Fraser: François Legault et les universités anglophones

Good column by former official languages commission Fraser:

Dans l’approche du gouvernement du Québec envers des institutions de la communauté anglophone, c’est difficile d’éviter l’impression qu’il y a une ignorance, et une méfiance, derrière ses gestes. L’attitude du premier ministre François Legault envers la communauté anglophone est un secret de polichinelle ; dans son mémoire, il a raconté ses batailles de rue avec les jeunes anglophones de l’Ouest-de-l’Île, et, dans son premier discours politique de candidat, il a rassuré les membres de l’association de comté du Parti québécois de sa hantise pour les Anglais.

M. egault a déjà parlé de la Coalition avenir Québec comme d’une version moderne de l’Union nationale de Maurice Duplessis, et les points de comparaison ne manquent pas. Comme Duplessis, il a créé son parti en regroupant nationalistes et conservateurs. Comme Duplessis, il accepte mal la critique, dénonçant le journaliste Aaron Derfel, de The Gazette, quand il a découvert les conditions invivables dans le CHSLD Herron.

Son caucus n’a que deux députés de l’île de Montréal, et un seul anglophone ; un miroir, 70 ans plus tard, de l’emprise électorale de Duplessis. (En fait, en 1954, Duplessis a gagné six sièges sur l’île de Montréal, trois fois plus que Legault en 2022.)

Cette hantise est parfois marquée par la peur. Dans sa campagne électorale de 2018, il a dit qu’il « s’est réconcilié avec le Canada », mais a exprimé la crainte que « nos petits-enfants ne parlent plus français » à cause de l’immigration. Pendant la même campagne, il a avoué qu’il croyait qu’un immigrant puisse devenir citoyen canadien en quelques mois, tandis que ça prend trois ans.

Comme réconciliation avec le Canada, on a déjà vu mieux. De toute évidence, les Canadiens sont perçus comme des étrangers. Des étrangers riches, par contre, qui peuvent financer les universités québécoises en payant presque six fois plus que les étudiants québécois pour s’inscrire aux universités québécoises, à McGill, à Concordia ou à Bishop’s. (Les étudiants arrivant de la France vont continuer de payer les mêmes frais de scolarité que les jeunes Québécois.)

Ce geste fait suite à d’autres qui révèlent une attitude négative envers la communauté anglophone, comme si cette communauté n’avait pas le droit de gérer ses propres institutions qet u’il n’existait que grâce à la bienveillance de la majorité francophone. Donc, le gouvernement a déjà annulé le financement pour l’expansion de Dawson College, a limité l’inscription dans les cégeps anglophones d’étudiants qui n’ont pas étudié en anglais et a imposé une exigence de trois cours en français pour les étudiants anglophones au cégep — ce qui chambarde la planification de crédits et l’organisation du personnel enseignant.

Mais tout cela n’était que des hors-d’oeuvre. Le plat principal a été annoncé la semaine passée. Au lieu de considérer les universités anglophones comme un actif pour le Québec, elles sont perçues par ce gouvernement comme un passif, comme une menace à la santé culturelle et linguistique de la majorité.

Au contraire, McGill est l’une des universités les plus respectées en Amérique du Nord et la seule université canadienne qui est bien connue aux États-Unis. Concordia est un peu le pendant anglophone de l’UQAM : c’est souvent l’université de la première génération qui poursuit des études postsecondaires. Et Bishop’s joue un rôle particulier comme petite université avec une culture innovatrice et intime.

On se plaît souvent à dire au Québec que la minorité anglophone est la mieux traitée au Canada. Mais il n’y a aucune province, sauf le Québec, qui a fait un effort systématique au cours des dernières décennies pour affaiblir les institutions de la minorité. En Ontario, on est en train de bâtir une nouvelle université francophone, l’Université de l’Ontario français, qui a accueilli sa première cohorte en septembre 2021. Au Manitoba, le collège St. Boniface est devenu l’Université Saint-Boniface. Au Nouveau-Brunswick, l’Université de Moncton a célébré cette année son 60e anniversaire.

Historiquement, le mécénat ne faisait pas partie de la tradition francophone au Québec. Dans son mémoire Mes grandes bibliothèques. Mes archives, mes mémoires le bibliothécaire et archiviste Guy Berthiaume raconte comment il a travaillé pour faire sa marque dans le domaine de campagnes de finance3ment pour les universités francophones québécoises. « La collecte de fonds professionnelle, systématique et assumée était, jusqu’au début des années 1980, absente des universités francophones et elle faisait l’objet d’encore de beaucoup de préjugés dans les milieux intellectuels », écrit-il.

Par contre les universités anglophones y travaillent depuis le début de leur existence. Il y a, et il y a toujours eu, un effort soutenu pour créer un sentiment d’appartenance et de communauté chez leurs diplômés.

Maintenant, elles paient le prix de leur succès. Au lieu d’être valorisées et respectées comme des pôles d’attraction nationaux et internationaux, elles sont traitées avec mépris, comme des vaches à lait pour le réseau universitaire. Quelle honte !

Source: François Legault et les universités anglophones

Lisée: Les expulsions barbares

More Quebec commentary on the need for Quebec to exercise the same control over the IMP, whose numbers have ballooned as elsewhere in Canada, as it does for TFWP:

De mauvaises langues accusent le député Sol Zanetti d’avoir atteint le summum de l’exagération en gonflant, puis dégonflant, une balloune depuis son siège de l’Assemblée nationale jeudi dernier. Je ne suis pas d’accord. Juste avant, en point de presse, un autre député solidaire avait fait pire.

