Des milliers de cours en francisation compromis

A noter (despite the Canada-Quebec accord generous funding):

De nouvelles règles budgétaires sèment la consternation auprès des organismes en francisation. Alors que les besoins ont grimpé en flèche dans les dernières années, ils disent ne plus pouvoir accueillir de nouveaux étudiants l’automne prochain. « Un problème créé par le fédéral », selon Québec.

« C’est beaucoup de personnes qu’on ne sera pas capables de franciser l’année prochaine », déplore Carl Ouellet, le président de l’Association québécoise du personnel de direction des écoles (AQPDE). Ce dernier évalue que « des milliers » d’étudiants en francisation seront touchés.

Interpellé par Le Devoir, le gouvernement se défend en invoquant « la pression exercée par l’immigration temporaire sur les services publics ».

« On consacre déjà plusieurs ressources de notre réseau de l’éducation afin de franciser les nouveaux arrivants, et ces ressources ont augmenté de façon très importante », a indiqué par écrit le cabinet du ministre de l’Éducation, Bernard Drainville.

De 2019 à 2024, le budget de la francisation est passé de 69 à 104 millions de dollars, et le gouvernement a décidé que la hausse allait s’arrêter là, explique-t-on. « On reconnaît tous que c’est important […], mais on doit aussi respecter notre capacité de payer. Les demandeurs d’asile ne sont évidemment pas à blâmer, c’est un problème créé par le fédéral », signale le cabinet.

Or selon Carl Ouellet de l’AQPDE, en plus de priver les immigrants de cours, la décision du gouvernement fait en sorte que les centres de services scolaires (CSS) qui font de la francisation ne seront pas payés pour des cours qu’ils ont déjà donnés depuis deux ans.

Au Québec, 40 % des cours de francisation sont prodigués par les CSS par l’entremise de ce qu’on appelle la formation aux adultes. Près de 21 000 personnes y étaient inscrites ce printemps à temps plein ou à temps partiel. Le reste des cours sont offerts dans des universités, des cégeps ou des organismes communautaires.

Moins de places

Les CSS reçoivent chaque année des subventions en fonction du nombre d’étudiants des années précédentes. Or le ministère de l’Éducation du Québec a revu sa méthode de calcul des subventions, ce qui crée un trou majeur dans leurs budgets.

« Je ne vais pas pouvoir prendre de nouveaux étudiants à la rentrée », se désole le directeur d’un centre de francisation qui a demandé l’anonymat pour ménager ses relations avec le ministère. Dans son CSS, la coupe correspond à plus de 10 % du budget et à une baisse de 25 % du nombre de places disponibles pour les étudiants. « Je vais engager moins d’enseignants et je vais diminuer la cadence », dit-il.

Pour l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire, c’est tout simplement illogique. « C’est renversant ! Ça va complètement dans l’autre sens que [celui du] discours politique qu’on entend », avance sa présidente, Kathleen Legault.

Le gouvernement du Québec table en bonne partie sur une meilleure offre en francisation pour contrer le déclin du français au Québec. Son plan d’action présenté en avril prévoyait des investissements de 320 millions de dollars afin d’améliorer l’usage du français chez les travailleurs étrangers.

Des risques pour le reste de la formation aux adultes ?

Dans ses échanges avec les CSS ces derniers jours, le ministère de l’Éducation du Québec montre du doigt le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI). Il avance que le MIFI ne lui a pas transféré suffisamment de fonds cette année pour compenser la hausse des demandes.

« Le maintien de l’enveloppe financière est en fonction de celle transférée par le MIFI pour la francisation », écrit-il dans une communication écrite aux responsables de la francisation des CSS dont Le Devoir a obtenu copie.

Le ministère invite ensuite les CSS à prendre moins d’étudiants pour régler leur problème budgétaire. « En limitant [le] nombre d’ETP [étudiants en équivalence au temps plein] lié à la francisation, ceci laissera une marge de manoeuvre… »

Kathleen Legault craint que d’autres étudiants des CSS écopent étant donné « la pression très grande en francisation ». « Est-ce que ça va mettre en péril le financement de la formation des jeunes adultes en retard d’apprentissage ? Parce que c’est offert dans les mêmes centres. C’est ça, le danger. »

Cette situation survient dans un contexte où la gestion de la francisation au Québec connaît des ratés. L’an dernier, le gouvernement avait créé l’organisme Francisation Québec pour mieux coordonner l’offre de cours. Or la moitié des demandes sont toujours en attente, selon un rapport déposé à la fin mai par le commissaire à la langue française Benoît Dubreuil.

