAQ n’est que la stigmatisation des immigrants. Celle-ci peut produire au sein de la population une représentation sociale négative de l’immigrant puis finalement compromettre l’altérité. Or dans une société pluriethnique, la relation humaine est fondamentalement basée sur l’altérité, c’est-à-dire sur le rapport à l’étranger. Lorsque les discours politiques au sein de cette société tendent à encourager la recherche des similitudes avec l’étranger, celui-ci est inclus dans la société, et son intégration est effective. Réciproquement, lorsque les discours recherchent surtout des différences, l’étranger risque d’être exclu de la société d’accueil. C’est la posture que la CAQ a adoptée durant la campagne électorale.

Le Québec est une terre d’accueil d’immigrants qui viennent de partout dans le monde. Pays d’expression française dans un océan anglophone, le Québec a un grand défi : être une société qui garde son identité nationale (par sa langue et sa culture) tout en étant une société qui devient de plus en plus pluriculturelle. Je crois que le Québec est capable d’élaborer et de construire un modèle d’intégration dans la perspective de ce qu’il est, de son projet de société particulière, en y incluant des étrangers qui arrivent et qui deviennent aussi de nouveaux citoyens. Dans les discours ambiants sur l’immigration ailleurs dans le monde, la spécificité du Québec est d’être une société plutôt réceptive au discours inclusif.

Source: Et si le discours de la CAQ nuisait à l’intégration des immigrants?

Legault says accepting more than 50,000 immigrants in Quebec per year would be ‘a bit suicidal’

Unlikely to have any impact in the election but another in a series of dog whistle politics, unlike the immigration minister who states his positions clearly (before having to apologize and retract – see Le Devoir article following this one for the factual analysis. You would of course like to think that a minister responsible for immigration would have the basic facts right):
The Coalition Avenir Québec is once again coming under fire for comments about immigration, including party leader François Legault saying that welcoming more than 50,000 immigrants per year would be “a bit suicidal.” Legault made that statement on Monday at the Montreal Chamber of Commerce while alluding to the need to protect the French language. Although his words drew criticism from his opponents, Legault also reprimanded one of his ministers on Monday for making his own controversial remarks about immigration. During a local debate on Radio-Canada last week, Jean Boulet — who serves as both the province’s labour and immigration minister —  said “80 per cent of immigrants go to Montreal, don’t work, don’t speak French or don’t adhere to the values of Quebec society.” Boulet then touted his party’s efforts to better welcome newcomers and get them speaking French. Shortly after Radio-Canada reached out to Boulet’s team today, he issued an apology on Twitter, saying he misspoke and the statement about immigrants not working and not speaking French “does not reflect what I think.” “I am sorry for having poorly expressed my thoughts,” said Boulet, who is seeking re-election in the Trois-Rivières riding. “We must continue to focus on the reception … and integration of immigrants, who are a source of wealth for Quebec.” Despite the apology, his words appeared to have cost him his immigration portfolio, if the CAQ is re-elected. Legault described Boulet’s statement as “unacceptable.” He was also asked if Boulet could remain as immigration minister if the CAQ is re-elected. “Unfortunately, I don’t think so,” he told Radio-Canada, adding that it’s a “question of image, perception and trust.” The CAQ campaign has been marred by controversial comments on immigration. Three weeks ago, Legault apologized for citing the threat of “extremism” and “violence” as well as the need to preserve Quebec’s way of life as reasons to limit the number of immigrants to the province.
That same week, he said non-French speaking immigration, if not limited in number, could pose a threat to social cohesion in the province.

Opponents blast Legault’s party for ‘divisive’ message

Opponents of the CAQ blasted the comments made by Legault and Boulet. During a news conference on Monday, Gabriel Nadeau-Dubois, the co-spokesperson for Québec Solidaire said Legault’s comments about welcoming more than 50,000 newcomers per year were “hurtful” and “irresponsible.” Reporters also played him audio of Boulet’s comments. Nadeau-Dubois accused Legault of setting the tone within his party when it came to talking about immigration. “Since the beginning of the campaign, what Mr. Legault has done is send the signal that when you talk about immigration, you talk about it in a negative way, a divisive way,” he said.
When Mr. Legault sets the tone like that and says that immigration is dangerous for Quebec, it’s not only hurting people, it’s, I think, deeply not representative of what Quebecers actually think.” During her own news conference, Liberal Leader Dominique Anglade described Boulet’s comments as “mind-boggling.” “It’s dividing Quebecers. It’s dividing the population,” she said. Anglade called on Quebecers to put an end to the CAQ’s “politics of division.” “There are two options on the table. There’s this one option where we’ve already hit a wall and we keep dividing Quebecers…. And there’s another route: the route of the Liberal party where we say we need to unite.” She also said Legault’s reference to suicide showed a “flagrant lack of empathy.”
Source: Legault says accepting more than 50,000 immigrants in Quebec per year would be ‘a bit suicidal’
« 80 % des immigrants s’en vont à Montréal, ne travaillent pas, ne parlent pas français ou n’adhèrent pas aux valeurs de la société québécoise. La clé, c’est la régionalisation et la francisation. » Cette citation du ministre sortant de l’Immigration, Jean Boulet, a lancé un pavé dans la mare des débats sur l’immigration au Québec. Qu’en est-il réellement ? Vérification en trois graphiques. La part de nouveaux arrivants qui s’installent à Montréal décline au Québec depuis 2018. Pas plus de 70 % d’entre eux préféraient la métropole l’an dernier, selon l’Institut de la statistique du Québec. Par contre, si l’on entend par « Montréal », « Montréal et ses banlieues », Jean Boulet n’a pas tort. Année après année, plus de 80 % des Néo-Québécois s’établissent soit sur l’île de Montréal, soit à Laval ou en Montérégie. Au-delà de la dichotomie entre Montréal et les régions, notons que la ville de Québec attire de plus en plus d’immigrants depuis quelques années, passant de 5 % en 2018 à 8 % en 2021. Ces données ne concernent que les « destinations projetées » des candidats admis à l’immigration. Leur destination finale peut donc différer, et leur destination déclarée ne signifie pas qu’ils y resteront toute leur vie. La « francisation » Les nouveaux arrivants ne parlent-ils pas français ? En effet, il y a quatre ou cinq ans, la moitié d’entre eux ne possédaient aucune connaissance du français. La part d’immigrants qui ne pouvait s’exprimer qu’en anglais dépassait alors la proportion de ceux qui ne pouvaient s’exprimer qu’en français. Depuis, la tendance s’est inversée, et c’est plutôt le bilinguisme qui domine sur la langue des nouveaux Québécois. Nous pouvons même parler de multilinguisme, car environ 70 % des nouveaux arrivants possèdent une langue maternelle qui n’est ni le français ni l’anglais. Statistique Canada recense environ 150 langues maternelles différentes parlées dans les chaumières du Québec. Au boulot Les immigrants sont-ils majoritairement sans emploi ? Il est vrai que les Néo-Québécois, surtout ceux qui viennent tout juste d’arriver, peinent davantage à trouver de l’emploi. L’écart entre le taux de chômage de Québécois nés ici et ceux nés ailleurs s’explique surtout par la difficulté à faire reconnaître les compétences, observait une récente étude du Comité consultatif personnes immigrantes. Même s’il est en baisse, le taux de chômage des immigrants n’a pas retrouvé les seuils d’avant la pandémie. Cependant, la statistique inverse, le taux d’emploi, démontre que les nouveaux arrivants veulent travailler plus que jamais. En 2021, le nombre de personnes immigrantes en emploi au Québec s’élevait à 818 700, un sommet depuis 2006, soit la première année où ces données ont été compilées. Cette croissance s’observe autant chez les personnes immigrantes arrivées au pays récemment que chez celles établies de longue date. Le Québec a même rattrapé l’Ontario en matière d’emploi chez les immigrants dans la force de l’âge. Près de 82 % des Néo-Québécois entre 25 et 54 ans sont occupés par le boulot, comparativement à 81 % dans la province voisine, selon le dernier rapport de l’Institut du Québec.
Source: Les propos de Jean Boulet à l’épreuve des faits