Au cas où on déclare atteinte, voire dépassée, la capacité d’accueil du Québec et qu’on veuille limiter le nombre d’immigrants temporaires au Québec, passés de 47 000 en 2007 à 470 000 cette année, il a dit ceci : « Si on définit qu’elle est remplie [la capacité d’accueil], on coupe qui ? On va commencer à faire des déportations massives ? On va commencer à dire que ces 100 000 là, qui sont de trop, peut-être, qui ont déménagé ici, qui ont eu des contrats, qui ont eu un logement, qu’on leur a donné un permis, qui travaillent dans le réseau de la santé et dans l’éducation… On va leur dire : “C’est terminé ? […] Vous savez quoi, là, on s’excuse, on vous a fait venir pour rien, on s’est trompé, finalement, on n’a pas la capacité de vous avoir” ? »

Je vais vous étonner. Il s’agit d’un député qu’on estimait jusque-là crédible et posé : Guillaume Cliche-Rivard. Il est avocat, expert en immigration. Comment peut-il ne pas savoir qu’on parle ici des temporaires qui, comme leur nom l’indique, sont bien temporaires. L’immense majorité des étudiants étrangers qui peuplent McGill et Concordia et anglicisent le centre-ville prennent la poudre d’escampette dès qu’ils ont leur diplôme en poche. L’immense majorité des travailleurs agricoles volent retrouver leur famille latino-américaine une fois la récolte terminée. Les autres savent tous que leur séjour affiche une date de péremption, ce à quoi ils ont librement consenti.

Bref, si on décidait, selon le chiffre évoqué, d’admettre désormais 100 000 personnes de moins, ce qui nous maintiendrait toujours à un niveau historiquement excessivement élevé, il suffirait d’attendre que ceux qui souhaitent repartir repartent et de ne donner des autorisations qu’à 370 000 candidats, plutôt que 470 000.

L’introduction du terme « déportation » dans un débat sur l’immigration qui se déroulait depuis quelques mois dans un contexte apaisé est simplement honteuse. S’il tient à sa crédibilité, Cliche-Rivard doit faire amende honorable.

Sur le fond, il affirme ne pas savoir si, oui ou non, notre capacité d’accueil est atteinte. Il voudrait qu’une équipe d’experts se penche sur la question. C’est une idée tellement bonne que je la proposais en 2018 lorsqu’on ne comptait sur le territoire que le quart du nombre de temporaires actuel.

On peut bien, comme le fait la ministre de l’Immigration, Christine Fréchette, par un appel de projets de recherche, en obtenir une analyse plus fine et régionalisée. Mais refuser d’admettre aujourd’hui que l’ajout depuis cinq ans de centaines de milliers de personnes supplémentaires aggrave les crises du logement, de la santé et des garderies me rappelle ceux qui, face aux méfaits du tabac ou du réchauffement climatique, réclamaient davantage d’études.

Heureusement, un grand nombre de Québécois ont entendu parler de la loi de l’offre et de la demande. Début octobre, 71 % d’entre eux (comme 68 % des Canadiens) ont déclaré au sondeur Ipsos qu’imposer un plafond d’admission aux étudiants étrangers serait une bonne façon de réduire la pression sur les logements abordables. Logiques, 75 % des Québécois (71 % des Canadiens) pensent qu’il faut revoir à la baisse les cibles d’immigration le temps que se résorbe la crise du logement. (Mémo au politburo de QS : ce sentiment est partagé par 66 % des 18-34 ans, votre électorat principal.)

Qui, parmi nous, à part les élus solidaires, figure parmi les dissidents de la loi de l’offre et de la demande ? Le gouvernement fédéral, bien évidemment. L’inénarrable ministre de l’Immigration, Marc Miller, a redit récemment qu’il fallait davantage d’immigrants pour construire davantage de logements. (Marc, ça ne marcherait que s’ils les bâtissaient avant d’arriver ou s’ils les emmenaient avec eux. Un pensez-y-bien.)

Plus terre à terre, son collègue Pablo Rodriguez, qui semble admettre l’existence d’un problème, a prétendu que l’augmentation du nombre de temporaires était la faute du Québec. Mme Fréchette affirme au contraire que c’est la faute du fédéral. Peut-on savoir qui remporte la palme de cet édifiant concours de Ponce Pilate ?

Mardi, dans ces pages, la spécialiste Anne-Michèle Meggs a mis clairement la responsabilité sur les épaules du Québec.

À l’exception des demandeurs d’asile, le Québec a indubitablement le pouvoir de réduire le nombre d’étudiants étrangers, qui comptent pour 44 % des temporaires, mais il ne le veut pas ; il a indubitablement le pouvoir de limiter le nombre de travailleurs temporaires (17 %), mais il ne le veut pas.

Sur le reste, les 36 % du Programme de mobilité internationale, Québec a omis d’exiger un droit de veto lors de sa création pendant l’ère Harper. Le gouvernement Legault — au pouvoir pendant l’explosion des temporaires et en possession depuis avril 2022 d’un rapport des experts Pierre Fortin et Marc Termotte l’avisant de sa « perte de contrôle » du dossier — a choisi de ne pas utiliser le levier à sa disposition : réclamer, comme le lui permet l’entente Canada-Québec, l’ouverture de discussions qui lui permettraient d’en reprendre le contrôle.

Bref, alors que 7 Québécois sur 10 savent que l’explosion du nombre d’immigrants rend intenable — et probablement insoluble — la crise du logement, entre autres, nous sommes en présence d’une opposition solidaire fantasmant sur des « déportations » massives et d’un gouvernement caquiste qui se prétend nationaliste, mais refuse d’utiliser les pouvoirs que détient déjà la nation.

Bref, bienvenue au Québec.

Jean-François Lisée a dirigé le PQ de 2016 à 2018. Il vient de publier Par la bouche de mes crayons, aux éditions Somme toute/Le Devoir. jflisee@ledevoir.com

Source: Les expulsions barbares

Le cours Culture et citoyenneté québécoise répond davantage à une commande politique qu’éducative

Plus ça change. But experts also need to be aware of how their background and ideological leanings can influence their expertise:

L’instauration d’un programme éducatif représente le bien commun d’une nation et concerne tous les citoyens. Il est donc particulièrement important de suivre un processus démocratique et transparent pour décider de ses orientations et de ses contenus. 

Ainsi, dans le cadre de changements à apporter à un programme d’enseignement, il est nécessaire de s’appuyer sur des avis d’experts reconnus de cette discipline, afin de comprendre les éventuels dysfonctionnements et les améliorations à y apporter, et ce, à partir d’une démonstration scientifique rigoureuse. Or, la transition du programme d’éthique et culture religieuse (ECR) vers le cours Culture et citoyenneté québécoise (CCQ) constitue un intéressant contre-modèle de ces principes, d’autant plus surprenant qu’il se présente comme un modèle d’éducation à la citoyenneté. 

