Marcoux, Corbeil et Piché: Le plurilinguisme des immigrants francophones que l’on ignore

Good discussion of the language realities on Quebec immigrants in contrast to the more simplistic analyses of some:

Favoriser l’immigration francophone semble actuellement faire consensus au Québec comme mesure pour favoriser le maintien du français. Le profil des immigrants que le Québec souhaite ainsi accueillir est et sera largement lié à l’espace international où l’on compte déjà plus de 325 millions de francophones.

On peut par ailleurs se réjouir que la « Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français » attribue à l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) un rôle central. L’ISQ dispose en effet d’une expertise importante dans le domaine de la production d’informations statistiques et les problématiques liées à la langue française au Québec nécessiteront des efforts considérables en matière de suivi, de recherche d’informations de qualité et d’élaboration d’indicateurs au cours des années à venir. Relevant ce nouveau mandat, l’ISQ a récemment publié sur son site Web des tableaux détaillés sur les langues au Québec. Le fait que l’on tienne compte parfois des réalités du plurilinguisme des francophones et parfois non nous apparaît toutefois pour le moins étonnant.

Examinons les données présentées pour l’île de Montréal puisque c’est dans cette région que se concentrent les immigrants. C’est à partir des résultats de ces tableaux que plusieurs observateurs ont diffusé l’information selon laquelle moins de 50 % des Montréalais parlaient le français à la maison. Il est vrai que ce seuil de 50 % marque les imaginaires. Mais qu’en est-il exactement ?

On apprend qu’un peu plus de 955 000 personnes déclarent le français comme langue unique parlée le plus souvent à la maison sur l’île de Montréal en 2021. Toutefois, près de 175 000 personnes déclarent parler le plus souvent plus d’une seule langue à la maison, dont 132 000 qui y citent le français. Il serait à notre avis peu approprié de les exclure de la population parlant le français sur l’île de Montréal. Or, la proportion de la population sur ce territoire déclarant le français comme langue le plus souvent parlée à la maison (langue unique ou à égalité avec d’autres) est de 55 % et non de 48 %.

Mais allons encore plus loin. Il faut savoir que le questionnaire du recensement a connu quelques modifications au fil du temps et qu’il permet aussi de saisir toutes les langues parlées régulièrement à la maison. Le problème est que les tableaux rendus disponibles actuellement par l’ISQ ne le permettent pas. En effet, le seul tableau s’intéressant aux « langues parlées régulièrement à la maison » regroupe l’ensemble des personnes qui déclarent parler le plus souvent plus d’une langue, et ce, sans préciser combien parmi celles-ci déclarent le français. Comme il nous l’est d’ailleurs suggéré sur le site de l’ISQ, nous avons exploité les données issues du site Web de Statistique Canada. Résultat : sur l’île de Montréal, on se retrouve non plus avec moins de la moitié des personnes qui parlent le français à la maison, comme il a été rapporté dans les médias, mais plutôt 65 %, soit presque deux personnes sur trois.

Mieux comprendre les réalités des migrants francophones

Nous avons plus d’une fois relevé que « les plaques tectoniques de la Francophonie se déplacent du nord vers le sud avec l’Afrique qui devient le continent-pôle ». Ce continent regroupe en 2022, selon l’ISQ, six des principaux pays de naissance des immigrants récents au Québec, dont l’Algérie, le Maroc et la Tunisie, mais également le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Congo-Kinshasa. Or, la réalité de cette immigration d’Afrique francophone est qu’elle est déjà à l’origine inscrite dans des pratiques plurilingues. Par exemple, à Abidjan, qui compte actuellement plus de 5,6 millions de citadins, le français est utilisé comme unique langue parlée à la maison par 20 % des habitants alors que 70 % déclarent utiliser le français et une langue ivoirienne en famille. Au travail, plus de 90 % des Abidjanais et Abidjanaises déclarent parler le français.

Ce schéma francophone plurilingue, à la maison et au travail, caractérise aussi, avec quelques variantes, les grandes métropoles d’autres pays d’Afrique : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Congo, Gabon, etc. Ailleurs, le français est moins présent, mais fait figure de langue partenaire, par exemple avec le wolof à Dakar au Sénégal, l’arabe et le tamazight au Maghreb.

En ignorant le plurilinguisme des immigrants francophones, on maintient dans l’angle mort le fait que ces dynamiques linguistiques sont complexes et évoluent lentement et de façon variable. En d’autres termes, pour ces nouveaux arrivants, le français risque fort d’être beaucoup plus utilisé dans l’espace public qu’à la maison. Il pénètre progressivement la sphère privée précisément parce qu’il est utilisé hors de la sphère familiale.

