Lanctôt | Une «belle victoire» pour la Loi sur la laïcité

A critical perspective:

Il s’agit, à n’en point douter, d’une grande victoire pour le gouvernement Legault dans le dossier de la Loi sur la laïcité de l’État. Jeudi, la Cour d’appel du Québec a confirmé la validité de la Loi, affirmant les conclusions de la Cour supérieure quant à l’application des dispositions de dérogation et en annulant l’exception qui avait été accordée par la Cour supérieure au système scolaire anglophone.

« La Cour vient confirmer le droit du Québec de prendre ses propres décisions, c’est vraiment une belle victoire pour la nation québécoise », déclarait le premier ministre, François Legault, en conférence de presse, quelques heures après la publication du jugement.

En 2021, le juge Marc-André Blanchard de la Cour supérieure du Québec avait déjà maintenu l’essentiel de la « loi 21 » en concluant à la validité de l’utilisation préventive de la disposition de dérogation aux droits fondamentaux garantis par les chartes canadienne et québécoise des droits et libertés.

Toutefois, le jugement formulait des commentaires inquiets quant à une utilisation aussi large de la disposition de dérogation. Le juge Blanchard notait que la loi 21 constituait le premier texte législatif dérogeant simultanément aux articles des deux chartes garantissant presque l’ensemble des droits et libertés dans la province. « Peu importe la perspective que l’on entretient face à la loi 21, notait-il, il faut souligner qu’il ne s’agit pas là d’une mince affaire. »

Sur le fond, il notait par ailleurs qu’il semblait « incontestable » que plusieurs dispositions de la loi violent non seulement les droits garantis par les chartes, mais aussi les droits découlant des instruments internationaux dont le Québec est signataire, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

Là encore, dira-t-on, pas une mince affaire. Or, l’état du droit canadien, et c’est ce dont le gouvernement Legault et les défenseurs de la loi 21 se réjouissaient jeudi, le permet. Pour le dire vite, et reprenant l’analyse qu’ont fait tant la Cour supérieure que la Cour d’appel, en vertu de l’arrêt Ford de 1988, il suffit aux législatures des provinces d’inscrire les dérogations désirées dans la loi pour les soustraire au contrôle judiciaire.

Cet outil, quoique pertinent, est particulier au droit constitutionnel canadien : il tempère, d’une part, l’équilibre entre les provinces et le gouvernement fédéral. Il permet aussi de préserver l’autonomie de la législature face aux tribunaux.

Le Québec n’est pas la seule province à faire usage des dispositions de dérogation : le gouvernement de Doug Ford l’a fait en 2022, et plus récemment, la Saskatchewan aussi. Au Québec, en revanche, cet instrument, on le voit ces jours-ci, est chargé politiquement : déroger à cette vilaine Charte canadienne « qu’on n’a pas signée », ou encore à cette Charte québécoise qui, soi-disant, confère aux tribunaux un pouvoir démesuré, est devenu un marqueur politique clair, un appel du pied pour un certain électorat.

Ironiquement, la décision que le gouvernement Legault applaudit aujourd’hui témoigne que les tribunaux font preuve d’une grande déférence à l’égard de la législature. La décision de la Cour d’appel formule des remarques intéressantes à ce titre, en rappelant qu’il ne lui appartient pas de juger des motifs de suspendre les droits fondamentaux des citoyens ; et que le débat sur la portée des dispositions de dérogation a déjà eu lieu.

La Cour note ensuite qu’il revient aux citoyens, à la société civile, de décider si cette façon de faire du législateur lui convient. Votez en conséquence, dit-on en gros, cela n’est pas l’affaire des tribunaux.

Je crois qu’il s’agit en effet de la question fondamentale qu’il faut se poser en tant que citoyen.

Si les dispositions de dérogation agissent comme un contre-pouvoir face à Ottawa, face au contrôle judiciaire des lois en général, les droits fondamentaux, entre les mains des citoyens, constituent aussi un contre-pouvoir. On parle de préserver l’autonomie du législateur face aux tribunaux, mais qu’en est-il de protéger les citoyens face aux dérives législatives ?

L’équilibre est-il atteint ici, alors que l’on suspend la quasi-totalité des droits garantis par la Charte québécoise, pour une seule loi visant une affirmation nationale abstraite plus qu’elle ne répond à un enjeu réel ?

Dans ce dossier, on parle souvent de la nécessité de tempérer les droits individuels au profit des droits collectifs. Sauf que les droits collectifs sont toujours conditionnés par la possibilité d’exercer les droits individuels. Ces droits collectifs ne s’exercent pas dans l’abstrait, ils sont la somme des droits et des conditions d’existence que l’on garantit aux citoyens. Cela étant dit, est-on à l’aise avec l’érosion manifeste des droits des minorités religieuses provoquée ici ?

La réponse, on le comprend, est oui — en témoigne l’appui, auprès d’une certaine génération du moins, à la loi 21.

Je pense au contraire que nous nous tirons dans le pied et que nous fragilisons le tissu social en nous comportant de manière aussi ouvertement méprisante à l’égard des droits des minorités — pas juste religieuse, d’ailleurs. Construire, affirmer une identité collective « contre » quelque chose n’a jamais mené à de belles choses.

Le feuilleton de la « laïcité » (insistons sur les guillemets) a déjà laissé des cicatrices profondes dans la société québécoise, parce que ce « débat » a été mené sans égard à son effet stigmatisant sur l’ensemble des minorités. On prétend que l’affirmation du « nous » de la majorité y a gagné au change, alors au diable les dégâts collatéraux. Il me semble au contraire que les divisions n’ont jamais été aussi profondes, de toutes parts.

Aurélie Lanctôt, Chroniqueuse spécialisée dans les enjeux de justice environnementale, l’autrice est doctorante en droit à l’Université McGill.

