Tellier: Et si François Legault se fourvoyait…

The independentiste take:

Le 25 mars dernier, lors de la fermeture du chemin Roxham, le premier ministre Legault était triomphant : nous cesserions d’être submergés par un flux incontrôlable de demandeurs d’asile. Nous apprenons maintenant que cela n’a nullement été le cas. Le flux est aussi imposant qu’avant.

Il y a quelques jours, nous apprenions que six jeunes hockeyeurs ukrainiens qui ont été acclamés au tournoi annuel de hockey pee-wee de Québec l’hiver dernier revenaient à Québec pour y étudier. Oh, surprise !, ils viennent étudier à l’école secondaire « publique » de langue anglaise St Patrick’s de Québec.

Ces enfants ne satisfont pas aux critères généraux d’admissibilité aux écoles publiques anglophones du Québec, leurs parents n’ayant pas la citoyenneté canadienne et leurs frères et soeurs n’ayant jamais reçu la majeure partie de leur enseignement primaire en anglais au Canada.

De plus, cinq des six joueurs ne sont pas, non plus, à la charge d’une personne qui séjourne temporairement au Québec. Reste une dernière possibilité de se qualifier pour être admissibles à l’enseignement en anglais dans une école secondaire publique du Québec : être admis en raison d’une situation particulière.

Venir d’un pays agressé par une puissance nucléaire constitue une situation particulière, c’est incontestable, tout comme peut l’être le fait de venir d’un pays soumis à une dictature ou d’un pays éprouvé par des cataclysmes naturels (incendies de forêt, tremblement de terre, hausse du niveau des mers, inondations, typhons, tempêtes tropicales, sécheresse, etc.), par des persécutions, des guerres civiles, une inflation galopante, une banqueroute nationale et le reste.

Tous ces gens possiblement admissibles ont potentiellement plus de chances de s’inscrire dans les écoles primaires et secondaires publiques anglophones du Québec que les « Québécois francophones de souche » eux-mêmes. Nous sommes dans l’absurdité absolue.

Improvisation

Nous nageons, en matière d’immigration au Canada (et conséquemment, au Québec), dans l’improvisation et l’arbitraire les plus complets. S’ajoute à cela la décision du Canada anglais et de son gouvernement national de passer de 40 à 100 millions d’habitants au Canada d’ici 75 ans ; cela, sans qu’à aucun moment ne soit prise en considération l’incidence qu’une telle politique est susceptible d’avoir sur ce qui fut longtemps (jusque vers 1835) la majorité du Canada, la « nation » québécoise (officiellement reconnue comme telle par le Parlement canadien).

Face à tout cela, François Legault et la CAQ optent pour la politique de l’autruche. Les victoires sur papier sont célébrées, mais l’évidence du cul-de-sac dans lequel nous nous trouvons comme population francophone en Amérique ne les incite aucunement à remettre en question le cadre constitutionnel qui nous condamne à l’assimilation du fait :

1- De l’absence totale de prise sur les migrations interprovinciales ;

2- De l’omniprésence d’établissements primaires et secondaires anglophones à travers le territoire du Québec ;

3- De la marginalisation accélérée de la population francophone et du Québec à l’intérieur du Canada.

Tout homme d’État responsable ferait tout pour que la seule et unique voie de sortie, soit celle de la souveraineté, soit examinée avec sérieux. Or, le premier ministre Legault et son parti sont chaque jour plus fédéralistes et plus antisouverainistes.

Depuis sa fondation, la CAQ n’a jamais eu d’objectif plus évident que de tuer le mouvement souverainiste en se prétendant « nationaliste » tout en étant secrètement aussi fédéraliste que le Parti libéral du Québec. Sans la fondation de ce parti, Pauline Marois aurait, selon toute vraisemblance, eu droit à un premier mandat majoritaire et à un deuxième mandat, au moins minoritaire.

Un vrai parti québécois fédéraliste et nationaliste (ce que fut l’Union nationale de Maurice Duplessis) doit, au minimum, veiller à ce que le poids démographique du Québec ne chute pas à l’intérieur du Canada. Or, la CAQ opte à la fois pour l’extinction du mouvement souverainiste et pour la réduction voulue et planifiée du poids du Québec à l’intérieur de l’ensemble canadien. Cela est tout simplement suicidaire.

Face à l’histoire, François Legault et la CAQ porteront une immense responsabilité advenant notre transformation en simple groupe ethnique assimilé parmi d’autres. En sont-ils conscients ?

Source: Et si François Legault se fourvoyait…

Des immigrants parlant le français au quotidien déplorent leur exclusion des «statistiques de Legault»

A noter. One personal story but have noticed that Le Devoir has increased its coverage of immigration often highlighting these kinds of situations and issues:

Ils ont choisi le Québec pour sa réputation progressiste, son ouverture sur le monde et parce qu’ils sont francophiles. Ils ont quitté les États-Unis, inquiets du devenir du pays durant la présidence de Donald Trump. Des immigrants américains se disent aujourd’hui « sous le choc » et « déçus » par le discours et les politiques du gouvernement de François Legault, qui rongent leur sentiment d’appartenance.

Alors qu’ils font tout pour apprendre et vivre en français, ces nouveaux arrivants rejettent l’étiquette de personnes qui « anglicisent » le Québec. Même s’ils utilisent le français dans leur quotidien et au travail, ils ne compteront jamais dans « les statistiques de Legault », déplore Kiyoshi Mukaï, Américain d’origine japonaise installé à Montréal depuis un an et demi.

Les deux indicateurs cités par le premier ministre François Legault, notamment dans son dernier discours d’ouverture, sont en effet la langue maternelle et celle parlée à la maison. M. Mukaï ne coche donc pas les bonnes cases : l’anglais comme langue maternelle, il parle espagnol à la maison, la langue maternelle de son épouse, Victoria Girón, originaire du Honduras.

« J’ai toujours voulu vivre au Québec », précise Kiyoshi Mukaï à plusieurs reprises durant l’entrevue avec Le Devoir,réalisantune partie de ses études en français. « Quand Trump a commencé sa campagne, j’ai appelé un consultant en immigration et déposé une demande », raconte-t-il. Il a ensuite patienté durant quatre ans, entre 2018 et 2022, notamment à cause de délais liés à la pandémie, pour enfin officiellement immigrer à Montréal.

Tous les deux assurent utiliser le français quotidiennement dans leur vie sociale et au travail. Ils ont même été prêts à débourser près de 4000 $ pour que Mme Girón puisse étudier la langue dès son arrivée. Elle ne détenait alors qu’un visa de visiteur et n’avait donc pas accès à la francisation gratuite.

Partant pratiquement de zéro, elle a réussi le tour de force d’atteindre un niveau conversationnel en six mois, niveau qu’elle démontre tout au long de notre entrevue. « Pour nous, c’était très important d’acquérir la langue pour faire partie de la société, même s’il fallait payer », raconte-t-elle. Non seulement pour aller au dépanneur ou prendre le métro, mais aussi pour son « indépendance », précise-t-elle.

Maintenant que le couple est marié, elle a obtenu un visa de travail. Architecte de formation, elle suivra bientôt une formation linguistique complémentaire et un peu plus technique pour ses éventuelles entrevues d’embauche.

Dans l’ombre des statistiques

« Nous, ce qu’on vit est que le français est clairement la lingua franca. Au point que ça surprend nos amis qui nous visitent », assure aussi un autre Québécois d’origine américaine. Il a beaucoup de points en commun avec M. Mukaï et Mme Girón, mais il a demandé de protéger son identité par peur de devenir une cible en ligne.

Chercheur universitaire dans un établissement francophone à Montréal, il a quitté Portland en Oregon, lui aussi durant les années Trump, un endroit pourtant réputé comme un bastion progressiste. « Un jour, j’ai trouvé ma petite fille, qui avait alors 6 ans, qui se cachait sous le lit avec une amie. Elles jouaient qu’il y avait un tireur actif. Je me suis dit “Est-ce que c’est vraiment ici qu’on va élever nos filles ?” » La mise en situation était potentiellement tirée d’un exercice contre les fusillades, qui sont devenues courantes dans les écoles américaines.