Analysis: Quebec focuses on French speaking immigrants as companies plea for workers

More coverage:

Quebec’s plans to attract more French-speaking newcomers are unnerving some business owners who say they need immigrants from varied backgrounds to address a tight labor market in the Canadian province.

Unlike other provinces, Quebec gets to choose its economic immigrants. The government previously lowered the number of new permanent residents it brings in, relying more on temporary workers, and says it has increased the francophone share of economic immigrants.

Premier Francois Legault’s Coalition Avenir Quebec (CAQ) is determined to protect French, which he says is vulnerable in mostly English-speaking North America, ahead of an Oct. 3 election.

His government announced a new minister for French and passed a sweeping law requiring, among other things, newcomers to receive most non-health services in French after six months in the province.

While Legault campaigns on attracting more francophones, some business owners warn the move could put off immigrants with critical skills. Quebec has Canada’s second-highest job vacancy rate among provinces.

Montreal entrepreneur Vince Guzzo, whose businesses include restaurants and movie theaters, said he is desperate for dishwashers no matter what language they speak.

“I would download an app … and my phone would translate it in Punjabi if I had to,” Guzzo told Reuters.

According to Statistics Canada data from the fourth quarter of 2021, Quebec accounts for almost 40% of Canada’s estimated 81,000 vacant manufacturing positions. Manufacturing accounted for 12.6% of Quebec’s gross domestic product in 2021 – higher than any other sector.

“We’re not saying that French isn’t important. But it does become a limiting factor when we’re looking to attract the best people and talent that we need,” said Veronique Proulx, president of Quebec Manufacturers and Exporters.

She called Quebec’s shift toward temporary work a “band-aid” for manufacturing’s labor shortage. “We have some companies that are thinking of shutting down production lines.”

Quebec minister Jean Boulet, who is responsible for labor and immigration, said via email that his government has taken steps to attract foreign students and lure workers in priority sectors. He said the new law would include services making it easier to learn French.

Quebec plans to take in more than 71,000 permanent residents in 2022 after immigration numbers fell to 25,225 in 2020 due to the pandemic.

Boulet said CAQ deliberately brought in fewer new permanent residents after coming to power in 2018 to help newcomers integrate, and that it is making efforts to better recognize foreign credentials.

Quebec’s share of Canada’s total new permanent residents dropped to about 12.4% last year from 21.3% in 2012, according to government data.

Quebec also risks losing newcomers to other Canadian regions. About 16.3% of immigrants who came to Quebec in 2009 had left for other provinces by 2019, nearly double that of Ontario, according to Statistics Canada data.

‘NOT ALWAYS REALISTIC’

Quebec has historically been a popular destination for immigrants to Canada. But changing criteria for making temporary residents permanent and long waits to gain residency could discourage newcomers, said Montreal-based immigration lawyer Rosalie Brunel.

Boulet said 84% of economic immigrants admitted in 2021 spoke French, compared with 56% in 2019.

His office said Quebec increased its francophone share through selection of applicants in certain immigration streams and by making French programs accessible to temporary residents.

Legault wants Quebec to choose people who immigrate to join their families – a power held by Canada’s federal government – so it can select more French-speakers.

The head of one manufacturer said the government wants companies to recruit French-speaking workers.

Quebec said companies can also turn to alternatives such as automation.

“The dream is to have well-trained workers who are French speaking, but that’s not always realistic,” said Technosub Chief Executive Eric Beaupre. Technosub, based in rural Rouyn-Noranda, Quebec, produces and repairs pumps for mining and other sectors.

With limited local labor, Technosub is taking on more temporary workers from Latin America and the Philippines who have needed skills and learn French on the job, he said.

Emmanuel Suerte Felipe arrived at Technosub as a temporary worker from the Philippines in 2018. His French is good enough for the job but he worries about it passing muster for permanent residency as he wants to bring his family to Quebec.

“I would love to stay here,” he said. “I found my dream job.”

Source: Analysis: Quebec focuses on French speaking immigrants as companies plea for workers

Dutrisac: Survivance et résignation [on the CAQ electoral strategy and immigration]

Of interest, particularly the contrast between the earlier inclusive vision of the first PQ government and how it has evolved to the defensive approach of the CAQ:

Il a été beaucoup question de fierté lors du congrès national de la Coalition avenir Québec (CAQ). François Legault a parlé des deux pôles de son gouvernement, la prospérité et la fierté. Le ministre André Lamontagne a aussi beaucoup parlé de fierté dans l’allocution finement rédigée qu’il a livrée samedi après-midi.

Ce type d’événements partisans baigne dans un enthousiasme parfois factice — il ne l’était aucunement cette fin de semaine —, qui se manifeste par les autocongratulations et le cheerleading, le simplisme des lignes de communication et un comportement moutonnier particulièrement exacerbé dans un parti composé de militants disciplinés, ou dociles, plutôt que chicaniers. À cet égard, la CAQ surpasse le Parti libéral du Québec.

Cet enthousiasme se percevait sur le plancher du centre des congrès de Drummondville : jamais depuis les libéraux de Robert Bourassa en 1985 un parti politique québécois n’a été en si bonne posture à l’orée d’élections générales, ce que la faiblesse de ses adversaires ne fait que souligner.

En campagne électorale il y a quatre ans, François Legault avait aussi parlé de fierté, en contraste avec un Philippe Couillard distant, qui semblait parfois douter du peuple québécois.

Après un premier mandat, les Québécois sont-ils plus fiers qu’en 2018, sont-ils plus prospères ? a lancé le chef caquiste, tout en donnant évidemment une réponse affirmative aux deux questions.