Dans le même rapport, M. Dubreuil a relevé que le nombre total d’heures de formation offertes en 2023-2024 correspond à « environ 2 % de celui qui aurait été nécessaire pour que l’ensemble des personnes domiciliées au Québec qui ne connaissaient pas le français puissent terminer les niveaux débutants et intermédiaires ».

Source: Des milliers de cours en francisation compromis

Départ difficile pour l’embauche de demandeurs d’asile dans l’industrie du tourisme

A noter. Much less interest than expected:

Québec a lancé en mai 2023 un projet pilote pour trouver un emploi dans l’industrie du tourisme à 3000 demandeurs d’asile. Un an après le début de l’initiative, seulement une cinquantaine de personnes ont été embauchées.

Le plan, accompagné d’une enveloppe de 10 millions de dollars, vise l’embauche de 1000 personnes chaque année durant trois ans. Le projet pilote a été lancé par Québec au printemps, mais il fallut attendre l’automne avant que le tout ne prenne son envol, ce qui explique en partie le bilan provisoire de 50, bien inférieur au millier d’embauches espéré pour cette première année.

« Ça ne correspond pas aux attentes qu’on s’était données. La mise en place du projet a été longue », admet Xavier Gret, le directeur général du Conseil québécois des ressources humaines en tourisme (CQRHT), qui chapeaute le projet pilote.

« Qui dit projet pilote dit essais-erreurs. Ça fait quatre fois qu’on change [les façons de faire]. Ça demande un exercice important, d’intégrer ces personnes-là. »

Ce ne sont pourtant pas les volontaires qui manquent. Environ 3200 demandeurs d’asile se sont inscrits sur la plateforme du CQRHT, dont 68 % de francophones, selon les chiffres de l’organisme. Une formation obligatoire longue de plusieurs mois ralentit l’insertion en emploi, explique par ailleurs Xavier Gret. « On les suit. C’est assez lourd. Je préfère en avoir 50 et que ça se passe bien. […] On ne veut pas vivre les histoires d’horreur d’autres endroits sur les questions d’intégration. »

Des critères ont aussi été ajoutés « au fur et à mesure » pour assurer la rétention des employés. Plusieurs demandeurs d’asile ont fini par jeter la serviette puisqu’ils ne voulaient pas travailler les soirs ou les fins de semaine ou encore devoir quitter Montréal. « Au début, on avait des emplois à Brossard pour des gens à Montréal, mais ils ne voulaient pas aller à Brossard », précise le représentant du CQRHT.

Les trois quarts de ces demandeurs d’asile ont trouvé leur place en région, notamment parce que Laval et Montréal ont retrouvé un niveau d’emploi comparable à celui d’avant la pandémie, note le CQRHT. Quelque 22 000 postes vacants demeurent tout de même à pourvoir dans l’industrie québécoise du tourisme.

« Si c’est 50, c’est 50 de plus », soutient Véronyque Tremblay, p.-d.g. de l’Association Hôtellerie du Québec, qui dit avoir toujours confiance en l’importance de ce plan. De ce nombre, 35 ont trouvé un emploi dans l’hébergement, souligne-t-elle, souvent dans « des postes pas évidents à combler ».

« C’est la première année [d’un projet pilote de trois ans]. On y croit toujours », renchérit Martin Vézina, de l’Association Restauration Québec. « Pour le moment, on retient le chiffre de 50. Mais il y en a 300, dans le pipeline, qui s’en viennent. Faut nous laisser démarrer. »

Kateri Champagne Jourdain, ministre de l’Emploi et initiatrice du projet pilote, souhaite attendre davantage avant de tirer des conclusions. « L’été marque la haute saison touristique, et les organismes chargés du déploiement nous assurent qu’il y aura plus d’embauches dans les prochains mois. Nous serons alors plus à même de constater si l’initiative porte fruit », a répondu son cabinet par écrit.

Logement, productivité et paradoxe

Dans bien des endroits, le « filtre » du logement freine l’embauche de ces demandeurs d’asile, observe Jean-Philippe Chartrand, directeur du développement et du tourisme durable chez Tourisme Gaspésie. Une « minorité » d’entreprises en tourisme possèdent le luxe d’une chambre destinée à loger des employés. « Ça ne marche pas de dire : “Je t’offre un emploi ; tu te trouveras une place où dormir.” C’est pratiquement l’inverse aujourd’hui. »

Ensuite, « on n’a pas vu beaucoup de gens passer à l’acte ». Une quinzaine d’entreprises se sont montrées intéressées en Gaspésie, par exemple, mais une seule est finalement venue à la réunion d’information.