Professeure en éducation à l’Université de Montréal et spécialiste du programme d’éthique et culture religieuse, je souhaite partager ici quelques réflexions sur la façon dont celui-ci, au Québec, a récemment été supprimé et remplacé par le cours Culture et citoyenneté québécoise. Certaines écoles ont déjà fait le choix d’offrir ce programme depuis septembre 2023, mais ce n’est qu’en 2024 qu’il sera enseigné de façon obligatoire dans toutes les écoles.

Une absence de délibération politique et citoyenne transparente

En janvier 2020, le ministre de l’Éducation du Québec d’alors, Jean-François Roberge, déclare sa volonté de réformer le cours ECR et, en particulier de réduire la culture religieuse qui occupe à ses yeux une place trop importante. Il souhaite la remplacer par l’éducation à la sexualité de même que par un ensemble de nouvelles thématiques. 

Il annonce mettre aussitôt en place un processus de consultation citoyenne par la diffusion d’un questionnaire en ligne et la possibilité pour toute personne de déposer un mémoire. Or, tout ce processus est marqué à chaque étape par une grande opacité de la part du ministère de l’Éducation. Il refuse non seulement de communiquer les résultats du questionnaire, mais aussi de rendre public les mémoires déposés par les citoyens et les associations et de diffuser les conclusions du bilan qu’il a lui-même réalisé sur l’enseignement du programme ECR dans les écoles. 

De plus, contrairement à ce qui avait été fait pour l’instauration du programme ECR, aucune commission parlementaire avec des auditions publiques n’est organisée, ni aucune délibération politique et citoyenne transparente n’est engagée pour discuter des contenus du nouveau programme CCQ. 

Cette façon de procéder, plutôt inhabituelle, témoigne d’une volonté du ministre d’imposer ses propres choix sans les soumettre à la discussion. Elle tend à accréditer l’idée que les résultats et les analyses qui ne vont pas dans le sens de ce que le gouvernement souhaite sont mis de côté. Le témoignage de la première responsable de la révision du programme au ministère de l’Éducation, qui a choisi de démissionner suite aux interventions répétées du cabinet ministériel, le montre clairement.

La délégitimation des experts

Lors de l’annonce de sa volonté de réviser le programme ECR et d’en supprimer la culture religieuse, le ministre Roberge affirme s’appuyer sur des avis d’experts. 

Cependant, il ne révèlera jamais qui sont ces spécialistes, sur quoi repose leur expertise et en quoi consistent précisément leurs analyses critiques. L’ouvrage que je viens de publier à ce sujetanalyse le contexte de ces critiques, tout particulièrement les différentes conceptions de la laïcité et des libertés de conscience et de religion, ainsi que les nombreux défis éducatifs que représente l’implantation d’un nouveau programme scolaire. 

Il montre que bon nombre d’études critiques du cours ECR, s’affranchissant aisément des critères qui guident la recherche scientifique, relèvent du discours militant et du registre de la dénonciation : le programme est tour à tour accusé d’inviter au relativisme religieux, mais aussi d’être un outil de propagande confessionnelle. Il est vu comme une imposition du multiculturalisme et une promotion des accommodements raisonnables, et est jugé comme portant atteinte aux libertés de conscience et de religion. 

Malgré leurs faiblesses, en particulier méthodologiques, ces discours ont tellement saturé l’espace médiatique qu’ils en sont venus à s’imposer comme une parole de vérité. Au même moment, dans les décisions ministérielles de modifier le programme ECR, on assiste à une mise à l’écart délibérée des spécialistes qui possèdent une réelle expertise, tant les universitaires experts de ce domaine que les enseignants, en particulier du secondaire. Ce sont pourtant eux qui mettent en œuvre au quotidien le programme dans les écoles. Ils ne sont ni consultés ni même informés en amont des décisions du ministre de l’Éducation. 

Même un avis d’une institution aussi importante que le Conseil supérieur de l’éducation, qui a pris le temps de mener une consultation sérieuse, est ignoré. Or, un programme d’enseignement devrait être élaboré sur la base d’analyses rigoureuses et bien informées. Ce n’est clairement pas le cas ici. Pour quelles raisons alors ignorer l’avis des experts et refuser la délibération scientifique et démocratique ? 

Un projet éducatif politique

Le but de cette réforme du programme ECR est à la fois d’exclure la culture religieuse du champ des connaissances scolaires et de réaffirmer un certain type de laïcité. 

Cette décision s’appuie sur les discours des associations militantes que sont le Mouvement laïque québécois et le groupe féministe Pour le droit des femmes, qui portent sur les religions un regard fort négatif, les considérant comme irrationnelles, archaïques, inégalitaires, sexistes. Ces groupes considèrent qu’il est préférable de ne plus en parler à l’école

De plus, ces associations jugent que la Loi 21, votée en 2019, qui proclame que l’État du Québec est laïque, est incompatible avec le cours ECR, comme si le respect de la laïcité exigeait l’invisibilisation du religieux, y compris dans le champ des connaissances scolaires. Pourtant, historiquement, l’étude des faits religieux comme objets de culture s’inscrit dans une perspective scientifique, voire laïque, qui la détache de ses ancrages confessionnels.

Par ailleurs le cours Culture et citoyenneté québécoise cherche à répondre à un grand nombre de problématiques sociales qui se trouvent dans l’air du temps : écocitoyenneté, citoyenneté numérique, prévention de la violence sexuelle, engagement politique, etc. Il s’inscrit dans une perspective où l’école est vue comme devant remédier à des problèmes de société jugés prioritaires à un moment donné. Il s’agit alors de promouvoir le développement chez les élèves de compétences comportementales et sociales, plutôt que cognitives, dans le but de favoriser des conduites considérées comme acceptables. 

Ce modèle relève davantage de la mission de socialisation de l’école que de celle de l’instruction. Le principe même de transmission aux élèves d’un noyau significatif de connaissances dans l’élaboration d’une culture humaniste, par exemple sur les religions, semble alors dépassé au profit du développement des compétences des jeunes, afin qu’ils deviennent des citoyens efficaces dans leur siècle.