Sur le plan de la prospérité, son bilan est positif, surtout si on le compare à celui du gouvernement précédent, de l’austérité duquel nous nous souvenons amèrement. Malgré la pandémie, les finances publiques sont en ordre, la forte croissance économique a dépassé celle de nos voisins, le taux de chômage est au plus bas, la productivité est en hausse, l’écart de richesse avec l’Ontario s’est réduit, les salaires ont augmenté, bien que la poussée d’inflation, qu’on espère de courte durée, soit venue brouiller les cartes, et avec ça, le gouvernement caquiste a remis « de l’argent dans les poches des Québécois ».

Plus prospères et plus fiers, les Québécois devraient afficher une assurance à toute épreuve. Pas si vite : c’est compter sans le spectre de la « louisianisation » du Québec, brandi par François Legault, en lien avec une immigration qui s’intégrerait mal à notre société de langue française. Il y va de la « survie » de la nation québécoise, a fait valoir le chef caquiste.

Dès le début du prochain mandat, le gouvernement caquiste entend organiser un vaste sommet sur les perspectives démographiques du Québec et l’apport de l’immigration. L’événement permettrait d’informer la population sur cet enjeu crucial dans le but de bâtir un rapport de force face à Ottawa. Dimanche, François Legault a réitéré une demande à laquelle Justin Trudeau avait déjà répondu par un non catégorique, celle de rapatrier la responsabilité de la réunification familiale, qui compte pour près du quart des immigrants reçus, et il a ajouté la gestion des programmes visant les travailleurs temporaires et les étudiants étrangers.

Comme l’éventualité que le premier ministre du Canada acquiesce à cette revendication semble lointaine, voire utopique, un prochain gouvernement Legault devra s’atteler à reprendre concrètement la maîtrise de la situation avec les leviers dont il dispose, mais qu’il n’a pas pleinement utilisés.

Ce retour de la survivance, une posture qui fut l’apanage des Canadiens français après 1840, laisse perplexe. C’est une stratégie empreinte de résignation, un aveu d’impuissance politique. Et puis le mouvement nationaliste d’émancipation des années 1960 et suivantes, celui de René Lévesque, progressiste et tourné vers l’avenir, avait mis la hache dans cette survivance passéiste.

Il faudrait que François Legault nous dise si son nationalisme est essentiellement conservateur, essentialiste et défensif, ou s’il s’agit d’un nationalisme progressiste — existentialiste, pourrait-on dire —, qui parle d’avenir et s’appuie sur le pluralisme et le métissage qui caractérisent déjà la nation québécoise. Quand François Legault répète « c’est comme ça qu’on vit au Québec », une formule pour le moins maladroite, et qu’il en rajoute avec « c’est comme ça qu’on parle au Québec », on peut se demander où il s’en va avec ses skis. Le français est la langue commune certes, mais il se parle des centaines de langues au Québec, y compris des langues autochtones.

Le gouvernement Legault a déjà amélioré les choses en matière d’immigration, que ce soit en francisation et en soutien à l’intégration, et le chantier n’est pas terminé. Mais il devrait revenir à l’esprit de Gérald Godin : les immigrants pour la plupart veulent s’intégrer à la nation québécoise et contribuer à sa culture vivante et originale, dont nous pouvons nous enorgueillir. C’est ça aussi, être fier.

Source: Survivance et résignation

ICYMI – David: Le véritable adversaire [en immigration]

Of note, useful analysis. Likely won’t be pretty:

Durant la campagne électorale de 2018, François Legault s’était impatienté lors d’une conférence de presse face à l’insistance des journalistes qui le questionnaient sur ses positions en matière d’immigration.

« Vous parlez beaucoup d’immigration, mais pas les personnes normales », leur avait-il lancé. Les « personnes normales » lui parlaient de tout autre chose, par exemple de Gaétan Barrette, disait le chef de la CAQ.

C’était pourtant lui qui avait choisi d’introduire le sujet dans la campagne pour embarrasser Philippe Couillard, mais il était vite apparu qu’il le maîtrisait très mal. Les modalités de l’entente Canada-Québec signée en 1991 lui échappaient visiblement, tout comme les conditions d’obtention de la citoyenneté canadienne. Il devenait donc urgent de passer à autre chose.

Cette fois-ci, le premier ministre a eu le temps de faire ses devoirs et a manifestement décidé d’en faire un thème important de la prochaine campagne. Pour mettre la table, son bureau a donc laissé filtrer au Journal de Québec les résultats d’un sondage que la CAQ a commandé à la firme Léger dans le but de démontrer que, contrairement à ce qu’il soutenait il y a quatre ans, les « personnes normales » sont très préoccupées par la question.

Plus de deux Québécois francophones sur trois (68 %) sont d’avis que les seuils d’immigration sont déjà suffisamment ou trop élevés, que les nouveaux arrivants n’ont pas une connaissance suffisante du français (65 %) et qu’ils adoptent davantage l’anglais que le français comme langue d’usage (66 %). Près de la moitié (48 %) estiment qu’il s’agit de la plus grande menace pour le français.

Pratiquement assuré d’être reporté au pouvoir, M. Legault n’a pas vraiment besoin d’accuser encore le PLQ de mettre la nation en danger ni de se lancer dans une surenchère identitaire avec le PQ. Ces deux partis tenteront au mieux de sauver les meubles le 3 octobre. L’électorat de QS est presque totalement imperméable au discours caquiste et la position du Parti conservateur d’Éric Duhaime sur l’immigration n’est pas si éloignée de celle de la CAQ.

En réalité, son véritable adversaire est Justin Trudeau. En 2018, il prétendait que ce dernier serait obligé de répondre positivement à ses demandes si les Québécois lui donnaient un « mandat clair ». Il a obtenu ce mandat et M. Trudeau est pourtant demeuré inébranlable. Il en obtiendra sans doute un encore plus clair, mais cela fera-t-il vraiment fléchir son adversaire, qui entend augmenter massivement le nombre d’immigrants au Canada ?

En fin de semaine prochaine, les délégués au congrès de la CAQ seront invités à adopter une résolution réclamant que le gouvernement fédéral transfère au Québec « l’ensemble des pouvoirs en matière d’immigration le plus rapidement possible ». C’est même plus que ce que M. Legault a demandé jusqu’à présent, dans la mesure où il accepte que l’accueil des réfugiés demeure de juridiction fédérale.

Or, tous les Québécois ne sont pas aussi convaincus qu’Ottawa devrait céder des pouvoirs. Selon le sondage Léger-CAQ, 52 % des francophones, mais seulement 30 % des 18-34 ans sont de cet avis, alors que 50 % de ces derniers estiment que la situation actuelle devrait être maintenue ou même que les pouvoirs d’Ottawa devraient être augmentés. Sans surprise, seulement 7 % des non-francophones souhaitent que le Québec en obtienne davantage.

Pour renforcer cet appui et accroître le rapport de force face à Ottawa, la campagne électorale pourrait être le prélude au lancement d’une grande « conversation » nationale. Dans l’entourage de M. Legault, on jongle avec l’idée de réunir des États généraux sur l’immigration, qui engageraient l’ensemble de la société québécoise dans un vaste exercice de réflexion sur son avenir collectif. Cela ne pourrait certainement pas nuire.