La pénurie de main-d’oeuvre cause un « paradoxe » chez les gestionnaires, ajoute Jean-Philippe Chartrand. « Nos chefs d’entreprise sont débordés à cause de la pénurie de main-d’oeuvre, au point où ils n’ont plus le temps de venir aux réunions pour parler de solutions à la pénurie. »

Devant ces difficultés, ils misent de plus en plus sur l’amélioration de la productivité afin de fonctionner « avec moins de main-d’oeuvre », avance-t-il, car ce virage offrirait plus de garanties sur le long terme.

Demandeurs d’asile contre travailleurs temporaires

Les employeurs se tournent toujours davantage vers les travailleurs temporaires pour pourvoir leurs postes. Or, les demandeurs d’asile qui se trouvent déjà au pays devraient être privilégiés, a fait valoir le gouvernement fédéral un peu plus tôt ce printemps.

Depuis le 1er mai, les employeurs doivent évaluer toutes leurs options avant de recruter des travailleurs temporaires, « y compris le recrutement auprès des demandeurs d’asile ayant un permis de travail valide au Canada », indique le règlement fédéral.

Ces personnes au passé parfois difficile doivent s’adapter au marché du travail québécois, mais leur embauche ne coûte rien aux entreprises. Engager un travailleur temporaire, en revanche, peut coûter des milliers de dollars en frais d’immigration

Source: Départ difficile pour l’embauche de demandeurs d’asile dans l’industrie du tourisme

Éditorial | La CAQ en quête de renforts

Le Devoir’s take of Canada-Quebec discussions on immigration and the related political considerations:

Le disque caquiste sur la trame de l’immigration temporaire et de la capacité d’accueil du Québec a si souvent tourné que François Legault se cherche de nouveaux auditeurs, contraint d’admettre qu’il n’a toujours pas réussi à influencer son principal interlocuteur fédéral. En implorant maintenant les Québécois de l’épauler enfin dans cette mission de persuasion contre Ottawa, le premier ministre du Québec devrait prendre garde de ne pas frôler ainsi dangereusement l’aveu d’échec.

La redondance était telle que les courriéristes parlementaires qui s’étaient déplacés au conseil général de la Coalition avenir Québec (CAQ), cette fin de semaine, ne se sont même pas donné la peine, ou presque, de faire état de cette énième sortie de François Legault contre le refus d’Ottawa de freiner l’arrivée croissante d’immigrants temporaires en sol québécois.

« Le problème, c’est leur nombre », a-t-il répété. Lequel « affecte les services que l’on donne à l’ensemble des Québécois » et « met de la pression sur la langue française ». « L’heure est grave pour notre nation », a-t-il renchéri, en se dédouanant par la même occasion des manques de services en santé et en éducation ou de l’offre insuffisante de logements.

« C’est le gouvernement fédéral qui a créé ce problème. C’est à lui de le régler rapidement », a-t-il plutôt ordonné. « Mais pour y arriver, j’ai besoin de l’appui des Québécois. Il faut que les Québécois convainquent le gouvernement fédéral d’agir rapidement », a-t-il supplié, dans son discours de clôture du rassemblement partisan.

Le jovialisme exposé par le premier ministre du Québec à l’issue de sa rencontre avec son homologue fédéral ce printemps était donc de toute évidence utopique. Là où François Legault avait choisi de voir de l’« ouverture » de la part de Justin Trudeau ne se cachait finalement qu’une banale et spécieuse politesse, à en croire le dépit qu’il affiche aujourd’hui.

L’octroi de visas n’a pas encore été resserré, malgré la demande du gouvernement québécois. L’exigence possible d’une maîtrise du français pour les travailleurs temporaires arrivant par le biais du Programme de mobilité internationale, qui relève d’Ottawa, n’avancerait pas non plus selon le camp québécois. Sa demande de remboursement de 1 milliard de dollars pour l’accueil de demandeurs d’asile risque quant à elle de n’être qu’en partie enfin accueillie.