Source: Chronique | Une «belle victoire» pour la Loi sur la laïcité

L’explosion de l’immigration temporaire crée «une impression de perte de contrôle»

Money quote: “Mais la multiplication des mesures a été faite sans prise en compte de l’impact cumulatif de ces mesures” (But the multiplication of measures was made without taking into account the cumulative impact of these measures):

L’appétit pour les immigrants dits « temporaires » plutôt que pour ceux dits « permanents » bouleverse le marché du travail au point où « ça donne aujourd’hui une impression de perte de contrôle », selon une étude de l’Institut du Québec (IDQ) parue lundi.

L’explosion du nombre d’immigrants temporaires sur le sol québécois n’est plus un secret. Il s’est accru de 46 % l’an dernier, pour un total de 528 034 personnes installées au Québec et de plus de 2,5 millions au Canada. Cette augmentation massive n’est pas le fruit du hasard, mais celui d’une multiplication des voies d’entrée autorisées par les gouvernements.

« Il y a un cumul de mesures pour faciliter la venue d’immigrants temporaires à l’intérieur de programmes bien connus. Mais la multiplication des mesures a été faite sans prise en compte de l’impact cumulatif de ces mesures », explique la coautrice de l’étude, Emna Braham, aussi directrice générale de l’IDQ. « Ça donne aujourd’hui une impression de perte de contrôle. Sauf que les leviers existent pour corriger le tir, autant à Québec qu’à Ottawa. »

Qualifiés ou non, formés ici ou non, bon nombre de ces immigrants temporaires espèrent un jour s’installer pour de bon au Québec. Et puisque devenir un résident permanent passe de plus en plus par le statut de temporaire, « on risque de se retrouver avec des goulots d’étranglement », prévient Emna Braham….

Source: L’explosion de l’immigration temporaire crée «une impression de perte de contrôle»

Rioux | Le tabou de l’immigration

Rioux on what he perceives as the denial of the left (which of course is matched by denial on the right), making reasoned discussion more difficult. That being said, I would rephrase his “rien n’apparaît plus urgent que de rapatrier l’immigration du champ de la morale à celui de la politique” to à celui des questions concretes comme le logement et système de santé:


…C’est à partir des années 1970 qu’une gauche morale, embourgeoisée et néolibérale, soulignent les auteurs de l’étude, devint ouvertement multiculturaliste et abandonna toute idée de réguler l’immigration.

Le Rassemblement national n’avait plus qu’à cueillir l’électorat populaire, abandonné de tous. Au point où il est justifié de se demander si, malgré les étiquettes qu’on lui colle, ce parti ne s’inscrit pas aujourd’hui dans la tradition des grands partis populaires de gauche.

Mais il n’est jamais aisé d’admettre son erreur. C’est pourquoi, en France, celle qu’on appelle encore la gauche a plutôt choisi de s’enfoncer dans le déni alors même que la moitié de ses électeurs, pourtant de moins en moins nombreux, continuent à penser qu’il y a trop d’immigrés en France.

Là-bas comme au Québec, rien n’apparaît plus urgent que de rapatrier l’immigration du champ de la morale à celui de la politique.

Source: Chronique | Le tabou de l’immigration

Un programme «totalement dénaturé», tonne un leader syndical

On the steep rise in the number of temporary workers. Not much similar messaging from Canadian unions unless I’ve missed it:

Québec a fait entrer plus de personnes munies d’un permis de travail fermé que de résidents permanents l’an dernier. La majorité d’entre eux sont arrivés sans que leur poste soit d’abord affiché pour les travailleurs locaux. C’est donc une mesure d’exception qui est devenue la norme, déplorent des syndicats.

« Le programme est totalement dénaturé. Il a été remplacé par un fast track pour les employeurs, une autoroute pour la précarisation », lance Dominic Lemieux, directeur québécois du syndicat des Métallos. Il s’inquiète que les employeurs n’aient plus « aucune pression » pour donner des conditions de travail compétitives s’ils peuvent se tourner vers les travailleurs temporaires « sans rien avoir à faire pour trouver des gens locaux ».

En 2023, ce sont 63 % des dossiers de travailleurs temporaires qui ont pu passer par le « traitement simplifié », en dehors de l’agriculture, selon des données obtenues par Le Devoir dans le cadre d’une demande d’accès à l’information. Cette mesure réclamée par Québec fait en sorte que les employeurs ne sont pas obligés d’afficher l’emploi au préalable et donc de faire la démonstration qu’ils ont cherché à recruter quelqu’un localement.

En principe, le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) permet aux employeurs d’embaucher ailleurs « lorsqu’aucun Canadien ou résident permanent n’est disponible », est-il pourtant expliqué à la première ligne du feuillet d’information fédéral.

Embaucher des travailleurs à l’étranger, même avec un traitement simplifié, « est un parcours du combattant », rétorque quant à elle Véronique Proulx, présidente-directrice générale de Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ). « Le premier choix est de recruter localement », car il est « excessivement complexe et long » de franchir toutes les étapes pour recevoir des travailleurs temporaires.

Mécanique

Les permis dits « fermés » sont liés à un seul employeur. Plusieurs les trouvent trop restrictifs, voire controversés parce qu’ils peuvent rendre les travailleurs étrangers temporaires « vulnérables », comme l’a souligné un rapporteur spécial des Nations unies l’automne dernier. Deux actions collectives contre le gouvernement fédéral afin de les abolir sont aussi en attente d’être autorisées par les tribunaux. 

Ce sont 58 885 permis fermés qui ont été octroyés en 2023 avec l’aval de Québec, selon les données d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Pendant cette même année, ce sont 52 790 personnes qui sont devenues résidentes permanentes dans la province. 

Depuis 2021, le gouvernement caquiste a fait de nombreuses démarches à Ottawa pour qu’il assouplisse le programme. Résultat : la liste des professions admissibles au traitement simplifié s’est allongée de quelques dizaines à plus de 300 aujourd’hui.

Le fédéral avertit en ligne que les employeurs « devraient faire de leur mieux pour recruter des citoyens canadiens », mais ils n’ont plus à fournir de preuve qu’ils l’ont fait.

