Encore trop d’obstacles pour les immigrants dans l’industrie de la construction

Of note. Likely similar difficulties in other provinces with the exception of language:

Difficultés avec la langue, complexité des démarches, problèmes liés au statut temporaire. Même en pleine pénurie de main-d’oeuvre, des immigrants qualifiés doivent affronter de nombreux obstacles qui freinent leur intégration dans l’industrie de la construction. C’est ce que relève une étude menée entre 2021 et 2022 auprès de quelque 250 répondants — immigrants, employeurs et acteurs du milieu, comme des syndicats — effectuée par des organismes de recherche-action affiliés à l’Université de Montréal.

Tout juste avant la pandémie, la Commission de la construction du Québec (CCQ), en partenariat avec la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrants et Conseil emploi métropole, avait décidé d’explorer de plus près la relation des immigrants avec cette industrie hautement réglementée. La CCQ a donc demandé au Centre de recherche et de partage des savoirs InterActions et à l’équipe de recherche ERASME d’en dresser le portrait.

Un portrait qui pourrait notamment nourrir les échanges actuels sur la réforme de la loi R-20, pilotée par le ministre du Travail, Jean Boulet, au moment où les associations patronales demandent plus de flexibilité au milieu. Selon les plus récentes données de l’Institut de la statistique du Québec, il y avait somme toute peu d’immigrants dans l’industrie de la construction en 2017, à peine 8,2 % de la main-d’oeuvre, ce qui place le secteur au 13e rang sur 14 parmi les autres industries, telles que le transport et l’entreposage (22,8 %) ou l’hébergement et la restauration (17,8 %).

« Mon premier constat c’était : “Mon Dieu que c’est compliqué pour les immigrants !” », a déclaré Marie-Jeanne Blain, professeure d’anthropologie et chercheuse principale de cette étude menée en collaboration avec Lucio Castracani.

À commencer par la lourdeur des démarches de reconnaissance professionnelle, un important frein à l’accès au marché du travail. « Savoir où il faut aller chercher la correspondance de mon diplôme… Savoir quelles cartes il faut pour travailler. Pourquoi il faut des cartes ? Tout ça, c’est compliqué à comprendre au début », relate Jérémie, un immigrant charpentier-menuisier qui témoigne dans l’étude.

Pour Mme Blain, ce n’est pas l’information qui manque, mais l’accompagnement personnalisé. « Par exemple, il y a plusieurs voies d’entrée pour faire reconnaître ses acquis. Juste de savoir par laquelle on passe, c’est compliqué », affirme-t-elle. « Ça n’existe pas, une personne-ressource spécialisée pour les immigrants en construction. »

Difficultés et découragement

Toute cette complexité semble aussi décourager certaines entreprises, qui cherchent de la main-d’oeuvre prête à travailler sur-le-champ. « Il y a des employeurs qui voudraient que le travailleur soit opérationnel demain matin », dit la chercheuse. Et parfois, souligne-t-elle, après des mois de démarches pour recruter un travailleur à l’étranger, celui-ci peut se voir refuser son permis de travail par un agent des services frontaliers à l’aéroport. « On a eu des cas où des employeurs avaient embauché cinq travailleurs, mais il n’y en a que deux qui ont réussi à passer », dit-elle. Tant pour l’employeur que pour le travailleur migrant, la prise de risques est grande, ajoute-t-elle.

D’où la recommandation de simplifier les démarches pour le recrutement à l’étranger et d’offrir des services d’accompagnement aux entreprises. « Pour l’agriculture, je crois qu’ils ont des visas spéciaux », a mentionné dans le rapport Jean-Philippe, un employeur qui a tenté — en vain — de recruter en Amérique latine. « Je ne sais même pas si ça existe pour la construction, mais je suis sûr que c’est plus simple en agriculture qu’en construction. »

Les travailleurs temporaires sont quant à eux à la merci des délais et des procédures pour l’obtention et le renouvellement de leur permis de travail. Certains programmes, comme la Reconnaissance des acquis et des compétences, sont moins accessibles pour des immigrants non permanents, qui doivent souvent faire une croix sur leur reconnaissance professionnelle.

Le statut temporaire peut aussi ouvrir la porte à des abus. Recruté par une entreprise de Chaudière-Appalaches comme travailleur temporaire avec un permis fermé, Carlos, un soudeur d’origine mexicaine, s’est rendu compte que lui et d’autres collègues ayant le même statut étaient moins bien payés que les autres soudeurs, bien qu’ils effectuaient exactement les mêmes tâches.

« On a eu un cas d’un travailleur qu’[un employeur] avait fait venir d’Amérique latine et qui, une fois arrivé ici, a été mis à pied parce qu’il ne parlait pas français », souligne Marie-Jeanne Blain.

Le français, facteur discriminant

La langue française a d’ailleurs été pointée comme un élément influençant énormément l’intégration d’un travailleur migrant. « Ça fait consensus. La communication joue un grand rôle », a indiqué la chercheuse. C’est d’abord le cas pour les employeurs, pour qui la maîtrise du français se présente comme une question de santé et de sécurité au travail.

Quant aux immigrants, la non-maîtrise de la langue de Molière peut être un « facteur discriminant », tant pour la reconnaissance des compétences — la traduction des documents, notamment, coûte très cher — que l’accès et le maintien à l’emploi et l’avancement professionnel. « [Elle] peut entraîner un processus de marginalisation professionnelle », révèle l’étude, qui documente des cas où des immigrants allophones n’ont pas été en mesure d’intégrer le secteur réglementé et protégé par des syndicats.

Diego, un résident permanent péruvien, raconte avoir voulu profiter du fait qu’il avait son certificat de compétence pour sortir de l’industrie « non régie » après avoir fait une formation en santé et sécurité de l’ASP Construction. Il en a été incapable en raison de son niveau de français. « Ils me disent […] : “Si je t’envoie faire un mur, ou faire une coupe ou quelque chose… Tu ne vas pas savoir comment faire” », témoigne-t-il dans l’étude.

Pedro, lui, dit ne jamais s’être senti intégré dans son équipe de couvreurs. « Tu peux avoir beaucoup de connaissances, mais si tu ne connais pas la langue, ils ne vont jamais bien t’intégrer. Ça sera toujours un enjeu. »

Une trentaine de recommandations découlent du rapport commandité par la CCQ, allant d’un accompagnement individualisé pour les immigrants jusqu’à la création de ponts entre les divers acteurs, ceux de l’industrie, mais aussi les institutions publiques et les organismes communautaires. « Je ne mets pas mes lunettes roses, mais j’ai été agréablement surprise de constater la bonne volonté des partenaires et de voir à quel point les employeurs voulaient bien faire les choses », conclut Marie-Jeanne Blain, qui espère que ses travaux pourront inspirer la réforme prochaine de la loi.

