Le grand virage de l’immigration

More Quebec coverage of the dramatic shift to temporary workers while the Legault government maintains stable levels of permanent residents, somewhat hypocritically:

Intégration, capacité d’accueil, résidents permanents : pendant que les débats sur l’immigration se focalisent sur la cible de 50 000, ce sont au moins trois fois plus de gens chaque année qui arrivent au Québec avec un permis temporaire ou qui le renouvellent. Les chiffres et les experts sont sans équivoque, c’est un véritable virage de l’immigration qui s’opère en silence.

« Parler des niveaux permanents est absurde et obsolète, puisque l’outil principal est devenu l’immigration temporaire », exprime Stephan Reichhold, directeur général de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI). « Parler seulement de résidents permanents n’illustre pas réellement la réalité au Québec », poursuit-il.

« C’est un faux débat de parler du seuil [de 50 000], car ils viennent de toute façon sur des voies temporaires », affirme aussi Denis Hamel, vice-président des politiques de développement de la main-d’oeuvre au Conseil du patronat du Québec (CSQ).

Ce déséquilibre vers le temporaire est incontestable, dit-il, et les employeurs membres du CSQ le constatent sur le terrain. « Mettez-vous dans la peau de l’employeur qui doit pourvoir un poste vacant. Il a trouvé un candidat à l’étranger, qui arriverait idéalement comme résident permanent, mais c’est quasi impossible en ce moment. Alors il [l’employeur] prend une voie plus rapide, une voie de contournement », expose-t-il en détail.

C’est « l’arbre qui cache la forêt », affirme également Mireille Paquet, titulaire de la Chaire de recherche en politique de l’immigration de l’Université Concordia.

La professeure y voit une certaine contradiction : « Le gouvernement dit pouvoir régler nos problèmes sans avoir recours à l’immigration. Mais c’est du discours, pas la pratique réelle. »

La « pratique réelle » est que le nombre d’immigrants continue de grimper, mais en passant par des catégories temporaires, disent d’une seule voix ces trois observateurs d’horizons différents.

Qui en est responsable ?

Ce virage date de plusieurs années, mais il s’est considérablement accéléré depuis la venue de la Coalition avenir Québec au pouvoir.

En quoi le gouvernement de François Legault peut-il en être responsable ? Les travailleurs étrangers temporaires — autant en agriculture que ceux hautement qualifiés — sont recrutés par les entreprises elles-mêmes. Les étudiants étrangers veulent décrocher un diplôme québécois. Les demandeurs d’asile arrivent par leur propre volonté et leurs propres moyens sur le territoire.

L’immigration temporaire et celle permanente sont considérées comme des vases communicants. La pénurie de main-d’oeuvre s’est vraiment amorcée depuis 2016, situe M. Hamel. Mais c’est maintenant, « étant donné le plafond [de résidents permanents] imposé par le gouvernement, que les employeurs se tournent vers les [résidents] temporaires, de gré ou de force », précise-t-il ensuite.

Là où le discours converge aussi avec la pratique est que Québec s’est exclu de la création de voies d’accès vers la résidence permanente. Les réformes durant le premier mandat caquiste ont notamment restreint les possibilités d’accéder à ce statut pour les personnes sans formation collégiale ou universitaire. « On a autant besoin d’ingénieurs que de bons soudeurs, alors pourquoi discriminer selon les diplômes ? » demande Denis Hamel.

À la demande répétée des employeurs, Québec a aussi mis en place des mesures pour favoriser le recrutement des travailleurs étrangers temporaires, et donc affiché son intention de miser davantage sur ce type d’immigration plutôt que de toucher aux seuils. Le ministère provincial de l’Immigration note dans son plan pour 2022 qu’il souhaite « appuyer les employeurs » pour « augmenter le nombre » de travailleurs étrangers temporaires.

Dans le reste du Canada, l’immigration temporaire est en forte hausse, mais Ottawa a pris une voie différente en créant davantage de voies d’accès à la permanence pour puiser dans ce bassin plus rapidement.

« Le nombre de personnes qui deviennent résidents permanents en ayant déjà eu un statut temporaire est énorme », a ainsi résumé le ministre fédéral de l’Immigration, Sean Fraser, l’automne dernier.

Plusieurs catégories d’immigration

Le nombre de 50 000 résidents permanents est une cible annuelle. Pour la comparer, il faut donc utiliser les données pour chaque année et pour chaque catégorie de temporaires. Il y avait en tout plus de 145 000 titulaires de permis temporaires en 2021, et au moins 181 000 en 2022, selon les données disponibles jusqu’en octobre ou en novembre, selon les catégories.

Il peut s’agir de personnes qui entrent nouvellement sur le territoire, ou encore qui se trouvaient déjà ici et renouvellent leur permis temporaire.

La grande boîte des temporaires, telle qu’illustrée dans notre graphique, regroupe des situations diverses. Les possibilités de devenir résident permanent varient grandement d’une catégorie à l’autre. Ces différents programmes et catégories ont néanmoins une chose en commun : une date d’expiration sur le papier qui donne le droit d’être sur le territoire québécois.

Il y a d’abord les étudiants internationaux, qui détiennent aussi le droit de travailler, un droit sans limites d’heures depuis novembre dernier.

Il y a ensuite le vaste Programme de mobilité internationale (PMI), composé de 70 sous-catégories telles que l’Expérience internationale Canada ou la trentaine de programmes vacances-travail (PVT). Ces immigrants temporaires sont souvent diplômés ou « qualifiés », mais peuvent aussi avoir des permis fermés.

Et enfin, les deux catégories considérées comme les plus précaires : les demandeurs d’asile et les travailleurs étrangers temporaires. Les uns vivent dans l’incertitude de voir leur statut de réfugié reconnu, un processus qui prend actuellement deux ans. Les autres, les travailleurs étrangers temporaires, arrivent sur le territoire avec un permis portant le nom d’un seul employeur ; ils ne peuvent donc pas être embauchés ailleurs au terme de leur contrat.