« La première fois qu’on a visité Montréal, on a été tellement attiré par la diversité, l’aspect international et le fait de pouvoir communiquer dans plusieurs langues », relate-t-il.

La famille ne regrette pas son choix. Leurs deux enfants sont maintenant « 100 % bilingues », car ils fréquentent l’école francophone grâce à la loi 101. Ils savent chanter des paroles des Trois Accords ou des Cowboys Fringants.

« Mais on ne comptera jamais dans les statistiques de Legault, on ne marche pas dans son message politique », dit l’homme dans la cinquantaine. « Je comprends de plus en plus que nous ne serons jamais acceptés comme des Québécois », dit-il. Il trouve ce constat « triste et décevant », alors que, comme pour nombre d’immigrants, il lui semble plus facile de se dire Canadien.

Il dénonce le choix de s’en tenir surtout à la langue maternelle, « quelque chose qu’on ne contrôle pas ». Si la possibilité d’appartenir, de se réclamer Québécois en dépend, alors il faut faire partie « d’une ethnie en fin de compte, au lieu d’une nationalité », constate-t-il.

Impossible, à ce compte, d’entrer dans « ce gabarit », même par l’assimilation — une politique que les États-Unis ont explicitement abandonnée dans les années 1990 et aujourd’hui associée à la droite trumpiste —, note-t-il.

Des délais

Les politiciens « donnent un portrait faux et incomplet » de l’immigration, croit M. Mukaï. Le discours sur le déclin du français sert, selon lui, à justifier des seuils d’immigration plus bas : « À l’heure actuelle, on sait notamment que la peur de l’anglicisation du Québec a joué un rôle dans les limites annuelles établies pour la réunification familiale », constate-t-il.

Ces délais qui s’allongent, il en connaît quelque chose. Sa femme attend depuis plus d’un an d’obtenir sa résidence permanente. Même si le couple a le privilège d’être ici ensemble, Mme Girón ayant d’abord obtenu un visa de touriste puis un visa de travail, il déplore d’être instrumentalisé pour une politique qui « garde des couples et des familles séparées ». « Pour moi, c’est inhumain », dit-il.

« Je sais que c’est un privilège d’immigrer et je suis toujours reconnaissant […], mais je me sens un peu confus et trahi en même temps », confie M. Mukaï.

Le ministère fédéral de l’Immigration a récemment confirmé au Devoir que les seuils établis par Québec ralentissent en effet le regroupement familial. Les délais sont de 10 à 15 mois plus courts dans le reste du Canada. Au total, 36 800 personnes sont en attente d’une résidence permanente dans la catégorie du regroupement familial au Québec, alors que la barre maximale établie par le gouvernement Legault se situe à 10 600 personnes pour l’année 2023.

C’est précisément les participants à ce programme que le premier ministre a accusé en 2022 de mettre le Québec sur la voie de la « louisianisation ».

Pour tous ces immigrants, il y a pourtant d’autres marqueurs identitaires clairs et tout aussi importants, comme les valeurs progressistes, féministes et égalitaires, citent-ils tous. « Au Québec, on se sent dans une société distincte. C’est plus une communauté, et la manière de traiter les gens est plus amicale », observe Victoria Girón.

« Toute l’huile qui a été jetée sur le feu identitaire, c’est vraiment pour distraire, alors que d’autres choses sont bien en train de pourrir, comme la santé et l’éducation », dit quant à lui le chercheur universitaire.

Source: Des immigrants parlant le français au quotidien déplorent leur exclusion des «statistiques de Legault»

Le sentiment d’appartenance des immigrants au Québec s’effrite par rapport au Canada

Not surprising given Loi 21 and other initiatives:

Les débats sur la laïcité ont permis au Canada de marquer des points dans la guerre d’usure avec le Québec pour la loyauté des immigrants racisés. Le sentiment d’appartenir à la communauté québécoise n’a pas décliné entre 2012 et 2019, mais cet « élan » s’est néanmoins affaibli par rapport à la volonté d’être canadien, indique une nouvelle étude.

Ce déficit d’appartenance à la province s’est aussi étendu aux minorités non religieuses et à celles qui sont francophones durant cette période. Elles étaient pourtant moins susceptibles d’être touchées par les deux « événements focalisateurs » sous la loupe de cet article publié récemment dans la Revue canadienne de science politique que sont le projet de charte des valeurs et le projet de loi 21 sur la laïcité de l’État.

Les chercheurs ont mesuré l’évolution de l’appartenance à travers trois enquêtes qui coïncident dans le temps avec ces grands débats de société, soit en 2012, 2014 et 2019. « Au début de la période étudiée, on voit que, chez les immigrants non religieux ou francophones, il n’y a pas de préférence marquée entre le Québec ou le Canada. L’appartenance à l’un ou l’autre est aussi forte », explique Antoine Bilodeau, professeur de science politique à l’Université Concordia et coauteur de l’étude avec Luc Turgeon.

Ces perceptions évoluent, avec un creux en 2014, pour ensuite stagner envers le Québec. Mais pendant ce temps, le sentiment d’appartenance envers le Canada grandit, et cet effet est généralisé à tous les immigrants racisés, pas seulement ceux qui sont religieux ou qui ne sont pas francophones.

« Cela indique que les groupes minoritaires ont perçu ces débats comme une remise en question plus large de la relation avec la majorité. Ce qui est en trame de fond de tout ça, chez certains partisans [de la laïcité], mais beaucoup chez ses détracteurs, c’est que ces politiques reflètent le malaise du Québec avec la diversité grandissante », détaille-t-il.

Mais ce lien n’est pas causal avec une certitude absolue. Les chercheurs constatent plutôt que l’aiguille a bougé en faveur du fédéral sur le cadran de l’appartenance et attribuent cette modification à des facteurs déjà bien démontrés. Même si la transformation n’est pas totale, elle correspond dans le temps avec ces moments clés et elle est cohérente avec la littérature scientifique.

Un certain nombre d’études au Québec laissaient déjà entendre que les débats sur les symboles religieux avaient nourri un sentiment d’exclusion, mais elles ne permettaient pas de faire cette comparaison avant et après les propositions législatives.

Les deux auteurs, cette fois, ne peuvent « que conclure que les débats sur l’interdiction des symboles religieux à travers les propositions législatives qui ont pris place en 2014 et en 2019 ont contribué à détériorer la relation des immigrants racisés avec la communauté politique québécoise ou, plus précisément, ont contribué à creuser l’écart dans le sentiment d’appartenance à l’avantage du Canada », écrivent-ils dans l’étude.

Deux modèles

« Au fond, la perception est que le modèle fédéral est plus flexible dans sa définition de qui il reconnaît comme citoyen à part entière », résume le professeur, qui étudie ces aspects depuis nombre d’années. Et les débats sur la laïcité sont « venus consolider ou accentuer cette perception ».

Les deux coauteurs citent d’ailleurs l’ancien premier ministre Jacques Parizeau, qui s’inquiétait en 2013 que le projet de charte des valeurs du Parti québécois fasse la part belle au fédéralisme, qui allait pouvoir ainsi se présenter comme le véritable défenseur des minorités.

« Il [Jacques Parizeau] disait “vous allez perdre de vue la dynamique de compétition”. L’étude lui donne raison », explique M. Bilodeau.

Encore plus frappant aux yeux du coauteur de l’étude, la perte du sentiment d’appartenance vis-à-vis du gouvernement québécois « est causée par ses propres actions », plutôt que, par exemple, la passivité ou l’incapacité à rattraper le fédéral.

Autre fait intéressant, le sentiment d’appartenance des immigrants racisés a été mesuré par deux aspects : l’attachement et le sentiment d’être accepté. Le concept d’appartenance est ainsi mieux compris dans sa dimension relationnelle, une relation à deux sens.

« C’est un peu comme demander “est-ce que je veux faire partie du groupe ? [attachement] Puis, est-ce que j’ai la perception que le groupe veut que j’en fasse partie ? [sentiment d’acceptation]” », détaille M. Bilodeau.