La formule n’est pas nouvelle. On pense immédiatement aux « États généraux du Canada français », dans les années 1960, qui avaient marqué une étape décisive dans le développement du mouvement nationaliste et affirmé le droit du Québec à son autodétermination, mais il s’agissait là d’une initiative de la société civile.

En 2001, le gouvernement Bouchard avait organisé des « États généraux sur la situation et l’avenir de la langue française au Québec », présidés par l’ancien président de la CSN Gérald Larose. Ils n’avaient pas eu un gros effet, dans la mesure où Lucien Bouchard y voyait simplement un prix de consolation pour les militants péquistes qui réclamaient à grands cris un retour à la loi 101 originelle.

Les militants caquistes sont loin d’être aussi exigeants envers leur chef que l’étaient ceux du PQ à l’époque. Ils se contentent de le suivre sans jamais le bousculer. Si M. Legault décidait de lancer une opération de ce genre, alors que rien ne l’y oblige, ce serait vraisemblablement avec l’intention d’y donner suite. Qui sait où cela pourrait mener.

Inévitablement, ceux qui croient qu’il n’a pas renoncé à son idéal d’antan y verront une « astuce » visant à raviver le projet indépendantiste, mais s’il est réellement convaincu que le plein contrôle de l’immigration est essentiel à la survie d’une société française dans le cadre fédéral et qu’Ottawa s’entête à le refuser au Québec, il lui faut bien tenter quelque chose.

Source: Le véritable adversaire

Paquet et Beland: Le variant Omicron et les boucs émissaires de la CAQ

Good commentary:

Un peu avant Noël, le ministre Jean Boulet, qui est à la fois ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, et aussi ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, a émis un gazouillis liant la montée des cas du variant Omicron au Québec aux demandeurs d’asile arrivant par le chemin Roxham, en Estrie :

« Le gouvernement fédéral doit prendre ses responsabilités. Il faut fermer le chemin #Roxham. Nous devons tous nous mobiliser devant la remontée des cas de #COVID19 #Ominicron[sic] afin de ne pas surcharger notre système de santé! 
La publication a notamment été reprise par la vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault, et d’autres élus ou membres du personnel politique de la Coalition avenir Québec (CAQ).

En plus de propager une fausse inférence selon laquelle les demandeurs d’asile – et, plus largement, les immigrants – sont à la source de la nouvelle vague de COVID-19 que traverse le Québec, ces propos donnent peut-être un avant-goût des stratégies caquistes de rejet du blâme auxquelles on peut s’attendre en cette année électorale.

Bien que cette stratégie fasse partie de la boite à outils de tous les acteurs politiques, le gazouillis du ministre Boulet illustre comment, lorsque la situation se détériore sur le terrain, le gouvernement de la CAQ aime bien mettre la faute sur deux boucs émissaires : les immigrants et le gouvernement fédéral.

Les immigrants : vieux comme le monde

L’utilisation des immigrants comme boucs émissaires, de même que leur représentation comme étant à la source de crises sanitaires, sociales, économiques et linguistiques, sont des constantes de l’histoire humaine. Dès le début de la crise de la COVID-19, des chefs d’état à travers le monde ont utilisé de telles stratégies à saveur xénophobe. Ce fut le cas aux États-Unis lorsqu’on a parlé du « virus chinois », par exemple.

Au Québec, on doit reconnaître que les élus de la CAQ n’ont pas véhiculé un tel discours pendant les premières vagues de la pandémie. La déclaration du ministre Boulet est-elle donc une aberration ? Un simple égarement ? La politisation stratégique et répétée des questions migratoires par le gouvernement caquiste permet d’en douter.

Depuis son virage nationaliste, le parti a soutenu des positions plus restrictives que ses adversaires en matière d’immigration, une stratégie qui a réussi à faire des niveaux d’immigration la question de l’urne lors des élections de 2018. Après son assermentation, le gouvernement de François Legault a continué à mobiliser les enjeux migratoires et ceux liés, à tort ou à raison, aux questions identitaires et linguistiques, afin de consolider sa base électorale.

Si le geste de M. Boulet n’était pas prémédité, il s’inscrit à tout le moins dans la continuité d’une certaine rhétorique de son parti. En tous les cas, son gazouillis n’a pas été retiré à ce jour, malgré les centaines de commentaires négatifs qu’il a générés.

La faute d’Ottawa

L’autre bouc émissaire commode pour la CAQ, c’est le gouvernement fédéral. Ça n’a rien de nouveau dans le contexte du fédéralisme canadien, où les gouvernements provinciaux ont tendance à blâmer Ottawa pour leurs problèmes, même lorsque la responsabilité du fédéral est loin d’être démontrée.

Par contre, puisque l’immigration est maintenant une compétence partagée et que la vision de la CAQ et celle du Parti libéral du Canada sont aux antipodes en ce qui a trait à l’immigration et la diversité culturelle, la critique caquiste des politiques du gouvernement Trudeau est presque inévitable.

Elle l’est encore plus lorsqu’elle concerne le fameux chemin Roxham, qui est devenu le symbole d’une « menace » migratoire. Cependant, la nouvelle entente sur les tiers pays sûrs qu’Ottawa vient de signer avec son homologue américain pour « colmater cette brèche à la frontière » pourrait priver le gouvernement Legault d’une de ses sources habituelles de critique envers le fédéral.

Il y aura sans doute d’autres occasions de critiquer Ottawa, sur d’autres enjeux. Comme c’est le cas pour les immigrants, le gouvernement fédéral est en soi lui aussi considéré par de nombreux caquistes – et bien des Québécois – comme une menace potentielle envers les intérêts et les valeurs du Québec.

Un jeu dangereux pour faire oublier le manque de préparation

S’il est presque devenu une tradition pour chaque gouvernement québécois de critiquer le gouvernement fédéral, les propos du ministre Boulet en ce qui a trait à l’immigration sont particulièrement inquiétants.

Qu’elle ait été planifiée ou non, cette stratégie de rejeter de blâme sur les demandeurs d’asile reste dangereuse, puisqu’elle propage de fausses informations. Il n’y a en effet aucune preuve que les demandeurs d’asile soient responsables, même de façon partielle, de la hausse dramatique des cas de COVID-19 au Québec. En Amérique, en Europe et ailleurs, l’arrivée du variant Omicron est d’abord le fait de voyageurs détenant un passeport et arrivés de façon régulière, comme ce fut le cas pour la propagation des variants précédents ou encore d’autres virus au potentiel pandémique, comme le SRAS.

Le gouvernement Legault peut bien tenter de blâmer les migrants pour la venue d’Omicron, mais la réalité est qu’il s’y est mal préparé, malgré les nombreux signes avant-coureurs en Europe et ailleurs dans le monde.

En matière d’immigration, la stratégie récurrente de rejet du blâme de la CAQ risque aussi d’avoir des effets durables sur la teneur des débats publics. Les recherches sur la politisation de l’immigration ont documenté de façon abondante que les prises de position comme celles du ministre Boulet contribuent à polariser les discours de tous les partis politiques, ce qui peut modifier grandement l’offre politique disponible.