Ce stock de nouveaux permis temporaires s’ajoute à un bassin de résidents temporaires déjà sur le territoire, grâce à des contrats ou à des permis d’études chevauchant plusieurs années par exemple. Résultat, le nombre de résidents non permanents (temporaires) comptabilisés par Statistique Canada a presque triplé en 10 ans.

Au 1er juillet 2022, l’effectif des résidents non permanents était de 290 000 personnes au Québec, soit plus de 3 % de la population totale de la province.

En posant l’hypothèse que ces « non permanents » veulent s’installer au Québec, il faudrait donc près de six ans pour leur octroyer un statut permanent avec le plafond actuel.

Goulot d’étranglement et conséquences

« On croit que la majorité des résidents temporaires souhaitent rester. Mais pour obtenir la résidence permanente, le nombre de “places” est limitée à 50 000. Ça veut donc dire que les délais s’allongent sans mesure, on s’en va vers une crise et on va perdre beaucoup de monde dans ce goulot d’étranglement », dit M. Reichhold.

Ce virage s’opère silencieusement puisqu’il « n’a jamais été discuté d’un point de vue politique », dit Mireille Paquet. Ces gens temporaires ne répondent peut-être pas « aux idéaux linguistiques et culturels du gouvernement », mais la professeure croit que le Québec « ne peut pas faire l’économie de cette discussion difficile ».

Au-delà des chiffres, « c’est un changement de paradigme », ajoute-t-elle : « L’approche historique du Canada est que les gens arrivaient avec la résidence permanente. C’est toujours comme ça qu’on a compris l’immigration. »

« On perd l’élément intégration et [le fait de pouvoir] dire que ces gens font partie de notre société, ce qui était à la base de notre philosophie », renchérit Stephan Reichhold.

Peu importe le programme utilisé, le statut temporaire induit davantage de vulnérabilité, disent-ils aussi. « Empêcher les gens de se projeter vers l’avenir est paradoxalement un frein majeur à l’intégration », affirme Stéphanie Arsenault, professeure de travail social à l’Université Laval.

« La précarité nuit aussi aux employeurs », note quant à lui M. Hamel, à cause du roulement de personnel et des démarches administratives très lourdes.

Ce virage remet aussi en question l’idée qu’une immigration trop rapide mettrait la cohésion sociale à risque, selon M. Reichhold. « Pour les dizaines de milliers, voire des centaines, de temporaires, ça se passe relativement bien. Ils ont déjà un travail ou font des études, ils occupent un logement et ils consomment. Il n’y a pas de signal de saturation », insiste-t-il.

« Si ce qui nous importe est de savoir si tous ces gens sont capables de trouver de l’emploi au Québec, on le sait, ils sont déjà ici », réitère Mireille Paquet.

La journaliste Sarah R. Champagne a participé au documentaire Essentiels, qui sera diffusé à Télé-Québec le mercredi 25 janvier à 20 h.

Source: Le grand virage de l’immigration

Expliquer le racisme, ce n’est pas culpabiliser les Blancs: Réplique à Lisée

More on the Lisée column:

Dans sa chronique de mercredi, « Les boomers, ces racistes ! », Jean-François Lisée critique une vidéo éducative dont je suis l’auteur, intitulée Racisme, ses origines, son histoire et lue par le professeur Laurent Turcot.

Selon le chroniqueur, ma vidéo nous apprend que « ce n’est qu’en Occident qu’on “retrouve une discrimination parfaitement assumée” ». Voici l’extrait complet : « Naturellement, le racisme n’est pas exclusif aux Blancs ou encore au monde occidental, mais c’est seulement en Occident qu’on va retrouver le paradoxe de sociétés supposément égalitaires et où on retrouve également une discrimination parfaitement assumée. »

Cet extrait, qu’on entend dans la première minute de la vidéo, infirme les intentions que me prête le chroniqueur, qui m’accuse de véhiculer une « fausseté historique ». Je n’ai jamais prétendu que le racisme était exclusif à l’Occident. J’affirme même le contraire dans cette phrase qui n’est citée qu’à moitié. Par contre, il est vrai que ce n’est qu’en Occident qu’on maintenait l’institution de l’esclavage tout en prétendant que « tous les hommes naissent libres et égaux ». Les pays africains ou arabes où se pratiquait l’esclavage ne prétendaient pas partager ces idéaux universels.

Le chroniqueur poursuit : « D’ailleurs, “il faut attendre que les Européens découvrent l’Afrique noire pour qu’on puisse commencer à parler de racisme comme on l’entend aujourd’hui”. » Voilà une autre phrase citée hors contexte et vidée de son sens. Cet extrait de la vidéo explique qu’avant la Renaissance, la discrimination oppose des Blancs à d’autres Blancs — les Slaves réduits en esclavage par l’empire germanique, par exemple. Ce n’est qu’avec l’exploration de l’Afrique subsaharienne et le début du commerce des esclaves qui s’ensuit que commence l’association entre peau noire et servilité. L’objectif de la vidéo est d’expliquer comment le racisme en Occident a évolué au fil des siècles et non pas de pointer les Blancs du doigt.

Selon M. Lisée, « les jeunes sortant de ce visionnement seraient choqués d’apprendre que l’esclavage a été présent sur tous les continents, que les Africains le pratiquaient entre eux avant l’arrivée des Blancs, que les Autochtones d’Amérique le pratiquaient entre eux avant l’arrivée des colons européens ». Les jeunes seraient choqués d’apprendre cela uniquement si les enseignants d’éthique et culture religieuse se contentaient de laisser cette vidéo donner le cours pour eux. Pour avoir participé à la formation de plusieurs cohortes de futurs enseignants, j’ose croire que ce n’est pas le cas.

