Prejudice against Muslims higher than towards any other group in US, poll finds

Not too surprising given encampments and other Israel-Gaza protests:

Favourable attitudes towards Muslims among Americans have declined and public prejudice against them remains higher than any other religious, ethnic or racial group, a poll published by The Brookings Institution has found.

Released on Tuesday and conducted between 26 July and 1 August, the University of Maryland Critical Issues Poll (UMDCIP) consists of two tracks, one measuring the change in American public attitudes concerning Islam and Muslims and the second which studied prejudice towards racial, religious and ethnic groups – including Jews and Muslims.

Generally, favourable views of Muslims and Islam increased over the last year. The findings show a drop to 64 percent from 78 percent in comparison to 2022 regarding favourable views of Muslims, and a drop to 48 percent in favourable attitudes towards Islam.

Favourable views of Muslims dropped among both Democrats and Republicans, but the drop was starker among Republicans.

In February 2024, 52 percent of Republicans viewed Muslims favourably, but in July 2024, the figure dropped to 46 percent. For Democrats, the drop went from 83 percent in February to 80 percent in July.

The survey sampled 1,510 American adults with oversamples of 202 Blacks and 200 Hispanics.

Anti-Muslim versus anti-Jewish sentiment

Following Israel’s war on Gaza, there has been a dramatic increase in incidents of hate and prejudice against both Jews and Muslims globally.

Prejudice toward Jews and Judaism is included in the poll for the first time.

Among all respondents, favourable views of Muslims were at 64 percent and 48 percent for Islam while it stood at 86 percent for Jews and 77 percent for Judaism.

“The gap between attitudes toward people and religion is not uncommon and has been consistently found in our previous polling, particularly toward Muslims,” the poll says.

Another key factor is race. While only nine percent of white people view Jews as unfavourable, 37 percent of white people view Muslims as unfavourable. Among Black and Hispanic people, the difference is less stark, with 29 percent of Black people viewing Muslims as unfavourable, and 21 percent for Jews. For Hispanics, 33 percent view Muslims unfavourably, with 22 percent for Jews.

College education, familiarity and personal relationships with Jews and Muslims are significant contributing factors that lead to more favourable views towards both Jews and Muslims, according to the poll.

Generational gap

The poll shows that younger Americans have more favourable views towards Jews than Muslims overall, but there is a generational gap. Americans under 30 still have more favourable opinions of Muslims and Islam than Americans aged 30 and over.

While factors explaining this trend still need probing, the reason for the less favourable views of Jews among young people may be the fact that white people tend to have more favourable views of Jews than non-whites, although the share of white people among younger Americans is smaller.

Prejudice toward Muslims is also higher than other groups when it comes to their perceived contributions to American society, the poll says.

Polling shows that only one-third (37 percent) of Americans believe Muslims strengthen American society, while a majority of Americans say the same about every other ethnic, racial and religious group.

Young Americans (under 30) have identical views of the degree to which Muslims and Jews strengthen American society, but older Americans believe Jews (55 percent) contribute far more to American society than Muslims (32 percent).

The lowest figure is found among older Republican Americans, with only 21 percent believing Muslims contribute to American society.

Source: Prejudice against Muslims higher than towards any other group in US, poll finds

Lanctôt | Une «belle victoire» pour la Loi sur la laïcité

A critical perspective:

Il s’agit, à n’en point douter, d’une grande victoire pour le gouvernement Legault dans le dossier de la Loi sur la laïcité de l’État. Jeudi, la Cour d’appel du Québec a confirmé la validité de la Loi, affirmant les conclusions de la Cour supérieure quant à l’application des dispositions de dérogation et en annulant l’exception qui avait été accordée par la Cour supérieure au système scolaire anglophone.

« La Cour vient confirmer le droit du Québec de prendre ses propres décisions, c’est vraiment une belle victoire pour la nation québécoise », déclarait le premier ministre, François Legault, en conférence de presse, quelques heures après la publication du jugement.

En 2021, le juge Marc-André Blanchard de la Cour supérieure du Québec avait déjà maintenu l’essentiel de la « loi 21 » en concluant à la validité de l’utilisation préventive de la disposition de dérogation aux droits fondamentaux garantis par les chartes canadienne et québécoise des droits et libertés.

Toutefois, le jugement formulait des commentaires inquiets quant à une utilisation aussi large de la disposition de dérogation. Le juge Blanchard notait que la loi 21 constituait le premier texte législatif dérogeant simultanément aux articles des deux chartes garantissant presque l’ensemble des droits et libertés dans la province. « Peu importe la perspective que l’on entretient face à la loi 21, notait-il, il faut souligner qu’il ne s’agit pas là d’une mince affaire. »

Sur le fond, il notait par ailleurs qu’il semblait « incontestable » que plusieurs dispositions de la loi violent non seulement les droits garantis par les chartes, mais aussi les droits découlant des instruments internationaux dont le Québec est signataire, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

Là encore, dira-t-on, pas une mince affaire. Or, l’état du droit canadien, et c’est ce dont le gouvernement Legault et les défenseurs de la loi 21 se réjouissaient jeudi, le permet. Pour le dire vite, et reprenant l’analyse qu’ont fait tant la Cour supérieure que la Cour d’appel, en vertu de l’arrêt Ford de 1988, il suffit aux législatures des provinces d’inscrire les dérogations désirées dans la loi pour les soustraire au contrôle judiciaire.

Cet outil, quoique pertinent, est particulier au droit constitutionnel canadien : il tempère, d’une part, l’équilibre entre les provinces et le gouvernement fédéral. Il permet aussi de préserver l’autonomie de la législature face aux tribunaux.

Le Québec n’est pas la seule province à faire usage des dispositions de dérogation : le gouvernement de Doug Ford l’a fait en 2022, et plus récemment, la Saskatchewan aussi. Au Québec, en revanche, cet instrument, on le voit ces jours-ci, est chargé politiquement : déroger à cette vilaine Charte canadienne « qu’on n’a pas signée », ou encore à cette Charte québécoise qui, soi-disant, confère aux tribunaux un pouvoir démesuré, est devenu un marqueur politique clair, un appel du pied pour un certain électorat.

Ironiquement, la décision que le gouvernement Legault applaudit aujourd’hui témoigne que les tribunaux font preuve d’une grande déférence à l’égard de la législature. La décision de la Cour d’appel formule des remarques intéressantes à ce titre, en rappelant qu’il ne lui appartient pas de juger des motifs de suspendre les droits fondamentaux des citoyens ; et que le débat sur la portée des dispositions de dérogation a déjà eu lieu.

La Cour note ensuite qu’il revient aux citoyens, à la société civile, de décider si cette façon de faire du législateur lui convient. Votez en conséquence, dit-on en gros, cela n’est pas l’affaire des tribunaux.

Je crois qu’il s’agit en effet de la question fondamentale qu’il faut se poser en tant que citoyen.

Si les dispositions de dérogation agissent comme un contre-pouvoir face à Ottawa, face au contrôle judiciaire des lois en général, les droits fondamentaux, entre les mains des citoyens, constituent aussi un contre-pouvoir. On parle de préserver l’autonomie du législateur face aux tribunaux, mais qu’en est-il de protéger les citoyens face aux dérives législatives ?