La réaction de Paul Saint-Pierre Plamondon, chef du Parti Québécois, l’illustre bien : plutôt que de dénoncer l’inférence du ministre, M. St-Pierre Plamondon a renchéri en affirmant que seule l’indépendance permettrait au Québec de contrôler ses frontières.  Ce faisant, il se trouvait à légitimer les propos du ministre Boulet, même s’ils ne s’appuient sur aucune base factuelle.

Les travaux sur les stratégies partisanes de politisation montrent aussi comment la diffusion par les élus d’informations incorrectes sur l’immigration élargit la fenêtre des discours légitimes et peut valider des positions radicales. Cela contribue à la désinformation, et ultimement à l’érosion de la confiance des citoyens envers l’État.

À court terme, une telle stratégie, avant tout électoraliste, peut sembler une bonne façon pour la CAQ de s’assurer de remporter un nouveau mandat majoritaire en octobre 2022. Il faut pourtant s’inquiéter des conséquences à long terme sur la vie politique et la société québécoises.

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Dutrisac: Placer ses pions (identity politics and polarization in Quebec)

Of interest:

Les élections à date fixe ont un effet pervers : comme on connaît l’échéance électorale, il s’instaure, avant la campagne officielle d’une trentaine de jours habituellement, une précampagne informelle qui peut durer des mois. Or, à plus d’un an des élections d’octobre 2022, François Legault place déjà ses pions, comme on l’a vu à l’ouverture de la session parlementaire cette semaine.

On a dit que le premier ministre avait été « piqué au vif » quand le nouveau chef parlementaire de Québec solidaire (QS), Gabriel Nadeau-Dubois, l’a accusé d’imiter Maurice Duplessis. Rien n’est moins sûr. Il a plutôt semblé sauter, tel un félin, sur l’occasion, que lui offrait le solidaire sur un plateau d’argent, de le qualifier de woke.

Chez les caquistes, on parle sans gêne aucune de former une union des Bleus, une nouvelle union nationale. Le sentiment que la souveraineté n’est plus dans l’air du temps — leur idée première —, associé à la dégénérescence du Parti québécois, les conforte dans cette ambition unificatrice. François Legault ne ressent pas d’aversion viscérale envers le « cheuf ». Il n’a pas hésité au printemps dernier à livrer sur les réseaux sociaux qu’il avait lu avec intérêt l’essai Duplessis est encore en vie, de Pierre B. Berthelot. Il a révélé qu’il avait été marqué par une scène de la remarquable série télévisée Duplessis, de Denys Arcand.

Il est ironique que Gabriel Nadeau-Dubois se fasse traiter de woke puisqu’il incarne au sein de QS la gauche classique, celle qui fait grand cas des inégalités sociales, et qu’il a dû lutter contre une faction de la gauche identitaire radicale au sein du parti, le Collectif antiraciste décolonial.

Revenant de lui-même sur le sujet au lendemain de son échange avec le chef solidaire, le premier ministre nous a donné sa propre définition d’un woke : « C’est quelqu’un qui veut nous rendre coupables de défendre la nation québécoise, de défendre ses valeurs, comme on l’avait fait avec la loi 21, de défendre nos compétences », a-t-il dit. Il y a deux partis multiculturalistes, le Parti libéral du Québec et QS, qui sont contre la loi 21 sur la laïcité, caractérise-t-il.

Évidemment, François Legault tourne les coins ronds. On peut être nationaliste et s’opposer à la loi 21. Dans le passé, plusieurs souverainistes au sein du PQ ont d’ailleurs exprimé leurs réserves relativement à l’interdiction du port de signes religieux.

Habilement, Gabriel Nadeau-Dubois a fait semblant de ne pas savoir ce que c’était un woke. D’ailleurs, comme l’écrivait notre journaliste Stéphane Baillargeon, si la définition du mot telle qu’elle est contenue dans l’Oxford English Dictionary est simple (le fait d’être « conscient des problèmes sociaux et politiques, en particulier le racisme »), certaines manifestations du phénomène, qui se présentent comme une exacerbation du « politically correct » — la culture du bannissement (cancel culture), la censure et l’autocensure à l’université, et maintenant l’autodafé —, conduisent à un extrémisme qui recourt à l’affect plutôt qu’à la raison. Sur les campus universitaires, ce « crois ou meurs » bien-pensant, cette ferveur presque religieuse ne sont pas sans rappeler l’orthodoxie liberticide et anti-intellectualiste des militants marxistes-léninistes et maoïstes des années 1970.

Agissant en chef de parti qui prépare le terrain du prochain affrontement électoral, François Legault, loin de la réflexion sociologique, a voulu définir ses adversaires en grossissant le trait et proposer un choix binaire entre le duplessisme et le wokisme, entre la défense de la nation et le progressisme multiculturaliste. Dans cette dichotomie, solidaires et libéraux se retrouvent dans le même sac. Quant aux péquistes, ils ne figurent plus, ou à peine, dans l’équation.

Le grand gagnant de cette semaine parlementaire, c’est sans aucun doute Gabriel Nadeau-Dubois, qui faisait ses premières armes dans sa nouvelle fonction. Le chef de la deuxième opposition a éclipsé la cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade. La perspective que les solidaires puissent incarner la véritable opposition à l’Assemblée nationale va dans le sens d’une polarisation qui ne peut que réjouir les caquistes. Rappelons d’ailleurs que QS est maintenant le deuxième parti après la CAQ chez les francophones avec environ 15 % des intentions de vote, soit au moins une fois et demie plus d’appuis que le Parti libéral.

La CAQ pratique ainsi une forme de politique de la division ou de polarisation (wedge politics) qui semble désormais bien ancrée dans les mœurs partisanes. C’est détestable. Mais comme l’a déjà dit Brian Mulroney, cité récemment par Michel C. Auger, « en politique, il est important d’avoir des amis, mais il est encore plus important d’avoir des ennemis ». Et s’ils peuvent se trouver à un extrême du spectre politique, c’est encore mieux.

Source: https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/633687/duplessis-et-les-placer-ses-pions?utm_source=infolettre-2021-09-20&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Benoit Charette devient le ministre responsable de la Lutte contre le racisme

While hampered by his government’s refusal to recognize systemic racism, he and the government will be judged more by any concrete improvements they are able to realize:

Le premier ministre François Legault compte sur son nouveau ministre responsable de la Lutte contre le racisme, Benoit Charette, pour poser des « gestes concrets » pour combattre la discrimination, mais aussi pour sensibiliser les Québécois « de souche » aux périls du racisme.