Ne s’en remettre qu’à l’espoir d’un rapport de force avec le gouvernement fédéral, avec l’aide de la population québécoise cette fois-ci puisque celle d’une majorité parlementaire n’a pas suffi, semble mince comme stratégie. Rien n’indique que Justin Trudeau et ses ministres tendront soudainement l’oreille aux défis pourtant réels vécus sur le terrain au Québec. Leur obstination chronique indique tout le contraire. Or, le coffre à outils qu’avait laissé miroiter ce printemps le gouvernement caquiste pour forcer la main d’Ottawa semble finalement dégarni.

Quant à l’idée d’un référendum sectoriel, qu’il avait lui-même ravivée, François Legault rétorque que l’issue en est déjà connue, puisque la moitié des Québécois et les deux tiers des électeurs décidés ont confié à la firme Léger souhaiter le rapatriement des pouvoirs en immigration. Évacuer désormais cette possibilité lui évite surtout l’obligation de résultat, hasardeuse, qui s’ensuivrait.

Son gouvernement a donc préféré lancer de nouvelles propositions dans un tout autre champ d’action : la tenue d’une commission parlementaire spéciale et transpartisane sur les effets des écrans et des réseaux sociaux sur les jeunes Québécois. Si cette étude va de l’avant, il ne faudra pas moins en surveiller les recommandations, et surtout la probabilité qu’elles soient respectées, puisque les initiatives qui ont à l’étranger tenté tant bien que mal d’encadrer l’utilisation de plateformes Web ou de réseaux sociaux ont, en règle générale, échoué.

Alors que tous les yeux étaient rivés sur l’autre conseil national de la fin de semaine, celui de Québec solidaire (QS) à Jonquière, les caquistes auront été soulagés d’y voir émerger un possible début de trêve. Cette accalmie dans la guerre intestine qui guettait QS leur permet d’espérer que le débat politique perdurera également sur un axe idéologique politique plutôt qu’un retour à l’axe strictement indépendantiste, ce qui aurait menacé d’écarteler leur coalition. François Legault préférera de loin se colletailler avec l’adversaire de gauche solidaire.

Ce qui n’évacuera pas pour autant l’indéniable popularité bien installée du Parti québécois et de Paul St-Pierre Plamondon. Si la population ne répond pas à l’ultime appel de François Legault, et si le gouvernement de Justin Trudeau persiste à lui faire la sourde oreille, la CAQ aura-t-elle autre chose à proposer pour faire aboutir ses demandes en immigration ? Si la Coalition avenir Québec est alors forcée de s’avouer à court de solutions face au mur fédéraliste, c’est le Parti québécois, nourri de nouvelles munitions, qui s’en réjouira.

Source: Éditorial | La CAQ en quête de renforts

Montréal et Gatineau, l’immigration et les jeunes accélèrent le déclin du français, selon Québec

Ongoing concern one without easy solutions particularly for youth:

Malgré un maintien relatif de l’utilisation de la langue dans l’espace public, le déclin du français se poursuit, accéléré par l’immigration, par les habitudes de consommation des jeunes Québécois et par la situation à Montréal, indique le ministre de la Langue française, Jean-François Roberge.

« J’aimerais ça vous dire : “Oui, oui, c’est réglé !” Ce n’est pas le cas encore », a lancé l’élu caquiste à sa sortie du Salon bleu, mercredi, une petite heure après avoir déposé en chambre le plus récent Rapport sur l’évolution de la situation linguistique de l’Office québécois de la langue française (OQLF).

Rendu public tous les cinq ans, ce document fait une revue multidisciplinaire de l’usage de la langue de Molière au Québec. On y apprend notamment que le français dans l’espace public — une statistique sur laquelle s’appuyait le commissaire à la langue française, Benoît Dubreuil, dans un rapport en septembre — a très légèrement reculé entre 2007 (79,1 %) et 2022 (78,7 %).

Il y est aussi relevé que la proportion de personnes travaillant principalement en français est passée de 81,8 % en 2001 à 79,9 % 20 ans plus tard, en 2021. Sur la même période, l’anglais a progressé, passant de 12,3 % à 14 %.

Accosté par la presse parlementaire, mercredi, le ministre Roberge a tenu à rappeler qu’il « y a plusieurs indicateurs à surveiller ». « Tant mieux s’il y a des secteurs où on recule moins, où on a atteint un certain plateau, mais il reste qu’on n’a pas arrêté le déclin encore », a-t-il dit.

