Un système surchargé fait rater la rentrée à des étudiants en francisation 

    Service delivery failure despite priority on francisation:

    Depuis son ouverture, le 1er juin dernier, Francisation Québec fait face à un achalandage record : en moins de trois mois, près de 30 000 immigrants se sont inscrits sur ce nouveau guichet unique, a appris Le Devoir. Or, croulant sous la tâche, le ministère de l’Immigration peine à répondre à la demande — et près de 95 % des nouveaux inscrits ne vivront pas de rentrée scolaire ces jours-ci.

    Selon les données fournies par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), des 23 500 détenteurs d’un dossier jugé complet, seuls 1500 peuvent s’asseoir sur les bancs d’école. Quelque 3500 autres qui n’ont pas encore de date de début de cours devraient par contre se joindre à eux ces prochaines semaines, assure le ministère.

    Au centre de francisation Louis-Jolliet, à Québec, à peine 200 nouveaux étudiants à temps complet et à temps partiel pourront commencer leurs cours prochainement. L’établissement pourra toutefois franciser son nombre habituel d’étudiants grâce à la réinscription d’environ 1000 étudiants qui avaient déjà suivi des cours et qui évoluaient dans l’ancien système, avant Francisation Québec. « Si je n’avais pas eu mon bassin d’élèves qui fréquentaient déjà notre centre, c’est sûr que ça chutait à trois groupes », explique Julie Larrivée, directrice adjointe du centre et responsable de la francisation.

    Alors que la rentrée s’amorce ces jours-ci, elle dit avoir dû refouler plusieurs candidats qui s’étaient inscrits sur la plateforme Francisation Québec tout juste après son lancement en juin et qui n’ont eu aucune nouvelle du MIFI depuis. « Les gens étaient désespérés, ils sont venus quand même nous voir pour nous demander quoi faire et où appeler. J’ai dû leur dire qu’ils ne pouvaient rien faire, qu’ils devaient surveiller leurs courriels tous les jours pour voir si le MIFI leur répondait. »

    En Beauce, des intervenants du milieu font le même constat. Avec ses collègues, Liliana Arcila, agente d’intégration au Carrefour jeunesse-emploi de Beauce-Nord, dit avoir inscrit pendant l’été sur Arrima (la plateforme vers laquelle Francisation Québec redirige les gens) une dizaine de travailleurs temporaires et de demandeurs d’asile voulant se franciser. « Personne n’a eu de nouvelles. Le site leur disait qu’ils allaient être contactés pour une évaluation, mais personne n’a pu commencer », indique-t-elle.

    Même son de cloche au Centre de services scolaire de la Beauce-Etchemin, où des dizaines de personnes inscrites après le 1er juin n’ont reçu aucune nouvelle. « D’habitude, on a 20, 30, 40 [étudiants de] niveau 1 qui rentrent en août et septembre. Mais là, les cours sont commencés, et les nouveaux étudiants ne sont pas là. Si quelqu’un nous appelle demain matin pour nous dire qu’il a eu son évaluation, on va devoir lui dire d’attendre à janvier », déplore une employée de ce centre de services, qui souhaite rester anonyme parce qu’elle n’a pas l’autorisation de son employeur pour s’adresser aux médias. « On est en train de mettre sur la glace une année complète d’école. »

    Des évaluations erronées

    Selon les données du MIFI, des 23 500 nouveaux dossiers complets (sur un total de quelque 30 000 nouvelles inscriptions en date du 20 août), la grande majorité des personnes n’auront pas besoin de subir d’évaluation, car elles ont déclaré n’avoir aucune ou avoir une très faible connaissance du français. Or, parmi les 7800 personnes devant passer un test, moins de la moitié (3000) ont été jusqu’ici évaluées par le bureau d’évaluation de Francisation Québec.

    De nombreux classements sont également erronés, a constaté Mme Larrivée. « On a vu beaucoup d’aberrations. On a des étudiants de la Tunisie qui ont été classés au niveau débutant. Ça ne se peut pas, ça. On voit qu’ils arrivent quand même à parler français. » D’autres, qui ont été classés dans les niveaux intermédiaires, doivent être recalés. « J’ai une enseignante qui a reporté d’une journée sa rentrée pour appeler tous les élèves sur sa liste. Elle a réajusté les classements. »

    Tania Longpré, doctorante en didactique des langues secondes et enseignante en francisation à Terrebonne, a fait le même constat. « J’ai reçu deux hommes la semaine dernière qui avaient été classés niveau 7 [par le MIFI], mais je les ai reclassés au niveau 3 », a raconté l’enseignante, qui signe une lettre ouverte dans Le Devoir pour déplorer les nombreux cafouillages de Francisation Québec en cette rentrée scolaire. « Je ne sais pas à quel point j’ai le droit de faire ça, mais je ne vais quand même pas laisser dans un niveau 7 quelqu’un qui ne parle pas français. »

    Selon ce qu’a rapporté Le Devoir en juin dernier, d’autres intervenants du milieu scolaire se sont inquiétés de la centralisation des pouvoirs en francisation au sein du MIFI. L’évaluation que fait le ministère des candidats— en ligne et seulement à l’oral — en avait fait sourciller quelques-uns.

    Julie Larrivée, du centre Louis-Jolliet, reconnaît que le système vit une transition. Mais elle estime tout de même que les étudiants étaient bien mieux servis avant. « Nous, ça fait 25 ans que notre expertise est développée », dit-elle.

    De record en record

    Après avoir connu une année record — 65 000 personnes ont suivi des cours de francisation l’an dernier —, le ministère de l’Immigration s’apprête à en vivre une autre. Au lancement de Francisation Québec, le 1er juin, on comptait déjà 16 000 personnes en attente, et une session record de cours d’été a été mise sur pied pour l’absorber le plus possible — un véritable tour de force, selon le MIFI.

    C’est d’ailleurs parce qu’il a fallu s’attaquer à réduire le nombre de personnes en attente que les nouveaux inscrits n’ont pas encore commencé leurs cours, a laissé savoir le ministère. « Comme l’offre de cours est moins importante durant la période estivale, notamment en raison des vacances du personnel enseignant, il est plus difficile de placer l’ensemble des élèves lors de cette période. Cette situation se résorbe habituellement par la reprise des sessions à l’automne. »

    À l’heure actuelle, 16 600 étudiants qui se sont inscrits avant la mise en place du guichet unique suivent des cours de francisation.