Source: Encore trop d’obstacles pour les immigrants dans l’industrie de la construction

Le recrutement du Québec à l’étranger est vu d’un œil critique par des pays sources

No better nor worse than others, but with real implications for source countries:

Le Québec pige dans les forces vives des pays étrangers, y compris dans des secteurs névralgiques comme la santé, et le plus souvent sans invitation officielle. Les ambassadeurs du Maroc et du Bénin ainsi qu’un recruteur à l’étranger souhaitent envoyer un signal au gouvernement québécois.

Tous reconnaissent que l’exode des cerveaux, un phénomène aussi connu sous le terme de brain drain en anglais, existe depuis longtemps. À une différence près : ce sont aujourd’hui des gouvernements qui font directement du recrutement, comme celui du Québec, sans toujours en demander l’autorisation ou offrir une contrepartie.

« Du côté des gouvernements qui recherchent cette main-d’oeuvre, ces compétences, il devrait y avoir une certaine retenue et une réflexion », affirme l’ambassadrice du Maroc au Canada, Souriya Otmani.

Après le terrible tremblement de terre qui a frappé le Maroc en septembre dernier, les médias locaux ont rapporté que les hôpitaux manquaient de personnel, une pénurie déjà aiguë et aggravée par une saignée des professionnels encouragée par des pays recruteurs.

Trois jours plus tard, une page officielle du gouvernement du Québec annonçait sans gêne une séance d’information pour ceux souhaitant immigrer dans la province, avec à la clé des emplois dans le secteur de la santé.

Le peu de ressources humaines « dont nous avons un besoin impérieux » est « pompé de manière un peu cynique par des partenaires qui sont déjà beaucoup plus développés », indique quant à lui l’ambassadeur de la République du Bénin au Canada et aux États-Unis, Jean-Claude do Rego.

La santé et l’éducation sont des domaines de préoccupation pour les deux officiels, alors que d’autres professions techniques les inquiètent moins. « Oui, il y a certaines catégories professionnelles où il y a un surplus, et le Maroc cherche à assurer des débouchés, y compris à l’étranger », explique la diplomate marocaine.

Il existe pour ces domaines des canaux officiels de recrutement « tout à fait légaux », comme l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC) au Maroc. Cette agence nationale prend cependant garde de ne pas promouvoir l’exode dans « des secteurs très sensibles », comme la santé, avance Mme Otmani. Elle tient à préciser qu’elle ne donne que son point de vue, tout en admettant que le sujet est régulièrement abordé dans plusieurs arènes politiques et économiques au pays.

L’exode des infirmières, des aides-soignantes, des médecins ou des préposés est une « perte sèche pour un pays en plein développement comme le nôtre, qui a besoin de toutes ses ressources humaines qualifiées », ajoute-t-elle.

Des pays en situation critique

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) publie depuis 2020 une liste rouge des pays dont les systèmes de santé sont les plus vulnérables, afin d’alerter les pays recruteurs.

Québec recrute directement des personnes au Bénin, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Togo et au Sénégal, des pays qui figurent sur la Liste de soutien et de sauvegarde du personnel de la santé. À défaut de pouvoir l’interdire, l’OMS demande aux gouvernements recruteurs d’adhérer à un certain code de conduite et de passer des ententes avec les bassins de travailleurs.

L’ambassadeur do Rego ne vise pas expressément les efforts du Québec dans son pays d’origine, mais il croit que la province est bien positionnée pour « trouver de meilleures modalités » afin que ce type d’échange « puisse rester compatible avec les besoins de développement de la société qui laisse partir ses talents », expose-t-il.

Ce pays d’Afrique de l’Ouest finance l’éducation publique, y compris des formations postsecondaires. Or, comme l’indignation autour des médecins québécois qui vont pratiquer ailleurs, cette « équation économique nationale est négative », indique quant à lui Yves Legault, vice-président exécutif ISA Immigration et Recrutement.

« Le discours politique est : “Pas de problème, on va aller chercher des infirmières à l’étranger.” Mais on n’a pas payé pour leur éducation et il n’y a aucun mécanisme de retour. Il y a une iniquité flagrante dans ce modèle migratoire », martèle M. Legault, qui est également consul honoraire du Bénin à Toronto.

Solutions

Bien sûr, pas question d’empêcher la mobilité internationale, disent-ils tous. « Mais comment peut-on rendre moins pénibles les tensions » sur un système déjà fragilisé ? demande M. do Rego.

Les gens formulent eux-mêmes le désir d’aller vivre à l’étranger, reconnaît Yves Legault, dans la « recherche d’une vie meilleure pour eux, mais surtout pour leurs enfants ». Si toutefois les conditions étaient réunies dans leur pays d’origine, « ils n’auraient pas à s’expatrier ». Le défi est donc d’aider à « construire des opportunités » dans leur pays d’origine, à l’heure où les pays occidentaux montrent un certain désintérêt pour la coopération internationale.

« Je ne suis pas manichéen. Je comprends les raisons fondamentales pour lesquelles certains pays trouvent cette solution à leurs problèmes », affirme l’ambassadeur du Bénin, qui invite à « trouver une solution de compromis ».

Il évoque notamment la volonté de son gouvernement depuis plusieurs années d’obtenir un plus grand nombre de places à coût réduit dans le système éducatif au Québec. Les étrangers paient en effet des droits de scolarité beaucoup plus élevés que les citoyens ou les résidents permanents, mais des bourses pour en être exonérés existent. « Nous ne bénéficions que d’un quota de dix bourses, alors que nous avons 50 fois plus de demandes », illustre-t-il.

La réflexion est aussi déjà lancée au Maroc et au Bénin pour trouver des incitatifs à rester là-bas, en améliorant les conditions salariales.