« Ce n’est pas parce que quelqu’un est parmi le groupe qui est victime que nécessairement, la personne est mieux placée pour lutter », a fait valoir M. Legault pour justifier son choix de ministre. « On s’adresse entre autres aux personnes qui font partie des Québécois qu’on appelle blancs, ou “de souche”, pour qu’eux autres — s’il y en a une minorité qu’on doit faire changer d’idée — [puissent] poser des actions. »

M. Legault a ensuite rappelé sa volonté de voir davantage de représentants des minorités visibles ou des nations autochtones dans les conseils d’administration. « C’est ça qu’on veut : que ceux qui sont en situation de pouvoir traitent de la même façon les représentants des minorités visibles et les Autochtones », a-t-il affirmé.

En entrevue au Devoir, Benoit Charette a réfuté les informations voulant que ses collègues Lionel Carmant et Nadine Girault aient d’abord été approchés pour occuper les fonctions qui lui ont été dévolues. Or, diverses sources sûres ont confirmé au Devoir que les deux ministres — qui faisaient partie du Groupe d’action contre le racisme (GACR), contrairement à M. Charette — ont refusé le mandat, après réflexion, en raison de leur emploi du temps chargé. Quant au ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, sa nomination avait déjà suscité de fortes réactions, et son réseau de contacts auprès des communautés culturelles n’est pas aussi développé que celui de son collègue.

À l’annonce de sa nomination, Benoit Charette a dit de la lutte contre le racisme qu’il s’agissait d’un « dossier qui lui tient à cœur depuis longtemps ». Il a rappelé qu’il est en couple avec une femme d’origine haïtienne et que ses enfants sont « métissés ».

Au Devoir, il a déclaré que la question du racisme systémique anime parfois des échanges qu’il a avec ses enfants. « Ce sont des discussions que nous avons à la maison de manière très franche et ouverte », a-t-il déclaré. « Mon garçon, il y a quelques mois à peine, a eu un premier emploi et a été confronté à une situation moins agréable, donc ce sont des situations qui peuvent être bouleversantes », a-t-il illustré.

Lui-même a dit être sensible aux enjeux d’inclusion des personnes racisées, notamment dans les plus hautes sphères de l’État. Il a toutefois reconnu ne pas avoir nommé d’Autochtones ou de personnes issues des communautés culturelles à la tête des sociétés relevant du ministère qu’il dirige depuis deux ans. « C’est pour très bientôt », a-t-il assuré, en évoquant un « renouvellement clé » qui sera annoncé dans quelques semaines.

Pas question de reconnaître le racisme systémique

À l’instar du premier ministre, Benoit Charette a rejeté les appels à une reconnaissance du racisme systémique, puisque le concept est à son avis « mal défini » et surtout, « à l’origine de beaucoup de confusion ». Ni la définition proposée par la Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPDJ) ni celle de la discrimination systémique formulée par la commission Viens ne lui conviennent. « C’est l’interprétation que plusieurs en font, malgré cet exercice-là [qui pose problème], a-t-il affirmé.  Le système est là pour protéger les citoyens. »

Pour preuve, il a évoqué une expérience de discrimination qu’il a vécue, il y a plus de 20 ans, lorsque sa femme et lui se sont fait refuser l’accès à un logement. Après une dénonciation à la CDPDJ et au bout de trois ans de démarches, il a obtenu gain de cause et le propriétaire a été condamné.

Pour M. Charette, le débat sur le racisme systémique « donne un faux sentiment de sécurité [et permet] de rejeter la faute sur l’autre ». « Mais en matière de racisme, on peut tous — qu’on soit noir, blanc, peu importe notre origine — alimenter certains préjugés. Donc si on se replie uniquement derrière un concept qui est très vague, qui est mal défini, ça nous enlève un peu une responsabilité qui nous revient », a-t-il plaidé.

Lui-même a dit avoir été victime non pas de racisme, mais de « méconnaissance et de préjugés » lorsqu’il a voyagé dans des pays où il se trouvait en « situation minoritaire ». « Peu importe la couleur de notre peau, peu importe nos origines, nous sommes tous susceptibles d’alimenter un racisme, d’alimenter certains préjugés à l’égard de certaines communautés ou de certains groupes, donc la solution est en partie à l’intérieur de chacun d’entre nous », a-t-il affirmé.

Un ministre capable d’agir ?

À ses côtés, le premier ministre a dit s’attendre à « une bonne réponse » de la part des communautés culturelles au sujet de cette annonce. « J’ai l’impression que si j’avais nommé quelqu’un qui est membre des minorités, on aurait dit : “Ben on le sait bien, il l’a nommée parce qu’il est membre d’une minorité”, a-t-il affirmé.  Pourtant, c’est tous les Québécois qui doivent lutter contre le racisme. Donc je pense que ce qui était le plus important, c’était de trouver une personne qui a le dossier à cœur et qui est habituée à agir. »

Or, là n’est pas la plus grande force de Benoit Charette, s’est inquiétée la cheffe libérale Dominique Anglade. « L’engagement et la capacité d’agir, ce n’est pas ce qu’il a démontré par le passé. C’est une chose d’être sensible aux enjeux, c’en est une autre de montrer qu’on est capables d’agir et ce n’est certainement pas ce qu’on a vu en matière environnementale », a-t-elle affirmé au Devoir. Pour elle, la nomination de M. Charette n’est ni plus ni moins qu’un geste de distraction de la part du gouvernement, qui cherche à attirer l’attention ailleurs que sur le dossier du tramway ou sur la diffusion d’avis de la Santé publique.

Mme Anglade a notamment déploré le fait que le ministre Charette s’en soit remis à sa collègue à la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, lorsqu’un journaliste lui a demandé s’il comptait interdire les interpellations aléatoires, comme l’a recommandé le GACR.

Manon Massé, de Québec solidaire, a dit de Benoit Charette qu’il était « le ministre que le PM envoie dormir sur la switch ». « Il a tellement le pied sur le frein pour lutter contre les changements climatiques, il est taillé sur mesure pour “lutter” contre le racisme systémique à la sauce caquiste : nier le problème et freiner les solutions », a-t-elle écrit sur Twitter.

« Avec cette nomination, le gouvernement nous confirme que Benoit Charette est le ministre des dossiers dont la CAQ ne reconnaît pas l’importance : le racisme et la lutte contre les changements climatiques », a ajouté son collègue Andrés Fontecilla.

Méganne Perry Mélançon, du Parti québécois, a quant à elle dit s’attendre à des actions rapides de la part du ministre. « Il y a plusieurs mesures concrètes qu’on peut appliquer rapidement pour lutter contre le racisme. Je pense entre autres à l’interdiction de la condition “première expérience canadienne de travail” et au CV anonyme. Je tends la main au ministre pour qu’on y travaille ensemble », a-t-elle réagi.

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, a quant à lui dit vouloir « laisser la chance au coureur ». Il s’est cependant inquiété de la nomination d’un « ministre à temps partiel ». « Il détient un portefeuille passablement important, donc ça laisse quelle place au racisme ? » a-t-il demandé.