    Source: Un système surchargé fait rater la rentrée à des étudiants en francisation

    Quebec rejects cap on student visas floated by Ottawa to address housing crisis 

    Expect other provinces will join the chorus given all rely on international students to fund post-secondary education. Education organizations already also chiming in:

    The Quebec government says it won’t accept a cap on the number of international students it can admit, rejecting one of the options the federal government is considering as part of a plan to tackle a national housing crisis.

    Universities and colleges, meanwhile, said they were surprised and troubled, respectively, by the suggestion, which was first raised by Housing and Infrastructure Minister Sean Fraser at a Liberal cabinet retreat in Charlottetown on Monday.

    Quebec’s reaction indicates that attempts to limit international student admissions could create conflict with the provinces. They have jurisdiction in areas of education and their postsecondary institutions have come to rely on lucrative international tuition fees.

    “Quebec does not intend to impose a cap on the number of foreign students in its jurisdiction. Although issuing study permits is the responsibility of the federal government, education is the exclusive power of Quebec. It’s up to Quebec and its educational institutions to determine the number of people they can accommodate,” said Alexandre Lahaie, a spokesperson for Quebec Immigration Minister Christine Fréchette.

    Federal Immigration Minister Marc Miller confirmed his government is strongly considering a cap on the number of international students Canada accepts. But Mr. Miller stressed that such a measure alone won’t fix the housing crunch.

    “This will be a multipronged approach. A cap is something we’ll definitely entertain,” Mr. Miller said on Tuesday.

    The number of international students in Canada soared past 800,000 in 2022, more than twice as many as when Justin Trudeau’s government took office in 2015. Some experts have said the influx of students in need of lower-cost rental accommodation has contributed to rising rents in some cities, at a time when construction of new housing has been inadequate.

    More than half of all international study permits issued in 2022 went to students at Canadian colleges, a sector that has surpassed universities as the top destination for international students.

    In a statement, Colleges and Institutes Canada, which represents publicly funded colleges, said it is “troubled” by the suggestion of a cap on international enrolment.

    “Although implementing a cap on international students may seem to provide temporary relief, it could have lasting adverse effects on our communities, including exacerbating current labour shortages. Furthermore, we want to emphasize that students are not to blame for Canada’s housing crisis; they are among those most impacted,” Colleges and Institutes Canada said in a statement.

    Michael Sangster, president of the National Association of Career Colleges, which represents private colleges, said his members are willing to work with a cap, if that’s what the federal government decides, or with a trusted institution model, another proposal the federal government has floated that could see institutions with a good track record receive preference in permit processing.

    “The students that are coming to our institutions, many of them are training to become tradespeople to build the homes we need. So we’re in a bit of a catch-22 right now, but we want to be part of the solution,” Mr. Sangster said.

    Philip Landon, interim president of Universities Canada, an umbrella group representing nearly 100 institutions, said the idea of a cap on international university students is concerning and something universities don’t believe is necessary.

    “Universities seek to attract talented students to Canada and have been doing so in a responsible way with responsible growth rates,” he said.

    Mr. Landon called on the federal government to make low-cost financing available to universities to allow them to build more residence spaces.

    Mr. Miller said the government is already in talks with postsecondary schools about what they can do to guarantee more housing availability. He said provinces also need to be at the table, as they’ve benefited greatly from the international student program.

    He said it has become “very lucrative” for some schools, adding that the economic impact of international students in Canada is more than $20-billion a year. While he said much of that is good, there is also “some abuse in the system.”

    The international student program is a temporary resident immigration stream that isn’t subject to the yearly caps or targets that Ottawa sets for permanent resident immigration streams.

    Intergovernmental Affairs Minister Dominic LeBlanc said Tuesday that the premiers have not raised the need for a cap on foreign students with him. He added that while they talk often about the need for more housing, the premiers have also made clear they need more immigrants to fill labour shortages, including in the construction industry.

    Mike Moffatt, the founding director of the PLACE Centre at the Smart Prosperity Institute and one of the authors of a new report on housing supply, spoke to the federal cabinet behind closed doors on Tuesday.

    He said the increase in foreign students has had knock-on effects in the housing market that have helped turn a rental crisis into a home-ownership crisis.

    In the area around Fanshawe College in London, Ont., for example, neighbourhoods once occupied by young families have “turned into a sea of student rentals” bought up by investors, he said.

    “Domestic and international students are the biggest victims of this, not the cause of it,” he said.

    “This is a systemic failure, I would say of both the federal and provincial governments and as well the higher education sector.”

    Source: Quebec rejects cap on student visas floated by Ottawa to address housing crisis

    Le débat sur les cibles d’immigration suscite l’engouement

    Meanwhile in Quebec:

    La consultation publique sur les cibles d’immigration qui aura lieu à la mi-septembre suscite un engouement sans précédent : 72 mémoires ont été déposés, soit plus du double que lors de la consultation précédente, il y a quatre ans, a appris Le Devoir.

    Ce grand intérêt donne du fil à retordre au ministère de l’Immigration, qui doit organiser le calendrier pour entendre en un mois et demi une soixantaine d’individus et organismes ayant demandé à prendre la parole en commission parlementaire.

    La période de dépôt des mémoires, qui devait se terminer le 11 août dernier, a été légèrement étirée pour quelques retardataires. En date du 17 août, la Commission des relations avec les citoyens avait reçu 72 mémoires venant de divers individus et organismes. Parmi eux, 66 ont demandé à intervenir lors d’audiences publiques. À cela s’ajoute une demande d’intervention non accompagnée d’un mémoire.

    « On se réjouit de l’engouement que notre approche équilibrée de l’immigration permanente suscite dans la société québécoise », a déclaré Alexandre Lahaie, l’attaché de presse de la ministre Christine Fréchette. Or, la loi exige que la Planification pluriannuelle de l’immigration 2024-2027 soit déposée avant le 1er novembre, ce qui laisse au ministère à peine un mois et demi pour entendre tous les intervenants, qui pourront commencer à s’exprimer à l’ouverture des audiences, le 12 septembre prochain.

