David | Crier au loup

Interesting commentary on Quebec immigration politics, criticism of CAQ contradictions and the relationship with federal politics:

Le gouvernement Legault réussit si rarement à obtenir quoi que ce soit d’Ottawa que près d’un an après la fermeture du chemin Roxham, le premier ministre n’en finit plus de s’en féliciter et de fustiger ceux qui doutaient qu’il arrive à convaincre Justin Trudeau.

Il est vrai que les sceptiques étaient nombreux, mais il y en avait autant qui pensaient que cela n’empêcherait pas les migrants de continuer à affluer au Québec, à commencer par sa propre ministre de l’Immigration, Christine Fréchette.

« Le chemin Roxham, s’il est fermé, il va simplement s’en recréer un autre quelques kilomètres plus loin. Ça ne règle absolument rien, de le fermer », disait-elle, avant d’effectuer un virage à 180 degrés après s’être rendu compte qu’elle contredisait son patron.

M. Legault peut toujours continuer à se péter les bretelles, mais le problème demeure entier. Les demandeurs d’asile ont découvert qu’il est encore plus simple de prendre l’avion. « Finalement, la fermeture du chemin Roxham n’a pas donné grand-chose », relevait déjà l’automne dernier le ministre responsable des Relations canadiennes, Jean-François Roberge.

Cela a donné si peu de résultats que M. Roberge en est rendu à dire non seulement que les services publics sont saturés, au point qu’une « crise humanitaire » serait imminente, mais aussi que l’identité québécoise elle-même est menacée. Bien entendu, le grand responsable demeure le gouvernement fédéral, qui a fait des aéroports canadiens, surtout celui de Montréal-Trudeau, de véritables passoires.

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On peut discuter de la proportion exacte de demandeurs d’asile qui se retrouvent au Québec et de la compensation qu’Ottawa devrait verser au gouvernement provincial, mais le fardeau qu’il doit supporter est indéniablement excessif et inéquitable.

Le moins qu’on puisse dire est que ce nouveau cri de détresse n’a pas semblé inspirer à Justin Trudeau un plus grand sentiment d’urgence que la précédente lettre de M. Legault, datée de la mi-janvier, dans laquelle il évoquait une situation devenue « insoutenable » et un « point de rupture ».

Pour toute réponse, Québec a eu droit à 100 millions sur les 362 millions qu’Ottawa a accordés à l’ensemble des provinces pour loger les demandeurs d’asile, alors que le gouvernement Legault présente maintenant une facture d’un milliard.

Il a peut-être raison de s’alarmer, mais ce n’est pas la première fois qu’il crie au loup sans prendre les mesures qui s’imposent si le danger est aussi grand. Devant une telle urgence, les fins de non-recevoir à répétition d’Ottawa devraient l’avoir convaincu que ses réclamations sont peine perdue. Sinon, ce ne sont que des paroles en l’air et Ottawa a raison de l’envoyer paître.

Au printemps 2022, le premier ministre soutenait qu’accueillir plus de 50 000 immigrants entraînerait la « louisianisation » du Québec. L’automne dernier, son gouvernement a pourtant prévu admettre environ 65 000 immigrants au Québec en 2024. Quand le Parti québécois en proposait 35 000, dont il exigerait une connaissance suffisante du français à l’arrivée, M. Legault disait la chose impossible, mais cela est apparemment possible s’ils sont 65 000. Il y a de quoi être perplexe.

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Chercher un bouc émissaire sur lequel rejeter la responsabilité de ses échecs est un réflexe naturel en politique. Un gouvernement qui détient 89 sièges sur 125 peut difficilement faire porter la faute à l’opposition. Bien sûr, il y a les syndicats, les médias, Trump… mais cela a aussi ses limites.

Mardi, M. Legault a trouvé un autre coupable. « À quoi ça sert, le Bloc québécois ? » a-t-il demandé. Que doit-on lui reprocher au juste ? Les demandes du Québec en matière d’immigration semblent plutôt bien défendues par ses soins à la Chambre des communes.

Pas plus tard que la semaine dernière, il y a fait adopter une motion réclamant la convocation d’une réunion des premiers ministres des provinces et des ministres de l’Immigration pour qu’ils fixent des seuils tenant compte de la capacité de paiement et d’accueil du Québec et des autres provinces.

M. Legault n’en est pas encore à unir sa voix à celle de Pierre Poilievre, qui accuse régulièrement le Bloc d’être le complice de Justin Trudeau, mais faut-il comprendre qu’il croit le Parti conservateur plus apte à représenter les intérêts du Québec à Ottawa ?

M. Poilievre a déclaré mercredi que « le Québec est au point de rupture à cause de la décision de Trudeau d’enlever le visa du Mexique que les conservateurs avaient mis en place ». Quelle coïncidence, n’est-ce pas ?

Il est vrai qu’avec la montée du Parti québécois, qui peut compter sur l’appui du Bloc, et vice versa, la Coalition avenir Québec et le Parti conservateur ont des ennemis communs aussi menaçants pour l’un que pour l’autre. Aux yeux de bien des Québécois, Pierre Poilievre est cependant un loup au moins aussi dangereux que Justin Trudeau.

Source: Chronique | Crier au loup

Quebec asks Ottawa for $1B to cover rising costs of asylum seekers

Understandable, even somewhat hypocritical given that under the Canada-Quebec Accord, Quebec’s financial transfer is independent of immigration levels and thus, given lower immigration levels, gets significantly more funding on a per immigrant basis than other provinces:

The Quebec government is calling on Ottawa to reimburse $1 billion — the amount the province says it has spent to welcome a growing number of asylum seekers.

At a news conference Tuesday, Immigration Minister Christine Fréchette, Education Minister Bernard Drainville, Social Solidarity Minister Chantal Rouleau and Jean-François Roberge, minister of Canadian Relations, said the increase in new arrivals may soon become untenable for Quebec’s education network and social services. 

The province says it spent $576.9 million in 2023 on social services to support migrants. It says that is on top of the $470 million it spent in 2021 and 2022. 

As of Dec. 31, 55 per cent of asylum seekers currently residing in Canada — 160,651 people out of 289,047 — are in Quebec. 

“This is completely unreasonable,” Fréchette said. “Our capacity to provide services to asylum seekers has limits.” 

The province is asking the federal government to relocate asylum seekers more equitably throughout Canada and to slow the influx of asylum seekers entering the country by tightening Canadian visa policies.

