Rioux: Quel «dérapage»? [on Premier Legault’s comments on social cohesion]

Le Devoir’s European correspondent Christian Rioux comparing EU social cohesion concerns with those of Premier Legault.

While recognizing the differences between Canada’s (and Quebec’s) immigration selection systems and integration programs and those of EU countries, he nevertheless reverts to the same social cohesion concerns without examining the effects of Quebec political discourse and legislation that have contributed to social exclusion, not social cohesion:

« Couvrez ce sein que je ne saurais voir », disait le Tartuffe. Convenons que ses héritiers modernes ont des formules moins élégantes que celles de Molière. Ces temps-ci, ils préfèrent parler de « dérapage ». Mais l’effet est le même. Il consiste à écarter du débat tout propos un peu dérangeant dès lors qu’il aborde une question litigieuse. L’étiquette vaut à elle seule condamnation.

Ainsi en va-t-il des récents propos de François Legault sur l’immigration. Pourtant, qu’y a-t-il de plus banal que d’affirmer comme l’a fait le premier ministre la semaine dernière qu’une forte immigration peut nuire à la « cohésion nationale » ?

On comprend que dans un pays « post-national » comme le Canada, où l’immigration a été sacralisée, ces propos créent la polémique. Mais, vu d’Europe, où le débat est ancien et plus nourri, il est évident que l’immigration massive pose partout et toujours un défi à la cohésion nationale.

Cela se vérifie à des degrés divers dans la plupart des pays européens. En France, sous l’effet d’une immigration incontrôlée et très largement issue du monde arabo-musulman, on a assisté depuis de nombreuses années à un véritable morcellement du pays. Dans toutes les grandes villes sont apparues des banlieues islamisées autrement appelées ghettos. Pas besoin de s’appeler Marine Le Pen pour le constater. Interrogé par des collègues du Monde en 2014, le président François Hollande lui-même n’avait pas hésité à le reconnaître. « Je pense qu’il y a trop d’arrivées, d’immigration qui ne devrait pas être là », disait-il. Et celui-ci de conclure : « Comment peut-on éviter la partition ? Car c’est quand même ça qui est en train de se produire : la partition. » (Un président ne devrait pas dire ça…, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Stock).

Certains diront évidemment qu’en France, ce n’est pas pareil. Soit. Tournons donc nos yeux vers un pays plus à notre échelle.

Avec ses 10 millions d’habitants, son économie de pointe, son climat boréal, son amour du consensus et son parti pris en faveur de l’égalité hommes-femmes, la Suède partage plusieurs points communs avec le Québec.

Il n’y a pas longtemps, dans ce petit paradis nordique, celui qui s’inquiétait de l’immigration massive était accusé de « déraper », quand il n’était pas traité de raciste. Les Suédois regardaient de haut des pays comme la France et le Danemark, soupçonnés de xénophobie. Jusqu’à ce que la réalité les rattrape. La flambée des émeutes ethniques, comme en France, et l’irruption de la violence dans les banlieues ont vite fait de les ramener sur terre. Aujourd’hui, de la social-démocratie à la droite populiste, les trois grands partis estiment qu’il en va justement de la « cohésion nationale ». C’est pourquoi ce pays, qui a toujours été particulièrement généreux à l’égard des réfugiés, a radicalement resserré ses critères d’admission et a multiplié les mesures d’intégration. L’élection sur le fil d’une majorité de droite, finalement confirmée mercredi, ne fera que conforter cette orientation.

Les belles âmes ont beau détourner le regard, en Suède comme en France, il est devenu évident qu’un lien existe (même s’il n’explique pas tout) entre l’immigration incontrôlée et la croissance d’une certaine criminalité. Les événements récents du printemps au Stade de France, où des centaines de supporters britanniques se sont fait détrousser à la pointe du couteau par des dizaines de délinquants, ont forcé le ministre de l’Intérieur à reconnaître ce dont les habitants de la Seine-Saint-Denis se doutaient depuis belle lurette.

La Suède aussi a connu une explosion de la petite criminalité et des règlements de compte entre gangs. Elle a notamment enregistré une croissance des morts par balle parmi les plus fortes en Europe. Aujourd’hui, même la gauche sociale-démocrate l’admet. Et elle s’est résolue à augmenter les effectifs policiers. Contrairement à la France, cette prise de conscience fait aujourd’hui un certain consensus dans la classe politique.

Cela n’a rien à voir avec la peur de l’Autre. Comme nombre de Français, les Suédois ont dû se rendre à l’évidence et cesser d’envisager l’immigration comme une simple question morale. Les peuples ont le droit de réglementer l’immigration sans se faire traiter à chaque fois de raciste par une gauche morale et une droite libérale qui en ont fait leur Saint-Graal.

Bien sûr, l’immigration n’est pas la même en France, en Suède et au Québec. À cause de son histoire et de sa position en Europe, la France connaît une forte immigration illégale et de regroupement familial. Naïvement et par générosité, la Suède a ouvert toutes grandes ses portes aux réfugiés et elle n’a jamais contrôlé son immigration économique. Le Québec, où l’équilibre linguistique est plus que précaire, subit des quotas d’immigration parmi les plus élevés au monde et une immigration temporaire hors de contrôle.

