Lisée: La pendule du Dr Dubreuil

Quebec’s language commissioner on demographic trends, on setting a target of 85 percent for economic immigrants:

C’est bien de vouloir remettre les pendules à l’heure. Mais encore faut-il avoir une pendule. Encore faut-il savoir l’heure. Dans la discussion sur le déclin du français — ou, comme certains le prétendent, son « déclin présumé » —, ce ne sont pas les données qui manquent. Dans cette chronique comme ailleurs, on est davantage dans le trop-plein que dans la disette.

Mercredi, à l’Assemblée nationale, le nouveau commissaire à la langue française, Benoît Dubreuil, nous a rendu un service collectif majeur en offrant une balise claire permettant de déterminer si on va, ou non, dans la bonne direction. Pour sa première intervention publique, il donnait son avis sur les augmentations proposées des seuils d’immigration. Pour rappel : la Coalition avenir Québec (CAQ) a fait il y a un an à peine sa campagne en promettant de s’en tenir à 50 000 par an. Aller plus loin serait, a dit le premier ministre, « un peu suicidaire ». Fidèle à sa pratique de rompre ses promesses, il envisage maintenant de les hausser à 60 000, et en fait à 70 000 s’il compte à part une des nombreuses filières d’accès à la résidence permanente.

Dubreuil n’était pas venu pour taper sur les doigts de la CAQ, ce n’est pas son rôle. Il était venu lui dire comment atteindre l’objectif affiché de « renverser le déclin du français ». La décision de n’admettre que les immigrants économiques qui connaissent le français au point d’entrée, écrit-il dans son mémoire, est « susceptible d’accroître, de façon importante, l’utilisation du français par les personnes immigrantes ». Mais jusqu’à quel point ? Et quelle est la mesure du succès ?

Pour la première fois dans l’histoire des politiques linguistiques, il en fixe une : 85 %. C’est, une fois qu’on exclut les langues tierces et qu’on répartit les gens qui affirment être linguistiquement non binaires (donc anglos et francos également), la répartition des Québécois qui travaillent principalement en français et qui utilisent principalement la langue de Vigneault dans l’espace public. Si les futurs immigrants se répartissent linguistiquement ainsi, il n’y aura pas de déclin, affirme-t-il, mais stabilisation. Sinon, le déclin se poursuivra.

« Nous ne pouvons pas négliger les effets cumulatifs de cet écart, écrit-il. Si les 793 915 personnes immigrantes et les 148 075 résidents non permanents (RNP) qui occupaient un emploi au Québec en 2021 avaient opté pour le français au travail dans la même proportion que la population d’accueil (84,4 %), ce sont 234 243 personnes de plus qui y auraient utilisé le français le plus souvent au travail. Ce nombre représente 5 % de l’ensemble de la main-d’oeuvre du Québec. » L’impact serait « concentré dans la région métropolitaine de Montréal : le français y serait utilisé le plus souvent par 78 % des travailleurs, au lieu de 69 % ».

Le hic ? Les calculs de Dubreuil sur les scénarios proposés à 50 000 ou 60 000 par an n’atteignent pas sa note de passage de 85 %. Elles sont, au mieux, à 79 %. Donc elles ralentissent la rapidité du déclin, sans l’arrêter.

Mais la réalité linguistique est complexe, et qui sait si les autres mesures adoptées et à venir n’auront pas un impact à la hausse ? Placide, Dubreuil accepte cette part d’incertitude. Et comme il n’a pas le mandat de déterminer si une hausse des seuils sera délétère pour le logement, les places en garderie ou l’hôpital, mais seulement sur le français, il propose de s’appuyer sur les faits. Qu’on fixe d’abord le seuil à 50 000 et qu’on mesure chaque année, chez les nouveaux venus, si le critère de 85 % est atteint ou presque. Si oui, qu’on passe à 60 000 si on le souhaite. Sinon, on fait une pause et on s’interroge sur les boulons qu’il faut resserrer pour la suite.

La ministre semblait agréablement surprise par le mécanisme proposé (comme moi). Mais est-ce bien suffisant ? Il y avait autour de la table de la commission un véritable croisé du français, estomaqué que rien ne soit dit sur l’éléphant dans la pièce : les 370 000 temporaires dont l’utilisation du français est encore bien moindre que celle des permanents. « Si notre intérêt est la promotion du français, qui est en déclin, on fait fausse route parce que le troisième scénario est absent, à savoir les travailleurs temporaires. » Ce député, un libéral né au Maroc, est Monsef Derraji. Je lui accorde le titre de défenseur du français de la semaine.

Dubreuil a appelé en effet à une « approche cohérente » incluant les travailleurs et, a-t-il précisé, les étudiants temporaires, mais puisque la ministre nous annonce pour bientôt de nouvelles mesures sur le sujet, j’ai décodé qu’il attendait de les voir avant de se prononcer sur leur efficacité.

En vérité, l’excellente première performance de Dubreuil ne m’a pas étonné. Son CV était atterri sur mon bureau en 2002, alors que je cherchais quelqu’un qui connaissait bien l’allemand. Le CV de Dubreuil m’informait que son allemand était excellent, comme son anglais, son néerlandais et son russe. Il était désolé de m’informer qu’il ne pouvait que lire, mais ni parler ni écrire, le danois et le suédois (il ne s’est intéressé que par la suite au portugais, à l’espagnol, à l’italien et au roumain). Pour Les Politiques sociales, qui devint pour une décennie la référence francophone sur le sujet, Dubreuil produisait par pays des synthèses d’une qualité telle qu’on les retrouvait ensuite, en ligne, telles quelles, dans les textes de cours de profs d’université.

Il terminait son doctorat en philosophie politique sous la direction de Jean-Marc Ferry (il est donc « docteur ») et, de l’autre main, faisait publier dans des revues savantes des textes de pointe sur l’anthropologie des langues. J’ai rencontré beaucoup de gens intelligents dans ma vie, mais très peu du niveau de Benoît. J’en ai rencontré encore moins qui conjuguent ce savoir avec un pragmatisme créatif et une totale absence de suffisance.

À l’écouter présenter son rapport, je retrouvais l’homme posé, presque humble, vous expliquant sans aucun effet de toge que le patient malade — le français — requiert un traitement vigoureux, que ses signes vitaux doivent être annuellement vérifiés et que son rétablissement ne sera complet que si sa pression artérielle francophone atteint, ou dépasse, 85 %. Merci, docteur.

Source: La pendule du Dr Dubreuil

Que veulent dire les cibles proposées par Québec dans ses consultations sur l’immigration?

A noter:

Il faudrait beaucoup plus que 60 000 immigrants au Québec chaque année pour freiner le déclin du poids démographique au sein du Canada, souligne d’emblée le démographe Marc Termote. Il est toutefois « assez d’accord » avec la hausse des seuils, l’un des deux scénarios proposés par le gouvernement de François Legault, puisqu’elle permettrait au moins de maintenir la population de la Belle Province.

L’une des options de l’exercice actuel propose en effet de faire grimper les seuils d’au moins 10 000 immigrants permanents d’ici 2027.

Le professeur associé de démographie à l’Université de Montréal avait lui-même suggéré l’an dernier de passer peu à peu à une cible de 58 000 immigrants au Québec, dans un rapport commandé par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI).

Son raisonnement pour en arriver à ce chiffre différait cependant de celui du gouvernement, qui le justifie notamment par la possibilité d’une « contribution accrue aux besoins de main-d’oeuvre dans certains secteurs d’activité prioritaires », dans son cahier préparatoire aux consultations.