Dernier reproche que m’adresse le chroniqueur : « Pas un mot non plus sur le fait que les Québécois francophones furent victimes de racisme, ou du moins de discrimination linguistique. » La vidéo vise un large public et ne s’adresse pas spécialement aux élèves québécois. Mon objectif était de résumer en 20 minutes l’histoire du racisme en Occident. J’ai donc dû faire des choix. Pourquoi parler des Québécois plutôt que des Bretons, des Catalans ou de n’importe quelle autre minorité linguistique ? Lorsqu’on parle du racisme au XXe siècle en Occident, il me semble plus parlant de décrire l’antisémitisme allemand, la ségrégation américaine et l’apartheid sud-africain.

La critique de M. Lisée repose sur les intentions qu’il nous prête, à moi et à l’enseignante citée dans sa chronique : culpabiliser les Blancs en général et les Québécois en particulier. C’est un réflexe hélas répandu chez certains nationalistes, qui se placent sur la défensive dès qu’on leur parle de racisme. Si on n’affirme pas en caractères gras qu’il s’est fait pire ailleurs, que le racisme existe aussi au Canada anglais, que Montréal n’est pas Detroit et que la Nouvelle-France n’était pas la Nouvelle-Espagne, on nous reproche de faire le procès du Québec. Et une vidéo éducative se fait accuser d’être de la propagande alors qu’elle cherche seulement à expliquer et à faire réfléchir.

Jean-François Lisée a bien raison d’estimer que ma vidéo ne suffit pas à faire comprendre « la réalité du racisme et de l’antiracisme au Québec ». Je ne prétends pas le contraire, puisque tel n’a jamais été mon objectif. Je regrette toutefois de voir mon travail être considéré comme faisant partie de « la bouillie mensongère et culpabilisatrice » dénoncée par le chroniqueur.

Réplique du chroniqueur

Cher Alexandre Dumas,
D’abord, encore bravo pour vos récents ouvrages sur l’époque duplessiste. Je ne vous tiens évidemment pas pour responsable des lamentables propos tenus dans le reste du cours, mais permettez-moi d’insister : il est faux d’affirmer, comme vous le faites dans cette vidéo, que la discrimination sur la base de distinctions raciales est née avec le trafic occidental d’esclaves noirs. L’esclavage des Vietnamiens par les Chinois est vieux de 2000 ans, celui de Blancs européens par l’Empire musulman y est également antérieur et « parfaitement assumé ». Il n’est par ailleurs pas question d’être, comme vous le dites, à l’offensive ou sur la défensive sur la question du racisme et de l’esclavage, mais de respecter la réalité historique et de reconnaître à la fois la cruauté du racisme, la bravoure de ceux qui l’ont fait reculer et les réels progrès. Ainsi, j’ai été peiné de constater que vous attribuez les grandes avancées antiracistes états-uniennes des années 1960 à des impératifs de politique africaine de Washington plutôt qu’au colossal travail de Martin Luther King et des Noirs américains appuyés par un grand nombre de Blancs, dont plusieurs juifs, qui ont mis leur vie en danger pour cette cause.

Bien cordialement,
Jean-François Lisée

Source: Expliquer le racisme, ce n’est pas culpabiliser les Blancs

Lisée: Les boomers, ces racistes!

Of note, how good program intentions can go wrong:

Revêtus de notre cape d’invisibilité, assoyons-nous à l’arrière d’une classe de cinquième secondaire de la région de Montréal en ce frisquet mois de janvier pour être instruit sur le problème du racisme dans le cours Éthique et culture religieuse.

Nous avons d’abord droit à une définition classique du racisme : la conviction que certaines races sont supérieures aux autres. Bien. Qu’en est-il chez nous ? « Selon les chiffres de Statistique Canada, Statistique Québec, affirme l’enseignante, 59 % des Québécois se prétendent racistes. 59 %, c’est énorme. Alors, quand le gouvernement dit qu’on n’est pas racistes, c’est pas vrai, hein. Les chiffres parlent plus fort que les mots. »

Ça commence fort. Ce pourcentage existe : il vient d’un sondage Léger de 2007 et cumule les réponses « fortement, moyennement ou faiblement racistes ». Léger n’avait cependant pas demandé si les Québécois estimaient certaines races supérieures aux autres. Angus Reid l’a demandé pas plus tard qu’en 2021 et a trouvé que 9 % des Québécois partageaient cette odieuse conviction, comparativement à 12 % des Canadiens et (cramponnez-vous) à 18 % des membres des minorités visibles.

Mais ne chipotons pas, continuons d’écouter la prof qui assène cette vérité : « Le Québec est la province la moins tolérante et la moins accueillante du Canada. » Mais d’où vient notre propension à autant détester l’autre ? Pas des générations dont font partie la prof et ses élèves, précise-t-elle. Alors qui ? Voici l’extrait complet de l’enregistrement audio qu’une bonne âme m’a fait parvenir : « Ça s’explique avec la génération des baby-boomers — vous connaissez ? —, donc ceux qui ont grandi dans les années 1950 et 1960. Et qu’est-ce qui est arrivé de majeur dans les années 1950 et 1960 ? Il y a eu des grosses vagues d’immigration. Ç’a créé un choc culturel que certains d’entre eux n’ont pas encore digéré. Nous, on est habitués de vivre avec d’autres cultures, mais cette génération-là, au départ, ne l’était pas.  » Heureusement, ce problème va finir par disparaître de lui-même.

Mais il continue de sévir car, nous dit l’enseignante, « le taux de discrimination au travail est de 57 % ». Je n’ai pas trouvé de source pour ce taux et, s’il est certain que la discrimination à l’embauche est bien documentée, la situation actuelle (2021) est que le taux d’emploi des Québécois issus de l’immigration est supérieur (69 %) à celui des Québécois de souche (63 %).