Il n’empêche que, malgré ces différences réelles, les mêmes causes produisent partout les mêmes effets. Ce n’est souvent qu’une question de temps.

Lentement, depuis une décennie, tous les tabous de la mondialisation se sont effrités. Ceux qui ont vécu les années 1980 se souviennent de l’enthousiasme et de la naïveté qui accompagnaient cette nouvelle phase d’expansion du capital. Nous n’en sommes plus là. L’immigration de masse demeure le dernier mythe encore vivace de cette époque.

Source: Quel «dérapage»?

Rioux: Retour de balancier

Rioux rails against “les élites multiculturalistes” and celebrates counter-reactions, even if “souvent déroutantes et parfois extrêmes.”

Ceux qui se souviennent de l’extraordinaire fierté qu’avait suscitée l’adoption de la loi 101 en 1977 auront compris que nous ne sommes plus à cette époque. Difficile de trouver la même ferveur chez ceux qui ont adopté cette semaine le projet de loi 96. La loi 101 avait alors fait parler d’elle dans le monde entier. Dans l’univers anglophone, on avait évidemment dénoncé dans des mots souvent outranciers une loi brimant les droits de la « minorité ». Mais ailleurs, l’écho était différent. Le journal Le Monde avait évoqué une « revanche historique ». Lors de son adoption, le quotidien avait repris les mots de ses auteurs selon qui le but de cette loi était de « rendre la province “aussi française que le reste du Canada est anglais”. »

Lors de mes premiers reportages à l’étranger, on me parlait spontanément de la loi 101. En France, dans les milieux informés, elle jouissait d’une véritable aura. C’était aussi le cas ailleurs en Europe, comme en Catalogne, où les nationalistes au pouvoir ne cachaient pas leur admiration pour la détermination dont nous avions fait preuve. En 2012, le linguiste Claude Hagège avait même soutenu que la France devait s’inspirer du Québec afin d’imposer l’unilinguisme français dans l’affichage. À voir les Champs-Élysées aujourd’hui, on déplore qu’il n’ait pas été entendu.

« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement », disait Boileau. Ce principe s’applique à toutes les grandes lois, qui sont généralement des lois simples qui reposent sur un principe immuable. Au lieu de se perdre dans un fouillis administratif et des contorsions juridiques (comme les complexes tests linguistiques de la défunte loi 22), elles proclament une vérité essentielle que chacun est à même de comprendre. C’est ainsi qu’elles imposent le respect.

Qu’exprimait l’esprit de la loi 101 sinon qu’au Québec, tous les nouveaux venus avaient vocation à s’intégrer à la majorité linguistique et culturelle par le truchement de son école ? Bref, à devenir des Québécois de langue et de culture française. Point à la ligne. Ce principe de l’intégration scolaire est d’une telle évidence qu’il mériterait d’être appliqué à tous les niveaux du réseau éducatif sans exception. C’est d’ailleurs ce que font depuis longtemps les Catalans en Espagne et les Wallons en Belgique, qui semblent avoir retenu mieux que nous la leçon de Camille Laurin. Nul doute qu’un jour, il faudra y revenir.

Mais nous avons changé d’époque. C’est ce qu’explique avec talent le jeune essayiste Étienne-Alexandre Beauregard dans son premier essai, Le Schisme identitaire (Boréal). L’ouvrage propose une description passionnante du cheminement idéologique du Québec depuis 1995. Beauregard décrit le passage de l’effervescence nationaliste que fit naître la Révolution tranquille à l’idéologie « post-nationale » qui domine aujourd’hui. Il raconte le ralliement de la gauche, au nom du progressisme, à l’idéologie diversitaire et sa déclaration de guerre contre ce que Fernand Dumont appelait la « culture de convergence ».

Avant 1995, écrit Beauregard, le nationalisme des historiens Lionel Groulx et Maurice Séguin exerçait une telle hégémonie intellectuelle que même le Parti libéral de Robert Bourassa fut en quelque sorte obligé de se dire autonomiste. D’où la loi 22. À l’inverse, la nouvelle hégémonie diversitaire pousse aujourd’hui les nationalistes dans leurs retranchements, les forçant à donner des gages à la gauche multiculturaliste qui exerce le magistère moral dans les médias et les grandes institutions.

Dans ces débats comme celui qui s’achève sur le projet de loi 96, il arrive que les nationalistes québécois se sentent à ce point isolés qu’ils se croient hors du monde. Il est pourtant frappant de constater combien cette nouvelle guerre culturelle que décrit Beauregard n’est pas proprement québécoise. Elle est même la réplique, à notre échelle, d’un affrontement qui se déroule partout en Occident. Partout où l’idéologie de la mondialisation heureuse, qu’est au fond ce rêve post-national et diversitaire, se bute au retour des nations.

Il y a quelques années encore, on pouvait croire que ces dernières n’étaient destinées qu’à se fondre dans des ensembles plus grands et multiethniques. Des ensembles dont le Canada se prétend depuis toujours le prototype achevé. Ce n’est plus vraiment le cas, alors qu’à la faveur des ratés d’une mondialisation aujourd’hui en déclin, on assiste au réveil du sentiment national aussi bien en France et dans les anciens pays de l’Est qu’au Royaume-Uni et ailleurs en Occident. Sans parler de l’Ukraine.