Elle donne l’exemple d’une entente avec l’Allemagne, qui prévoit une formation pour les travailleurs marocains et un retour éventuel dans leur pays d’origine. « Personne ne va les obliger [à rentrer dans leur pays], mais on insiste dès le recrutement sur le fait que c’est une condition de départ, de manière que le Maroc bénéficie de cette formation aussi. »

Source: Le recrutement du Québec à l’étranger est vu d’un œil critique par des pays sources

Fraser: François Legault et les universités anglophones

Good column by former official languages commission Fraser:

Dans l’approche du gouvernement du Québec envers des institutions de la communauté anglophone, c’est difficile d’éviter l’impression qu’il y a une ignorance, et une méfiance, derrière ses gestes. L’attitude du premier ministre François Legault envers la communauté anglophone est un secret de polichinelle ; dans son mémoire, il a raconté ses batailles de rue avec les jeunes anglophones de l’Ouest-de-l’Île, et, dans son premier discours politique de candidat, il a rassuré les membres de l’association de comté du Parti québécois de sa hantise pour les Anglais.

M. egault a déjà parlé de la Coalition avenir Québec comme d’une version moderne de l’Union nationale de Maurice Duplessis, et les points de comparaison ne manquent pas. Comme Duplessis, il a créé son parti en regroupant nationalistes et conservateurs. Comme Duplessis, il accepte mal la critique, dénonçant le journaliste Aaron Derfel, de The Gazette, quand il a découvert les conditions invivables dans le CHSLD Herron.

Son caucus n’a que deux députés de l’île de Montréal, et un seul anglophone ; un miroir, 70 ans plus tard, de l’emprise électorale de Duplessis. (En fait, en 1954, Duplessis a gagné six sièges sur l’île de Montréal, trois fois plus que Legault en 2022.)

Cette hantise est parfois marquée par la peur. Dans sa campagne électorale de 2018, il a dit qu’il « s’est réconcilié avec le Canada », mais a exprimé la crainte que « nos petits-enfants ne parlent plus français » à cause de l’immigration. Pendant la même campagne, il a avoué qu’il croyait qu’un immigrant puisse devenir citoyen canadien en quelques mois, tandis que ça prend trois ans.

Comme réconciliation avec le Canada, on a déjà vu mieux. De toute évidence, les Canadiens sont perçus comme des étrangers. Des étrangers riches, par contre, qui peuvent financer les universités québécoises en payant presque six fois plus que les étudiants québécois pour s’inscrire aux universités québécoises, à McGill, à Concordia ou à Bishop’s. (Les étudiants arrivant de la France vont continuer de payer les mêmes frais de scolarité que les jeunes Québécois.)

Ce geste fait suite à d’autres qui révèlent une attitude négative envers la communauté anglophone, comme si cette communauté n’avait pas le droit de gérer ses propres institutions qet u’il n’existait que grâce à la bienveillance de la majorité francophone. Donc, le gouvernement a déjà annulé le financement pour l’expansion de Dawson College, a limité l’inscription dans les cégeps anglophones d’étudiants qui n’ont pas étudié en anglais et a imposé une exigence de trois cours en français pour les étudiants anglophones au cégep — ce qui chambarde la planification de crédits et l’organisation du personnel enseignant.

Mais tout cela n’était que des hors-d’oeuvre. Le plat principal a été annoncé la semaine passée. Au lieu de considérer les universités anglophones comme un actif pour le Québec, elles sont perçues par ce gouvernement comme un passif, comme une menace à la santé culturelle et linguistique de la majorité.

Au contraire, McGill est l’une des universités les plus respectées en Amérique du Nord et la seule université canadienne qui est bien connue aux États-Unis. Concordia est un peu le pendant anglophone de l’UQAM : c’est souvent l’université de la première génération qui poursuit des études postsecondaires. Et Bishop’s joue un rôle particulier comme petite université avec une culture innovatrice et intime.

On se plaît souvent à dire au Québec que la minorité anglophone est la mieux traitée au Canada. Mais il n’y a aucune province, sauf le Québec, qui a fait un effort systématique au cours des dernières décennies pour affaiblir les institutions de la minorité. En Ontario, on est en train de bâtir une nouvelle université francophone, l’Université de l’Ontario français, qui a accueilli sa première cohorte en septembre 2021. Au Manitoba, le collège St. Boniface est devenu l’Université Saint-Boniface. Au Nouveau-Brunswick, l’Université de Moncton a célébré cette année son 60e anniversaire.

Historiquement, le mécénat ne faisait pas partie de la tradition francophone au Québec. Dans son mémoire Mes grandes bibliothèques. Mes archives, mes mémoires le bibliothécaire et archiviste Guy Berthiaume raconte comment il a travaillé pour faire sa marque dans le domaine de campagnes de finance3ment pour les universités francophones québécoises. « La collecte de fonds professionnelle, systématique et assumée était, jusqu’au début des années 1980, absente des universités francophones et elle faisait l’objet d’encore de beaucoup de préjugés dans les milieux intellectuels », écrit-il.

Par contre les universités anglophones y travaillent depuis le début de leur existence. Il y a, et il y a toujours eu, un effort soutenu pour créer un sentiment d’appartenance et de communauté chez leurs diplômés.

Maintenant, elles paient le prix de leur succès. Au lieu d’être valorisées et respectées comme des pôles d’attraction nationaux et internationaux, elles sont traitées avec mépris, comme des vaches à lait pour le réseau universitaire. Quelle honte !

Source: François Legault et les universités anglophones

Lisée: Les expulsions barbares

More Quebec commentary on the need for Quebec to exercise the same control over the IMP, whose numbers have ballooned as elsewhere in Canada, as it does for TFWP:

De mauvaises langues accusent le député Sol Zanetti d’avoir atteint le summum de l’exagération en gonflant, puis dégonflant, une balloune depuis son siège de l’Assemblée nationale jeudi dernier. Je ne suis pas d’accord. Juste avant, en point de presse, un autre député solidaire avait fait pire.

Au cas où on déclare atteinte, voire dépassée, la capacité d’accueil du Québec et qu’on veuille limiter le nombre d’immigrants temporaires au Québec, passés de 47 000 en 2007 à 470 000 cette année, il a dit ceci : « Si on définit qu’elle est remplie [la capacité d’accueil], on coupe qui ? On va commencer à faire des déportations massives ? On va commencer à dire que ces 100 000 là, qui sont de trop, peut-être, qui ont déménagé ici, qui ont eu des contrats, qui ont eu un logement, qu’on leur a donné un permis, qui travaillent dans le réseau de la santé et dans l’éducation… On va leur dire : “C’est terminé ? […] Vous savez quoi, là, on s’excuse, on vous a fait venir pour rien, on s’est trompé, finalement, on n’a pas la capacité de vous avoir” ? »

Je vais vous étonner. Il s’agit d’un député qu’on estimait jusque-là crédible et posé : Guillaume Cliche-Rivard. Il est avocat, expert en immigration. Comment peut-il ne pas savoir qu’on parle ici des temporaires qui, comme leur nom l’indique, sont bien temporaires. L’immense majorité des étudiants étrangers qui peuplent McGill et Concordia et anglicisent le centre-ville prennent la poudre d’escampette dès qu’ils ont leur diplôme en poche. L’immense majorité des travailleurs agricoles volent retrouver leur famille latino-américaine une fois la récolte terminée. Les autres savent tous que leur séjour affiche une date de péremption, ce à quoi ils ont librement consenti.

