Idées | 2024, une année centrale pour la laïcité de l’État

Useful overview:

Plusieurs étapes ont été franchies au cours des ans pour une laïcité de l’État au Québec. On n’a qu’à penser à la création du ministère de l’Éducation lors de la Révolution tranquille, à la déconfessionnalisation des Commissions scolaires en 2000, ou encore à la Loi sur la laïcité de l’État (Loi 21) en 2019. Cette grande épopée n’est pas encore arrivée à terme. Voici, en rappel, quelques événements survenus en 2024.

5 février 2024. Le Bloc québécois dépose un deuxième projet de loi pour éliminer l’exception religieuse du Code criminel canadien, lorsqu’il s’agit de propagande haineuse (C-373). Le 14 juin dernier, ce projet de loi a été ajouté à l’ordre de priorité du gouvernement, mais il est toujours en attente d’une date pour être considéré en deuxième lecture.

29 février 2024. La Cour d’appel du Québec confirme la constitutionnalité de la Loi 21 et rejette ainsi le jugement de la Cour supérieure qui en avait exempté les Commissions scolaires anglophones.

21 mars 2024. La Cour supérieure autorise Droits Collectifs Québec et le Mouvement laïque québécois (MLQ) à intenter un recours en justice (via un mandamus) contre le Conseil de la magistrature du Québec pour lui enjoindre d’établir des règles traduisant les exigences de la laïcité de l’État auprès des juges. Cette cause est importante car elle concerne le droit de toute personne vivant au Québec de bénéficier d’institutions judiciaires laïques.

26 avril. Le gouvernement fédéral crée tout un émoi au Québec en indiquant, dans son budget 2024, explorer de nouvelles mesures pour élargir l’accès aux prêts hypothécaires islamiques. La Coalition avenir Québec, le Parti québécois, le Bloc québécois à Ottawa et des organisations civiles, dont le Rassemblement pour la Laïcité (RPL) montent aux créneaux pour s’opposer à cette initiative contraire aux principes de la laïcité de l’État.

29 avril. La décision de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) d’amener la Loi 21 devant la Cour suprême est vivement critiquée par des enseignants qui s’opposent à ce que leurs cotisations syndicales servent à financer ce recours juridique et réclament une véritable consultation sur cette démarche.

19 juin. L’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville autorise un groupe religieux à organiser une prière collective musulmane dans un parc, en contradiction avec son règlement qui y interdit toute cérémonie religieuse. Cette décision crée des remous puisque l’événement, réservé aux adeptes de cette religion tout en reléguant femmes et fillettes dans un espace cloisonné loin derrière les hommes, prive les citoyens de leur espace public.

9 juillet. À la demande du gouvernement du Québec et du MLQ, le juge Mahmud Jamal de la Cour suprême se retire du dossier sur la Loi 21.

Juillet. Le choix de la Ville de Montréal d’inclure une femme voilée sur le panneau de bienvenue de son hall d’entrée crée polémique. Selon le MLQ et Pour les droits des femmes du Québec, cette affiche porte atteinte à la laïcité de l’État et au droit des femmes à l’égalité. La mairesse Valérie Plante annoncera, en octobre, que cette affiche sera retirée en raison du « malaise » qu’elle suscite, mais essentiellement pour réitérer que le Québec est une société laïque.

Septembre. Les manuels du nouveau programme Culture et citoyenneté québécoise, qui devaient faire la « promotion de l’État de droit laïque » dans nos écoles, comportent de sérieuses lacunes. Ils contiennent des définitions et principes de la laïcité qui ne reflètent pas les principes de la Loi 21 et ils ne s’appuient pas sur les considérants de la loi pour expliquer ses motifs.

22 octobre. À la suite de la publication du rapport de l’école Bedford, le premier ministre Legault confie aux ministres Drainville et Roberge le mandat de trouver des moyens de renforcer les contrôles et la laïcité dans les écoles du Québec. Ce rapport faisait état de plaintes et de signalements concernant des enjeux liés au non-respect d’obligations en matière de laïcité. Le PM a aussi mentionné être disposé à débattre de bonne foi de l’abolition du financement des écoles privées religieuses quoique ce ne soit pas sa priorité. Quelques jours plus tard, les ministres amorcent des vérifications dans 17 écoles du Québec.

27 novembre. Le Comité consultatif sur les enjeux constitutionnels du Québec au sein de la fédération canadienne recommande de doter le Québec d’une constitution codifiée qui inclurait les lois fondamentales actuellement en vigueur, dont la Loi 21.

29 novembre. Le gouvernement du Québec demande au fédéral la fin de l’exemption religieuse inscrite au code criminel concernant la propagande haineuse, demande aussitôt appuyée par RPL et le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA). Comme le dit si bien la philosophe Louise Mailloux : « cette immunité accordée aux croyants est une aberration et rien ne peut justifier que ceux-ci puissent jouir d’un pareil privilège au détriment de tous les autres citoyens ».

6 décembre. Le premier ministre Legault dit songer à légiférer pour interdire la prière dans l’espace public et à un projet de constitution pour inscrire la laïcité, l’égalité entre les femmes et les hommes et l’intégration des immigrants en toutes lettres dans un texte fondamental.

Il n’y a pas à dire, l’année 2025 s’annonce fructueuse en discussion quant à la laïcité de l’État.

Marie-Claude Girard L’autrice est retraitée de la Commission canadienne des droits de la personne. Elle signe ce texte à titre personnel.

Source: Idées | 2024, une année centrale pour la laïcité de l’État

Several steps have been taken over the years for a secularism of the state in Quebec. We only have to think of the creation of the Ministry of Education during the Quiet Revolution, the deconfessionalization of School Boards in 2000, or the Law on the Secularism of the State (Law 21) in 2019. This great epic has not yet come to an end. Here are, as a reminder, some events that occurred in 2024.

February 5, 2024. The Bloc Québécois is filing a second bill to eliminate the religious exception of the Canadian Criminal Code when it comes to hate propaganda (C-373). On June 14, this bill was added to the government’s order of priority, but it is still waiting for a date to be considered in second reading.

February 29, 2024. The Quebec Court of Appeal confirms the constitutionality of Bill 21 and thus rejects the ruling of the Superior Court, which had exempted the English-speaking School Commissions.

March 21, 2024. The Superior Court authorizes Droits Collectifs Québec and the Mouvement laïque québécois (MLQ) to bring an action (via a mandamus) against the Conseil de la magistrature du Québec to order it to establish rules reflecting the requirements of the secularism of the State with judges. This cause is important because it concerns the right of any person living in Quebec to benefit from secular judicial institutions.

April 26. The federal government is creating a stir in Quebec by indicating, in its 2024 budget, to explore new measures to expand access to Islamic mortgages. The Coalition avenir Québec, the Parti québécois, the Bloc québécois à Ottawa and civil organizations, including the Rassemblement pour la Laïcité (RPL), are stepping up to oppose this initiative contrary to the principles of state secularism.

April 29. The decision of the Fédération autonome de l’enseignement (FAE) to bring Bill 21 before the Supreme Court is strongly criticized by teachers who oppose their union dues being used to finance this legal recourse and call for a real consultation on this approach.

June 19. The borough of Ahuntsic-Cartierville authorizes a religious group to organize a collective Muslim prayer in a park, in contradiction with its regulations that prohibit any religious ceremony. This decision creates a stir since the event, reserved for followers of this religion while relegating women and girls to a compartmentalized space far behind men, depriving citizens of their public space.

July 9th. At the request of the Government of Quebec and the MLQ, Justice Mahmud Jamal of the Supreme Court withdrew from the Bill 21 file.

July. The City of Montreal’s choice to include a veiled woman on the welcome sign in its entrance hall creates controversy. According to the MLQ and Pour les droits des femmes du Québec, this poster violates the secularism of the state and the right of women to equality. Mayor Valérie Plante will announce in October that this poster will be removed because of the “unease” it causes, but mainly to reiterate that Quebec is a secular society.

September. The manuals of the new Quebec Culture and Citizenship program, which were supposed to “promote the secular rule of law” in our schools, have serious shortcomings. They contain definitions and principles of secularism that do not reflect the principles of Bill 21 and they do not rely on the recitals of the Act to explain its reasons.