    « Il y a des discussions avec les groupes parlementaires pour optimiser le déroulement de la consultation », a concédé M. Lahaie.

    En mai dernier, le gouvernement de la Coalition avenir Québec a soumis au débat deux scénarios. L’un prône le statu quo, soit le maintien des cibles actuelles de 50 000 nouveaux arrivants. L’autre propose une hausse de 10 000, ce qui ferait grimper les seuils à 60 000 d’ici 2027. Par le biais d’un projet de règlement, le gouvernement a d’ailleurs exigé que l’ensemble des immigrants économiques admis au Québec parlent français.

    Plaidoyers pour plus d’immigrants

    Le président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), Charles Milliard, se réjouit lui aussi de voir une aussi grande participation aux consultations publiques en immigration. « C’est tant mieux ! C’est un bien meilleur forum qu’une campagne électorale pour en parler. Je pense qu’il y aura un peu moins de raccourcis et d’effets de toge », a-t-il soutenu.

    Toutefois, même s’il est d’avis qu’il faut maximiser l’immigration francophone, il croit que le Québec ne peut pas non plus se priver de « talents exceptionnels » pour une question de langue. « On a besoin d’aller chercher d’autres expertises que la langue », souligne-t-il.

    Dans son mémoire déposé en prévision des consultations débutant le 12 septembre, la FCCQ dit appuyer une plus grande immigration « en français, en région, en nombre suffisant et en bas de six mois d’attente », résume M. Milliard.

    Et pour le p.-d.g., il est nécessaire de mesurer la capacité d’accueil et d’intégration au moyen de données probantes, qui ne laisseront plus de place à l’interprétation. « J’entends des gens qui disent qu’il faut dépolitiser le débat sur l’immigration. On peut le souhaiter, mais ça n’arrivera pas. Sauf qu’on peut objectiver le tableau de bord et prendre des décisions en fonction de ça. »

    La FCCQ croit que chacune des régions du Québec devrait déterminer le nombre de places en service de garde, de logements, d’infrastructures culturelles et médicales, etc. « Ensuite, on additionne les 17 régions administratives du Québec, et le chiffre qu’on va obtenir va être beaucoup moins débattable », avance M. Milliard.

    Un « faux débat » de chiffres ?

    Représentant une centaine de membres, la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) fait valoir que le débat sur les seuils est un « faux débat ».

    Étant donné qu’il y a environ 300 000 personnes à statut temporaire au Québec, dont plusieurs qui ont déjà postulé pour la résidence permanente, et que ce sont ces personnes qui vont bénéficier des places dans les seuils établis par Québec, pourquoi se livrer à un débat de chiffres ? demande Stephan Reichhold, directeur général de la TCRI.

    « Que ce soit 50 000, 60 000 ou 70 000, c’est absurde de parler de chiffres », car les immigrants qui seront admis au cours des prochaines années sont déjà ici, logés et en emploi, même que plusieurs parlent français, poursuit-il. M. Reichhold se demande ainsi pourquoi on souhaite les comptabiliser dans les cibles. « Ce qu’on demande, c’est que les travailleurs et les réfugiés, notamment ceux reconnus sur place [dans la catégorie humanitaire], soient hors cible, comme ce sera le cas pour les étudiants étrangers. »

    Le gouvernement avait effectivement annoncé en mai qu’il ne fixerait pas de plafond pour l’accueil de diplômés passés par le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), qui subit par ailleurs une réforme. Donc aux 60 000 immigrants admis s’ajouteraient en réalité quelques milliers de diplômés du PEQ.

    La TCRI souhaite par ailleurs profiter des consultations publiques en immigration pour remettre les projecteurs sur la question de l’immigration humanitaire, sa clientèle principale. « On a l’impression qu’on va être les seuls à en parler. Mais ce qui est proposé est une catastrophe. Maintenir les niveaux de 2019 pour l’immigration humanitaire, ça n’a aucun sens. »

    Selon les scénarios du gouvernement du Québec, à peine 8000 places sont accordées à cette catégorie d’immigration, bien que le nombre de personnes s’y qualifiant soit en hausse, notamment en raison des arrivées par le chemin Roxham.

    Source: Le débat sur les cibles d’immigration suscite l’engouement

    ICYMI: New federal immigration minister pressures Quebec to increase family reunification capacity

    Not sure how well that went over:

    Canada’s new immigration minister has only been in the office for a few weeks and he’s already entered into his first clash with Quebec.

    For five years, he tried to improve relations between the federal government and indigenous communities. Now, after last month’s cabinet shuffle, Montreal MP Marc Miller has been handed another challenging job as Canada’s new immigration minister.

    At his first press conference in that function, he took aim at Quebec’s policy on family reunification.

    “Quebec controls a good chunk of its immigration policy, particularly on the family reunification envelope, which is capped at about 10,000 right now,” Miller said. “There’s a backlog of of 30,000 families that want to come here and support their kids, and…Quebec says we need to cut it off.”

    Under Premier François Legault, Quebec has been working to gain more and more control over immigration from the federal government. The province does have a say on things like economic immigration and  family reunification.

    “The cap of 10,000 is not a lot of people,” said immigration lawyer Patrice Brunet. “It’s very alarming because here we’re not in the context of economic immigration, we’re in the context of families waiting to be reunited.

    Brunet says because of Quebec’s family reunification limit, some files are taking two years to be processed, which is nearly double the delay in the rest of Canada.

    “Two years to be reunited with your family is absolutely too long. It’s inhumane,” he said, adding he fears delays will only get longer as the backlog grows.

    Miller says family reunification is a topic he wants to address with the Legault government.

    “We need to have mature conversations with provinces and territories about how we welcome newcomers, and that’s one that I plan to have,” he said.

    Political scientist Daniel Béland points out Quebec has been trying to get even more control from the federal over family reunification.

    “There is a clear disagreement between Ottawa and Quebec City,” he said. “I don’t expect Ottawa to cave on that really, in terms of powers to Quebec over immigration, but I think some fine tuning is certainly possible.”

    In its quest to protect the French language, the Legault government recently announced plans to accept only economic immigrants who can speak French.

    Miller says he’s willing to work with Quebec on preserving French.

    “I think we have a role as the federal government and I would say primarily that is to make sure we are supporting the diaspora of French-speaking communities outside Quebec, to make sure that they are thriving,” he explained. “French is one of the largest languages in the world, but it is threatened in North America and we have to be vigilant.”