C’est plutôt une question de maintien démographique : « On dépend à 100 % de l’immigration rien que pour garder constant à long terme le nombre d’habitants au Québec », explique-t-il. Comme ailleurs dans les pays industrialisés, la province est en voie de connaître un accroissement naturel près de zéro, alors que les naissances ne compenseront bientôt plus les décès. Pour garder même « la faible croissance démographique actuelle du Québec », il serait nécessaire d’arriver à au moins 58 000 immigrants, dit M. Termote.

Un seuil à 58 000 — ou à 60 000, comme ce que propose le gouvernement — dépasserait le maximum enregistré au cours des cinquante dernières années, note-t-il.

La cible annuelle de 50 000 immigrants représente quant à elle à peu près la quantité de résidences permanentes permises par Québec chaque année depuis 2009. Pendant la même période, la population du Québec a grossi de 13 %. C’est donc le « taux d’immigration » qui a diminué, c’est-à-dire la proportion de nouveaux arrivants par rapport à la population totale.

« Le taux d’immigration est l’une des manières de raisonner, mais il faut considérer d’autres facteurs », dit le démographe, comme la volonté ou non d’un État de faire grossir sa population. Le Québec a, par exemple, eu des taux d’immigration beaucoup plus élevés lors de grandes crises humanitaires, comme en 1957 après l’invasion soviétique de la Hongrie ou au tournant des années 1980 avec l’arrivée de réfugiés vietnamiens.

Pas de remède au déclin relatif

Quant au poids démographique de la province dans le pays, le verdict de M. Termote est sans appel : « On est condamnés à être marginalisés au sein du Canada. »

Même si le nombre de résidents permanents a varié 14 000 et 55 000 par année depuis 1951, une constante demeure : le Québec a toujours reçu une proportion d’immigrants moins grande que son poids démographique dans le Canada. Un phénomène qui sous-tend l’érosion du poids démographique dans la Fédération.

En 1951, par exemple, une année d’immigration pourtant importante, Québec a accueilli 24 % de tous les immigrants au Canada, mais la population de la province représentait 29 % de celle du pays.

Cet écart a aussi été particulièrement grand récemment. En 2019, première année où la Coalition avenir Québec a déployé son programme d’immigration, la province a reçu 12 % de toute l’immigration du Canada avec 40 000 résidents permanents. Le Québec représentait près de 23 % de la population totale. Même un seuil de 60 000 immigrants ne continuera de représenter qu’environ 12 % du total canadien attendu de 485 000 en 2024.

Est-ce le Canada qui va trop vite ? Ou le Québec qui va trop lentement ? « C’est une tendance de longue durée qui n’est pas près de s’arrêter », répond avec tact le professeur à cette question de plus en plus polarisante. En extrapolant, « même si c’est un exercice dangereux », à la fin du siècle, le poids du Québec ne sera plus que 15 % au sein du Canada, a-t-il calculé.

Aucune des façons de remédier au déclin du poids démographique du Québec ne lui semble envisageable. Il faudrait remonter la fécondité à des niveaux supérieurs à ceux des cinquante dernières années, ce qui est « injustifié du point de vue éthique pour les femmes », croit-il. Ou encore, recevoir plus de 100 000 immigrants, ce qui lui semble « irréaliste » et en « rupture complète avec les objectifs de la politique linguistique poursuivis depuis des décennies », écrivait-il en 2022.

Source: Que veulent dire les cibles proposées par Québec dans ses consultations sur l’immigration?

Réplique d’André Pratte à Mathieu Bock-Côté: une analyse injuste du PLQ qui ne tient pas la route

I’m with Pratte but appreciate the discussion and the contrasting perspectives. And for MBC to accuse Pratte of “ne soit pas conscient de ses propres mécanismes mentaux,” the same could be said by MBC:

Dans une chronique publiée dans Le Journal de Montréal samedi dernier, Mathieu Bock-Côté (MBC) accuse le Parti libéral du Québec de tenir un discours qui «repose explicitement sur la mise en minorité démographique des Québécois francophones par l’immigration massive pour fabriquer un nouveau Québec. Ce discours souhaite la disparition de notre peuple.»

Témoin à charge numéro un: Balarama Holness, qui s’est présenté aux élections de 2022 à la tête de son propre parti, Bloc Montréal. Celui-ci a recueilli moins de 0,2% du vote dans la province. M. Holness ne représente en rien le PLQ; c’est un marginal.

Témoin numéro deux: la militante Idil Issa, qui n’est pas membre du PLQ.

En quoi les propos supposément «haineux» de ces deux personnes démontrent-ils quoi que ce soit au sujet du Parti libéral du Québec? 

Le fond

J’aimerais m’arrêter au fond de ce qu’avance M. Bock-Côté: le PLQ manœuvrerait pour noyer le Québec francophone par une immigration massive devant produire «un nouveau Québec». Cette thèse, proche du «grand remplacement» des complotistes français, ne tient tout simplement pas la route.

D’abord, parce que le PLQ, s’il prône une hausse raisonnable de l’immigration afin de combler les besoins de main-d’œuvre, n’a jamais soutenu qu’il fallait une «immigration massive» au Québec, à l’image de l’Initiative du siècle proposée à l’échelle canadienne par le comité Barton.

Encore faut-il savoir ce qui, aux yeux de MBC, constitue une «immigration massive». Le seuil actuel, 50 000 nouveaux immigrants permanents par année, est clairement excessif à ses yeux. Qu’est-ce qui serait raisonnable: 30 000? 10 000? Zéro?

Quoi qu’il en soit, les projections de Statistique Canada montrent bien que même dans le cas d’une immigration beaucoup plus nombreuse qu’aujourd’hui, les immigrants et résidents non permanents ne représenteraient toujours que 27% de la population totale du Québec en 2041, contre 23% sous un scénario de faible immigration. De quelle «disparition» MBC parle-t-il?

Par ailleurs, des projections publiées par l’Office québécois de la langue française démontrent que même si les immigrants choisis par le Québec parlaient tous français à leur arrivée – c’est l’objectif du gouvernement Legault – cela ne changerait pas grand-chose aux grands indicateurs démolinguistiques. Le français langue maternelle continuerait de diminuer lentement – c’est le fait inexorable de la faible natalité chez les Québécois dits «de souche». L’élément le plus important, la connaissance du français au sein de la population québécoise, y compris les immigrants, resterait très élevée à près de 95%.

Main-d’œuvre

Il est vrai que depuis quelques années, le nombre de résidents non permanents a considérablement augmenté au Canada, entre autres au Québec. Cela est dû aux besoins croissants en main-d’œuvre et à la hausse du nombre d’étudiants étrangers. À un point tel que le ministre fédéral de l’Immigration a récemment évoqué la possibilité de limiter le nombre d’étudiants internationaux admis au pays. 

On se serait attendu à des applaudissements venant de François Legault, grand admirateur de MBC. Eh! non, l’intention fédérale a été dénoncée parce qu’il s’agirait d’une violation des compétences provinciales, tandis que les universités et collèges en région ont souligné l’importance cruciale pour eux de cette clientèle internationale. Il faudrait se décider: ou l’immigration est une menace, ou c’est une richesse?

Les libéraux du Québec, eux, optent avec conviction pour la seconde option. Il suffit de commencer à dresser la longue liste de Québécois de souche immigrante qui ont fait leur marque ici, en français, dans les domaines politique, économique et culturel pour confirmer cette vision positive des choses.

Si M. Bock-Côté fréquentait les libéraux du Québec au lieu de les imaginer dans ses cauchemars, il saurait combien ils aiment le Québec français et y sont profondément enracinés. Les accuser, sans fondement, de «souhaiter la mort de notre peuple» est faux et injuste. 

