Lien entre immigration et valeurs: Legault admet avoir manqué de prudence

Of note. An innocent gaffe or one that reveals his thinking?

Le chef caquiste, François Legault, a reconnu jeudi qu’il a manqué de prudence en faisant le lien entre l’immigration et les valeurs québécoises, au lendemain d’une déclaration qui a semé la controverse.

Lors d’un point de presse, M. Legault est revenu sur ses propos de la veille, qui ont plongé sa campagne dans l’embarras.

« Je ne suis pas parfait, a-t-il concédé. Tous les États dans le monde ont un défi d’intégration aux valeurs du pays ou de l’État qui reçoit. Maintenant, il ne faut pas nommer quelles valeurs parce que ça pourrait créer un amalgame. Effectivement, je n’aurais pas dû nommer de valeurs. »

Mercredi, François Legault avait justifié la décision de son parti de maintenir le nombre d’immigrants reçus à 50 000 personnes en faisant valoir que les défis posés par l’intégration pourraient compromettre certaines valeurs québécoises.

Il avait notamment mentionné le pacifisme et la laïcité, ajoutant que les Québécois n’aiment pas la violence ni l’extrémisme. Ces paroles ont été dénoncées par ses adversaires, qui y ont vu un dérapage et un amalgame dangereux.

Sujet délicat

Jeudi, M. Legault a affirmé qu’il aurait dû limiter son propos aux défis que pose l’intégration des immigrants en ce qui concerne la langue française.

« J’ai répondu aux questions sur les valeurs alors que c’est un sujet délicat que je devrais éviter, a-t-il dit. Mais quand on parle de langue, je pense que c’est une question fondamentale pour l’avenir de la nation québécoise. »

Dès le début de son point de presse, M. Legault a abordé la controverse soulevée par ses propos, qui l’ont forcé à se rétracter en fin de journée mercredi.

« Je n’ai jamais voulu associer l’immigration et la violence, a-t-il dit. Maintenant, ce que j’ai voulu dire, c’est que tous les États dans le monde ont un défi d’intégrer les nouveaux arrivants à leurs valeurs et à leur langue. Mais au Québec, c’est un défi particulier à cause de la situation de la langue en Amérique du Nord. C’est tout ce que j’ai voulu dire. »

Anglade rejette les excuses

La cheffe libérale, Dominique Anglade, a rejeté jeudi les excuses de M. Legault, qu’elle a accusé de perpétuer des préjugés. Elle a fait référence aux propos du chef caquiste au printemps, quand il a réclamé de nouveaux pouvoirs en immigration pour éviter au Québec d’être la prochaine « Louisiane ».

« Je ne le crois pas parce que c’est lui-même qui nous a entretenus de la question de la Louisiane et des enjeux de l’immigration, que c’était un problème, qu’il faut faire attention, a-t-elle dit. C’est lui qui entretient ça, et là, ce qu’on voit, c’est la véritable face de François Legault. »

Mettant en avant les valeurs d’inclusion et d’ouverture du Parti libéral du Québec, Mme Anglade a maintenu que M. Legault avait fait le lien entre l’immigration et la violence.

« François Legault a livré le fond de sa pensée, a-t-elle soutenu. L’autre, celui qui n’est pas comme nous, il peut être dangereux. Ça, ça continue à alimenter les préjugés. On n’a pas besoin de ça au Québec. »

Après avoir fait de l’économie l’enjeu principal de ces élections, Mme Anglade a affirmé que le scrutin se jouera aussi sur les questions de division ou d’inclusion.

« Nous, on a des valeurs d’inclusion, on a des valeurs de véritable développement économique moderne », a-t-elle dit.

Excuses publiques

Même si François Legault a corrigé le tir mercredi sur le réseau social Twitter en disant ne pas avoir « voulu associer l’immigration à la violence », le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois estime qu’il doit « s’excuser publiquement ». Le chef caquiste doit « répondre aux questions », a-t-il ajouté.

Ce sont « des déclarations qui alimentent les préjugés et détériorent le climat social », a-t-il souligné, en marge d’une annonce en habitation. M. Nadeau-Dubois a appelé le chef de la Coalition avenir Québec à considérer les immigrants comme des « êtres humains en chair et en os » et non comme des chiffres et des statistiques.

De son côté, le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, a voulu se placer au-dessus de la mêlée.

« Dans l’ensemble, c’étaient vraisemblablement des propos inappropriés, a-t-il dit. Mais il s’est excusé. Donc, j’en prends acte. J’invite tout le monde à mener une campagne axée sur l’avenir, mais qui a le potentiel de rassembler. »

Source: Lien entre immigration et valeurs: Legault admet avoir manqué de prudence

David: Les pommes québécoises et les oranges suisses [immigration], Yakabuski: In Quebec, immigration takes centre stage again on the campaign trail

More on Quebec election immigration debates, starting with Michel Davidd:

François Legault a cette fâcheuse habitude de prendre des raccourcis intellectuels qui déforment la réalité à sa convenance, comme il le fait presque quotidiennement dans le dossier du troisième lien.

Pour justifier sa décision de limiter le nombre d’immigrants à 50 000 par année alors que le gouvernement Trudeau prévoit en accueillir jusqu’à 450 000 pour l’ensemble du Canada, le chef de la CAQ a fait valoir les avantages des petits pays comme la Suisse et les États scandinaves.

Personne ne doute de leur extraordinaire réussite dans une multitude de domaines où une population plus nombreuse peut compliquer les choses. Il est clair que la taille n’est aucunement un gage de richesse ou de qualité de vie.

M. Legault sait cependant très bien qu’il compare des pommes et des oranges quand il établit un parallèle entre des États qui détiennent tous les attributs de la souveraineté et une simple province dont les pouvoirs sont limités, notamment en matière d’immigration. Que leur voisin allemand ouvre les vannes de l’immigration n’empêche en rien la Suisse ou le Danemark de fixer leurs propres règles sans provoquer chez eux un quelconque déséquilibre démographique ou politique.