Ce changement est « majeur », selon M. Lemieux, des Métallos. Il s’exprimait en nos pages au mois de janvier, mais les chiffres obtenus confirment selon lui le « détournement » du programme. 

Le Conseil du patronat du Québec parle quant à lui d’une forme de « voie de contournement », puisque l’immigration permanente est bouchée. 

Pour faire partie de la liste des métiers et professions admissibles au traitement simplifié, « le déficit de main-d’oeuvre doit être vraiment confirmé », indique Denis Hamel, vice-président des politiques de développement de la main-d’oeuvre au Conseil. L’affichage est une « barrière administrative » dans des domaines où « il est évident que les gens ne se bousculeront pas » pour l’embauche. 

La liste est préparée par la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT) à l’aide d’un diagnostic élaboré à partir d’études, explique M. Hamel. Si le nombre de permis fermés augmente, « c’est le reflet du marché du travail », affirme-t-il. 

« Oui, on a besoin de l’immigration, on est d’accord là-dessus. Mais il faut baliser et aussi leur offrir la possibilité de devenir des citoyens à part entière. […] La pénurie n’est pas temporaire », affirme Dominic Lemieux.

Le leader syndical craint que « l’abondance du cheap labor », à terme, « tire les conditions de travail à la baisse ». La précarisation affecte aussi la santé et la sécurité au travail, ajoute-t-il. « C’est beaucoup plus difficile de revendiquer ton droit de refus de travailler si tu as peur de te faire mettre un timbre dans le front et retourner dans ton pays. »

Rupture historique

Il y a en effet un « risque de distorsion » des conditions de travail si elles ne sont plus évaluées dans un secteur ou une région, selon Dalia Gesualdi-Fecteau, professeure à l’École des relations industrielles de l’Université de Montréal. 

« Si l’on regarde dans le rétroviseur, on voit que la politique d’immigration au Canada a historiquement été une politique d’emploi », expose cette spécialiste du droit du travail. Dès le début du XXe siècle, les entreprises ferroviaires identifient à l’étranger des candidats à l’immigration. Après la Deuxième Guerre mondiale, les autorités canadiennes mettent en place un système fondé sur l’existence d’un contrat de travail, et l’employeur doit formellement démontrer qu’il y a pénurie. 

« Mais la grande différence est qu’à l’époque [cette politique] menait à une réinstallation définitive », et non pas à un permis temporaire comme maintenant. « C’est un changement de paradigme, dit-elle. Aujourd’hui, on est vraiment ailleurs. Le marché du travail a encore des besoins qu’on va chercher à combler, mais en large partie par des gens qui ont une possibilité beaucoup plus limitée de rester ici, surtout quand on est dans des emplois dits à bas salaire. »

Des discussions « difficiles »

À la demande de la ministre de l’Immigration, Christine Fréchette, un groupe de travail de la CPMT se penche en ce moment sur les permis de travail fermés. En septembre dernier, le gouvernement se disait « interpellé par les situations d’abus rapportées ». 

En coulisses, plusieurs sources parlent de discussions corsées entre les membres des syndicats et ceux des organisations patronales. Les réunions se tiennent à huis clos, mais plusieurs parties ont déjà fait état de leurs positions. Les quatre centrales syndicales ont réclamé l’abolition des permis fermés en septembre dernier. « Oui, on peut nommer notre préjugé favorable pour les permis ouverts », dit Luc Vachon, président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD). « Il faut être capables ensemble de dire que le niveau de vulnérabilité des travailleurs temporaires n’est pas souhaitable ni adéquat. On pourra ensuite réfléchir pour réduire ce niveau », dit-il. 

Le Conseil du patronat du Québec « s’oppose au principe de l’ouverture tous azimuts des permis », indique Denis Hamel, craignant une « déstabilisation » du marché du travail. 

Il en coûte de 12 000 $ à 15 000 $ pour recruter à l’étranger, avance Véronique Proulx, de MEQ. « Le programme est essentiel pour assurer la pérennité et la croissance des entreprises. Il fonctionne très bien, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas des choses à améliorer », résume-t-elle. Ainsi, si les besoins changent, les permis ne devraient pas rester figés dans un seul poste pour un seul salaire, donne-t-elle comme exemple.

Source: Un programme «totalement dénaturé», tonne un leader syndical

Et le sort des enfants de l’école juive ultraorthodoxe Belz, M. Drainville? 

On the inconsistency in application of regulations to Jewish religious schools and laicité:

Il y a trois jours, nous apprenions dans un article du Devoir que vous aviez accepté de renouveler le permis d’une école juive hassidique malgré un avis défavorable de la Commission consultative de l’enseignement privé. Après analyse du dossier, la Commission a révélé un nombre important de manquements qui perdurent depuis plusieurs années quant au respect du Régime pédagogique. 

Rien de nouveau sous le soleil. Ainsi, en 2009, cette école, qui faisait partie d’un groupe de cinq établissements qui avaient conclu une entente avec l’ex-ministre Michelle Courchesne, avait jusqu’en 2012-2013 pour se conformer aux exigences du ministre. Plus de dix ans plus tard, les lacunes persistent. Pire, les consignes relatives aux mesures sanitaires lors de la pandémie de COVID-19 n’ont jamais été observées, les mises en demeure ont été ignorées et aucune sanction n’a été prise. 

Quant aux ententes conclues avec la ministre Courchesne, autant dire qu’elles furent signées pour calmer le ministère sans intention véritable de les respecter. La Commission a d’ailleurs produit un rapport assez dévastateur à l’endroit de ces écoles, qui constatait que les manquements à la loi sont récurrents. Même les menaces de révoquer les permis sont restées lettre morte, pour la simple et bonne raison que le ministère n’y a pas donné suite. Bref, on tergiverse et, pendant toutes ces années, les enfants de ces communautés qui ont les mêmes droits que tous les enfants du Québec ne reçoivent pas l’instruction qu’ils devraient recevoir pour être en mesure de prendre en main leur destinée. C’est une honte !