Partout, les coups de boutoir contre l’identité nationale imposés par les élites multiculturalistes font réagir les peuples qui ne sont pas prêts à troquer leur langue, leur héritage et leurs mœurs pour un grand melting-pot informe et sans substance. Comme l’écrit Beauregard, cette guerre va s’intensifier, et l’on voit déjà les forces politiques qui prétendent s’en tenir à l’écart se faire balayer. C’est un peu ce qui arrive chez nous au Parti québécois et qui, dans un autre contexte, a décimé en France le Parti socialiste et Les Républicains.

Cette reconfiguration du combat politique prend des formes diverses, souvent déroutantes et parfois extrêmes. Mais les mêmes forces sont à l’œuvre, qui mettent en scène de vieilles nations qui ne veulent pas mourir et qui n’ont pas dit leur dernier mot.

Source: Retour de balancier

Rioux: L’assimilation

All too true in the early days but unclear whether the early largely peaceful environment would have survived if France had remained an imperial power in North America and had evolved from the fur trade to agriculture. After all, the early days of the British empire in Canada were also based on the fur trade and cooperation with Indigenous peoples:

« La civilisation espagnole a écrasé l’Indien ; la civilisation anglaise l’a méprisé et négligé ; la civilisation française l’a étreint et chéri ».

— Francis Parkman

Nous vivons une étrange époque où l’humanité se rêve une et indivisible avec tout ce que cela recèle d’esprit totalitaire. Les Américains ont été esclavagistes, voilà que les Occidentaux se bousculent comme des enfants à la maternelle pour crier : « Moi aussi ! » L’impérialisme américain fait son mea culpa et, dans tous les stades du monde, on met le genou par terre.

Rien de tel pour éradiquer un peuple que de supprimer son histoire propre. Si la citation de l’historien américain Francis Parkman est réductrice, elle a l’avantage de montrer que nous n’avons pas tous eu la même histoire. À l’heure où l’on s’interroge sur les pensionnats autochtones qui ont eu pour mission d’assimiler les Amérindiens du Canada, il n’est pas inutile de donner la parole, non plus aux militants, mais aux historiens. Nombreux sont ceux qui ont estimé que, même si le choc civilisationnel a été partout le même, les colonisateurs français n’ont pas eu le même rapport aux Autochtones que les colonisateurs espagnols et anglais.

C’est la thèse que défend notamment le biographe américain de Champlain David Hackett Fischer. On connaît la célèbre citation du fondateur de Québec rapportée par le jésuite Paul Le Jeune : « Nos garçons se marieront à vos filles, et nous ne ferons plus qu’un seul peuple. » De l’alliance avec le chef montagnais Anadabijou (1603) à la Grande Paix de Montréal à laquelle participèrent une quarantaine de tribus (1701), les Français n’auront eu de cesse de nouer des alliances avec les Amérindiens et d’apprendre leurs langues pour explorer le continent. Exégète de Champlain et responsable de ses œuvres complètes, l’historien français Éric Thierry voit dans celui-ci un humaniste.

D’autres historiens ont souligné que ces alliances étaient une nécessité compte tenu de la faiblesse démographique de la colonisation française. Reste que, contrairement aux colons anglais, les Français se sont alliés aux Amérindiens au point de former au Manitoba une nation métisse, « seule société où Blancs et Amérindiens réussiront à vivre ensemble », écrit Denys Delâge (Le pays renversé, Boréal). Et l’historien de conclure que si « le pouvoir politique canadien » écrasa la société métisse au XIXe siècle, c’est qu’« elle était son antithèse. »

Sans prétendre à une quelconque supériorité morale, des auteurs comme Gilles Havard ont montré que les Français d’Ancien Régime ont cultivé avec les Amérindiens certaines affinités qu’on ne retrouve pas chez le conquérant anglais où le capitalisme était déjà plus avancé et les rapports plus contractuels. Pensons au goût des festins, au sens de l’honneur, du sacrifice, de l’apparat et à l’importance des cadeaux, de la parole et des discours. De Radisson, surnommé l’« Indien blanc », au baron de Saint-Castin, devenu chef Mic Mac, l’histoire unique en Amérique de ces mœurs partagées émaille les récits des voyageurs de l’époque.

« Si tous les Européens partageaient un sentiment de supériorité culturelle vis-à-vis des Indiens et si le désir d’assimilation reposait partout sur la négation de l’Autre […] la Nouvelle-France ne s’en ouvrait pas moins aux Indiens, les intégrait dans son système politico-culturel, quand les colonies anglaises bien souvent les excluaient », écrit Gilles Havard (Histoire de l’Amérique française, Flammarion).

La Conquête aura donc sur eux des conséquences terribles, souligne Denis Vaugeois : « Aussi longtemps que la rivalité anglo-française avait duré en Amérique du Nord, les Indiens […] avaient eu une carte à jouer. En quelque sorte, ils détenaient une forme de balance du pouvoir. Dans les années qui suivirent, ils étaient à la merci du vainqueur. […] Ils sont devenus tout simplement encombrants. » (L’impasse amérindienne, Septentrion).