Si on souhaite favoriser l’immigration francophone au Québec, il importe de reconnaître le caractère plurilingue de ces nouveaux arrivants. Il importe surtout et bien évidemment de le reconnaître dans les statistiques produites et dans les indicateurs que l’on nous propose.

Source: Le plurilinguisme des immigrants francophones que l’on ignore

Bouchard: La lutte contre la discrimination II – Pour une politique québécoise

Always worth reading. Of course, équilibre, like beauty, is often in the eye of the beholder. And interculturalism, like multiculturalism, also has variants ranging from status quo to the more woke and activist:

Il presse pour la Coalition avenir Québec (CAQ) de mettre en oeuvre une politique énergique de lutte contre la discrimination, une politique alignée sur les grands objectifs à atteindre et qui s’inspire des principes en vigueur, mais les traduit et les applique à notre façon. On devrait viser une approche originale qui s’accorde avec notre tempérament, nos traditions, notre culture, tout en nous affranchissant de la dépendance fédérale et de son moralisme intolérant.

Notre histoire offre plusieurs exemples de formules collectives novatrices que nous avons mises au point, parfois à l’encontre des voies convenues. Pensons à la façon dont, à partir des années 1960, nous avons conjugué l’essor de l’entreprise privée avec l’État partenaire, d’où a résulté une forme originale de capitalisme. Pensons aussi à l’adoption, durant les décennies qui ont suivi, de pratiques économiques néolibérales conjointement avec l’expansion du filet social (seulement pour la fin des années 1990, époque triomphante du néolibéralisme : assurance médicaments, garderies, congés parentaux, logement social). Nous avons également mis au point un modèle de gouvernance qui fait largement appel à la concertation générale sous la forme de sommets. Sur ces trois plans, le Québec a fait bande à part en Amérique.

Parallèlement, le syndicalisme grossissait ses rangs, la taille de l’État se maintenait, le chômage déclinait, l’économie sociale continuait son essor, la pauvreté et les inégalités diminuaient.

On trouve un phénomène similaire dans l’ouverture de la culture québécoise à la mondialisation, une manoeuvre audacieuse pour une culture inquiète de son avenir. Le Québec y a trouvé une voie pour démontrer sa créativité et exporter ses productions culturelles à travers la planète.

L’exemple le plus éloquent, peut-être, réside dans la façon dont nous avons étroitement conjugué un nationalisme fervent avec une philosophie libérale et des politiques progressistes. Peu de nations y sont arrivées. Aux yeux de nombreux Européens, ce genre de mariage est impossible.

Je peux en témoigner. À l’occasion de conférences en Europe, notamment en France, je faisais état de ce que nous avions réalisé. Le public manifestait un profond scepticisme. Dans la plupart des esprits, le nationalisme, c’était les horreurs des deux guerres mondiales : le racisme, la xénophobie, le génocide et la guerre (c’est une formule que le président Mitterrand affectionnait : « le nationalisme, c’est la guerre »). Puisque notre exemple ne convainquait pas, j’évoquais aussi les nationalismes écossais, finlandais, néo-zélandais… Rien à faire.

En matière d’intégration et de relations entre majorité et minorités, l’interculturalisme relève du même esprit : une formule qui bouscule certains tabous, prône la solidarité, les rapprochements et les interactions entre cultures. En se fondant sur une quête d’équilibre, d’équité, de pragmatisme, elle s’applique à raccorder des impératifs concurrents tout en laissant une grande autonomie aux acteurs sociaux. Pourtant, aucun de nos gouvernements n’a voulu jusqu’ici mettre cette formule à l’essai alors qu’entre-temps, le multiculturalisme canadien gagne rapidement du terrain à Montréal (voir La métropole contre la nation ? de David Carpentier, 2022).

La lutte contre la discrimination appelle un effort de même nature : poursuivre en matière d’équité et de protection des droits les mêmes objectifs, les mêmes valeurs, mais en suivant nos voies. Cependant, il faudrait d’abord dégager le terrain de certains obstacles, notamment l’aversion de M. Legault pour la notion de racisme systémique, coupable apparemment de faire passer tous les Québécois pour des racistes, ce qui n’est évidemment pas le cas.

Si l’expression choque au point de freiner le combat contre le racisme, il n’y a qu’à la contourner. Parlons d’une forme spécifique de discrimination qu’on pourrait qualifier de banalisée, au sens que, souvent inconsciente, elle est incrustée dans les mentalités, les stéréotypes, les coutumes, les pratiques courantes, d’où découle une forme d’institutionnalisation de facto.