L’équilibre est-il atteint ici, alors que l’on suspend la quasi-totalité des droits garantis par la Charte québécoise, pour une seule loi visant une affirmation nationale abstraite plus qu’elle ne répond à un enjeu réel ?

Dans ce dossier, on parle souvent de la nécessité de tempérer les droits individuels au profit des droits collectifs. Sauf que les droits collectifs sont toujours conditionnés par la possibilité d’exercer les droits individuels. Ces droits collectifs ne s’exercent pas dans l’abstrait, ils sont la somme des droits et des conditions d’existence que l’on garantit aux citoyens. Cela étant dit, est-on à l’aise avec l’érosion manifeste des droits des minorités religieuses provoquée ici ?

La réponse, on le comprend, est oui — en témoigne l’appui, auprès d’une certaine génération du moins, à la loi 21.

Je pense au contraire que nous nous tirons dans le pied et que nous fragilisons le tissu social en nous comportant de manière aussi ouvertement méprisante à l’égard des droits des minorités — pas juste religieuse, d’ailleurs. Construire, affirmer une identité collective « contre » quelque chose n’a jamais mené à de belles choses.

Le feuilleton de la « laïcité » (insistons sur les guillemets) a déjà laissé des cicatrices profondes dans la société québécoise, parce que ce « débat » a été mené sans égard à son effet stigmatisant sur l’ensemble des minorités. On prétend que l’affirmation du « nous » de la majorité y a gagné au change, alors au diable les dégâts collatéraux. Il me semble au contraire que les divisions n’ont jamais été aussi profondes, de toutes parts.

Aurélie Lanctôt, Chroniqueuse spécialisée dans les enjeux de justice environnementale, l’autrice est doctorante en droit à l’Université McGill.

Source: Chronique | Une «belle victoire» pour la Loi sur la laïcité

Le rapport sénatorial sur l’islamophobie est le fruit d’une intoxication idéologique

The Quebec laicité perspective on the recent Senate report:

Irresponsable ? Catastrophiste ? Incendiaire ? On hésite sur le bon adjectif à utiliser pour décrire le rapport sur l’islamophobie que le Comité sénatorial permanent des droits de la personne (CSPDP) vient de déposer.

Les attentats à la mosquée de Québec et de London ont profondément bouleversé les Canadiens. Tous les crimes haineux mentionnés dans le rapport sont inacceptables, et les gouvernements ont la responsabilité de les combattre et doivent tout mettre en oeuvre pour favoriser la coexistence pacifique et la sécurité de leurs citoyens. Mais amplifier indûment la menace en dépeignant un climat de terreur pour les musulmans canadiens ne peut que nuire davantage. Les chiffres de Statistique Canada infirment d’ailleurs cette thèse alarmiste. Pourquoi taire, par exemple, que les populations noire et juive sont, et de loin, davantage victimes de crimes haineux ?

Ce rapport, s’il suggère bien quelques rares mesures raisonnables, préfère brosser un tableau hideux et sans nuances de la situation des musulmans canadiens. Ils se sentiraient attaqués, des femmes et des filles auraient « peur de quitter leur domicile pour aller au travail et à l’école », certains subiraient même de l’islamophobie tous les jours.

Définition, laïcité et idéologie

C’est que la définition proposée de l’islamophobie est très large afin d’englober le plus de cas possible. Par exemple, le fait de ne pas accorder aux musulmans, dans le milieu de travail, des locaux et du temps pour les prières est considéré comme relevant de l’islamophobie, au sens de racisme antimusulman (p. 66). L’approche intersectionnelle, comme les notions d’islamophobie systémique et de micro-agressions inconscientes, permet également d’amplifier le phénomène.

Le rapport reconduit également une compréhension hautement caricaturale de la Loi sur la laïcité de l’État. Les témoins interrogés, qui confondent le respect des personnes avec le respect absolu des préceptes de l’islam, « s’entendent tous pour dire que la loi 21 est discriminatoire, qu’elle a exacerbé l’islamophobie et qu’elle devrait être abrogée » (p. 65). Elle est même accusée de « déshumaniser les personnes ». On le voit, le CSPDP n’a pas entendu comme témoin un seul des nombreux musulmans qui soutiennent la loi 21.

Le rapport évite également de penser la réalité de l’islamisme violent et la peur légitime qu’il soulève, y compris chez les musulmans. Seul Rachad Antonius, parmi les 138 témoins entendus lors des 21 séances publiques, ose en traiter expressément, mais le rapport le passera sous silence. Il n’y aurait, à entendre les autres témoins, que des préjugés et des stéréotypes à combattre à grands coups de campagnes médiatiques et de formations obligatoires contre les biais inconscients pour tous les fonctionnaires et les élèves.

Le rapport ne retient que ce qui appuie une conclusion tirée d’avance. Tout écart statistique, comme la sous-représentation des musulmans chez les fonctionnaires ou leur surreprésentation dans les prisons, est compris comme une « preuve » d’islamophobie systémique, sans qu’il y ait recherche d’une explication plus plausible. Le rapport confond également idéologie et science en prétendant, sans justification, que « la plus grande menace pour la sécurité nationale provient des groupes militant pour la suprématie blanche » (p. 50). On taira donc un document sur la stratégie antiterroriste du Canada qui précisait pourtant que « l’extrémisme islamique violent est la principale menace pour la sécurité nationale du Canada » .

Une offensive contre les institutions chargées de la sécurité

Ce sont assurément les instances responsables de la sécurité nationale qui hantent ce rapport. Cinq des 13 recommandations y sont d’ailleurs consacrées, mais vont dans le sens opposé à celui qu’on attend de la part d’un comité sénatorial crédible. C’est que ce dernier semble surtout à la remorque des recommandations du Conseil national des musulmans canadiens (CNMC), contre lesquelles nous faisions déjà une mise en garde ici.

Le CNMC ne réclame en effet rien de moins que l’interruption de la stratégie nationale de lutte contre l’extrémisme violent et la radicalisation, et la suspension de la Division de la revue et de l’analyse (DRA) de l’Agence de revenu du Canada (ARC), qui est chargée de repérer les menaces de financement du terrorisme au Canada qui s’exercent par l’entremise d’organisations caritatives. Il propose plutôt que soient scrutés les organismes de sécurité nationale, dont le Service canadien du renseignement de sécurité, et les services frontaliers du Canada, qu’il soupçonne de pratiques racistes, xénophobes, islamophobes et même de subir la « pénétration de la suprématie blanche ».

Le CSPDP approuve tout cela et affirme que « les lois, les politiques et les pratiques relatives à la sécurité nationale sont profondément ancrées dans l’islamophobie et continuent de perpétuer des préjugés à l’encontre des musulmans » (p. 51). La preuve ? Soixante-quinze pour cent des révocations d’associations caritatives posant le plus grand risque de financement du terrorisme au Canada visaient des organismes musulmans, alors que ceux-ci représentent moins de 1 % de l’ensemble des organisations caritatives (p. 57). Malgré le témoignage de Sharmila Khare (directrice générale de la Direction des organismes de bienfaisance de l’ARC), selon lequel « les vérifications de la DRA ne sont entreprises que lorsqu’il y a un risque d’abus terroriste », le rapport conclut néanmoins que la DRA « fait preuve d’un parti pris structurel à l’encontre des organismes de bienfaisance musulmans » (p. 58).