Bref, si on décidait, selon le chiffre évoqué, d’admettre désormais 100 000 personnes de moins, ce qui nous maintiendrait toujours à un niveau historiquement excessivement élevé, il suffirait d’attendre que ceux qui souhaitent repartir repartent et de ne donner des autorisations qu’à 370 000 candidats, plutôt que 470 000.

L’introduction du terme « déportation » dans un débat sur l’immigration qui se déroulait depuis quelques mois dans un contexte apaisé est simplement honteuse. S’il tient à sa crédibilité, Cliche-Rivard doit faire amende honorable.

Sur le fond, il affirme ne pas savoir si, oui ou non, notre capacité d’accueil est atteinte. Il voudrait qu’une équipe d’experts se penche sur la question. C’est une idée tellement bonne que je la proposais en 2018 lorsqu’on ne comptait sur le territoire que le quart du nombre de temporaires actuel.

On peut bien, comme le fait la ministre de l’Immigration, Christine Fréchette, par un appel de projets de recherche, en obtenir une analyse plus fine et régionalisée. Mais refuser d’admettre aujourd’hui que l’ajout depuis cinq ans de centaines de milliers de personnes supplémentaires aggrave les crises du logement, de la santé et des garderies me rappelle ceux qui, face aux méfaits du tabac ou du réchauffement climatique, réclamaient davantage d’études.

Heureusement, un grand nombre de Québécois ont entendu parler de la loi de l’offre et de la demande. Début octobre, 71 % d’entre eux (comme 68 % des Canadiens) ont déclaré au sondeur Ipsos qu’imposer un plafond d’admission aux étudiants étrangers serait une bonne façon de réduire la pression sur les logements abordables. Logiques, 75 % des Québécois (71 % des Canadiens) pensent qu’il faut revoir à la baisse les cibles d’immigration le temps que se résorbe la crise du logement. (Mémo au politburo de QS : ce sentiment est partagé par 66 % des 18-34 ans, votre électorat principal.)

Qui, parmi nous, à part les élus solidaires, figure parmi les dissidents de la loi de l’offre et de la demande ? Le gouvernement fédéral, bien évidemment. L’inénarrable ministre de l’Immigration, Marc Miller, a redit récemment qu’il fallait davantage d’immigrants pour construire davantage de logements. (Marc, ça ne marcherait que s’ils les bâtissaient avant d’arriver ou s’ils les emmenaient avec eux. Un pensez-y-bien.)

Plus terre à terre, son collègue Pablo Rodriguez, qui semble admettre l’existence d’un problème, a prétendu que l’augmentation du nombre de temporaires était la faute du Québec. Mme Fréchette affirme au contraire que c’est la faute du fédéral. Peut-on savoir qui remporte la palme de cet édifiant concours de Ponce Pilate ?

Mardi, dans ces pages, la spécialiste Anne-Michèle Meggs a mis clairement la responsabilité sur les épaules du Québec.

À l’exception des demandeurs d’asile, le Québec a indubitablement le pouvoir de réduire le nombre d’étudiants étrangers, qui comptent pour 44 % des temporaires, mais il ne le veut pas ; il a indubitablement le pouvoir de limiter le nombre de travailleurs temporaires (17 %), mais il ne le veut pas.

Sur le reste, les 36 % du Programme de mobilité internationale, Québec a omis d’exiger un droit de veto lors de sa création pendant l’ère Harper. Le gouvernement Legault — au pouvoir pendant l’explosion des temporaires et en possession depuis avril 2022 d’un rapport des experts Pierre Fortin et Marc Termotte l’avisant de sa « perte de contrôle » du dossier — a choisi de ne pas utiliser le levier à sa disposition : réclamer, comme le lui permet l’entente Canada-Québec, l’ouverture de discussions qui lui permettraient d’en reprendre le contrôle.

Bref, alors que 7 Québécois sur 10 savent que l’explosion du nombre d’immigrants rend intenable — et probablement insoluble — la crise du logement, entre autres, nous sommes en présence d’une opposition solidaire fantasmant sur des « déportations » massives et d’un gouvernement caquiste qui se prétend nationaliste, mais refuse d’utiliser les pouvoirs que détient déjà la nation.

Bref, bienvenue au Québec.

Jean-François Lisée a dirigé le PQ de 2016 à 2018. Il vient de publier Par la bouche de mes crayons, aux éditions Somme toute/Le Devoir. jflisee@ledevoir.com

Source: Les expulsions barbares

Le cours Culture et citoyenneté québécoise répond davantage à une commande politique qu’éducative

Plus ça change. But experts also need to be aware of how their background and ideological leanings can influence their expertise:

L’instauration d’un programme éducatif représente le bien commun d’une nation et concerne tous les citoyens. Il est donc particulièrement important de suivre un processus démocratique et transparent pour décider de ses orientations et de ses contenus. 

Ainsi, dans le cadre de changements à apporter à un programme d’enseignement, il est nécessaire de s’appuyer sur des avis d’experts reconnus de cette discipline, afin de comprendre les éventuels dysfonctionnements et les améliorations à y apporter, et ce, à partir d’une démonstration scientifique rigoureuse. Or, la transition du programme d’éthique et culture religieuse (ECR) vers le cours Culture et citoyenneté québécoise (CCQ) constitue un intéressant contre-modèle de ces principes, d’autant plus surprenant qu’il se présente comme un modèle d’éducation à la citoyenneté. 

Professeure en éducation à l’Université de Montréal et spécialiste du programme d’éthique et culture religieuse, je souhaite partager ici quelques réflexions sur la façon dont celui-ci, au Québec, a récemment été supprimé et remplacé par le cours Culture et citoyenneté québécoise. Certaines écoles ont déjà fait le choix d’offrir ce programme depuis septembre 2023, mais ce n’est qu’en 2024 qu’il sera enseigné de façon obligatoire dans toutes les écoles.