Rappelons-nous qu’autrefois, le dimanche était un jour de congé réservé au culte. Mais il s’agissait du culte chrétien, sans égard pour les autres. C’était aussi l’époque où les femmes étaient tenues pour faibles, émotives, inaptes à exercer diverses responsabilités. De nombreux Noirs et musulmans sont présentement soumis à un traitement analogue. Et tout récemment, nous avons appris de la bouche de nos gouvernants que les immigrants sont réfractaires à nos valeurs, rejettent le français, refusent de travailler et menacent la cohésion sociale… C’est sur de telles bases que se construit la discrimination banalisée.

Un autre obstacle réside dans une conception radicale du racisme systémique (ou banalisé). Ici, le danger est de provoquer dans la population des effets dissuasifs similaires aux excès du nouveau multiculturalisme. Il ne s’agit nullement de diluer la notion de racisme ou d’édulcorer les politiques destinées à le contrer. Il s’agit simplement de ne pas susciter des résistances pour de mauvaises raisons.

En somme, oui pour les valeurs EDI (équité, diversité, inclusion), bien sûr, et pour les objectifs de développement durable de l’ONU, mais modelés et appliqués à notre manière. Ce serait le bon moment pour une offensive gouvernementale dont la première étape consisterait à inventorier les réflexions et les propositions déjà mises en avant chez nous pour en extraire les prémisses d’un modèle québécois. Un exemple : agir contre la discrimination en aval, certes, mais plus encore en amont, comme l’a suggéré Patrick Moreau dans Le Devoir du 7 février.

C’est une tâche qui demandera un effort collectif, incluant celui des administrations universitaires dont certaines se font très conciliantes avec les diktats du multiculturalisme afin de conserver les subventions fédérales. La mise en garde adressée récemment par la ministre Pascale Déry dans Le Devoir du 17 janvier était donc bienvenue, tout comme l’objectif d’« équilibre » qu’elle préconise.

Source: La lutte contre la discrimination II – Pour une politique québécoise

Nicolas: Claquer la porte 

Always interesting commentaries by Nicolas, and, given the variety of identities many of us have, of “slamming the door shut” rather than understanding and engaging:

Comme je suis liée au milieu universitaire, à la société civile puis au monde médiatique torontois, et du reste du Canada plus largement, depuis près de 13 ans, ma compréhension de notions comme le Québec bashing s’est nuancée au fil des années. On me permettra de partager ici quelques réflexions sur le sujet.

Notons que le concept de Québec bashing n’est pas utilisé ici de manière interchangeable avec la notion de « francophobie », qui regroupe un ensemble d’attitudes touchant directement les francophones qui sont en situation minoritaire, à l’extérieur du Québec. On pourra y revenir dans un autre texte.

Est-ce que « les Anglais nous méprisent et nous haïssent », comme l’avancent certains tribuns et autres fins sociologues peu réputés pour faire dans la dentelle ? La vérité, c’est que, tout comme la société québécoise s’est profondément transformée au cours des dernières décennies, le reste du pays n’est aussi plus ce qu’il était. Tout comme au Québec, donc, il y a ailleurs au Canada un clivage générationnel important entre ceux qui se souviennent des négociations constitutionnelles et des référendums, et ceux qui étaient trop jeunes. J’ai surtout été témoin, parmi les générations plus âgées, de deux attitudes principales.

La première est surtout nourrie par une lassitude : on n’a jamais vraiment compris (ou voulu comprendre) la différence québécoise, et on a l’impression que le Québec, politiquement, est une espèce d’enfant gâté qui utilise son poids politique dans la fédération pour ne pas jouer selon les mêmes règles que tout le monde. On a pu lire souvent, par exemple, que si Justin Trudeau n’a pas critiqué aussi vertement François Legault que Doug Ford pour leurs usages récents de la disposition de dérogation, c’est parce que le Québec fait l’objet d’un traitement de faveur.

La deuxième s’appuie sur une fascination parfois très sincère, parfois quelque peu fétichisée pour le Québec. Parce qu’on a encore un souvenir très vif de la fragilité de la fédération, une certaine élite canadienne exprime sa passion pour « l’unité nationale » par une curiosité particulière pour le Québec et son évolution.