Le simple fait que le modèle d’évaluation du ministère des Finances soit axé sur le risque serait même, selon le professeur de droit Anver Emon, « une déclaration explicite d’islamophobie » . Mieux, qu’un Canadien voyageant à Gaza et combattant pour le Hamas devienne suspect pour le gouvernement serait, ajoute-t-il, un « exemple d’islamophobie systémique » ! Faut-il vraiment relever que le CSPDP perd ainsi toute crédibilité en « oubliant » que le Hamas est sur la liste des entités terroristes du Canada ? Qu’en amalgamant islam et islamisme violent sous le parapluie de l’islamophobie, il mine le sentiment de sécurité de ses citoyens ?

Comment expliquer pareille intoxication irresponsable ? Une partie de l’explication réside peut-être dans le fait que la présidente de ce comité sénatorial, Salma Ataullahjan, est toujours conseillère au CNMC. Rappelons, pour finir, que cette organisation fait partie des plaignants qui sont devant les tribunaux pour faire invalider la loi 21.

Source: Le rapport sénatorial sur l’islamophobie est le fruit d’une intoxication idéologique

Neutral coverage below:

Islamophobia remains a persistent problem in Canada and concrete action is required to reverse the growing tide of hate, says a new Senate report released Thursday.

“The evidence is clear. Islamophobia is an acute threat to Canadian Muslims and urgent action is needed,” Sen. Salma Ataullahjan, chair of the Senate human rights committee, told reporters Thursday.

“We must commit to building a more inclusive country and to better promoting our Muslim relatives and friends, neighbours and colleagues.”

The report, the first of its kind in Canada, took a year and involved 21 public meetings and 138 witnesses.

The report said the committee “was disturbed to hear that incidents of Islamophobia are a daily reality for many Muslims, that one in four Canadians do not trust Muslims and that Canada leads the G7 in terms of targeted killings of Muslims motivated by Islamophobia.”

The report’s finding that one in four Canadians do not trust Muslims comes from a submission to the committee from Maple Lodge Farms, a supplier of Halal meat in Ontario’s Peel region, which said it gathered the information from a “national survey” it conducted of 1,500 Canadians.

The submission does not provide details on how the respondents were chosen or what specific questions they were asked.

The report found that Muslim women have become the “primary targets when it comes to violence and intimidation” because they are easily recognizable from their attire. As a result, many are afraid to leave their homes for work, school or other activities.

“The profound effects of gendered Islamophobia are such that it compels certain women to consider removing their hijabs to enhance their employment opportunities,” the report said.

“Testimonies highlighted the fact that Islamophobia in the workplace is not merely the consequence of a handful of people’s actions; rather, it is a systemic issue that is widespread.”

The report said that as a result, Arab women have the highest unemployment rate of any demographic group in the country.

Sen. Mobina Jaffer, Canada’s first Muslim senator, told reporters Thursday that in 2001, not long after 9/11, she was flying from Vancouver to Ottawa with about 60 members of her family when she and her husband were singled out by airport authorities.

“Coming from a refugee background to be appointed by [former prime minister Jean] Chrétien to be a senator was a great pride for my family,” Jaffer said. “And my husband and I both were called outside. And my husband and I both had to completely undress … and I don’t wish that on anybody.”

‘A confirmation of what we have been seeing over many years’

Uthman Quick, the director of communications for the National Council of Canadian Muslims (NCCM), told CBC News that the council was satisfied to see the report highlight the poor treatment of Muslim women in Canada, which he said is a growing problem.

“I think the report is really a confirmation of what we have been seeing over many years, but particularly over the last few weeks, since October 7,” he said.

Quick said there has been an increase in the number of Islamophobic incidents reported to the NCCM since the starte of the recent conflict between Israel and Hamas, a group designated as a terrorist organization by the Canadian government and other nations.

“I am hoping the recommendations are followed through upon. Now more than ever, we can see that they are absolutely needed,” Quick said.

Islamophobia and the media

The report said that the problem can be blamed in part on negative and pervasive stereotypes of Muslims the report said have mischaracterized “concepts of sharia, jihad and hijab.”

“The recurring portrayal of Muslims in media has entrenched these stereotypes, leading them to become falsely accepted as truth,” the report said.

The report found that hate-based information being spread on social media remains a growing problem, with more than 3,000 anti-Muslim social media groups or websites active in Canada.

“The frequency of hate speech and misinformation on social media platforms such as Facebook, X (formerly Twitter) and Instagram was a common concern for [committee] witnesses,” the report said.

A written submission to the committee from Meta, Instagram and Facebook’s parent company, said its efforts to combat Islamophobia are a “work in progress.” It said it is taking steps that include monitoring hate speech and engaging with Muslim communities.

Representatives from X did not appear or make a submission to the committee.

Recommendations

The report makes a number of recommendations for the federal government:

  • Ensure mandatory, regular training on Islamophobia for all federal government employees and the judiciary.
  • Launch a multimedia campaign and educational resources on Islamophobia that can be incorporated into classrooms.
  • Provide additional money to address hate-motivated crimes.
  • Increase specific Criminal Code offences for hate-motivated crimes.
  • Review the Canadian Radio-television and Telecommunications Commission’s mandate to ensure it reflects the needs, interests and aspirations of racialized communities.
  • Introduce legislation to crack down on online hate.
  • Review national security legislation to ensure it takes Islamophobia into account.
  • Modernize the Employment Equity Act to ensure it takes Islamophobia into account.

The report also recommended the federal government introduce legislation in a number of areas to help the Canada Revenue Agency better understand the context for audits of religious organizations and provide quicker decisions on appeals.

The report said that in 2021, 144 anti-Muslim hate crimes were reported to police across the country, with an additional 1,723 crimes reported that were motivated by racial or ethnic hatred.

According to Statistics Canada data used to write the report, there were 223,000 reported cases of hate crime in general in 2020, but the report said those numbers fail to provide a complete picture of hate-motivated violence against Muslims in the country.

Mohammed Hashim, executive director of the Canadian Race Relations Foundation, is quoted in the report telling the committee that only one per cent of reported hate crimes are reported to police and only a fraction of those result in charges.

“Muslims in Canada feel like they are under attack. The psychological impact of constant fear and vigilance is a heavy burden,” the report said.

“Survivors of violent Islamophobia live with the trauma of their direct experience, while countless others live with vicarious trauma brought on by justified fear that their communities are not safe.”