On pourrait penser que c’est surtout le sentiment d’acceptation qui a été touché : « Intuitivement, on dirait, ce geste me montre qu’ils ne veulent pas de moi. » Mais il y a, selon le professeur, un effet boomerang sur le désir de faire partie de la communauté, sur le sentiment d’attachement. « Non seulement c’est que je sens, qu’ils ne veulent pas [que j’appartienne au groupe], mais ça me fait remettre en question ma propre volonté d’être Québécois par rapport à “je veux être Canadien”. »

Des expériences vécues

« J’aimerais beaucoup me tourner vers le sentiment d’appartenance envers le Québec, mais on nous fait sentir qu’on n’y appartient pas. Alors, il faut se tourner ailleurs », explique d’ailleurs en entrevue Jana, une jeune musulmane. Le Devoir a choisi de ne pas publier son nom de famille, car la Montréalaise est encore mineure.

Pour elle, ce sont assurément les débats sur la laïcité qui ont entamé son sentiment d’appartenance : « Avant, je m’identifiais comme Québécoise, mais, avec les nouvelles lois, j’ai senti que ça a créé deux classes différentes : ceux qui peuvent réaliser leurs rêves et les autres, qui ne le peuvent pas. »

« Moi, je voulais devenir avocate pour défendre l’équité sociale, mais j’ai l’impression que je ne peux pas choisir cette carrière sans sacrifier ma religion », dit la jeune femme, qui porte le hidjab.

La Loi sur la laïcité de l’État, connue d’abord comme projet de loi 21, interdit le port de signes religieux chez les agents qui incarnent l’autorité de l’État, y compris les juges et les procureurs de la Couronne.

Jana pourrait exercer à titre d’avocate en pratique privée, reconnaît-elle, mais elle a l’impression que certaines portes lui sont déjà fermées avant même qu’elle entame des études de droit.

Pour Garine Papazian-Zohrabian, professeure de psychopédagogie à l’Université de Montréal et psychologue clinicienne, cette étude va dans le même sens que ce que d’autres travaux ont démontré : « les approches coercitives freinent le sentiment d’appartenance », a-t-elle déjà écrit sur plusieurs tribunes.

« Je vois aujourd’hui les conséquences de la loi 21 [Loi sur la laïcité de l’État] dans le milieu enseignant », dit Mme Papazian-Zohrabian. Elle voit avec grande déception les embauches de personnel non légalement qualifié dans les écoles, « alors qu’on prive nos élèves de bonnes enseignantes » parce qu’elles portent le voile.

« On pousse les gens à se recroqueviller sur eux-mêmes et à trouver une place uniquement dans leur communauté. Symboliquement, on ne peut plus parler d’intégration », dit-elle.

Mme Papazian-Zohrabian a émigré du Liban et elle est d’origine arménienne, « petite-fille de rescapés d’un génocide », donc à même de comprendre l’importance de l’identité, remarque-t-elle.

Les politiques et le discours sur l’immigration ont créé « une dynamique de plus en plus polarisée », selon la spécialiste. Beaucoup d’immigrants ont pourtant « choisi le Québec ou le Canada parce que c’est une société progressiste et une société de droit. Quand ils se sentent attaqués ici, ça crée de la détresse chez eux ».

Source: Le sentiment d’appartenance des immigrants au Québec s’effrite par rapport au Canada

Exil de mer et de vent 

Portrait of Ukrainian exiles in rural Quebec, their welcome into a small community of 100 people, and the challenges they face and how they adopt or not:

Mai dernier. Les trois fillettes sautillent sur le terrain dans le printemps tout neuf. Derrière la maison, il y a la baie immense, les îles, la somptuosité de la Basse-Côte-Nord. Artur exulte : l’épicerie de Tête-à-la-Baleine a enfin reçu des betteraves. Sa soupe borchtch est au feu. Snizhana, vêtue de jaune et de bleu, tient la petite dernière, la quatrième, dans ses bras. « C’est un hasard. Vous me voyez vêtue aux couleurs de l’Ukraine. »

Cet hiver, elle s’est longuement promenée sur la baie gelée, main dans la main avec les enfants et avec sa nostalgie. Ensemble, elle, les filles et la nostalgie, elles ont vu des corbeaux, des phoques, des belettes. Et des renards roux à la queue longue et touffue. En Ukraine aussi, il y avait des renards roux. Les enfants criaient leur joie. Snizhana étouffait son désarroi.

Les Levytskyi, Artur, Snizhana et leurs quatre enfants, sont ici depuis février. Si on les additionne aux membres de l’autre famille ukrainienne arrivée six mois auparavant, les deux maisonnées font gonfler la population de Tête-à-la-Baleine de 11 personnes. Sur une population de 100. C’est beaucoup !

Deux familles qui ont quitté l’Ukraine parce qu’elles étaient en train de devenir un peu folles. Fallait partir. Par tous les moyens. « Mon cerveau avait cessé de fonctionner, se souvient Snizhana, j’avançais comme un animal. » Un animal terrorisé. « Nous dormions tout habillés au cas où il faudrait vite décamper. Je ne suis pas brave, je l’avoue. Peut-être parce que je suis une mère. » Snizhana parle sans s’arrêter, en un flux précipité. « J’ai consulté une psy pour savoir comment cacher aux enfants mes propres angoisses. »

Des histoires qui ressemblent à tant d’autres, de fuites éperdues, d’attentes interminables, de frontières à franchir, de bagages à traîner. Marcher, marcher, exténués, avec le goût de flancher, de s’effondrer. Tenir bon, garder un semblant de moral pour les plus jeunes.

Un village entier mobilisé

Deux familles qui sont parvenues à Tête-à-la-Baleine par la même voie, celle d’un village qui s’est mobilisé pour les accueillir. On a trouvé à chacune une maison, un véhicule, une motoneige, des vêtements, des vivres. Des résidents ont envoyé des chèques pour leurs hôtes venus de loin. « C’était aussi, et peut-être principalement, un échange, une sorte de contrat », explique Michaël Lambert, qui a pris l’initiative de faire venir des familles ukrainiennes jusque dans cette contrée lointaine, désert de poissons et d’oiseaux que nulle route ne relie au reste du Québec et du continent. « On cherchait des familles pour renforcer la vitalité du village, fouetter son économie et empêcher l’école de fermer. » Du donnant-donnant, en quelque sorte.

Trouver des familles qui, en contrepartie d’une vie paisible, loin de la guerre, accepteraient d’y passer ne serait-ce que quelques années, consentiraient à apprendre le français, découvriraient qu’elles apprécient cette vie rudimentaire, loin des centres et de la consommation, dans la poussière grise des quatre-roues l’été, et celle, toute blanche, des motoneiges l’hiver. Avec une épicerie au contenu famélique, des transports impossibles, des bateaux aux horaires incertains ou des avions à prix exorbitants. Des familles qui acquiesceraient au système D, au bricolage, au rafistolage. « On a bien voulu essayer cette vie-là, essayer le Canada », poursuit Snizhana.

Imaginez la scène. Février dernier. Il fait moins 40. Michaël est parti chercher le ménage des Levytskyi entreposé à Kegaska, tandis que la famille, elle, est déjà arrivée en avion à Tête-à-la-Baleine. Une chevauchée en motoneige de 250 kilomètres sur la Route blanche, sentier balisé pour faciliter les déplacements l’hiver sur la Basse-Côte-Nord. Aveuglé par la lumière et frigorifié, Michaël fonce dans la blancheur, traînant le chargement derrière son engin. Et puis, oh ! malheur !, la motoneige s’étouffe, en panne. L’homme manque d’y laisser la peau. À moitié congelé, il sera sauvé par des gens de la côte partis à sa recherche.