Trois « fractures »

L’élu caquiste a cerné « trois enjeux en particulier » dans le dossier du français. Il cite au premier chef la « fracture régionale » qui existe entre Montréal, Gatineau et le reste du Québec. Selon l’OQLF, 59,5 % des Montréalais s’exprimaient en français lorsqu’ils étaient à l’extérieur de la maison en 2022. Ce chiffre s’élevait à 63 % à Gatineau.

« On voit que Montréal et Gatineau sont des régions où il y a un écart très, très grand par rapport au reste du Québec », a soulevé M. Roberge mercredi.

Selon le rapport de l’OQLF, « la proportion de personnes parlant principalement le français à la maison a diminué dans chacune des RMR [régions métropolitaines de recensement] du Québec » de 2016 et 2021. « Cette diminution a cependant été plus prononcée sur l’île de Montréal, dans la couronne de Montréal et dans la RMR de Gatineau qu’ailleurs au Québec », peut-on lire.

« Maintenant, en ce moment, avec l’arrivée massive de travailleurs temporaires et de demandeurs d’asile, c’est sûr que ç’a un impact », a déclaré M. Roberge. Aux dernières nouvelles, plus de 560 000 immigrants non permanents résidaient au Québec, dont une part importante dans la région métropolitaine de Montréal.

Les données de l’OQLF montrent par ailleurs que tout près d’un tiers (31,6 %) des résidents non permanents ne parviennent pas à entretenir une conversation en français. « C’est une autre ligne de fracture », a lancé M. Roberge mercredi.

« Je l’ai nommé, je vais le redire encore aussi : quand on accueille 30 000, 35 000 étudiants non québécois anglophones au centre-ville de Montréal, qui après ont des emplois étudiants, ça aussi, ça contribue à angliciser les milieux de travail », a-t-il ajouté.

Beaucoup d’anglais chez les jeunes

Selon M. Roberge, la dernière « fracture » est « générationnelle ». D’après une étude de l’OQLF citée dans le rapport, 55 % des jeunes qui utilisent les réseaux sociaux affirment publier leur contenu « soit autant en français qu’en anglais, soit principalement en anglais ».

« Même parmi les jeunes francophones, la part de personnes publiant principalement en français n’était pas particulièrement élevée (52 %) », écrit l’Office.

À la période des questions à Ottawa, mercredi, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a reproché au premier ministre canadien, Justin Trudeau, d’« affaiblir le français », notamment chez les jeunes, avec ses politiques linguistiques. « On est préoccupés par le déclin du français qu’on voit à travers le pays, y compris au Québec », a rétorqué M. Trudeau, tout en affirmant que « ce n’est pas la minorité anglophone qui est une menace pour le français au Québec ».

Le ministre Roberge, qui a déposé le mois dernier un plan d’action visant à renverser le déclin de la langue, espère quant à lui « changer l’environnement » culturel des jeunes Québécois.

« Un jeune qui a 15, 16, 17 ans, s’il baigne dans un environnement culturel anglophone, bien il a plus de chances, évidemment, d’utiliser l’anglais au quotidien, de publier sur les réseaux sociaux en anglais, a-t-il soutenu mercredi. Quand il ouvre la télé, il n’ouvre pas la télé traditionnelle. Il va aller sur Netflix, il va aller sur Disney, il va aller sur toutes les plateformes de diffusion en continu. »

Alerté par un comité indépendant des risques pour la santé du français du manque de « découvrabilité » des contenus francophones, le gouvernement de François Legault s’est engagé, au début de l’année, à déposer un projet de loi pour forcer les plateformes numériques à mettre en avant davantage de contenus du Québec. « On va faire flèche de tout bois », avait affirmé en janvier le ministre de la Culture et des Communications, Mathieu Lacombe.

Plan d’action

Voilà deux ans presque jour pour jour que le gouvernement de la Coalition avenir Québec a adopté la loi 96. Cette vaste réforme de la loi 101 agit dans plusieurs sphères, avec pour objectif de protéger la langue française.

Le mois dernier, le ministre Roberge a rendu public le résultat des travaux du Groupe d’action pour l’avenir de la langue française. Dans son plan d’action, le gouvernement Legault s’engage à rehausser les fonds pour la francisation, à légiférer dans le domaine de la culture et à renforcer les exigences de français imposées aux nouveaux arrivants, entre autres.

« Donnons-nous le temps d’implanter nos mesures et de voir ce qu’elles vont changer. Si on doit aller plus loin, on le fera », a dit M. Roberge mercredi.

Interrogé au moment du dépôt de son plan d’action, l’élu caquiste avait refusé de se fixer un échéancier d’inversion du déclin du français. « Je pense qu’on va [l’]inverser […] très rapidement », avait-il dit.