En entrevue à Radio-Canada, l’entrepreneur Fabrice Vil s’est lui aussi dit inquiet de voir M. Charette délaisser « l’enjeu fondamental de la planète » qu’est l’environnement. « Et s’il était si compétent, pourquoi il n’était pas au Groupe d’action contre le racisme ? Pourquoi il n’était pas considéré à l’époque » a-t-il lancé, en précisant néanmoins qu’il ne souhaitait pas « exclure de facto » le ministre.

Source: https://www.ledevoir.com/politique/quebec/595813/benoit-charette-sera-le-ministre-responsable-de-la-lutte-contre-le-racisme?utm_source=infolettre-2021-02-25&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

English article on his appointment:

Quebec Premier Francois Legault has enlisted his environment minister to spearhead the fight against racism in the province, naming Benoit Charette to the newly created post on Wednesday.

Charette added the responsibilities as part of a small cabinet shuffle announced in the provincial capital.

One of the recommendations of a task force that Legault had convened last summer to look at racism in the province was the appointment of a minister to implement its anti-racism action plan.

The 25 recommendations outlined in the final report released in December aim to tackle racial profiling and discrimination faced by minorities and Indigenous people in the province. Charette said he’s given himself until the end of the current mandate in 2022 to see those measures implemented.

“The fight against racism is first and foremost a question of human dignity,” he said, calling Quebec one of the most welcoming and tolerant societies in the world.

The Legault government has maintained that systemic racism does not exist in Quebec, and Charette echoed that Wednesday, saying what is most important is acting swiftly to fight racism. Charette noted the “system” in place includes the Quebec Charter of Human Rights and Freedoms and the province’s Human Rights Commission to protect against discrimination.

Legault was asked Wednesday why the post didn’t go to one of the Coalition Avenir Quebec members who sat on the task force, in particular co-chairs and cabinet ministers Lionel Carmant and Nadine Girault, both of whom are of Haitian origin.

The premier said he spoke to Carmant and Girault and both have seen their workload increase in recent months. Carmant, the junior health minister, is in charge of reforming the youth protection system. Girault, the international relations minister, recently took on the immigration portfolio as well.

Charette, 44, is white. His wife is of Haitian origin and they have three children. He rejected the notion that not coming from a visible minority means lacking credibility fighting racism.

“In any case, whatever the reason, in my opinion, the colour of skin should not be an argument to disqualify someone,” Charette said.

He said he is no stranger to racism, having been refused an apartment, allegedly because of prejudice aimed at his wife. He recounted filing a human rights complaint that led to the landlord being sanctioned.

“It is at times subtle, it is at times direct, but in all cases, it is very offensive. It is very hurtful,” Charette said.

Legault said he has confidence in Charette, who was responsible for dealing with cultural communities when the party was in opposition. “And Benoit, I’ve known for many years and I know it’s a very important subject for him, so I think he’s the best person to fight against racism,” Legault said.

Charette said he’ll be meeting with leaders from different groups and communities in the coming days.

Charette was given the environment portfolio in January 2019. Some environmental groups raised concerns his new responsibilities would mean less time for environment and climate change issues. Charette assured that wouldn’t be the case, noting he has a dedicated staff.

Legault also announced Wednesday that Lucie Lecours would be joining cabinet as junior economy minister.

Source: Legault government taps Environment Minister Benoit Charette to oversee racism fight

Macpherson: Electoral reform or not, Montreal loses out

Good look at the impact and likely underlying motives:

“Gerrymandering” is a form of electoral fraud in which the boundaries of constituencies are drawn to advantage — or disadvantage — a particular party or group of voters. Two centuries after the practice was named after a Massachusetts governor named Gerry, it’s still used, notably in some Republican-controlled states to reduce the political influence of minorities.

To achieve a similar purpose here in Quebec, Smiling Frank Legault’s francophone-supremacistgovernment proposes to use not only the electoral map but also the voting system. Let’s call this variation “Frankymandering.”

I’ve already written about how, in the Coalition Avenir Québec government’s proposed new system, what a former nationalist premier notoriously called “ethnic votes,” already underrepresented in the legislature, would control an even smaller proportion of the seats.

There would still be 125 members of the National Assembly, but only 80 would still be elected directly by their constituencies. The other 45 seats would be distributed according to the vote in each region on a second ballot for a party rather than an individual candidate. Those “regional” members would owe their seats more to their party than to the voters.

And since the 80 ridings would generally be larger, the minorities, which are concentrated in the Montreal area, would control proportionately fewer of the 125 total seats.

The government has been far from transparent about how the changes would affect representation, leaving it up to voters to try to figure that out for themselves.

Among other things, Montrealers would lose political clout, not only because they would have fewer MNAs directly accountable to them, but because the island would have fewer MNAs in all.

As reported by La Presse this week, a Université Laval expert on voting systems, Louis Massicotte, found that among other things, the CAQ’s Bill 39 would “substantially” reduce the influence of Montreal Island.

In a brief to an Assembly committee holding a public consultation on the voting legislation, Massicotte wrote that “without the slightest justification,” the island would lose three seats, or 11 per cent of its present representation.

He said that when the bill was presented last September, its drafters “hid” this. The governing CAQ was making a “victim” of a region where it holds only two of the present 27 seats, which he called “obscene.”

In an article published in Le Devoir last December, Massicotte had written that some of the bill’s provisions might be seen as punishing “a region that is demographically important, but ethno-linguistically atypical, for its lack of enthusiasm for the present government.” Montreal, with its minorities, is the stronghold of the Quebec Liberal Party.

The government could hardly dispute Massicotte’s analysis in his brief, since it had a similar one of its own, in a briefing note for the minister responsible for electoral reform, Sonia LeBel. It finally released the note this week, but only because it was forced to do so after Radio-Canada obtained it.

It confirmed that Montreal Island would lose three seats, leaving it underrepresented in the Assembly with 19.2 per cent of the seats for 21.5 per cent of the registered voters for the 2018 general election. It would be left with only 16 riding MNAs compared to the present 27, and eight regional ones.

If Bill 39 is adopted as is, there will be a referendum on the proposed new system at the same time as the next general election, due in 2022. Apparently, the government hopes its own proposal will be rejected.

The CAQ promised a new voting system before the last election, but discovered the advantages of the present one when the Coalition won 59 per cent of the seats with 37 per cent of the vote.

But accidents happen. And just in case the proposal is approved in the referendum, the CAQ has built in a Plan B to weaken the influence of the minorities who now form the core of the remaining electoral base of its Liberal opponents: the Frankymander.

Source: https://montrealgazette.com/opinion/columnists/macpherson-electoral-reform-or-not-montreal-loses-out/

An introduction to the new Quebec nationalism and the tricks it plays on federal leaders

To watch:

Quebec’s Bill 21 was a dominant theme in the first week of the campaign. Here’s why

The opening days of the 2019 election campaign have been marked, above all, by the attempts of federal leaders to navigate the new Quebec nationalism and its most potent expression, a law on secularism.

The main proponent of this resurgent nationalism is the provincial government led by Premier François Legault and his centre-right party, the Coalition Avenir Québec.

And Legault didn’t wait long before giving the federal leaders a taste.