It also wants Ottawa to close loopholes that it says would allow criminal groups to infiltrate Canada and to reimburse the province for all costs linked to welcoming asylum seekers from 2021 to 2023. 

Roberge, who is the minister responsible for relations with the rest of the country, said the federal government’s “passive attitude” toward Quebec’s reception of asylum seekers “must absolutely end.”

Fréchette pointed to the four Atlantic provinces, which together received a total of 380 asylum seekers in 2023, compared to Quebec’s 65,570. 

A spokesperson for Quebec’s immigration minister said since Roxham Road closed in March 2023, the five main countries of origin of asylum seekers who stayed in the province are Mexico, India, Haiti, the Democratic Republic of Congo and Senegal. 

The amount Quebec says it has spent on last-resort financial assistance for asylum seekers between 2022 and 2023 went from $163 million to $370 million — a 127 per cent increase.

In January, Quebec said it recorded a spike in the number of requests for social assistance, which it attributed to the increase in asylum seekers. 

Data from the Ministry of Labour, Employment and Social Solidarity shows that requests for social assistance made by asylum seekers increased by 27 per cent at the start of 2024 compared to the same period of the previous year.  

In the past couple of years, requests for social assistance by asylum seekers have grown from 27,099 in October 2022 to 43,174 in October 2023, according to ministry data.

So far, discussions with Ottawa haven’t led to an agreement. The federal government transferred $100 million to Quebec three weeks ago to support a program to house migrants, but Fréchette said the injection is “clearly insufficient.”

Increase in asylum seekers weighing down school network

Even if the federal government reimburses Quebec, the ministers say money wouldn’t solve the root of the problem. 

Although Quebec is obligated to provide instruction to asylum seekers who are minors, the education minister says the province is reaching a “breaking point,” where it cannot rule out the possibility that educating them would be unfeasible.

“We are approaching a point where we will not be able to serve people who are already on the Quebec territory,” Drainville said. “What Quebec has done to educate these asylum-seeking children in recent years is exceptional, but now, it can’t continue like this.”

There are 1,200 French-language classes for newcomers in Quebec, which is the equivalent of 52 elementary schools, Drainville said. Montreal’s French school service centre has been receiving 80 new registrations per week. 

At this rate, he says the province would need to open three to four new elementary schools by the end of the school year just to teach young asylum seekers French. 

“The risk is that we will not be able to offer them the education they are entitled to,” Drainville told reporters. “We’re hoping something can be done to bring down the level, and we’re calling on the federal government to take its responsibilities.”

What is most challenging for Montreal’s French school service centre is recruiting teachers in the middle of the school year to meet the needs of additional students, says the centre’s director of services, Mathieu Desjardins. 

There are more than 6,100 students enrolled in elementary and high school French-languages classes of the Centre de services scolaire de Montréal, he said. Previously, the total number of those students did not exceed 5,400. 

“We are still managing to recruit new teachers, but of course, they are teachers who are not legally qualified,” he said. “Resorting to non-legally qualified teachers is one of the solutions we currently have to respond to the teacher shortage.” 

Prime Minister Justin Trudeau said Tuesday the federal government recognizes how generously Quebecers have been welcoming asylum seekers.

“The federal government was there with hundreds of thousands of dollars, and we will continue to work hand in hand with Quebec to ensure that we can move forward in the right way,” Trudeau said at a news conference in Vancouver.

“The important thing, obviously, is to reassure everyone from one end of this country to the other that we have a functional, rigorous immigration system where the rules are being followed.” 

Announcement ‘damaging’ for asylum seekers, advocate says

In recent weeks, public discourse in Quebec has revolved around the pressure immigration puts on housing and social services. 

But strains on government services have “more complex explanations than only the arrival of newcomers,” said Louis-Philippe Jannard, the protection stream co-ordinator of the Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) — a  group of over 150 organizations supporting newcomers

“It’s very damaging for asylum seekers to be scapegoated as they have been this morning by the Quebec government,” said Jannard. 

In particular, he says the government suggesting that newcomers were overburdening the education network was “below the belt.” 

“It’s been documented in the past decades as well that there has been some underfunding of the education system,” he said, alluding to numerous reports of teachers leaving the professionafter a couple of years because of poor working conditions. 

“The so-called ‘breaking point’ — I don’t think it’s caused by the arrival of asylum seekers,” Jannard said.  

Source: Quebec asks Ottawa for $1B to cover rising costs of asylum seekers

Campaign to crack down on fake immigration lawyers aims to protect newcomers from ‘scam artists’

Perennial problem:

Newcomers to Canada often turn to lawyers to help them navigate the ins and outs of the immigration system. But increasingly, in Montreal, people posing as immigration lawyers are taking advantage of immigrants and refugees, which can cause serious problems.

The Montreal Bar is investigating a growing number of allegations of people posing as immigration lawyers, leading it to warn newcomers to be vigilant.

“The impact and the consequences are quite significant,” said David Ettedgui, president of the Montreal Bar. That’s why the bar has launched an awareness campaign to “prevent people from falling victim to these scam artists,” he said.

In 2022, nearly 40 per cent of the bar’s investigations into the illegal practice of the profession of law were related to immigration, up from 13 per cent in 2018, Ettedgui said.

The fake lawyers often approach their victims on social media and can end up costing victims hundreds or thousands of dollars.

“They’ll go to their victims, say that they are lawyers, take on their files and if they do it at all, most often it’ll be poorly done,” Ettedgui said.

The bar’s campaign will reach people online and through community groups with links to new immigrants and refugees. It aims to raise awareness about the risks and help prevent newcomers from falling into a trap. It includes links to verify a lawyer’s credentials and information about where to file complaints…

Source: Campaign to crack down on fake immigration lawyers aims to protect newcomers from ‘scam artists’

La langue ne peut pas être le critère principal dans la répartition des demandeurs d’asile, dit Québec

A noter. Quick rebuke to proposal from the French Language Commissioner:

Le critère de la langue ne peut pas être le facteur principal dans la répartition des demandeurs d’asile à travers le Canada, selon le gouvernement caquiste. Si ce dernier souhaite toujours voir davantage de ces immigrants se diriger vers d’autres provinces, cela doit d’abord se faire « sur une base volontaire », a indiqué jeudi la ministre de l’Immigration, Christine Fréchette.