October 22. Following the publication of the Bedford School report, Prime Minister Legault entrusted Ministers Drainville and Roberge with the mandate to find ways to strengthen controls and secularism in Quebec schools. This report reported on complaints and reports regarding issues related to non-compliance with secular obligations. The PM also mentioned that he was willing to debate in good faith the abolition of the funding of private religious schools whatever was not his priority. A few days later, the ministers began checks in 17 schools in Quebec.

November 27. The Advisory Committee on the Constitutional Issues of Quebec within the Canadian Federation recommends that Quebec be given a codified constitution that would include the fundamental laws currently in force, including Bill 21.

November 29. The government of Quebec asks the federal government to end the religious exemption inscribed in the criminal code concerning hate propaganda, immediately supported by RPL and the Advisory Center for Jewish and Israeli Relations (CIJA). As the philosopher Louise Mailloux says so well: “this immunity granted to believers is an aberration and nothing can justify that they can enjoy such a privilege at the expense of all other citizens”.

December 6th. Prime Minister Legault said he was thinking of legislating to prohibit prayer in public space and a draft constitution to include secularism, equality between women and men and the integration of immigrants in full in a fundamental text.

There is no need to say, the year 2025 promises to be fruitful in discussion about the secularism of the State.

Marie-Claude Girard The author is retired from the Canadian Commission on Human Rights. She signs this text in a personal capacity.

Idées | Islamophobie ou islamocécité?

Useful distinction from secularists:

Un comité de la Chambre des communes recommande que les cégeps et les universités augmentent la représentation des professeurs musulmans pour lutter contre l’islamophobie. Cette suggestion fait écho à celle d’Amira Elghawaby, représentante spéciale du Canada chargée de la lutte contre l’islamophobie. En septembre dernier, son appel avait suscité une vive réaction au Québec, et l’Assemblée nationale avait réclamé sa démission, tout comme elle l’avait fait en janvier 2023 en raison de propos jugés offensants envers les Québécois à la suite de l’adoption de la Loi sur la laïcité de l’État.

Bien que cette mesure s’inscrive dans une démarche de discrimination positive, il convient de se demander si cette discrimination, même qualifiée de « positive », est véritablement bénéfique.

Depuis l’attaque du Hamas contre Israël en octobre 2023 et la contre-offensive des troupes israéliennes dans la bande de Gaza qui se poursuit depuis, l’antisémitisme est, de façon flagrante, la forme de racisme la plus visible au pays, selon les plus récents chiffres publiés par Statistique Canada. Bien qu’ils ne représentent que 1 % de la population canadienne, les juifs ont été victimes de 70 % de tous les actes criminels haineux fondés sur la religion.

Si l’on peut compatir à la cause palestinienne, il n’en reste pas moins que cette communauté est marginale au Canada, tandis que la diaspora juive, enracinée depuis des siècles, est au cœur de notre histoire. Dans ce contexte, une représentante spéciale pour lutter contre l’antisémitisme ne serait-elle pas plus pertinente, direz-vous ?

Il appert qu’il y en a une depuis 2020. C’est Deborah Lyons qui occupe présentement le poste d’envoyée spéciale pour la préservation de la mémoire de l’Holocauste et la lutte contre l’antisémitisme. Mais d’elle, on a eu très peu d’écho.

Plus largement, nous suggérons qu’aucun poste officiel ne soit associé à une minorité particulière, afin d’éviter une fragmentation accrue de notre société.

Il est également crucial de rappeler que la religion n’est pas une race. Tandis que la foi, souvent héritée dans l’enfance, peut évoluer ou être abandonnée, la race est immuable et n’est pas sujette à choix ou à transformation. Assimiler l’islamophobie à une forme de racisme revient donc à confondre deux concepts fondamentalement différents.

Par ailleurs, si les Nations unies et la plupart des gouvernements occidentaux, y compris canadien et français, considèrent que l’islamophobie se définit par la peur, les préjugés et la haine envers l’islam et les musulmans, nous observons qu’elle cible d’abord les islamistes, ce qui est une distinction essentielle pour éviter tout amalgame.

Plusieurs figures musulmanes influentes au Canada, telles que Nadia El-Mabrouk, Ensaf Haidar et, plus récemment, Fatima Aboubakr, dénoncent d’ailleurs vigoureusement les dérives islamistes. Enfin, exprimer des préoccupations quant à une religion, en particulier quant à ses variantes intégristes, ne relève aucunement d’une « phobie ». Bien au contraire, il s’agit d’une attitude rationnelle, fondée sur une vigilance légitime et parfois salutaire.

S’il est rarement acceptable de s’en prendre à des individus, critiquer des idées ou des comportements reste légitime. Les récents actes de vandalisme commis par des groupes islamistes lors de manifestations propalestiniennes vont à l’encontre des valeurs pacifiques qui définissent le Canada. De plus, des professeurs ont été suspendus au Québec pour avoir promu des enseignements contraires aux principes de laïcité. Les prières dans des lieux publics, un autre exemple de pratique controversée, suscitent également des mesures correctives de la part du gouvernement québécois.

Le premier ministre Trudeau n’en est pas à un paradoxe près. D’une part, il se positionne comme un ardent défenseur des droits LGBTQ+ et de l’égalité des sexes. D’autre part, il s’allie régulièrement à des figures dont les discours et pratiques sont ouvertement contraires à ces valeurs fondamentales. Alors que le discours haineux est interdit au Canada, l’article 319 (3) b du Code criminel offre une exemption troublante : un discours homophobe ou sexiste peut être permis s’il s’appuie sur des motifs religieux. Cette exception, critiquée à plusieurs reprises par le ministre québécois de la Justice, révèle une contradiction profonde dans l’application des principes d’égalité et de justice.

En fin de compte, le problème du Canada ne réside pas tant dans l’islamophobie que dans l’islamocécité : une cécité volontaire et complaisante face aux dérives islamistes, qui fragilise nos principes démocratiques et compromet la défense de nos valeurs fondamentales. Refuser de confronter ces enjeux, c’est accepter de sacrifier les acquis de la liberté, de l’égalité et de la justice sur l’autel du multiculturalisme.

Romain Gagnon, David Rand, Andréa Richard, Normand Baillargeon, Francois Dugré et Michel Virard Les auteurs sont respectivement administrateur des Sceptiques du Québec et auteur d’«Et l’homme créa Dieu à son image»; président des Libres penseurs athées et auteur d’«Un simulacre de laïcité»; lauréate du prix Condorcet-Dessaulles et autrice d’«Au-delà de la religion»; membre émérite du Conseil de l’Ordre de l’excellence en éducation du Québec et auteur de «Le Québec en quête de laïcité»; administrateur du Rassemblement pour la laïcité; président de l’Association humaniste du Québec.

Source: Idées | Islamophobie ou islamocécité?

A House of Commons committee recommends that CEGEPs and universities increase the representation of Muslim professors to fight Islamophobia. This suggestion echoes that of Amira Elghawaby, Canada’s special representative for the fight against Islamophobia. Last September, her appeal aroused a strong reaction in Quebec, and the National Assembly called for her resignation, just as it did in January 2023 because of remarks deemed offensive to Quebecers following the adoption of the Act on the Secularism of the State.

Although this measure is part of a positive discrimination approach, it is important to ask whether this discrimination, even described as “positive”, is truly beneficial.

Since Hamas’ attack on Israel in October 2023 and the Israeli troops’ counter-offensive in the Gaza Strip that has continued since, anti-Semitism has been blatantly the most visible form of racism in the country, according to the most recent figures published by Statistics Canada. Although they represent only 1% of the Canadian population, Jews have been victims of 70% of all hate crimes based on religion.

While we can sympathize with the Palestinian cause, the fact remains that this community is marginal in Canada, while the Jewish diaspora, rooted for centuries, is at the heart of our history. In this context, wouldn’t a special representative to fight anti-Semitism be more relevant, you would say?

It appears that there has been one since 2020. Deborah Lyons currently holds the position of special envoy for the preservation of Holocaust memory and the fight against anti-Semitism. But from her, we had very little echo.

More broadly, we suggest that no official position be associated with a particular minority, in order to avoid increased fragmentation of our society.

It is also crucial to remember that religion is not a race. While faith, often inherited in childhood, can evolve or be abandoned, race is immutable and is not subject to choice or transformation. Assimilating Islamophobia to a form of racism therefore amounts to confusing two fundamentally different concepts.

Moreover, while the United Nations and most Western governments, including Canadian and French, consider Islamophobia to be defined by fear, prejudice and hatred towards Islam and Muslims, we observe that it targets Islamists in the first place, which is an essential distinction to avoid any amalgamation.