En 2017, le législateur modifiait les lois sur l’enseignement privé, sur l’instruction publique et sur la protection de la jeunesse afin de se doter de moyens plus efficaces pour assurer le respect de ces lois relatives à l’ordre public. C’est d’ailleurs ce qui a amené le juge Castonguay à rejeter, en décembre 2020, la requête pour jugement déclaratoire intentée par Yochonon Lowen et Clara Wasserstein contre le Procureur général du Québec, entre autres. Ces demandeurs ont fait preuve d’un grand courage puisqu’ils ont débuté dans la vie sans avoir l’enseignement nécessaire pour s’assurer — et assurer à leurs enfants — une vie correcte. 

Les objectifs poursuivis par ces lois étaient, entre autres, d’établir des mécanismes de suivi pour mieux identifier les enfants, d’assurer un échange de dossiers avec les autres ministères pour améliorer le suivi, de donner des pouvoirs accrus aux commissions scolaires pour faire le suivi et de permettre une collaboration accrue entre le DPJ et les commissions scolaires.

Le juge Castonguay note au paragraphe 147 de son jugement : « Les articles 18.1, 18.2 et 18.3 de la Loi sur l’enseignement privé permettent au ministre de refuser le renouvellement d’un permis ou encore de le faire en posant des conditions impératives. »

 Les conditions rattachées au permis accordé dans le passé, et ce, depuis plus d’une décennie, n’ont jamais été respectées, ou si peu, seulement pour donner le change et gagner du temps. Il y a longtemps que le ministre aurait dû sévir. On ne peut plus prétendre que les lois ne lui en donnent pas le pouvoir. Malheureusement, pour faire l’économie d’une tension avec les directeurs des écoles hassidiques, le Collège rabbinique de Montréal et les autres instances qui dirigent ces communautés, le ministre préfère sacrifier sur l’autel de la soi-disant bonne entente l’avenir de ces enfants, qui sont des milliers, qui n’auront absolument pas les outils requis pour fonctionner dans la société ouverte de demain et accomplir leur destinée selon leurs aspirations. 

Le Québec a fait le choix de la laïcité afin de permettre à toutes et à tous de s’épanouir tout en respectant leur liberté de religion. Les deux éléments ne sont pas incompatibles, mais complémentaires. Les citoyens financent des écoles qui ne respectent pas les lois pourtant applicables à tout le monde sur le territoire québécois. Cela mine grandement les fondements de notre société et risque à plus ou moins long terme de créer des problèmes de cohésion sociale.

Monsieur le Ministre, vous ne respectez pas vos propres lois, comment voulez-vous qu’on vous prenne au sérieux et comment espérez-vous convaincre éventuellement les tribunaux de la justesse de ces choix ? Puis, au-delà de la question du financement des écoles qui persistent à ne pas respecter les règles, ce qui en soi est carrément injuste et discriminatoire, il y a l’avenir des enfants.

Monsieur Drainville, vous dites que c’est le sort des enfants qui vous préoccupe, prouvez-le !  

source: Et le sort des enfants de l’école juive ultraorthodoxe Belz, M. Drainville?

David | Crier au loup

Interesting commentary on Quebec immigration politics, criticism of CAQ contradictions and the relationship with federal politics:

Le gouvernement Legault réussit si rarement à obtenir quoi que ce soit d’Ottawa que près d’un an après la fermeture du chemin Roxham, le premier ministre n’en finit plus de s’en féliciter et de fustiger ceux qui doutaient qu’il arrive à convaincre Justin Trudeau.

Il est vrai que les sceptiques étaient nombreux, mais il y en avait autant qui pensaient que cela n’empêcherait pas les migrants de continuer à affluer au Québec, à commencer par sa propre ministre de l’Immigration, Christine Fréchette.

« Le chemin Roxham, s’il est fermé, il va simplement s’en recréer un autre quelques kilomètres plus loin. Ça ne règle absolument rien, de le fermer », disait-elle, avant d’effectuer un virage à 180 degrés après s’être rendu compte qu’elle contredisait son patron.

M. Legault peut toujours continuer à se péter les bretelles, mais le problème demeure entier. Les demandeurs d’asile ont découvert qu’il est encore plus simple de prendre l’avion. « Finalement, la fermeture du chemin Roxham n’a pas donné grand-chose », relevait déjà l’automne dernier le ministre responsable des Relations canadiennes, Jean-François Roberge.

Cela a donné si peu de résultats que M. Roberge en est rendu à dire non seulement que les services publics sont saturés, au point qu’une « crise humanitaire » serait imminente, mais aussi que l’identité québécoise elle-même est menacée. Bien entendu, le grand responsable demeure le gouvernement fédéral, qui a fait des aéroports canadiens, surtout celui de Montréal-Trudeau, de véritables passoires.

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On peut discuter de la proportion exacte de demandeurs d’asile qui se retrouvent au Québec et de la compensation qu’Ottawa devrait verser au gouvernement provincial, mais le fardeau qu’il doit supporter est indéniablement excessif et inéquitable.

Le moins qu’on puisse dire est que ce nouveau cri de détresse n’a pas semblé inspirer à Justin Trudeau un plus grand sentiment d’urgence que la précédente lettre de M. Legault, datée de la mi-janvier, dans laquelle il évoquait une situation devenue « insoutenable » et un « point de rupture ».

Pour toute réponse, Québec a eu droit à 100 millions sur les 362 millions qu’Ottawa a accordés à l’ensemble des provinces pour loger les demandeurs d’asile, alors que le gouvernement Legault présente maintenant une facture d’un milliard.

Il a peut-être raison de s’alarmer, mais ce n’est pas la première fois qu’il crie au loup sans prendre les mesures qui s’imposent si le danger est aussi grand. Devant une telle urgence, les fins de non-recevoir à répétition d’Ottawa devraient l’avoir convaincu que ses réclamations sont peine perdue. Sinon, ce ne sont que des paroles en l’air et Ottawa a raison de l’envoyer paître.