Il va de soi qu’une explosion du nombre d’immigrants au Canada anglais, alors que le Québec choisit de le limiter, ne peut qu’affaiblir son poids au sein de la fédération et rendre encore plus difficile sa capacité d’affirmer sa différence.

Et suivre le mouvement canadien, ce qui imposerait au Québec d’accueillir 100 000 immigrants par année, compromettrait encore plus sûrement son caractère français, dont les chiffres du dernier recensement ont encore démontré la fragilité.
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Même dans un État souverain, la capacité d’intégration des nouveaux arrivants a ses limites. En avril dernier, la première ministre suédoise, Magdalena Andersson, déclarait que son pays « n’avait pas réussi à intégrer les nombreux immigrés qu’il a accueillis au cours des deux dernières décennies, ce qui a donné naissance à des sociétés parallèles et à la violence des gangs ».

Issue du Parti social-démocrate, Mme Andersson n’est pourtant pas une politicienne de droite adepte de la théorie complotiste du « grand remplacement ». La Suède s’est montrée très généreuse — peut-être trop — lors de la crise migratoire de 2015, en étant le pays européen à accueillir le plus grand nombre de migrants par habitant. « Nous allons devoir revoir nos vérités antérieures et prendre des décisions difficiles », a relevé la première ministre.

Le Québec n’est évidemment pas seul à tenter de concilier le désir de préserver son identité et la nécessité de répondre aux besoins du marché du travail. Au
Danemark, également dirigé par une première ministre sociale-démocrate, Mette Frederiksen, une politique migratoire très restrictive se traduit par un taux de chômage très bas et un manque criant de main-d’oeuvre.
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S’il est difficile pour un État souverain de trouver le juste équilibre, cela devient pratiquement impossible pour le gouvernement qui ne dispose pas de tous les éléments pour résoudre l’équation.

Il y a quelque chose de surréaliste dans le débat sur les seuils d’immigration auquel la présente campagne électorale donne lieu. Chaque parti semble tirer un chiffre de son chapeau, bien qu’il n’ait aucun pouvoir sur la sélection de la moitié de ceux qu’il compte accueillir et ne soit pas en mesure d’évaluer la capacité d’intégration de la société québécoise.

Au-delà de la « compatibilité civilisationnelle » évoquée par le Parti conservateur du Québec, il va de soi qu’un plus grand nombre de personnes exige plus de logements, de places en garderie, de travailleurs de la santé, d’enseignants, etc. Ce qui exige précisément de disposer de tous les outils nécessaires.

Le rapatriement des pouvoirs en matière d’immigration est la seule réclamation commune aux cinq partis, qu’ils soient fédéralistes ou souverainistes. Mais le refus d’Ottawa demeure toujours aussi catégorique.

Jean Charest avait espéré que Stephen Harper fasse preuve d’ouverture. François Legault avait misé sans trop y croire sur Andrew Scheer, puis sur Erin O’Toole. S’il devient premier ministre, Éric Duhaime se fait fort de convaincre Pierre Poilievre et ses homologues conservateurs au Canada anglais. Cela demeure bien hypothétique, c’est le moins qu’on puisse dire.

De passage à la table éditoriale du Devoir, mardi, le chef conservateur a proposé une démarche commune de tous les partis représentés à l’Assemblée nationale, ce qui apparaît déjà plus plausible, sans toutefois offrir la moindre garantie de succès.

Depuis le début de la campagne, M. Legault n’a pas reparlé de la grande conversation nationale sur l’immigration qu’il avait évoquée au printemps dernier sans en préciser la forme, mais il faudra bien faire quelque chose. Si cet exercice pouvait simplement permettre de séparer les pommes et les oranges, ce serait déjà quelque chose.

Source: Les pommes québécoises et les oranges suisses

And from the Globe’s Yakabuski, a good overview:

It wouldn’t be an election campaign in Quebec without a debate about immigration.

Elsewhere in the country, elections come and go without much talk about immigration. A broad consensus exists on the topic across the political spectrum and political parties rarely, if ever, seek to differentiate themselves on the issue. That, it seems, is the Canadian way.

In Quebec, however, immigration has become a hot-button issue that features prominently in party platforms. The issue played a determining role in the 2018 campaign as the Coalition Avenir Québec’s signature promise to slash the number of newcomers the province accepts each year propelled it to victory over the Quebec Liberal Party. Under then-premier Philippe Couillard, the Liberals had set an annual target of 60,000 permanent residents; the CAQ, under François Legault, vowed to cut the number to 40,000. It crushed the Liberals.

Within a couple of years, though, the CAQ government increased its annual target for new permanent residents – to 50,000 – and oversaw an explosion in temporary foreign workers to help alleviate a severe labour shortage amid a clamouring for employees from the business sector. The somewhat ironic result is that Quebec has seen a greater influx of foreigners under the CAQ – to more than 93,000 in 2019 and 100,000 expected this year – than it ever did under the Liberals. Proof that there is a lot more than meets the eye on the immigration file.

The nuances get lost on the campaign trail, however, as the parties once again go at each other over immigration levels in advance of the Oct. 3 provincial election.

Mr. Legault maintains that the CAQ’s 50,000 cap on permanent residents represents the number of newcomers the province can integrate each year without threatening its French character. On Monday, he conceded that Quebec’s population is destined to continue to decline as a share of the Canadian population as Ottawa boosts national immigration targets to 450,000 permanent residents in 2024. But that is the price Quebec must pay to remain an island of French in North America.

Besides, small is beautiful. “Switzerland is an extraordinarily rich, and extraordinarily dynamic, small country,” Mr. Legault said. “Being big might be nice, but what’s important is having a [high] quality of life for the people who live in Quebec.”

But maintaining Quebeckers’ quality of life will become an increasing challenge as the province’s working-age population shrinks and the proportion of seniors rises to 24.8 per cent in 2030 from 20.3 per cent in 2021, according to the Quebec Finance Ministry’s own projections. With a population aging faster than the rest of the country outside Atlantic Canada, future economic growth will be severely handicapped.