S’instaura alors une forme d’apartheid où l’Indien deviendra un être inférieur, pupille de l’État colonial britannique. Dès le rapport Darling (1828), les pensionnats sont promus dans le but de sédentariser, « civiliser » et assimiler les Autochtones qui sont alors encore semi-nomades. Avant d’être reprise par la Loi sur les Indiens, trois commissions d’enquête viendront confirmer cette véritable politique d’assimilation dont l’esprit est identique à celle que Lord Durham avait préconisée pour les Canadiens français.

Est-ce un hasard si ces pensionnats furent si peu nombreux au Québec où, à deux exceptions, ils n’apparurent que dans les années 1950 ? Les conditions matérielles y seront donc bien meilleures et leur durée de vie très courte. Ce qui n’exonère évidemment personne, notamment les Oblats actifs ailleurs au Canada, des sévices qui purent y être commis. Les 38 morts recensés au Québec semblent sans commune mesure avec les 4134 recensés au Canada Anglais. Dans son livre Histoire des pensionnats indiens catholiques au Québec (PUM), Henri Goulet offre un portrait beaucoup plus nuancé que ce qu’on peut lire dans les médias. L’histoire de cette époque reste pourtant largement à écrire.

Mais, ce serait se leurrer que de s’imaginer que cette politique d’assimilation inscrite dans l’ADN du Canada est chose du passé. La détresse des peuples autochtones ainsi que l’assimilation florissante des jeunes Québécois dans les cégeps anglais en sont la preuve éloquente. Des pensionnats autochtones à l’Université Concordia, le résultat est le même : l’assimilation !

Source:

Rioux: Réconcilier les Américains?

Rioux on what he perceives to the the extreme left in the USA and his attack against programs targeted towards minority communities. A caricature of these programs and an ignorance of the reality lived by those communities, not to mention the ample evidence of worse economic and social outcomes.

Of course, it is a political risk, but one that has historical and current justifications, particularly after the Trump presidency.

And should the general policy changes work (economic recovery, COVID measures, immigration reform etc) unlikely that there will be major negative political consequences despite some of the political rhetoric:

Lorsqu’il a juré sur la Bible, perché sur les hauteurs du Capitole devant des rangées de drapeaux plantés dans le sol, Joe Biden avait l’air bien seul. Le nouveau président américain a évidemment juré de rassembler l’Amérique et les Américains. Les accents paraissaient souvent sincères. Mais le pourra-t-il ?

Pour ce faire, ce vieux membre de l’establishment démocrate peut miser sur sa longue expérience de négociateur. Mais il lui faudra pour cela prendre en compte le fossé grandissant qui sépare le peuple américain de ses élites et qui a servi de marchepied à Donald Trump pour se hisser au pouvoir.

Lorsqu’on veut se réconcilier avec quelqu’un, il faut commencer par le traiter poliment et éviter de l’insulter. En jouant l’hyperbole sur les événements du Capitole, les démocrates et les médias n’ont fait pour l’instant que jeter de l’huile sur le feu. Si cette profanation d’un lieu sacré de la démocratie est un geste gravissime, il faut une imagination débridée pour comparer ces personnages de carnaval venus faire des égoportraits dans le bureau de Nancy Pelosi aux marins de Kronstadt, aux milices de la Nuit de cristal ou aux incendiaires du Reichstag.

La génération des « safe spaces » biberonnée aux jeux vidéo a peut-être eu des sueurs froides. Mais ce qui s’est passé le 6 janvier a plus à voir avec la jacquerie des gilets jaunes français qu’avec une insurrection ou une tentative de coup d’État. En novembre 2018, les gilets jaunes avaient bien tenté d’envahir l’Élysée. La garde républicaine eût-elle été aussi empotée que la police américaine, les manifestants auraient paradé en Robespierre dans le bureau d’Emmanuel Macron. Mais ce n’aurait été qu’une parodie de révolution.

Nous avons assisté en direct au suicide politique du Dr Folamour qui a dirigé les États-Unis pendant quatre ans. Dans cette société éminemment violente qu’ont toujours été les États-Unis, le geste répond, comme en miroir, aux longues semaines d’émeutes qui ont suivi l’assassinat de George Floyd et qui ont fait, elles, une trentaine de morts. Avec la bénédiction de nombreux élus démocrates !

Il faut néanmoins reconnaître les efforts que Joe Biden a déployés pour reconquérir les États de la Rust Belt que Trump avait ravis aux démocrates en 2016. Mais ces gains ne seront que de courte durée si le président persiste à obéir à son extrême gauche en introduisant, notamment, des critères raciaux dans le programme de relance du pays. Un programme conçu, dit-il, « spécifiquement pour aider les entreprises possédées par des Noirs et des Bruns » (Black and Brown people). Des mots dignes d’un nouvel apartheid !

Peu importent les appels du président à la réconciliation, cette pensée racialiste est la recette parfaite de la guerre civile. En Oregon, le fonds de 62 millions destiné à aider spécifiquement « les citoyens et propriétaires d’entreprises noirs » est d’ailleurs l’objet de poursuites devant les tribunaux. Car cette épidémie « n’est pas une affaire de Blancs ou de Noirs. C’est l’affaire de tout le monde », a déclaré l’entrepreneur d’origine hispanique Walter Leja, qui fait partie des plaignants.