Mais ne chipotons pas. Les élèves visionnent ensuite un documentaire de 20 minutes de l’historien Julien Talbot intitulé Racisme, ses origines, son histoire. On y apprend que ce n’est qu’en Occident qu’on « retrouve une discrimination parfaitement assumée ». D’ailleurs, « il faut attendre que les Européens découvrent l’Afrique noire pour qu’on puisse commencer à parler de racisme comme on l’entend aujourd’hui ». On peut — et l’on doit — dénoncer jusqu’à plus soif le racisme occidental, mais les jeunes sortant de ce visionnement seraient choqués d’apprendre que l’esclavage a été présent sur tous les continents, que les Africains le pratiquaient entre eux avant l’arrivée des Blancs, que les Autochtones d’Amérique le pratiquaient entre eux avant l’arrivée des colons européens.

Motus aussi sur le fait, non contesté, que la plus grande opération mondiale d’esclavage de l’histoire fut musulmane, les États musulmans ayant cumulativement mis environ un million de chrétiens en esclavage à partir du XVIe siècle. Pas un mot non plus sur le fait que les Québécois francophones furent victimes de racisme, ou du moins de discrimination linguistique.

Bref, en 55 minutes, le cours réussit à cumuler une fausseté historique — le racisme est occidental —, une fausseté nationale — les Québécois sont massivement racistes —, une fausseté canadienne — le Québec est l’endroit le plus raciste au Canada — et une fausseté générationnelle — c’est la faute des baby-boomers. C’est beaucoup.

Je ne jette pas la pierre à cette enseignante, car elle relaie le discours dominant. Mais à l’heure où l’on invente un nouveau cours de citoyenneté québécoise pour remplacer le cours ECR, il faut saisir l’occasion de mieux enseigner à nos jeunes ce que sont le racisme et l’antiracisme.

D’abord, en donnant un portrait juste de l’universalité du racisme et de l’esclavage. Ensuite, en expliquant comment, au sein de l’Amérique du Nord et du Québec, les forces d’oppression et de libération se sont opposées à travers les siècles. Il faut avoir la franchise de parler à la fois de l’esclavage autochtone, de celui qui a eu cours en Nouvelle-France, puis d’indiquer que c’est au Québec que ce fléau a été aboli de facto avant qu’il ne le soit dans le reste du Canada, dans l’Empire britannique et aux États-Unis. C’est aussi d’abord au Québec que les Juifs ont été reconnus comme des citoyens à part entière, avant le reste de l’empire.

Et si on tient à parler des baby-boomers, admettons qu’ils n’ont certes pas réussi à juguler le racisme envers les Autochtones, les Noirs ou les Arabes, mais qu’ils ont ouvert grands les bras aux réfugiés chiliens, vietnamiens et haïtiens alors même qu’ils se battaient contre des patrons qui refusaient de les embaucher, eux, dans des positions de pouvoir ou de leur parler dans leur langue. Et alors qu’ils se battaient, de l’autre main, pour les droits des femmes et des gais.

La réalité du racisme et de l’antiracisme au Québec déborde largement les cases caricaturales dans lesquelles on tente de l’enfermer. Enseigner à la future génération que depuis Champlain — le plus égalitariste de tous les colonisateurs européens — jusqu’aux baby-boomers, nous avons eu notre part de racistes et d’antiracistes, de brutes et de héros (et qu’au fil du temps, les seconds l’ont généralement emporté sur les premiers ), leur dire que ce juste combat leur incombera bientôt à eux, me semble autrement plus juste historiquement — et motivant pour les progrès à venir — que la bouillie mensongère et culpabilisatrice qu’on les force aujourd’hui à ingurgiter.

Source: Les boomers, ces racistes!

Stéphanie Chouinard and Andrew Parkin: The CPC needs to get back to bilingualism

Of note:

Over the last 20 years, only two of the past seven federal elections have produced majority governments. Governing and opposition parties alike have struggled to grow their popularity with Canadians. It is now Conservative Party of Canada leader Pierre Poilievre’s turn to try to break the logjam. 

To break through, the new leader needs to play both offence and defence. The attack comes more naturally for Poilievre, and concerns with the rising costs of living provides an ideal focus. Poilievre’s stinging criticisms align with the public mood: over the past year, inflation has surpassed COVID-19 as the top issue on Canadians’ minds

To win the next election, however, criticizing the Liberals’ handling of the economy won’t be enough. Poilievre should also address his own party’s weaknesses. Chief among these is the prolonged hangover from the 2015 election, when Conservatives engaged in what many saw as anti-immigrant dog-whistling. This undermined the party’s previous outreach to new Canadians and hampered its efforts to pick up seats in the country’s diverse — and seat-rich — cities and suburbs.

Poilievre now seems set to change course. His rhetoric calling for greater opportunities for Canadians regardless of their ethnicity is reminiscent of Diefenbaker’s push for a bill of rights. His disdain for gatekeepers is aimed partly at the roadblocks faced by immigrants seeking to settle in Canada. And his own family story — featuring his wife Anaida, an immigrant herself — cements his credentials as a leader who genuinely appreciates newcomers’ contributions to the country.

On immigration, CPC supporters are at least trying to meet him halfway. It is true that Conservative voters, on average, are less favourable to immigration than Liberal or NDP supporters. But this difference shouldn’t be misinterpreted. A slight majority of Conservatives currently disagree with the claim that there is too much immigration to Canada, and agree that we should be taking in more refugees fleeing conflicts. Three in four think immigration has a positive impact on our economy. Poilievre’s championing of struggling entrepreneurial newcomers is hardly going to tear his party apart.

Making progress on this front, however, should go hand in hand with rebuilding the party’s reputation on another key issue: official bilingualism. Much has been made of how well Poilievre himself speaks French — something that places him well ahead of his recent predecessors. But to make real gains in French-speaking areas of the country (both inside and outside of Quebec), it is the party’s personality that will count, not just the leader’s.