L’élue du gouvernement de François Legault réagissait ainsi au plus récent rapport du commissaire à la langue française, Benoît Dubreuil, qui recommandait mercredi que la maîtrise de la langue française devienne un critère dans la répartition des demandeurs d’asile. Dans ce scénario, les demandeurs qui ne parlent pas français seraient redirigés vers le reste du Canada.

« Il y a exactement une année, le fédéral avait mis en place un système pour faire en sorte de donner de l’oxygène au Québec, pour faire en sorte de répartir l’ensemble des demandeurs d’asile davantage en Ontario et dans les provinces atlantiques », a rappelé jeudi la ministre Fréchette en mêlée de presse avec son collègue à la Langue française, Jean-François Roberge. « Nous, on demande de reprendre cette approche-là et de faire en sorte que, sur une base volontaire, les demandeurs d’asile soient [redirigés]. »

Interrogée sur le critère de la langue française, Mme Fréchette a répété qu’elle demandait « au fédéral d’agir sur une base volontaire pour la répartition des demandeurs d’asile ». « Les moyens qu’il utilisera pour le faire, c’est à sa discrétion », a-t-elle ajouté.

À Ottawa, le ministre fédéral de l’Immigration, Marc Miller, n’a pas attendu pour rejeter les propositions du commissaire à la langue française. En réponse à une question du député de Lac-Saint-Jean, le bloquiste Alexis Brunelle-Duceppe, il a soutenu que « déporter des gens qui ne parlent pas le français au [reste du] Canada » serait « un geste illégal, immoral, qui manquerait d’humanité ».

La langue parlée « ne devrait pas être le critère principal », a-t-il poursuivi lorsqu’interrogé directement sur la recommandation du commissaire Dubreuil.

Ottawa doit « sortir de sa bulle »

Au début de l’année, le premier ministre François Legault avait envoyé une lettre à son homologue fédéral, Justin Trudeau, pour exiger que les demandeurs d’asile, qui arrivent en grande partie par l’aéroport Montréal-Trudeau, soient mieux répartis à travers le Canada. « On a une situation qui est critique au Québec », a dit jeudi Mme Fréchette, tout en demandant à Ottawa de « sortir de sa bulle ».

Or, depuis, rien. Bien que le ministre Miller ait assuré jeudi travailler pour « répartir le fardeau que porte le Québec ».

Au Salon bleu, jeudi, le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a accusé le gouvernement caquiste d’être « responsable du pire déclin linguistique de notre histoire ». Son collègue député Pascal Bérubé a accusé la ministre Fréchette de ne pas vouloir « froisser son homologue fédéral ». Comme le commissaire à la langue française, la formation souverainiste appuie l’idée d’une répartition basée sur la langue. « C’est une bonne proposition », a dit M. Bérubé, porte-parole péquiste en matière d’immigration.

En réponse à M. St-Pierre Plamondon, le ministre Roberge a rappelé que son gouvernement travaillait à un « réveil national » sur la langue française. « Ça prend du culot pour […] demander un réveil national quand on dort à ce point-là sur cet enjeu-là », a répliqué le chef péquiste, avant d’être rappelé à l’ordre par la présidente de l’Assemblée nationale pour l’utilisation du mot non parlementaire « culot ».

S’il appuie le commissaire à la langue française sur la nécessité d’une meilleure répartition des demandeurs d’asile, Québec solidaire souhaite, comme la Coalition avenir Québec, que ces transferts se fassent de manière « volontaire ». « On ne mettra pas du monde qui ne veut pas aller ailleurs dans un autobus. De toute façon, on ne peut pas faire ça », a soutenu le porte-parole solidaire en matière d’immigration, Guillaume Cliche-Rivard.

« Du moment où ça va être volontaire, ça ne sera pas inhumain. Du moment où les gens vont être consentants », a-t-il ajouté.

Le Parti libéral du Québec, lui, ne voit pas les choses du même oeil que le commissaire Dubreuil. « Si les immigrants veulent rester de façon permanente, on doit mettre en place des programmes qui leur permettront d’apprendre le français. On ne peut pas se mettre à la porte et dire : “Vous ne parlez pas français, on vous refuse l’accès” », a soutenu le chef intérimaire du parti, Marc Tanguay.

Source: La langue ne peut pas être le critère principal dans la répartition des demandeurs d’asile, dit Québec

Des immigrantes enfermées à double tour dans la violence conjugale

A noter, probablement le meme chose d’ailleurs au Canada:

Les immigrantes sont surreprésentées dans les maisons d’hébergement, au point qu’elles y forment une majorité dans la région de Montréal. Les acteurs de terrain constatent non seulement que le phénomène est en augmentation, mais aussi que les femmes ont des statuts de plus en plus fragiles.

Une dizaine d’immigrantes victimes de violence ont témoigné au Devoir dans les derniers mois. La plupart ont demandé d’être présentées sous des prénoms d’emprunt pour des raisons de sécurité dans cette enquête. C’est Caroline, venue avec un permis de travail lié à son conjoint étudiant. Ou Mélissa et Sofia, mariées dans leur pays d’origine à un homme déjà installé ici et dont le parrainage a été retiré une fois la violence dénoncée. C’est Ivonne Fuentes, parrainée par un Québécois en région.

Ce sont deux femmes à qui un conjoint avait promis un parrainage jamais déposé, et qui se sont retrouvées sans statut avec un nouveau-né. C’est une réfugiée mariée ici qui craint son ex-conjoint et l’exclusion de sa communauté d’attache. C’est Silvia, tombée enceinte alors qu’elle n’avait qu’un visa de touriste et qui a vécu deux ans et demi sans statut avec son autre petite fille. D’autres, aussi, déjà résidentes permanentes, mais convaincues que leur conjoint ou la police avaient le pouvoir de les expulser si elles portaient plainte, comme Lucienne.

Les trois associations de maisons d’hébergement pour victimes de violence conjugale du Québec sont sans équivoque : la proportion des femmes nées à l’extérieur du Canada hébergées dépasse nettement leur poids dans la population en général.

Dans les 46 établissements membres du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, elles représentaient 69 % des femmes dans la région de Montréal et 51 % à Laval. Dans la région de la Capitale-Nationale, elles étaient 27 %, ce qui dépasse donc largement la proportion d’immigrants de 6,7 % dans la population générale.

La moyenne générale à l’échelle de la province était de 19 % l’an dernier au Regroupement, et de 26 % dans les maisons d’urgence de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes (FMHF).