Joe Biden ne peut pas ignorer que, selon l’Institut Gallup, 74 % des Américains sont contre l’utilisation de critères raciaux dans l’embauche. Un consensus confirmé en novembre par le rejet, pour une seconde fois en 25 ans, de la proposition 16 en Californie. Soutenue par les lobbies ethniques et les grandes entreprises, elle visait à réintroduire ce qu’on nomme là-bas la « discrimination positive » dans l’emploi, l’éducation et l’octroi des contrats publics.

Or, cette réaffirmation des principes d’égalité républicaine ne vient pas cette fois des perdants de la mondialisation, ceux-là mêmes qu’Hillary Clinton avait qualifiés de « déplorables ». Elle vient de l’un des États les plus modernes, les plus multiethniques et qui est de plus un fief démocrate. Aux États-Unis, l’attachement au principe de l’égalité républicaine dépasse de loin les 74 millions d’électeurs de Donald Trump. Il est même un des fondements du pays. Biden ne pourra pas le renier sans en subir les conséquences.

« Réconcilier l’Amérique », cela ne se fera pas non plus en légitimant la censure pratiquée par ces milliardaires du numérique alliés aux démocrates qui, du haut de leur supériorité morale, ont supprimé les comptes d’un président démocratiquement élu. Cette nouvelle alliance de la « cancel culture » avec les magnats des GAFA a de quoi faire se retourner dans leurs tombes tous les « progressistes » d’hier et d’avant-hier.

Joe Biden ne doit pas se tromper sur les raisons qui lui ont permis de l’emporter de justesse au Sénat et au Congrès. Si les Américains ont voulu se débarrasser d’un président égocentrique, incohérent et narcissique, ils n’ont pas plébiscité la politique racialiste et la culture de l’Index que caresse la gauche du Parti démocrate.

Réconcilier l’Amérique suppose que l’on croie dans la nation et une citoyenneté qui ne soit pas fondée sur des critères raciaux. Faute de tenir compte de ces avertissements, l’épisode Biden pourrait bien prendre fin dans deux ans, à l’occasion des élections de mi-mandat. Et la guerre civile larvée symbolisée par l’émeute du Capitole se poursuivra de plus belle.

Source: TO ADD

Le Danemark déclare la guerre aux ghettos ethniques

Interesting reporting:

En ce matin de printemps, tout semble paisible à Mjolnerparken. Des pères accompagnent leur enfant à la garderie, des vieux discutent sur un banc et les coquelicots décorent l’ancienne voie ferrée devenue depuis longtemps un parc linéaire où s’ébrouent les enfants.

Comment imaginer qu’il y a un an, jour pour jour, un jeune homme de 22 ans a été abattu ici en pleine rue ?

« L’été dernier, pendant six mois, les fusillades se sont succédé. Les tireurs arrivaient en vespa et tiraient sur tout ce qui bougeait », dit Soren Wiborg, de la société Bo-Vita, qui loue ces appartements à loyer modique dans le quartier de Norrebro, à Copenhague.

Soren connaissait bien le jeune musulman tombé sous les balles des tueurs. « Il sortait de prison et essayait de s’en sortir. Il voulait se faire une nouvelle vie. Je l’aidais à chercher du travail, mais la guerre des gangs aura eu sa peau », dit cet ancien policier.

En six mois, la guerre entre les LTF venus des quartiers alentour et les Brothas de Mjolnerparken a fait trois morts et une vingtaine de blessés. Une trentaine de jeunes de cet ensemble qui compte 2000 habitants sont aujourd’hui en prison.

Dans son petit bureau, qui jouxte le Café Nora qui tente d’aider les femmes somaliennes à sortir de chez elles, Soren Wiborg a pour rôle d’aider les 300 chômeurs de ce groupe d’habitations à se trouver du travail.

« Et quand des parents me disent que leur jeune ne veut pas aller à l’école, je vais lui donner un petit coup de pied dans le derrière. Ça peut faire du bien parfois », dit-il en éclatant de rire.

C’est aussi Soren qui supervise les 15 jeunes du quartier engagés quatre heures par semaine pour nettoyer les parties communes. « Au Danemark, on n’a rien pour rien, dit-il. On a des services exceptionnels, mais il faut travailler pour ! »

La guerre aux ghettos

Avec sa population à 92 % étrangère (surtout somalienne, pakistanaise et arabe), Mjolnerparken est ce qui ressemble le plus à ce que le gouvernement a officiellement désigné comme des « ghettos ». En mars dernier, sans prévenir, huit ministres, dont le premier ministre libéral Lars Lokke Rasmussen, ont débarqué avec force police et mesures de sécurité dans la petite salle commune du quartier. Ils avaient choisi Mjolnerparken pour annoncer un vaste programme destiné à démanteler les 16 zones urbaines du Danemark que le gouvernement considère comme des « ghettos ».

« On doit pouvoir reconnaître notre pays. Il y a des endroits au Danemark où je ne reconnais pas ce que je vois », a déclaré le premier ministre. Au menu de ce vaste projet encore discuté au Parlement : la garderie obligatoire pour les enfants à partir d’un an, des cours obligatoires sur la culture et les valeurs danoises, un grand programme de rénovation urbaine, des aides majorées pour la recherche d’emploi et pour les étudiants étrangers ainsi qu’une peine qui pourrait aller jusqu’à quatre ans de prison pour les parents d’origine étrangère qui forceraient leur enfant à rentrer au pays, pour se marier par exemple.