André Pratte, Coprésident du Comité sur la relance du Parti libéral du Québec

RÉPONSE DE MATHIEU BOCK-CÔTÉ

Oui, le PLQ instrumentalise politiquement l’immigration. Voyons pourquoi.

Le PLQ a-t-il intérêt à accélérer la transformation démographique du Québec? 

C’est ce que je soutenais dans ma chronique de jeudi. 

André Pratte soutient le contraire dans sa réplique, et semble même scandalisé qu’on puisse le suggérer. André Pratte fait semblant d’oublier que son parti, le Parti libéral du Québec, obtient moins de 5% d’appuis chez les Québécois francophones, et qu’il ne se maintient électoralement que grâce à l’appui des anglophones et de l’électorat issu de l’immigration. 

Il veut nous faire croire, probablement, que son parti ne s’en rend pas compte, et que son appui aux seuils d’immigration très élevés des dernières années n’a aucun lien avec cela. Non. Du tout. Zéro. 

D’ailleurs, le PLQ ne favoriserait pas une immigration massive – les seuils d’immigration fixés par les libéraux correspondraient seulement aux besoins des entreprises, ce qui est une fumisterie, mais j’y reviendrai une autre fois. 

Base électorale

Et si André Pratte dit ne pas se rallier à l’Initiative du siècle d’Ottawa, il préfère rester dans le Canada avec la «noyade» démographique (je reprends ici la formule de René Lévesque) annoncée qu’envisager la possibilité de l’indépendance. 

Le français se porterait même mieux que jamais au Québec: pour en arriver à cette conclusion loufoque, Pratte est évidemment obligé de prendre l’indicateur linguistique le moins significatif

Il est possible que Pratte ne soit pas conscient de ses propres mécanismes mentaux. Je n’exclus pas cette possibilité.

Si le PLQ est aujourd’hui chassé du Québec francophone, c’est qu’il l’a renié, en assimilant la moindre affirmation de son identité au souffle de «l’intolérance». 

La trudeauisation idéologique du PLQ sous Philippe Couillard a correspondu à son suicide électoral chez les Québécois francophones. Autrefois, le PLQ a porté une vision québécoise du Canada: il porte aujourd’hui une vision canadienne du Québec. Son objectif: toujours ramener à la baisse les critères d’adhésion du Québec au fédéralisme, et le transformer de telle manière que la question nationale se dissolve.

Le PLQ, rationnellement, cherche à élargir sa base électorale: cette stratégie l’a bien servi depuis 20 ans. La transformation de Laval en extension politique et sociologique du West Island en témoigne. Ce sera demain ou après-demain le tour des deux 450 – comme le reconnaissent bien des stratèges libéraux en privé, soit dit en passant. 

Évidemment, le PLQ ne va pas en criant sur les toits qu’il est favorable à une transformation démographique du Québec entraînant la mise en minorité progressive du Québec francophone. Il se contente de fonder son action politique sur cette logique.

Question nationale

Certains, parmi les multiculturalistes les plus militants, se permettent de le dire: j’en ai cité deux dans mon texte. 

Je les recite pour m’assurer que les lecteurs ne les oublient pas.

Balarama Holness affirmait ainsi que le PLQ aura besoin «de deux décennies pour se renforcer en région, le temps qu’il y ait des changements démographiques». Autrement dit, moins les régions seront francophones, plus le PLQ y progressera.

Je recite aussi Idil Issa, la militante multiculturaliste : «C’est les demographics qui vont gagner, finalement. Le Québec de Mathieu Bock-Côté, c’est le Québec du passé. Ils essaient de prendre une photo et de figer le Québec d’une ancienne manière. Nous sommes diverses, le Québec est différent maintenant. On doit être inclusifs. On doit pas aliéner les jeunes. On doit leur donner une place. Je veux que tout le monde qui aimerait être enseignante étudie l’éducation, étudie le droit. Ne soyez pas peur, la loi 21, ça restera pas au Québec, ça, c’est certain. Comme j’ai dit, que ce soit l’année 2300, on ira jusqu’au bout.» 

J’en cite un autre, sans savoir s’il est fédéraliste ou souverainiste, mais qui théorise les effets de cette révolution démographique pour le Québec. Amadou Sadjo Barry, dans Diversité culturelle et immigration (2023), qui écrit: «[…] on pourrait penser que dans les prochaines décennies, la population québécoise sera largement majoritaire en immigrants de première ou de deuxième génération et, par conséquent, aucun groupe, même les francophones descendants des Canadiens français, ne pourrait constituer la majorité. […] Le temps viendra où l’Europe et l’Occident ne suffiront plus comme références pour comprendre le peuple québécois et le définir. Ce temps, ce sera celui du grand déracinement auquel notre monde sera confronté». (p. 148)

Et qu’on me permette d’en citer un dernier: le philosophe Daniel Weinstock. 

Il ainsi affirmait en octobre 2009: «Manifestement, la préoccupation identitaire des Québécois est plus forte que dans le reste du Canada. Le Canadien anglais, c’est déjà un “post-ethnique”, une personne qui peut aussi bien être de souche écossaise que polonaise ou sud-américaine. Les Québécois, eux, ont toujours cette idée qu’ils ont un “nous” à protéger. […]. Quand Montréal comptera un aussi haut pourcentage d’immigrants que Toronto, ces questions ne se poseront plus avec autant d’acuité. Et encore moins quand on constatera qu’on n’a pas les moyens de se priver, par exemple, d’une infirmière, “hijab ou pas”». Autrement dit, la question identitaire québécoise allait se dissoudre au rythme de la transformation démographique de la société québécoise et de la mise en minorité des Québécois francophones. La société multiculturelle à laquelle rêvait Weinstock, et qui correspond globalement à la vision que le Canada de 1982 a de lui-même, présupposait pour se concrétiser une recomposition démographique québécoise.

Ce discours est courant, même si les médias y accordent peu d’attention. Je me corrige: il est possible d’en parler si c’est pour s’en réjouir. On chantera alors la diversification croissante du Québec. Si on s’en inquiète, on est accusé du pire. Il faudrait cesser, comme le fait Pratte, d’assimiler toute réflexion sur les effets démographiques et identitaires de l’immigration à la «théorie du grand remplacement», dont nulle figure publique ne se réclame au Québec – cette méthode relève à la fois de la malhonnêteté intellectuelle et de l’intimidation idéologique. 

C’est le simple bon sens: quand un pays reçoit davantage d’immigrés qu’il ne peut en accueillir, il favorise la formation de communautarismes dans ses frontières. Si les décennies passent, que l’immigration massive se poursuit, et que la machine à intégrer ne fonctionne toujours pas, c’est l’identité profonde de ce pays qui se transformera et sa majorité historique qui se minorisera. 

Mais revenons au PLQ. Il ne me semble pas inutile de rappeler qu’Ottawa, en 1995, a utilisé l’immigration massive à la manière d’un verrou démographique sur l’avenir politique et constitutionnel du Québec. Plus la majorité historique francophone fondra démographiquement, et moins le Québec aura de chances d’accéder à l’indépendance. 

L’ex-député libéral Christos Sirros l’avait dit mot pour mot au lendemain du référendum: «le désir d’indépendance des Québécois allait s’éteindre avec l’immigration». Il ne faisait que dire tout haut ce que les partisans du plan B dans les années postréférendaires pensaient tout bas.