Quant à l’Alliance des maisons d’hébergement de deuxième étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale (Alliance MH2), les immigrantes y ont représenté l’année dernière les trois quarts des femmes hébergées à Montréal et le tiers de celles hors métropole. La « deuxième étape » désigne l’accès à un appartement et à des services pour une durée plus longue après un logement d’urgence de quelques mois. En moyenne, dans leurs 18 maisons présentement en fonction sur tout le territoire, c’était près de la moitié des femmes hébergées qui étaient nées à l’extérieur du Canada.

Nous avons aussi parlé au cours des derniers mois à une trentaine d’autres personnes liées au milieu de la violence conjugale. Intervenantes en maison d’hébergement, travailleuses sociales, spécialistes de l’accueil des immigrants, policières, avocates et une infirmière : toutes ont dû s’adapter à cette nouvelle réalité, souvent avec des ressources insuffisantes, des programmes inadéquats et des lois qui ne la prennent pas en compte.

Plus précaires

Ce qui inquiète encore davantage les maisons d’hébergement est que les statuts précaires sont de plus en plus courants.

Demandeuse d’asile, étudiante étrangère, travailleuse, femme parrainée par son conjoint : environ une femme sur dix en hébergement n’a pas de statut permanent, selon les regroupements consultés et le dernier diagnostic de Statistique Canada. C’est plus de trois fois la proportion des femmes temporaires dans la population en général.

« La ligne est mince pour ces femmes-là de tomber sans statut », observe Katia Jean Louis, agente de liaison à la Maison pour femmes immigrantes de Québec.

Ces femmes détenant un visa temporaire font souvent passer le maintien de leur statut avant leur santé ou leur intégrité physique. Celle qui a demandé à se faire appeler Caroline* tenait par exemple avant tout à conserver son emploi, si difficilement trouvé : « Je restais tétanisée, je faisais de mon mieux pour protéger mon visage. Je ne voulais pas que cela se sache à mon travail », dit-elle après avoir décrit trois moments où son ex-mari lui a donné des coups.

« Je voulais pouvoir faire un permis de travail. […] C’était devenu invivable dans la maison, mais je suis restée quand même », raconte-t-elle, étant donné que son permis était lié à celui de son mari.

Temporaires ou permanentes, « le point commun de toutes les femmes immigrantes, c’est vraiment la peur. Car c’est ce qui est inculqué par la personne violente : “Tu vas être expulsée dans ton pays, tu ne peux rien faire, tu n’as pas de droit ici” », expose Mayranie Lacasse, coordonnatrice de l’Inter-Val 1175.

Les femmes qui nous ont raconté leur histoire n’ont pas toutes séjourné en maison d’hébergement après avoir quitté leur partenaire violent. Mais toutes l’ont dit et répété à leur manière : l’immigration les a rendues plus vulnérables à la violence conjugale. Même pour Lucienne, arrivée du Cameroun au Québec depuis 2011, dont l’ex-mari lui disait qu’il avait le pouvoir de l’expulser du pays, puisqu’il l’y « avait fait venir ».

Au-delà des préjugés

« Je peux vous dire que le processus d’immigration en soi, c’est stressant, indépendamment de la violence conjugale. Donc, une femme qui est dans ce processus-là se retrouve […] dans une situation de double vulnérabilité par rapport à la violence conjugale », observe notamment Mme Jean Louis.

Ce n’est pas à cause de leur personnalité ni de leur culture que ces femmes sont plus vulnérables, soulignent des chercheuses et des intervenantes. L’immigration et tout ce qui l’encadre ici au Canada créent des « contextes de vulnérabilité », explique la chercheuse Sastal Castro-Zavala, professeure de travail social à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR).

Certains contextes « peuvent favoriser la domination, la prise de pouvoir et les oppressions, et donc rendre plus facilement vulnérable à cette violence-là », explique-t-elle. Elle donne l’exemple du parrainage, qui « crée des inégalités à l’intérieur d’un couple », notamment à cause d’une « dépendance » accrue et presque totale au conjoint qui contrôle les démarches d’immigration.

C’est ce qui est arrivé à Mélissa, une femme du Maghreb, qui raconte qu’elle ne savait pas comment prendre l’autobus même après plusieurs mois passés ici. « J’ai voyagé, j’ai étudié à l’université, j’avais mon côté indépendant. Mais en arrivant ici au Canada, un pays de droit avec un mari pareil, j’étais en prison », expose-t-elle.

« L’immigration, beaucoup font le mélange avec culture. On dit : “Ah ! les femmes immigrantes, [leur] culture est violente.” Il faut faire attention parce que beaucoup de femmes immigrantes se trouvent dans un contexte de vulnérabilité. Elles ne se séparent pas, [ce n’est pas] pour une question culturelle, mais pour une question structurelle » expose Mme Castro-Zavala.

Cet amalgame a la vie dure et il est parfois un « éléphant dans la pièce » : comment aborder le fait que les immigrantes sont surreprésentées dans les maisons d’hébergement sans alimenter les préjugés envers certaines cultures ?

Les femmes nées ici « ont peut-être d’autres réseaux que les maisons d’hébergement », dit Maud Pontel, coordonnatrice générale de l’Alliance MH2. Elles ont notamment plus souvent « des capacités financières pour, par exemple, déménager ou peut-être de la famille chez qui elles peuvent aller habiter ».

Ne plus se taire

Il ne faut pas non plus ignorer le poids et l’influence de la famille restée au pays : « Il arrive qu’une femme vienne nous voir et, pendant qu’elle nous parle, son téléphone ne fait que sonner, la famille l’appelle sans arrêt », raconte Rose Ndjel, directrice d’Afrique au féminin. Ce centre de femmes du quartier Parc-Extension reçoit trois ou quatre femmes par semaine, évalue-t-elle, qui sont victimes de violence, que ce soit pour leurs besoins alimentaires, d’intervention ou de référence.

« Ça arrive que, quand la femme fait valoir ses droits dans la maison, elle devient désobéissante aux yeux du mari », constate-t-elle. Il est arrivé que des hommes « viennent jeter les valises des femmes devant le centre », rapporte Mme Ndjel. Mais pour elle, ces femmes entament leur propre prise de parole, après des années du mouvement #MoiAussi. Dans une marche organisée à la fin octobre 2023, elle les y encourage : « Si vous voulez parler fort, allez-y ! »

Devant les besoins de plus en plus criants, l’organisme communautaire a fait des demandes pour créer La Maison Augustine, une maison d’hébergement spécialisée dans les contextes d’immigration.