Source: Le cours Culture et citoyenneté québécoise répond davantage à une commande politique qu’éducative

C’est Québec qui cautionne la venue d’immigrants temporaires, dit Ottawa

More back and forth:

Le niveau record d’immigrants temporaires cette année est surtout causé, au Québec, par la permission accordée par le gouvernement Legault aux entreprises de recourir aux travailleurs étrangers, réplique le ministre fédéral Pablo Rodriguez.

« Les gens qui sont là, c’est parce qu’il y a des entreprises québécoises qui nous [les] ont demandés », a indiqué au Devoir le lieutenant québécois de Justin Trudeau, jeudi.

Il tenait à répondre à la ministre de l’Immigration du Québec, Christine Fréchette, qui a demandé la veille au gouvernement fédéral de revoir ses cibles d’immigration, peu après la publication par Statistique Canada de données témoignant de l’explosion du nombre de résidents non permanents au Canada et au Québec.

Le Parti québécois a récupéré le dossier, jeudi, en anticipant une « minorisation » de la langue française. Le député Pascal Bérubé a fait valoir que le Québec n’a pas une capacité d’accueil suffisante pour toute cette immigration temporaire. Le Parti libéral du Québec est d’accord, parlant de « drapeau rouge » pour la capacité d’accueil, alors que Québec solidaire demande au contraire qu’on régularise leur statut pour en faire des immigrants permanents.

Validée par Québec

Pablo Rodriguez, qui est devenu ministre fédéral des Transports cet été, rappelle que la venue de travailleurs étrangers temporaires est validée par le gouvernement provincial. Les statistiques montrent que ces travailleurs formaient 43 % des 470 976 résidents non permanents qui se trouvaient au Québec le 1er juillet 2023.

« Il n’y a pas un seul dossier qui est ouvert par Ottawa tant que le demandeur n’a pas reçu un certificat d’acceptation du Québec, dit-il. Ces gens-là qui sont là, il faut vraiment faire attention à ne pas pointer du doigt, [et] comprendre que s’ils sont là, c’est parce que ce sont des entreprises de chez nous qui les veulent. »

Interpellée jeudi, la ministre Fréchette a invité le gouvernement fédéral à « être plus sensible à l’impact de ses cibles d’immigration ». « La majorité des immigrants temporaires sont [au Québec] grâce à des programmes contrôlés entièrement par le fédéral », a-t-elle affirmé dans une déclaration écrite transmise au Devoir. « Le Québec contrôle seulement les travailleurs admis via le Programme des travailleurs étrangers temporaires et les étudiants étrangers », soit le tiers des immigrants non permanents accueillis en territoire québécois.

L’élue caquiste invite le fédéral à se concentrer sur les demandeurs d’asile, qui représentent 31 % des résidents non permanents québécois malgré la fermeture du chemin Roxham. « Le gouvernement canadien doit s’assurer d’une répartition équitable des demandeurs d’asile à travers le Canada, a-t-elle dit. Il y a un examen de conscience à faire à Ottawa. »

Le Québec ne dispose pas de cible pour l’accueil de travailleurs étrangers temporaires. Ces nouveaux arrivants font pourtant explicitement partie de la stratégie du gouvernement Legault publiée l’an dernier, qui prévoit d’« appuyer les employeurs » pour augmenter la main-d’oeuvre temporaire.

Près de 7000 entreprises au Québec ont demandé d’embaucher des travailleurs étrangers temporaires l’an dernier.

Les temporaires deviennent permanents

Les autres catégories d’immigrants temporaires comprennent les étudiants étrangers, qui sont convoités par Québec, les membres de la famille qui accompagnent ces immigrants ainsi que les demandeurs d’asile. Ces derniers forment 31 % de tous les résidents non permanents du Québec, et la province ne peut pas en gérer le nombre.

Selon le décompte de Statistique Canada, 146 723 demandeurs d’asile étaient présents sur le territoire québécois en juillet dernier.

Le gouvernement fédéral a pour objectif d’accueillir 500 000 immigrants par année au Canada. Or, un grand nombre d’entre eux sont déjà arrivés physiquement sur le territoire, comme par un programme d’immigration temporaire.

Les cibles d’immigration fixées par Québec sont moindres que son poids démographique dans le Canada, ce qui crée un goulot d’étranglement des demandes. Le Devoir a rapporté que des immigrants temporaires entrant dans certaines catégories pourraient devoir attendre plus de 25 ans avant d’obtenir leur résidence permanente.

Source: C’est Québec qui cautionne la venue d’immigrants temporaires, dit Ottawa

McGill, Concordia unlikely to be hampered by new [language] immigration rules: minister

More likely than unlikely:

The immigration minister does not believe universities like McGill and Concordia will be hampered in their recruitment efforts owing to new rules imposing more French on international students.

Christine Fréchette said university recruitment was not hampered in the previous incarnation of the Quebec Experience Program (PEQ),which international students use to enter Quebec combining school with career aims. In 2019, the government slapped limits on the range of disciplines eligible, sparking an uproar from students that forced it to back down.

And on Thursday, Fréchette said she does not believe another new set of rules, this time imposing more French on PEQ candidates, will do what the universities predict.

“For me this argument is not backed up by the numbers,” Fréchette said answering a question from the Montreal Gazette. “I think that McGill has an attraction, an appeal that is worldwide.

“They will be able to attract international students even though we have changed the rules of the PEQ diplomé.”

Last week, both McGill University and Concordia University slammed Fréchette’s new rules, which are part of a massive reform of Quebec’s immigration system.

In two separate briefs presented to the legislature committee studying the reforms, they said the new French language requirements included in the new PEQ will mean international students will be deterred from applying, thus depriving Quebec of their skills and talent.

The PEQ welcomes a wide range of academic options and is hugely popular, but in May Fréchette announced changes to the way the program works. In an effort to increase the French skill level of applicants — in the same way as her overall immigration reforms in the economic category, which Quebec controls — Fréchette introduced a distinction between francophone and anglophone applicants.

Foreign students who studied in French or are francophone will benefit from a fast-tracked system designed to retain them. Instead of the 12 to 18 months of work experience currently required to apply for a certificate leading to permanent residency, a request can be made as soon as they complete their studies.