Several influential Muslim figures in Canada, such as Nadia El-Mabrouk, Ensaf Haidar and, more recently, Fatima Aboubakr, vigorously denounce Islamist excesses. Finally, expressing concerns about a religion, especially about its fundamentalist variants, is in no way a “phobia”. On the contrary, it is a rational attitude, based on legitimate and sometimes salutary vigilance.

If it is rarely acceptable to attack individuals, criticizing ideas or behaviors remains legitimate. The recent acts of vandalism committed by Islamist groups during pro-Palestinian demonstrations go against the peaceful values that define Canada. In addition, professors have been suspended in Quebec for promoting teaching contrary to the principles of secularism. Prayers in public places, another example of a controversial practice, also give rise to corrective measures by the Quebec government.

Prime Minister Trudeau is not at a paradox. On the one hand, he positions himself as an ardent defender of LGBTQ+ rights and gender equality. On the other hand, he regularly allies himself with figures whose speeches and practices are openly contrary to these fundamental values. While hate speech is prohibited in Canada, section 319 (3) b of the Criminal Code offers a disturbing exemption: homophobic or sexist speech may be allowed if it is based on religious motives. This exception, repeatedly criticized by the Quebec Minister of Justice, reveals a profound contradiction in the application of the principles of equality and justice.

In the end, Canada’s problem lies not so much in Islamophobia as in Islamoblindness: a voluntary and complacent blindness in the face of Islamist excesses, which weakens our democratic principles and compromises the defense of our fundamental values. To refuse to confront these issues is to accept to sacrifice the achievements of freedom, equality and justice on the altar of multiculturalism.

Idées | Les leçons de l’expérience française sur la laïcité à l’école et la limite des lois

Thoughtful discussion and recognition that coercive measures are ineffective in improving the “vivre ensemble”

Maintenant que 17 établissements scolaires font déjà l’objet d’enquêtes pour de possibles manquements à la laïcité et que l’école Saint-Maxime de Laval fait les manchettes, les enjeux entourant la laïcité détonnent de plus belle. Un rapport détaillé sur ces cas est attendu en janvier.

Cette situation soulève des questions fondamentales sur l’application de la laïcité, une valeur profondément ancrée en France, mais aussi au Québec. Présentée comme garante de la neutralité de l’État face aux religions et protectrice des libertés individuelles, la laïcité, lorsqu’elle se traduit en législation scolaire restrictive, peut devenir une source de divisions plutôt qu’un facteur de cohésion. La France, pionnière dans la mise en œuvre de telles politiques depuis la fin des années 1980, offre un exemple clé pour l’analyse de leurs effets sur le climat scolaire et les relations interculturelles.

Des restrictions qui n’améliorent pas le respect de la laïcité

L’un des principaux arguments avancés pour ces lois est qu’elles renforceraient la laïcité en garantissant un espace neutre où toutes les croyances sont respectées. Cependant, en interdisant certaines pratiques religieuses, cette législation donne souvent l’impression de cibler des communautés spécifiques, ce qui crée un sentiment de stigmatisation et de discrimination.

En France, les lois sur la laïcité ont principalement affecté les jeunes filles musulmanes portant le hidjab. Ce ciblage a donné lieu à des accusations de traitement inégal et à des débats sur l’incompatibilité supposée entre l’islam et les valeurs dites « républicaines ». Or, la laïcité, idéalement, ne devrait ni exclure ni contraindre, mais offrir à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire. Les restrictions imposées par les lois sur les signes religieux dans les écoles publiques compromettent cet équilibre en associant la laïcité à un outil coercitif plutôt qu’à un cadre émancipateur.

Un climat scolaire exacerbé par les tensions

Loin d’apaiser les tensions dans les établissements scolaires, les lois restrictives tendent à les exacerber. Dans l’affaire de Creil et dans les années qui ont suivi, de nombreux cas similaires ont mis en lumière l’instrumentalisation des écoles comme champ de bataille idéologique. Cela détourne les enseignants et les élèves de leur mission première : apprendre et grandir ensemble.

Des études menées en France montrent que l’application de la loi de 2004 a conduit à une augmentation des conflits dans les établissements touchés. Comme l’avait souligné la chercheuse Françoise Lorcerie en 2008, la législation prohibitive ne fait qu’accroître les tensions, souvent accompagnées d’une spirale médiatique et politique. Ce type d’escalade installe rarement le climat propice à la discussion de ce genre d’enjeu, comme la France a pu le voir lors de la commission Stasi, qui a mené aux lois prohibitives de 2004. La surreprésentation du camp prohibitionniste dans les médias fut soulevée dans la recherche (Thomas, 2008).

Ces lois ont également renforcé un climat de suspicion envers les élèves issus de minorités et fait en sorte que les professeurs se sentent parfois pris dans un rôle de police des comportements religieux. Ce type d’interventions n’encourage ni la compréhension mutuelle ni l’intégration, mais peut au contraire favoriser un repli identitaire chez les jeunes concernés.

Des relations interculturelles mises en péril

Une des promesses implicites de ces lois est qu’elles favoriseraient l’intégration des élèves dans la société laïque. Pourtant, l’effet inverse semble souvent se produire. Les interdictions rigides de pratiques religieuses, même dans un cadre scolaire, peuvent être perçues comme une négation de l’identité culturelle et spirituelle des élèves concernés.

En France, l’application de ces lois a parfois contribué à marginaliser des groupes minoritaires, alimentant un sentiment de rejet et une méfiance accrue envers les institutions publiques. Dans ce contexte, les établissements scolaires, qui devraient être des lieux de dialogue interculturel et de formation citoyenne, risquent de devenir des espaces de division.

Au-delà des murs de l’école, ces lois ont également un impact sur la perception des valeurs d’accueil dans la société. Plutôt que de renforcer une laïcité apaisée, elles alimentent le discours de l’exclusion et du « nous contre eux ». Les jeunes issus de ces minorités religieuses font ainsi face à un dilemme : renoncer à une partie de leur identité pour se conformer, ou résister, au risque de se voir rejetés davantage.

Pour une approche équilibrée de la laïcité

L’exemple français devrait servir de mise en garde pour le Québec envisageant de légiférer dans le même sens. Si l’objectif est de promouvoir la laïcité et le vivre-ensemble, des mesures coercitives ne sont pas la solution. La laïcité doit être perçue comme une valeur d’union et de respect mutuel, et non comme un instrument de contrôle ou d’assimilation forcée.

En fin de compte, les écoles devraient être des lieux où les enfants apprennent à vivre ensemble dans la diversité, et non des arènes de conflits idéologiques. Loin de résoudre les problèmes auxquels elles prétendent s’attaquer, les lois restrictives sur la laïcité risquent de creuser les fractures qu’elles cherchent à combler. L’expérience française, marquée par des décennies de controverses sur le sujet, montre qu’une approche plus nuancée et inclusive à la québécoise est non seulement souhaitable, mais aussi nécessaire pour bâtir une société véritablement respectueuse des différences.

Source: Idées | Les leçons de l’expérience française sur la laïcité à l’école et la limite des lois

Now that 17 schools are already being investigated for possible breaches of secularism and the Saint-Maxime de Laval school is making headlines, the issues surrounding secularism are more in tune. A detailed report on these cases is expected in January.

This situation raises fundamental questions about the application of secularism, a value deeply rooted in France, but also in Quebec. Presented as a guarantor of the neutrality of the State in the face of religions and a protector of individual freedoms, secularism, when it translates into restrictive school legislation, can become a source of division rather than a factor of cohesion. France, a pioneer in the implementation of such policies since the late 1980s, offers a key example for the analysis of their effects on the school climate and intercultural relations.

Restrictions that do not improve respect for secularism

One of the main arguments put forward for these laws is that they would strengthen secularism by guaranteeing a neutral space where all beliefs are respected. However, by prohibiting certain religious practices, this legislation often gives the impression of targeting specific communities, which creates a sense of stigmatization and discrimination.

In France, the laws on secularism have mainly affected young Muslim girls wearing the hijab. This targeting has given rise to accusations of unequal treatment and debates about the supposed incompatibility between Islam and so-called “republican” values. However, secularism, ideally, should neither exclude nor constrain, but offer everyone the freedom to believe or not to believe. The restrictions imposed by the laws on religious signs in public schools compromise this balance by associating secularism with a coercive tool rather than an emancipatory framework.