Source: Montréal et Gatineau, l’immigration et les jeunes accélèrent le déclin du français, selon Québec

Le Devoir Éditorial | Un formulaire en échange d’un toit

To watch how these discussions progress or not:

…Il y a un bon moment que le Québec s’indigne à juste titre de l’apathie d’Ottawa dans ce dossier. Les deux gouvernements se disputent sur les chiffres, au point où cette querelle a paralysé les actions sur le terrain. La famille Aguamba en a vécu le contrecoup à la dure.

Québec affirme qu’en 2023, il a reçu plus de 65 000 des quelque 144 000 demandeurs d’asile entrés au Canada, soit 45 % de la totalité. Des données ouvertes d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) consultées par Le Devoir montrent une autre réalité, avec environ 35 % des entrées associées au Québec. L’écart s’expliquerait essentiellement par le fait qu’une proportion des demandeurs d’asile bel et bien entrés au Québec vogue ensuite vers d’autres provinces, dont l’Ontario.

Les ministres de l’Immigration des provinces et leur homologue fédéral, Marc Miller, ont convenu la semaine dernière de créer un comité fédéral-provincial dont la mission sera précisément d’étudier finement cette répartition des demandeurs d’asile entre les provinces, afin de mieux se disputer ensuite la part de la tarte financière. S’agit-il d’une diversion politique et d’une manière de pelleter vers l’avant un problème qui, pendant qu’on l’ausculte en comité, ne peut que s’aggraver ?

Ce comité est créé sous l’impulsion de la ministre de l’Immigration du Québec, Christine Fréchette, qui dit s’inspirer d’initiatives semblables tentées dans l’Union européenne, en Allemagne et en Suisse par exemple. Parlementer autour d’une meilleure répartition entre les provinces, pour décharger le Québec et l’Ontario d’une pression indue, est une idée à laquelle on ne peut s’opposer. Espérons que ce nouvel espace de dialogue servira à mettre sur pied des solutions constructives plutôt qu’à poursuivre une guerre de chiffres stérile.

Source: Éditorial | Un formulaire en échange d’un toit

Le Devoir Éditorial | Une fierté nationale mal placée

More of the proposed Quebec National Museum of History:

On ne peut pas reprocher à François Legault de manquer de persistance en culture. En dépit des quelques revers qu’il a essuyés en ces matières fortes en symbole, son engagement exalte un attachement inusable. Certains diront un attachement téflon tant il n’en fait qu’à sa tête. On en a eu une nouvelle preuve avec l’annonce en grande pompe de la création d’un nouveau musée national — une rareté qui aurait normalement dû lui valoir des hourras.

L’idée de se doter d’un Musée national de l’histoire du Québec n’est pas mauvaise, au contraire. La nation québécoise — irréductible mais fragile fleur francophone posée au creux d’un massif de vivaces anglophones envahissantes — vaut bien cet hommage que nombre de sociétés se sont offert avant nous. Notre fierté nationale pourrait même gagner gros à étendre ses bourgeons sur un tuteur aussi structurant.

Se doter d’un musée national est en effet une excellente façon d’honorer un legs compliqué, à la fois sombre et lumineux, qu’on a fâcheusement tendance à négliger au Québec. Pour cela, le regard que l’on pose sur notre histoire commune doit être capable d’accueil comme d’autocritique, en plus d’être scientifiquement irréprochable, a mis en garde un contingent de spécialistes déconcertés par ce lapin sorti sans consultation du chapeau de M. Legault.

C’est d’abord là que le bât blesse. Le gouvernement a eu beau s’adjoindre les conseils de l’historien Éric Bédard, cela ne l’a pas empêché de multiplier les bourdes en s’improvisant expert dirigiste là où on l’attendait plutôt en pollinisateur inspirant. Invité à préciser sa vision, le premier ministre a commencé par montrer l’étendue de ses oeillères. Notre histoire nationale, a-t-il expliqué, a commencé, rêvé et prospéré par et pour les Canadiens français. Et les autres ? Tous relégués au rôle ingrat de figurants.

Sa façon spécialement cavalière de minimiser l’apport des nations autochtones à la société québécoise est indigne d’une nation qui prétend parler d’égal à égal avec ces peuples. Quiconque replonge dans l’épopée de Champlain — point zéro du récit national caquiste, on le rappelle — sait pourtant qu’il ne pourra le faire sans s’enfarger dans tout ce que ces nations ont pu apporter aux premiers colons, puis plus largement à la société québécoise au fil du temps. Et pas qu’en adversité, mais aussi bien en émulation qu’en imagination.