Une absence de délibération politique et citoyenne transparente

En janvier 2020, le ministre de l’Éducation du Québec d’alors, Jean-François Roberge, déclare sa volonté de réformer le cours ECR et, en particulier de réduire la culture religieuse qui occupe à ses yeux une place trop importante. Il souhaite la remplacer par l’éducation à la sexualité de même que par un ensemble de nouvelles thématiques. 

Il annonce mettre aussitôt en place un processus de consultation citoyenne par la diffusion d’un questionnaire en ligne et la possibilité pour toute personne de déposer un mémoire. Or, tout ce processus est marqué à chaque étape par une grande opacité de la part du ministère de l’Éducation. Il refuse non seulement de communiquer les résultats du questionnaire, mais aussi de rendre public les mémoires déposés par les citoyens et les associations et de diffuser les conclusions du bilan qu’il a lui-même réalisé sur l’enseignement du programme ECR dans les écoles. 

De plus, contrairement à ce qui avait été fait pour l’instauration du programme ECR, aucune commission parlementaire avec des auditions publiques n’est organisée, ni aucune délibération politique et citoyenne transparente n’est engagée pour discuter des contenus du nouveau programme CCQ. 

Cette façon de procéder, plutôt inhabituelle, témoigne d’une volonté du ministre d’imposer ses propres choix sans les soumettre à la discussion. Elle tend à accréditer l’idée que les résultats et les analyses qui ne vont pas dans le sens de ce que le gouvernement souhaite sont mis de côté. Le témoignage de la première responsable de la révision du programme au ministère de l’Éducation, qui a choisi de démissionner suite aux interventions répétées du cabinet ministériel, le montre clairement.

La délégitimation des experts

Lors de l’annonce de sa volonté de réviser le programme ECR et d’en supprimer la culture religieuse, le ministre Roberge affirme s’appuyer sur des avis d’experts. 

Cependant, il ne révèlera jamais qui sont ces spécialistes, sur quoi repose leur expertise et en quoi consistent précisément leurs analyses critiques. L’ouvrage que je viens de publier à ce sujetanalyse le contexte de ces critiques, tout particulièrement les différentes conceptions de la laïcité et des libertés de conscience et de religion, ainsi que les nombreux défis éducatifs que représente l’implantation d’un nouveau programme scolaire. 

Il montre que bon nombre d’études critiques du cours ECR, s’affranchissant aisément des critères qui guident la recherche scientifique, relèvent du discours militant et du registre de la dénonciation : le programme est tour à tour accusé d’inviter au relativisme religieux, mais aussi d’être un outil de propagande confessionnelle. Il est vu comme une imposition du multiculturalisme et une promotion des accommodements raisonnables, et est jugé comme portant atteinte aux libertés de conscience et de religion. 

Malgré leurs faiblesses, en particulier méthodologiques, ces discours ont tellement saturé l’espace médiatique qu’ils en sont venus à s’imposer comme une parole de vérité. Au même moment, dans les décisions ministérielles de modifier le programme ECR, on assiste à une mise à l’écart délibérée des spécialistes qui possèdent une réelle expertise, tant les universitaires experts de ce domaine que les enseignants, en particulier du secondaire. Ce sont pourtant eux qui mettent en œuvre au quotidien le programme dans les écoles. Ils ne sont ni consultés ni même informés en amont des décisions du ministre de l’Éducation. 

Même un avis d’une institution aussi importante que le Conseil supérieur de l’éducation, qui a pris le temps de mener une consultation sérieuse, est ignoré. Or, un programme d’enseignement devrait être élaboré sur la base d’analyses rigoureuses et bien informées. Ce n’est clairement pas le cas ici. Pour quelles raisons alors ignorer l’avis des experts et refuser la délibération scientifique et démocratique ? 

Un projet éducatif politique

Le but de cette réforme du programme ECR est à la fois d’exclure la culture religieuse du champ des connaissances scolaires et de réaffirmer un certain type de laïcité. 

Cette décision s’appuie sur les discours des associations militantes que sont le Mouvement laïque québécois et le groupe féministe Pour le droit des femmes, qui portent sur les religions un regard fort négatif, les considérant comme irrationnelles, archaïques, inégalitaires, sexistes. Ces groupes considèrent qu’il est préférable de ne plus en parler à l’école

De plus, ces associations jugent que la Loi 21, votée en 2019, qui proclame que l’État du Québec est laïque, est incompatible avec le cours ECR, comme si le respect de la laïcité exigeait l’invisibilisation du religieux, y compris dans le champ des connaissances scolaires. Pourtant, historiquement, l’étude des faits religieux comme objets de culture s’inscrit dans une perspective scientifique, voire laïque, qui la détache de ses ancrages confessionnels.

Par ailleurs le cours Culture et citoyenneté québécoise cherche à répondre à un grand nombre de problématiques sociales qui se trouvent dans l’air du temps : écocitoyenneté, citoyenneté numérique, prévention de la violence sexuelle, engagement politique, etc. Il s’inscrit dans une perspective où l’école est vue comme devant remédier à des problèmes de société jugés prioritaires à un moment donné. Il s’agit alors de promouvoir le développement chez les élèves de compétences comportementales et sociales, plutôt que cognitives, dans le but de favoriser des conduites considérées comme acceptables. 

Ce modèle relève davantage de la mission de socialisation de l’école que de celle de l’instruction. Le principe même de transmission aux élèves d’un noyau significatif de connaissances dans l’élaboration d’une culture humaniste, par exemple sur les religions, semble alors dépassé au profit du développement des compétences des jeunes, afin qu’ils deviennent des citoyens efficaces dans leur siècle.

Source: Le cours Culture et citoyenneté québécoise répond davantage à une commande politique qu’éducative

C’est Québec qui cautionne la venue d’immigrants temporaires, dit Ottawa

More back and forth:

Le niveau record d’immigrants temporaires cette année est surtout causé, au Québec, par la permission accordée par le gouvernement Legault aux entreprises de recourir aux travailleurs étrangers, réplique le ministre fédéral Pablo Rodriguez.

« Les gens qui sont là, c’est parce qu’il y a des entreprises québécoises qui nous [les] ont demandés », a indiqué au Devoir le lieutenant québécois de Justin Trudeau, jeudi.