Une ressource pionnière de ce type, Le Bouclier d’Athéna, constate que, malgré certaines améliorations, les besoins de ces femmes tardent à être pris en charge : « Nous avons vu beaucoup de femmes qui, malheureusement, ne peuvent pas être traitées dans le réseau des services sociaux existants ; 80 % de tous nos cas nous viennent du réseau de services existants. Ce sont les autres maisons d’hébergement, les CAVAC, la DPJ, les hôpitaux, etc. », dit Melpa Kamateros, la directrice générale de l’organisation.

Pour celle qui y travaille depuis plus de 30 ans, « il n’y a pas le même filet de sécurité », surtout pour celles qui ne parlent pas le français ni l’anglais. Elle reste tout de même optimiste, souvent encore étonnée de la force de ces femmes : « Dès qu’elles prennent les renseignements, elles sont prêtes à partir. Elles sont prêtes à prendre leur vie en main. »

Source: Des immigrantes enfermées à double tour dans la violence conjugale

Face à un achalandage record, les délais chez Francisation Québec explosent

Not only the federal government that has service delivery issues (a family friend in Montreal is one of those affected):

Attente de plusieurs mois, allocations non versées, suivis de dossier difficiles : six mois après le lancement de Francisation Québec, le service, complètement débordé, connaît des ratés, a constaté Le Devoir.

Sur les 62 000 dossiers complets, 36 300 immigrants, soit environ 60 %, attendent toujours de commencer un cours. « On a vu un avant et un après. Et le constat, c’est que Francisation Québec a complexifié l’accès à la francisation », a soutenu Guillaume Boivin, directeur du centre pour personnes immigrantes Le Tremplin, à Lévis. Avec pour conséquence que les listes d’attente « se sont énormément allongées ».

Alors qu’ils étaient de « deux mois gros max », les délais semblent maintenant souvent excéder la norme de service de 50 jours (environ deux mois et demi) promise pour les cours à temps complet par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI). « J’ai même un client qui s’est inscrit en juin et qui vient juste d’être appelé. Ça, c’est pratiquement sept mois », a fait valoir M. Boivin.

Le MIFI reconnaît lui-même sur son site qu’il lui faudra désormais 75 jours pour traiter un dossier. En raison du « nombre élevé de demandes » pour les cours à temps complet, « vingt-cinq (25) jours ouvrables supplémentaires pourraient être nécessaires pour traiter votre première demande », écrit-il à côté de son engagement de traiter toute demande en 50 jours ouvrables.

Les organismes d’aide aux immigrants et les responsables de la francisation au sein de centres de services scolaires à qui Le Devoir a parlé sont unanimes : depuis le lancement de ce guichet unique censé faciliter l’accès à la francisation, les immigrants attendent plus qu’avant. « Pour le temps plein, j’ai des gens qui attendent depuis le mois de septembre d’avoir une place, mais pour le temps partiel, j’en ai qui attendent depuis juillet », explique pour sa part Sarah Toulouse, directrice générale d’Accueil et intégration Bas-Saint-Laurent, en précisant que la moitié de sa clientèle n’est toujours pas en classe.

Même son de cloche chez Alpha Lira, à Sept-Îles, où certaines personnes inscrites l’été dernier attendent toujours de recevoir une invitation du MIFI, a confirmé Fanja Rajery, responsable de la francisation. « Je crois que Francisation Québec est débordé », indique-t-elle.

Pour la session démarrant en janvier, il n’y aurait eu que quatre nouvelles inscriptions. Pourtant, plusieurs immigrants inscrits l’automne dernier attendent avec impatience de pouvoir commencer. « Disons que je suis allée moi-même chercher l’information auprès de notre responsable de secteur, et on a débloqué certains dossiers », a admis Mme Rajery. Plusieurs immigrants ont finalement pu entreprendre la francisation à temps partiel il y a quelques jours.

De nombreux écueils

Le Devoir s’est fait rapporter de nombreux cas de figure qualifiés d’« absurdes » par plusieurs. Par exemple, un immigrant qui se fait dire qu’il commence un cours, mais qui ne figure sur aucune liste du centre de francisation, ou encore un autre à qui on offre un cours en ligne bien qu’il ait spécifié ne pas avoir d’ordinateur. « Son dossier a finalement été suspendu parce qu’il n’a pas pu assister à ce cours en ligne », a raconté une personne qui souhaite garder l’anonymat parce qu’elle est en démarche pour résoudre le problème.

Un étudiant de 16 ans aurait même perdu de précieux mois sur une liste d’attente de francisation aux adultes alors qu’il aurait dû intégrer… une classe d’accueil au secondaire !

La directrice d’Accueil et intégration Bas-Saint-Laurent souligne la difficulté de faire un simple suivi de dossier, notamment pour les immigrants, comme les Ukrainiens, qui n’ont pas déjà de Certificat de sélection du Québec ou de Certificat d’acceptation du Québec. « Dans ces cas-là, le MIFI ne fait pas de suivi pour les informer si les cours vont commencer bientôt, a-t-elle remarqué. Les immigrants sont souvent renvoyés d’une personne à l’autre, on ne sait pas qui est chargé de quoi et ça entraîne des retards. »

Des responsables de la francisation ont aussi rapporté des retards dans le versement des allocations de 200 $ par mois aux immigrants qui suivent des cours à temps plein. « Il y a des personnes [présentement en classe] qui n’ont pas reçu leur financement pour septembre et octobre. Ça crée une certaine détresse dans notre population étudiante », a indiqué Claude Théberge, directeur adjoint du Centre d’éducation des adultes des Navigateurs (CEAN). « On a fait des démarches pour les aider, mais on s’est fait dire de ne plus appeler les agents [du MIFI] parce qu’ils reçoivent trop d’appels là-dessus. »

« Produire » des gens qui parlent français

La directrice du CEAN, Sophie Turgeon, déplore pour sa part le retard dans la transmission des listes, ce qui gêne sa planification. « J’ai besoin de savoir combien d’enseignants je vais avoir de besoin d’une session à l’autre. [Francisation Québec] tarde à fournir les listes, et tout à coup, il nous envoie 200 noms. Les étudiants sont à moitié classés », explique-t-elle. Tout le processus d’évaluation sera à refaire, y compris celui des besoins de l’élève, qui pourrait entre-temps s’être trouvé du travail et ne plus vouloir suivre un cours à temps plein.