That reality has not stopped the sovereigntist Parti Québécois from vowing to cut immigration levels further – to 35,000 permanent residents annually, or less than 8 per cent of the Canadian total – if it wins on Oct. 3. At that rate, Quebec’s share of Canada’s population (which now stands at 22.5 per cent) would likely plummet even more rapidly than it is forecast to fall under Statistics Canada’s most recent projections, which show it falling to 19.8 per cent by 2043.

To back up his plan, Parti Québécois leader Paul St-Pierre Plamondon has referred to a study produced this year for the Quebec Ministry of Immigration by economist Pierre Fortin that disputes the argument that higher immigration levels are needed to address labour shortages as “a big fallacy,” since an influx of newcomers creates demand in the economy that serves to exacerbate shortages for workers, housing and health care.

Prof. Fortin’s study is especially critical of Ottawa’s immigration targets, arguing they will lead to “bureaucratic congestion and confusion,” produce scarce economic benefits, and increase the “social risk of stoking xenophobia and encouraging a rejection of immigration.”

Under leader Dominique Anglade, the Liberals are proposing to boost the number of permanent residents Quebec accepts to 70,000 in 2023. It would determine immigration levels beyond that year in conjunction with the province’s 17 regions in a bid to get more newcomers to locate outside the greater Montreal area.

The far-left Québec Solidaire has adopted the most ambitious immigration targets of all the parties, promising to welcome up to 80,000 permanent residents to the province annually. That would still not be enough for Quebec’s population growth to keep pace with the rest of Canada, but the figure clearly sets QS apart as the most unabashedly pro-immigration party in this election campaign.

When the CAQ leader challenged QS co-spokesperson (and de facto leader) Gabriel Nadeau-Dubois to explain how his party would slow the decline of French in Quebec with such high immigration levels, he responded with a zinger: “The difference between Mr. Legault and me is that he points fingers and I open my arms.”

Source: Opinion: In Quebec, immigration takes centre stage again on the campaign trail

Dutrisac: Bataille de chiffres

More on the battle of immigration numbers in the Quebec election, with Dutrisac arguing in favour of the CAQ’s restrained approach:

En matière d’immigration, c’est la ronde des chiffres qui s’est invitée en campagne électorale. Trois partis — Québec solidaire, le Parti québécois et le Parti conservateur du Québec — ont précisé quels sont les seuils d’immigration qu’ils préconisent, tandis que la Coalition avenir Québec et Parti libéral du Québec ont confirmé la position qu’ils ont déjà fait connaître.

Du côté de la CAQ, François Legault n’a pas fait mentir son slogan de campagne « Continuons ». Sans surprise, le chef caquiste a réitéré que le gouvernement qu’il formerait s’en tiendrait au nombre de quelque 50 000 immigrants par an. Malgré sa proximité avec le monde des affaires, il n’entend pas céder au lobby du Conseil du patronat du Québec, qui réclame que ce seuil soit augmenté à 80 000 lors du prochain mandat et à 100 000 par la suite.

C’est paradoxalement QS qui s’approche le plus des préférences du patronat en proposant une cible maximum de 80 000 immigrants par an. Le PLQ n’est pas très loin, avançant le chiffre de 70 000 dans le but de contrer les pénuries de main-d’oeuvre.

À l’autre bout du spectre, le PQ propose de réduire à 35 000 le seuil, soit celui qui prévalait avant le régime de Jean Charest, relevant que le déclin du français s’est amorcé quand le nombre d’immigrants admis est passé à 50 000 par an. Le PQ a le mérite de signaler l’enjeu de l’immigration temporaire, notamment l’afflux d’étudiants étrangers dans les universités anglophones, un phénomène encouragé par Ottawa qui bloque l’entrée d’étudiants africains francophones dans nos cégeps et universités.

Avec un seuil élevé, QS prétend prendre le parti de la vertu, en communion avec la politique migratoire expansionniste du gouvernement Trudeau et sa vision postnationale. Plus le nombre d’immigrants qu’un parti promet d’accueillir est important, plus il peut se targuer de favoriser l’ouverture à ce qu’il est convenu d’appeler la diversité. La grandeur d’âme serait fonction de la grosseur du nombre.

Si l’immigration doit faire partie des moyens pour répondre aux pénuries de travailleurs dont souffrent les entreprises en particulier, elle fait augmenter la demande de main-d’oeuvre pour l’ensemble de l’économie. On n’a qu’à regarder la situation en Ontario et écouter son premier ministre, Doug Ford, se plaindre de la pénurie de main-d’oeuvre, même si la province, participant allègrement à la politique fédérale d’accueillir bientôt 451 000 immigrants par an, en reçoit quatre fois plus que le Québec.

Sur le plan de l’enrichissement, les économistes qui se sont penchés sur la question ont conclu que, bien que l’immigration forcément fasse croître l’économie, elle a peu d’effets sur le niveau de vie des gens ; elle influe peu sur le produit intérieur brut par habitant. Ces études donnent raison à François Legault, qui a rappelé le sort enviable des petits pays comme la Suisse, la Suède ou le Danemark. Il serait illusoire de tenter de suivre l’exemple du Canada, dont on peut douter du bon sens de sa frénésie migratoire. Même si cette politique, à laquelle le Québec n’a pas souscrit, a pour conséquence de réduire son poids démographique et politique au sein de la fédération, la grenouille que nous sommes n’a pas intérêt à devenir plus grosse que le boeuf. Et nous verrons à quelle réflexion collective cette évolution néfaste nous conduira.

Les mérites de l’immigration à un niveau soutenable ne reposent pas sur des arguments économiques. Des considérations humanitaires interviennent, mais il s’agit surtout de poursuivre l’aventure de la nation québécoise avec des gens venus d’ailleurs qui veulent y participer, et ainsi l’enrichir. C’est un moyen de faire rayonner le Québec de l’intérieur, pour ainsi dire, de mettre en valeur sa culture, sa société, en français. La question est là, à savoir si cet épanouissement est possible dans le contexte canadien ou si c’est l’insignifiance folklorique et la lente assimilation qui nous attendent.