A school climate exacerbated by tensions

Far from easing tensions in schools, restrictive laws tend to exacerbate them. In the Creil case and in the years that followed, many similar cases highlighted the instrumentalization of schools as an ideological battlefield. This distracts teachers and students from their primary mission: to learn and grow together.

Studies conducted in France show that the application of the 2004 law has led to an increase in conflicts in affected institutions. As researcher Françoise Lorcerie pointed out in 2008, prohibitive legislation only increases tensions, often accompanied by a media and political spiral. This type of escalation rarely sets the climate conducive to the discussion of this kind of issue, as France was able to see during the Stasi commission, which led to the prohibitive laws of 2004. The overrepresentation of the prohibitionist camp in the media was raised in the research (Thomas, 2008).

These laws have also reinforced a climate of suspicion towards students from minorities and ensured that teachers sometimes feel caught in a role of police of religious behavior. This type of intervention does not encourage mutual understanding or integration, but can on the contrary promote an identity retreat among the young people concerned.

Intercultural relationships at risk

One of the implicit promises of these laws is that they would promote the integration of students into secular society. However, the opposite effect often seems to occur. Rigid prohibitions of religious practices, even in a school setting, can be perceived as a negation of the cultural and spiritual identity of the students concerned.

In France, the application of these laws has sometimes contributed to marginalizing minority groups, fueling a feeling of rejection and increased distrust of public institutions. In this context, schools, which should be places of intercultural dialogue and civic education, risk becoming spaces of division.

Beyond the walls of the school, these laws also have an impact on the perception of welcoming values in society. Rather than strengthening a peaceful secularism, they feed the discourse of exclusion and “we against them”. Young people from these religious minorities thus face a dilemma: giving up part of their identity to conform, or resist, at the risk of being further rejected.

For a balanced approach to secularism

The French example should serve as a warning for Quebec considering legislating in the same direction. If the objective is to promote secularism and living together, coercive measures are not the solution. Secularism should be perceived as a value of union and mutual respect, and not as an instrument of control or forced assimilation.

At the end of the day, schools should be places where children learn to live together in diversity, not arenas of ideological conflicts. Far from solving the problems they claim to tackle, restrictive laws on secularism risk deepening the fractures they seek to fill. The French experience, marked by decades of controversy on the subject, shows that a more nuanced and inclusive Quebec approach is not only desirable, but also necessary to build a society that truly respects differences.

Chris Selley: Latest outrages over Muslims give a preview of Quebec’s next referendum

Sigh:

…One might ask him the same about all manner of other religious rites parents impose upon their children, and one might even get a consistent answer. Quebec feminist icon Louise Mailloux once equated baptism and circumcision with rape. When Mailloux ran for the PQ in 2014, then leader Pauline Marois said she “respect(ed) the fact that she has that point of view.”

St-Pierre Plamondon complained, too, about a sign welcoming people to Montreal’s City Hall that features a woman wearing the hijab. “Clearly the issue of religious invasion of public space does not stop at Bedford School,” he wrote.

So, yet again, the goalposts have shifted. The old deal was if you speak French and integrate into society, you’re welcome to practice any religion you like. The more recent deal, under 2019’s Bill 21, is that if you want to wield state power for a living — as a police officer, Crown prosecutor, prison guard or teacher — then you also have to remove any religious symbols while you’re on the job.

Now the mere presence of a hijab on a little girl in a library, or anywhere in public, is problematic in Quebec.

Those who’ve always believed Bill 21 wasn’t punitive enough, including St-Pierre Plamondon, have concluded that Bill 21 must be toughened in response to the scandal at the Bedford elementary school. And it all could have been avoided if the school board had just done its bloody job.

Expect a third referendum to boil down to this: linguistic and religious freedom versus restrictions thereof. That can’t not be ugly — and it won’t work for the Yes side. The referendum would fail, and Canada would still include an even-more-divided Quebec that’s even more out of step with the rest of Canada’s concepts of linguistic and religious freedom.

Source: Chris Selley: Latest outrages over Muslims give a preview of Quebec’s next referendum

Dejean | La laïcité, «couteau suisse» du vivre ensemble

Note of caution on over-use of laïcité to justify measures rather than a more global and balanced approach beyond religious affiliation:

Si vous êtes adepte du camping, vous avez certainement déjà tenu entre vos mains le célèbre « couteau suisse » de couleur rouge de la marque Victorinox. Une compote à manger, le couteau dispose d’une cuiller ; une vis à resserrer, c’est un tournevis qui est révélé ; une bouteille à déboucher, un tire-bouchon est votre allié. Ces temps-ci, la laïcité semble être à notre démocratie ce que le couteau suisse est au camping : un outil que l’on dégaine en toute situation, confiant dans sa fiabilité et ses possibilités. Faciliter l’intégration des nouveaux arrivants : laïcité ; apaiser les relations interculturelles : laïcité encore ; mettre fin à des pratiques franchement douteuses dans une école : laïcité toujours.

On pourrait se réjouir de la souplesse et de l’élasticité de cette notion, en passe de devenir une valeur cardinale : après tout, si elle est capable de résoudre bien des problèmes épineux du moment, qui s’en plaindrait ? Malgré tout, on est en droit de se demander si, à force de trop charger la barque, elle ne va pas finir par prendre l’eau. Alors que l’intuition première de la laïcité fut parfaitement résumée par Victor Hugo dans une formule aujourd’hui fameuse, « l’Église chez elle et l’État chez lui », on constate que son champ d’application ne cesse de s’étendre, non pas selon des raisons bien pesées, mais davantage en fonction des polémiques de l’heure.

Voyez les événements qui se sont déroulés dans cette école de Côte-des-Neiges : les nombreuses chroniques qui leur furent consacrées avaient en commun d’en faire fondamentalement un problème de laïcité. C’était une évidence qui ne souffrait aucune discussion. Ainsi, dans les colonnes du Devoir, Normand Baillargeon achevait sa plus récente chronique en une formule sibylline : « Un premier geste à poser en ce sens est de renforcer et d’étendre la laïcité. Et de l’appliquer partout. » Qu’est-ce que le philosophe entend par « étendre » et « appliquer partout » la laïcité ? Difficile de le dire.

En effet, la laïcité est désormais une sorte de fétiche que l’on tire de son sac, sans vraiment se questionner quant aux objectifs visés et à la nature des problèmes à résoudre. Le même jour, mais dans un journal concurrent, Joseph Facal se montrait encore plus explicite : « Comparons la laïcité à une longue marche. La loi 21 fut un premier pas timide. » On se demande jusqu’où va nous mener cette longue marche. Là encore, le chroniqueur n’apporte aucun élément concret.

Les deux chroniques — mais j’aurais pu en choisir d’autres — ont donc en commun de « cadrer » les événements autour de la variable religieuse, alors même qu’elle n’est qu’une variable parmi d’autres qui, sans être occultée, doit pourtant être remise à la place qui lui revient. À lire le rapport fouillé rendu public par le ministère de l’Éducation, il apparaît que bien des problèmes sont avant tout liés à des manquements institutionnels et que des interventions en temps et en heure des autorités compétentes auraient pu faire retomber la pression. La question est donc la suivante : renforcer l’arsenal législatif en matière de laïcité permettrait-il dans le futur d’empêcher de telles dérives ? Rien n’est moins sûr. Et si c’est le cas, cela doit être démontré avec rigueur, et non affirmé de façon péremptoire.

Alors, pourquoi autant de textes appellent-ils à aller plus loin dans l’encadrement des manifestations religieuses ? Sans doute y a-t-il une part d’opportunisme politique chez des personnes qui, depuis l’adoption de la Loi sur la laïcité de l’État, regrettent que cette dernière n’aille pas assez loin, et exploitent l’actualité : ce furent des prières dans un parc ou des rues hier, ce sont aujourd’hui les agissements condamnables d’une petite clique d’enseignants.

Mais soyons vigilants, respecter la laïcité, c’est aussi ne pas la brandir à tout bout de champ, la transformant peu à peu en une sorte de « couteau suisse » du vivre-ensemble. Il est donc nécessaire qu’elle demeure tout simplement un principe régulateur dans les relations entre l’État et les groupes religieux, et non un étendard identitaire qui tirerait sa puissance non pas tant de son contenu, mais de sa simple évocation devenue quasi sacrée.

Frédéric Dejean L’auteur est professeur au département de sciences des religions de l’Université du Québec à Montréal.