« Nous, aux Navigateurs, on veut travailler avec les individus et les aider dans leur intégration. Mais c’est comme si Francisation Québec voulait juste “produire” des gens qui vont parler français », a-t-elle poursuivi. Le ministère de l’Immigration nie tout retard dans le versement des allocations.

Par ailleurs, au 31 décembre 2023, 66,4 % des nouveaux élèves auraient commencé leur francisation en 50 jours ou moins. Toutefois, le ministère indique ne pas être en mesure d’isoler les élèves ayant fait une demande d’inscription après le lancement de Francisation Québec, le 1er juin. Il rappelle que  24 637 élèves étaient « actifs » au 10 janvier 2024. « Ce nombre peut comprendre des élèves qui ont déposé leur demande avant le 1er juin (et qui poursuivent leur parcours avec nous session après session) et des élèves qui ont déposé une demande à Francisation Québec depuis le 1er juin », a précisé le MIFI.

La ministre de l’Immigration, Christine Fréchette, a tenu à réagir à la situation. « Le nombre d’inscriptions dépasse nos scénarios les plus optimistes, a-t-elle déclaré. Cependant, comme dans le reste du réseau de l’éducation, nous connaissons des enjeux de recrutement de professeurs. »

Source: Face à un achalandage record, les délais chez Francisation Québec explosent

Thibodeau: L’illusion de l’immigration pour combler la pénurie de main-d’oeuvre

Of note, the limitations of relying on immigration to address labour shortages, given that immigrants themselves add pressure on housing and public services:

En tant qu’économiste, j’ai fait plusieurs études de retombées économiques : l’étude des retombées potentielles du projet Grande Baleine pour Hydro-Québec, celle ex post des retombées de La Grande 1 et 2, celle de la Convention de la Baie James, celle de tous les parcs d’éoliennes installés au Québec depuis 1997 à 2020 pour CANWEA (Canadian Wind Energy Association), etc. En plus, en 2014, la Société d’habitation du Québec (SHQ) m’a mandaté pour faire l’étude des retombées économiques des Offices municipaux d’habitation.

Dans l’ensemble, ces études démontrent qu’en moyenne, selon les secteurs d’activité, le coefficient multiplicateur de création d’emplois indirects (premiers et seconds fournisseurs) et induits sur l’ensemble du Québec calculé à partir de la création d’emplois directs peut varier entre 5 et 10. Ainsi, pour chaque emploi direct créé seront créés entre 5 et 10 emplois indirects et induits.

Il est présentement beaucoup question de pénurie de main-d’oeuvre dans plusieurs secteurs d’activité économiques. Le recrutement d’un nouvel employé peut-il s’assimiler à la création d’un emploi nouveau comme on vient de le voir plus haut ? Pas complètement, la création d’un nouvel emploi par la mise en place d’une nouvelle activité génère des emplois indirects non seulement pour les intrants à la production, mais aussi pour la fabrication des nouveaux équipements requis. Cela n’est pas nécessairement le cas pour un recrutement ayant pour but de pourvoir un poste vacant.

Mais on peut affirmer que le manque de main-d’oeuvre de façon structurelle et importante dans une entreprise oblige celle-ci à produire en deçà de sa capacité réelle. L’arrivée de nouveaux employés pour pourvoir les postes vacants permettra donc d’augmenter la production exigeant un plus grand besoin de matières premières et d’intrants de toutes sortes (emballage, transports, etc. ). Ces nouveaux employés sollicitent et mobilisent donc des employés dans une multitude d’autres entreprises. C’est une nouvelle demande qui génère des besoins de main-d’oeuvre. Est-ce que ce coefficient multiplicateur se situe entre 5 et 10 ou un peu moins ? De prime abord, il est difficile de le dire, mais il existe, sans aucun doute.

Dans ce coefficient multiplicateur, il y a les effets induits. Ceux-ci sont les emplois créés lorsque sont dépensés les salaires générés par ces nouveaux emplois (directs et indirects). Ce type d’effets demeure discutable lorsque les travailleurs qui occupent ces nouveaux emplois vivaient déjà au Québec et donc avaient un salaire (ou d’autres formes de revenu, comme l’assurance-emploi). Dans ce cas, toute l’induction n’est pas attribuable aux nouveaux emplois.

Cela dit, on se rend bien compte que, si on fait appel à l’immigration pour essayer de combler la pénurie de main-d’oeuvre, on tourne en rond tout en aggravant la situation. Chaque emploi pourvu par un nouvel immigrant nécessitera plusieurs autres emplois pour satisfaire son activité et ses besoins vitaux quotidiens (plus de services de garde, plus de soins de santé, plus de commerces de détail, plus de logements). Puisqu’il s’agit de nouvelles personnes (et même de nouvelles familles) sur le sol québécois, les effets induits en matière d’emplois créés par les achats de biens et de services de ces familles doivent être pris en compte en entier.

Ainsi, même en demeurant très prudent, on peut aisément croire qu’un coefficient multiplicateur de 5 (le bas de la fourchette, donc) pourrait être retenu, chaque travailleur immigrant requerrait la création de cinq nouveaux emplois, dont au moins deux ou trois de façon induite. Il est donc clair que, tant que l’on peut recourir à de la main-d’oeuvre déjà sur le territoire du Québec (meilleure formation de la jeune main-d’oeuvre, utilisation plus systématique des personnes âgées, meilleures conditions de travail dans certains secteurs, etc.) et surtout à l’automatisation et à la robotisation des procédés, il sera plus facile de réduire la pénurie de main-d’oeuvre que de recourir à l’immigration.

Favoriser l’augmentation de l’immigration par compassion pour des personnes en difficulté dans d’autres pays ou encore pour compenser notre faible taux de fécondité et le vieillissement de notre population, c’est une chose, mais compter sur l’immigration pour réduire la pénurie de main-d’oeuvre c’est une erreur. La politique de l’Allemagne en matière d’immigration des dernières années est éclairante en cette matière. Après avoir ouvert toutes grandes leurs portes à l’immigration, ses dirigeants se retrouvent en 2023 avec des pénuries importantes de main-d’oeuvre dans des secteurs névralgiques.