L’une chante, l’autre pas

Deux familles, donc, venues d’une même Ukraine, échouées dans un même exil de mer et de vent, mais deux familles bien différentes. Avec chacune leur façon de voir la vie, avec des exigences distinctes, peut-être, face à l’existence et une quête du bonheur qui ne se ressemble pas. Si bien qu’aujourd’hui, l’une arrive à s’adapter, l’autre pas. L’une envisage de rester, l’autre pas. L’une chante, l’autre pas.*(1)

« Je me sens perdue dans un pays perdu, confie Snizhana. J’ai envie que les enfants aient des activités parascolaires, qu’ils connaissent autre chose pour leur développement intellectuel et spirituel. » À cela s’ajoute son tourment de décevoir ceux et celles qui, à Tête-à-la-Baleine, se sont démenés pour les accueillir. « Même si je comprends leur décision de partir, je suis déçu, dit Michaël, c’est un peu comme un contrat brisé. » « Je comprends leur déception, rétorque doucement Snizhana, mais c’est de notre vie et de notre avenir qu’il s’agit. »

La famille Lizunova, de son côté, envisage de s’acheter une maison à Tête-à-la-Baleine et de quitter le presbytère où elle est provisoirement logée. Les deux adultes, des cousines, Antonina Lizunova et Olga Kulyk, apprennent activement le français, l’une dans le but de travailler à l’aéroport, l’autre pour devenir cuisinière à l’auberge de l’Archipel, au coeur du village. D’ailleurs, Olga a fait cuire sa première morue hier, sous la supervision de Marco Marcoux, propriétaire du lieu, qui lui donnait ses instructions en usant de Google Translate. « Une morue apprêtée à la mode de chez nous ! lance Marco, avec une purée de pommes de terre et un quartier de citron. »

S’encourageant l’une et l’autre et transmettant leur force morale aux trois ados dont elles ont la charge, les cousines sont animées d’un optimisme à tous crins. Mais quand on leur demande si elles souffrent du mal du pays, leurs yeux s’embrument. Ah ! combien elles voudraient pouvoir m’ouvrir leur coeur et se faire comprendre au moins un peu, en français ou en anglais. Bon, à défaut, ne parlant ni l’une ni l’autre langue, elles m’offrent une petite crêpe « à la viande », une expression qu’elles ont apprise depuis leur arrivée à Tête-à-la-Baleine.

Partir dès que possible

Le village s’est mis en quête d’une autre famille ukrainienne. Aux dernières nouvelles, une mère, un père et leurs cinq enfants s’annonçaient pour bientôt.« On a déjà tenu deux activités de financement », se réjouit Michaël.

Snizhana, elle, veut quitter Tête-à-la-Baleine aussi vite que possible. C’est fou, elle le sait, elle veut partir avant que les mouches noires ne fassent leur apparition. Oui, elle en est consciente, c’est fou, elle qui a survécu aux bombes, aux explosions, aux tirs de mortier, est prise d’une peur obsessive des mouches noires. Comme si le ciel allait à nouveau l’attaquer et fondre sur elle. « L’exil ne prive pas uniquement l’individu de sa terre natale, écrit Marie Daniès, dans la revue Mémoires. L’exilé se perd car ce qui le définissait, son rapport à lui-même, aux autres, a disparu. Le sens de sa vie lui échappe. »

En songe, je vois Snizhana au bout du quai de Tête-à-la-Baleine, immobile, offerte aux vagues et aux oiseaux. Rêvant d’on ne sait quoi. Elle ne sait plus. Snizhana, d’autre part et de nulle part. Snizhana, en exil de tout ce qui est elle-même. Snizhana, l’errante des splendeurs et des malheurs de la terre.

Ailleurs le monde est doux

L’air est meilleur et de partout

Coulent des fleuves d’or et de musique

Ailleurs dormir mon coeur tragique*(2)

Source: Exil de mer et de vent

Un nombre record de demandeurs d’asile passent désormais par les aéroports

Of note:

Les passages par voie terrestre irrégulière, dont le chemin Roxham, ont drastiquement chuté au Québec depuis le resserrement de la frontière. Mais le nombre de demandeurs d’asile qui arrivent par avion ne cesse d’augmenter, au point où 2023 pourrait atteindre un sommet similaire à 2022 si la tendance se maintient.

Le gouvernement fédéral a de nouveau loué des chambres pour les accueillir dans au moins un hôtel, confirment des acteurs de terrain. Pour eux, cette nouvelle hausse démontre que la « fermeture » du chemin Roxham « n’a rien réglé » : les deux ordres de gouvernement n’ont toujours pris aucune mesure pérenne, disent-ils, dans un contexte où l’augmentation des demandeurs d’asile est un phénomène mondial.

Au total, en juin dernier, 4620 demandes d’asile ont été comptabilisées par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté (IRCC) ainsi que l’Agence des services frontaliers (ASFC), les deux instances fédérales responsables. C’est à peine 20 de moins que pour le mois de juin 2022, où 4640 demandes avaient été enregistrées.

De celles-là, une majorité est arrivée par avion : ils ont demandé l’asile sur-le-champ à l’aéroport ou encore dans un bureau d’IRCC après un certain temps, selon la ventilation des données disponible.

On compte ainsi environ 31 000 demandeurs d’asile pour les 5 premiers mois de 2023 au Québec. Si le rythme d’ajout de plus de 4000 par mois se poursuit, le niveau de 2022 sera atteint, soit un peu plus de 58 000 au total.

Ces arrivées se font par voies régulières, contrairement aux années précédentes, où jusqu’à deux demandeurs sur trois passait par des voies irrégulières, surtout par le chemin Roxham.

Arrivée par voie régulière ou irrégulière, une personne a le droit de demander l’asile au Canada si elle craint la persécution dans son pays d’origine.

Peu importe le point d’entrée, ces demandeurs d’asile ont aussi souvent des besoins d’hébergement, rappelle des organismes, qui déplorent le manque de « solutions pérennes », dit Eva Gracia-Turgeon, directrice générale du Foyer du monde.

Manque de communication

Un moins un hôtel à Brossard a recommencé à loger des demandeurs d’asile arrivés récemment. Au plus fort des arrivées par le chemin Roxham, Ottawa gérait des lits pour plus de 2500 personnes au Québec. IRCC, responsable de ces hébergements, n’a pas été en mesure de confirmer combien de places ont été remises en disponibilité à l’heure actuelle.

Les demandeurs d’asile cognent déjà par eux-mêmes à la porte des organismes, faute d’obtenir des services sur leur lieu de résidence temporaire.

« À notre grande surprise, l’hôtel a été rouvert par le fédéral, mais on n’a pas été avisés », raconte ainsi Mame Moussa Sy, directeur général à la Maison internationale de la Rive-Sud (MIRS). Cette organisation est située à « littéralement quatre minutes à pieds » de l’hôtel à Brossard.

« On n’a pas été mis au courant par le fédéral, mais on les voit, les gens. On a dû improviser pour commencer à les accompagner. On a parlé à d’autres organismes de la région, aussi », expose M. Sy. Il souhaiterait une meilleure coordination, surtout venant des autorités, déplore-t-il.

Les maisons du Foyer du monde sont, quant à elles, aussi pleines. « On a juste déplacé la problématique. C’est normal qu’il y ait plus de gens qui passent par l’avion, car malheureusement, il n’y a pas d’autres moyens de demander l’asile », note Mme Gracia-Turgeon.

Elle croit aussi que la hausse se fera encore plus sentir dans les prochaines semaines et à l’automne, car son organisme est en quelque sorte en deuxième ligne, après l’hébergement d’urgence. « Pour moi, c’est aussi la preuve que “fermer” Roxham n’était pas une solution », dit-elle.

Les conflits armés et les changements climatiques continuent de pousser des millions de personnes à quitter leur pays d’origine, rappelle la directrice communautaire : « Il faut prévoir pour l’avenir, ce n’est que le début. »

L’hiver dernier, le milieu communautaire lançait un cri du coeur pour un meilleur soutien et une meilleure coordination. Le gouvernement avait alors débloqué 3,5 millions de dollars en aide d’urgence. « Mais c’était un plaster et, depuis, aucune mesure n’a été mise en place par les gouvernements », regrette-t-elle.

« On est dans une mouvance mondiale », observe aussi Stephan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI). Il n’est donc pas surpris de cette « reprise » des arrivées. La TCRI souhaite voir plus de services pour tous les demandeurs d’asile, y compris ceux hébergés par le fédéral.

« On a l’impression que c’est toujours à recommencer » en termes de besoins et de recherche de ressources, affirme M. Reichhold.