When it comes to language policy, this personality has been shaped by the CPC’s provincial counterparts. In 2018, Doug Ford announced he was shutting down the Ontario French-language commissioner’s office and cancelling funding for the Université de l’Ontario français — a decision that was met with public demonstrations the likes of which had not been seen since the Mike Harris era. In Alberta, both Jason Kenney’s budget cuts to Campus St-Jean and Danielle Smith’s failure to appoint a minister responsible for Francophone Affairs have cemented the UCP’s reputation as a government unfriendly to Franco-Albertans.

But without a doubt, the Conservative brand has been damaged most by New Brunswick’s premier, Blaine Higgs, a former member of the overtly francophobic Confederation of Regions (CoR) party. Since his re-election in 2020, his actions on official bilingualism have gone from dismissive to destructive, from his appointment of the former leader of the People’s Alliance (a party largely seen as the CoR’s heir) to the committee in charge of the review of the province’s Official Languages Act, to the cancelling of French immersion. In the country’s only officially bilingual province, these decisions are more than ill-advised; they are divisive. 

Poilievre thus has his work cut out for him if he is to re-brand his party as a safe choice for Francophone voters. He has already lost the CPC’s biggest asset: former official languages critic Alain Rayes left the party after the last leadership race. But the party’s base poses a bigger problem: fewer than three in ten CPC supporters think that bilingualism is a very important part of the Canadian identity. This is the lowest proportion since Environics first polled on this almost 40 years ago. While on multiculturalism, the party has decidedly become more supportive, on bilingualism, it has become less.

It is thus perhaps unsurprising that the proportion of Quebecers who sense that their language is under threat has never been higher. Canadians from the ROC tend to blame the province’s nationalist premier for fuelling Quebecers’ angst around language and culture. But as provincial governments outside Quebec erode rather than expand French-language services, and as commitment to bilingualism fades within the federal official opposition’s membership, a little less finger-pointing on the subject might be in order.

A leader’s ability to speak French is essential in Canadian politics, but it offers no short-cut to victory. To again form a majority government, CPC supporters, from coast to coast to coast, need to take a hard look at their vision of Canada and articulate a serious recommitment to official bilingualism as a modern value of Canadian society.

Stéphanie Chouinard is an associate professor in the Department of PoliticalScience at Royal Military College and at Queen’s University in Kingston. Andrew Parkin is the executive director of the Environics Institute for Survey Research. Find them on Twitter at @DrSChouinardand and @parkinac.

Source: Stéphanie Chouinard and Andrew Parkin: The CPC needs to get back to bilingualism

Poilievre veut miser sur l’immigration pour renflouer le système de santé

Of note, the general messaging (Chantal Hébert has a good analysis of CPC prospects Pierre Poilievre is unpopular in Canada’s second-largest province — and so are his policies):

Un gouvernement conservateur sous Pierre Poilievre reconnaîtrait les compétences des travailleurs étrangers en santé dans un délai de 60 jours, et ce, afin de désengorger le système de santé.

C’est ce qu’a affirmé le chef du Parti conservateur du Canada, lundi après-midi, dans le cadre d’un point de presse tenu à l’occasion d’une mini-tournée québécoise, où il a rencontré plus tôt dans la journée des familles dont un membre est touché par un trouble du spectre de l’autisme et des représentants de la Fédération des chambres de commerce du Québec.

Ces déclarations font écho à un engagement précédent formulé par M. Poilievre, qui souhaitait faciliter et accélérer la reconnaissance des compétences des travailleurs immigrants.

« Seulement 43 % des médecins immigrants et 37 % des infirmières immigrantes ont le droit de pratiquer leur métier, a déploré M. Poilievre. Pour ces candidats, les coûts de formation n’entrent même pas dans l’équation. Il suffirait d’attester de leurs compétences sur la foi de ce qu’ils sont en mesure d’accomplir, le tout dans 60 jours, plutôt que de se fier sur leur pays d’origine. »

Le député de Carleton, en Ontario, souhaiterait également que le programme de reconnaissance des acquis soit accessible aux candidats avant même leur arrivée au Canada, afin de raccourcir le processus le plus possible. Son gouvernement s’engagerait par ailleurs à soutenir 34 000 prêts pour tout autant d’immigrants établis au pays afin qu’ils puissent reprendre leurs études pour se mettre aux normes canadiennes.

Pour soulager le système de santé, le chef conservateur propose aussi de réduire les listes d’attente et d’accélérer l’approbation canadienne de traitements d’avant-garde éprouvés dans d’autres pays industrialisés.

Moins d’inflation et de paperasse

M. Poilievre a profité de sa brève allocution pour rappeler trois promesses que son parti s’engage à respecter s’il est porté au pouvoir.

Il propose d’abord une « loi du 1 $ pour 1 $», où son gouvernement retrancherait toute somme nouvellement investie d’un autre programme afin d’éviter d’endetter davantage les Canadiens, ce qu’il reproche à son homologue libéral.

« Les Canadiens sont en train de souffrir, nous sommes face à un taux d’inflation parmi les plus élevés des quarante dernières années », a déclaré M. Poilievre, qui plaide pour un meilleur contrôle des dépenses. « L’augmentation des coûts du gouvernement Trudeau, avec ses 500 millions de dollars de déficit inflationniste, a entraîné une augmentation du coût de la vie », a-t-il ajouté.

Le chef conservateur a par ailleurs promis de « rendre le travail payant » plutôt que de le punir, notamment en allégeant la fiscalité et les différents programmes gouvernementaux, le tout afin de remettre davantage d’argent dans les poches des travailleurs.

Enfin, le chef de l’opposition officielle à Ottawa s’est engagé à réduire la bureaucratie et la « paperasserie » imposées aux entreprises afin de les rendre plus productives, notamment dans les secteurs minier et hydroélectrique, pour planifier la transition écologique.