En cherchant à casser la structure démographique du Québec, Ottawa entend en finir une fois pour toutes avec la possibilité de l’indépendance, et c’est dans cet esprit, encore une fois, qu’au lendemain du dernier référendum, dès sa reprise du pouvoir, le PLQ a haussé les seuils.

Qu’on me comprenne bien: je ne réduis évidemment pas l’immigration à son utilisation politique par le PLQ. 

Il y a de belles histoires d’intégration, d’ailleurs, comme Pratte le rappelle, et nul ne le contestera. Qui serait assez sot pour dire d’un phénomène de grande ampleur comme l’immigration qu’il est exclusivement positif ou exclusivement négatif?

Régime canadien de 1982

Mais la dynamique de fond, portée par le régime canadien, favorise davantage l’intégration des immigrés aux Canadiens anglais du Québec qu’aux Québécois francophones, et rien ne laisse croire que la tendance basculera à court ou moyen terme. 

Cette intégration à la communauté anglophone passe normalement par une identification privilégiée à Montréal, métropole bilingue aux deux langues officielles, fondée sur le principe du bonjour-hi. Le français, dans cette perspective, devient optionnel. La loi 101 n’entend plus ici assurer l’intégration identitaire des nouveaux arrivants à la majorité historique francophone mais conserver le droit pour cette dernière de se faire servir en français. Ce n’est plus une loi mettant le français au pouvoir mais assurant les droits minoritaires des francophones. 

Alors revenons au sujet de notre discorde: autant il serait hasardeux de réduire la question de l’immigration à son usage politique par les partis, autant il serait absurde de nier cette dimension. 

Ce qui nous ramène à cette évidence: l’immigration massive est une richesse électorale pour le Parti libéral. Il est de bonne guerre qu’André Pratte le nie. Mais le fait que cette vérité soit désagréable ne la transforme pas soudainement en fausseté.

Mathieu Bock-Côté

Source: Réplique d’André Pratte à Mathieu Bock-Côté: une analyse injuste du PLQ qui ne tient pas la route

Près de dix ans d’attente pour qu’un réfugié obtienne sa résidence permanente au Québec

Of note:

Les seuils d’immigration proposés par le gouvernement Legault menacent de faire exploser les délais des futurs résidents permanents dans la catégorie humanitaire. Tandis que s’amorceront dans moins de deux semaines les consultations publiques en immigration, Le Devoir a appris que le nombre de dossiers est tel qu’au rythme où vont les admissions au Québec, il faudra près de dix ans à un réfugié reconnu et à ses personnes à charge pour obtenir la résidence permanente.

Selon les données d’Immigration Canada, quelque 30 000 réfugiés reconnus vivant au Québec — soit des demandeurs d’asile à qui le gouvernement fédéral a donné le statut de « personnes à protéger », ce nombre comprenant leurs personnes à charge se trouvant à l’étranger — attendaient ce précieux sésame en date du 8 août. Or, la planification pluriannuelle soumise par la ministre de l’Immigration, Christine Fréchette, propose d’accueillir, pour chacune des quatre prochaines années, environ 3550 personnes dans la catégorie « réfugiés reconnus sur place ». Cette catégorie comprend les demandeurs d’asile arrivés au Québec notamment par voie terrestre, maritime et aérienne.

Une règle de trois montre qu’il faudra huit ans et demi pour écouler ces dossiers, sans compter que des milliers de nouveaux réfugiés reconnus vont venir ajouter le leur sur la pile. Rien qu’en 2022, 60 000 demandes d’asile de personnes vivant au Québec ont été déposées. Ces demandes ne seront toutefois pas toutes acceptées.

« Je suis abasourdie, même si les chiffres ne me surprennent pas tant que ça parce qu’il y a eu une hausse des demandes d’asile », a déclaré Stéphanie Valois, présidente de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration. « Mais ce qui me surprend c’est quand on met [ce nombre] en parallèle avec les objectifs d’admission dans la planification du Québec. Il y a un décalage complet avec la réalité. »

« Le Québec se met la tête dans le sable », a déploré pour sa part Stephan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes. « Ces délais sont rattachés à des souffrances majeures pour les familles qui sont séparées et reconnues comme réfugiées. Qu’elles se fassent traiter comme ça, c’est absolument inacceptable. » Selon lui, le message qu’on leur envoie est clair : « Mieux vaut pour ces personnes déménager en Ontario ! »

Sans la résidence permanente, les réfugiés reconnus ne peuvent pas étudier, avoir accès aux garderies et occuper certains emplois, explique Me Valois. « Et pour la réunification familiale, c’est une catastrophe », dit-elle, en rappelant que, si les réfugiés reconnus sur place sont en sécurité au Québec, ce n’est pas toujours le cas de leurs proches. « J’ai beaucoup de clients du Soudan, et c’est la guerre là-bas. Même si le réfugié soudanais qu’on reconnaît comme personne à protéger se trouve ici, les membres de sa famille, eux, peuvent être bloqués à l’étranger dans une situation de danger. Ils ne peuvent pas attendre tout ce temps. »

Les partis d’opposition, choqués

Ces données sur le nombre de dossiers font réagir les partis d’opposition. Le député de Québec solidaire et porte-parole en matière d’immigration, Guillaume Cliche-Rivard, se dit « atterré » et « choqué » de constater que le plan de la ministre Fréchette maintiendra dans la précarité « sans raison apparente et pour des délais excessifs » les personnes parmi les plus vulnérables qui travaillent et sont déjà intégrées.

« Cela confirme l’incompétence du ministère, qui présente, année après année, des plans incomplets et sans crédibilité. La ministre Fréchette vient malheureusement de nous confirmer que son arrivée n’a rien changé à ce niveau. »

Pour le député libéral de Nelligan, Monsef Derraji, l’immigration dite « humanitaire » est aussi économique. « Ce n’est pas de la charité. C’est une catégorie qu’on s’est donnée, car on est très accueillant comme peuple au Québec », soutient-il. « Le nombre de demandes a augmenté depuis l’arrivée de la CAQ au pouvoir et, pour moi, on ne peut pas faire fi de ça. »

Il estime d’ailleurs que la consultation publique qui s’amorce passe à côté de débats importants. « C’est l’occasion en or de parler de la capacité d’accueil, on a l’occasion de parler des travailleurs étrangers et on ne le fait pas. C’est la même chose pour les personnes de la catégorie humanitaire, on n’en parle pas. »

Le co-porte-parole du Parti québécois en immigration, Stéphane Handfield, rejette pour sa part la faute sur Ottawa. « Il faut aborder la question en fonction de notre capacité d’accueil [langue, logement, école, médecin, etc.], ce que le gouvernement fédéral n’a certainement pas fait dans les dernières années. Il s’agit ici de personnes vulnérables, qui, dans bien des cas, sont séparées des membres de leur famille depuis de nombreuses années en raison de la lenteur du système d’immigration fédéral. »

Des cibles souvent dépassées

Rappelons que, dans le plan d’immigration, les cibles proposées par le gouvernement sont souvent dépassées, car ce sont des indicateurs. En 2021 et en 2022, par exemple, il était prévu d’accueillir entre 2500 et 2800 réfugiés reconnus sur place, y compris leurs personnes à charge, mais en réalité, plus de 5600 personnes ont été admises dans cette catégorie en 2021 et quelque 4000 en 2022. Environ deux fois plus.

En plus du nombre croissant de demandes d’asile, cela peut aussi s’expliquer par un rééquilibrage dans la foulée de la pandémie. En 2019, soit tout juste avant la pandémie, le nombre de personnes admises dans la catégorie « réfugiés reconnus sur place » avait été fidèle à la prévision. En 2018, la prévision a été légèrement dépassée.