Ailleurs au pays

Le phénomène est aussi bien visible à Toronto, où des dizaines de personnes ont été contraintes de dormir dans la rue, faute de place dans les refuges de la ville.

L’Ontario a également dépassé le nombre d’arrivées à pareille date l’an dernier, avec 21 480 demandes d’asile entre janvier et juin 2023, contre 11 350 en 2022.

Il faut dire que le système de refuges d’environ 9000 places de Toronto accueille à la fois les personnes itinérantes et celles qui cherchent à obtenir le statut de réfugié. La province voisine ne dispose pas d’un mécanisme comme le Québec avec son Programme régional d’accueil et d’intégration des demandeurs d’asile (PRAIDA), financé surtout avec de l’argent d’Ottawa.

Le nombre de nouvelles personnes hébergées au PRAIDA a légèrement fléchi depuis les modifications à l’Entente sur les tiers pays sûrs, qui ont davantage scellé la frontière. En juin, ce sont 1112 nouvelles personnes qui se sont présentées au PRAIDA, dont la capacité totale est de 1 150 places.

Causes possibles

Les arrivées par avion étaient déjà un phénomène présent depuis 2022, même si peu mis de l’avant dans le discours politique. Alors que le premier ministre François Legault demandait de « fermer » le chemin Roxham à plusieurs reprises l’hiver dernier, Le Devoir avait révélé en mars que la majorité des demandeurs d’asile dans des hébergements gérés par la province étaient arrivés par avion.

La majorité d’entre eux étaient alors des Mexicains, mais depuis, les origines se sont diversifiées. Depuis 2016, ces ressortissants n’ont plus besoin de détenir un visa pour visiter le Canada. Le Mexique continue à être le premier pays d’origine des personnes hébergées par le PRAIDA, mais on compte aussi le Sénégal, le Cameroun, la Colombie et Haïti dans cette liste.

Certains changements pour obtenir un visa de visiteur ont été mis en place récemment, mais IRCC n’a pas pu confirmer au Devoir s’ils étaient liés à cette hausse. Plusieurs voyageurs en provenance de 13 pays qui nécessitaient un visa auparavant peuvent maintenant demander une simple autorisation de voyage électronique, un processus rapide qui ne coûte que 7 $.

Une politique d’intérêt public a aussi été mise en place pour accélérer le traitement des visas de ce type. Elle permet aux agents de dispenser de certaines exigences pour des demandes de visite faites avant le 16 janvier 2022.

Source: Un nombre record de demandeurs d’asile passent désormais par les aéroports

Minorités visibles sur le marché du travail: Des avancées importantes, mais encore du chemin à faire

Notable improvement in terms of employment rates, less positive with respect to incomes but still showing improvement compared to 2016:

Un taux d’emploi comparable

L’étude montre une participation de plus en plus active des personnes noires sur le marché du travail, souligne Luc Cloutier-Villeneuve, analyste en statistique du travail à l’ISQ et auteur de l’étude. Selon lui, il s’agit d’un des éléments les plus frappants. « Les taux d’activité sur le marché de l’emploi chez les universitaires et les détenteurs de formations postsecondaires sont relativement identiques à la population qui n’est pas issue d’une minorité visible », indique l’expert. De fait, tous âges compris, le taux d’emploi atteint le seuil du 78,8 % chez les Noirs, comparé à 77,5 % pour les personnes non issues de minorités visibles. 

Le Québec derrière la Colombie-Britannique

Le Québec présente une meilleure équité entre personnes issues des minorités visibles et personnes blanches que certaines autres provinces du Canada, dont l’Ontario. Les Noirs (78,8 % au Québec, contre 68,8 % en Ontario), les Latino-Américains (76,2 %, contre 71,4 %) et les Arabes (70,8 %, contre 57,4 %) ont tous un taux d’emploi supérieur dans la Belle Province. Toutefois, la Colombie-Britannique est plus paritaire du côté des personnes noires (76,1 %) et arabes (60,6 %). Luc Cloutier-Villeneuve constate que plusieurs changements positifs ont été réalisés depuis le recensement précédent, en 2016, mais la partie est loin d’être gagnée. 

Un écart de revenu qui diminue

Le revenu moyen d’emploi des personnes issues de minorités visibles âgées de 25 ans à 64 ans (43 240 $) est toujours inférieur au revenu moyen d’emploi des personnes blanches (56 250 $), confirme l’étude. Mais cet écart diminue. En 2019, il était de 22 %, alors qu’en 2015, soit quatre ans plus tôt, il atteignait 28 %. Plus précisément, en 2019, le revenu d’emploi moyen allait d’environ 41 800 $ (personnes noires) à 47 700 $ (personnes arabes). 

Différences selon l’âge

La parité varie selon l’âge, indique l’étude de l’ISQ. Chez les personnes de 55 à 64 ans, l’écart est petit, ce qui révélerait une meilleure intégration à la société, soutient Luc Cloutier-Villeneuve. « On sait qu’il y a des variables qui jouent sur l’intégration, que ce soit la langue maternelle, la scolarité, la durée de résidence [au Québec], et l’ordre dans l’arbre généalogique », explique l’expert. 

Connaissance du français, un facteur

Un certain nombre de facteurs peuvent expliquer les écarts constatés dans l’étude, souligne Luc Cloutier-Villeneuve. Parmi eux, l’analyste en statistique mentionne la connaissance du français ou encore la reconnaissance des diplômes. « Ce qui est clair, c’est qu’en termes d’analyse subséquente, ce serait intéressant d’aller creuser ces aspects pour comprendre pourquoi ces écarts persistent. » 

Source: Minorités visibles sur le marché du travail: Des avancées importantes, mais encore du chemin à faire

Les cibles de Québec en immigration ralentissent le regroupement familial, confirme Ottawa

For once, not Ottawa’s fault:

Les longs délais pour parrainer l’immigration d’un conjoint vivant à l’étranger sont bel et bien causés par les cibles de Québec dans la catégorie du regroupement familial, qui sont plus basses qu’ailleurs au Canada.

S’il faut patienter 14 mois dans le reste du pays, l’attente s’étire maintenant jusqu’à 24 mois au Québec, puisqu’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) se voit forcé de fixer « des objectifs de traitement des demandes distincts », confirme ce ministère au Devoir.

Des centaines de familles déchirées ont lancé un cri du coeur la semaine dernière, dans une pétition en ligne et lors d’une manifestation samedi après-midi à Montréal. Plusieurs ont aussi confié au Devoir les difficultés d’être séparés de conjoints, maris ou épouses alors que des bébés sont récemment venus au monde.

36 800 

C’est le nombre de personnes en attente d’une résidence permanente dans la catégorie du regroupement familial au Québec, selon le MIFI. 

Les délais pour les demandes de parrainage faites à partir du Québec ont brusquement changé le 22 juin dernier, bondissant de 14 à 24 mois. Auparavant, plusieurs familles pensaient voir « la lueur au bout du tunnel », raconte la consultante en immigration Johanne Boivin-Drapeau, mais depuis, elle reçoit plutôt des « appels de gens en pleurs et désespérés ».

Toutes ces personnes ont déjà franchi la première étape du processus d’immigration, qui consiste à recevoir un certificat de sélection du Québec. Ces dossiers déjà sélectionnés sont ensuite transmis à IRCC.

Mais « comme IRCC reçoit plus de demandes de la catégorie du regroupement familial destinées au Québec que ce que le MIFI [ministère québécois de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration] lui permet de traiter, un arriéré se forme », explique une relationniste du ministère fédéral. Avec comme résultat cette « disparité dans les délais d’attente ».

C’est en effet Québec qui fixe le nombre maximal d’immigrants qu’il souhaite accueillir dans la catégorie du regroupement familial, soit 10 600 pour l’année 2023. Tant le provincial que le fédéral assurent que ce seuil n’a pas encore été atteint, mais les données des mois de mai et de juin ne sont pas encore disponibles. L’an dernier, ce nombre avait été atteint au plus tard le 30 septembre, selon des documents officiels.