M. Poilievre sera de passage à Trois-Rivières et à Québec plus tard cette semaine pour « entendre le gros bon sens des Québécois et des Québécoises » dans l’optique de préparer le programme conservateur en vue de la rentrée parlementaire, plus tard ce mois-ci.

Source: Poilievre veut miser sur l’immigration pour renflouer le système de santé

Cornellier: Besoin de Montréal

Of note, Montreal vs the regions and the multiculturalism/interculturalism debates:

Si le Québec veut réussir dans le dossier de l’intégration des immigrants, il aura besoin de la contribution de la Ville de Montréal. C’est là, en effet, que la majorité des immigrants décident de vivre. En 2016, ces personnes représentaient 34,3 % de la population de Montréal, 28,5 % de celle de Laval et 20,3 % de celle de Longueuil. Dans le reste du Québec, les personnes immigrantes ne représentent qu’environ 4 % de la population. On voit donc toute l’importance qu’a la région montréalaise dans cette mission.

La Ville de Montréal est-elle à la hauteur des attentes québécoises dans ce dossier ? C’est la question que pose le politologue David Carpentier dans La métropole contre la nation ? (PUQ, 2022, 232 pages), un éclairant essai issu d’un mémoire de maîtrise. « Que fait concrètement la Ville de Montréal pour favoriser l’intégration de ces populations sur son territoire ? » demande Carpentier. Va-t-elle dans le sens préconisé par l’État québécois ou contredit-elle l’action de ce dernier ?

Carpentier est un chercheur. Son essai n’a rien de polémique. Il reste que sa conclusion selon laquelle « il se déploie ainsi dans la métropole une forme dissimulée de multiculturalisme donnant libre cours à une vie civique affranchie du cadre national » fera réagir à juste titre. Selon Carpentier, en effet, « les principes sur lesquels repose une certaine conception de l’intégration, établie par les processus démocratiques québécois, se voient court-circuités par la Ville de Montréal », sans véritable légitimité politique.

Selon la Constitution canadienne, l’immigration est une compétence partagée entre les provinces et l’État central. Les municipalités, quant à elles, jouissent des responsabilités que veulent bien leur déléguer les gouvernements provinciaux.

Au Québec, de plus, l’affaire se complique du fait que nous sommes une nation minoritaire dans un État dont la politique d’intégration, le multiculturalisme, entre en concurrence avec la nôtre, l’interculturalisme. À titre de « créatures de la province » sur le plan juridique, les municipalités devraient donc être soumises à l’application de la politique québécoise, mais un certain flou, dans cette dernière, vient gripper la machine.

Le multiculturalisme canadien est une politique officielle depuis 1971. Il « valorise la manifestation des particularismes d’ordre ethnoculturel, religieux et linguistique dans l’espace public », résume Carpentier, et affirme qu’il « n’existerait pas au pays une culture ou un groupe ayant préséance ». Comme le note le politologue, le Canada a beau jeu de ne pas insister sur la nécessité de l’intégration à une société d’accueil puisque la présence de cette dernière s’impose de fait, « étant donné le statut hégémonique de la tradition anglo-saxonne et sa réalité démographique majoritaire ».

Nation minoritaire, le Québec ne peut se permettre ce luxe, d’où son adhésion à l’interculturalisme, une « voie mitoyenne », précise Carpentier, entre l’assimilationnisme et le multiculturalisme. L’interculturalisme valorise le pluralisme, mais accorde une place prioritaire à la culture majoritaire d’accueil, à laquelle doivent s’intégrer les nouveaux arrivants et qui se fonde sur l’« égalité des genres, la démocratie, la laïcité, le français comme langue publique commune, l’État de droit [et] le respect des droits et libertés de la personne », résume le politologue. Or, ce modèle d’intégration n’a jamais été officialisé par le gouvernement du Québec, ce qui rend son application incertaine.

Dans certains documents publics, la Ville de Montréal affirme adhérer à un interculturalisme minimaliste. Dans les faits, toutefois, son action révèle souvent l’« adhésion tacite de la municipalité au modèle canadien et son contournement du discours que promeut l’État québécois », constate Carpentier.

Dans des interventions publiques, par exemple, le maire Coderre et la mairesse Plante ont tous deux plaidé pour une laïcité dite ouverte et pour plus de flexibilité dans l’usage de l’anglais. Ainsi, au nom de la différence montréalaise, ils ont contesté deux des principaux socles de l’interculturalisme québécois.

Selon Carpentier, les acteurs de la politique montréalaise d’intégration se diviseraient en deux camps : les partisans de l’interculturalisme, principalement des fonctionnaires et des chercheurs, et ceux du multiculturalisme, qu’on retrouve surtout chez les élus et les acteurs associatifs. Pour le moment, à cause du flou juridique et politique entourant le statut de l’interculturalisme, ce sont les seconds qui s’imposent, entraînant ainsi une dramatique « déconnexion » entre la métropole et le reste du Québec.

Qu’attend donc le gouvernement du Québec pour faire de l’interculturalisme sa politique d’intégration officielle sur tout le territoire national ? Ça devrait faire partie d’un programme sérieux de réveil national.

Source: Besoin de Montréal

Quebec’s social services under pressure by influx of asylum seekers

No surprise:

The influx of asylum seekers to Quebec is putting pressure on the province’s social services network, with homeless shelters in Montreal bearing the brunt.

France Labelle, with a youth homeless shelter in downtown Montreal, says a rising number of requests for beds is coming from asylum seekers, who she says compose about 10 per cent of her clientele.

Sam Watts, head of homeless shelters with the Welcome Hall Mission, says that homelessness in the asylum seeker population in Montreal is a relatively new phenomenon.

The federal government says that between January and November 2022, 45,250 asylum seekers arrived in Quebec, compared to 7,290 people for all of 2021.