But students who come to Quebec to study in English and do not have a sufficient knowledge of French will no longer qualify for the PEQ and the advantages it offers.

McGill argues the rules will create a two-tier system because most of its 12,000 foreign students will not meet the new qualifications.

“Our students risk emerging as the losers in this exercise,” Fabrice Labeau, McGill’s deputy provost of student life and learning, told the committee.

Concordia has a similar view and says the reforms will “de facto” exclude graduates from anglophone universities even if they master French.

The PEQ, or Programme de l’expérience québécoise, is a fast track for international students — some of whom may already be living and working in the province — to obtain a Quebec selection certificate, which is a step toward permanent residency.

International students can apply to the program, as can new arrivals who have obtained a degree at a Quebec institution in the last two years.

Source: McGill, Concordia unlikely to be hampered by new immigration rules: minister – Montreal Gazette

Y a-t-il un pilote dans l’avion de l’immigration? 

Gives a flavour of Quebec francophone views, brought to my attention by one of my regular readers:

Ces semaines-ci se tient à Québec une commission parlementaire sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2024-2027. Cette commission a pour but de choisir entre le maintien du scénario actuel de 50 000 ou une augmentation progressive à 60 000 pour 2026. En 2022, le Québec a accueilli 68 700 immigrants permanents… Comme dirait l’autre, une heure plus tard dans les Maritimes.

Du côté de l’immigration temporaire (travailleurs et étudiants), on constate une progression fulgurante puisqu’on est passé de 145 000 sur le sol québécois en 2021 à 370 000 aujourd’hui. Des chiffres que certains (CIBC, C. D. Howe) considèrent bien en deçà de la réalité, puisqu’ils vont jusqu’à parler du double.

Tout cela s’inscrit évidemment dans le cadre de la délirante politique canadienne appelée l’« Initiative du siècle » qui vise un Canada à 100 millions d’habitants d’ici 2100. Résultat, ça pète de partout. On a même assisté récemment à un accrochage entre Justin Trudeau et un de ses ministres. Le point de friction : la crise du logement qui sévit partout au Canada. Ici, au Québec, l’Université du Québec à Rimouski a dû annuler en juin l’arrivée de 200 étudiants étrangers faute de pouvoir les loger.

Autre point de friction : la langue d’intégration des immigrants. Ce problème est vital dans un Québec où le français est sérieusement mis à mal depuis plusieurs années. Or, les immigrants qui immigrent avant tout au Canada dans une mer anglophone nord-américaine ont tendance à être très ouverts à l’anglais. Les immigrants temporaires, dont le nombre est en pleine explosion, n’ont aucune obligation à ce niveau. Dans un semblant de pays où les fédéralistes instrumentalisent depuis longtemps l’immigration pour combattre l’aspiration des Québécois à l’indépendance, il y a de quoi alimenter une certaine paranoïa.

Conditions de travail

Point de friction additionnel : la pression à la baisse sur les conditions de travail générée par l’emploi croissant des travailleurs étrangers temporaires. À cet égard, une lumière rouge s’est récemment allumée puisqu’un rapport de l’ONU est allé jusqu’à parler de nouvel esclavage en citant nommément le Canada et le Québec. Les cas d’exploitation de travailleurs étrangers révélés par les médias se multiplient. Les étudiants étrangers sont souvent aussi des travailleurs, ne serait-ce qu’à temps partiel, et leur vulnérabilité est bien réelle, même si elle n’est pas aussi flagrante que celle des travailleurs étrangers avec permis fermé. De plus, leur conjoint obtient aussi le droit d’immigrer et… de travailler.

Tout le monde se souvient du discours offensif de François Legault aux élections de 2018. « Nous allons rapatrier tous les pouvoirs en immigration. » On connaît la suite. M. Legault est revenu d’Ottawa « la veste sous l’bras en disant : “OK, d’abord” ». Aujourd’hui, non seulement il a pris son trou, mais il est devenu un artisan zélé de l’« Initiative du siècle » par la force des choses. Les chiffres sont là pour le démontrer. Tout cela sans le dire, dans une parfaite hypocrisie.

La raison de ce revirement est facile à trouver puisque l’explosion du nombre de travailleurs étrangers temporaires fait bien plaisir aux patrons du Québec, qui trouvent là une main-d’oeuvre hypervulnérable et complètement à la merci des plus agressifs d’entre eux. Il ne faut quand même pas oublier que le Conseil des ministres est composé au tiers de gens d’affaires.

Discrets sur l’immigration, les caquistes sont par contre très loquaces concernant une supposée pénurie de main-d’oeuvre. Ils nous la servent à toutes les sauces. Pourtant, à Montréal actuellement, un nouveau Walmart ouvre ses portes. Pour 300 postes, les dirigeants ont reçu plus de 3000 postulations. Il n’y a pas pénurie de main-d’oeuvre, mais plutôt rareté, et il est aisé de comprendre que cela déplaise aux employeurs qui doivent mettre les mains dans leurs poches profondes pour mieux traiter leurs employés.

Source: Y a-t-il un pilote dans l’avion de l’immigration?

Rioux: Un parfum de colonialisme

Good column on the questionable morality of recruiting skilled healthcare workers from developing countries. Of course, individuals from this countries naturally seek better opportunities:

Il y a des nouvelles qui tombent à plat. Sitôt apparues, elles disparaissent comme par enchantement dans le grand trou noir de l’information. C’est comme si tout le monde, les politiques, les médias et même le public, se donnait le mot pour regarder ailleurs en attendant qu’on parle d’autre chose.

C’est un peu ce qui s’est passé la semaine dernière avec cette information révélant que les campagnes de recrutement de personnel de la santé que mène régulièrement le Québec en Afrique contribuent à fragiliser encore plus des pays africains dont la situation sanitaire est déjà précaire.

À l’encontre de toutes les politiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Québec mène depuis longtemps des campagnes de recrutement dans des pays comme le Bénin, le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Togo. L’an dernier, il annonçait vouloir recruter 1000 infirmières étrangères, pour la plupart africaines. Souvent des infirmières expérimentées. Dans quelques jours débuteront d’ailleurs des entretiens d’embauche avec des candidats du Cameroun, de la Côte d’Ivoire et du Togo, sélectionnés dans le cadre des Journées Québec Afrique subsahariennes. Depuis 2017, le Québec aurait ainsi recruté plus de 1900 travailleurs de la santé, dont de nombreuses infirmières, provenant de 24 pays d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Europe.