On prend conscience actuellement des pressions énormes que l’accroissement des seuils d’immigration créerait sur le logement. Mais ces pressions se feraient sentir dans l’ensemble du système économique, et en particulier sur nos systèmes de santé et d’éducation, déjà débordés.

Il est pour le moins étonnant que les politiques n’aient pas un minimum de connaissance sur les instruments d’analyse économique. Les analyses de retombées économiques sont pourtant très connues (et nécessaires pour presque tous les projets soumis au BAPE). Elles sont rendues possibles grâce à un instrument statistique très sophistiqué géré et mis à jour par l’Institut de la statistique du Québec, le Tableau interindustriel du Québec, qui met en interrelation toutes les activités économiques du Québec.

Source: L’illusion de l’immigration pour combler la pénurie de main-d’oeuvre

‘Breaking point’: Quebec premier asks Trudeau to slow influx of asylum seekers

Valid concerns but with respect to costs, Legault avoids discussing the disproportionate amount Quebec gets under the Canada Quebec accord that ensures Quebec gets a fixed percentage of settlement funding irrespective of the immigration share:

Quebec Premier François Legault is asking Prime Minister Justin Trudeau to slow the influx of asylum seekers entering his province, which he said is nearing a “breaking point.”

Legault made his request in an official letter to Trudeau sent Wednesday afternoon, a copy of which was obtained by The Canadian Press.

“We are very close to the breaking point due to the excessive number of asylum seekers arriving in Quebec month after month. The situation has become unsustainable,” Legault wrote.

He said that in 2022, Quebec took in more asylum seekers than the rest of the country combined.

The closure of the unofficial Roxham Road crossing point south of Montreal in 2023 “momentarily” slowed the flow, he said.

“However, the arrivals have continued to increase at airports. The number of people arriving on a visitor visa and applying for asylum is also increasing significantly.”

Nearly 60,000 new asylum seekers were registered in Quebec in the first 11 months of 2023, which has put “very significant pressure” on services, the premier writes.

“Asylum seekers have trouble finding a place to live, which contributes to accentuating the housing crisis,” the letter said. “Many end up in homeless shelters, which are overflowing.”

He said organizations that help asylum seekers can’t keep up with demand. Legault said the children of asylum seekers are also straining schools that already have a shortage of teachers and space.

The premier reminded Trudeau that asylum seekers who are waiting for work permits receive financial assistance from Quebec. Last October, some 43,200 asylum seekers received $33 million in aid.

Legault expressed particular concern over Mexican nationals, who he said represent a growing proportion of the asylum seekers coming to the province.

“The possibility of entering Canada from Mexico without a visa certainly explains part of the influx of asylum seekers,” he said.

“The airports, particularly in Toronto and Montreal, are becoming sieves and it is time to act,” he added.

Legault is formally asking the prime minister to tighten its policies around granting visas. He’s also seeking the “equitable” distribution of asylum seekers across Canada, possibly by busing them to other provinces.

Source: ‘Breaking point’: Quebec premier asks Trudeau to slow influx of asylum seekers

David: L’implacable loi du nombre [#cdnimm and declining demographic weight of Quebec]

Noting the impact on population-based transfer payments:

Selon des documents du ministère fédéral des Finances obtenus par La Presse en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, une somme de 87,3 millions sera soustraite des sommes versées au Québec dans le cadre du Transfert canadien en santé, déjà jugé très insuffisant par le gouvernement Legault, et du Transfert canadien en matière de services sociaux, qui sont calculés au prorata de la population. Inversement, l’Ontario, qui accueille une proportion beaucoup plus forte d’immigrants, aura droit à des versements additionnels de 91 millions.

Même si on a fait tout un plat des 5 à 7 millions versés aux Kings de Los Angeles, une baisse de 87 millions peut sembler peu de chose, dans la mesure où les transferts fédéraux au Québec vont totaliser 31,5 milliards en 2023-2024, mais elle risque de devenir de plus en plus importante au fur et à mesure que l’écart entre le nombre d’immigrants accueillis au Québec et dans le reste du Canada continuera d’augmenter.

S’il est vrai que de plus en plus de Canadiens, d’un océan à l’autre, s’inquiètent des conséquences économiques de seuils d’immigration trop élevés, notamment l’aggravation de la crise du logement, le gouvernement Trudeau maintient toujours un objectif annuel de 500 000 nouveaux arrivants permanents au cours des prochaines années, alors que le Québec a fixé le seuil à 56 000. À ce rythme, le pourcentage d’environ 22 % de la population canadienne qu’il représente aujourd’hui chutera rapidement.
* * * * * 
Les formules qui déterminent les transferts fédéraux aux provinces sont basées sur des calculs qui ne tiennent pas compte de considérations comme la capacité d’intégration, d’ailleurs très difficile à évaluer de façon précise, ou encore la protection de l’identité.

Il ne faut sans doute pas voir dans la baisse des sommes versées au Québec une stratégie machiavélique pour le forcer à aligner ses politiques d’immigration sur celles d’Ottawa, sous peine d’être pénalisé, mais l’effet est le même.

La loi du nombre est implacable. Il était déjà manifeste que la volonté du Québec de maintenir les seuils d’immigration à des niveaux compatibles avec sa capacité d’accueil entraînait une diminution de son poids démographique et politique au sein de la fédération. Il apparaît maintenant qu’elle a aussi un coût financier.

Il est nettement plus difficile d’intégrer un nouvel arrivant à une société dont la langue est aussi marginale que le français l’est en Amérique du Nord, et le gouvernement fédéral verse au Québec des sommes substantielles à cet effet, mais on ne peut pas lui demander de le dédommager pour les immigrants qu’il refuse d’accueillir ni d’adapter ses objectifs en fonction des intérêts du Québec. Il appartient plutôt aux Québécois de juger si tous ces aspects sont compatibles.

Source: L’implacable loi du nombre

Lisée: Exagérer avec Bock-Côté

Useful review, as much for Lisée’s views as MBC’s:

Je veux rassurer tout de suite ceux de mes lecteurs qui souffrent de mathieu-bock-côté-phobie — oui, oui, je sais que vous êtes là : je ne suis pas un admirateur inconditionnel de celui qu’on appelle MBC. Mais voilà, je dois maintenant vous peiner en ajoutant que j’en suis un admirateur conditionnel. En plus, c’est un ami.