    In a statement Quebec’s immigration ministry said it has requested a first meeting with Miller and hopes it takes place quickly so that priority issues can be discussed.

    Source: New federal immigration minister pressures Quebec to increase family reunification capacity

    Des demandeurs d’asile qui s’adaptent plutôt que de combattre en vain

    Given ongoing levels of asylum claimants, some suggestions to facilitante their integration at the local level. Silent on the need for faster processing and decisions on asylum claims, however:

    Le 20 juillet dernier, dans un article du Devoir Un nombre record de demandeurs d’asile passent désormais par les aéroports »), on apprenait que les demandeurs d’asile n’étaient pas moins nombreux à entrer au pays depuis la fermeture du chemin Roxham.

    En effet, en suivant la courbe des entrées chaque mois comparativement à l’année précédente, on anticipe que le nombre de demandeurs d’asile admis en 2023 au Canada serait vraisemblablement similaire à celui de 2022. Si la frontière terrestre au sud apparaît plus imperméable, les demandeurs d’asile arrivent dorénavant en plus grand nombre par les airs.

    Après quelques mois, le constat se pose donc simplement : la fermeture de chemin Roxham ne semble pas avoir eu d’effet sur le nombre de demandeurs d’asile qui entrent au Canada. Le phénomène d’arrivée des migrants qui touchaient jusqu’à récemment principalement l’Europe et les États-Unis est désormais une réalité chez nous. Si cette tendance a été longtemps ignorée, elle devient maintenant incontournable.

    Pour faire face à cette question de manière pragmatique, il faut davantage s’intéresser au continuum de services d’accueil et à leur coordination, une réflexion qui tarde à se faire. Une meilleure cohérence entre les politiques publiques devrait être recherchée afin de s’assurer de l’accueil et de l’intégration de ces migrants, mais aussi de l’atteinte des objectifs nationaux chers au Québec, notamment celui de la francisation et de l’accès égal à des opportunités.

    À cet égard, un écueil d’envergure est la collaboration entre les différents ordres de gouvernement. Cette coordination entre les ordres de gouvernement et les organismes qui offrent la majorité des services d’installation et d’intégration doit reposer sur une séparation claire des pouvoirs et responsabilités, un alignement des stratégies ainsi qu’un financement proportionnel au niveau d’engagement de chacune des parties prenantes.

    Échelle locale

    Également, et la recherche est claire à cet effet, la coordination des services voués aux nouveaux arrivants doit être menée à l’échelle locale pour être optimale. Le gouvernement du Québec, qui est responsable des services d’accueil et d’intégration en vertu de l’entente qu’il a ratifiée avec le gouvernement fédéral en 1991, doit absolument s’appuyer sur les lieux de concertation municipaux ou régionaux qui ont développé l’expertise des défis et sur les ressources disponibles sur le terrain.

    Pour l’instant, Québec, qui a transféré des compétences aux villes après l’abolition des conférences régionales des élus il y a presque 10 ans, peine à reconnaître le leadership de celles-ci dans la coordination des services locaux. Ses programmes et financements devraient être alignés sur les stratégies et les priorités locales, plutôt que d’en faire fi.

    Les efforts et ressources seraient ainsi mieux alloués. De même, avec la mise en place des agents d’aide à l’intégration (les AAI, comme ils sont désignés par le milieu), Québec dédouble un service existant sans que ces agents aient la capacité d’arriver à la cheville de l’expertise qui s’est développée à travers les années dans les organismes communautaires.

    L’arrivée des demandeurs d’asile crée d’ailleurs une pression immense dans les communautés, ses organismes et institutions, particulièrement dans la grande région de Montréal. Ce sont largement eux qui offrent les services d’installation, de francisation, pour l’aide à l’emploi ; ils accueillent les enfants dans les écoles, logent et équipent les familles, etc.

    Or, les organismes sur le terrain vous le diront : pour faire connaître leurs services, il leur est souvent impossible d’entrer en contact avec les demandeurs d’asile pris en charge par PRAIDA, le programme québécois chargé des demandeurs d’asile. Ceux-ci finissent par accéder aux services des organismes du milieu, mais pas sans embûches.

    Pour s’assurer de la pleine intégration des immigrants, notamment des demandeurs d’asile, et ce, dans l’intérêt de la société québécoise, Québec doit reconnaître le rôle stratégique joué par les communautés locales et s’assurer de les outiller adéquatement.

    Responsabilité mondiale

    En bref, il faut entrevoir une suite aux discussions concernant l’accueil des demandeurs d’asile, et ce, à tous les ordres de gouvernement. Il n’est pas étonnant que les décideurs aient bien voulu croire (du moins en apparence) que la fermeture du chemin Roxham aurait tout réglé : l’arrivée des migrants en Europe et aux États-Unis a largement polarisé les débats politiques depuis quelques années. La réalité canadienne demeure toutefois que le nombre de demandeurs d’asile qui passent ses frontières est minime par rapport à ce qui a été observé ailleurs.

    À juste titre, la ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Christine Fréchette, rappelait cet hiver que les demandeurs d’asile étaient avant tout des humains, exhortant ainsi à un peu d’humanité dans le débat public.

    Les demandeurs d’asile sont admis officiellement au Canada comme réfugiés dans environ 50 % des cas après un processus administratif permettant d’évaluer leur demande. C’est donc dire que dans une large proportion, on juge qu’effectivement, leur sécurité et même leur vie sont menacées dans leur pays d’origine.

    Établir ses pénates ici relève pour eux d’un exploit suivant un parcours difficile, et une chance inespérée de vivre en paix. Si ces migrants quittent leur terre natale, c’est qu’elle leur est devenue hostile pour de nombreuses raisons : groupes armés, conflits, persécution pour des motifs politiques et religieux, ainsi que les changements climatiques… Et bien sûr, les pays occidentaux ont aussi leur rôle à jouer, en amont, pour atténuer ces crises mondiales.

    Source: Des demandeurs d’asile qui s’adaptent plutôt que de combattre en vain

    Myles: Le débat reste à faire

    Good column noting the need for a discussion on immigration levels and their impact on housing etc. And that it is encouraging that this debate is possible without falling into xenophobic tropes:

    D’abord confinée aux marges du débat politique, la décision unilatérale du gouvernement Trudeau d’accueillir 500 000 immigrants par année commence enfin à soulever des questions pressantes.