Quebec Premier François Legault said last month that the province needed help from Ottawa to house, educate and integrate the rising number of asylum seekers in the province.

Labelle says shelters and other parts of Montreal’s social services network need appropriate resources to accommodate the increasing demand from would-be refugees.

Source: Quebec’s social services under pressure by influx of asylum seekers

Dutrisac: La prison pour asile

Interesting example of turning an opinion column on migrant detention centres into reinforcing Dutrisac’s legitimate concern over the declining weight of Quebec given its lower immigration levels, with a barb thrown in regarding McKinsey and Dominic Barton:

C’est en janvier 2017 que Justin Trudeau a lancé son tweet où il invitait « ceux qui fuient la persécution, la terreur, la guerre » à débarquer au Canada — « sachez que le Canada vous accueillera », écrivait-il. Six ans plus tard, le gouvernement fédéral a inauguré un nouveau centre de détention pour incarcérer certains demandeurs d’asile. On peut penser qu’à l’époque, un tel développement n’avait pas effleuré l’esprit du premier ministre canadien.

Dans ce tweet innocent, Justin Trudeau fait preuve d’une bonne dose d’inconscience, si ce n’est d’hypocrisie, car le Canada, aussi vaste et généreux le croit-on, ne peut raisonnablement accueillir les dizaines de millions de personnes qui sont forcées tous les ans de quitter leur pays.

Comme nous l’apprenait Le Devoir dans son édition de samedi, Ottawa a inauguré en octobre à Laval un centre de détention pour les demandeurs d’asile et les immigrants temporaires, ce qu’on appelle par euphémisme un « centre de surveillance ». Construit au coût de 50 millions, le nouveau centre remplace d’anciennes installations jugées vétustes. L’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), de laquelle relève le centre, en a profité pour augmenter le nombre de places pour le porter à 153, contre 109 pour l’ancien bâtiment. Seulement 66 « détenus » s’y trouvaient à la fin décembre, tandis que les centres correctionnels administrés par Québec en accueillaient une quinzaine. Les pensionnaires de cette prison fédérale « dorée », mais prison quand même puisqu’ils ne peuvent en sortir à moins d’être libérés, ont la particularité de n’avoir commis aucun crime qui justifierait leur détention. Des papiers qui ne sont pas en règle, des doutes sur l’identité du ressortissant étranger ou des risques de fuite sont évoqués par l’agence pour justifier cette mesure de « dernier recours ». Comme dans les vraies prisons, les détenus n’ont pas droit à leur cellulaire, ni accès à Internet ; on peut se demander pourquoi.

Les organismes de défense des libertés civiles comme Amnistie internationale dénoncent l’incarcération de ces migrants qui n’ont commis aucun crime. Contrairement au Québec et à l’Ontario, la Colombie-Britannique a mis fin à l’entente avec l’ASFC visant la détention de migrants dans des prisons provinciales. L’Alberta et la Nouvelle-Écosse ont annoncé qu’elles en feraient autant. Depuis 2015, il y aurait eu 8000 de ces détenus au Canada — la période de détention moyenne est de 22 jours —, dont 2000 dans des prisons provinciales et le reste dans les trois centres de détention de l’ASFC.

C’est relativement peu considérant les millions de ressortissants étrangers qui sont entrés au pays depuis huit ans. Au Québec, par exemple, les quelque 80 migrants détenus actuellement se comparent aux 36 000 demandeurs d’asile qui seraient entrés par le chemin Roxham dans la seule année de 2022, ce qui s’ajoute aux dizaines de milliers de demandeurs, déjà présents sur le territoire québécois, qui sont toujours en attente d’une décision d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Ou encore aux 150 000 demandeurs d’asile qui, selon Le Journal de Montréal, sont arrivés au Québec depuis cinq ans, soit 52 % du total canadien.

Or, que ce soit pour obtenir un permis de travail des autorités fédérales ou pour obtenir une réponse définitive sur le statut de réfugiés, les délais ne font que s’allonger. Pour les demandeurs d’asile qui passent par le chemin Roxham, ces délais peuvent s’étendre sur plusieurs années. Ceux dont la demande est rejetée ont le temps de s’établir ici avant de recevoir un avis d’éviction, éviction que nombre d’entre eux tenteront d’éviter en se réfugiant dans la clandestinité. Le système est dysfonctionnel, comme les autres volets de l’immigration. Dans ce contexte, on peut se demander à quoi peut bien servir la détention traumatisante d’une poignée de migrants.

Parmi les ministères fédéraux, c’est l’IRCC qui, depuis 2015, a dépensé le plus pour des conseils en gestion de la firme de consultants américaine McKinsey, a rapporté Radio-Canada. Or l’ironie, c’est que la désorganisation notoire de l’IRCC s’est aggravée en raison de l’accroissement pléthorique des seuils canadiens d’immigration, une recommandation de 2016 d’un comité formé par Ottawa et présidé par Dominic Barton, alors premier dirigeant mondial de McKinsey. Par la suite, le consultant a cofondé The Century Initiative, ou Initiative du siècle, un lobby qui promeut le projet de porter à 100 millions la population du Canada d’ici 2100.

Constater qu’à nos frais, nous participons dans ce pays, au sein duquel le Québec perdra inexorablement son poids démographique et donc politique, à une expérimentation sociale inédite concoctée par McKinsey n’a rien de rassurant.

Source: La prison pour asile

ICYMI: Quebec suspends Entrepreneur and Self-Employed Immigration programs for non-Francophones

Of note. Unclear whether many who entered under these programs remained in Quebec or, like the investor program, ended up elsewhere:

Some entrepreneurs who are hoping to immigrate to the province by way of the Quebec Entrepreneur Program (QEP) and the Quebec Self-Employed Program (QSP) will have to change their plans.