Mentionnons que, dans la catégorie de l’immigration humanitaire, les « réfugiés sélectionnés à l’étranger », dont font partie les réfugiés parrainés au privé par des petits groupes d’individus ou des organismes, ne sont pas aussi nombreux à attendre. Selon les chiffres d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, le nombre est d’environ 2000 personnes.

Suscitant un engouement certain, les consultations publiques sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2024-2027 s’amorceront le 12 septembre prochain. Un nombre record de plus de 70 intervenants et organismes seront entendus.

Source: Près de dix ans d’attente pour qu’un réfugié obtienne sa résidence permanente au Québec

Cornellier review of Meggs: Immigration 101

Good summary of her book and of interest more generally given Quebec indépendantiste perspective and areas where future Quebec governments may push for additional powers with respect to temporary workers, students among others. Relatively silent on the imbalance of settlement service funding where Quebec maintains its share of funding irrespective of its declining share of immigrants to Canada:

Les enjeux liés à l’immigration au Canada et au Québec n’ont pas fini de faire la manchette. Au Québec, l’an dernier, selon l’Institut de la statistique du Québec, il y a eu 80 700 naissances et 78 400 décès. Comme la tendance devrait se maintenir, cela signifie que, désormais, seule l’immigration pourra contribuer au maintien et à la croissance de la population québécoise.

On peut toutefois se demander, dans l’état actuel des choses, si une telle croissance est nécessairement un bienfait. Quand on considère le problème aigu de la pénurie de logements, le manque de places dans les services de garde et l’état précaire de notre système de santé et de services sociaux, sans parler des défis engendrés par une croissance de ce type dans le dossier de l’avenir du français au Québec, ce n’est pas une évidence.

Pour réfléchir rigoureusement et sereinement à cette question, Anne Michèle Meggs est la personne toute désignée. D’origine ontarienne, Meggs est diplômée en études canadiennes et vit en français, à Montréal, depuis des décennies. Elle a dirigé le cabinet du ministre ontarien des Affaires francophones avant de travailler comme directrice de la planification au ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec.

Dans L’immigration au Québec. Comment on peut faire mieux (Renouveau québécois, 2023, 204 pages), un recueil de chroniques d’abord parues dans L’aut’journal depuis 2019, elle montre avec efficacité que le dossier de l’immigration au Québec est complexe, souffre d’une gestion désordonnée et charrie son lot de mythes.

Meggs ne s’oppose pas à l’immigration. Cette dernière, note-t-elle, « fait partie de l’histoire de l’humanité » et n’a rien de condamnable. On migre pour avoir une meilleure qualité de vie, pour fuir les conflits, la persécution ou les catastrophes naturelles, et ça se comprend. « L’immigration est un projet foncièrement humain », écrit Meggs.

Pour être couronnée de succès, cette démarche doit se faire dans le respect des personnes qui migrent, de la société d’accueil et de la société d’origine. Cela exige, de la part de la société d’accueil, d’avoir « une vision claire soutenue par une infrastructure législative et administrative efficace ». Or, au Canada et au Québec, cette vision, pour l’instant, fait défaut.

D’abord, les idées fausses entretenues au sujet de l’immigration nuisent à la rigueur du débat. Non, redit Meggs en citant des experts, l’immigration n’est pas une solution à la pénurie de main-d’oeuvre et au vieillissement de la population. Non, ajoute-t-elle, le déclin du français n’est pas d’abord le résultat de l’immigration, mais celui du faible taux de natalité des francophones, de leur anglicisation et de leurs comportements linguistiques : engouement pour la culture et pour les cégeps anglophones, indifférence à l’égard du statut du français, exigence de l’anglais en entreprise, etc.

« La société d’accueil, écrit Meggs, a le devoir de créer un espace propice à l’intégration en français [des personnes immigrantes]. » Elle est souvent loin d’être à la hauteur de cette mission. Les efforts de francisation déployés par le gouvernement du Québec, notamment en milieu de travail, ne méritent pas non plus la note de passage.

Le principal obstacle à une bonne compréhension du dossier de l’immigration au Québec est toutefois le tripotage des chiffres. Alors qu’on se demande si notre capacité d’accueil — une notion qui n’a jamais été rigoureusement définie — est de 30 000 ou de 70 000 immigrants, le Québec en accueillait, en 2022, 155 400, c’est-à-dire 68 700 personnes admises à la résidence permanente et 86 700 personnes détentrices d’un permis de séjour temporaire (étudiants étrangers et travailleurs), cela sans compter les demandeurs d’asile.

Tout le débat, dans ces conditions, est faussé puisque les temporaires, plus nombreux que les permanents, échappent à la réflexion sur les seuils et aux efforts d’intégration en français qui devraient être déployés par le gouvernement du Québec.

En vertu de l’Accord Canada-Québec sur l’immigration signé en 1991, explique Meggs, le Québec pourrait exiger que les immigrants temporaires soient inclus dans le calcul annuel du nombre d’immigrants qu’il veut recevoir. Il pourrait aussi ajouter des conditions linguistiques à cet accueil, mais il ne le fait pas, sauf quand il déplore, mollement, le refus fédéral des demandes de permis d’études pour de jeunes Africains francophones.

Pour avoir une politique d’immigration efficace et humaine, le Québec devrait pouvoir gérer seul l’ensemble du dossier, c’est-à-dire être indépendant, note justement Meggs. En attendant, Justin Trudeau et François Legault disent et font un peu n’importe quoi.

Chroniqueur (Présence Info, Jeu), essayiste et poète, Louis Cornellier enseigne la littérature au collégial.

Source: Immigration 101

Un système surchargé fait rater la rentrée à des étudiants en francisation 

    Service delivery failure despite priority on francisation:

    Depuis son ouverture, le 1er juin dernier, Francisation Québec fait face à un achalandage record : en moins de trois mois, près de 30 000 immigrants se sont inscrits sur ce nouveau guichet unique, a appris Le Devoir. Or, croulant sous la tâche, le ministère de l’Immigration peine à répondre à la demande — et près de 95 % des nouveaux inscrits ne vivront pas de rentrée scolaire ces jours-ci.

    Selon les données fournies par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), des 23 500 détenteurs d’un dossier jugé complet, seuls 1500 peuvent s’asseoir sur les bancs d’école. Quelque 3500 autres qui n’ont pas encore de date de début de cours devraient par contre se joindre à eux ces prochaines semaines, assure le ministère.

    Au centre de francisation Louis-Jolliet, à Québec, à peine 200 nouveaux étudiants à temps complet et à temps partiel pourront commencer leurs cours prochainement. L’établissement pourra toutefois franciser son nombre habituel d’étudiants grâce à la réinscription d’environ 1000 étudiants qui avaient déjà suivi des cours et qui évoluaient dans l’ancien système, avant Francisation Québec. « Si je n’avais pas eu mon bassin d’élèves qui fréquentaient déjà notre centre, c’est sûr que ça chutait à trois groupes », explique Julie Larrivée, directrice adjointe du centre et responsable de la francisation.

    Alors que la rentrée s’amorce ces jours-ci, elle dit avoir dû refouler plusieurs candidats qui s’étaient inscrits sur la plateforme Francisation Québec tout juste après son lancement en juin et qui n’ont eu aucune nouvelle du MIFI depuis. « Les gens étaient désespérés, ils sont venus quand même nous voir pour nous demander quoi faire et où appeler. J’ai dû leur dire qu’ils ne pouvaient rien faire, qu’ils devaient surveiller leurs courriels tous les jours pour voir si le MIFI leur répondait. »

    En Beauce, des intervenants du milieu font le même constat. Avec ses collègues, Liliana Arcila, agente d’intégration au Carrefour jeunesse-emploi de Beauce-Nord, dit avoir inscrit pendant l’été sur Arrima (la plateforme vers laquelle Francisation Québec redirige les gens) une dizaine de travailleurs temporaires et de demandeurs d’asile voulant se franciser. « Personne n’a eu de nouvelles. Le site leur disait qu’ils allaient être contactés pour une évaluation, mais personne n’a pu commencer », indique-t-elle.