Faut-il en conclure que le Québec ne se gêne pas pour participer sans retenue au pillage des cerveaux de ces pays pauvres ? À titre d’exemple, le Cameroun et le Bénin possèdent respectivement moins de 2 et 3 infirmières pour 10 000 habitants alors que, pour la même population, le Québec n’en compte pas moins de 77 ! L’OMS n’est pas seule à penser que ce pillage organisé est indigne du Québec. L’Association des infirmières et infirmiers marocains avait déjà accusé le Canada d’« épuiser les ressources infirmières des autres pays dans lesquels il y a également une pénurie ».

En guise de réponse, nos responsables se contentent généralement de regarder la pointe de leurs souliers en balbutiant du bout des lèvres qu’ils font un recrutement… éthique ! Personne n’aime se faire dire ses quatre vérités, surtout pas les partisans de l’immigration de masse, qui prétendent chaque fois se porter ainsi au secours de l’humanité souffrante. Et si cet « immigrationisme » vertueux n’était au fond que le nouveau visage du bon vieux colonialisme affublé d’un beau tampon humanitaire ?

Il y a longtemps que des chercheurs comme le démographe Emmanuel Todd ont expliqué le fait que, dans un monde où la communication mène le bal, le pillage des cerveaux avait remplacé celui des ressources naturelles. Cette « véritable prédation démographique », écrit-il, serait même plus grave que celle des ressources naturelles, car elle met aujourd’hui « en péril le développement de pays qui décollent ».

Parmi les milliers de migrants qui ont littéralement envahi l’île de Lampedusa la semaine dernière, personne ne s’est demandé — pas même le pape — combien il y avait de mécaniciens, de boulangers ou d’aides-infirmières qui désertent ainsi leurs pays. L’ancien journaliste de Libération Stephen Smith, professeur d’études africaines à l’Université Duke, en Caroline du Nord, a montré dans ses études que, contrairement à ce que sérine la presse, ce ne sont pas les plus pauvres qui émigrent. Ceux-là, en général, n’en ont pas les moyens. En cas de nécessité, ils se déplacent dans un pays voisin. Ceux qui se retrouvent chez nous sont ceux qui peuvent se le payer et qui pourraient donc au mieux contribuer à consolider la classe moyenne de leur pays.

Dans notre vision misérabiliste de l’Afrique — une vision encore aggravée par le catastrophisme climatique —, il ne nous viendrait pas à l’idée que les pays africains qui progressent, et il y en a, ont un urgent besoin de ces travailleurs pour se sortir de la misère. À Madagascar, en 2016, alors qu’il distribuait des bourses d’études, Philippe Couillard s’était ainsi fait rappeler à l’ordre par la ministre de l’Enseignement supérieur de Madagascar, qui lui dit que la plupart de ces boursiers ne revenaient jamais au pays. Et qu’ils étaient donc une perte sèche pour l’île. Belle charité que celle qui ne sert que le bienfaiteur. Ce jour-là, Philippe Couillard avait lui aussi longuement regardé ses souliers.

Dans ce que le politologue Pierre-André Taguieff appelle « l’utopie messianique du salut par l’immigration » — un mal très répandu au Canada —, il y a un mépris profond pour les peuples de nos pays, qui n’auraient d’avenir démographique, économique et culturel qu’en accueillant le plus d’étrangers possible.

Il y a aussi un mépris pour l’Afrique, car il sera toujours plus valorisant de s’épandre en larmes sur la misère africaine que d’appeler ces pays à se prendre en main et de les y aider à le faire. Ce qui me frappe toujours chez ceux qui ne jurent que par cette immigration providentielle, c’est leur désintérêt à peu près complet pour les pays pauvres. Comme si le seul avenir des Africains était de se déverser en nombre toujours plus grand dans nos beaux et grands pays riches et démocratiques. Ne sentez-vous pas là un étrange parfum de colonialisme ?

Source: Un parfum de colonialisme

Une voie rapide d’immigration seulement critiquée par l’Université McGill

Not surprising, as McGill would be most affected

Une voie rapide d’immigration permanente applicable uniquement aux étudiants étrangers ayant étudié en français préoccupe fortement l’Université McGill, qui estime qu’il s’agit d’un système à deux vitesses qui exclura des étudiants.

« Étant donné que ces personnes possèdent un diplôme québécois, qu’elles sont jeunes et qu’elles vivent déjà ici, en français, depuis plusieurs années, elles constituent un bassin exceptionnel où recruter de nouveaux Québécois et de nouvelles Québécoises », écrit le premier ministre du Québec, François Legault, dans le cahier de consultations sur la planification pluriannuelle de l’immigration, en les décrivant comme « des candidats idéaux ».

Cela fait réagir l’Université McGill, qui enseigne et fait de la recherche principalement en anglais, et qui pense que cette approche pénalisera les étudiants étrangers « même s’ils peuvent démontrer une excellente connaissance orale et écrite du français ».

« Nos étudiants risquent de sortir perdants de cet exercice », a déclaré Fabrice Labeau, premier vice-principal exécutif adjoint (études et vie étudiante) de l’Université McGill, lors de son passage aux consultations mercredi après-midi. À la suite de la réforme proposée au volet « diplômés » du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), un diplômé du Québec pourra déposer une demande de résidence permanente dès la fin de ses études au lieu d’attendre les 12 ou 18 mois d’expérience de travail actuellement exigés.

Une voie rapide qui crée un système « à deux vitesses » et qui exclura des étudiants, croit-il. Il cite en exemple un étudiant de McGill originaire de Chine qui l’a contacté récemment. Celui-ci suit des cours de français tout en étudiant dans son programme à temps plein en anglais afin de « s’intégrer à la société québécoise ». « Cet étudiant s’inquiète maintenant pour son projet de vie au Québec, qu’il a patiemment construit au cours des dernières années », souligne-t-il.