Il tenait à répondre à la ministre de l’Immigration du Québec, Christine Fréchette, qui a demandé la veille au gouvernement fédéral de revoir ses cibles d’immigration, peu après la publication par Statistique Canada de données témoignant de l’explosion du nombre de résidents non permanents au Canada et au Québec.

Le Parti québécois a récupéré le dossier, jeudi, en anticipant une « minorisation » de la langue française. Le député Pascal Bérubé a fait valoir que le Québec n’a pas une capacité d’accueil suffisante pour toute cette immigration temporaire. Le Parti libéral du Québec est d’accord, parlant de « drapeau rouge » pour la capacité d’accueil, alors que Québec solidaire demande au contraire qu’on régularise leur statut pour en faire des immigrants permanents.

Validée par Québec

Pablo Rodriguez, qui est devenu ministre fédéral des Transports cet été, rappelle que la venue de travailleurs étrangers temporaires est validée par le gouvernement provincial. Les statistiques montrent que ces travailleurs formaient 43 % des 470 976 résidents non permanents qui se trouvaient au Québec le 1er juillet 2023.

« Il n’y a pas un seul dossier qui est ouvert par Ottawa tant que le demandeur n’a pas reçu un certificat d’acceptation du Québec, dit-il. Ces gens-là qui sont là, il faut vraiment faire attention à ne pas pointer du doigt, [et] comprendre que s’ils sont là, c’est parce que ce sont des entreprises de chez nous qui les veulent. »

Interpellée jeudi, la ministre Fréchette a invité le gouvernement fédéral à « être plus sensible à l’impact de ses cibles d’immigration ». « La majorité des immigrants temporaires sont [au Québec] grâce à des programmes contrôlés entièrement par le fédéral », a-t-elle affirmé dans une déclaration écrite transmise au Devoir. « Le Québec contrôle seulement les travailleurs admis via le Programme des travailleurs étrangers temporaires et les étudiants étrangers », soit le tiers des immigrants non permanents accueillis en territoire québécois.

L’élue caquiste invite le fédéral à se concentrer sur les demandeurs d’asile, qui représentent 31 % des résidents non permanents québécois malgré la fermeture du chemin Roxham. « Le gouvernement canadien doit s’assurer d’une répartition équitable des demandeurs d’asile à travers le Canada, a-t-elle dit. Il y a un examen de conscience à faire à Ottawa. »

Le Québec ne dispose pas de cible pour l’accueil de travailleurs étrangers temporaires. Ces nouveaux arrivants font pourtant explicitement partie de la stratégie du gouvernement Legault publiée l’an dernier, qui prévoit d’« appuyer les employeurs » pour augmenter la main-d’oeuvre temporaire.

Près de 7000 entreprises au Québec ont demandé d’embaucher des travailleurs étrangers temporaires l’an dernier.

Les temporaires deviennent permanents

Les autres catégories d’immigrants temporaires comprennent les étudiants étrangers, qui sont convoités par Québec, les membres de la famille qui accompagnent ces immigrants ainsi que les demandeurs d’asile. Ces derniers forment 31 % de tous les résidents non permanents du Québec, et la province ne peut pas en gérer le nombre.

Selon le décompte de Statistique Canada, 146 723 demandeurs d’asile étaient présents sur le territoire québécois en juillet dernier.

Le gouvernement fédéral a pour objectif d’accueillir 500 000 immigrants par année au Canada. Or, un grand nombre d’entre eux sont déjà arrivés physiquement sur le territoire, comme par un programme d’immigration temporaire.

Les cibles d’immigration fixées par Québec sont moindres que son poids démographique dans le Canada, ce qui crée un goulot d’étranglement des demandes. Le Devoir a rapporté que des immigrants temporaires entrant dans certaines catégories pourraient devoir attendre plus de 25 ans avant d’obtenir leur résidence permanente.

Source: C’est Québec qui cautionne la venue d’immigrants temporaires, dit Ottawa

McGill, Concordia unlikely to be hampered by new [language] immigration rules: minister

More likely than unlikely:

The immigration minister does not believe universities like McGill and Concordia will be hampered in their recruitment efforts owing to new rules imposing more French on international students.

Christine Fréchette said university recruitment was not hampered in the previous incarnation of the Quebec Experience Program (PEQ),which international students use to enter Quebec combining school with career aims. In 2019, the government slapped limits on the range of disciplines eligible, sparking an uproar from students that forced it to back down.

And on Thursday, Fréchette said she does not believe another new set of rules, this time imposing more French on PEQ candidates, will do what the universities predict.

“For me this argument is not backed up by the numbers,” Fréchette said answering a question from the Montreal Gazette. “I think that McGill has an attraction, an appeal that is worldwide.

“They will be able to attract international students even though we have changed the rules of the PEQ diplomé.”

Last week, both McGill University and Concordia University slammed Fréchette’s new rules, which are part of a massive reform of Quebec’s immigration system.

In two separate briefs presented to the legislature committee studying the reforms, they said the new French language requirements included in the new PEQ will mean international students will be deterred from applying, thus depriving Quebec of their skills and talent.

The PEQ welcomes a wide range of academic options and is hugely popular, but in May Fréchette announced changes to the way the program works. In an effort to increase the French skill level of applicants — in the same way as her overall immigration reforms in the economic category, which Quebec controls — Fréchette introduced a distinction between francophone and anglophone applicants.

Foreign students who studied in French or are francophone will benefit from a fast-tracked system designed to retain them. Instead of the 12 to 18 months of work experience currently required to apply for a certificate leading to permanent residency, a request can be made as soon as they complete their studies.

But students who come to Quebec to study in English and do not have a sufficient knowledge of French will no longer qualify for the PEQ and the advantages it offers.

McGill argues the rules will create a two-tier system because most of its 12,000 foreign students will not meet the new qualifications.

“Our students risk emerging as the losers in this exercise,” Fabrice Labeau, McGill’s deputy provost of student life and learning, told the committee.

Concordia has a similar view and says the reforms will “de facto” exclude graduates from anglophone universities even if they master French.

The PEQ, or Programme de l’expérience québécoise, is a fast track for international students — some of whom may already be living and working in the province — to obtain a Quebec selection certificate, which is a step toward permanent residency.

International students can apply to the program, as can new arrivals who have obtained a degree at a Quebec institution in the last two years.

Source: McGill, Concordia unlikely to be hampered by new immigration rules: minister – Montreal Gazette

Y a-t-il un pilote dans l’avion de l’immigration? 