Source: Libre opinion | La laïcité, «couteau suisse» du vivre ensemble

If you are a fan of camping, you have certainly already held the famous red “Swiss army knife” from the Victorinox brand in your hands. A compote to eat, the knife has a spoon; a screw to tighten, it is a screwdriver that is revealed; a bottle to unclog, a corkscrew is your ally. These days, secularism seems to be to our democracy what the Swiss army knife is to camping: a tool that is drawn in any situation, confident in its reliability and possibilities. Facilitate the integration of newcomers: secularism; soothe intercultural relations: secularism again; put an end to frankly dubious practices in a school: secularism always.

We could rejoice in the flexibility and elasticity of this notion, which is about to become a cardinal value: after all, if it is able to solve many of the thorny problems of the moment, who would complain about it? Despite everything, we are entitled to ask ourselves if, by dint of loading the boat too much, it will not end up taking the water. While the primary intuition of secularism was perfectly summarized by Victor Hugo in a now famous formula, “the Church at home and the State at home”, we see that its scope of application continues to expand, not according to well-weighted reasons, but more according to the polemics of the hour.

See the events that took place in this school of Côte-des-Neiges: the many chronicles that were devoted to them had in common to make it fundamentally a problem of secularism. It was obvious that there was no discussion. Thus, in the columns of the Devoir, Normand Baillargeon completed his most recent chronicle in a sibylline formula: “A first gesture to be made in this sense is to strengthen and extend secularism. And to apply it everywhere. “What does the philosopher mean by “extend” and “apply everywhere” secularism? Hard to say.

Indeed, secularism is now a kind of fetish that you get out of your bag, without really questioning the objectives pursued and the nature of the problems to be solved. On the same day, but in a competing newspaper, Joseph Facal was even more explicit: “Let’s compare secularism to a long march. Law 21 was a timid first step. “We wonder how far this long march will take us. Again, the columnist does not bring any concrete elements.

The two chronicles – but I could have chosen others – therefore have in common to “frame” the events around the religious variable, even though it is only one variable among others which, without being hidden, must nevertheless be put back in its rightful place. Reading the researched report made public by the Ministry of Education, it appears that many problems are primarily related to institutional shortcomings and that timely interventions by the competent authorities could have reduced the pressure. The question is therefore: would strengthening the legislative arsenal of secularism make it possible in the future to prevent such excesses? Nothing is less certain. And if this is the case, it must be demonstrated rigorously, and not affirmed in a peremptory way.

So, why do so many texts call for further management of religious events? No doubt there is a share of political opportunism among people who, since the adoption of the Law on Secularism of the State, regret that it does not go far enough, and exploit the news: it was prayers in a park or streets yesterday, it is today the reprehensible actions of a small clique of teachers.

But let’s be vigilant, respecting secularism also means not brandishing it at every turn, gradually transforming it into a kind of “Swiss army knife” of living together. It is therefore necessary that it remains simply a regulatory principle in relations between the State and religious groups, and not an identity banner that would draw its power not so much from its content, but from its simple evocation that has become almost sacred.

Prejudice against Muslims higher than towards any other group in US, poll finds

Not too surprising given encampments and other Israel-Gaza protests:

Favourable attitudes towards Muslims among Americans have declined and public prejudice against them remains higher than any other religious, ethnic or racial group, a poll published by The Brookings Institution has found.

Released on Tuesday and conducted between 26 July and 1 August, the University of Maryland Critical Issues Poll (UMDCIP) consists of two tracks, one measuring the change in American public attitudes concerning Islam and Muslims and the second which studied prejudice towards racial, religious and ethnic groups – including Jews and Muslims.

Generally, favourable views of Muslims and Islam increased over the last year. The findings show a drop to 64 percent from 78 percent in comparison to 2022 regarding favourable views of Muslims, and a drop to 48 percent in favourable attitudes towards Islam.

Favourable views of Muslims dropped among both Democrats and Republicans, but the drop was starker among Republicans.

In February 2024, 52 percent of Republicans viewed Muslims favourably, but in July 2024, the figure dropped to 46 percent. For Democrats, the drop went from 83 percent in February to 80 percent in July.

The survey sampled 1,510 American adults with oversamples of 202 Blacks and 200 Hispanics.

Anti-Muslim versus anti-Jewish sentiment

Following Israel’s war on Gaza, there has been a dramatic increase in incidents of hate and prejudice against both Jews and Muslims globally.

Prejudice toward Jews and Judaism is included in the poll for the first time.

Among all respondents, favourable views of Muslims were at 64 percent and 48 percent for Islam while it stood at 86 percent for Jews and 77 percent for Judaism.

“The gap between attitudes toward people and religion is not uncommon and has been consistently found in our previous polling, particularly toward Muslims,” the poll says.

Another key factor is race. While only nine percent of white people view Jews as unfavourable, 37 percent of white people view Muslims as unfavourable. Among Black and Hispanic people, the difference is less stark, with 29 percent of Black people viewing Muslims as unfavourable, and 21 percent for Jews. For Hispanics, 33 percent view Muslims unfavourably, with 22 percent for Jews.

College education, familiarity and personal relationships with Jews and Muslims are significant contributing factors that lead to more favourable views towards both Jews and Muslims, according to the poll.

Generational gap

The poll shows that younger Americans have more favourable views towards Jews than Muslims overall, but there is a generational gap. Americans under 30 still have more favourable opinions of Muslims and Islam than Americans aged 30 and over.

While factors explaining this trend still need probing, the reason for the less favourable views of Jews among young people may be the fact that white people tend to have more favourable views of Jews than non-whites, although the share of white people among younger Americans is smaller.

Prejudice toward Muslims is also higher than other groups when it comes to their perceived contributions to American society, the poll says.

Polling shows that only one-third (37 percent) of Americans believe Muslims strengthen American society, while a majority of Americans say the same about every other ethnic, racial and religious group.

Young Americans (under 30) have identical views of the degree to which Muslims and Jews strengthen American society, but older Americans believe Jews (55 percent) contribute far more to American society than Muslims (32 percent).

The lowest figure is found among older Republican Americans, with only 21 percent believing Muslims contribute to American society.

Source: Prejudice against Muslims higher than towards any other group in US, poll finds

Lanctôt | Une «belle victoire» pour la Loi sur la laïcité

A critical perspective:

Il s’agit, à n’en point douter, d’une grande victoire pour le gouvernement Legault dans le dossier de la Loi sur la laïcité de l’État. Jeudi, la Cour d’appel du Québec a confirmé la validité de la Loi, affirmant les conclusions de la Cour supérieure quant à l’application des dispositions de dérogation et en annulant l’exception qui avait été accordée par la Cour supérieure au système scolaire anglophone.

« La Cour vient confirmer le droit du Québec de prendre ses propres décisions, c’est vraiment une belle victoire pour la nation québécoise », déclarait le premier ministre, François Legault, en conférence de presse, quelques heures après la publication du jugement.

En 2021, le juge Marc-André Blanchard de la Cour supérieure du Québec avait déjà maintenu l’essentiel de la « loi 21 » en concluant à la validité de l’utilisation préventive de la disposition de dérogation aux droits fondamentaux garantis par les chartes canadienne et québécoise des droits et libertés.

Toutefois, le jugement formulait des commentaires inquiets quant à une utilisation aussi large de la disposition de dérogation. Le juge Blanchard notait que la loi 21 constituait le premier texte législatif dérogeant simultanément aux articles des deux chartes garantissant presque l’ensemble des droits et libertés dans la province. « Peu importe la perspective que l’on entretient face à la loi 21, notait-il, il faut souligner qu’il ne s’agit pas là d’une mince affaire. »

Sur le fond, il notait par ailleurs qu’il semblait « incontestable » que plusieurs dispositions de la loi violent non seulement les droits garantis par les chartes, mais aussi les droits découlant des instruments internationaux dont le Québec est signataire, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

Là encore, dira-t-on, pas une mince affaire. Or, l’état du droit canadien, et c’est ce dont le gouvernement Legault et les défenseurs de la loi 21 se réjouissaient jeudi, le permet. Pour le dire vite, et reprenant l’analyse qu’ont fait tant la Cour supérieure que la Cour d’appel, en vertu de l’arrêt Ford de 1988, il suffit aux législatures des provinces d’inscrire les dérogations désirées dans la loi pour les soustraire au contrôle judiciaire.