Une bonne part de l’effectif étudiant songera à d’autres options que l’Université McGill, refroidie par les difficultés de s’établir au Québec par la suite, appréhende Fabrice Labeau. « Si on peut assouplir les règles, nous, on peut travailler fort sur la francisation », assure-t-il. L’établissement accueille présentement 12 000 étudiants étrangers, ce qui représente 30 % de sa population étudiante.

« Ne serait-il pas préférable d’évaluer chaque candidat à l’immigration individuellement plutôt que d’indiquer d’emblée une préférence pour ceux ayant suivi un programme francophone ? » demande l’université dans son mémoire.

Une voie de passage existe, dit Fréchette

Une voie de passage existe, a tenu à préciser la ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Christine Fréchette, en réponse aux préoccupations de l’université.

« Les étudiants qui auront obtenu un diplôme dans un programme en anglais auront tout de même la possibilité d’appliquer pour le PEQ “diplômés”, s’il advenait qu’ils ont fait trois ans d’études en français au niveau secondaire ou postsecondaire », a-t-elle dit. Il est également possible pour eux de déposer leur candidature à la résidence permanente après une année d’expérience de travail s’ils maîtrisent le français au niveau requis.

Une réponse qui n’a pas semblé convaincre Fabrice Labeau, qui a, de son côté, invoqué l’attractivité des universités. « Leur fermer la porte à la voie rapide, c’est une difficulté », dit-il.

Source: Une voie rapide d’immigration seulement critiquée par l’Université McGill

Lisée: La pendule du Dr Dubreuil

Quebec’s language commissioner on demographic trends, on setting a target of 85 percent for economic immigrants:

C’est bien de vouloir remettre les pendules à l’heure. Mais encore faut-il avoir une pendule. Encore faut-il savoir l’heure. Dans la discussion sur le déclin du français — ou, comme certains le prétendent, son « déclin présumé » —, ce ne sont pas les données qui manquent. Dans cette chronique comme ailleurs, on est davantage dans le trop-plein que dans la disette.

Mercredi, à l’Assemblée nationale, le nouveau commissaire à la langue française, Benoît Dubreuil, nous a rendu un service collectif majeur en offrant une balise claire permettant de déterminer si on va, ou non, dans la bonne direction. Pour sa première intervention publique, il donnait son avis sur les augmentations proposées des seuils d’immigration. Pour rappel : la Coalition avenir Québec (CAQ) a fait il y a un an à peine sa campagne en promettant de s’en tenir à 50 000 par an. Aller plus loin serait, a dit le premier ministre, « un peu suicidaire ». Fidèle à sa pratique de rompre ses promesses, il envisage maintenant de les hausser à 60 000, et en fait à 70 000 s’il compte à part une des nombreuses filières d’accès à la résidence permanente.

Dubreuil n’était pas venu pour taper sur les doigts de la CAQ, ce n’est pas son rôle. Il était venu lui dire comment atteindre l’objectif affiché de « renverser le déclin du français ». La décision de n’admettre que les immigrants économiques qui connaissent le français au point d’entrée, écrit-il dans son mémoire, est « susceptible d’accroître, de façon importante, l’utilisation du français par les personnes immigrantes ». Mais jusqu’à quel point ? Et quelle est la mesure du succès ?

Pour la première fois dans l’histoire des politiques linguistiques, il en fixe une : 85 %. C’est, une fois qu’on exclut les langues tierces et qu’on répartit les gens qui affirment être linguistiquement non binaires (donc anglos et francos également), la répartition des Québécois qui travaillent principalement en français et qui utilisent principalement la langue de Vigneault dans l’espace public. Si les futurs immigrants se répartissent linguistiquement ainsi, il n’y aura pas de déclin, affirme-t-il, mais stabilisation. Sinon, le déclin se poursuivra.

« Nous ne pouvons pas négliger les effets cumulatifs de cet écart, écrit-il. Si les 793 915 personnes immigrantes et les 148 075 résidents non permanents (RNP) qui occupaient un emploi au Québec en 2021 avaient opté pour le français au travail dans la même proportion que la population d’accueil (84,4 %), ce sont 234 243 personnes de plus qui y auraient utilisé le français le plus souvent au travail. Ce nombre représente 5 % de l’ensemble de la main-d’oeuvre du Québec. » L’impact serait « concentré dans la région métropolitaine de Montréal : le français y serait utilisé le plus souvent par 78 % des travailleurs, au lieu de 69 % ».

Le hic ? Les calculs de Dubreuil sur les scénarios proposés à 50 000 ou 60 000 par an n’atteignent pas sa note de passage de 85 %. Elles sont, au mieux, à 79 %. Donc elles ralentissent la rapidité du déclin, sans l’arrêter.

Mais la réalité linguistique est complexe, et qui sait si les autres mesures adoptées et à venir n’auront pas un impact à la hausse ? Placide, Dubreuil accepte cette part d’incertitude. Et comme il n’a pas le mandat de déterminer si une hausse des seuils sera délétère pour le logement, les places en garderie ou l’hôpital, mais seulement sur le français, il propose de s’appuyer sur les faits. Qu’on fixe d’abord le seuil à 50 000 et qu’on mesure chaque année, chez les nouveaux venus, si le critère de 85 % est atteint ou presque. Si oui, qu’on passe à 60 000 si on le souhaite. Sinon, on fait une pause et on s’interroge sur les boulons qu’il faut resserrer pour la suite.

La ministre semblait agréablement surprise par le mécanisme proposé (comme moi). Mais est-ce bien suffisant ? Il y avait autour de la table de la commission un véritable croisé du français, estomaqué que rien ne soit dit sur l’éléphant dans la pièce : les 370 000 temporaires dont l’utilisation du français est encore bien moindre que celle des permanents. « Si notre intérêt est la promotion du français, qui est en déclin, on fait fausse route parce que le troisième scénario est absent, à savoir les travailleurs temporaires. » Ce député, un libéral né au Maroc, est Monsef Derraji. Je lui accorde le titre de défenseur du français de la semaine.

Dubreuil a appelé en effet à une « approche cohérente » incluant les travailleurs et, a-t-il précisé, les étudiants temporaires, mais puisque la ministre nous annonce pour bientôt de nouvelles mesures sur le sujet, j’ai décodé qu’il attendait de les voir avant de se prononcer sur leur efficacité.