As of December 28 the programs are no longer available to immigrants who speak English.

In a press release announcing the decision last week, Immigration minister, Christine Fréchette called it the first step in strengthening the permanent immigration of francophones to Quebec.

“To say that this will be yet another measure that would help protect the French language in the province is greatly disappointing and frankly shocking,” said immigration lawyer Marc-Andrée Séguin.

Only 75 non-French speaking applicants per year were selected. There is no such quota for francophones.

Winston Chen –who spearheaded the entrepreneur programs in 2018– was disappointed to hear the news.

“We are just cutting off the pool of talent of entrepreneurs and potential entrepreneurs,” Chen said. “Now is not the time. We also have a shortage of entrepreneurs and shortage of new companies.”

Immigration experts argue the decision will only hurt Quebec.

“What we want is to make sure that Quebec is at the top,” said Christine Poulin, an immigration consultant. “We need people, we want to attract people who work with the top.”

Susan Harris, an artist from New York, was planning to move to Montreal and eventually open her own gallery.

“This summer I bought a place in Montreal and started to know some of the people in the arts and go to the galleries and to the museums,” said Harris. “Every trip made me more happy and more excited about doing this.”

But Harris received a letter in the mail last week notifying her that her application would not be processed.

“I don’t see where my application for residency as a technically non-French speaking person is jeopardizing to anybody or certainly to the French culture,” said Harris who says she has been making every effort to learn and speak French.

Immigration experts fear people like Harris will settle in other provinces and say the immigration ministry could have gone about it differently.

“They could have absolutely made the certificate of selection conditional on these applicants actually demonstrating a proficiency in French,” said Séguin. “But they could make that requirement at the end of the process rather than at the beginning.”

Premier François Legault made it clear during his speech at the opening of the 43rd session of the National Assembly that stopping the decline of French in the province is one of his top priorities.

According to Legault, Francophone immigration will be vital to achieving that goal.

Source: Quebec suspends Entrepreneur and Self-Employed Immigration …

Encore loin de la représentativité dans la fonction publique québécoise

Of note. But as in the case of the federal government, progress:

Le gouvernement du Québec tarde à atteindre ses objectifs d’accès à l’emploi pour les fonctionnaires des minorités visibles et ethniques. La fonction publique doit ajouter au strict minimum deux milliers d’employés issus de la diversité d’ici l’an prochain, mais le compte à rebours est bien amorcé.

Pour que « l’ensemble de la population du Québec puisse se reconnaître dans la fonction publique », Québec s’était fixé l’objectif que 18 % des employés de l’État fassent partie d’une minorité visible ou ethnique (MVE) en mars 2023. Or, selon des statistiques tout juste rendues publiques, le gouvernement est encore loin du compte.

Le 31 mars 2022, le taux de présence des personnes racisées parmi les quelque 60 000 employés de l’État s’élevait à 15,4 %, révèlent les données du Secrétariat du Conseil du trésor. C’est 1,4 point de pourcentage de plus que l’année précédente (14 %), mais encore loin de la cible réitérée l’an dernier par le Groupe d’action contre le racisme (GACR).

Mis sur pied lors du dernier mandat caquiste, ce comité interministériel n’a pas pu faire le bilan de ses actions en 2022 à temps pour les Fêtes. Celui-ci paraîtra « cet hiver, [donc] en 2023 », a indiqué au Devoir le cabinet du ministre responsable de la Lutte contre le racisme,Christopher Skeete. En décembre 2021, cependant, le ministre responsable de l’époque, Benoit Charette, avait convenu que la fonction publique en faisait « trop peu » en matière d’embauche de personnes racisées.

En quatre ans, la représentativité des personnes issues des MVE au gouvernement a grimpé de 4,1 points de pourcentage.

Des meilleurs aux pires

Le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration remporte, et de loin, la palme de la représentativité. En mars, près de la moitié (46,1 %) de ses employés provenait de la diversité, et l’ensemble de ses objectifs régionaux avaient été atteints. Au second rang : le ministère de la Famille, à 28,4 %, puis l’Économie, à 21,1 %.

Parmi les cancres, le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs — depuis scindé —, qui comptait dans ses rangs 3,4 % de personnes racisées en mars 2022. Non loin de là, le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles — lui aussi remanié cet automne — (8,9 %), ainsi que celui de la Culture et des Communications (10,9 %).Interrogé par Le Devoir à ce sujet, le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs n’a pas répondu dans les temps impartis. Son rapport annuel de gestion 2021-2022 indique cependant que sur 1112 nouvelles embauches, 63 personnes étaient issues des MVE.

Le ministère du Conseil exécutif, qui est piloté par l’équipe du premier ministre, atterrit aussi parmi les moins représentatifs. Au total, 8,3 % de ses employés sont des personnes racisées.

Dans son plan d’action déposé en décembre 2020, le GACR avait formulé cinq recommandations quant à l’emploi des minorités visibles et ethniques. « Pour faire de la fonction publique […] un employeur exemplaire », Québec s’engageait notamment à « négocier et à conclure, d’ici cinq ans, des ententes internationales en matière de reconnaissance des qualifications professionnelles » et à « garantir la présence d’au moins un membre provenant d’une minorité visible au sein de la majorité des conseils d’administration des sociétés d’État ».Le Secrétariat du Conseil du trésor, qui gère l’embauche des fonctionnaires, assure « met[tre] en place des actions pour soutenir les [ministères et organismes] dans l’atteinte des cibles ». « Au printemps et à l’automne 2021, le secrétaire du Conseil du trésor a transmis deux communications aux sous-ministres et aux dirigeants d’organismes afin de dresser le portrait de la situation et les inciter à mettre les efforts nécessaires en vue d’atteindre la cible de 18 % en 2023 », a écrit l’équipe des communications au Devoir vendredi.

Source: Encore loin de la représentativité dans la fonction publique québécoise