    Depuis quelques semaines, les médias du Canada anglais se questionnent sur les capacités d’accueil du Canada. C’est tout un contraste avec la situation qui prévalait l’automne dernier, lorsque le premier ministre, Justin Trudeau, a annoncé son intention d’ouvrir les vannes à l’immigration à compter de 2025. Les premiers ministres des provinces, préoccupés par le vieillissement de la population et la pénurie de main-d’oeuvre, n’avaient rien trouvé à redire. Seul le premier ministre du Québec, François Legault, s’était inscrit en faux contre cette politique fédérale qui aurait mérité un débat public beaucoup plus exhaustif compte tenu de son ampleur.

    Dans un entretien à La Presse, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a pris un malin plaisir à souligner ce revirement. En mai, le Bloc a présenté une motion critique des cibles en raison de leur impact sur le poids du français, le logement et les services publics déjà exsangues. Malgré l’appui des conservateurs, la motion a été rejetée sans ménagement par le couple libéral-néodémocrate. « Ce débat en soi est une excellente nouvelle. Jusqu’à tout récemment, c’était facile. On disait que les Québécois étaient des racistes, contre l’immigration, et que le Canada était un gentil pays d’accueil multiculturaliste. C’était simple de même », a ironisé M. Blanchet.

    Mais voilà que la coupe est pleine avant même d’avoir enclenché la marche vers l’accueil d’un demi-million d’immigrants par année. La crise du logement, largement documentée dans Le Devoir, s’empare de toutes les grandes villes et même des villes intermédiaires du pays. À Toronto, la nouvelle mairesse, Olivia Chow, a lancé un cri d’alarme sitôt entrée en fonction. Il n’y a plus de place pour loger les migrants, à telle enseigne qu’ils occupent près du tiers des lits dans les refuges pour sans-abri.

    La pénurie de logements est sans contredit le principal écueil de la politique fédérale, mais il y en a d’autres. Dans un rapport récent, la Banque TD prédit que la forte hausse de l’immigration entraînera un manque à gagner de 500 000 logements dès 2025, en plus d’exercer une pression sur les taux d’intérêt, la prestation des services publics et les infrastructures. Le Canada se classe au 31e rang sur 34 pour le nombre de lits d’hôpital par habitant en soins de courte durée. Rien ne laisse présager qu’une amélioration du bilan est à l’horizon.

    Voilà donc une occasion inespérée de débattre des capacités d’accueil du Canada sans se faire taxer de sombres desseins ou de xénophobie rampante. Ce pays, de même que le Québec, est promis à des défis considérables. Au Canada, près de 19,5 % de la population a 65 ans et plus, comparativement à 20,5 % au Québec. En 2030, la cohorte des 65 ans et plus passera à 23 % de la population au Canada et à 25 % au Québec.

    L’immigration n’est pourtant pas une panacée. Chiffres à l’appui, notre chroniqueur Gérard Bérubé expliquait récemment que « l’immigration débridée n’est qu’un remède temporaire à la pénurie de main-d’oeuvre et qu’un contre-pied parmi d’autres au vieillissement de la population ».

    La politique libérale masque un problème de fond. La croissance de la population dope le PIB en général, mais si on s’attarde au PIB réel par habitant, qui permet de mesurer le niveau de vie, le Canada arrive dernier parmi les membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). La productivité, sujet tabou s’il en est, n’est tout simplement pas au rendez-vous depuis 2014. Sans un redressement de cet indicateur, nous ne pourrons espérer que le bien-être économique des Canadiens s’améliorera par une stratégie misant sur la croissance démographique.

    Bien sûr, l’immigration est un apport considérable pour la diversité et la vitalité du Canada et du Québec. Les sociétés monolithiques, réelles ou fantasmées, qui sont basées sur la recherche de mythes fondateurs et de valeurs consensuelles, offrent un spectacle d’une plate grisaille.

    Il faut avoir la force de débattre des seuils d’immigration, sereinement, et demander au gouvernement fédéral de refaire ses calculs en fonction des capacités réelles d’accueil, et non des promesses électoralistes qui ont peu de chance de se matérialiser en matière de bonification de l’offre de logements et d’amélioration des services publics.

    Pour le Québec, le défi est double. Il faut miser sur des politiques et des leviers d’intégration des nouveaux arrivants au fait français, en leur tendant la main au lieu de les stigmatiser. Et trouver une façon de préserver le poids démographique du Québec dans la Confédération sans le déposséder de ses attributs de gardien du fait français en terre d’Amérique. Les deux objectifs sont compatibles, mais ils n’en demeurent pas moins difficiles à atteindre dans un contexte d’immigration effrénée.

    Source: Le débat reste à faire

    Yakabuski: Bill 21 has made immigrants in Quebec grow even more attached to Canada 

    Good commentary on a significant study (Le sentiment d’appartenance des immigrants au Québec s’effrite par rapport au Canada):

    When then-premier Pauline Marois unveiled her sovereigntist Parti Québécois government’s proposed Charter of Quebec Values in 2013, she got an earful from an unlikely critic.

    Source: Bill 21 has made immigrants in Quebec grow even more attached to Canada

    Tellier: Et si François Legault se fourvoyait…

    The independentiste take:

    Le 25 mars dernier, lors de la fermeture du chemin Roxham, le premier ministre Legault était triomphant : nous cesserions d’être submergés par un flux incontrôlable de demandeurs d’asile. Nous apprenons maintenant que cela n’a nullement été le cas. Le flux est aussi imposant qu’avant.

    Il y a quelques jours, nous apprenions que six jeunes hockeyeurs ukrainiens qui ont été acclamés au tournoi annuel de hockey pee-wee de Québec l’hiver dernier revenaient à Québec pour y étudier. Oh, surprise !, ils viennent étudier à l’école secondaire « publique » de langue anglaise St Patrick’s de Québec.

    Ces enfants ne satisfont pas aux critères généraux d’admissibilité aux écoles publiques anglophones du Québec, leurs parents n’ayant pas la citoyenneté canadienne et leurs frères et soeurs n’ayant jamais reçu la majeure partie de leur enseignement primaire en anglais au Canada.