En vérité, l’excellente première performance de Dubreuil ne m’a pas étonné. Son CV était atterri sur mon bureau en 2002, alors que je cherchais quelqu’un qui connaissait bien l’allemand. Le CV de Dubreuil m’informait que son allemand était excellent, comme son anglais, son néerlandais et son russe. Il était désolé de m’informer qu’il ne pouvait que lire, mais ni parler ni écrire, le danois et le suédois (il ne s’est intéressé que par la suite au portugais, à l’espagnol, à l’italien et au roumain). Pour Les Politiques sociales, qui devint pour une décennie la référence francophone sur le sujet, Dubreuil produisait par pays des synthèses d’une qualité telle qu’on les retrouvait ensuite, en ligne, telles quelles, dans les textes de cours de profs d’université.

Il terminait son doctorat en philosophie politique sous la direction de Jean-Marc Ferry (il est donc « docteur ») et, de l’autre main, faisait publier dans des revues savantes des textes de pointe sur l’anthropologie des langues. J’ai rencontré beaucoup de gens intelligents dans ma vie, mais très peu du niveau de Benoît. J’en ai rencontré encore moins qui conjuguent ce savoir avec un pragmatisme créatif et une totale absence de suffisance.

À l’écouter présenter son rapport, je retrouvais l’homme posé, presque humble, vous expliquant sans aucun effet de toge que le patient malade — le français — requiert un traitement vigoureux, que ses signes vitaux doivent être annuellement vérifiés et que son rétablissement ne sera complet que si sa pression artérielle francophone atteint, ou dépasse, 85 %. Merci, docteur.

Source: La pendule du Dr Dubreuil

Que veulent dire les cibles proposées par Québec dans ses consultations sur l’immigration?

A noter:

Il faudrait beaucoup plus que 60 000 immigrants au Québec chaque année pour freiner le déclin du poids démographique au sein du Canada, souligne d’emblée le démographe Marc Termote. Il est toutefois « assez d’accord » avec la hausse des seuils, l’un des deux scénarios proposés par le gouvernement de François Legault, puisqu’elle permettrait au moins de maintenir la population de la Belle Province.

L’une des options de l’exercice actuel propose en effet de faire grimper les seuils d’au moins 10 000 immigrants permanents d’ici 2027.

Le professeur associé de démographie à l’Université de Montréal avait lui-même suggéré l’an dernier de passer peu à peu à une cible de 58 000 immigrants au Québec, dans un rapport commandé par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI).

Son raisonnement pour en arriver à ce chiffre différait cependant de celui du gouvernement, qui le justifie notamment par la possibilité d’une « contribution accrue aux besoins de main-d’oeuvre dans certains secteurs d’activité prioritaires », dans son cahier préparatoire aux consultations.

C’est plutôt une question de maintien démographique : « On dépend à 100 % de l’immigration rien que pour garder constant à long terme le nombre d’habitants au Québec », explique-t-il. Comme ailleurs dans les pays industrialisés, la province est en voie de connaître un accroissement naturel près de zéro, alors que les naissances ne compenseront bientôt plus les décès. Pour garder même « la faible croissance démographique actuelle du Québec », il serait nécessaire d’arriver à au moins 58 000 immigrants, dit M. Termote.

Un seuil à 58 000 — ou à 60 000, comme ce que propose le gouvernement — dépasserait le maximum enregistré au cours des cinquante dernières années, note-t-il.

La cible annuelle de 50 000 immigrants représente quant à elle à peu près la quantité de résidences permanentes permises par Québec chaque année depuis 2009. Pendant la même période, la population du Québec a grossi de 13 %. C’est donc le « taux d’immigration » qui a diminué, c’est-à-dire la proportion de nouveaux arrivants par rapport à la population totale.

« Le taux d’immigration est l’une des manières de raisonner, mais il faut considérer d’autres facteurs », dit le démographe, comme la volonté ou non d’un État de faire grossir sa population. Le Québec a, par exemple, eu des taux d’immigration beaucoup plus élevés lors de grandes crises humanitaires, comme en 1957 après l’invasion soviétique de la Hongrie ou au tournant des années 1980 avec l’arrivée de réfugiés vietnamiens.

Pas de remède au déclin relatif

Quant au poids démographique de la province dans le pays, le verdict de M. Termote est sans appel : « On est condamnés à être marginalisés au sein du Canada. »

Même si le nombre de résidents permanents a varié 14 000 et 55 000 par année depuis 1951, une constante demeure : le Québec a toujours reçu une proportion d’immigrants moins grande que son poids démographique dans le Canada. Un phénomène qui sous-tend l’érosion du poids démographique dans la Fédération.

En 1951, par exemple, une année d’immigration pourtant importante, Québec a accueilli 24 % de tous les immigrants au Canada, mais la population de la province représentait 29 % de celle du pays.

Cet écart a aussi été particulièrement grand récemment. En 2019, première année où la Coalition avenir Québec a déployé son programme d’immigration, la province a reçu 12 % de toute l’immigration du Canada avec 40 000 résidents permanents. Le Québec représentait près de 23 % de la population totale. Même un seuil de 60 000 immigrants ne continuera de représenter qu’environ 12 % du total canadien attendu de 485 000 en 2024.

Est-ce le Canada qui va trop vite ? Ou le Québec qui va trop lentement ? « C’est une tendance de longue durée qui n’est pas près de s’arrêter », répond avec tact le professeur à cette question de plus en plus polarisante. En extrapolant, « même si c’est un exercice dangereux », à la fin du siècle, le poids du Québec ne sera plus que 15 % au sein du Canada, a-t-il calculé.

Aucune des façons de remédier au déclin du poids démographique du Québec ne lui semble envisageable. Il faudrait remonter la fécondité à des niveaux supérieurs à ceux des cinquante dernières années, ce qui est « injustifié du point de vue éthique pour les femmes », croit-il. Ou encore, recevoir plus de 100 000 immigrants, ce qui lui semble « irréaliste » et en « rupture complète avec les objectifs de la politique linguistique poursuivis depuis des décennies », écrivait-il en 2022.

Source: Que veulent dire les cibles proposées par Québec dans ses consultations sur l’immigration?