Au printemps 2022, le premier ministre soutenait qu’accueillir plus de 50 000 immigrants entraînerait la « louisianisation » du Québec. L’automne dernier, son gouvernement a pourtant prévu admettre environ 65 000 immigrants au Québec en 2024. Quand le Parti québécois en proposait 35 000, dont il exigerait une connaissance suffisante du français à l’arrivée, M. Legault disait la chose impossible, mais cela est apparemment possible s’ils sont 65 000. Il y a de quoi être perplexe.

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Chercher un bouc émissaire sur lequel rejeter la responsabilité de ses échecs est un réflexe naturel en politique. Un gouvernement qui détient 89 sièges sur 125 peut difficilement faire porter la faute à l’opposition. Bien sûr, il y a les syndicats, les médias, Trump… mais cela a aussi ses limites.

Mardi, M. Legault a trouvé un autre coupable. « À quoi ça sert, le Bloc québécois ? » a-t-il demandé. Que doit-on lui reprocher au juste ? Les demandes du Québec en matière d’immigration semblent plutôt bien défendues par ses soins à la Chambre des communes.

Pas plus tard que la semaine dernière, il y a fait adopter une motion réclamant la convocation d’une réunion des premiers ministres des provinces et des ministres de l’Immigration pour qu’ils fixent des seuils tenant compte de la capacité de paiement et d’accueil du Québec et des autres provinces.

M. Legault n’en est pas encore à unir sa voix à celle de Pierre Poilievre, qui accuse régulièrement le Bloc d’être le complice de Justin Trudeau, mais faut-il comprendre qu’il croit le Parti conservateur plus apte à représenter les intérêts du Québec à Ottawa ?

M. Poilievre a déclaré mercredi que « le Québec est au point de rupture à cause de la décision de Trudeau d’enlever le visa du Mexique que les conservateurs avaient mis en place ». Quelle coïncidence, n’est-ce pas ?

Il est vrai qu’avec la montée du Parti québécois, qui peut compter sur l’appui du Bloc, et vice versa, la Coalition avenir Québec et le Parti conservateur ont des ennemis communs aussi menaçants pour l’un que pour l’autre. Aux yeux de bien des Québécois, Pierre Poilievre est cependant un loup au moins aussi dangereux que Justin Trudeau.

Source: Chronique | Crier au loup

Quebec asks Ottawa for $1B to cover rising costs of asylum seekers

Understandable, even somewhat hypocritical given that under the Canada-Quebec Accord, Quebec’s financial transfer is independent of immigration levels and thus, given lower immigration levels, gets significantly more funding on a per immigrant basis than other provinces:

The Quebec government is calling on Ottawa to reimburse $1 billion — the amount the province says it has spent to welcome a growing number of asylum seekers.

At a news conference Tuesday, Immigration Minister Christine Fréchette, Education Minister Bernard Drainville, Social Solidarity Minister Chantal Rouleau and Jean-François Roberge, minister of Canadian Relations, said the increase in new arrivals may soon become untenable for Quebec’s education network and social services. 

The province says it spent $576.9 million in 2023 on social services to support migrants. It says that is on top of the $470 million it spent in 2021 and 2022. 

As of Dec. 31, 55 per cent of asylum seekers currently residing in Canada — 160,651 people out of 289,047 — are in Quebec. 

“This is completely unreasonable,” Fréchette said. “Our capacity to provide services to asylum seekers has limits.” 

The province is asking the federal government to relocate asylum seekers more equitably throughout Canada and to slow the influx of asylum seekers entering the country by tightening Canadian visa policies.

It also wants Ottawa to close loopholes that it says would allow criminal groups to infiltrate Canada and to reimburse the province for all costs linked to welcoming asylum seekers from 2021 to 2023. 

Roberge, who is the minister responsible for relations with the rest of the country, said the federal government’s “passive attitude” toward Quebec’s reception of asylum seekers “must absolutely end.”

Fréchette pointed to the four Atlantic provinces, which together received a total of 380 asylum seekers in 2023, compared to Quebec’s 65,570. 

A spokesperson for Quebec’s immigration minister said since Roxham Road closed in March 2023, the five main countries of origin of asylum seekers who stayed in the province are Mexico, India, Haiti, the Democratic Republic of Congo and Senegal. 

The amount Quebec says it has spent on last-resort financial assistance for asylum seekers between 2022 and 2023 went from $163 million to $370 million — a 127 per cent increase.

In January, Quebec said it recorded a spike in the number of requests for social assistance, which it attributed to the increase in asylum seekers. 

Data from the Ministry of Labour, Employment and Social Solidarity shows that requests for social assistance made by asylum seekers increased by 27 per cent at the start of 2024 compared to the same period of the previous year.  

In the past couple of years, requests for social assistance by asylum seekers have grown from 27,099 in October 2022 to 43,174 in October 2023, according to ministry data.

So far, discussions with Ottawa haven’t led to an agreement. The federal government transferred $100 million to Quebec three weeks ago to support a program to house migrants, but Fréchette said the injection is “clearly insufficient.”

Increase in asylum seekers weighing down school network

Even if the federal government reimburses Quebec, the ministers say money wouldn’t solve the root of the problem. 

Although Quebec is obligated to provide instruction to asylum seekers who are minors, the education minister says the province is reaching a “breaking point,” where it cannot rule out the possibility that educating them would be unfeasible.

“We are approaching a point where we will not be able to serve people who are already on the Quebec territory,” Drainville said. “What Quebec has done to educate these asylum-seeking children in recent years is exceptional, but now, it can’t continue like this.”

There are 1,200 French-language classes for newcomers in Quebec, which is the equivalent of 52 elementary schools, Drainville said. Montreal’s French school service centre has been receiving 80 new registrations per week. 

At this rate, he says the province would need to open three to four new elementary schools by the end of the school year just to teach young asylum seekers French. 

“The risk is that we will not be able to offer them the education they are entitled to,” Drainville told reporters. “We’re hoping something can be done to bring down the level, and we’re calling on the federal government to take its responsibilities.”