Source: Bataille de chiffres

Legault veut que le Québec reste petit

A more substantive debate over immigration than in the rest of Canada where a consensus for “more” exists across federal and provincial governments along with business and other stakeholders.

Refreshing to have a “small is better” voice, not just the questionable “big is better”. Questioning immigration levels and the impact on infrastructure and services is not necessarily xenophobic.

But the disconnect between a relative decline in Quebec’s population compared to the rest of Canada will prompt legitimate calls for a reduced percentage of federal Quebec ridings and in the medium-term, greater political reluctance to remain at the current level of 78 seats:

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a fait l’apologie de petits pays comme la Suisse et les États scandinaves, lundi, pour justifier sa décision de ne pas hausser les seuils d’immigration.

M. Legault a donné ces exemples, alors que ses adversaires ont pris des positions diamétralement opposées, à la suite d’une annonce du Parti québécois (PQ) favorable à la réduction du nombre de nouveaux arrivants à 35 000 par année.

Lors d’un point de presse en Outaouais, le chef caquiste a expliqué pourquoi il veut maintenir ce seuil à 50 000 personnes, malgré les appels à le hausser pour répondre à la pénurie de main-d’oeuvre.

Il ne s’est pas inquiété de la perspective que le poids démographique du Québec diminue au sein de la fédération canadienne, à défaut d’augmenter le nombre d’immigrants.

« La Suisse, c’est un petit pays extraordinairement riche, extraordinairement dynamique, a-t-il déclaré. Prenez les pays scandinaves : petits pays extrêmement riches, extrêmement dynamiques. Être gros, ça peut être beau, mais ce qui est important, c’est d’avoir une qualité de vie pour les personnes qui habitent au Québec. »

Pragmatisme

M. Legault a répété qu’au nombre actuel, le Québec reçoit déjà, toutes proportions gardées, plus d’immigrants que les États-Unis ou la France.

« On est 8,6 millions d’habitants, je pense que c’est une taille qui permet quand même d’offrir des services de qualité », a-t-il dit.

Le chef caquiste s’est félicité une nouvelle fois du fait qu’avec la pénurie de main-d’oeuvre, les travailleurs aient « le gros bout du bâton » pour exiger de meilleures conditions et de meilleurs salaires.

M. Legault a vanté le pragmatisme de sa position sur l’immigration, qu’il justifie également par l’importance de mieux favoriser l’intégration des immigrants, pour la protection du français.

Il a critiqué le PLQ, qui veut hausser le seuil à 70 000 et le PQ qui veut le baisser.

« Il y a un parti pour qui c’est pas important, la défense du français, et un parti pour qui c’est pas important, la croissance économique, a-t-il dit. Nous, on est équilibrés entre les deux. On n’est pas à 70 000, on n’est pas à 35 000, on est à 50 000. »

Réduction

Lundi, le PQ a proposé de réduire le seuil d’immigration à 35 000 personnes par année pour tenir compte de la capacité d’accueil du Québec et protéger la langue et la culture québécoises.

À Lévis, le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, a affirmé que, contrairement aux discours véhiculés par certains de ses adversaires, l’immigration ne règle pas la pénurie de main-d’oeuvre. Selon le chef péquiste, l’immigration a même le potentiel de l’accroître.

Les nouveaux arrivants ont besoin de services, ce qui exerce une pression sur la société d’accueil, affirme M. St-Pierre Plamondon.

« Le travail d’une personne à 40 heures par semaine, lorsqu’on le compare à sa consommation et au travail ce que ça nécessite, ça s’équivaut pas mal, a-t-il dit. Lorsqu’on regarde les analyses macroéconomiques, c’est faux de dire que des seuils d’immigration élevés vont combler la pénurie de main-d’oeuvre. »

Cette réalité est d’autant plus contraignante avec des pénuries d’enseignants et de personnel dans le réseau de la santé, a souligné le chef péquiste.

« On est dans une crise du logement, on a des pénuries d’enseignants et de médecins, donc notre capacité d’accueil, elle est moindre, elle est changée. »

Le PQ ciblera aussi la régionalisation de 50 % des nouveaux arrivants, avec une « voie rapide » pour celles et ceux qui s’engagent à s’installer en région et des incitatifs financiers pour qu’ils s’y installent.

Le pouvoir aux régions

La cheffe libérale, Dominique Anglade, qui a fait de la pénurie de main-d’oeuvre son cheval de bataille, a déclaré lundi que la régionalisation de l’immigration est la meilleure façon de franciser de manière plus rapide les nouveaux Québécois.

« Dans les régions, on a moins d’enjeux en matière d’intégration par rapport à la langue française, a-t-elle dit. S’ils vont dans les régions, il y a une accélération qui se fait. »

Comme cela a été annoncé dans son programme électoral, le Parti libéral du Québec (PLQ) veut donner aux régions le pouvoir de déterminer leurs besoins en immigration.

« On part avec 70 000 personnes, après ce sera déterminé par les régions. Il se peut que ce soit plus, il se peut que ce soit moins. Chacune des régions sera capable de nous dire la capacité d’accueil. »

Statu quo

De passage à Québec, le chef du Parti conservateur du Québec (PCQ), Éric Duhaime, a affirmé que le seuil de 50 000 immigrants par année est « acceptable ».

Selon M. Duhaime, l’immigration fait partie de la solution pour contrer la pénurie de main-d’oeuvre, mais ce n’est pas suffisant. Un nouvel arrivant qui aura besoin d’une garderie pour ses enfants ou un nouveau logement « va générer un besoin de travailleurs », a fait valoir le chef conservateur.

« Pour nous, le vrai débat est davantage : est-ce que ces gens-là vont travailler et est-ce que ces gens-là vont parler français », a-t-il dit, en marge d’un point de presse.

M. Duhaime a expliqué qu’il faut choisir les nouveaux arrivants en s’assurant qu’ils sont en accord avec les « valeurs du Québec ».

Québec solidaire, qui veut augmenter le seuil à 80 000 immigrants par année, a insisté lundi sur la pénurie de main-d’oeuvre et sur la possibilité de franciser les nouveaux arrivants dans les milieux de travail.