Son silence radio sur l’apport des autres communautés — on pense aux vagues migratoires, mais aussi aux Anglos — a fait le reste, nourrissant une déferlante de malaises autant chez les spécialistes que chez nombre de Québécois qui ne se sont pas reconnus dans sa vision rétrécie de la nation. Il est vrai que, jusqu’ici, le discours politique n’a pas été à la hauteur des promesses qui viennent avec l’érection d’un musée national moderne, décomplexé et rassembleur.

Bien sûr, l’histoire n’est jamais neutre. Mais un musée digne de ce nom, même national, ne saurait se résumer à une vitrine politique, encore moins à la vitrine d’une seule vision politique. Les Québécois n’ont pas besoin d’un musée de pureté idéologique. Ce qui n’empêche pas le fait qu’il y a du bon dans le projet du gouvernement Legault. Les Espaces bleus n’avaient pas d’avenir : trop chers et sans vision commune. Le Musée national de l’histoire du Québec, érigé à même leurs cendres malheureuses, ne part pas grevé de la sorte.

D’abord, il plantera ses racines dans un écrin magnifique, le pavillon Camille-Roy du Séminaire de Québec, rénové au coût de 92 millions. Ensuite, il arrive sur un terrain encore fertile, celui des musées d’État. S’il est bien fait, son ajout au noyau formé du Musée d’art contemporain de Montréal, du Musée national des beaux-arts du Québec et du Musée de la civilisation (MCQ) permettra de repenser ce qui lie nos musées nationaux entre eux afin d’en faire un réseau exemplaire dont la solidité, si elle s’avère, percolera jusqu’aux musées régionaux.

Le rêve esquissé par François Legault se frottera bientôt à un réel qu’il a, en vérité, mieux balisé que son annonce mal ficelée. Le MCQ, qui aura la tâche de concevoir les contenus et d’aménager les espaces d’exposition de ce nouveau musée national, a en effet les ressources et le savoir nécessaires pour y arriver. Il pourra au surplus compter sur les lumières d’un comité scientifique, de même que sur celle d’un duo d’éclaireurs formé d’Éric Bédard et de Jenny Thibault, qui veilleront sur les destinées historiques et numériques du nouveau musée.

Espérons seulement que le gouvernement Legault aura l’humilité de s’appuyer sur leur vision commune pour la suite du projet. Car le bon récit national, celui qui a le pouvoir d’élever et de rassembler un peuple derrière lui, peut, oui, devenir un formidable legs, pour peu qu’il ne se conjugue pas qu’au « je ». Conjugué aussi au « nous », son engagement en faveur de notre fierté nationale pourrait même constituer un vigoureux — et redoutable ! — cultivar. S’il est planté dans un sol adéquat, bien sûr.

Source: Éditorial | Une fierté nationale mal placée

Yakabuski: Quebec’s new history museum proposes an ethnocentric vision of the province’s past

Of note:

….Truth be told, the term “museum” is a misnomer in this case. To go by his own descriptions, what the Premier seems to have in mind is a pantheon of Québécois heroes, from hockey greats Maurice Richard and Mario Lemieux to artists such as Céline Dion and Ginette Reno – all francophone Québécois, though he did allow that Leonard Cohen might also make the list. How big of him.

Source: Quebec’s new history museum proposes an ethnocentric vision of the province’s past

Visible minorities have difficulty accessing the labour market

While some interesting comparisons between Quebec and the rest of Canada, some of the methodology is odd. Why pick the 15-24 cohort given than many are in college or university rather than the 25-34 cohort which I and others use to avoid that issue.

While the general contrast between visible minorities and not visible minorities is valid, it ignores some of the equally significant differences between visible minority groups.

Still interesting to note the persistence of gaps between Quebec and Canada:

…More and more newcomers to the job market will be members of a visible minority. The case of young Canadian-born visible minorities merits special attention, with the goal of preventing their socioeconomic exclusion and the potential consequences for social cohesion.

In a context where Quebec and the rest of Canada rely on immigration to address the labour shortage, logic would dictate that we first realize the full potential of those already present. The integration into the workforce of Canadian-born individuals from ethnocultural minority groups, particularly the young, must be among the priorities of policymakers so as to avoid a situation where integration difficulties are passed on from one generation to the next. Failing this, a growing share of the population risks being marginalized.