What is most challenging for Montreal’s French school service centre is recruiting teachers in the middle of the school year to meet the needs of additional students, says the centre’s director of services, Mathieu Desjardins. 

There are more than 6,100 students enrolled in elementary and high school French-languages classes of the Centre de services scolaire de Montréal, he said. Previously, the total number of those students did not exceed 5,400. 

“We are still managing to recruit new teachers, but of course, they are teachers who are not legally qualified,” he said. “Resorting to non-legally qualified teachers is one of the solutions we currently have to respond to the teacher shortage.” 

Prime Minister Justin Trudeau said Tuesday the federal government recognizes how generously Quebecers have been welcoming asylum seekers.

“The federal government was there with hundreds of thousands of dollars, and we will continue to work hand in hand with Quebec to ensure that we can move forward in the right way,” Trudeau said at a news conference in Vancouver.

“The important thing, obviously, is to reassure everyone from one end of this country to the other that we have a functional, rigorous immigration system where the rules are being followed.” 

Announcement ‘damaging’ for asylum seekers, advocate says

In recent weeks, public discourse in Quebec has revolved around the pressure immigration puts on housing and social services. 

But strains on government services have “more complex explanations than only the arrival of newcomers,” said Louis-Philippe Jannard, the protection stream co-ordinator of the Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) — a  group of over 150 organizations supporting newcomers

“It’s very damaging for asylum seekers to be scapegoated as they have been this morning by the Quebec government,” said Jannard. 

In particular, he says the government suggesting that newcomers were overburdening the education network was “below the belt.” 

“It’s been documented in the past decades as well that there has been some underfunding of the education system,” he said, alluding to numerous reports of teachers leaving the professionafter a couple of years because of poor working conditions. 

“The so-called ‘breaking point’ — I don’t think it’s caused by the arrival of asylum seekers,” Jannard said.  

Source: Quebec asks Ottawa for $1B to cover rising costs of asylum seekers

Campaign to crack down on fake immigration lawyers aims to protect newcomers from ‘scam artists’

Perennial problem:

Newcomers to Canada often turn to lawyers to help them navigate the ins and outs of the immigration system. But increasingly, in Montreal, people posing as immigration lawyers are taking advantage of immigrants and refugees, which can cause serious problems.

The Montreal Bar is investigating a growing number of allegations of people posing as immigration lawyers, leading it to warn newcomers to be vigilant.

“The impact and the consequences are quite significant,” said David Ettedgui, president of the Montreal Bar. That’s why the bar has launched an awareness campaign to “prevent people from falling victim to these scam artists,” he said.

In 2022, nearly 40 per cent of the bar’s investigations into the illegal practice of the profession of law were related to immigration, up from 13 per cent in 2018, Ettedgui said.

The fake lawyers often approach their victims on social media and can end up costing victims hundreds or thousands of dollars.

“They’ll go to their victims, say that they are lawyers, take on their files and if they do it at all, most often it’ll be poorly done,” Ettedgui said.

The bar’s campaign will reach people online and through community groups with links to new immigrants and refugees. It aims to raise awareness about the risks and help prevent newcomers from falling into a trap. It includes links to verify a lawyer’s credentials and information about where to file complaints…

Source: Campaign to crack down on fake immigration lawyers aims to protect newcomers from ‘scam artists’

La langue ne peut pas être le critère principal dans la répartition des demandeurs d’asile, dit Québec

A noter. Quick rebuke to proposal from the French Language Commissioner:

Le critère de la langue ne peut pas être le facteur principal dans la répartition des demandeurs d’asile à travers le Canada, selon le gouvernement caquiste. Si ce dernier souhaite toujours voir davantage de ces immigrants se diriger vers d’autres provinces, cela doit d’abord se faire « sur une base volontaire », a indiqué jeudi la ministre de l’Immigration, Christine Fréchette.

L’élue du gouvernement de François Legault réagissait ainsi au plus récent rapport du commissaire à la langue française, Benoît Dubreuil, qui recommandait mercredi que la maîtrise de la langue française devienne un critère dans la répartition des demandeurs d’asile. Dans ce scénario, les demandeurs qui ne parlent pas français seraient redirigés vers le reste du Canada.

« Il y a exactement une année, le fédéral avait mis en place un système pour faire en sorte de donner de l’oxygène au Québec, pour faire en sorte de répartir l’ensemble des demandeurs d’asile davantage en Ontario et dans les provinces atlantiques », a rappelé jeudi la ministre Fréchette en mêlée de presse avec son collègue à la Langue française, Jean-François Roberge. « Nous, on demande de reprendre cette approche-là et de faire en sorte que, sur une base volontaire, les demandeurs d’asile soient [redirigés]. »

Interrogée sur le critère de la langue française, Mme Fréchette a répété qu’elle demandait « au fédéral d’agir sur une base volontaire pour la répartition des demandeurs d’asile ». « Les moyens qu’il utilisera pour le faire, c’est à sa discrétion », a-t-elle ajouté.

À Ottawa, le ministre fédéral de l’Immigration, Marc Miller, n’a pas attendu pour rejeter les propositions du commissaire à la langue française. En réponse à une question du député de Lac-Saint-Jean, le bloquiste Alexis Brunelle-Duceppe, il a soutenu que « déporter des gens qui ne parlent pas le français au [reste du] Canada » serait « un geste illégal, immoral, qui manquerait d’humanité ».

La langue parlée « ne devrait pas être le critère principal », a-t-il poursuivi lorsqu’interrogé directement sur la recommandation du commissaire Dubreuil.

Ottawa doit « sortir de sa bulle »

Au début de l’année, le premier ministre François Legault avait envoyé une lettre à son homologue fédéral, Justin Trudeau, pour exiger que les demandeurs d’asile, qui arrivent en grande partie par l’aéroport Montréal-Trudeau, soient mieux répartis à travers le Canada. « On a une situation qui est critique au Québec », a dit jeudi Mme Fréchette, tout en demandant à Ottawa de « sortir de sa bulle ».