Gives a flavour of Quebec francophone views, brought to my attention by one of my regular readers:

Ces semaines-ci se tient à Québec une commission parlementaire sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2024-2027. Cette commission a pour but de choisir entre le maintien du scénario actuel de 50 000 ou une augmentation progressive à 60 000 pour 2026. En 2022, le Québec a accueilli 68 700 immigrants permanents… Comme dirait l’autre, une heure plus tard dans les Maritimes.

Du côté de l’immigration temporaire (travailleurs et étudiants), on constate une progression fulgurante puisqu’on est passé de 145 000 sur le sol québécois en 2021 à 370 000 aujourd’hui. Des chiffres que certains (CIBC, C. D. Howe) considèrent bien en deçà de la réalité, puisqu’ils vont jusqu’à parler du double.

Tout cela s’inscrit évidemment dans le cadre de la délirante politique canadienne appelée l’« Initiative du siècle » qui vise un Canada à 100 millions d’habitants d’ici 2100. Résultat, ça pète de partout. On a même assisté récemment à un accrochage entre Justin Trudeau et un de ses ministres. Le point de friction : la crise du logement qui sévit partout au Canada. Ici, au Québec, l’Université du Québec à Rimouski a dû annuler en juin l’arrivée de 200 étudiants étrangers faute de pouvoir les loger.

Autre point de friction : la langue d’intégration des immigrants. Ce problème est vital dans un Québec où le français est sérieusement mis à mal depuis plusieurs années. Or, les immigrants qui immigrent avant tout au Canada dans une mer anglophone nord-américaine ont tendance à être très ouverts à l’anglais. Les immigrants temporaires, dont le nombre est en pleine explosion, n’ont aucune obligation à ce niveau. Dans un semblant de pays où les fédéralistes instrumentalisent depuis longtemps l’immigration pour combattre l’aspiration des Québécois à l’indépendance, il y a de quoi alimenter une certaine paranoïa.

Conditions de travail

Point de friction additionnel : la pression à la baisse sur les conditions de travail générée par l’emploi croissant des travailleurs étrangers temporaires. À cet égard, une lumière rouge s’est récemment allumée puisqu’un rapport de l’ONU est allé jusqu’à parler de nouvel esclavage en citant nommément le Canada et le Québec. Les cas d’exploitation de travailleurs étrangers révélés par les médias se multiplient. Les étudiants étrangers sont souvent aussi des travailleurs, ne serait-ce qu’à temps partiel, et leur vulnérabilité est bien réelle, même si elle n’est pas aussi flagrante que celle des travailleurs étrangers avec permis fermé. De plus, leur conjoint obtient aussi le droit d’immigrer et… de travailler.

Tout le monde se souvient du discours offensif de François Legault aux élections de 2018. « Nous allons rapatrier tous les pouvoirs en immigration. » On connaît la suite. M. Legault est revenu d’Ottawa « la veste sous l’bras en disant : “OK, d’abord” ». Aujourd’hui, non seulement il a pris son trou, mais il est devenu un artisan zélé de l’« Initiative du siècle » par la force des choses. Les chiffres sont là pour le démontrer. Tout cela sans le dire, dans une parfaite hypocrisie.

La raison de ce revirement est facile à trouver puisque l’explosion du nombre de travailleurs étrangers temporaires fait bien plaisir aux patrons du Québec, qui trouvent là une main-d’oeuvre hypervulnérable et complètement à la merci des plus agressifs d’entre eux. Il ne faut quand même pas oublier que le Conseil des ministres est composé au tiers de gens d’affaires.

Discrets sur l’immigration, les caquistes sont par contre très loquaces concernant une supposée pénurie de main-d’oeuvre. Ils nous la servent à toutes les sauces. Pourtant, à Montréal actuellement, un nouveau Walmart ouvre ses portes. Pour 300 postes, les dirigeants ont reçu plus de 3000 postulations. Il n’y a pas pénurie de main-d’oeuvre, mais plutôt rareté, et il est aisé de comprendre que cela déplaise aux employeurs qui doivent mettre les mains dans leurs poches profondes pour mieux traiter leurs employés.

Source: Y a-t-il un pilote dans l’avion de l’immigration?

Rioux: Un parfum de colonialisme

Good column on the questionable morality of recruiting skilled healthcare workers from developing countries. Of course, individuals from this countries naturally seek better opportunities:

Il y a des nouvelles qui tombent à plat. Sitôt apparues, elles disparaissent comme par enchantement dans le grand trou noir de l’information. C’est comme si tout le monde, les politiques, les médias et même le public, se donnait le mot pour regarder ailleurs en attendant qu’on parle d’autre chose.

C’est un peu ce qui s’est passé la semaine dernière avec cette information révélant que les campagnes de recrutement de personnel de la santé que mène régulièrement le Québec en Afrique contribuent à fragiliser encore plus des pays africains dont la situation sanitaire est déjà précaire.

À l’encontre de toutes les politiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Québec mène depuis longtemps des campagnes de recrutement dans des pays comme le Bénin, le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Togo. L’an dernier, il annonçait vouloir recruter 1000 infirmières étrangères, pour la plupart africaines. Souvent des infirmières expérimentées. Dans quelques jours débuteront d’ailleurs des entretiens d’embauche avec des candidats du Cameroun, de la Côte d’Ivoire et du Togo, sélectionnés dans le cadre des Journées Québec Afrique subsahariennes. Depuis 2017, le Québec aurait ainsi recruté plus de 1900 travailleurs de la santé, dont de nombreuses infirmières, provenant de 24 pays d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Europe.

Faut-il en conclure que le Québec ne se gêne pas pour participer sans retenue au pillage des cerveaux de ces pays pauvres ? À titre d’exemple, le Cameroun et le Bénin possèdent respectivement moins de 2 et 3 infirmières pour 10 000 habitants alors que, pour la même population, le Québec n’en compte pas moins de 77 ! L’OMS n’est pas seule à penser que ce pillage organisé est indigne du Québec. L’Association des infirmières et infirmiers marocains avait déjà accusé le Canada d’« épuiser les ressources infirmières des autres pays dans lesquels il y a également une pénurie ».

En guise de réponse, nos responsables se contentent généralement de regarder la pointe de leurs souliers en balbutiant du bout des lèvres qu’ils font un recrutement… éthique ! Personne n’aime se faire dire ses quatre vérités, surtout pas les partisans de l’immigration de masse, qui prétendent chaque fois se porter ainsi au secours de l’humanité souffrante. Et si cet « immigrationisme » vertueux n’était au fond que le nouveau visage du bon vieux colonialisme affublé d’un beau tampon humanitaire ?