    Même son de cloche au Centre de services scolaire de la Beauce-Etchemin, où des dizaines de personnes inscrites après le 1er juin n’ont reçu aucune nouvelle. « D’habitude, on a 20, 30, 40 [étudiants de] niveau 1 qui rentrent en août et septembre. Mais là, les cours sont commencés, et les nouveaux étudiants ne sont pas là. Si quelqu’un nous appelle demain matin pour nous dire qu’il a eu son évaluation, on va devoir lui dire d’attendre à janvier », déplore une employée de ce centre de services, qui souhaite rester anonyme parce qu’elle n’a pas l’autorisation de son employeur pour s’adresser aux médias. « On est en train de mettre sur la glace une année complète d’école. »

    Des évaluations erronées

    Selon les données du MIFI, des 23 500 nouveaux dossiers complets (sur un total de quelque 30 000 nouvelles inscriptions en date du 20 août), la grande majorité des personnes n’auront pas besoin de subir d’évaluation, car elles ont déclaré n’avoir aucune ou avoir une très faible connaissance du français. Or, parmi les 7800 personnes devant passer un test, moins de la moitié (3000) ont été jusqu’ici évaluées par le bureau d’évaluation de Francisation Québec.

    De nombreux classements sont également erronés, a constaté Mme Larrivée. « On a vu beaucoup d’aberrations. On a des étudiants de la Tunisie qui ont été classés au niveau débutant. Ça ne se peut pas, ça. On voit qu’ils arrivent quand même à parler français. » D’autres, qui ont été classés dans les niveaux intermédiaires, doivent être recalés. « J’ai une enseignante qui a reporté d’une journée sa rentrée pour appeler tous les élèves sur sa liste. Elle a réajusté les classements. »

    Tania Longpré, doctorante en didactique des langues secondes et enseignante en francisation à Terrebonne, a fait le même constat. « J’ai reçu deux hommes la semaine dernière qui avaient été classés niveau 7 [par le MIFI], mais je les ai reclassés au niveau 3 », a raconté l’enseignante, qui signe une lettre ouverte dans Le Devoir pour déplorer les nombreux cafouillages de Francisation Québec en cette rentrée scolaire. « Je ne sais pas à quel point j’ai le droit de faire ça, mais je ne vais quand même pas laisser dans un niveau 7 quelqu’un qui ne parle pas français. »

    Selon ce qu’a rapporté Le Devoir en juin dernier, d’autres intervenants du milieu scolaire se sont inquiétés de la centralisation des pouvoirs en francisation au sein du MIFI. L’évaluation que fait le ministère des candidats— en ligne et seulement à l’oral — en avait fait sourciller quelques-uns.

    Julie Larrivée, du centre Louis-Jolliet, reconnaît que le système vit une transition. Mais elle estime tout de même que les étudiants étaient bien mieux servis avant. « Nous, ça fait 25 ans que notre expertise est développée », dit-elle.

    De record en record

    Après avoir connu une année record — 65 000 personnes ont suivi des cours de francisation l’an dernier —, le ministère de l’Immigration s’apprête à en vivre une autre. Au lancement de Francisation Québec, le 1er juin, on comptait déjà 16 000 personnes en attente, et une session record de cours d’été a été mise sur pied pour l’absorber le plus possible — un véritable tour de force, selon le MIFI.

    C’est d’ailleurs parce qu’il a fallu s’attaquer à réduire le nombre de personnes en attente que les nouveaux inscrits n’ont pas encore commencé leurs cours, a laissé savoir le ministère. « Comme l’offre de cours est moins importante durant la période estivale, notamment en raison des vacances du personnel enseignant, il est plus difficile de placer l’ensemble des élèves lors de cette période. Cette situation se résorbe habituellement par la reprise des sessions à l’automne. »

    À l’heure actuelle, 16 600 étudiants qui se sont inscrits avant la mise en place du guichet unique suivent des cours de francisation.

    Source: Un système surchargé fait rater la rentrée à des étudiants en francisation

    Quebec rejects cap on student visas floated by Ottawa to address housing crisis 

    Expect other provinces will join the chorus given all rely on international students to fund post-secondary education. Education organizations already also chiming in:

    The Quebec government says it won’t accept a cap on the number of international students it can admit, rejecting one of the options the federal government is considering as part of a plan to tackle a national housing crisis.

    Universities and colleges, meanwhile, said they were surprised and troubled, respectively, by the suggestion, which was first raised by Housing and Infrastructure Minister Sean Fraser at a Liberal cabinet retreat in Charlottetown on Monday.

    Quebec’s reaction indicates that attempts to limit international student admissions could create conflict with the provinces. They have jurisdiction in areas of education and their postsecondary institutions have come to rely on lucrative international tuition fees.

    “Quebec does not intend to impose a cap on the number of foreign students in its jurisdiction. Although issuing study permits is the responsibility of the federal government, education is the exclusive power of Quebec. It’s up to Quebec and its educational institutions to determine the number of people they can accommodate,” said Alexandre Lahaie, a spokesperson for Quebec Immigration Minister Christine Fréchette.

    Federal Immigration Minister Marc Miller confirmed his government is strongly considering a cap on the number of international students Canada accepts. But Mr. Miller stressed that such a measure alone won’t fix the housing crunch.

    “This will be a multipronged approach. A cap is something we’ll definitely entertain,” Mr. Miller said on Tuesday.

    The number of international students in Canada soared past 800,000 in 2022, more than twice as many as when Justin Trudeau’s government took office in 2015. Some experts have said the influx of students in need of lower-cost rental accommodation has contributed to rising rents in some cities, at a time when construction of new housing has been inadequate.

    More than half of all international study permits issued in 2022 went to students at Canadian colleges, a sector that has surpassed universities as the top destination for international students.

    In a statement, Colleges and Institutes Canada, which represents publicly funded colleges, said it is “troubled” by the suggestion of a cap on international enrolment.

    “Although implementing a cap on international students may seem to provide temporary relief, it could have lasting adverse effects on our communities, including exacerbating current labour shortages. Furthermore, we want to emphasize that students are not to blame for Canada’s housing crisis; they are among those most impacted,” Colleges and Institutes Canada said in a statement.

    Michael Sangster, president of the National Association of Career Colleges, which represents private colleges, said his members are willing to work with a cap, if that’s what the federal government decides, or with a trusted institution model, another proposal the federal government has floated that could see institutions with a good track record receive preference in permit processing.

    “The students that are coming to our institutions, many of them are training to become tradespeople to build the homes we need. So we’re in a bit of a catch-22 right now, but we want to be part of the solution,” Mr. Sangster said.

    Philip Landon, interim president of Universities Canada, an umbrella group representing nearly 100 institutions, said the idea of a cap on international university students is concerning and something universities don’t believe is necessary.

    “Universities seek to attract talented students to Canada and have been doing so in a responsible way with responsible growth rates,” he said.

    Mr. Landon called on the federal government to make low-cost financing available to universities to allow them to build more residence spaces.

    Mr. Miller said the government is already in talks with postsecondary schools about what they can do to guarantee more housing availability. He said provinces also need to be at the table, as they’ve benefited greatly from the international student program.