Or, depuis, rien. Bien que le ministre Miller ait assuré jeudi travailler pour « répartir le fardeau que porte le Québec ».

Au Salon bleu, jeudi, le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a accusé le gouvernement caquiste d’être « responsable du pire déclin linguistique de notre histoire ». Son collègue député Pascal Bérubé a accusé la ministre Fréchette de ne pas vouloir « froisser son homologue fédéral ». Comme le commissaire à la langue française, la formation souverainiste appuie l’idée d’une répartition basée sur la langue. « C’est une bonne proposition », a dit M. Bérubé, porte-parole péquiste en matière d’immigration.

En réponse à M. St-Pierre Plamondon, le ministre Roberge a rappelé que son gouvernement travaillait à un « réveil national » sur la langue française. « Ça prend du culot pour […] demander un réveil national quand on dort à ce point-là sur cet enjeu-là », a répliqué le chef péquiste, avant d’être rappelé à l’ordre par la présidente de l’Assemblée nationale pour l’utilisation du mot non parlementaire « culot ».

S’il appuie le commissaire à la langue française sur la nécessité d’une meilleure répartition des demandeurs d’asile, Québec solidaire souhaite, comme la Coalition avenir Québec, que ces transferts se fassent de manière « volontaire ». « On ne mettra pas du monde qui ne veut pas aller ailleurs dans un autobus. De toute façon, on ne peut pas faire ça », a soutenu le porte-parole solidaire en matière d’immigration, Guillaume Cliche-Rivard.

« Du moment où ça va être volontaire, ça ne sera pas inhumain. Du moment où les gens vont être consentants », a-t-il ajouté.

Le Parti libéral du Québec, lui, ne voit pas les choses du même oeil que le commissaire Dubreuil. « Si les immigrants veulent rester de façon permanente, on doit mettre en place des programmes qui leur permettront d’apprendre le français. On ne peut pas se mettre à la porte et dire : “Vous ne parlez pas français, on vous refuse l’accès” », a soutenu le chef intérimaire du parti, Marc Tanguay.

Source: La langue ne peut pas être le critère principal dans la répartition des demandeurs d’asile, dit Québec

Des immigrantes enfermées à double tour dans la violence conjugale

A noter, probablement le meme chose d’ailleurs au Canada:

Les immigrantes sont surreprésentées dans les maisons d’hébergement, au point qu’elles y forment une majorité dans la région de Montréal. Les acteurs de terrain constatent non seulement que le phénomène est en augmentation, mais aussi que les femmes ont des statuts de plus en plus fragiles.

Une dizaine d’immigrantes victimes de violence ont témoigné au Devoir dans les derniers mois. La plupart ont demandé d’être présentées sous des prénoms d’emprunt pour des raisons de sécurité dans cette enquête. C’est Caroline, venue avec un permis de travail lié à son conjoint étudiant. Ou Mélissa et Sofia, mariées dans leur pays d’origine à un homme déjà installé ici et dont le parrainage a été retiré une fois la violence dénoncée. C’est Ivonne Fuentes, parrainée par un Québécois en région.

Ce sont deux femmes à qui un conjoint avait promis un parrainage jamais déposé, et qui se sont retrouvées sans statut avec un nouveau-né. C’est une réfugiée mariée ici qui craint son ex-conjoint et l’exclusion de sa communauté d’attache. C’est Silvia, tombée enceinte alors qu’elle n’avait qu’un visa de touriste et qui a vécu deux ans et demi sans statut avec son autre petite fille. D’autres, aussi, déjà résidentes permanentes, mais convaincues que leur conjoint ou la police avaient le pouvoir de les expulser si elles portaient plainte, comme Lucienne.

Les trois associations de maisons d’hébergement pour victimes de violence conjugale du Québec sont sans équivoque : la proportion des femmes nées à l’extérieur du Canada hébergées dépasse nettement leur poids dans la population en général.

Dans les 46 établissements membres du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, elles représentaient 69 % des femmes dans la région de Montréal et 51 % à Laval. Dans la région de la Capitale-Nationale, elles étaient 27 %, ce qui dépasse donc largement la proportion d’immigrants de 6,7 % dans la population générale.

La moyenne générale à l’échelle de la province était de 19 % l’an dernier au Regroupement, et de 26 % dans les maisons d’urgence de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes (FMHF).

Quant à l’Alliance des maisons d’hébergement de deuxième étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale (Alliance MH2), les immigrantes y ont représenté l’année dernière les trois quarts des femmes hébergées à Montréal et le tiers de celles hors métropole. La « deuxième étape » désigne l’accès à un appartement et à des services pour une durée plus longue après un logement d’urgence de quelques mois. En moyenne, dans leurs 18 maisons présentement en fonction sur tout le territoire, c’était près de la moitié des femmes hébergées qui étaient nées à l’extérieur du Canada.

Nous avons aussi parlé au cours des derniers mois à une trentaine d’autres personnes liées au milieu de la violence conjugale. Intervenantes en maison d’hébergement, travailleuses sociales, spécialistes de l’accueil des immigrants, policières, avocates et une infirmière : toutes ont dû s’adapter à cette nouvelle réalité, souvent avec des ressources insuffisantes, des programmes inadéquats et des lois qui ne la prennent pas en compte.

Plus précaires

Ce qui inquiète encore davantage les maisons d’hébergement est que les statuts précaires sont de plus en plus courants.

Demandeuse d’asile, étudiante étrangère, travailleuse, femme parrainée par son conjoint : environ une femme sur dix en hébergement n’a pas de statut permanent, selon les regroupements consultés et le dernier diagnostic de Statistique Canada. C’est plus de trois fois la proportion des femmes temporaires dans la population en général.

« La ligne est mince pour ces femmes-là de tomber sans statut », observe Katia Jean Louis, agente de liaison à la Maison pour femmes immigrantes de Québec.