Source: Senate report on Islamophobia says urgent action needed to reverse rising tide of hate

Bouchard: Mise au point sur l’interculturalisme

While I disagree with Bouchard on his characterization of multiculturalism, which is also based on integration (“un modèle d’intégration d’une société dans l’unité et la diversité, dans un esprit d’équilibre entre les besoins et les attentes respectives de la majorité et des minorités” also applies to multiculturalism), nevertheless he is a strong advocate for and integration and inclusive approach:

L’interculturalisme semble réinvestir le débat public, comme en témoigne, entre autres, le texte d’Alex Bilodeau paru dans Le Devoir du 31 juillet. C’est une initiative bienvenue, car le dossier québécois de l’immigration évolue présentement dans une mauvaise direction. C’est l’occasion d’une mise au point assortie d’une mise en garde.

Concernant le texte de M. Bilodeau, ce n’est pas une bonne idée que d’associer nationalisme et interculturalisme sans clarifier les rapports entre les deux — si rapport il y a. Par ailleurs, l’auteur voit dans l’interculturalisme deux courants incompatibles.

D’un côté (courant A), il y aurait les tenants d’une nation homogène orbitant autour de l’héritage de la majorité canadienne-française. De l’autre côté (courant B), on trouverait un modèle centré sur le pluralisme radical qui réduirait la nation québécoise au français comme langue commune, sans accorder de priorité à l’intégration, ce qui le rapproche du multiculturalisme.

Ces deux courants sont en effet incompatibles, mais ce qu’il faut surtout souligner, c’est qu’aucun des deux ne relève de l’interculturalisme.

Selon Alex Bilodeau, l’opposition entre les deux courants se manifeste de trois façons :

Le rapport majorité-minorité. Selon le courant A, la première domine la seconde. En ce cas, il ne peut en résulter que l’exclusion ou une forme d’assimilation. Quant au courant B, il ferait l’économie d’une culture commune à construire et effacerait le rapport majorité-minorité.

L’intégration. Ici, le texte de Bilodeau se fait répétitif. Le premier courant se signale par l’assimilation, le second récuse la domination de la majorité au nom de l’égalité des droits.

La culture commune. Dans l’esprit du courant A, cet élément serait secondaire, le vieil héritage devant primer. Selon le courant B, au contraire, le rapport majorité-minorité doit être atténué en le traitant sur une base de complémentarité, de réciprocité et de respect de la différence.

Définis de cette façon, on voit bien que les deux courants sont en effet incompatibles. On voit aussi que le courant A est bien loin de l’interculturalisme. Le courant B se voit toutefois attribuer un de ses éléments, soit la nécessité de traiter la relation majorité-minorité hors de toute hiérarchie ou de toute volonté de domination. J’ajoute que le texte de Bilodeau est un peu difficile à comprendre du fait que le courant B est présenté de deux manières différentes.

Une dualité en interaction

Pour mémoire, je rappelle que l’interculturalisme (tel que je l’ai toujours conçu) est un modèle d’intégration d’une société dans l’unité et la diversité, dans un esprit d’équilibre entre les besoins et les attentes respectives de la majorité et des minorités. Il repose sur ce qu’on peut appeler une dualité en interaction. D’abord, on s’attend à ce que le coeur du modèle dessine les bases de la société plurielle dans laquelle nous souhaitons vivre.

Cette première composante doit se concrétiser dans un ensemble de politiques et de programmes qui mobilisent les appareils de l’État, mais aussi les principaux acteurs collectifs. Par ailleurs, ces deux composantes doivent être pensées en interaction dans un but de cohérence.

L’objectif concret de l’interculturalisme est d’amener les immigrants et les minorités à s’intégrer grâce à des programmes de rapprochement, d’échange, de partage et d’initiatives communes. Il ne s’agit pas de réduire ou de supprimer la diversité, mais de la mettre à profit dans l’intérêt général de la société et dans un esprit d’égalité, en accord avec le droit. De ce processus devrait résulter une culture commune dans laquelle immigrants et minorités auraient investi tout en gardant leur part de spécificité. À cause de la logique du nombre, il est par ailleurs prévisible que la culture de la majorité pèsera beaucoup plus que les autres dans cette opération.

Cela dit, je conçois bien qu’on puisse diverger d’opinion sur des modalités ou des points annexes, mais sur l’ossature, il y a peu à changer si l’on tient à rester dans l’esprit de l’interculturalisme.

La responsabilité gouvernementale

Quoi qu’il en soit, le gouvernement n’en fait pas assez face aux changements qui s’annoncent. En 2002, le Québec a reçu 63 000 immigrants permanents (moyenne des années 2015-2022 : 47 000) et 28 000 immigrants temporaires, en hausse également.

Le nombre total d’immigrants temporaires vivant au Québec actuellement est de 200 000 environ (dont plusieurs deviendront permanents). Ces tendances à la hausse vont vraisemblablement se poursuivre. Je rappelle ces chiffres pour illustrer l’énorme défi qui se pose sur le plan de l’intégration. Comment sera-t-il relevé ?

Pour l’instant, cette immigration est surtout pensée en termes économiques. Mais l’immigrant n’est pas qu’un rouage dans une stratégie de croissance, il est aussi un citoyen qui doit être inséré socialement et culturellement.

L’urgence d’agir

Pour des raisons pressantes, l’État doit agir énergiquement, comme le montrent des résultats de recherches réalisées récemment. Je pense notamment aux travaux des politologues Antoine Bilodeau et Luc Turgeon (dont nous informait Le Devoir du 31 juillet).

Il en ressort principalement que, pour diverses raisons (dont la loi 21 sur les signes religieux), le sentiment d’appartenance au Québec est en baisse au sein des minorités, au profit de l’appartenance canadienne.

Une partie de leurs membres (difficile à quantifier) ne se sentent pas acceptés et songent à émigrer. Comment cette situation va-t-elle évoluer dans les 15 ou 20 prochaines années en l’absence d’une intervention appropriée de l’État ?

Les clivages entre majorité et minorités sont en croissance dans de nombreux pays, où ils provoquent des conflits interethniques. Une fois profondément installés, ces clivages deviennent extrêmement difficiles à réduire — la France en est un exemple, dont nous devrions tirer une leçon.

Un Québec à l’enseigne du multiculturalisme ?

Si l’immigrant ne trouve pas à s’intégrer pleinement dans la société d’accueil, il le fera au sein d’une minorité. C’est une tendance qui peut conduire à long terme à une fragmentation, à l’essor d’une mosaïque ethnique sur le modèle du multiculturalisme. Est-ce le genre de société que nous voulons ?

Source: Mise au point sur l’interculturalisme

Une laïcité à géométrie variable

Useful reminder:

Je ne suis pas entièrement d’accord avec le titre de la lettre de Benoît Pelletier (« La laïcité, un principe phare de l’identité profonde du Québec », Le Devoir, 5 août 2023) et plusieurs de ses énoncés, mais je suis d’accord avec sa proposition suivante : « La laïcité ne va pas à l’encontre de la liberté de religion. Elle en fait plutôt partie intégrante. Elle en constitue une dimension essentielle. » Cela a d’importantes conséquences.