    He said it has become “very lucrative” for some schools, adding that the economic impact of international students in Canada is more than $20-billion a year. While he said much of that is good, there is also “some abuse in the system.”

    The international student program is a temporary resident immigration stream that isn’t subject to the yearly caps or targets that Ottawa sets for permanent resident immigration streams.

    Intergovernmental Affairs Minister Dominic LeBlanc said Tuesday that the premiers have not raised the need for a cap on foreign students with him. He added that while they talk often about the need for more housing, the premiers have also made clear they need more immigrants to fill labour shortages, including in the construction industry.

    Mike Moffatt, the founding director of the PLACE Centre at the Smart Prosperity Institute and one of the authors of a new report on housing supply, spoke to the federal cabinet behind closed doors on Tuesday.

    He said the increase in foreign students has had knock-on effects in the housing market that have helped turn a rental crisis into a home-ownership crisis.

    In the area around Fanshawe College in London, Ont., for example, neighbourhoods once occupied by young families have “turned into a sea of student rentals” bought up by investors, he said.

    “Domestic and international students are the biggest victims of this, not the cause of it,” he said.

    “This is a systemic failure, I would say of both the federal and provincial governments and as well the higher education sector.”

    Source: Quebec rejects cap on student visas floated by Ottawa to address housing crisis

    Le débat sur les cibles d’immigration suscite l’engouement

    Meanwhile in Quebec:

    La consultation publique sur les cibles d’immigration qui aura lieu à la mi-septembre suscite un engouement sans précédent : 72 mémoires ont été déposés, soit plus du double que lors de la consultation précédente, il y a quatre ans, a appris Le Devoir.

    Ce grand intérêt donne du fil à retordre au ministère de l’Immigration, qui doit organiser le calendrier pour entendre en un mois et demi une soixantaine d’individus et organismes ayant demandé à prendre la parole en commission parlementaire.

    La période de dépôt des mémoires, qui devait se terminer le 11 août dernier, a été légèrement étirée pour quelques retardataires. En date du 17 août, la Commission des relations avec les citoyens avait reçu 72 mémoires venant de divers individus et organismes. Parmi eux, 66 ont demandé à intervenir lors d’audiences publiques. À cela s’ajoute une demande d’intervention non accompagnée d’un mémoire.

    « On se réjouit de l’engouement que notre approche équilibrée de l’immigration permanente suscite dans la société québécoise », a déclaré Alexandre Lahaie, l’attaché de presse de la ministre Christine Fréchette. Or, la loi exige que la Planification pluriannuelle de l’immigration 2024-2027 soit déposée avant le 1er novembre, ce qui laisse au ministère à peine un mois et demi pour entendre tous les intervenants, qui pourront commencer à s’exprimer à l’ouverture des audiences, le 12 septembre prochain.

    « Il y a des discussions avec les groupes parlementaires pour optimiser le déroulement de la consultation », a concédé M. Lahaie.

    En mai dernier, le gouvernement de la Coalition avenir Québec a soumis au débat deux scénarios. L’un prône le statu quo, soit le maintien des cibles actuelles de 50 000 nouveaux arrivants. L’autre propose une hausse de 10 000, ce qui ferait grimper les seuils à 60 000 d’ici 2027. Par le biais d’un projet de règlement, le gouvernement a d’ailleurs exigé que l’ensemble des immigrants économiques admis au Québec parlent français.

    Plaidoyers pour plus d’immigrants

    Le président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), Charles Milliard, se réjouit lui aussi de voir une aussi grande participation aux consultations publiques en immigration. « C’est tant mieux ! C’est un bien meilleur forum qu’une campagne électorale pour en parler. Je pense qu’il y aura un peu moins de raccourcis et d’effets de toge », a-t-il soutenu.

    Toutefois, même s’il est d’avis qu’il faut maximiser l’immigration francophone, il croit que le Québec ne peut pas non plus se priver de « talents exceptionnels » pour une question de langue. « On a besoin d’aller chercher d’autres expertises que la langue », souligne-t-il.

    Dans son mémoire déposé en prévision des consultations débutant le 12 septembre, la FCCQ dit appuyer une plus grande immigration « en français, en région, en nombre suffisant et en bas de six mois d’attente », résume M. Milliard.

    Et pour le p.-d.g., il est nécessaire de mesurer la capacité d’accueil et d’intégration au moyen de données probantes, qui ne laisseront plus de place à l’interprétation. « J’entends des gens qui disent qu’il faut dépolitiser le débat sur l’immigration. On peut le souhaiter, mais ça n’arrivera pas. Sauf qu’on peut objectiver le tableau de bord et prendre des décisions en fonction de ça. »

    La FCCQ croit que chacune des régions du Québec devrait déterminer le nombre de places en service de garde, de logements, d’infrastructures culturelles et médicales, etc. « Ensuite, on additionne les 17 régions administratives du Québec, et le chiffre qu’on va obtenir va être beaucoup moins débattable », avance M. Milliard.

    Un « faux débat » de chiffres ?

    Représentant une centaine de membres, la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) fait valoir que le débat sur les seuils est un « faux débat ».

    Étant donné qu’il y a environ 300 000 personnes à statut temporaire au Québec, dont plusieurs qui ont déjà postulé pour la résidence permanente, et que ce sont ces personnes qui vont bénéficier des places dans les seuils établis par Québec, pourquoi se livrer à un débat de chiffres ? demande Stephan Reichhold, directeur général de la TCRI.

    « Que ce soit 50 000, 60 000 ou 70 000, c’est absurde de parler de chiffres », car les immigrants qui seront admis au cours des prochaines années sont déjà ici, logés et en emploi, même que plusieurs parlent français, poursuit-il. M. Reichhold se demande ainsi pourquoi on souhaite les comptabiliser dans les cibles. « Ce qu’on demande, c’est que les travailleurs et les réfugiés, notamment ceux reconnus sur place [dans la catégorie humanitaire], soient hors cible, comme ce sera le cas pour les étudiants étrangers. »

    Le gouvernement avait effectivement annoncé en mai qu’il ne fixerait pas de plafond pour l’accueil de diplômés passés par le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), qui subit par ailleurs une réforme. Donc aux 60 000 immigrants admis s’ajouteraient en réalité quelques milliers de diplômés du PEQ.

    La TCRI souhaite par ailleurs profiter des consultations publiques en immigration pour remettre les projecteurs sur la question de l’immigration humanitaire, sa clientèle principale. « On a l’impression qu’on va être les seuls à en parler. Mais ce qui est proposé est une catastrophe. Maintenir les niveaux de 2019 pour l’immigration humanitaire, ça n’a aucun sens. »

    Selon les scénarios du gouvernement du Québec, à peine 8000 places sont accordées à cette catégorie d’immigration, bien que le nombre de personnes s’y qualifiant soit en hausse, notamment en raison des arrivées par le chemin Roxham.

    Source: Le débat sur les cibles d’immigration suscite l’engouement

    ICYMI: New federal immigration minister pressures Quebec to increase family reunification capacity

    Not sure how well that went over:

    Canada’s new immigration minister has only been in the office for a few weeks and he’s already entered into his first clash with Quebec.

    For five years, he tried to improve relations between the federal government and indigenous communities. Now, after last month’s cabinet shuffle, Montreal MP Marc Miller has been handed another challenging job as Canada’s new immigration minister.

    At his first press conference in that function, he took aim at Quebec’s policy on family reunification.