Il y a longtemps que des chercheurs comme le démographe Emmanuel Todd ont expliqué le fait que, dans un monde où la communication mène le bal, le pillage des cerveaux avait remplacé celui des ressources naturelles. Cette « véritable prédation démographique », écrit-il, serait même plus grave que celle des ressources naturelles, car elle met aujourd’hui « en péril le développement de pays qui décollent ».

Parmi les milliers de migrants qui ont littéralement envahi l’île de Lampedusa la semaine dernière, personne ne s’est demandé — pas même le pape — combien il y avait de mécaniciens, de boulangers ou d’aides-infirmières qui désertent ainsi leurs pays. L’ancien journaliste de Libération Stephen Smith, professeur d’études africaines à l’Université Duke, en Caroline du Nord, a montré dans ses études que, contrairement à ce que sérine la presse, ce ne sont pas les plus pauvres qui émigrent. Ceux-là, en général, n’en ont pas les moyens. En cas de nécessité, ils se déplacent dans un pays voisin. Ceux qui se retrouvent chez nous sont ceux qui peuvent se le payer et qui pourraient donc au mieux contribuer à consolider la classe moyenne de leur pays.

Dans notre vision misérabiliste de l’Afrique — une vision encore aggravée par le catastrophisme climatique —, il ne nous viendrait pas à l’idée que les pays africains qui progressent, et il y en a, ont un urgent besoin de ces travailleurs pour se sortir de la misère. À Madagascar, en 2016, alors qu’il distribuait des bourses d’études, Philippe Couillard s’était ainsi fait rappeler à l’ordre par la ministre de l’Enseignement supérieur de Madagascar, qui lui dit que la plupart de ces boursiers ne revenaient jamais au pays. Et qu’ils étaient donc une perte sèche pour l’île. Belle charité que celle qui ne sert que le bienfaiteur. Ce jour-là, Philippe Couillard avait lui aussi longuement regardé ses souliers.

Dans ce que le politologue Pierre-André Taguieff appelle « l’utopie messianique du salut par l’immigration » — un mal très répandu au Canada —, il y a un mépris profond pour les peuples de nos pays, qui n’auraient d’avenir démographique, économique et culturel qu’en accueillant le plus d’étrangers possible.

Il y a aussi un mépris pour l’Afrique, car il sera toujours plus valorisant de s’épandre en larmes sur la misère africaine que d’appeler ces pays à se prendre en main et de les y aider à le faire. Ce qui me frappe toujours chez ceux qui ne jurent que par cette immigration providentielle, c’est leur désintérêt à peu près complet pour les pays pauvres. Comme si le seul avenir des Africains était de se déverser en nombre toujours plus grand dans nos beaux et grands pays riches et démocratiques. Ne sentez-vous pas là un étrange parfum de colonialisme ?

Source: Un parfum de colonialisme

Une voie rapide d’immigration seulement critiquée par l’Université McGill

Not surprising, as McGill would be most affected

Une voie rapide d’immigration permanente applicable uniquement aux étudiants étrangers ayant étudié en français préoccupe fortement l’Université McGill, qui estime qu’il s’agit d’un système à deux vitesses qui exclura des étudiants.

« Étant donné que ces personnes possèdent un diplôme québécois, qu’elles sont jeunes et qu’elles vivent déjà ici, en français, depuis plusieurs années, elles constituent un bassin exceptionnel où recruter de nouveaux Québécois et de nouvelles Québécoises », écrit le premier ministre du Québec, François Legault, dans le cahier de consultations sur la planification pluriannuelle de l’immigration, en les décrivant comme « des candidats idéaux ».

Cela fait réagir l’Université McGill, qui enseigne et fait de la recherche principalement en anglais, et qui pense que cette approche pénalisera les étudiants étrangers « même s’ils peuvent démontrer une excellente connaissance orale et écrite du français ».

« Nos étudiants risquent de sortir perdants de cet exercice », a déclaré Fabrice Labeau, premier vice-principal exécutif adjoint (études et vie étudiante) de l’Université McGill, lors de son passage aux consultations mercredi après-midi. À la suite de la réforme proposée au volet « diplômés » du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), un diplômé du Québec pourra déposer une demande de résidence permanente dès la fin de ses études au lieu d’attendre les 12 ou 18 mois d’expérience de travail actuellement exigés.

Une voie rapide qui crée un système « à deux vitesses » et qui exclura des étudiants, croit-il. Il cite en exemple un étudiant de McGill originaire de Chine qui l’a contacté récemment. Celui-ci suit des cours de français tout en étudiant dans son programme à temps plein en anglais afin de « s’intégrer à la société québécoise ». « Cet étudiant s’inquiète maintenant pour son projet de vie au Québec, qu’il a patiemment construit au cours des dernières années », souligne-t-il.

Une bonne part de l’effectif étudiant songera à d’autres options que l’Université McGill, refroidie par les difficultés de s’établir au Québec par la suite, appréhende Fabrice Labeau. « Si on peut assouplir les règles, nous, on peut travailler fort sur la francisation », assure-t-il. L’établissement accueille présentement 12 000 étudiants étrangers, ce qui représente 30 % de sa population étudiante.

« Ne serait-il pas préférable d’évaluer chaque candidat à l’immigration individuellement plutôt que d’indiquer d’emblée une préférence pour ceux ayant suivi un programme francophone ? » demande l’université dans son mémoire.

Une voie de passage existe, dit Fréchette

Une voie de passage existe, a tenu à préciser la ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Christine Fréchette, en réponse aux préoccupations de l’université.

« Les étudiants qui auront obtenu un diplôme dans un programme en anglais auront tout de même la possibilité d’appliquer pour le PEQ “diplômés”, s’il advenait qu’ils ont fait trois ans d’études en français au niveau secondaire ou postsecondaire », a-t-elle dit. Il est également possible pour eux de déposer leur candidature à la résidence permanente après une année d’expérience de travail s’ils maîtrisent le français au niveau requis.

Une réponse qui n’a pas semblé convaincre Fabrice Labeau, qui a, de son côté, invoqué l’attractivité des universités. « Leur fermer la porte à la voie rapide, c’est une difficulté », dit-il.

Source: Une voie rapide d’immigration seulement critiquée par l’Université McGill