La laïcité comporte deux éléments essentiels : elle implique la séparation de l’Église et de l’État, d’une part, et la laïcisation des services publics, d’autre part. Au Québec, la séparation s’est progressivement amorcée aux XVIIe et XVIIIe siècles et sera confirmée dans la Loi sur la liberté de culte de 1853. La jurisprudence est claire là-dessus. Quant à la laïcisation des services publics, c’est différent, car elle s’amorce à partir de la Révolution tranquille des années 1960 et se conclut dans le domaine de l’éducation par les lois de 1999 et 2005. Ce n’est pas de l’histoire ancienne…

Pour ce qui est de la séparation de l’Église et de l’État, dans la réalité politique et sociale, elle est loin d’être aussi tranchée qu’on le dit. On trouve partout de nombreux assouplissements. Dans des États laïques comme la France, l’État est propriétaire de dizaines de cathédrales, les municipalités sont propriétaires de milliers d’églises, avec obligation constitutionnelle de les entretenir ; l’État français consacre d’énormes budgets au patrimoine religieux ; l’État finance de nombreuses écoles privées religieuses.

Dans plusieurs États européens, tous officiellement laïques, il peut y avoir de l’enseignement religieux dans l’école publique, un financement public de certains cultes (Belgique) et la présence de crucifix dans l’école publique (Italie, Bavière). Aux États-Unis, où, en vertu du First Amendment, on parle du « wall of separation », la Cour suprême autorise la prière au Congrès, dans les législatures et les conseils municipaux, permet l’installation de crèches de la nativité dans un parc municipal, de croix sur le domaine public ; le port de signes religieux est possible au Congrès et dans les législatures.

Au Québec, la séparation de l’Église et de l’État ne dispense pas l’État de devoir permettre la construction de lieux de culte ; la législation autorise le financement d’écoles privées religieuses, subventionne le patrimoine religieux, accorde aux associations religieuses des avantages fiscaux. On est loin de la laïcité stalinienne.

Si, comme le dit le professeur Pelletier, la laïcité est « un principe phare de l’identité profonde du Québec », cette profondeur est à géométrie variable ! Certes, les disciples des Lumières de l’Institut canadien et les membres du Parti patriote ont parlé de laïcité, mais le Bas-Canada et le Québec ont très longtemps baigné dans une atmosphère globale de stricte religiosité.

Aussi, cela fait sourire lorsqu’on lit, dans la Loi sur la laïcité, l’un des « considérants » solennels : « CONSIDÉRANT que la nation québécoise a des caractéristiques propres, dont […] un parcours historique spécifique l’ayant amenée à développer un attachement particulier à la laïcité de l’État. » Ce parcours est spécifiquement fort court…

Source: Une laïcité à géométrie variable

Bouchard: D’où viennent nos valeurs?

Always interesting to read Bouchard’s analysis and this is a particularly strong response to Premier Legault’s tweet stressing the Catholic heritage:

Le tweet de M. Legault début avril nous invite à nous interroger sur l’origine des valeurs prédominantes dans notre société. Quelles en sont les racines dans notre histoire ? Deux thèses se présentent, l’une privilégiant la religion catholique, l’autre, la culture populaire.

Le catholicisme

Une première difficulté posée par cette thèse, c’est qu’elle est contredite de plusieurs façons par l’histoire. Le catholicisme prêchait l’austérité, la soumission, la quête de spiritualité, la chasteté. Ce sont là, on en conviendra, des valeurs qui s’accordent mal avec l’esprit du temps présent. Mais l’Église enseignait aussi la liberté, l’entraide, la solidarité, l’éthique du travail. À première vue, on est ici en terrain plus sûr.

Ce n’est pas le cas : nos valeurs ont émergé malgré l’opposition de l’Église. Nous accordons une large place à la démocratie et à l’éducation. Sur ces deux points, le dossier de l’Église est en souffrance. L’autorité venait d’en haut et on ne croyait pas nécessaire de prolonger l’éducation du peuple au-delà du secondaire et même du primaire. L’Église a longtemps combattu les projets d’instruction obligatoire et gratuite jusqu’à 14 ans.

L’égalité sociale, qui nous est chère, s’est longtemps heurtée à la vision hiérarchique de la société professée par l’Église. Le statut de chacun était fixé par la Providence. L’Église s’est opposée aussi à l’émancipation de la femme (travail salarié, autonomie juridique, droit de vote, contraception…). Enfin, nos élites laïques ont fortement encouragé l’entrepreneuriat et l’insertion d’une élite francophone dans le domaine des affaires. Encore là, il y avait incompatibilité. L’Église avait envers l’industrialisation une tradition de méfiance, et même d’opposition.

Quant à la liberté, confrontée à une moralité tatillonne et à la pratique de la censure, elle a eu fort à faire jusqu’à la fin des années 1950. L’Église était aussi loin du compte en matière d’ouverture à l’autre. Elle prêchait l’antisémitisme, était hostile aux autres religions, interdisait les mariages mixtes au nom de la race pure et a longtemps fait preuve de racisme envers les Autochtones. Elle a par ailleurs beaucoup tardé à composer avec la modernité, le changement, le progrès, les droits de la personne. L’État-providence, avec ses politiques sociales généreuses, fut l’une des grandes réalisations de la Révolution tranquille. Une bonne partie du haut clergé a vu d’un mauvais oeil cette initiative de l’État.

Pendant longtemps, l’émancipation économique, sociale et politique des Canadiens français a compté parmi les objectifs principaux de notre nation. L’émancipation, c’est-à-dire la levée des contraintes imposées par le colonialisme anglophone. Or, à des moments clés de notre histoire, l’Église s’est mise au service du colonisateur contre les Canadiens français — pensons à la Conquête, aux rébellions de 1837-1838, aux deux crises de la conscription.

Voici une autre difficulté. Des catholiques de renom comme Jean Hamelin, Pierre Vadeboncoeur et Fernand Dumont ont soutenu que la foi de nos ancêtres était très superficielle. Ils y ont vu la conséquence d’une pastorale autoritaire trop centrée sur le rituel et la routine, qui ne tenait que par la « coutume ». Sous l’effet des nouvelles coutumes introduites dans les années 1945-1960, l’ancienne serait disparue. Fernand Dumont : « On s’est débarrassé de la religion comme d’un vieil appareil de radio qu’on jette pour acheter une télévision. » Comment imaginer que les fidèles, ces « robot[s] télécommandé[s] », « ces chrétiens sans anticorps » (J. Hamelin) aient pu être profondément imprégnés des valeurs en cause ici ? F. Dumont encore, dans une conférence de 2003, reprochait à l’Église d’avoir failli à faire passer dans la culture civique les valeurs du christianisme.

Enfin, le Québec est une petite nation minoritaire qui est née et a grandi sous deux colonialismes et qui s’est toujours inquiétée de sa survie. C’est plus qu’il n’en fallait pour inspirer des réflexes d’autoprotection qui font d’abord appel à la solidarité.

La thèse de la culture populaire

Il est plus vraisemblable que nos valeurs soient nées dans la culture populaire. L’héritage de valeurs comme la solidarité, le travail, l’esprit communautaire et la liberté peut en effet être rattaché à une tout autre expérience que la religion catholique. Cette thèse comporte deux volets.

Il y a d’abord notre passé lié au défrichement. Nos ancêtres lointains étaient des défricheurs. Ils ont façonné le territoire originel et ont édifié une société. Après la mise en valeur de la vallée du Saint-Laurent, ce travail s’est poursuivi jusque dans les années 1940 dans les espaces péri-laurentiens, où, en un siècle, une quinzaine de régions ont été fondées. Nous avons été longtemps un peuple de défricheurs.