Cet outil, quoique pertinent, est particulier au droit constitutionnel canadien : il tempère, d’une part, l’équilibre entre les provinces et le gouvernement fédéral. Il permet aussi de préserver l’autonomie de la législature face aux tribunaux.

Le Québec n’est pas la seule province à faire usage des dispositions de dérogation : le gouvernement de Doug Ford l’a fait en 2022, et plus récemment, la Saskatchewan aussi. Au Québec, en revanche, cet instrument, on le voit ces jours-ci, est chargé politiquement : déroger à cette vilaine Charte canadienne « qu’on n’a pas signée », ou encore à cette Charte québécoise qui, soi-disant, confère aux tribunaux un pouvoir démesuré, est devenu un marqueur politique clair, un appel du pied pour un certain électorat.

Ironiquement, la décision que le gouvernement Legault applaudit aujourd’hui témoigne que les tribunaux font preuve d’une grande déférence à l’égard de la législature. La décision de la Cour d’appel formule des remarques intéressantes à ce titre, en rappelant qu’il ne lui appartient pas de juger des motifs de suspendre les droits fondamentaux des citoyens ; et que le débat sur la portée des dispositions de dérogation a déjà eu lieu.

La Cour note ensuite qu’il revient aux citoyens, à la société civile, de décider si cette façon de faire du législateur lui convient. Votez en conséquence, dit-on en gros, cela n’est pas l’affaire des tribunaux.

Je crois qu’il s’agit en effet de la question fondamentale qu’il faut se poser en tant que citoyen.

Si les dispositions de dérogation agissent comme un contre-pouvoir face à Ottawa, face au contrôle judiciaire des lois en général, les droits fondamentaux, entre les mains des citoyens, constituent aussi un contre-pouvoir. On parle de préserver l’autonomie du législateur face aux tribunaux, mais qu’en est-il de protéger les citoyens face aux dérives législatives ?

L’équilibre est-il atteint ici, alors que l’on suspend la quasi-totalité des droits garantis par la Charte québécoise, pour une seule loi visant une affirmation nationale abstraite plus qu’elle ne répond à un enjeu réel ?

Dans ce dossier, on parle souvent de la nécessité de tempérer les droits individuels au profit des droits collectifs. Sauf que les droits collectifs sont toujours conditionnés par la possibilité d’exercer les droits individuels. Ces droits collectifs ne s’exercent pas dans l’abstrait, ils sont la somme des droits et des conditions d’existence que l’on garantit aux citoyens. Cela étant dit, est-on à l’aise avec l’érosion manifeste des droits des minorités religieuses provoquée ici ?

La réponse, on le comprend, est oui — en témoigne l’appui, auprès d’une certaine génération du moins, à la loi 21.

Je pense au contraire que nous nous tirons dans le pied et que nous fragilisons le tissu social en nous comportant de manière aussi ouvertement méprisante à l’égard des droits des minorités — pas juste religieuse, d’ailleurs. Construire, affirmer une identité collective « contre » quelque chose n’a jamais mené à de belles choses.

Le feuilleton de la « laïcité » (insistons sur les guillemets) a déjà laissé des cicatrices profondes dans la société québécoise, parce que ce « débat » a été mené sans égard à son effet stigmatisant sur l’ensemble des minorités. On prétend que l’affirmation du « nous » de la majorité y a gagné au change, alors au diable les dégâts collatéraux. Il me semble au contraire que les divisions n’ont jamais été aussi profondes, de toutes parts.

Aurélie Lanctôt, Chroniqueuse spécialisée dans les enjeux de justice environnementale, l’autrice est doctorante en droit à l’Université McGill.

Source: Chronique | Une «belle victoire» pour la Loi sur la laïcité

Le rapport sénatorial sur l’islamophobie est le fruit d’une intoxication idéologique

The Quebec laicité perspective on the recent Senate report:

Irresponsable ? Catastrophiste ? Incendiaire ? On hésite sur le bon adjectif à utiliser pour décrire le rapport sur l’islamophobie que le Comité sénatorial permanent des droits de la personne (CSPDP) vient de déposer.

Les attentats à la mosquée de Québec et de London ont profondément bouleversé les Canadiens. Tous les crimes haineux mentionnés dans le rapport sont inacceptables, et les gouvernements ont la responsabilité de les combattre et doivent tout mettre en oeuvre pour favoriser la coexistence pacifique et la sécurité de leurs citoyens. Mais amplifier indûment la menace en dépeignant un climat de terreur pour les musulmans canadiens ne peut que nuire davantage. Les chiffres de Statistique Canada infirment d’ailleurs cette thèse alarmiste. Pourquoi taire, par exemple, que les populations noire et juive sont, et de loin, davantage victimes de crimes haineux ?

Ce rapport, s’il suggère bien quelques rares mesures raisonnables, préfère brosser un tableau hideux et sans nuances de la situation des musulmans canadiens. Ils se sentiraient attaqués, des femmes et des filles auraient « peur de quitter leur domicile pour aller au travail et à l’école », certains subiraient même de l’islamophobie tous les jours.

Définition, laïcité et idéologie

C’est que la définition proposée de l’islamophobie est très large afin d’englober le plus de cas possible. Par exemple, le fait de ne pas accorder aux musulmans, dans le milieu de travail, des locaux et du temps pour les prières est considéré comme relevant de l’islamophobie, au sens de racisme antimusulman (p. 66). L’approche intersectionnelle, comme les notions d’islamophobie systémique et de micro-agressions inconscientes, permet également d’amplifier le phénomène.

Le rapport reconduit également une compréhension hautement caricaturale de la Loi sur la laïcité de l’État. Les témoins interrogés, qui confondent le respect des personnes avec le respect absolu des préceptes de l’islam, « s’entendent tous pour dire que la loi 21 est discriminatoire, qu’elle a exacerbé l’islamophobie et qu’elle devrait être abrogée » (p. 65). Elle est même accusée de « déshumaniser les personnes ». On le voit, le CSPDP n’a pas entendu comme témoin un seul des nombreux musulmans qui soutiennent la loi 21.

Le rapport évite également de penser la réalité de l’islamisme violent et la peur légitime qu’il soulève, y compris chez les musulmans. Seul Rachad Antonius, parmi les 138 témoins entendus lors des 21 séances publiques, ose en traiter expressément, mais le rapport le passera sous silence. Il n’y aurait, à entendre les autres témoins, que des préjugés et des stéréotypes à combattre à grands coups de campagnes médiatiques et de formations obligatoires contre les biais inconscients pour tous les fonctionnaires et les élèves.

Le rapport ne retient que ce qui appuie une conclusion tirée d’avance. Tout écart statistique, comme la sous-représentation des musulmans chez les fonctionnaires ou leur surreprésentation dans les prisons, est compris comme une « preuve » d’islamophobie systémique, sans qu’il y ait recherche d’une explication plus plausible. Le rapport confond également idéologie et science en prétendant, sans justification, que « la plus grande menace pour la sécurité nationale provient des groupes militant pour la suprématie blanche » (p. 50). On taira donc un document sur la stratégie antiterroriste du Canada qui précisait pourtant que « l’extrémisme islamique violent est la principale menace pour la sécurité nationale du Canada » .

Une offensive contre les institutions chargées de la sécurité

Ce sont assurément les instances responsables de la sécurité nationale qui hantent ce rapport. Cinq des 13 recommandations y sont d’ailleurs consacrées, mais vont dans le sens opposé à celui qu’on attend de la part d’un comité sénatorial crédible. C’est que ce dernier semble surtout à la remorque des recommandations du Conseil national des musulmans canadiens (CNMC), contre lesquelles nous faisions déjà une mise en garde ici.

Le CNMC ne réclame en effet rien de moins que l’interruption de la stratégie nationale de lutte contre l’extrémisme violent et la radicalisation, et la suspension de la Division de la revue et de l’analyse (DRA) de l’Agence de revenu du Canada (ARC), qui est chargée de repérer les menaces de financement du terrorisme au Canada qui s’exercent par l’entremise d’organisations caritatives. Il propose plutôt que soient scrutés les organismes de sécurité nationale, dont le Service canadien du renseignement de sécurité, et les services frontaliers du Canada, qu’il soupçonne de pratiques racistes, xénophobes, islamophobes et même de subir la « pénétration de la suprématie blanche ».