Année après année, IRCC a donc « trop de dossiers par rapport à la cible permise par Québec ». L’arriéré est d’environ 36 800 personnes dans cette seule catégorie, a indiqué le MIFI au Devoir.

Un seuil qui reste similaire

Cette tendance à accumuler les demandes en attente présage aussi des années à venir, car le gouvernement de François Legault a déjà fait part de son intention de ne pas accueillir davantage de familles ; même le seuil d’entrée total devait passer à 60 000 personnes.

En effet, dans les documents soumis en vue des consultations sur l’immigration qui doivent se tenir cet automne, le nombre de places destinées au regroupement familial reste de 10 400, peu importe le scénario.

Ce sont d’ailleurs les participants au programme de regroupement familial que François Legault avait accusés de mettre le Québec sur la voie de la « louisianisation » en 2022. La moitié d’entre eux ne parleraient pas français à leur arrivée, selon les données que le premier ministre avait alors avancées. En vertu de la récente réforme des programmes d’immigration annoncée par Québec, leurs dossiers devront ainsi bientôt inclure un plan d’intégration comptant des cours de francisation.

Quant aux demandes de visas de visiteur déposées par des conjoints vivant à l’étranger, le fédéral assure que leur traitement est déjà accéléré, comme annoncé le 26 mai dernier, y compris pour les « demandes dans l’inventaire ». Les témoignages recueillis par Le Devoir montrent plutôt d’autres disparités de traitement : plusieurs demandes sont refusées sous le motif que la personne a des « liens familiaux significatifs au Canada », selon les réponses consultées.

Source: Les cibles de Québec en immigration ralentissent le regroupement familial, confirme Ottawa

Sous les hauts cris des puristes, entendez-vous battre le cœur de la langue française?

Of note, countering overall Quebec narrative:

Écoutez de plus près. Le Québec n’avalera pas sa langue de sitôt. Un collectif de linguistes francophones somme les prophètes de malheur de tourner sept fois leur langue dans leur bouche avant de crier à l’agonie du français, tant ici qu’ailleurs.

Le français va très bien, merci. Le titre résume en une boutade l’essai de 65 pages publié chez Gallimard et coécrit par 18 spécialistes de « la langue de Molière ». Pour renverser cette vision voulant que le français se meure, commencez donc par oublier cette expression, clament les auteurs. La langue de Molière n’est plus la langue de Molière depuis la mort de Molière. La langue du dramaturge du XVIIe siècle est devenue avec le temps, naturellement, la langue des Tremblay, Laferrière, Booba.

« Si on lisait vraiment Molière dans le texte original, on verrait qu’il y a beaucoup de différences, des mots qui sont disparus, des structures grammaticales vraiment différentes, des prononciations très différentes. Cette expression, à mon avis, illustre bien cette langue fantasmée », explique en entrevue la Québécoise Julie Auger, l’une des membres du collectif des « linguistes atterré·es ».

Le français n’a jamais été aussi vivant qu’aujourd’hui, si l’on compte le nombre de locuteurs dans le monde. Même au Québec, la place décroissante du français comme langue parlée à la maison ne traduit pas un déclin, renchérit la professeure de linguistique à l’Université de Montréal.

« Oui, la proportion de Québécois qui parlent français à la maison continue de diminuer, mais ce n’est pas au profit de l’anglais. C’est au profit des langues que les néo-Québécois ont apportées. Pour moi, ça, ce n’est pas un danger. »

Rappelons que 94 % des Québécois peuvent aujourd’hui parler et comprendre le français, quelle que soit leur langue maternelle… exactement la même proportion qu’au début du siècle.

La prochaine génération de francophones grandit surtout sous la menace des pointilleux qui exigent un français parfait des nouveaux arrivants, souligne Julie Auger, alors que ceux-ci lui donnent un deuxième souffle. « Ces gens-là pourraient tout à fait choisir de ne plus parler le français et de ne parler que l’anglais, parce que, quand tu parles anglais, tu n’as pas ce genre de critiques. »

Quid du « franglais », vilipendé par des érudits près de chez nous ? « Si l’on tient au terme “franglais”, il convient bien mieux à l’anglais qu’au français, rétorque le collectif. […] On estime à près de la moitié la part du lexique anglais empruntée à l’ancien français ou au normand. » Et l’anglais « se porte bien ».

Le français ? Yes, sir !

Les langues ne sont pas en guerre les unes contre les autres, soutiennent les experts, car « ce que “gagne” l’une, l’autre ne le perd pas ».

Qui utilise encore le mot « bâdrer », emprunt de « to bother », passé dans l’usage québécois comme un synonyme de « déranger » ? Qui se souvient de l’époque où l’anglicisme « some » était employé comme un adverbe pour parler de quelque chose de gros ? Les néologismes passent, le français demeure.

Et si un anglicisme finit par coller au palais des Québécois, il ne remplace pas pour autant les mots qui y logent déjà. Il permet d’apporter une nuance de sens. Que serait le parler d’ici sans les subtilités des expressions comme cheap ou lunch (qui désigne plus un repas qu’on traîne avec soi qu’un repas à une heure donnée) ?

Le français, langue flexible et souple, « incorpore et digère sans problème » les emprunts depuis des siècles, rappellent les linguistes coalisés. Les ajouts tout neufs du créole haïtien et de l’arabe dans les discussions à Montréal ne font pas exception.

L’oreille attentive entendra toute de même quelques changements récents dans le dialecte d’ici. On utilise de plus en plus l’infinitif du verbe en anglais là où on le conjuguait avant à la française. Autrement dit, les Québécois commencent à deal avec ça plus qu’à « dealer » avec ça.

Cet effritement de la grammaire — « le coeur d’une langue », dixit Julie Auger — s’observe déjà chez les Acadiens. Est-ce bien ou mal ? La linguiste québécoise ne le dit pas. « Les linguistes en sont conscients, qu’il y a beaucoup d’études qui portent là-dessus en ce moment. On est vraiment en plein milieu de ce qui peut être un changement, et donc on est à l’écoute, on essaie de voir ce qui se passe. »

Le français, langue féconde

Le français va très bien, merci s’adresse aussi aux grands parleurs, petits faiseurs qui rêvent de réformer la langue de tout le monde.

« Depuis le XIXe siècle, [l’Académie française] ne suit plus l’évolution de la langue : elle s’est opposée à la réforme de l’orthographe prévue en 1901 pour accompagner l’accès de tous les enfants à l’école », lit-on dans l’ouvrage. « Son Dictionnaire, seule production officielle actuelle, en est à peine à sa neuvième édition et n’est pas du tout à jour. […]. Si l’Académie n’est pas à jour sur le vocabulaire, elle ne l’est pas non plus en grammaire. Sa seule Grammaire date de 1932 et a été tellement critiquée qu’elle n’a plus osé en publier d’autres. »

Les dictionnaires privés, réputés plus flexibles, peinent tout autant à suivre les changements sans fin du nouveau vocabulaire. Le Petit Larousse et Le Petit Robert recensent chacun 60 000 mots, tandis que Le Grand Robert en compile 100 000. Il faut se tourner vers la production participative du Wiktionnaire pour calculer l’étendue des néologismes francophones. Les internautes y ont consigné 400 000 entrées.

Et ça continue de monter, entre autres grâce aux initiatives créatives d’institutions bien de chez nous.

Pensons au Concours de créativité lexicale de l’OQLF, qui demande aux élèves québécois du secondaire de créer des mots de toutes pièces.

Les victorieux de 2023 :

« spectatriche », pour remplacer le terme « stream sniping », qui consiste à regarder la diffusion en ligne d’un adversaire lors d’une compétition de jeu vidéo pour obtenir un avantage ; 

« iconotypique », pour traduire le mot anglais « on-brand », qui qualifie ce qui est typiquement représentatif d’une marque ou d’une image publique ; 

« éphraser », pour dénommer le fait de retirer une phrase d’un texte. 

Parlez-vous fr@nçais ?

L’autre menace fantôme que dénoncent les linguistes, c’est le terrible Internet et ses codes abscons. Le numérique constitue « une menace » pour le français, entend-on d’ailleurs dans les échos de couloirs de l’Assemblée nationale.