    “Quebec controls a good chunk of its immigration policy, particularly on the family reunification envelope, which is capped at about 10,000 right now,” Miller said. “There’s a backlog of of 30,000 families that want to come here and support their kids, and…Quebec says we need to cut it off.”

    Under Premier François Legault, Quebec has been working to gain more and more control over immigration from the federal government. The province does have a say on things like economic immigration and  family reunification.

    “The cap of 10,000 is not a lot of people,” said immigration lawyer Patrice Brunet. “It’s very alarming because here we’re not in the context of economic immigration, we’re in the context of families waiting to be reunited.

    Brunet says because of Quebec’s family reunification limit, some files are taking two years to be processed, which is nearly double the delay in the rest of Canada.

    “Two years to be reunited with your family is absolutely too long. It’s inhumane,” he said, adding he fears delays will only get longer as the backlog grows.

    Miller says family reunification is a topic he wants to address with the Legault government.

    “We need to have mature conversations with provinces and territories about how we welcome newcomers, and that’s one that I plan to have,” he said.

    Political scientist Daniel Béland points out Quebec has been trying to get even more control from the federal over family reunification.

    “There is a clear disagreement between Ottawa and Quebec City,” he said. “I don’t expect Ottawa to cave on that really, in terms of powers to Quebec over immigration, but I think some fine tuning is certainly possible.”

    In its quest to protect the French language, the Legault government recently announced plans to accept only economic immigrants who can speak French.

    Miller says he’s willing to work with Quebec on preserving French.

    “I think we have a role as the federal government and I would say primarily that is to make sure we are supporting the diaspora of French-speaking communities outside Quebec, to make sure that they are thriving,” he explained. “French is one of the largest languages in the world, but it is threatened in North America and we have to be vigilant.”

    In a statement Quebec’s immigration ministry said it has requested a first meeting with Miller and hopes it takes place quickly so that priority issues can be discussed.

    Source: New federal immigration minister pressures Quebec to increase family reunification capacity

    Des demandeurs d’asile qui s’adaptent plutôt que de combattre en vain

    Given ongoing levels of asylum claimants, some suggestions to facilitante their integration at the local level. Silent on the need for faster processing and decisions on asylum claims, however:

    Le 20 juillet dernier, dans un article du Devoir Un nombre record de demandeurs d’asile passent désormais par les aéroports »), on apprenait que les demandeurs d’asile n’étaient pas moins nombreux à entrer au pays depuis la fermeture du chemin Roxham.

    En effet, en suivant la courbe des entrées chaque mois comparativement à l’année précédente, on anticipe que le nombre de demandeurs d’asile admis en 2023 au Canada serait vraisemblablement similaire à celui de 2022. Si la frontière terrestre au sud apparaît plus imperméable, les demandeurs d’asile arrivent dorénavant en plus grand nombre par les airs.

    Après quelques mois, le constat se pose donc simplement : la fermeture de chemin Roxham ne semble pas avoir eu d’effet sur le nombre de demandeurs d’asile qui entrent au Canada. Le phénomène d’arrivée des migrants qui touchaient jusqu’à récemment principalement l’Europe et les États-Unis est désormais une réalité chez nous. Si cette tendance a été longtemps ignorée, elle devient maintenant incontournable.

    Pour faire face à cette question de manière pragmatique, il faut davantage s’intéresser au continuum de services d’accueil et à leur coordination, une réflexion qui tarde à se faire. Une meilleure cohérence entre les politiques publiques devrait être recherchée afin de s’assurer de l’accueil et de l’intégration de ces migrants, mais aussi de l’atteinte des objectifs nationaux chers au Québec, notamment celui de la francisation et de l’accès égal à des opportunités.

    À cet égard, un écueil d’envergure est la collaboration entre les différents ordres de gouvernement. Cette coordination entre les ordres de gouvernement et les organismes qui offrent la majorité des services d’installation et d’intégration doit reposer sur une séparation claire des pouvoirs et responsabilités, un alignement des stratégies ainsi qu’un financement proportionnel au niveau d’engagement de chacune des parties prenantes.

    Échelle locale

    Également, et la recherche est claire à cet effet, la coordination des services voués aux nouveaux arrivants doit être menée à l’échelle locale pour être optimale. Le gouvernement du Québec, qui est responsable des services d’accueil et d’intégration en vertu de l’entente qu’il a ratifiée avec le gouvernement fédéral en 1991, doit absolument s’appuyer sur les lieux de concertation municipaux ou régionaux qui ont développé l’expertise des défis et sur les ressources disponibles sur le terrain.

    Pour l’instant, Québec, qui a transféré des compétences aux villes après l’abolition des conférences régionales des élus il y a presque 10 ans, peine à reconnaître le leadership de celles-ci dans la coordination des services locaux. Ses programmes et financements devraient être alignés sur les stratégies et les priorités locales, plutôt que d’en faire fi.

    Les efforts et ressources seraient ainsi mieux alloués. De même, avec la mise en place des agents d’aide à l’intégration (les AAI, comme ils sont désignés par le milieu), Québec dédouble un service existant sans que ces agents aient la capacité d’arriver à la cheville de l’expertise qui s’est développée à travers les années dans les organismes communautaires.

    L’arrivée des demandeurs d’asile crée d’ailleurs une pression immense dans les communautés, ses organismes et institutions, particulièrement dans la grande région de Montréal. Ce sont largement eux qui offrent les services d’installation, de francisation, pour l’aide à l’emploi ; ils accueillent les enfants dans les écoles, logent et équipent les familles, etc.

    Or, les organismes sur le terrain vous le diront : pour faire connaître leurs services, il leur est souvent impossible d’entrer en contact avec les demandeurs d’asile pris en charge par PRAIDA, le programme québécois chargé des demandeurs d’asile. Ceux-ci finissent par accéder aux services des organismes du milieu, mais pas sans embûches.

    Pour s’assurer de la pleine intégration des immigrants, notamment des demandeurs d’asile, et ce, dans l’intérêt de la société québécoise, Québec doit reconnaître le rôle stratégique joué par les communautés locales et s’assurer de les outiller adéquatement.

    Responsabilité mondiale

    En bref, il faut entrevoir une suite aux discussions concernant l’accueil des demandeurs d’asile, et ce, à tous les ordres de gouvernement. Il n’est pas étonnant que les décideurs aient bien voulu croire (du moins en apparence) que la fermeture du chemin Roxham aurait tout réglé : l’arrivée des migrants en Europe et aux États-Unis a largement polarisé les débats politiques depuis quelques années. La réalité canadienne demeure toutefois que le nombre de demandeurs d’asile qui passent ses frontières est minime par rapport à ce qui a été observé ailleurs.

    À juste titre, la ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Christine Fréchette, rappelait cet hiver que les demandeurs d’asile étaient avant tout des humains, exhortant ainsi à un peu d’humanité dans le débat public.

    Les demandeurs d’asile sont admis officiellement au Canada comme réfugiés dans environ 50 % des cas après un processus administratif permettant d’évaluer leur demande. C’est donc dire que dans une large proportion, on juge qu’effectivement, leur sécurité et même leur vie sont menacées dans leur pays d’origine.

    Établir ses pénates ici relève pour eux d’un exploit suivant un parcours difficile, et une chance inespérée de vivre en paix. Si ces migrants quittent leur terre natale, c’est qu’elle leur est devenue hostile pour de nombreuses raisons : groupes armés, conflits, persécution pour des motifs politiques et religieux, ainsi que les changements climatiques… Et bien sûr, les pays occidentaux ont aussi leur rôle à jouer, en amont, pour atténuer ces crises mondiales.

    Source: Des demandeurs d’asile qui s’adaptent plutôt que de combattre en vain