Le CSPDP approuve tout cela et affirme que « les lois, les politiques et les pratiques relatives à la sécurité nationale sont profondément ancrées dans l’islamophobie et continuent de perpétuer des préjugés à l’encontre des musulmans » (p. 51). La preuve ? Soixante-quinze pour cent des révocations d’associations caritatives posant le plus grand risque de financement du terrorisme au Canada visaient des organismes musulmans, alors que ceux-ci représentent moins de 1 % de l’ensemble des organisations caritatives (p. 57). Malgré le témoignage de Sharmila Khare (directrice générale de la Direction des organismes de bienfaisance de l’ARC), selon lequel « les vérifications de la DRA ne sont entreprises que lorsqu’il y a un risque d’abus terroriste », le rapport conclut néanmoins que la DRA « fait preuve d’un parti pris structurel à l’encontre des organismes de bienfaisance musulmans » (p. 58).

Le simple fait que le modèle d’évaluation du ministère des Finances soit axé sur le risque serait même, selon le professeur de droit Anver Emon, « une déclaration explicite d’islamophobie » . Mieux, qu’un Canadien voyageant à Gaza et combattant pour le Hamas devienne suspect pour le gouvernement serait, ajoute-t-il, un « exemple d’islamophobie systémique » ! Faut-il vraiment relever que le CSPDP perd ainsi toute crédibilité en « oubliant » que le Hamas est sur la liste des entités terroristes du Canada ? Qu’en amalgamant islam et islamisme violent sous le parapluie de l’islamophobie, il mine le sentiment de sécurité de ses citoyens ?

Comment expliquer pareille intoxication irresponsable ? Une partie de l’explication réside peut-être dans le fait que la présidente de ce comité sénatorial, Salma Ataullahjan, est toujours conseillère au CNMC. Rappelons, pour finir, que cette organisation fait partie des plaignants qui sont devant les tribunaux pour faire invalider la loi 21.

Source: Le rapport sénatorial sur l’islamophobie est le fruit d’une intoxication idéologique

Neutral coverage below:

Islamophobia remains a persistent problem in Canada and concrete action is required to reverse the growing tide of hate, says a new Senate report released Thursday.

“The evidence is clear. Islamophobia is an acute threat to Canadian Muslims and urgent action is needed,” Sen. Salma Ataullahjan, chair of the Senate human rights committee, told reporters Thursday.

“We must commit to building a more inclusive country and to better promoting our Muslim relatives and friends, neighbours and colleagues.”

The report, the first of its kind in Canada, took a year and involved 21 public meetings and 138 witnesses.

The report said the committee “was disturbed to hear that incidents of Islamophobia are a daily reality for many Muslims, that one in four Canadians do not trust Muslims and that Canada leads the G7 in terms of targeted killings of Muslims motivated by Islamophobia.”

The report’s finding that one in four Canadians do not trust Muslims comes from a submission to the committee from Maple Lodge Farms, a supplier of Halal meat in Ontario’s Peel region, which said it gathered the information from a “national survey” it conducted of 1,500 Canadians.

The submission does not provide details on how the respondents were chosen or what specific questions they were asked.

The report found that Muslim women have become the “primary targets when it comes to violence and intimidation” because they are easily recognizable from their attire. As a result, many are afraid to leave their homes for work, school or other activities.

“The profound effects of gendered Islamophobia are such that it compels certain women to consider removing their hijabs to enhance their employment opportunities,” the report said.

“Testimonies highlighted the fact that Islamophobia in the workplace is not merely the consequence of a handful of people’s actions; rather, it is a systemic issue that is widespread.”

The report said that as a result, Arab women have the highest unemployment rate of any demographic group in the country.

Sen. Mobina Jaffer, Canada’s first Muslim senator, told reporters Thursday that in 2001, not long after 9/11, she was flying from Vancouver to Ottawa with about 60 members of her family when she and her husband were singled out by airport authorities.

“Coming from a refugee background to be appointed by [former prime minister Jean] Chrétien to be a senator was a great pride for my family,” Jaffer said. “And my husband and I both were called outside. And my husband and I both had to completely undress … and I don’t wish that on anybody.”

‘A confirmation of what we have been seeing over many years’

Uthman Quick, the director of communications for the National Council of Canadian Muslims (NCCM), told CBC News that the council was satisfied to see the report highlight the poor treatment of Muslim women in Canada, which he said is a growing problem.

“I think the report is really a confirmation of what we have been seeing over many years, but particularly over the last few weeks, since October 7,” he said.

Quick said there has been an increase in the number of Islamophobic incidents reported to the NCCM since the starte of the recent conflict between Israel and Hamas, a group designated as a terrorist organization by the Canadian government and other nations.

“I am hoping the recommendations are followed through upon. Now more than ever, we can see that they are absolutely needed,” Quick said.

Islamophobia and the media

The report said that the problem can be blamed in part on negative and pervasive stereotypes of Muslims the report said have mischaracterized “concepts of sharia, jihad and hijab.”

“The recurring portrayal of Muslims in media has entrenched these stereotypes, leading them to become falsely accepted as truth,” the report said.

The report found that hate-based information being spread on social media remains a growing problem, with more than 3,000 anti-Muslim social media groups or websites active in Canada.

“The frequency of hate speech and misinformation on social media platforms such as Facebook, X (formerly Twitter) and Instagram was a common concern for [committee] witnesses,” the report said.

A written submission to the committee from Meta, Instagram and Facebook’s parent company, said its efforts to combat Islamophobia are a “work in progress.” It said it is taking steps that include monitoring hate speech and engaging with Muslim communities.

Representatives from X did not appear or make a submission to the committee.

Recommendations

The report makes a number of recommendations for the federal government:

  • Ensure mandatory, regular training on Islamophobia for all federal government employees and the judiciary.
  • Launch a multimedia campaign and educational resources on Islamophobia that can be incorporated into classrooms.
  • Provide additional money to address hate-motivated crimes.
  • Increase specific Criminal Code offences for hate-motivated crimes.
  • Review the Canadian Radio-television and Telecommunications Commission’s mandate to ensure it reflects the needs, interests and aspirations of racialized communities.
  • Introduce legislation to crack down on online hate.
  • Review national security legislation to ensure it takes Islamophobia into account.
  • Modernize the Employment Equity Act to ensure it takes Islamophobia into account.

The report also recommended the federal government introduce legislation in a number of areas to help the Canada Revenue Agency better understand the context for audits of religious organizations and provide quicker decisions on appeals.

The report said that in 2021, 144 anti-Muslim hate crimes were reported to police across the country, with an additional 1,723 crimes reported that were motivated by racial or ethnic hatred.

According to Statistics Canada data used to write the report, there were 223,000 reported cases of hate crime in general in 2020, but the report said those numbers fail to provide a complete picture of hate-motivated violence against Muslims in the country.

Mohammed Hashim, executive director of the Canadian Race Relations Foundation, is quoted in the report telling the committee that only one per cent of reported hate crimes are reported to police and only a fraction of those result in charges.

“Muslims in Canada feel like they are under attack. The psychological impact of constant fear and vigilance is a heavy burden,” the report said.

“Survivors of violent Islamophobia live with the trauma of their direct experience, while countless others live with vicarious trauma brought on by justified fear that their communities are not safe.”

Source: Senate report on Islamophobia says urgent action needed to reverse rising tide of hate

Bouchard: Mise au point sur l’interculturalisme

While I disagree with Bouchard on his characterization of multiculturalism, which is also based on integration (“un modèle d’intégration d’une société dans l’unité et la diversité, dans un esprit d’équilibre entre les besoins et les attentes respectives de la majorité et des minorités” also applies to multiculturalism), nevertheless he is a strong advocate for and integration and inclusive approach:

L’interculturalisme semble réinvestir le débat public, comme en témoigne, entre autres, le texte d’Alex Bilodeau paru dans Le Devoir du 31 juillet. C’est une initiative bienvenue, car le dossier québécois de l’immigration évolue présentement dans une mauvaise direction. C’est l’occasion d’une mise au point assortie d’une mise en garde.

Concernant le texte de M. Bilodeau, ce n’est pas une bonne idée que d’associer nationalisme et interculturalisme sans clarifier les rapports entre les deux — si rapport il y a. Par ailleurs, l’auteur voit dans l’interculturalisme deux courants incompatibles.

D’un côté (courant A), il y aurait les tenants d’une nation homogène orbitant autour de l’héritage de la majorité canadienne-française. De l’autre côté (courant B), on trouverait un modèle centré sur le pluralisme radical qui réduirait la nation québécoise au français comme langue commune, sans accorder de priorité à l’intégration, ce qui le rapproche du multiculturalisme.