Pourtant, le français trône à la septième place des idiomes les plus utilisés dans le cyberespace.

Et en fouillant cet énorme corpus de données brutes, on découvre que la tendance lourde est le passage vers un français de plus en plus normatif.

« L’utilisation d’“avoir” au lieu d’“être”, par exemple “j’ai tombé”, c’est quelque chose qui diminue avec le temps, indique Julie Auger. Le français montréalais s’aligne davantage sur le français standard. Par contre, un élément qui est non standard, mais qui est en croissance, c’est l’utilisation du “tu” interrogatif. »

On parle-tu bien français ? Bien ou mal n’est pas la question, à vrai dire. Le bon français, c’est celui que l’on parle. Point.

Le français va très bien, merci

Collectif d’auteurs, Gallimard, Paris, 2023, 65 pages

Source: Sous les hauts cris des puristes, entendez-vous battre le cœur de la langue française?

Is racism behind denial of visas to African students?

Largely reflects the interests of education institutions and their financial pressures as much as concerns over differential treatment (given that immigration is inherently “discriminatory,” the question is more are their legitimate reasons and evidence to justify that discrimination):

In the five years between 2018 and 30 April 2023, officials at Immigration, Refugees and Citizenship Canada reportedly rejected 59% of the visa applications from English-speaking Africans and 74% from French-speaking Africans seeking to study in Canada’s colleges and universities.

In 2022, the disapproval rates were 66% for applicants from French-speaking African countries and 62% for applicants from English-speaking African countries.

Besides the higher rejection rate for francophone African students, the stats show a massively higher rejection rate for African students compared to students from Western countries. Refusal rates for Great Britain, Australia and the United States were 13%, 13% and 11%, respectively, while for France the refusal rate was 6.7%.

‘A certain rate of racism exists’

Referring to hearings held in 2022 by the House of Commons Standing Committee on Citizenship and Immigration (SCCI) during which Immigration, Refugees and Citizenship Canada (IRCC) admitted there was a problem, Etienne Carbonneau, director of research and support for internationalisation at Université du Québec in Québec City, said: “Let’s put it bluntly, we think there is a certain rate of racism that exists [in IRCC].

“By this I mean negative prejudices against, particularly, French-speaking African populations. When you look at IRCC’s responses, basically, the immigration officers who process the permit application files seem to be saying that they don’t believe the students.”

Both Carbonneau and Daye Diallo, senior economist at the Montreal-based Institut du Québec, underscored that while the high refusal rate of English-speaking Africans can also be attributed to racism at the IRCC, the impact on English universities such as McGill University in Montreal, or those in Ontario or elsewhere in the country, is not as severe.

“In Ontario, it [the rejection rate] is more than 50%. Serious too, but it is higher in Quebec. And because Quebec speaks French, the recruitment pools are more limited. In Ontario there are many students who come from Asia and English-speaking countries,” says Diallo, co-author, with Emna Braham, the institute’s executive director, of the study, “Portrait de l’immigration temporaire: attraction et rétention des étudiants étrangers au Québec”.

“We cannot go to India or China because Indians and Chinese are looking for training in English,” Carbonneau explained. “If I were at McGill University or University of British Columbia, and I saw that it was getting difficult on the Indian side [ie, recruiting from India], I would look to other markets. I don’t have that opportunity [recruiting for a French university].

“The potential for growth is really in French-speaking Africa, but this potential is cut off by the practices of Immigration, Refugees and Citizenship Canada. Presently, some 50% of French speakers worldwide live in African countries; by 2050, the continent will account for 50% of the world’s population growth.”

SCCI report evidence

The report of the Standing Committee on Citizenship and Immigration (SCCI), published in May 2022, titled Differential Treatment in Recruitment and Acceptance Rates of Foreign Students in Quebec and in the Rest of Canada, found evidence of racism both in the internal workings of the department and among IRCC’s visa officers vis-à-vis African applicants for study visas.

This evidence was contained in a report of a survey of IRCC conducted by the polling firm Pollara Strategic Insights following the international protests against the murder of George Floyd by members of the Minneapolis (Minnesota) police department in March of 2020, which sparked the Black Lives Matter protests.

Racialised respondents to the IRCC survey told Pollara that they “considered racism to be a problem in the department”, which, in its response to the report, IRCC acknowledged.

Pollara was told that some immigration officials referred to certain African countries as “the dirty 30”. Nigerians, the investigators were told, were considered “particularly untrustworthy”.

According to the SCCI, IRCC “acknowledged that due to the nature of its mandate to promote a strong and diverse Canada, it must hold itself to the highest possible standards so that the programmes, policies and client services are free from any racial bias”.

IRCC policy

IRCC reiterated this policy in an email that said, in part: “The Government of Canada is committed to the fair and non-discriminatory application of immigration procedures. We continually evaluate data and make concerted efforts to address the results and the differential strategies in order to improve our approaches so that we can overcome these issues.”

The email further explained: “The strategic review of the immigration policies and programmes will enable us to identify and address the issues relating to rejections and the International Student Program will be informed by this exercise.”

Among the steps IRCC has taken is the creation of a task force dedicated to the “elimination of racism in all its forms at IRCC”. This requires IRCC staff, including middle and senior managers, “to take mandatory unconscious bias training which is tracked”, and evaluate “potential bias entry points in policy and programme delivery [ie, deciding on visa applications]”.

As of May 2022, IRCC had “nearly two dozen projects under development to reduce and eliminate racial barriers – with a large focus on … African clients, due to the fact that this region historically faces longer processing times and lower approval rates”.

Nigerian students deemed ‘particularly untrustworthy’

While some IRCC staff considered Nigerians to be ‘particularly untrustworthy’, critics, including the University of Calgary’s Assistant Professor of Artificial Intelligence and Law Gideon Christian, who is also president of African Scholars Initiative, told the House of Commons committee that the 2019 pilot project, Nigerian Student Express (NSE), discriminated against Nigerians.

Pointing to documents he had obtained via an Access to Information and Privacy request, Christian showed that irrespective of whether the NSE improved processing times for Nigerian students by giving them the option to use a secure financial verification system, it discriminated against these students.

The NSE required Nigerians to provide different and more onerous financial data than did students from other countries that were part of the Student Direct Stream (SDS), Christian said.

Unlike students in the other 15 countries included in the SDS, such as China, Vietnam, Senegal, Brazil and Colombia, Nigerians seeking to study in Canada had to produce a bank statement showing that they had the equivalent of CA$30,000 (US$22,600) in their account for at least six months in the last year.

While testifying before the committee, Sean Fraser, minister of immigration, refugees and citizenship of Canada, defended the CA$30,000 figure, saying that it was fair because it did not include living expenses.

“The issue is that we don’t necessarily have financial partners on the ground in Nigeria, so having proof of funds of CA$30,000 is more equitable when you look across the requirements in other countries, where you have not only [the requirement to show] CA$10,000, but also the proof of funds to cover the cost of an international student tuition.”

In his testimony, Christian dismissed Fraser’s claim, noting that a “Nigerian is required to show proof of funds that are three times more than those of other SDS countries, and yet, when this applicant overcomes this high burden of proof, most of the study visa applications from Nigeria are still refused”.

Christian also told the SCCI that since all colleges and universities exempted Nigerians from English-language proficiency tests, “the language proficiency requirement imposed by the visa offices … exudes stereotypes and racism”.

SCCI Recommendation 4

The SCCI’s Recommendation 4 called for IRCC to reconsider the financial reporting requirements imposed on Nigerians and for IRCC to “remove the English-language proficiency required for Nigerian students”.

As with Canada’s English universities, French universities in Quebec recruit international students for a number of reasons. Carbonneau began by noting the importance of universities internationalising their student bodies.

“The career of a researcher who is from Quebec will involve collaborations with people who have been trained abroad and who have worked abroad. The integration of international students into our university programmes means that our Quebec students will have contact with people from other countries. They will be made aware of international issues and the issues of intercultural work and the taking into account of intercultural issues.

“We understand how the presence of international students, particularly at the graduate level, makes it possible to develop links between researchers and students that will be maintained over time.”