Ces femmes détenant un visa temporaire font souvent passer le maintien de leur statut avant leur santé ou leur intégrité physique. Celle qui a demandé à se faire appeler Caroline* tenait par exemple avant tout à conserver son emploi, si difficilement trouvé : « Je restais tétanisée, je faisais de mon mieux pour protéger mon visage. Je ne voulais pas que cela se sache à mon travail », dit-elle après avoir décrit trois moments où son ex-mari lui a donné des coups.

« Je voulais pouvoir faire un permis de travail. […] C’était devenu invivable dans la maison, mais je suis restée quand même », raconte-t-elle, étant donné que son permis était lié à celui de son mari.

Temporaires ou permanentes, « le point commun de toutes les femmes immigrantes, c’est vraiment la peur. Car c’est ce qui est inculqué par la personne violente : “Tu vas être expulsée dans ton pays, tu ne peux rien faire, tu n’as pas de droit ici” », expose Mayranie Lacasse, coordonnatrice de l’Inter-Val 1175.

Les femmes qui nous ont raconté leur histoire n’ont pas toutes séjourné en maison d’hébergement après avoir quitté leur partenaire violent. Mais toutes l’ont dit et répété à leur manière : l’immigration les a rendues plus vulnérables à la violence conjugale. Même pour Lucienne, arrivée du Cameroun au Québec depuis 2011, dont l’ex-mari lui disait qu’il avait le pouvoir de l’expulser du pays, puisqu’il l’y « avait fait venir ».

Au-delà des préjugés

« Je peux vous dire que le processus d’immigration en soi, c’est stressant, indépendamment de la violence conjugale. Donc, une femme qui est dans ce processus-là se retrouve […] dans une situation de double vulnérabilité par rapport à la violence conjugale », observe notamment Mme Jean Louis.

Ce n’est pas à cause de leur personnalité ni de leur culture que ces femmes sont plus vulnérables, soulignent des chercheuses et des intervenantes. L’immigration et tout ce qui l’encadre ici au Canada créent des « contextes de vulnérabilité », explique la chercheuse Sastal Castro-Zavala, professeure de travail social à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR).

Certains contextes « peuvent favoriser la domination, la prise de pouvoir et les oppressions, et donc rendre plus facilement vulnérable à cette violence-là », explique-t-elle. Elle donne l’exemple du parrainage, qui « crée des inégalités à l’intérieur d’un couple », notamment à cause d’une « dépendance » accrue et presque totale au conjoint qui contrôle les démarches d’immigration.

C’est ce qui est arrivé à Mélissa, une femme du Maghreb, qui raconte qu’elle ne savait pas comment prendre l’autobus même après plusieurs mois passés ici. « J’ai voyagé, j’ai étudié à l’université, j’avais mon côté indépendant. Mais en arrivant ici au Canada, un pays de droit avec un mari pareil, j’étais en prison », expose-t-elle.

« L’immigration, beaucoup font le mélange avec culture. On dit : “Ah ! les femmes immigrantes, [leur] culture est violente.” Il faut faire attention parce que beaucoup de femmes immigrantes se trouvent dans un contexte de vulnérabilité. Elles ne se séparent pas, [ce n’est pas] pour une question culturelle, mais pour une question structurelle » expose Mme Castro-Zavala.

Cet amalgame a la vie dure et il est parfois un « éléphant dans la pièce » : comment aborder le fait que les immigrantes sont surreprésentées dans les maisons d’hébergement sans alimenter les préjugés envers certaines cultures ?

Les femmes nées ici « ont peut-être d’autres réseaux que les maisons d’hébergement », dit Maud Pontel, coordonnatrice générale de l’Alliance MH2. Elles ont notamment plus souvent « des capacités financières pour, par exemple, déménager ou peut-être de la famille chez qui elles peuvent aller habiter ».

Ne plus se taire

Il ne faut pas non plus ignorer le poids et l’influence de la famille restée au pays : « Il arrive qu’une femme vienne nous voir et, pendant qu’elle nous parle, son téléphone ne fait que sonner, la famille l’appelle sans arrêt », raconte Rose Ndjel, directrice d’Afrique au féminin. Ce centre de femmes du quartier Parc-Extension reçoit trois ou quatre femmes par semaine, évalue-t-elle, qui sont victimes de violence, que ce soit pour leurs besoins alimentaires, d’intervention ou de référence.

« Ça arrive que, quand la femme fait valoir ses droits dans la maison, elle devient désobéissante aux yeux du mari », constate-t-elle. Il est arrivé que des hommes « viennent jeter les valises des femmes devant le centre », rapporte Mme Ndjel. Mais pour elle, ces femmes entament leur propre prise de parole, après des années du mouvement #MoiAussi. Dans une marche organisée à la fin octobre 2023, elle les y encourage : « Si vous voulez parler fort, allez-y ! »

Devant les besoins de plus en plus criants, l’organisme communautaire a fait des demandes pour créer La Maison Augustine, une maison d’hébergement spécialisée dans les contextes d’immigration.

Une ressource pionnière de ce type, Le Bouclier d’Athéna, constate que, malgré certaines améliorations, les besoins de ces femmes tardent à être pris en charge : « Nous avons vu beaucoup de femmes qui, malheureusement, ne peuvent pas être traitées dans le réseau des services sociaux existants ; 80 % de tous nos cas nous viennent du réseau de services existants. Ce sont les autres maisons d’hébergement, les CAVAC, la DPJ, les hôpitaux, etc. », dit Melpa Kamateros, la directrice générale de l’organisation.

Pour celle qui y travaille depuis plus de 30 ans, « il n’y a pas le même filet de sécurité », surtout pour celles qui ne parlent pas le français ni l’anglais. Elle reste tout de même optimiste, souvent encore étonnée de la force de ces femmes : « Dès qu’elles prennent les renseignements, elles sont prêtes à partir. Elles sont prêtes à prendre leur vie en main. »

Source: Des immigrantes enfermées à double tour dans la violence conjugale