    De plus, cinq des six joueurs ne sont pas, non plus, à la charge d’une personne qui séjourne temporairement au Québec. Reste une dernière possibilité de se qualifier pour être admissibles à l’enseignement en anglais dans une école secondaire publique du Québec : être admis en raison d’une situation particulière.

    Venir d’un pays agressé par une puissance nucléaire constitue une situation particulière, c’est incontestable, tout comme peut l’être le fait de venir d’un pays soumis à une dictature ou d’un pays éprouvé par des cataclysmes naturels (incendies de forêt, tremblement de terre, hausse du niveau des mers, inondations, typhons, tempêtes tropicales, sécheresse, etc.), par des persécutions, des guerres civiles, une inflation galopante, une banqueroute nationale et le reste.

    Tous ces gens possiblement admissibles ont potentiellement plus de chances de s’inscrire dans les écoles primaires et secondaires publiques anglophones du Québec que les « Québécois francophones de souche » eux-mêmes. Nous sommes dans l’absurdité absolue.

    Improvisation

    Nous nageons, en matière d’immigration au Canada (et conséquemment, au Québec), dans l’improvisation et l’arbitraire les plus complets. S’ajoute à cela la décision du Canada anglais et de son gouvernement national de passer de 40 à 100 millions d’habitants au Canada d’ici 75 ans ; cela, sans qu’à aucun moment ne soit prise en considération l’incidence qu’une telle politique est susceptible d’avoir sur ce qui fut longtemps (jusque vers 1835) la majorité du Canada, la « nation » québécoise (officiellement reconnue comme telle par le Parlement canadien).

    Face à tout cela, François Legault et la CAQ optent pour la politique de l’autruche. Les victoires sur papier sont célébrées, mais l’évidence du cul-de-sac dans lequel nous nous trouvons comme population francophone en Amérique ne les incite aucunement à remettre en question le cadre constitutionnel qui nous condamne à l’assimilation du fait :

    1- De l’absence totale de prise sur les migrations interprovinciales ;

    2- De l’omniprésence d’établissements primaires et secondaires anglophones à travers le territoire du Québec ;

    3- De la marginalisation accélérée de la population francophone et du Québec à l’intérieur du Canada.

    Tout homme d’État responsable ferait tout pour que la seule et unique voie de sortie, soit celle de la souveraineté, soit examinée avec sérieux. Or, le premier ministre Legault et son parti sont chaque jour plus fédéralistes et plus antisouverainistes.

    Depuis sa fondation, la CAQ n’a jamais eu d’objectif plus évident que de tuer le mouvement souverainiste en se prétendant « nationaliste » tout en étant secrètement aussi fédéraliste que le Parti libéral du Québec. Sans la fondation de ce parti, Pauline Marois aurait, selon toute vraisemblance, eu droit à un premier mandat majoritaire et à un deuxième mandat, au moins minoritaire.

    Un vrai parti québécois fédéraliste et nationaliste (ce que fut l’Union nationale de Maurice Duplessis) doit, au minimum, veiller à ce que le poids démographique du Québec ne chute pas à l’intérieur du Canada. Or, la CAQ opte à la fois pour l’extinction du mouvement souverainiste et pour la réduction voulue et planifiée du poids du Québec à l’intérieur de l’ensemble canadien. Cela est tout simplement suicidaire.

    Face à l’histoire, François Legault et la CAQ porteront une immense responsabilité advenant notre transformation en simple groupe ethnique assimilé parmi d’autres. En sont-ils conscients ?

    Source: Et si François Legault se fourvoyait…

    Des immigrants parlant le français au quotidien déplorent leur exclusion des «statistiques de Legault»

    A noter. One personal story but have noticed that Le Devoir has increased its coverage of immigration often highlighting these kinds of situations and issues:

    Ils ont choisi le Québec pour sa réputation progressiste, son ouverture sur le monde et parce qu’ils sont francophiles. Ils ont quitté les États-Unis, inquiets du devenir du pays durant la présidence de Donald Trump. Des immigrants américains se disent aujourd’hui « sous le choc » et « déçus » par le discours et les politiques du gouvernement de François Legault, qui rongent leur sentiment d’appartenance.

    Alors qu’ils font tout pour apprendre et vivre en français, ces nouveaux arrivants rejettent l’étiquette de personnes qui « anglicisent » le Québec. Même s’ils utilisent le français dans leur quotidien et au travail, ils ne compteront jamais dans « les statistiques de Legault », déplore Kiyoshi Mukaï, Américain d’origine japonaise installé à Montréal depuis un an et demi.

    Les deux indicateurs cités par le premier ministre François Legault, notamment dans son dernier discours d’ouverture, sont en effet la langue maternelle et celle parlée à la maison. M. Mukaï ne coche donc pas les bonnes cases : l’anglais comme langue maternelle, il parle espagnol à la maison, la langue maternelle de son épouse, Victoria Girón, originaire du Honduras.

    « J’ai toujours voulu vivre au Québec », précise Kiyoshi Mukaï à plusieurs reprises durant l’entrevue avec Le Devoir,réalisantune partie de ses études en français. « Quand Trump a commencé sa campagne, j’ai appelé un consultant en immigration et déposé une demande », raconte-t-il. Il a ensuite patienté durant quatre ans, entre 2018 et 2022, notamment à cause de délais liés à la pandémie, pour enfin officiellement immigrer à Montréal.

    Tous les deux assurent utiliser le français quotidiennement dans leur vie sociale et au travail. Ils ont même été prêts à débourser près de 4000 $ pour que Mme Girón puisse étudier la langue dès son arrivée. Elle ne détenait alors qu’un visa de visiteur et n’avait donc pas accès à la francisation gratuite.

    Partant pratiquement de zéro, elle a réussi le tour de force d’atteindre un niveau conversationnel en six mois, niveau qu’elle démontre tout au long de notre entrevue. « Pour nous, c’était très important d’acquérir la langue pour faire partie de la société, même s’il fallait payer », raconte-t-elle. Non seulement pour aller au dépanneur ou prendre le métro, mais aussi pour son « indépendance », précise-t-elle.