The campaign was barely a few hours old when he demanded they renounce support for legal challenges to the secularism law his government passed in June — not just “for the moment,” as Liberal Leader Justin Trudeau said he would, but forever.

It was a warning to steer well clear of a matter he considers to be solely within his jurisdiction, even though the law has raised constitutional concerns across the country, not to mention within Quebec itself.

“It’s up to Quebecers to choose and Quebecers have chosen,” Legault said Wednesday of a law that bans religious symbols in parts of the civil service.

But the roots of the new Quebec nationalism go well beyond Legault’s sweeping election victory last year.

It’s a political mindset that has displaced sovereignty as the main alternative to federalism and, as the first week of the campaign has already made clear, will define how the leaders court votes in the province this fall.

Civic vs ethnic nationalism

The nationalism that currently holds sway is conservative. It is based on a holistic conception of Quebec society that prioritizes the historical experience of francophones.

It’s mainly worried that the combination of immigration and official multiculturalism will make francophone Quebec culture more vulnerable in an increasingly interconnected world where English is the lingua franca.

No surprise then that cutting immigration levels and protecting Quebec’s secular identity were the chief highlights of Legault’s first year in office.

He has sworn off sovereignty since his days in the Parti Québécois, but the origins of the conservative nationalism that his government espouses can nevertheless be traced to the movement’s most decisive moment: the night of the second referendum.

That night, Jacques Parizeau, the PQ premier, opted to improvise his concession speech. “We are beaten, it is true,” he said. “But by what, basically? By money and ethnic votes.”

Already in crisis following the narrow defeat, the sovereignty movement was split in its reaction to Parizeau’s comments.

There were those who were horrified and spent the ensuing years trying to expunge the movement of any hint of ethnic nationalism; trying to promote a more inclusive, civic-style nationalism instead.

And there were those who believed Parizeau was right, and sought to emphasize the history of French-Canadians in their version of Quebec nationalism.

At the outset, the civic nationalists had the upper-hand.

“After 1995, because of Mr. Parizeau’s comments, there was a tendency within the sovereigntist milieu to adhere to a Trudeauist conception of society,” said Éric Bédard, a prominent Quebec historian whose writings helped spark the revival of conservative nationalism.

“Why claim a special status, maybe even Quebec sovereignty, if fundamentally we adhere to the spirit of Canadian multiculturalism?”

But the reasonable accommodation crisis, which lasted roughly between 2006 and 2008, tipped the scales in the other direction.

The rise of the conservative nationalists

As debate raged in the province about whether minority cultural practices represented a threat to Quebec’s secular society, conservative nationalists mounted a fierce attack on multiculturalism.

Bédard and others argued the Canadian Charter of Rights and Freedoms and its application by federally appointed judges, was too accommodating of minorities, at the expense of a historically rooted Québécois culture.

According to a conservative nationalist reading of the past, this culture is defined by the solidarity forged among francophones fighting for their survival. And the legacy of this solidarity is a willingness to value collective rights over individual ones.

That, they said, is what a secularism law could do: protect the collective rights of Quebecers to live in a secular society against individuals who use the charter to carve out space for their religious practices.

This argument eventually found a sympathetic ear in PQ leader Pauline Marois, who was desperate to restore her party’s fortunes after a disastrous performance in the 2007 election.

Marois brought several conservative nationalists, including Bédard, into her inner circle.

It was a collaboration that ultimately produced the Charter of Values, a proposed secularism law that would have banned religious symbols from large parts of the civil service.

The charter died on the order paper when the PQ lost the 2014 election. But conservative nationalists didn’t blame the charter for the loss. They blamed Marois’s focus on sovereignty.

The CAQ’s successful 2018 election campaign was based on a similar reading of the political climate in the province.

“The CAQ is in the process of fostering a nationalism without sovereignty. And that’s the winning formula at the moment,” said Jacques Beauchemin, a sociologist and former adviser to Marois whose writings also played a big role in the nationalist revival.

“They are proposing a nationalism that suits Quebec of today; a nationalism that is not afraid of affirming things, like with Bill 21 (the secularism law).”

Of obstacles and opportunities

The federal election campaign thus opens in Quebec at a moment of deep suspicion about federal institutions.

Legault, and other defenders of Bill 21, have actively sought to delegitimize the charter and the court system charged with upholding it, fearing their power to strike down the law.

His government, moreover, seeks not simply to defend provincial jurisdiction, but expand it in key areas, like immigration.

In the meantime, multiculturalism, as both a policy and a value, is cast in ever darker terms by government officials and popular columnists.

The grid laid down by the new Quebec nationalism offers different opportunities and obstacles to the three main contenders in the province.

It helps explain why, when launching his campaign, Bloc Québécois Leader Yves-François Blanchet began with a paean to the nationalism of the CAQ government. Sovereignty received only a second-order mention.

It also provides an explanation for why Conservative Leader Andrew Scheer has been more timid than Justin Trudeau in his criticism of Bill 21.

Now that conservative nationalism has been shorn of its sovereigntist trappings, the Tories are trying to win over voters who once backed the Bloc.

There is, however, only so much Scheer can offer without departing from his federalist bedrock and alienating supporters in the West.

Of the three then, the Liberals would seem to have the most to lose from the present configuration.

Trudeau is seeking a delicate balance with his position on Bill 21, trying to present his pro-charter federalism as no immediate threat to the law without forsaking a document that’s at the core of his party’s identity.

But the Liberals, it bears recalling, have maintained a healthy lead in Quebec polls since the last election. Conservative nationalism may be ascendant in the province; it’s not yet hegemonic.

Source: An introduction to the new Quebec nationalism and the tricks it plays on federal leaders

And PM Trudeau’s carefully worded not closing the door on challenging the Bill 21 in court:

Pour sa première journée de campagne en sol québécois, le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, est allé un peu plus loin au sujet d’une possible contestation judiciaire de la Loi 21 sur la laïcité de l’État en affirmant qu’il serait « irresponsable » pour un gouvernement fédéral de « fermer à tout jamais la porte » sur la question.

« Nous ne fermons pas la porte à une intervention éventuelle parce que ce serait irresponsable qu’un gouvernement ferme la porte à tout jamais sur une question de droits fondamentaux », a admis le premier ministre sortant, talonné par les journalistes après avoir annoncé une série d’incitatifs pour les entrepreneurs, à Trois-Rivières.

Justin Trudeau, quelques minutes après le coup d’envoi de la 43e élection générale fédérale mercredi, avait affirmé qu’il jugeait qu’il serait « contre-productif » de s’engager « pour l’instant » dans une démarche judiciaire pour contester la Loi 21.

Sa position a rapidement été entendue à l’Assemblée nationale alors que le premier ministre, François Legault, a bien averti les chefs politiques fédéraux de ne pas s’aventurer dans cette voie. Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, a déjà fait savoir qu’il n’a pas l’intention d’intervenir dans le débat et qu’il ne contesterait pas la loi.

Loi 21 : Justin Trudeau persiste et signe