Or l’expérience des défrichements inculquait profondément le goût de la liberté. Elle faisait appel aussi à l’éthique du travail, à l’esprit d’entreprise (les colons, isolés, étaient laissés à eux-mêmes). S’ajoutait à cela, par nécessité, la solidarité communautaire, dans un contexte de vide institutionnel où la survie était un défi constant.

Le deuxième volet, c’est celui du travail industriel. La culture robuste née de l’expérience pluriséculaire des défrichements s’est ensuite transmise dans le cours de l’urbanisation. Car les Canadiens français étaient aussi un peuple de lutteurs, cette fois dans la sphère du travail. L’historien Jacques Rouillard a bien montré la vigueur et l’ampleur des luttes ouvrières menées depuis longtemps au sein du syndicalisme, sans compter la fréquence et la dureté des conflits là où il n’existait pas de syndicats.

On connaît les valeurs forgées dans ces luttes : équité, égalité, solidarité, émancipation sociale, entre autres. Or, elles résultaient de pratiques conflictuelles, souvent agressives, que le clergé, en grande partie, a longtemps condamnées, s’employant plutôt à diffuser l’idée que le patron devait être traité comme un père par ses employés.

On voit que l’origine de nos valeurs reste une question complexe. Mais on voit bien aussi que, sur des points essentiels, elles ont pris le contre-pied de l’héritage de l’Église plutôt que de s’en nourrir.

Source: D’où viennent nos valeurs?

Les baby-boomers du Québec ne sont pas «pure laine» à 95%

Of note:

Selon M. Charles Gaudreault, ingénieur chez H2O Innovation, il faudrait s’attendre à un effondrement de la population québécoise d’« origine ethnique française » allant jusqu’à 45 % en 2050. Préoccupé par l’impact de l’immigration sur les populations des pays d’accueil comme le Canada et ses provinces, il n’a élaboré qu’un seul scénario pour couvrir huit décennies dans la revue Nations and Nationalism.

Ses inspirations lui viennent d’abord du Britannique David Coleman, pour qui « la population britannique blanche devrait tomber à moins de 56 % de la population du Royaume-Uni en 2056 ». Elles proviennent aussi des Américains James Smith et Barry Edmonston, qui ont prévu que la population blanche des États-Unis — à l’exclusion des Hispaniques — ne compterait plus que pour 51 % en 2050.
 
Considérant à tort que le recensement de 1971 offre les données les plus sûres sur l’origine ethnique, M. Gaudreault a effectué sa projection à partir d’un Québec dénombrant 6 millions d’habitants. À cette époque, les Québécois d’origine ethnique française comptaient pour 79 % de la population. Ne restent alors que 21 % pour englober toutes les autres origines, notamment les Premières Nations, les Britanniques, les communautés italiennes et grecques.

Pour justifier son choix, Gaudreault se base sur deux sources dont il a pris connaissance de manière distraite. D’une part, il prétend devoir faire un retour à « la démographie ethnique » après que « les démographes se [sont] tournés vers la démographie linguistique ». D’autre part, il s’appuie sur une étude généalogique d’un groupe de chercheurs sous la direction d’Hélène Vézina.

Il est faux d’affirmer qu’une « démographie ethnique » a déjà existé. S’il y a eu jadis rapprochement entre l’origine ethnique et la langue maternelle, c’était par intérêt pour cette dernière. Richard Arès n’a-t-il pas fait remarquer que « plus on va vers l’ouest, plus les chances du français s’effritent » chez les Canadiens français ?

Ensuite, affirmer « que les ancêtres des baby-boomers étaient à 95 % d’origine française », c’est confondre l’origine ethnique des personnes recensées en 1971 avec 2000 généalogies « contenant plus de cinq millions de mentions d’ancêtres », dont la plupart sont arrivés au XVIIe siècle, prenant ainsi une avance jugée « insurmontable ».

M. Gaudreault a ventilé ses résultats en trois classes étanches, plutôt que de les rendre perméables les unes aux autres, comme chez les démographes. Il y a d’abord les Canadiens français (Ethnic French Canadians). Ensuite, les Autochtones, les Britanniques et tous les autres groupes ethniques recensés en 1971 sont identifiés sous l’appellation Non French Canadians. Enfin, tous les immigrants arrivés depuis 1971, leurs enfants et leurs descendants forment une classe à part (Immigrants and Descendants – IAD).

Notons que le troisième groupe (IAD) réunit tous les immigrants originaires de pays francophones (France, Sénégal, Vietnam, Haïti, etc.) ainsi que tous les enfants que la loi 101 conduit, depuis 1977, dans nos écoles françaises ! Partant donc de zéro en 1971, les effectifs de ce groupe sont les seuls à augmenter sous l’effet de l’immigration. Les deux premiers groupes ne peuvent qu’être marginalisés avec le temps.

Le talon d’Achille : la rétroprojection

La partie rétrospective appartenant déjà à l’histoire, nous avons évalué les résultats de M. Gaudreault pour le groupe IAD à partir des faits démographiques observés entre 1971 et 2001.

Charles Gaudreault affirme que « la sous-population des IAD affiche une augmentation constante, de 0,8 million en 2000, à 2 millions en 2020, à 3 millions en 2035, puis à 4,1 millions en 2050 ». Cette suite de résultats dessine une équation mathématique qui ne tient pas compte des fluctuations de l’immigration. Au départ, il y a une sous-estimation de 29 % (1971-1976), suivie d’une surestimation de 24 % (1977-1988), et ainsi de suite.

Au recensement de 2001, on a dénombré au Québec 510 100 personnes immigrées arrivées durant les trois dernières décennies du XXe siècle. Parmi ces personnes, on comptait 150 800 femmes en âge d’avoir des enfants en 2001. Tous calculs faits, parmi ces Québécois recensés en 2001, nous avons estimé que 118 500 personnes âgées de 30 ans ou moins étaient issues des immigrantes de cette époque.

Selon nos calculs, la somme des immigrés de la période 1971-2001 et de leurs descendants n’est que de 617 000 personnes au lieu des 860 000 obtenues selon la projection de Charles Gaudreault. Force est de reconnaître qu’il y a surestimation de 243 000 personnes du groupe IAD. En pourcentage, cette surestimation est très importante : 39,5 % !

La partie rétroactive de la projection de Charles Gaudreault conduit à une proportion d’Ethnic French Canadians de 64,5 % en 2014. Puisque nos calculs donnent une proportion de 71,2 % pour une sous-estimation de près de 7 points, le maintien des mêmes hypothèses jusqu’en 2050 ne peut que produire, après 35 ans, des résultats sans commune mesure avec les données historiques probantes.

Source: Les baby-boomers du Québec ne sont pas «pure laine» à 95%

Chris Selley: In Quebec, laïcité’s endless contradictions may be coming home to roost

Thanks to Premier Legault:

Quebec’s adventures in state secularism — laïcité — have always been full of contradictions, hypocrisies and flimsy explanations. Thankfully, if belatedly, in recent days, those have been coming to a head over two main issues: The role of the Catholic church as part of Quebec’s history and heritage — its patrimoine — and the provision of rooms in public schools for students (read: Muslim students) to pray.