Les demandeurs d’asile savent que le Danemark compte parmi les pays les plus généreux sur le plan social. Mais nous avons nous aussi des problèmes d’intégration. Il y a au Danemark des Somaliens qui vivent chez nous depuis 19 ans et qui ne parlent pas danois.

Intitulé Un Danemark sans sociétés parallèles, ce programme veut en finir avec les ghettos ethniques d’ici 2030. Afin de faciliter l’intégration, il veut notamment limiter à 30 % la proportion d’enfants étrangers dans les écoles. Parmi les mesures plus contestées, la ministre de l’Intégration, Inger Stojbert, surnommée « la Dame de fer danoise », a aussi proposé de pénaliser les bénéficiaires d’allocations sociales qui s’installent dans ces logements ainsi que des peines majorées pour les crimes commis dans ces zones sensibles. Il faut dire que la ministre n’en est pas à ses premiers coups d’éclat médiatiques. En 2016, c’est elle qui avait proposé de confisquer les biens des demandeurs d’asile qui dépassaient 2000 $ (excluant évidemment les bijoux et objets personnels). Plus récemment, à l’occasion du ramadan, elle s’est inquiétée de la sécurité dans les transports publics où certains employés pouvaient passer 16 heures sans boire ni manger.

« Tough love » à la danoise

Le porte-parole du gouvernement en matière d’immigration, Marcus Knuth, le reconnaît, la politique du Danemark en matière d’immigration ressemble un peu à ce que les psychologues des années 1980 appelaient « tough love ». L’amour vache, diraient les Français. Il faut dire qu’au Parlement de Christianborg, les libéraux gouvernent avec le soutien implicite du Parti du peuple danois, dont la plateforme est férocement opposée à l’immigration.

« Les demandeurs d’asile savent que le Danemark compte parmi les pays les plus généreux sur le plan social, dit Marcus Knuth. Mais nous avons nous aussi des problèmes d’intégration. Il y a au Danemark des Somaliens qui vivent chez nous depuis 19 ans et qui ne parlent pas danois. Nombre de problèmes de criminalité, dans les écoles et au travail sont liés à l’immigration. Nous ne voulons pas des immenses ghettos que l’on voit aujourd’hui en Suède. » Les 70 mesures votées par le Parlement depuis trois ans semblent porter leurs fruits. En deux ans, le nombre de demandeurs d’asile a chuté de 21 000 à 3500.

« Le gouvernement confond égalité et identité », estime Mohamed Aslam, qui habite Mjolnerparken depuis 1987 même s’il possède aujourd’hui une compagnie de taxis et emploie six chauffeurs. « J’aime vivre ici. Je ne partirais pour rien au monde », dit cet homme qui semble surgir d’une rue d’Islamabad. Arrivé du Pakistan avec ses parents, Aslam préside aujourd’hui l’association des locataires. Selon lui, il n’y a pas plus de criminalité à Mjolnerparken qu’ailleurs. « Il n’y a pas de ghettos au Danemark. Tout ça, ce sont des inventions pour stigmatiser les étrangers. Des mesures électoralistes », dit-il.

Un programme généreux

Il règne pourtant au Danemark un surprenant consensus sur l’immigration. Malgré des débats en Chambre, le programme est soutenu pour l’essentiel par les trois principaux partis de la Chambre : libéraux, sociaux-démocrates et le Parti du peuple. Selon Marcus Knuth, il est peut-être difficile d’immigrer au Danemark, mais le pays compte parmi les plus généreux lorsque vient le moment de faciliter l’intégration.

« Être réfugié au Danemark, c’est un emploi à temps plein », confirme Karen-Lise Karman, responsable des services municipaux d’intégration de Copenhague. Une fois admis, chaque réfugié reçoit une allocation de plus de 1000 $ par mois, la même que reçoivent les étudiants. Le nouvel arrivant s’engage ainsi à suivre des cours de danois obligatoires et à participer à une série de stages en entreprise de 12 semaines, chacun interrompu par six semaines de cours. Ce processus peut durer cinq ans, jusqu’à ce que le candidat trouve un emploi.

« Certes, il y a de la démagogie et de la stigmatisation dans les politiques de ce gouvernement, admet le politologue Jorgen Goul Andersen. Mais aussi beaucoup de générosité. » Selon lui, le Danemark annonce souvent ce qui s’en vient en Europe. « Nous avons été les premiers, par exemple, à créer un ministère de l’Intégration. Il y a 30 ans, lorsqu’on disait qu’il y avait des problèmes d’intégration, on nous traitait de racistes. Nos élites ont trop longtemps fermé les yeux. Le reconnaître ne nous a pas empêchés de demeurer une société très tolérante. » À ceux qui traitent le Danemark de raciste, le politologue rappelle que, pendant la dernière guerre, le pays a été un des seuls occupés par l’Allemagne à protéger sa population juive des déportations. Le Danemark demeure aussi un des cinq pays du monde à consacrer plus que 0,7 % de son PNB à l’aide internationale, alors que le Canada est en dessous de 0,3 %.