Recruiting in French-speaking Africa

International students contribute CA$22 billion (US$16.6 billion) to the Canadian economy and support more than 218,000 jobs, the SCCI heard. The portion of these funds spent in Quebec is part of the third reason Quebec’s universities recruit in French-speaking Africa. The other part is that the 217,660 French African students in the province’s colleges and universities help keep these institutions economically viable.*

The tuition for Quebec residents at the province’s French universities is approximately CA$6,000; international undergraduates payCA$30,000 more. Each international student also contributes some CA$15,000 to the province’s economy in living costs.

Since Quebec universities receive grants on a per student basis from the provincial government, for universities international students mean larger government grants.

According to Carbonneau: “We need students for the vitality of several of our university programmes. Quebec universities are funded per student, so when we have students, we have funding.”

Ontario’s universities, too, it should be noted, are hungry for international student fees. For the 2021-22 academic year, for example, the 22,728 international students at the University of Toronto, for example, paid on average CA$59,320 in tuition and fees, or a total of over CA$1.3 billion.

Recruiting university students from French Africa is also part of the government of Canada’s commitment to ensuring that approximately 72,000 of the nation’s immigrant target of 500,000 are French speaking. This policy was put in place to ensure that the percentage of French-speaking Canadians did not fall below the present 22.8%of the nation’s population of 40 million.

Although Fraser told the SCCI that “international students are excellent candidates for permanent residency” and that Canada has “increased our target efforts overseas to promote and attract francophone students and immigrants to Canada”, the committee heard of a number of roadblocks that prevented French African students from studying in Canada.

At the hearings, Alain Dupuis, executive director of the Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (Canadian Federation of Francophone and Acadian Communities), stated that irrespective of the government’s immigration goals, “we are closing the doors to them”.

Investment certificate roadblock

Denise Amyot, president and CEO of Colleges and Institutes Canada, told the SCCI that one of the main roadblocks is a requirement created, not by IRCC policy, but by its visa officers: the guaranteed investment certificate to demonstrate financial sufficiency and SDS.

While this certificate may have streamlined the application process, it ignored the fact, Amyot told the SCCI, that the banking systems “in certain countries are not as well developed, and students rely more heavily on family networks in ways that may seem atypical from a Canadian cultural lens”.

Referring to the cases for which he knew IRCC’s reason for denying the application for a study visa, Diallo told University World News: “The reason in these situations is that the student does not have enough real estate; he does not have a house in his country of origin.” He then asked, pointedly: “How can an 18 year old own buildings?”

The guaranteed investment certificate is more than a proof of financial resources, Diallo further explained. It serves as a proxy for the applicant’s attachment to his or her home country: ie, as proof that he or she plans to return to their home country.

Similarly, applicants have been denied study visas because they have not shown that they have enough family in their home countries, or that they have not established a travel history that shows that they have left and returned to their home country.

This is a requirement that one brief to the SCCI mocked by asking” “How many kids of the age 15-20 years old from other countries have travelled out of their shores at such a young age? What counts as sufficient travel history? This remains unclear,” says Carbonneau.

For his part, Diallo says: “There are reasons like that that are given. But they are ‘reasons’ which, in our opinion, are not necessary. [For] these reasons, the official can say that he believes the student will not return home. But these are not facts. There are no statistics that say that African students are more likely to stay here illegally when their visas expire.”

Residency roadblocks

Notwithstanding Fraser’s statement that “international students are excellent candidates for permanent residency”, the very document applicants for study visas must fill out puts them in a ‘catch-22 situation’ with regard to what’s called ‘dual intent’, says Shamira Madhany, managing director and deputy executive director at World Education Services, told the parliamentarians studying the issue.

Canada’s Immigration and Refugee Protection Act allows for international students to apply for permanent residency upon completion of their studies if “the officer is satisfied that they will leave Canada by the end of their period authorised for their stay” and wait outside Canada for their permanent residency to be granted.

However, in practice, one witness told SCCI: “If a student has the misfortune to check that box, their chances of getting a visa are nil … The authorities believe that they really do not intend to study in Canada, and they want to stay in Canada.”

According to Carbonneau, this situation is absurd.

“A student who comes to study with us with the intention of immigrating, which is deemed desirable by our government in Quebec [the lone province to issue its own study document accepting the prospective student], is using his studies, a bachelor degree or a masters degree or a doctorate, to integrate into Quebec or Canadian society – and then immigrate.

“For us it is desirable. But for the Government of Canada, I think the second most frequent response is that the application is refused because the Canadian government is not convinced that the student will return to his country after graduation.

“It’s really absurd because on the one hand Canada really needs qualified immigrants. We also need qualified French-speaking immigrants. But, on the other hand, we tell them once they graduate our expectation as a Canadian government is that you return home.”

Reform required

In his appearance before the committee, Fraser admitted the system needed reform but pushed back against critics by saying that Canada “need to prevent a lot of students coming with the purpose of staying permanently by claiming asylum, for example, when we have different streams for people who are coming for purposes other than studying”.

While Recommendation 15 does not expressly refer to the minister’s statement, by implication it rebuked him by calling on IRCC to clarify the dual intent provision of the Immigration and Refugee Protection Act, “so that the intention of settling in Canada does not jeopardise an individual’s chances of getting a study permit”.

Organisations and individuals involved in recruiting in Africa are concerned that Canada’s high rate of refusal of study visa applicants is hurting the country’s reputation in Africa. Amyot told the SCCI that he had heard of students who waited months for decisions only to find out that their study permits had been rejected “often for unclear and unfounded reasons”.

“We live in a world where the competition to attract the best brains is very important. Canada cannot afford to have these difficulties. Canada must work to reduce refusal rates from French-speaking African countries that have students who want to come to Canada,” said Diallo.

“We have a poor image internationally because Canada does not grant visas and the reasons why Canada does not grant visas are not the right reasons.”

Source: Is racism behind denial of visas to African students?

Débats sur la laïcité et sentiment d’appartenance chez les immigrants racisés au Québec : Mieux comprendre l’impact des « événements focalisateurs»

Of note. The laïcité ironically have reduced the “belonging deficit” of Quebec compared to other provinces among non-religious minorities and Francophones

Résumé

« Certaines études suggèrent que le projet de Charte des valeurs du PQ et la loi 21 ont nourri un sentiment d’exclusion chez les membres des religions minoritaires. Cependant, aucune étude ne permet à ce jour de comparer le sentiment d’appartenance des minorités religieuses avant et après la mise à l’agenda de ces projets législatifs. Ancrée dans la recherche sur les « événements focalisateurs » et reposant sur des données de trois sondages réalisés en 2012, 2014 et 2019, notre étude examine l’impact des débats sur laïcité sur le sentiment d’appartenance des immigrants racisés au Québec. Nos résultats démontrent qu’un déficit d’appartenance au Québec par rapport au Canada existait déjà en 2012, mais qu’il était circonscrit à certains groupes, notamment ceux de dénominations non chrétiennes et les non francophones. Nos analyses montrent aussi qu’avec les débats sur la laïcité, le déficit d’appartenance au Québec s’est étendu aux minorités non religieuses et aux francophones. »

Abstract 

“Some studies suggest that the PQ’s proposed Charter of Values and Bill 21 have fostered a sense of exclusion among members of religious minorities. However, there is no study to date that compares the sense of belonging of religious minorities before and after these legislative projects were put on the agenda. Grounded in research on “focusing events” and drawing on data from three surveys conducted in 2012, 2014 and 2019, our study examines the impact of the secularism debates on racialized immigrants’ sense of belonging in Quebec. Our results show that a deficit of belonging to Quebec relative to Canada already existed in 2012, but that it was circumscribed to certain groups, notably those of non-Christian denominations and non-French speakers. Our analyses also show that with debates on secularism, the Quebec belonging deficit has extended to non-religious minorities and Francophones.”

Read or download the full article (in French) | Consulter ou télécharger l’article complet : 

Débats sur la laïcité et sentiment d’appartenance chez les immigrants racisés au Québec : Mieux comprendre l’impact des « événements focalisateurs » | Canadian Journal of Political Science/Revue canadienne de science politique | Cambridge Core