« Dire à quelqu’un qui a une ou deux jobs d’aller prendre un cours de français le mercredi soir, ça ne marchera pas », a dit le porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois.

Source: Legault veut que le Québec reste petit

Yakabuski: Official bilingualism is officially dead in Canada

Overly dramatic header but as we see in initial reactions in Quebec, recent action/inaction by the federal government, and the ever increasing gap between immigration to English Canada compared to Quebec, the trendline is not encouraging:

Statistics Canada surely did not time the release of language data from the 2021 Census to coincide with the launch of an election campaign in Quebec. But its publication of findings that confirm the decline of French within the province and across Canada are sure to light a fuse on the campaign trail as Premier François Legault calls for Ottawa to cede more powers to Quebec.

Neither did the federal agency likely consider the optics of releasing its report on the heels of the Aug. 15 Fête nationale de l’Acadie, the annual celebration of francophones in Atlantic Canada that marks the 1755 expulsion of thousands of their ancestors from the region by the British. Many ended up in Louisiana, where the French-language is today spoken by only a tiny minority of their descendants.

In May, as he revealed plans to seek full control over immigration policy if his Coalition Avenir Québec wins the Oct. 3 election, Mr. Legault warned that Quebec runs the risk of becoming another Louisiana without the ability to choose its own immigrants, including those who come to Quebec through the federal family reunification program. “It is a question of survival for our nation,” he said then.

Statistics Canada’s Wednesday report, showing that more newcomers to Quebec are using English as their first official language, will only serve to buttress Mr. Legault’s argument. The proportion of Quebeckers who primarily spoke English rose to 13 per cent in 2021 from 12 per cent in 2016, topping the one-million mark for the first time. The share who spoke predominantly French at home fell to 77.5 per cent from 79 per cent, despite extensive government efforts to “francize” new immigrants.

More than 70 per cent of Quebeckers who speak English as their first official language live on the Island of Montreal or in the suburban Montérégie region. The concentration of English speakers in and around the Quebec metropolis has long created linguistic tensions. Protecting Montreal’s “French face” is seen as imperative by most francophone Quebeckers, but many allophone newcomers to the city still gravitate toward English, sometimes even after attending French public schools.

And as Montreal goes, many fear, so goes the province. Which is why Bill 96 – the law adopted by Mr. Legault’s government in June that caps enrolment in English-language junior colleges among dozens of other measures aimed at protecting French – is seen by many francophones as a strict minimum.

Across Canada, French has been on the decline for decades despite Liberal prime minister Pierre Trudeau’s government adoption of the Official Languages Act in 1969. In 1971, French was the first official language spoken by 27.2 per cent of Canadians. By 2016, the proportion had declined to 22.2 per cent. In 2021, it fell again to 21.4 per cent. Where will it stand in 2026? You don’t need a PhD to figure it out.

The dream of a bilingual Canada d’un océan à l’autre may never have been more than that. But the reduction of French to folkloric status everywhere outside Quebec and in pockets of New Brunswick and Northern Ontario is the writing on the wall. Between 2016 and 2021, the proportion of the population speaking French at home declined in every region of the country except Yukon, where it rose to 2.6 per cent from 2.4 per cent. In New Brunswick, Canada’s only officially bilingual province, the share speaking French at home fell to 26.4 per cent from 28 per cent.

It may be fashionable among English-Canadian elites to enrol their kids in French immersion classes. But anemic rates of bilingualism hors Quebec and New Brunswick speak for themselves. Outside Quebec, Canadians who claimed an ability to conduct a conversation in both official languages dropped to 9.5 per cent from 9.8 per cent and down from a peak of 10.1 per cent two decades ago.

Even the federal public service, which once aspired to set an example, no longer prioritizes Canada’s official languages equally. In May, a Radio-Canada report showed that francophones are underrepresented in the upper echelons of the federal bureaucracy. Now, there is a push to waive French-English bilingualism requirements if applicants speak an Indigenous language or aspire to.

Removing barriers to career advancement faced by Indigenous people in Canada is a legitimate objective. But francophones argue it should not mean the diminution of the status of French within the public service. They worry that the appointment of Mary Simon as Governor-General, despite her inability to speak French, paves the way for more such nominations. They are not wrong to worry.

The latest census figures will exacerbate feelings of linguistic insecurity among francophone Quebeckers in particular. There will be consequences. We may witness a few of them on the campaign trail.

Source: Official bilingualism is officially dead in Canada

Quebec’s Conservative party surges in the polls as some of its candidates spread conspiracy theories

To watch. May make Quebec’s provincial election more interesting but more worrisome:

When Éric Duhaime took over as leader of the Quebec Conservatives last year, the party had never held a seat in the legislature, never been invited to a major debate and never raised more than $60,000 in donations in any given year.

It was, basically, a fringe party, unaffiliated with the federal Conservatives and considered too libertarian for most Quebec voters since it was formed in 2009.

In the last 15 months, though, Duhaime’s party has wrangled a seat in the legislature, started polling near 20 per cent. It has racked up nearly $500,000 in donations this year alone.

Source: Quebec’s Conservative party surges in the polls as some of its candidates spread conspiracy theories

Mukakayumba: Le mot en n vu de l’intérieur

More good commentary on the Radio Canada/CRTC controversy over the use of the N word. Context matters:

Je tiens, d’abord, à joindre ma voix à toutes celles et à tous ceux qui ont protesté contre la décision du CRTC relativement à la plainte déposée par Ricardo Lamour à propos de l’utilisation du mot en n à quatre reprises dans un segment de l’émission Le 15-18 animée par Annie Desrochers sur ICI Radio-Canada Première dans le Grand Montréal, le 17 août 2020. De mon point de vue, Radio-Canada n’aurait pas dû s’excuser. C’est donc avec tristesse que j’apprends qu’elle a fini par céder. Je me réjouis naturellement de sa décision de porter la cause en appel. D’ici là, j’ose espérer qu’une tribune sera offerte aux voix dissidentes, le plaignant ne représentant, à mon avis, que lui-même.