À Mjolnerparken, les changements sont déjà en cours. Une tour de 29 étages est sur le point d’être terminée. On y logera bientôt des étudiants et des familles de la classe moyenne. Dans deux ans, on ne reconnaîtra plus ce quartier, dit Hajji, un Ougandais de 53 ans. « C’est une bonne chose, dit-il. Ici, il y a trop de criminalité. Il faut plus de mixité. » Même s’il a quatre enfants au Danemark, il dit ne pas se sentir danois. « Le Danemark, c’est surtout pour les papiers, dit-il. Moi, je viens de l’Ouganda. D’ailleurs, j’y retournerai un jour… »

Source: Le Danemark déclare la guerre aux ghettos ethniques

Charlie ou l’amnésie | Christian Rioux

Christian Rioux of Le Devoir on the one-year anniversary of the Charlie Hebdo killings:

Pourtant, chaque fois, c’est la même amnésie qui réapparaît. Comme pour Salman Rushdie, vite abandonné par ses principaux soutiens. Comme pour Théo Van Gogh, dont on a presque oublié le nom. Comme après les meurtres antisémites de Mohamed Merah, aussitôt qualifié de « loup solitaire ». Il aura fallu Charlie et même le Bataclan pour que la France comprenne que le mal était plus profond. L’absence évidente d’un fort contingent arabo-musulman dans les manifestations historiques du 11 janvier 2015 en offrit à tous la preuve irréfutable.

Comme le montre Gilles Képel dans son dernier livre (Terreur dans l’Hexagone, Gallimard), le vieil islam de France est « désormais bousculé par la mouvance salafiste[…]. Cette vision « intégrale » de la religion musulmane construit un grand récit promouvant un apartheid culturel avec la société « mécréante ». Elle recrute principalement parmi les enfants des quartiers relégués, où l’islam est devenu une norme. »

Sans être majoritaire, le salafisme parvient néanmoins à imposer sa loi en s’appuyant sur la culture du consensus qui paralyse partout le monde musulman, malgré quelques voix courageuses. Les ordres ont beau venir de l’extérieur, le terreau qui nourrit le terrorisme est là. C’est lui qui permet aux terroristes de se mouvoir. Exactement comme autrefois une large frange de la gauche marxiste universitaire alimentait des groupes comme les Brigades rouges italiennes ou la Fraction armée rouge allemande.

Ce n’est pas en se reniant que la France viendra à bout du terrorisme. Au contraire. Aujourd’hui, il ne s’agit pas tant pour l’islam français de lutter contre une islamophobie souvent fantasmée (même si la discrimination existe) que de respecter les règles de la nation et de la laïcité française. Point à la ligne. Ce qui implique de vivre, qu’on l’aime ou pas, avec l’humour impertinent de Charlie Hebdo, ainsi que le font toutes les autres religions.

Prétendre naïvement que ce terrorisme n’a rien à voir avec l’islam, comme le font encore tant d’intellectuels et de responsables politiques au Québec comme en France, n’a pas de sens. L’écrivaine bangladaise Taslima Nasreen, exilée aux États-Unis après avoir été menacée par les islamistes, ne dit pas autre chose lorsqu’elle affirme, dans le dernier numéro de Charlie Hebdo, que, « sans évolution et sans réforme de l’islam, la terreur ne disparaîtra pas ».

C’est bien cette réalité terrifiante qui est apparue au grand jour il y a un an.

Tolérance ou laïcité | Rioux

Christian Rioux of Le Devoir continues his critique of the more open attitudes of Gérard Bouchard and Charles Taylor, and Rioux reiterates his support for a strict form of laïcité:

Au lieu d’instaurer un espace public qui ignore les croyances et proclame non seulement la liberté religieuse, mais de conscience, dans ce type de régime — que l’on pourrait appeler « de tolérance » —, les religions ont progressivement appris à cohabiter. Cette tradition a toujours été dominante au Canada depuis l’Acte de Québec (1774) qui a supprimé l’obligation faite aux catholiques d’abjurer pour obtenir un emploi de l’État. Ici, ce n’est pas le peuple souverain qui instaure un espace laïque où les citoyens sont égaux, mais les religions qui négocient la paix sociale avec le prince. C’est dans cette tradition que s’inscrivent les organisations musulmanes et antiracistes qui réclament aujourd’hui l’interdiction de blasphémer.

Implicitement, c’est aussi dans cette tradition, et non dans celle de la laïcité, que se placent des intellectuels comme Gérard Bouchard et Charles Taylor, pour qui la laïcité se négocie en partie à la pièce. En érigeant en dogme le régime des « accommodements », ils prolongeaient la vieille tradition des « moyenneurs », comme on disait au XVIe siècle, qui pour rétablir la concorde acceptaient de négocier la place des religions minoritaires dans l’espace public. Outre le fait que ce régime exclut évidemment les athées, il accorde aux religions un statut particulier, d’ailleurs reflété par la Constitution canadienne. Contrairement aux autres formes d’idéologies, les religions sont en effet les seules autorisées à négocier de tels aménagements. On n’imagine pas les marxistes réclamer le droit de ne pas insulter Marx.

Tolérance ou laïcité | Le Devoir.