Je suis social-démocrate, il est conservateur. J’exècre l’avant-dernier pape, il le vénère. Je suis critique de toutes les religions, il fait l’apologie de la chrétienté. J’applaudis les programmes d’accès à l’égalité, il en rejette le principe même. Je suis inquiet du réchauffement, cela ne lui fait ni chaud ni froid. Je juge essentiel de faire reculer la pauvreté, le sujet l’ennuie. Il m’arrive même de défendre les droits des Anglo-Québécois, s’il l’a fait, cela m’a échappé. Je suis indépendantiste, lui aussi.

Je viens de terminer son dernier livre, Le totalitarisme sans le goulag (La Cité). Il exagère. C’est bien écrit. Il manie le verbe avec talent, mène sa charge avec élan. On le soupçonne content d’avoir trouvé une habile formule pour trucider tel aspect du régime diversitaire dont il a fait son ennemi personnel, puis en imaginer une seconde, puis une troisième, plus mordante encore, qu’il ne peut s’empêcher de nous proposer. On voit bien qu’il se répète, mais on pardonne, car c’est goûteux. Mais qu’est-ce qu’il exagère !

Si on suit son raisonnement, nous vivrons bientôt, nous, Occidentaux, dans un monde où une banque fermera notre compte simplement par désaccord avec notre opinion politique pourtant légale. Un monde où des manifestations seront interdites préventivement, par crainte qu’y soient prononcés des propos haineux. Un monde où utiliser le mauvais pronom pour désigner le genre d’une personne sera un acte criminel. Où on pourrait être déclaré hors-la-loi pour avoir mis en doute le récit victimaire d’une minorité. Un monde où des policiers pourront nous arrêter simplement parce que nous avons chez nous un livre qui peut être jugé offensant envers une minorité et que nous aurions dû savoir que quelqu’un pourrait l’utiliser pour le montrer à une partie du public et ainsi l’inciter à la haine (Mein Kampf ? L’Ancien Testament ? Le Coran ? Relations des Jésuites ?). 

Un monde où nous pourrons être accusés d’inciter à la haine pour des propos tenus en privé, dans notre salon. Un monde où des employés de l’État ou de grandes entreprises seront soumis à des formations les instruisant sur ce qu’ils doivent absolument penser de l’histoire de leur pays. Et où exprimer un désaccord envers une opinion bizarre — que le racisme serait bien pire au Canada qu’aux États-Unis, par exemple — peut vous valoir des accusations de suprémacisme, vous plonger dans une dépression, vous conduire au suicide.

Quand je vous disais qu’il exagérait. On serait dans Orwell, qu’il cite d’ailleurs abondamment. Bon, c’est vrai, une banque a fermé son compte au politicien britannique Nigel Farage pour raisons politiques ; devant le tollé, ils l’ont rouvert. Bon, c’est vrai, des préfets français ont interdit à l’avance des manifestations, parfois de gauche, parfois anti-laïques, parfois de l’ultradroite, parfois aussi pour interdire de taper sur des casseroles sur la trajectoire du convoi présidentiel. Est-ce si grave ?

Penser que le mégenrage soit criminalisé, c’est du délire. Quoique ce soit souhaité par une pluralité de millénariaux aux États-Unis. Idem pour la remise en question du génocide culturel autochtone canadien. Ce n’est qu’une recommandation officielle, appuyée par le ministre canadien de la Justice, pourquoi s’énerver ? Et ce livre odieux que vous avez chez vous, ce n’est qu’en Irlande qu’une loi pourrait vous entraîner en tôle pour le posséder, pas ici. Et les propos haineux tenus en privé, ce n’est qu’en Écosse qu’on pourrait vous les reprocher devant un juge. C’est loin, l’Écosse.

Quant aux formations obligatoires nous contraignant à croire que nous sommes pires que les Américains, elles ne sont imposées qu’aux employés fédéraux, à ceux des grandes entreprises, pas aux PME. Et, oui, aux directeurs d’école de l’Ontario, dont un a osé dire que c’était inexact, fut accusé d’être un suprémaciste blanc, puis s’est suicidé. Mais n’était-il pas un peu fragile ?

Sérieusement, Bock-Côté trace le portrait de ce qui pourrait nous arriver de pire, si la totalité des assauts recensés contre la liberté d’expression et de conscience devaient s’arrimer et se généraliser. S’avisant qu’il existe un médicament qui semble réduire les opinions racistes, notant que des implants cybernétiques sont en développement, il nous avertit de ne pas écarter la perspective d’utilisation de ces innovations pour contrôler nos élans et nos pensées. Je voudrais lui rétorquer que le pire n’est pas toujours sûr. Je me retiens, car ses ouvrages précédents nous avaient souvent prévenus de dérives dont on ne pouvait croire qu’on les vivrait près de chez nous, mais qui, pourtant, sont arrivées.

Évidemment, s’il s’inquiète énormément des outrances issues de la mouvance woke (un mot qu’il n’utilise pas, préférant parler de régime diversitaire), il est moins disert sur les mouvements de droite qui interdisent des lectures, réforment les programmes pour qu’on ne parle plus d’esclavage aux États-Unis, matent la liberté de la presse en Europe de l’Est. Une partie du livre est destinée à prouver que l’extrême droite politique n’existe pas en soi (il ne nie pas l’existence de groupuscules néofascistes). Qu’il ne s’agit que d’une étiquette servant à marginaliser les porteurs d’un discours dérangeant. 

La démonstration va pour la France,où les thèmes du contrôle de l’immigration et de la lutte contre la délinquance, naguère portée par le clan Le Pen, sont désormais au centre de l’action d’un gouvernement qui se dit d’extrême centre. Mathieu n’en parle pas, mais l’utilisation par les conservateurs nord-américains du mot « woke » pour étiqueter la totalité des positions progressistes et écologistes, même modérées, relève du même phénomène et mérite la même réprobation. 

Et lorsqu’il défend sans la nommer la thèse du « Grand Remplacement » des peuples historiques par les minorités, on cherche en vain dans ses pages les chiffres, l’échéancier, le moment du point de bascule, même si la transformation est visible en France et en Europe dans des cités et des quartiers.

Il y a donc à prendre et à laisser — et beaucoup à ajouter — à l’oeuvre que construit énergiquement l’ami Bock-Côté. Je conçois que les avertissements qu’il nous lance peuvent agacer, déranger. J’estime toutefois qu’il est un combattant de la liberté d’expression. Et que c’est à nos risques et périls qu’on refuserait de l’entendre.

Source: Exagérer avec Bock-Côté