Depuis l’éclatement de la première crise autour du mot en n, je me demande pourquoi le mot lui-même n’est pas nommé. Qu’y a-t-il de mal à utiliser le mot « nègre » ? Originaire de l’Afrique noire, plus exactement du Rwanda, je vis au Québec depuis 1974 ; cela fera donc 50 ans en 2024. Il va de soi qu’à ce titre, il m’est arrivé d’avoir été traitée de négresse. Je n’y ai rien vu de grave, sinon de la méconnaissance ou de la mauvaise foi, à l’occasion, dans le ton. Du racisme, j’en ai vécu pourtant. Reste que le mot en n, que certains jugent si blessant qu’ils veulent le faire disparaître, n’a jamais été prononcé durant le pire épisode que j’ai connu, à compter de 2005, à l’UQAC (Université du Québec à Chicoutimi). Une descente aux enfers que je raconte dans La géographie en question (Armand Colin, 2012).

J’estime, pourtant, moi, une femme noire, que Radio-Canada n’avait aucune raison de s’excuser, auprès de qui que ce soit, pour avoir cité à quatre reprises le titre du livre de Pierre Vallières Nègres blancs d’Amérique. Ce propos s’appuie sur deux points en particulier.

Premièrement, je trouve excellents les propos tenus par Simon Jodoin à cette émission. Changer le mot « nègres » du titre pour le « mot en n » aurait eu pour effet d’induire les lecteurs et les auditeurs en erreur. Deuxièmement, je souscris entièrement aux raisons invoquées par l’ensemble des protestataires pour critiquer la décision absurde du CRTC, plus spécialement à celles formulées dans la lettre signée par l’ex-ombudsman de Radio-Canada Guy Gendron et 13 autres personnes qui sont des têtes d’affiche de la SRC.

Outre « l’indépendance du diffuseur public en ce qui a trait à [une] liberté d’expression » à préserver, je soutiens l’observation énoncée ci-après : « le fait que le CRTC, par sa décision, nie l’histoire du Québec et, dans ce cas particulier, un épisode où des penseurs francophones du Canada et des Noirs américains se rapprochaient au nom d’une discrimination que l’on dirait aujourd’hui “systémique” et qu’ils estimaient partagée ».

La preuve par trois

Il est important de se rappeler qu’au-delà de l’histoire du Québec, la décision du CRTC nie des pans importants de l’histoire universelle, plus particulièrement de celle qui se rapporte aux peuples noirs. Comme en témoignent les trois cas suivants, choisis parmi tant d’autres, une partie de cette histoire a été marquée par la réappropriation du mot « nègre » et de son féminin, le mot « négresse », par les personnes identifiées aux Noirs, qui les ont utilisés dans différents combats visant leur affranchissement.

Le premier cas qui me touche, en tant que Québécoise francophone d’origine africaine, se rapporte à la publication, en 1978, du livre La parole aux négresses par la Sénégalaise Awa Thiam aux Éditions Denoël. Préfacé par Benoite Groulx et considéré comme le livre fondateur du féminisme africain francophone, ce livre n’est-il pas un exemple éloquent du rapprochement des peuples — sous le leadership d’une femme noire et d’une femme blanche — pour exprimer leur combat commun contre différentes formes de domination, celle basée sur le genre n’étant qu’une parmi d’autres ? Qu’adviendrait-il de cette partie de l’histoire du féminisme si le terme « négresse » devait être banni du langage des médias et, corrélativement, des salles de cours, ou de n’importe quel autre espace public ?

Le deuxième cas concerne le mouvement de la négritude, fondé à Paris à compter des années 1930 par des écrivains africains et antillais. Les plus connus de ces derniers, le Martiniquais Aimé Césaire, le Guyanais Léon-Gontran Damas et le Sénégalais Léopold Sédar Senghor, ont lancé un mouvement littéraire et politique d’affirmation de l’identité et de la culture des peuples noirs de leur temps. L’expansion de ce mouvement à l’ensemble des luttes des Noirs — des mondes francophones, voire des mondes anglophones (surtout aux États-Unis) — en a fait un mouvement général de lutte de libération de ces derniers contre toutes les formes de domination, y compris la colonisation et l’esclavage.

Lorsqu’on se donne la peine de bien écouter le « segment coupable » du 15-18, on ne peut que remercier Simon Jodoin pour les liens qu’il établit entre l’ensemble des peuples opprimés.

Le troisième cas, plus près de nous, est en lien avec le roman Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer publié par Dany Laferrière en 1985. Réédité et porté au cinéma en 1989, cet ouvrage est considéré comme un classique de la littérature québécoise. Quant à son auteur, élu membre de l’Académie française en 2013, il est reconnu comme un écrivain majeur de la littérature d’expression française.

Alimenter la confusion

Au regard de ces trois exemples, la question qui se pose face aux exigences de certains de nos concitoyens qui ne voudraient pas entendre parler du mot « nègre » est la suivante : qu’adviendrait-il de ces pans de l’histoire de l’humanité si les institutions comme le CRTC leur donnaient chaque fois raison ? Serions-nous prêts, collectivement, à sacrifier notre capacité d’apprendre et de comprendre les enjeux, passés et actuels, de notre société, allant du local au planétaire, parce que quelques personnes montent au créneau chaque fois que le mot en n est prononcé ?

Le plus troublant dans cette histoire est le racisme à l’envers qu’il suppose. Selon ce prisme, l’oeuvre de Vallières devrait être bannie, et du langage et de l’espace public, et ce, en dépit de sa valeur historique reconnue. Devrait-on réserver le même sort au roman de Dany Laferrière ? La question mérite d’être débattue.

En fin de compte, bien que je sois une femme noire, je ne me sens pas représentée par les quelques personnes qui cherchent à faire disparaître ce mot sans raison valable. Toute l’agitation autour de ce sujet depuis le début de 2022 ne fait que créer de la confusion et masquer les problèmes réels.