Des sikhs en cour contre l’Assemblée nationale | Le Devoir

The same week the federal government announced the kirpan would be allowed in Canadian embassies and consulates, a reminder that it remains an issue in Quebec, where the Assemblée nationale did not allow Sikh leaders to enter given their insistence on wearing the kirpan. Will be interesting to see if the new Liberal government will address this (non-issue in the Canadian and other provincial parliaments). In the meantime, a court case continues:

En entrevue avec Le Devoir, Balpreet Singh se fait très discret à propos de cette action en justice. « Il y a eu des tentatives pour entamer un dialogue et l’avenue légale en est certainement une que nous avons aussi conservée comme outil dans cette possible lutte »,dit-il pudiquement. M. Singh répète qu’il espère plutôt que la situation se règle par le dialogue. Il fonde en ce sens beaucoup d’espoir sur l’arrivée au pouvoir du libéral Philippe Couillard.

« Nous avons espoir que le dialogue permettra de résoudre cette situation. Nous le sommes particulièrement considérant que le PQ n’était visiblement pas favorable à ceci. Alors, nous avons espoir que nous pourrons expliquer la signification du kirpan au nouveau gouvernement au Québec et entamer le dialogue. »

Des sikhs en cour contre l’Assemblée nationale | Le Devoir.

Christian Rioux of Le Devoir never misses an opportunity to make his position on multiculturalism, this time using a play by Mani Soleymanlou, Un, the story of an Iranian immigrant who lands in Toronto but finally ends up in Quebec.

Le multiculturalisme est probablement ce qui se rapproche le plus au Canada d’une religion profane. Maintenant que notre débat sur la laïcité est ajourné, on apprenait que le Canada allait autoriser le port du kirpan dans ses ambassades. Certains y verront le triomphe d’une laïcité « ouverte ». Mais peut-être devraient-ils s’attarder au libellé de la décision.

En effet, le Canada ne se contente pas d’autoriser les sikhs orthodoxes à porter le kirpan dans ses ambassades à condition qu’il soit placé dans un fourreau fixé à une ceinture portée sous les vêtements. Afin d’éviter que n’importe quel amateur d’armes blanches frappe à la porte en se revendiquant sikh, il a bien fallu fixer des limites. Le règlement précise donc que celui qui porte le kirpan doit être animé par une « croyance religieuse sincère ». Et le Canada de définir ce qu’est un croyant « sincère ». Selon la définition canadienne, le sikh « sincère » est celui qui porte aussi un bracelet de fer, un turban, un peigne à cheveux et un caleçon spécifique. Qu’on se le dise, les amateurs de slips, de boxers et de strings ne franchiront pas le seuil des ambassades canadiennes avec leur kirpan.

Voilà donc un pays prétendument moderne, démocratique et évolué qui s’autorise, par la voix de son ministre d’État au Multiculturalisme, à définir qui est un « croyant sincère » et qui ne l’est pas. Nul doute que, demain, Tim Uppal pourrait décider de la même manière qu’un catholique « sincère » doit se confesser avant de communier et qu’un juif « sincère » doit être circoncis. On ne voit guère ce qui l’en empêcherait….

Si cette décision avait été rendue publique pendant le débat québécois sur la laïcité, elle aurait clarifié beaucoup de choses. Elle aurait notamment montré que l’État ne peut pas être à moitié ou aux trois quarts laïque. Elle aurait rappelé qu’on ne peut pas empiéter sur la laïcité et accorder un privilège à une religion sans aussitôt donner à l’État le droit de s’ingérer dans les croyances personnelles. Il n’y a pas de solution médiane. Ou bien la loi interdisant les armes dans les ambassades s’applique à tous dans l’ignorance des croyances de chacun. Ou bien il faut reconnaître à l’État le pouvoir de distinguer les bons des mauvais croyants. On reparlera ensuite de la liberté de conscience.

L’injonction multiculturelle | Le Devoir.

I don’t see how Christian interprets the practical guidance to Canadian missions on how to apply the policy means the government is deciding the sincerity of a persons beliefs beyond stating that someone who wants to enter a mission with a kirpan should also have the four other Sikh articles of faith. In other words, someone who only shows up with a kirpan but nothing else would not be able to avail themselves of the accommodation.

Charte: «un débat malsain et nuisible», selon le patronat | Charte de la laïcité

Not too surprising, the views of the main business association in Quebec on the Charter:

«En créant un climat d\’intolérance et de division au sein de la société québécoise, le projet de loi engendre un débat malsain et nuisible à la prospérité du Québec.»

Charte: «un débat malsain et nuisible», selon le patronat | Denis Lessard | Charte de la laïcité.

Christian Rioux, from the secular perspective in Le Devoir, describes well the context for opposition to religious symbols in Quebec, even if I think he is too influenced by the wish for Cartesian clarity and absolutism, and the “old demons of Quebec”. :

Ce faisant, on aura fait triompher la religion des droits. Mais on aura aussi détruit une certaine idée de l’État. Car, si l’on ne peut imposer des exigences plus élevées à un fonctionnaire qu’à un employé de McDo, c’est que l’État est devenu un employeur comme un autre. Or, la laïcité (qui concerne l’État et l’État seulement) est inséparable d’une conception républicaine de ce même État. Ce n’est pas un hasard si le débat actuel remue tant d’émotion. Il vient réveiller tous les vieux démons québécois : du rapport atavique que nous avons entretenu historiquement avec la religion à l’idée que l’État québécois n’est pas qu’une vague administration provinciale, mais le représentant d’une idée qui nous dépasse tous et qui s’appellerait le peuple québécois.

Devoir de réserve