Governments, the business community and all relevant stakeholders must work together on this in order to permanently eliminate the barriers hindering the economic integration of these young individuals and preventing them from fully contributing to the progress of society.

Source: Visible minorities have difficulty accessing the labour market

Yakabuski: Ottawa’s noble plan to fast-track francophone immigrants seems doomed to fail

Sadly likely true:

….Still, it is far from clear Ottawa’s francophone immigration policy can achieve its ambitious goals. For starters, it pits Quebec and the federal government against each other in seeking to attract newcomers from the same (and rather limited) pool of French-speaking immigrants. Quebec chooses its own economic immigrants and puts a premium on French skills.

What’s more, many francophones who immigrate to another Canadian province may end up moving to Quebec soon after they arrive here. Many may find that their image of a bilingual country where francophones can thrive in any province is shattered upon arrival, and opt to relocate to Quebec.

More to the point, given Canada’s rising overall immigration numbers, Ottawa would need to adopt even more aggressive targets to stabilize the francophone population outside Quebec. Indeed, the House of Commons official languages committee last week recommended a 12-per-cent target for French-speaking immigrants outside Quebec this year, rising to 20 per cent by 2036, “to rebalance the demographic weight of francophones in Canada.”

Alas, Mr. St-Pierre Plamondon is not likely to run out of ammunition any time soon.

Source: Ottawa’s noble plan to fast-track francophone immigrants seems doomed to fail

Premier Legault ups pressure on Trudeau to deliver on immigration power promise

So it goes:

Premier François Legault is calling on Prime Minister Justin Trudeau to make good on a commitment to turn over more powers over immigration to Quebec.

And Legault said he does not share Parti Québécois leader Paul St-Pierre’s Plamondon’s gloomy forecast of Quebec’s future in the Canadian federation. He questioned the PQ’s leader’s credentials noting “not so long ago Mr. St-Pierre Plamondon was not even a nationalist.”

“I respect the opinion of Mr. St-Pierre Plamondon but I disagree,” Legault said at a news conference following an announcement that the government will create a new national museum of history in the Quebec capital.

“I still think that we can manage, with the federal government, to get more power to better defend our identity.”

He then went on to remind Trudeau of commitments he made at a March 14 meeting in Montreal. Legault said Trudeau was open to finding solutions to the growing number of temporary immigrants in Quebec — they now number 560,000 — which are heavily taxing Quebec’s health, education and housing systems.

It was after that meeting that Legault said Trudeau was open to discussing the addition of immigration visas on more countries, such as was done recently to make it more difficult for workers from Mexico to come to Canada.

The prime minister expressed openness to discussing the idea of giving Quebec a say on the admission of temporary workers and that some be refused when they seek to renew their permits to work here, Legault said. The premier added Trudeau said he would entertain new rules ensuring more of the workers speak French.

“It doesn’t make sense to have 560,000 temporary immigrants, it doesn’t make sense,” Legault said Thursday, turning up the heat on Trudeau. “We do not have the welcoming capacity plus 180,000 asylum seekers. Mr. Trudeau said he would look at different ways to transfer power or have a pre-approval by the Quebec government.

“He promised me a new meeting before June 30 so I will wait and see the situation, but right now I’m a bit scared about the situation. It’s important that Mr. Trudeau makes a concrete gesture to reduce this number.”

Legault, who has made his encounters with the media scarce in the last few weeks, responded as well to a speech St-Pierre Plamondon delivered at a party council meeting April 14 in Drummondville.

St-Pierre Plamondon painted a gloomy picture of Quebec’s future in Canada, accusing the federal government and Trudeau of cooking up a plan to erase Quebec. He said the only solution to save Quebec’s language and culture is a referendum on independence, which he promised to hold should he form a government in 2026.

On Thursday, Legault responded by noting St-Pierre Plamondon has changed his views many times. He noted St-Pierre Plamondon has said that nationalism is not necessarily the solution and the PQ’s approach to selling sovereignty was “childish,” because it believes the reason Quebecers are not overwhelmingly in favour of independence is because the movement has not explained its ideas enough.

“He’s the one who started quoting my past statements,” Legault said Thursday defending his attacks. “What we need to remember is that not very long ago Mr. St-Pierre Plamondon was not even a nationalist. He found being a nationalist was not a good idea.”

Source: Premier Legault ups pressure on Trudeau to deliver on immigration power promise