Je ne voudrais pas terminer ce texte sans dire au peuple québécois, qui m’a accueillie et m’a choyée depuis bientôt 50 ans, que je l’aime de tout mon coeur et qu’il est le meilleur au monde. Mais surtout, je tiens à l’inviter à faire attention aux racistes de tous acabits. Ce ne sont pas toujours ceux qu’on croit.

Source: Le mot en n vu de l’intérieur

Augmenter l’immigration ne réglera pas la pénurie de main-d’oeuvre, maintient Jean Boulet

Quebec takes a very different tack than the rest of Canada.

Will provide an opportunity for some interesting comparative analysis on outcomes between the consensus in English Canada in favour of ever increasing immigration and the more restrictive approach of Quebec.

In the longer term, Quebec’s importance in relation to the rest of Canada will continue to decline and at some point, there will likely be less support for maintaining the number of Quebec MPs:

Québec tient coûte que coûte à maintenir ses seuils d’immigration aux niveaux actuels malgré une pénurie de main-d’oeuvre qui n’est pas près de se résorber.

En entrevue bilan avec Le Devoir, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale justifie l’intention de son gouvernement de maintenir le rythme d’accueil actuel, malgré l’accumulation des postes vacants — on en comptait plus de 224 000 au premier trimestre de 2022. « Moi, j’ai toujours dit : “les seuils ne bougent pas” », répète-t-il.

« On a encore du travail d’intégration, d’amélioration des problématiques de surqualification. […] C’est : “en prendre soin” », ajoute le ministre, en écho au leitmotiv électoral de sa formation politique en 2018.

En mai, le ministre Boulet avait ouvert la porte à réviser à la hausse le plafonnement des entrées migratoires. Une étude du démographe Marc Termote lui recommandait alors d’augmenter les seuils de 8000 nouveaux arrivants en cinq ans. Après avoir qualifié cette analyse de « raisonnée et raisonnable », M. Boulet avait finalement rebroussé chemin sur Twitter.

« Je me suis mal exprimé et j’ai été mal compris lorsque j’ai été questionné par des journalistes. Ce n’est pas acceptable de recevoir 58 000 immigrants chaque année », avait-il écrit.

La conversation sur ces seuils a repris de plus belle cette année. Alors que la Coalition avenir Québec (CAQ) privilégie le statu quo, le Conseil du patronat du Québec recommande d’accueillir au moins 80 000 immigrants annuellement, et même de « tendre vers » les 100 000. Le Parti libéral du Québec (PLQ) s’est déjà mouillé : un gouvernement piloté par Dominique Anglade irait jusqu’à 70 000 entrées par année en début de mandat.

En matière d’immigration, la CAQ privilégie une renégociation de l’entente Canada-Québec, qui régit le partage des compétences entre les deux ordres de gouvernement. Elle se positionne aussi en faveur du rapatriement des programmes de réunification familiale et de travailleurs étrangers temporaires, parce que le gouvernement fédéral « est incapable de livrer », insiste Jean Boulet.

« Les admissions sont faites par Ottawa, et les seuils ne sont même pas atteints à ce moment-ci », soutient-il. Selon l’élu responsable de la région de la Mauricie, les solutions à la pénurie de main-d’oeuvre se trouvent partout : travailleurs de plus de 65 ans, personnes judiciarisées, personnes en situation de handicap… Il suffit de les attirer avec les bons incitatifs.

Quelques options

Chez les travailleurs expérimentés, soit ceux qui ont passé l’âge de la retraite, la popularité du marché de l’emploi donne confiance à M. Boulet. Ils étaient plus de 194 000 travailleurs de 65 ans et plus le mois dernier, soit 20 000 de plus qu’il y a trois ans. Intrigué par le potentiel de productivité de cette tranche de la population, le ministre n’exclut pas d’agir pour repousser l’âge de la retraite. « On est en réflexion constante », dit-il.

Le ministre Boulet a déjà laissé entendre que la pénurie de main-d’oeuvre était là pour de bon, du moins à moyen terme. En s’appuyant sur les calculs de démographes, il anticipe un « creux historique » en 2030.

« C’est un phénomène qui devient de plus en plus aigu, qui a été accentué par la pandémie. Et ça va continuer », admet-il au téléphone.

L’élu caquiste n’est « pas du tout défaitiste ». « Notre taux d’emploi chez les 15 à 64 ans, il est quand même le plus élevé au Canada », soulève-t-il. Le nombre de prestataires de l’aide sociale s’est d’ailleurs abaissé de 23 % de janvier 2018 à janvier 2022, se réjouit le ministre.

Des enfants derrière la caisse

Une seule chose tracasse Jean Boulet : le recours aux moins de 14 ans sur le marché du travail. La Loi le permet, mais cette tendance s’est trop accélérée au goût du député de Trois-Rivières. « Le travail des jeunes ne doit jamais nuire à la persévérance scolaire. […] Pour moi, je l’ai déjà mentionné, ce n’est pas normal qu’un jeune de 11 ans travaille », lance-t-il.

Québec ne détient pas de statistiques sur l’emploi des plus jeunes. Statistique Canada non plus. Mais M. Boulet constate un rajeunissement du bassin d’employés. « Il y a des cas, par exemple dans des restaurants, où des jeunes de 11 ans peuvent travailler dans des cuisines près d’équipements qui peuvent comporter un certain danger », s’inquiète-t-il.

Pour mieux « encadrer le travail des enfants », le ministre envisage de légiférer, si son parti est reconduit au pouvoir en octobre.

La plateforme caquiste sera rendue publique au cours des mois prochains. Déjà, le PLQ a présenté la sienne, qui prévoit un congé de cotisations au Régime de rentes du Québec pour les 62 ans et des places en services de garde à 8,70 $ « pour tous ».

Québec solidaire (QS), le Parti québécois (PQ) et le Parti conservateur du Québec (PCQ) n’ont pas non plus déposé leur programme électoral. QS s’est toutefois engagé à obliger les entreprises à offrir quatre semaines de vacances par année à leurs employés après un an de services. Le PQ prévoit notamment dans son « projet national » de « réformer le processus de reconnaissance des diplômes ». Le PCQ souhaite, entre autres, revoir à la hausse le crédit d’impôt au prolongement de carrière des travailleurs d’expérience.