Education Minister Bernard Drainville banned schools from providing prayer spaces the week before last, deeming them incompatible with laïcité. The National Assembly passed one of its famous unanimous motions: “The putting in place of prayer areas, regardless of confession, in public school rooms goes against the principle of secularism.”

But then came Easter, when  leading-light nationalist columnist Mathieu Bock-Côté took to the pages of Le Journal de Montréal with a surprising defence of the Catholic church. Catholicism provided “particular impetus” and “poetic breath” to the French adventure in North America, he argued, and a sense of “solidarity” that began under British oppression and remains to this day.

Premier François Legault tweeted out the column, quoting the bit about solidarity. It did not go well. A few hours later, digging out from an avalanche of negative responses both online and off, Legault added: “We must distinguish between laïcité and our heritage.” And that didn’t go well either — which is interesting, because until recently that was an entirely mainstream position.

In 2008, the National Assembly unanimously (of course) affirmed Quebecers’ “attachment to our religious and historic heritage represented by the crucifix” — i.e., the crucifix hanging over the Speaker’s chair in the legislature. “The crucifix is about 350 years of history in Quebec that none of us are ever going to erase,” then-premier Jean Charest averred. (Minor clarification: Then-premier Maurice Duplessis had the crucifix installed in 1936. According to University of Montreal historian Jacques Rouillard, Duplessis “wanted to distinguish himself from previous Liberal governments by showing he would be more receptive to Catholic principles.”) Liberal Premier Philippe Couillard left office in 2018 still defending said crucifix, and he defended crucifixes in hospitals as well. “To be open and tolerant, that doesn’t mean we have to erase our history,” he argued.

Legault seems to be getting far more pushback than his predecessors did. Liberal education critic Marwah Rizqy accused him of violating his duty of neutrality “as premier of all Quebecers in our secular state.” Liberal MNA Monsef Derraji accused the premier of a “lack of judgment.” Other provincial and federal Liberals and New Democrats chimed in disapprovingly, along with businessman Mitch Garber and comedian Sugar Sammy.

Some of Bock-Côté’s colleagues at Le Journal weren’t much impressed either. “If the Church allowed the French-Canadian people to survive in America, this influence was also unhealthy,” wrote staunch secularist Elsie Lefebvre. This went for women and homosexuals in particular, she argued, but also for the whole population, which was deliberately kept poorly educated and backward.

“Far from cultivating solidarity, the Church favored charity for the deserving poor, that is, for people who complied with its precepts,” Réjean Parent argued. “It has not contributed to our evolution; on the contrary, it has delayed it.”

In a very interesting column, Philippe Léger argued that Legault revealed himself as simply not very interested in laïcité. Indeed, Legault hasn’t worked very hard to hide that, often framing Bill 21 — the restrictions on public servants’ religious attire — as a sort of social consensus under which Quebec could draw a line and move on. (Lotsa luck!)

Léger made a critical observation, as well: Younger Quebecers, few of them religious but none having lived under the Pope’s thumb, are far more likely to see all these contradictions as simply irreconcilable, just as many in the Rest of Canada do now. They (and we) are asked to believe a ban on religious symbols in the public service was an inevitable offshoot of the Quiet Revolution, but one whose necessity only became clear half a century later —mysteriously enough, at a time of increased Muslim immigration. They (and we) can’t help but see “the inconsistency of prohibiting a prayer room for Muslim students during the week, and celebrating … Catholic heritage on weekends,” as Léger put it.

Indeed, the prayer-room issue is a great litmus test for exactly what people mean by secularism: Is it a matter of the government privileging certain ways of life over others, or a matter of the government simply recusing itself from matters of religion?

There was controversy here in Toronto a few years ago when a public middle school essentially brought congregational Muslim prayers in-house on Fridays, for the dubious sake of convenience. I felt it was an unnecessary and unfortunate mash-up of an important secular place with organized religion — whereas allowing students room to pray individually and privately strikes me as a simple matter of hands-off personal liberty. Drainville arrived at the peculiar position that silent prayer in public schools where others can see you is OK, but not quiet prayer in a dedicated room.

That’s a very difficult position to defend, and in the past, Drainville and Legault might not have had to bother. Unanimous vote in the National Assembly aside, there has been healthy and fearless pushback against the prayer-room decision as well. It almost seems like Legault’s government might accidentally have triggered the honest secularism debate Quebec so desperately needs, and which Legault so hoped to avoid. It’s excellent news, if true.

Source: Chris Selley: In Quebec, laïcité’s endless contradictions may be coming home to roost

Quebec Investing $10m In Immigration-Related Research Projects

Of note, some familiar themes:

Quebec’s immigration department is investing $10 million to study immigration-related matters in the francophone province.

The financing is being provided by the province’s immigration department, the Ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), over two years, starting this fiscal year, but the research projects themselves will be conducted over the coming five years.

The money is being invested through Quebec’s non-profit which funds societal and cultural research projects, the Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC).

“I am very happy to announce this partnership with the Fonds de recherche du Québec – Société et culture which will address the needs expressed by so many stakeholders in Quebec to identify the factors which enhance the attraction, retention, and the experiences of immigrants in all Quebec’s regions,” said provincial Immigration Minister Christine Fréchette in French.

“This agreement will provide MIFI with the necessary information to put in place innovative programs adapted to the reality and needs of immigrants in Quebec.”

Although the specific details of how the funds are going to be spent will only be revealed once the FRQSC starts issuing requests for research proposals, Quebec’s immigration department has noted there will be two streams.

The first stream will examine cross-cultural practices and the sense of belonging immigrants have for the regions in which they live and the province of Quebec. 

The second stream will look at the migratory patterns of immigrants within Canada, the factors which enhance the attraction and retention of immigrants and their willingness to settle in regions, the existing linguistic dynamics and the capacity of the province to welcome immigrants.

The province is hoping to use the insights it will gain from this research to improve its current policies and programs and also to develop innovative new ones.

Quebec Welcomed Record Numbers Of Permanent And Temporary Residents Last Year

“This support for immigration research by MIFI is an excellent opportunity to contribute to the advancement of our knowledge of this societal challenge, to develop the next generation of researchers interested in this subject, and, in doing so, elaborate on the public policies with regards to settlement services and the integration of immigrants, in French, to Quebec,” said Rémi Quirion, Quebec’s chief scientist.

Last year, Quebec welcomed a record-breaking 68,705 new permanent residents as well as 89,765 temporary foreign workers through the International Mobility Program (IMP) and the Temporary Foreign Worker Program (TFWP), reveals the latest data from Immigration, Refugees and Citizenship Canada (IRCC).

Quebec welcomed a record-breaking 51,260 foreign nationals through the IMP last year, up almost 18.4 per cent from the 43,295 in 2021.

The province also welcomed a record-breaking 38,505 foreign nationals through the TFWP last year, up 27 per cent from the 30,310 TFWP workers in 2021.