Ces deux courants sont en effet incompatibles, mais ce qu’il faut surtout souligner, c’est qu’aucun des deux ne relève de l’interculturalisme.

Selon Alex Bilodeau, l’opposition entre les deux courants se manifeste de trois façons :

Le rapport majorité-minorité. Selon le courant A, la première domine la seconde. En ce cas, il ne peut en résulter que l’exclusion ou une forme d’assimilation. Quant au courant B, il ferait l’économie d’une culture commune à construire et effacerait le rapport majorité-minorité.

L’intégration. Ici, le texte de Bilodeau se fait répétitif. Le premier courant se signale par l’assimilation, le second récuse la domination de la majorité au nom de l’égalité des droits.

La culture commune. Dans l’esprit du courant A, cet élément serait secondaire, le vieil héritage devant primer. Selon le courant B, au contraire, le rapport majorité-minorité doit être atténué en le traitant sur une base de complémentarité, de réciprocité et de respect de la différence.

Définis de cette façon, on voit bien que les deux courants sont en effet incompatibles. On voit aussi que le courant A est bien loin de l’interculturalisme. Le courant B se voit toutefois attribuer un de ses éléments, soit la nécessité de traiter la relation majorité-minorité hors de toute hiérarchie ou de toute volonté de domination. J’ajoute que le texte de Bilodeau est un peu difficile à comprendre du fait que le courant B est présenté de deux manières différentes.

Une dualité en interaction

Pour mémoire, je rappelle que l’interculturalisme (tel que je l’ai toujours conçu) est un modèle d’intégration d’une société dans l’unité et la diversité, dans un esprit d’équilibre entre les besoins et les attentes respectives de la majorité et des minorités. Il repose sur ce qu’on peut appeler une dualité en interaction. D’abord, on s’attend à ce que le coeur du modèle dessine les bases de la société plurielle dans laquelle nous souhaitons vivre.

Cette première composante doit se concrétiser dans un ensemble de politiques et de programmes qui mobilisent les appareils de l’État, mais aussi les principaux acteurs collectifs. Par ailleurs, ces deux composantes doivent être pensées en interaction dans un but de cohérence.

L’objectif concret de l’interculturalisme est d’amener les immigrants et les minorités à s’intégrer grâce à des programmes de rapprochement, d’échange, de partage et d’initiatives communes. Il ne s’agit pas de réduire ou de supprimer la diversité, mais de la mettre à profit dans l’intérêt général de la société et dans un esprit d’égalité, en accord avec le droit. De ce processus devrait résulter une culture commune dans laquelle immigrants et minorités auraient investi tout en gardant leur part de spécificité. À cause de la logique du nombre, il est par ailleurs prévisible que la culture de la majorité pèsera beaucoup plus que les autres dans cette opération.

Cela dit, je conçois bien qu’on puisse diverger d’opinion sur des modalités ou des points annexes, mais sur l’ossature, il y a peu à changer si l’on tient à rester dans l’esprit de l’interculturalisme.

La responsabilité gouvernementale

Quoi qu’il en soit, le gouvernement n’en fait pas assez face aux changements qui s’annoncent. En 2002, le Québec a reçu 63 000 immigrants permanents (moyenne des années 2015-2022 : 47 000) et 28 000 immigrants temporaires, en hausse également.

Le nombre total d’immigrants temporaires vivant au Québec actuellement est de 200 000 environ (dont plusieurs deviendront permanents). Ces tendances à la hausse vont vraisemblablement se poursuivre. Je rappelle ces chiffres pour illustrer l’énorme défi qui se pose sur le plan de l’intégration. Comment sera-t-il relevé ?

Pour l’instant, cette immigration est surtout pensée en termes économiques. Mais l’immigrant n’est pas qu’un rouage dans une stratégie de croissance, il est aussi un citoyen qui doit être inséré socialement et culturellement.

L’urgence d’agir

Pour des raisons pressantes, l’État doit agir énergiquement, comme le montrent des résultats de recherches réalisées récemment. Je pense notamment aux travaux des politologues Antoine Bilodeau et Luc Turgeon (dont nous informait Le Devoir du 31 juillet).

Il en ressort principalement que, pour diverses raisons (dont la loi 21 sur les signes religieux), le sentiment d’appartenance au Québec est en baisse au sein des minorités, au profit de l’appartenance canadienne.

Une partie de leurs membres (difficile à quantifier) ne se sentent pas acceptés et songent à émigrer. Comment cette situation va-t-elle évoluer dans les 15 ou 20 prochaines années en l’absence d’une intervention appropriée de l’État ?

Les clivages entre majorité et minorités sont en croissance dans de nombreux pays, où ils provoquent des conflits interethniques. Une fois profondément installés, ces clivages deviennent extrêmement difficiles à réduire — la France en est un exemple, dont nous devrions tirer une leçon.

Un Québec à l’enseigne du multiculturalisme ?

Si l’immigrant ne trouve pas à s’intégrer pleinement dans la société d’accueil, il le fera au sein d’une minorité. C’est une tendance qui peut conduire à long terme à une fragmentation, à l’essor d’une mosaïque ethnique sur le modèle du multiculturalisme. Est-ce le genre de société que nous voulons ?

Source: Mise au point sur l’interculturalisme

Une laïcité à géométrie variable

Useful reminder:

Je ne suis pas entièrement d’accord avec le titre de la lettre de Benoît Pelletier (« La laïcité, un principe phare de l’identité profonde du Québec », Le Devoir, 5 août 2023) et plusieurs de ses énoncés, mais je suis d’accord avec sa proposition suivante : « La laïcité ne va pas à l’encontre de la liberté de religion. Elle en fait plutôt partie intégrante. Elle en constitue une dimension essentielle. » Cela a d’importantes conséquences.

La laïcité comporte deux éléments essentiels : elle implique la séparation de l’Église et de l’État, d’une part, et la laïcisation des services publics, d’autre part. Au Québec, la séparation s’est progressivement amorcée aux XVIIe et XVIIIe siècles et sera confirmée dans la Loi sur la liberté de culte de 1853. La jurisprudence est claire là-dessus. Quant à la laïcisation des services publics, c’est différent, car elle s’amorce à partir de la Révolution tranquille des années 1960 et se conclut dans le domaine de l’éducation par les lois de 1999 et 2005. Ce n’est pas de l’histoire ancienne…

Pour ce qui est de la séparation de l’Église et de l’État, dans la réalité politique et sociale, elle est loin d’être aussi tranchée qu’on le dit. On trouve partout de nombreux assouplissements. Dans des États laïques comme la France, l’État est propriétaire de dizaines de cathédrales, les municipalités sont propriétaires de milliers d’églises, avec obligation constitutionnelle de les entretenir ; l’État français consacre d’énormes budgets au patrimoine religieux ; l’État finance de nombreuses écoles privées religieuses.

Dans plusieurs États européens, tous officiellement laïques, il peut y avoir de l’enseignement religieux dans l’école publique, un financement public de certains cultes (Belgique) et la présence de crucifix dans l’école publique (Italie, Bavière). Aux États-Unis, où, en vertu du First Amendment, on parle du « wall of separation », la Cour suprême autorise la prière au Congrès, dans les législatures et les conseils municipaux, permet l’installation de crèches de la nativité dans un parc municipal, de croix sur le domaine public ; le port de signes religieux est possible au Congrès et dans les législatures.

Au Québec, la séparation de l’Église et de l’État ne dispense pas l’État de devoir permettre la construction de lieux de culte ; la législation autorise le financement d’écoles privées religieuses, subventionne le patrimoine religieux, accorde aux associations religieuses des avantages fiscaux. On est loin de la laïcité stalinienne.

Si, comme le dit le professeur Pelletier, la laïcité est « un principe phare de l’identité profonde du Québec », cette profondeur est à géométrie variable ! Certes, les disciples des Lumières de l’Institut canadien et les membres du Parti patriote ont parlé de laïcité, mais le Bas-Canada et le Québec ont très longtemps baigné dans une atmosphère globale de stricte religiosité.

Aussi, cela fait sourire lorsqu’on lit, dans la Loi sur la laïcité, l’un des « considérants » solennels : « CONSIDÉRANT que la nation québécoise a des caractéristiques propres, dont […] un parcours historique spécifique l’ayant amenée à développer un attachement particulier à la laïcité de l’État. » Ce parcours est spécifiquement fort court…

Source: Une laïcité à géométrie variable