    Maintenant que le couple est marié, elle a obtenu un visa de travail. Architecte de formation, elle suivra bientôt une formation linguistique complémentaire et un peu plus technique pour ses éventuelles entrevues d’embauche.

    Dans l’ombre des statistiques

    « Nous, ce qu’on vit est que le français est clairement la lingua franca. Au point que ça surprend nos amis qui nous visitent », assure aussi un autre Québécois d’origine américaine. Il a beaucoup de points en commun avec M. Mukaï et Mme Girón, mais il a demandé de protéger son identité par peur de devenir une cible en ligne.

    Chercheur universitaire dans un établissement francophone à Montréal, il a quitté Portland en Oregon, lui aussi durant les années Trump, un endroit pourtant réputé comme un bastion progressiste. « Un jour, j’ai trouvé ma petite fille, qui avait alors 6 ans, qui se cachait sous le lit avec une amie. Elles jouaient qu’il y avait un tireur actif. Je me suis dit “Est-ce que c’est vraiment ici qu’on va élever nos filles ?” » La mise en situation était potentiellement tirée d’un exercice contre les fusillades, qui sont devenues courantes dans les écoles américaines.

    « La première fois qu’on a visité Montréal, on a été tellement attiré par la diversité, l’aspect international et le fait de pouvoir communiquer dans plusieurs langues », relate-t-il.

    La famille ne regrette pas son choix. Leurs deux enfants sont maintenant « 100 % bilingues », car ils fréquentent l’école francophone grâce à la loi 101. Ils savent chanter des paroles des Trois Accords ou des Cowboys Fringants.

    « Mais on ne comptera jamais dans les statistiques de Legault, on ne marche pas dans son message politique », dit l’homme dans la cinquantaine. « Je comprends de plus en plus que nous ne serons jamais acceptés comme des Québécois », dit-il. Il trouve ce constat « triste et décevant », alors que, comme pour nombre d’immigrants, il lui semble plus facile de se dire Canadien.

    Il dénonce le choix de s’en tenir surtout à la langue maternelle, « quelque chose qu’on ne contrôle pas ». Si la possibilité d’appartenir, de se réclamer Québécois en dépend, alors il faut faire partie « d’une ethnie en fin de compte, au lieu d’une nationalité », constate-t-il.

    Impossible, à ce compte, d’entrer dans « ce gabarit », même par l’assimilation — une politique que les États-Unis ont explicitement abandonnée dans les années 1990 et aujourd’hui associée à la droite trumpiste —, note-t-il.

    Des délais

    Les politiciens « donnent un portrait faux et incomplet » de l’immigration, croit M. Mukaï. Le discours sur le déclin du français sert, selon lui, à justifier des seuils d’immigration plus bas : « À l’heure actuelle, on sait notamment que la peur de l’anglicisation du Québec a joué un rôle dans les limites annuelles établies pour la réunification familiale », constate-t-il.

    Ces délais qui s’allongent, il en connaît quelque chose. Sa femme attend depuis plus d’un an d’obtenir sa résidence permanente. Même si le couple a le privilège d’être ici ensemble, Mme Girón ayant d’abord obtenu un visa de touriste puis un visa de travail, il déplore d’être instrumentalisé pour une politique qui « garde des couples et des familles séparées ». « Pour moi, c’est inhumain », dit-il.

    « Je sais que c’est un privilège d’immigrer et je suis toujours reconnaissant […], mais je me sens un peu confus et trahi en même temps », confie M. Mukaï.

    Le ministère fédéral de l’Immigration a récemment confirmé au Devoir que les seuils établis par Québec ralentissent en effet le regroupement familial. Les délais sont de 10 à 15 mois plus courts dans le reste du Canada. Au total, 36 800 personnes sont en attente d’une résidence permanente dans la catégorie du regroupement familial au Québec, alors que la barre maximale établie par le gouvernement Legault se situe à 10 600 personnes pour l’année 2023.

    C’est précisément les participants à ce programme que le premier ministre a accusé en 2022 de mettre le Québec sur la voie de la « louisianisation ».

    Pour tous ces immigrants, il y a pourtant d’autres marqueurs identitaires clairs et tout aussi importants, comme les valeurs progressistes, féministes et égalitaires, citent-ils tous. « Au Québec, on se sent dans une société distincte. C’est plus une communauté, et la manière de traiter les gens est plus amicale », observe Victoria Girón.

    « Toute l’huile qui a été jetée sur le feu identitaire, c’est vraiment pour distraire, alors que d’autres choses sont bien en train de pourrir, comme la santé et l’éducation », dit quant à lui le chercheur universitaire.

    Source: Des immigrants parlant le français au quotidien déplorent leur exclusion des «statistiques de Legault»

    Le sentiment d’appartenance des immigrants au Québec s’effrite par rapport au Canada

    Not surprising given Loi 21 and other initiatives:

    Les débats sur la laïcité ont permis au Canada de marquer des points dans la guerre d’usure avec le Québec pour la loyauté des immigrants racisés. Le sentiment d’appartenir à la communauté québécoise n’a pas décliné entre 2012 et 2019, mais cet « élan » s’est néanmoins affaibli par rapport à la volonté d’être canadien, indique une nouvelle étude.

    Ce déficit d’appartenance à la province s’est aussi étendu aux minorités non religieuses et à celles qui sont francophones durant cette période. Elles étaient pourtant moins susceptibles d’être touchées par les deux « événements focalisateurs » sous la loupe de cet article publié récemment dans la Revue canadienne de science politique que sont le projet de charte des valeurs et le projet de loi 21 sur la laïcité de l’État.

    Les chercheurs ont mesuré l’évolution de l’appartenance à travers trois enquêtes qui coïncident dans le temps avec ces grands débats de société, soit en 2012, 2014 et 2019. « Au début de la période étudiée, on voit que, chez les immigrants non religieux ou francophones, il n’y a pas de préférence marquée entre le Québec ou le Canada. L’appartenance à l’un ou l’autre est aussi forte », explique Antoine Bilodeau, professeur de science politique à l’Université Concordia et coauteur de l’étude avec Luc Turgeon.

    Ces perceptions évoluent, avec un creux en 2014, pour ensuite stagner envers le Québec. Mais pendant ce temps, le sentiment d’appartenance envers le Canada grandit, et cet effet est généralisé à tous les immigrants racisés, pas seulement ceux qui sont religieux ou qui ne sont pas francophones.