Source: Augmenter l’immigration ne réglera pas la pénurie de main-d’oeuvre, maintient Jean Boulet

Quebec tells federally regulated firms to guarantee use of French among employees

Federal response has been weak to date. Will be interesting to see the results of expected court cases:

The Quebec government is giving companies in federally regulated sectors one month to begin complying with new requirements to guarantee the use of French in their workplaces.

The move comes as Ottawa’s plans to modernize the country’s Official Languages Act, which will include new rules for federally regulated companies, are still being debated in Parliament.

Federally regulated sectors include banking, telecommunications and transportation, which were not under the legal purview of the Quebec government until the recent adoption of a new language law known as Bill 96.

Source: Quebec tells federally regulated firms to guarantee use of French among employees

Chouinard: Demandeurs d’asile largués [childcare subsidies]

Of note:

La décision de Québec de porter en appel un jugement qui redonnait enfin aux demandeurs d’asile le droit aux garderies subventionnées, et ce, après quatre ans d’interdit, traduit une politique migratoire insensible à la vulnérabilité des citoyens en attente d’un statut. Les organismes de défense des droits de ces demandeurs, qui ont un permis de travail mais ne peuvent l’utiliser faute de moyens, ont raison d’être exaspérés.

Ce dossier à la fois complexe et d’une simplicité désarmante nourrit les manchettes depuis quatre ans. En avril 2018, le gouvernement libéral de Philippe Couillard a décidé sans crier gare de réinterpréter l’article 3 du Règlement sur la contribution gratuite de la Loi sur les services de garde éducatifs à l’enfance. Alors que cet article donnait jusque-là accès aux garderies à 8,70 $ par jour à tout titulaire d’un « permis de travail et [qui] séjourne au Québec principalement afin d’y travailler », une nouvelle lecture de cet article a exclu les demandeurs d’asile, qu’on a jugés présents au Québec pas « principalement » pour travailler. Du jour au lendemain, cette catégorie de migrants s’est donc retrouvée privée d’accès aux services de garde subventionnés, et ce, malgré le fait qu’ils détenaient un permis de travail.

En prenant le pouvoir en 2018, la Coalition avenir Québec (CAQ) n’a pas jugé bon d’annuler la décision du précédent gouvernement, qui avait soulevé l’ire de tous les groupes de défense des droits des réfugiés et des demandeurs d’asile. L’accès à la garderie subventionnée revêt une importance capitale dans la vie de personnes nouvellement arrivées au Québec et qui désirent s’intégrer, travailler et apprendre le français. Pour les enfants, cet accès est capital. Même les arguments économiques ne tiennent pas la route pour justifier cet entêtement obscur de Québec à exclure ce groupe de citoyens de l’accès à la garderie, car, faute de moyens financiers, plusieurs mères doivent renoncer à travailler, et ce, même si elles détiennent un permis de travail. En pleine pénurie de main-d’oeuvre, c’est d’une absurdité sans nom.

Les médias ont rapporté nombre d’histoires invraisemblables : des mères célibataires forcées de se rabattre sur l’aide sociale et de refuser nombre d’offres d’emploi, car le prix d’une garderie privée — environ 50 $ par jour, contre 8,70 $ dans les garderies soutenues par Québec — équivalait littéralement au montant mensuel de leur loyer. Alors que les pénuries de main-d’oeuvre dans nombre de secteurs cruciaux sont en train de créer un Québec vivant sur le mode gruyère, avec des trous béants dans son offre de services essentiels, on tournerait le dos à un groupe de travailleurs prêts à s’intégrer dans la société québécoise par le truchement du travail ?

Québec prétexte le fort afflux de migrants, les listes d’attente pour les garderies subventionnées et les délais d’attente déraisonnables imposés par le fédéral pour justifier son refus de relire avec justesse l’article 3 du Règlement ; mais la vérité est qu’il ajoute lui-même des embûches sur la route déjà tortueuse de l’intégration des migrants. En outre, et cela est une véritable disgrâce pour un gouvernement dont le slogan de la dernière campagne électorale dans le dossier d’immigration était « en prendre moins, mais en prendre soin », l’interprétation de la CAQ prend pour cible un groupe vulnérable. C’est en totale contradiction avec toutes les politiques humanitaires de soutien aux demandeurs d’asile.

Il a donc fallu se tourner vers les tribunaux pour savoir si Québec avait erré en décidant de proposer une nouvelle lecture de l’article 3. Fin mai dernier, le juge Marc St-Pierre, de la Cour supérieure, a décrété que oui. « [Le Tribunal] déclare que l’article 3 du Règlement sur la contribution réduite a été adopté sans habilitation législative et est par conséquent ultra vires et nul », a-t-il conclu, ce qui a provoqué un immense soulagement du côté des organismes qui s’agitaient depuis quatre ans pour ce revirement de situation. La victoire fut de courte durée, car le 7 juillet dernier, Québec a décidé d’en appeler de la décision. C’est navrant.

À l’approche d’un 3e Sommet de l’immigration, qui doit normalement se tenir en novembre prochain, il serait intéressant de valider la cohérence de l’ensemble des politiques d’immigration et des pratiques de terrain, car l’ensemble de l’oeuvre laisse poindre nombre de ratés et d’invraisemblances qui nuisent aux objectifs économiques et aux politiques sociales du Québec. On a fait grand cas des seuils d’immigration, résumant le dossier à une affaire de chiffres, alors que le coeur du travail se trouve dans l’intégration — ratée — de ceux qui y sont.

La souque-à-la-corde qui se joue entre Ottawa et Québec autour de ce dossier crucial ne vient d’aucune manière donner de l’air au Québec, il faut le rappeler. Ottawa est empêtré dans une lourdeur administrative et des délais qui font honte, et dont pâtit le Québec. Mais celui-ci doit honorer ses promesses envers les personnes à qui il ouvre sa porte et leur permettre d’accéder de la manière la plus rapide et la plus digne au marché de l’emploi.

Source: Demandeurs d’asile largués