Importance Of Temporary Foreign Workers To Quebec Economy Is Increasing

“The number of temporary foreign workers in Quebec is increasing every year, and particularly since Ottawa has granted us more flexibility in the wake of recent negotiations,” said Quebec Labour Minister Jean Boulet in French.

“This labour force is more and more involved in all sectors of our economy throughout Quebec.”

As immigration levels have risen, Quebec Premier François Legault has gotten antsy about the future of the French language in the francophone province.

During the last provincial election in Quebec, Legault insisted the province must hold the line on immigration. Then, in his inaugural address to open the latest session of the legislature, the premier announced plans to require that all economic immigrants to the province be francophone by 2026.

In her first immigration plan, the Plan d’immigration du Québec 2023, Fréchette tried to hold the line on immigration to between 49,500 and 52,500 new permanent residents to the province, citing the need to be able to provide adequate settlement services and integrate them all. 

“Immigrants bring with them a wide range of talents to Quebec and all the supports must be in place to help them integrate,” said Fréchette in a statement in French.

“This immigration plan contains important measures to help them learn French and integrate. Our government wants immigration to contribute to the Quebec economy in all regions of the province and to also maintain the vitality of the French language.”

Source: Quebec Investing $10m In Immigration-Related Research Projects

Nicolas: Catho-laïcité

Great column:

Dans ma cohorte à l’école primaire, il y avait une poignée d’enfants qui n’étaient pas catholiques. On savait tous qui ils étaient. Parce que nous, les enfants « normaux », regardions les enfants « bizarres », inscrits en morale, sortir de la classe pendant que nous nous préparions pour notre cours de catéchèse. En effet, nos institutions publiques avaient déjà le don de faire se sentir les minorités religieuses comme des extraterrestres bien avant l’apogée de nos débats sur la laïcité.

Nous, les enfants « normaux », disais-je, avions des chansons à apprendre sur Zachée, Lazare, les noces de Cana. Du sérieux, quoi. Le prêtre visitait l’école, puis on passait des soirées dans le sous-sol de l’église de la paroisse à chanter encore pour orchestrer une scène de la nativité pour la messe de Noël, encore pour préparer notre première communion, puis notre confirmation. C’était là un éventail d’activités normal pour des enfants « normaux » d’une école primaire publique, à la fin des années 1990, dans une région certes plus conservatrice que la moyenne, au Québec.

Au secondaire, dans une école officiellement déconfessionnalisée mais que tout le monde continuait d’appeler « couvent » quand même, les religieuses étaient encore très impliquées dans l’enseignement et l’administration de notre quotidien. Dans les années 2000, donc, j’ai récité des « Je vous salue Marie » avant de commencer mon cours de français. Le prêtre venait toujours — dans la salle dédiée à la prière de l’école, n’est-ce pas, qui était tout simplement une chapelle — pour nous encourager à faire le carême, avouer tel ou tel péché sous un mode certes un peu plus créatif que le confessionnal traditionnel et nous accorder le pardon. Les élèves « bizarres » étaient toujours les bienvenus parmi nous. Les crucifix et autres statues de Marie décoraient des salles de classe… inclusives.

J’ai un rapport complexe à cette éducation catho-laïque, plus importante que celle de bien des jeunes de mon âge élevés dans la « grand ville ». Pour le moins, je pense qu’avoir grandi ainsi m’aide à faire des nuances.

Je sais bien, par exemple, qu’aucun élève LGBTQ+ de mon école n’a fait son coming out au secondaire, et que ce n’est certainement pas dans un cours de Formation personnelle et sociale donné par une religieuse qu’on aurait pu se sentir à l’aise de discuter de la diversité sexuelle. Ce tabou, je suis profondément contente qu’il soit moins vécu de front par la génération qui me suit.

Je sais aussi que les soeurs qui m’enseignaient avaient eu l’occasion de faire de longues études, parfois jusqu’au doctorat, qui étaient demeurées inaccessibles à ma grand-mère, pourtant de la même génération. Je comprends que des femmes, dans une société profondément patriarcale, ont choisi de cesser d’exister comme objet sexuel et reproducteur, en quelque sorte, pour avoir des carrières, voyager et contribuer plus largement à leur société.

Cela ne m’empêche pas de comprendre le rôle de l’Église dans la perpétuation de la violence coloniale dans les Amériques et l’Afrique, y compris la mise sur pied des pensionnats autochtones. Il y a quelques jours encore, le pape devait encore s’excuser pour la « doctrine de la découverte », une idéologie qui a légitimé la dépossession territoriale, et donc la « fondation » du Canada.

Et je sais encore que des mouvements politiques ancrés dans la théologie de la libération a nourri des soulèvements des classes populaires en Amérique latine et que les églises afro-américaines ont joué un rôle central dans la mobilisation pour les droits civiques. Et qu’il est tout à fait possible de créer des espaces de subversion et de réflexion critique porteuse au sein même des institutions religieuses.

Tout ça, on s’en rend compte lorsqu’on s’intéresse aux phénomènes religieux et spirituels dans toutes leurs complexités et en nuances. Et lorsqu’on ne sait pas faire d’analyse nuancée de son propre héritage religieux, on est aussi probablement très mal outillé pour avoir des conversations franches, tout aussi pleines de nuances, avec des croyants d’autres confessions qui cherchent aussi du sens dans leurs héritages complexes capables de beauté comme de violence, d’oppression comme de libération.

Les valeurs de solidarité et de partage sont promues par toutes les grandes religions, sous une forme ou sous une autre. Par exemple, la générosité envers les plus démunis est une valeur fondamentale dans l’Islam, une valeur particulièrement à l’oeuvre durant le ramadan, en ce moment même. Et si ce n’était pas de l’entraide, le peuple juif n’aurait pas pu traverser tous les millénaires de son histoire — ni même se libérer, avec Moïse, de l’esclavage en Égypte, ce qu’on célèbre, justement, lors de la Pâque juive, ces jours-ci. Et dans le reste du pays, les communautés anglo-protestantes construisent des filets sociaux les uns pour les autres, sans attendre nécessairement que l’État s’en mêle. C’est une autre manière de voir les institutions, certes, mais certainement pas une absence de solidarité.

Aller dire — par exemple, comme ça — que le catholicisme aurait une espèce de monopole de la valeur de la solidarité, alors que les trois religions du Livre partagent un moment particulièrement fort serait donc un geste d’une profonde insensibilité et inculture. Lorsqu’on est un chef d’État qui doit représenter et traiter équitablement tous ses citoyens, peu importe leur foi, présenter une religion comme « meilleure » sur un aspect ou un autre est une grave erreur politique. Lorsqu’on a fait une partie de sa carrière politique sur le concept de la laïcité a en plus, la déclaration devient tragicomique.

Mais surtout, peu importe le rôle de la personne qui le déclare, sur le fond, il y a un truc qui ne tourne pas rond dans cette hiérarchisation, parfois. On se dit que l’auteur d’une telle sortie aurait besoin d’un bon cours d’éthique et culture religieuse. Et que c’est probablement parce qu’il lui en manque qu’il a voulu l’abolir.

Source: Catho-laïcité