    « Cela indique que les groupes minoritaires ont perçu ces débats comme une remise en question plus large de la relation avec la majorité. Ce qui est en trame de fond de tout ça, chez certains partisans [de la laïcité], mais beaucoup chez ses détracteurs, c’est que ces politiques reflètent le malaise du Québec avec la diversité grandissante », détaille-t-il.

    Mais ce lien n’est pas causal avec une certitude absolue. Les chercheurs constatent plutôt que l’aiguille a bougé en faveur du fédéral sur le cadran de l’appartenance et attribuent cette modification à des facteurs déjà bien démontrés. Même si la transformation n’est pas totale, elle correspond dans le temps avec ces moments clés et elle est cohérente avec la littérature scientifique.

    Un certain nombre d’études au Québec laissaient déjà entendre que les débats sur les symboles religieux avaient nourri un sentiment d’exclusion, mais elles ne permettaient pas de faire cette comparaison avant et après les propositions législatives.

    Les deux auteurs, cette fois, ne peuvent « que conclure que les débats sur l’interdiction des symboles religieux à travers les propositions législatives qui ont pris place en 2014 et en 2019 ont contribué à détériorer la relation des immigrants racisés avec la communauté politique québécoise ou, plus précisément, ont contribué à creuser l’écart dans le sentiment d’appartenance à l’avantage du Canada », écrivent-ils dans l’étude.

    Deux modèles

    « Au fond, la perception est que le modèle fédéral est plus flexible dans sa définition de qui il reconnaît comme citoyen à part entière », résume le professeur, qui étudie ces aspects depuis nombre d’années. Et les débats sur la laïcité sont « venus consolider ou accentuer cette perception ».

    Les deux coauteurs citent d’ailleurs l’ancien premier ministre Jacques Parizeau, qui s’inquiétait en 2013 que le projet de charte des valeurs du Parti québécois fasse la part belle au fédéralisme, qui allait pouvoir ainsi se présenter comme le véritable défenseur des minorités.

    « Il [Jacques Parizeau] disait “vous allez perdre de vue la dynamique de compétition”. L’étude lui donne raison », explique M. Bilodeau.

    Encore plus frappant aux yeux du coauteur de l’étude, la perte du sentiment d’appartenance vis-à-vis du gouvernement québécois « est causée par ses propres actions », plutôt que, par exemple, la passivité ou l’incapacité à rattraper le fédéral.

    Autre fait intéressant, le sentiment d’appartenance des immigrants racisés a été mesuré par deux aspects : l’attachement et le sentiment d’être accepté. Le concept d’appartenance est ainsi mieux compris dans sa dimension relationnelle, une relation à deux sens.

    « C’est un peu comme demander “est-ce que je veux faire partie du groupe ? [attachement] Puis, est-ce que j’ai la perception que le groupe veut que j’en fasse partie ? [sentiment d’acceptation]” », détaille M. Bilodeau.

    On pourrait penser que c’est surtout le sentiment d’acceptation qui a été touché : « Intuitivement, on dirait, ce geste me montre qu’ils ne veulent pas de moi. » Mais il y a, selon le professeur, un effet boomerang sur le désir de faire partie de la communauté, sur le sentiment d’attachement. « Non seulement c’est que je sens, qu’ils ne veulent pas [que j’appartienne au groupe], mais ça me fait remettre en question ma propre volonté d’être Québécois par rapport à “je veux être Canadien”. »

    Des expériences vécues

    « J’aimerais beaucoup me tourner vers le sentiment d’appartenance envers le Québec, mais on nous fait sentir qu’on n’y appartient pas. Alors, il faut se tourner ailleurs », explique d’ailleurs en entrevue Jana, une jeune musulmane. Le Devoir a choisi de ne pas publier son nom de famille, car la Montréalaise est encore mineure.

    Pour elle, ce sont assurément les débats sur la laïcité qui ont entamé son sentiment d’appartenance : « Avant, je m’identifiais comme Québécoise, mais, avec les nouvelles lois, j’ai senti que ça a créé deux classes différentes : ceux qui peuvent réaliser leurs rêves et les autres, qui ne le peuvent pas. »

    « Moi, je voulais devenir avocate pour défendre l’équité sociale, mais j’ai l’impression que je ne peux pas choisir cette carrière sans sacrifier ma religion », dit la jeune femme, qui porte le hidjab.

    La Loi sur la laïcité de l’État, connue d’abord comme projet de loi 21, interdit le port de signes religieux chez les agents qui incarnent l’autorité de l’État, y compris les juges et les procureurs de la Couronne.

    Jana pourrait exercer à titre d’avocate en pratique privée, reconnaît-elle, mais elle a l’impression que certaines portes lui sont déjà fermées avant même qu’elle entame des études de droit.

    Pour Garine Papazian-Zohrabian, professeure de psychopédagogie à l’Université de Montréal et psychologue clinicienne, cette étude va dans le même sens que ce que d’autres travaux ont démontré : « les approches coercitives freinent le sentiment d’appartenance », a-t-elle déjà écrit sur plusieurs tribunes.

    « Je vois aujourd’hui les conséquences de la loi 21 [Loi sur la laïcité de l’État] dans le milieu enseignant », dit Mme Papazian-Zohrabian. Elle voit avec grande déception les embauches de personnel non légalement qualifié dans les écoles, « alors qu’on prive nos élèves de bonnes enseignantes » parce qu’elles portent le voile.

    « On pousse les gens à se recroqueviller sur eux-mêmes et à trouver une place uniquement dans leur communauté. Symboliquement, on ne peut plus parler d’intégration », dit-elle.

    Mme Papazian-Zohrabian a émigré du Liban et elle est d’origine arménienne, « petite-fille de rescapés d’un génocide », donc à même de comprendre l’importance de l’identité, remarque-t-elle.

    Les politiques et le discours sur l’immigration ont créé « une dynamique de plus en plus polarisée », selon la spécialiste. Beaucoup d’immigrants ont pourtant « choisi le Québec ou le Canada parce que c’est une société progressiste et une société de droit. Quand ils se sentent attaqués ici, ça crée de la détresse chez eux ».

    Source: Le sentiment d’appartenance des immigrants au Québec s’effrite par rapport au Canada