Chez les plus jeunes (et les plus récemment arrivés au Canada), la question se pose autrement. Tant ici qu’ailleurs au pays, la question de « la différence québécoise » au sein du Canada a émergé politiquement pour les millénariaux et la génération qui les suit non pas par le débat sur la souveraineté, mais d’abord à travers toute la saga des accommodements raisonnables, puis par le débat sur la Charte des valeurs, le racisme systémique, les lois 21 et 96, etc.

Il y a une différence fondamentale — j’insiste, fondamentale — entre un jeune de Scarborough ou de Mississauga, immigrant ou enfant d’immigrant, qui n’entend parler politiquement du Québec qu’à travers le refus de sa classe politique de reconnaître le racisme systémique ou de nommer l’islamophobie, et un conservateur de l’Ontario ou du Manitoba rural qui a absorbé, un peu par osmose, les vieilles rengaines orangistes de ses aïeux. J’ai été beaucoup en contact avec l’un, par exemple, lorsque j’étais chargée de cours à l’Université de Toronto, alors que j’ai surtout vu l’autre sévir dans les sections commentaires de certains journaux.

Les deux posent, lorsqu’ils en ont l’occasion, des questions que l’on peut sentir empreintes d’une méconnaissance profonde de la société québécoise dans toute sa complexité et ses nuances. Mais les postures de base et les dynamiques de pouvoir qu’elles sous-tendent ne pourraient être plus diamétralement opposées. Je ne peux pas répondre à mon étudiante qui se préoccupe de l’impact des débats identitaires québécois sur le reste du climat politique canadien — et donc, en fin de compte, sur sa propre sécurité, comme s’il s’agissait de la réincarnation de James Wolfe prêt à revenir brûler nos villages avec son armée.

Cette différence, on est trop peu nombreux à la saisir au Québec. Pour la faire, il faudrait que ceux qui commentent ces questions se sortent eux-mêmes, un tant soit peu, de leur propre lassitude, indifférence, et ignorance du Canada dans toute sa complexité et ses nuances. Depuis le temps que je parcours la 401 dans un sens comme dans l’autre, il y a au moins une chose qui m’apparaît claire : dans ce pays, le sens de la caricature a toujours été parfaitement bilingue.• • • • •

Dans le contexte, on me demande parfois pourquoi je reste dans le dialogue avec le reste du Canada, ou pourquoi je ne claque pas la porte d’un média qui a déjà publié des opinions douteuses sur le Québec dans le passé. Serais-je ainsi complice du Québec bashing ?

La réponse, c’est que je suis une Québécoise francophone de même que je suis une femme, une personne noire et une personne queer. Si je croyais opportun de claquer la porte de toutes les salles de rédaction qui publient des opinions qui viennent heurter mon vécu personnel et familial tant sur le plan de la langue, de la race que du genre, je ne travaillerais plus nulle part, dans aucune langue. Personnellement, je préfère ne pas hiérarchiser les différents aspects de qui je suis, et tente de rester cohérente dans ma manière de réagir à toutes les attaques.

On en comprend que l’impatience, le brûlage de pont et le claquage de porte, donc, sont surtout des réflexes politiques partagés par les personnes socialisées comme majoritaires au sein de leur société. Il faut avoir le luxe, en quelque sorte, de savoir qu’on peut toujours éviter les dialogues difficiles en se repliant vers un monde où les normes sont pensées pour nous. Remarquons enfin que les francophones des autres provinces ont, de manière générale, développé une culture de la résistance politique très différente de celle qui s’affiche souvent au Québec.

Source: Nicolas: Claquer la porte 

Cornellier: Besoin de Montréal

Of note, Montreal vs the regions and the multiculturalism/interculturalism debates:

Si le Québec veut réussir dans le dossier de l’intégration des immigrants, il aura besoin de la contribution de la Ville de Montréal. C’est là, en effet, que la majorité des immigrants décident de vivre. En 2016, ces personnes représentaient 34,3 % de la population de Montréal, 28,5 % de celle de Laval et 20,3 % de celle de Longueuil. Dans le reste du Québec, les personnes immigrantes ne représentent qu’environ 4 % de la population. On voit donc toute l’importance qu’a la région montréalaise dans cette mission.

La Ville de Montréal est-elle à la hauteur des attentes québécoises dans ce dossier ? C’est la question que pose le politologue David Carpentier dans La métropole contre la nation ? (PUQ, 2022, 232 pages), un éclairant essai issu d’un mémoire de maîtrise. « Que fait concrètement la Ville de Montréal pour favoriser l’intégration de ces populations sur son territoire ? » demande Carpentier. Va-t-elle dans le sens préconisé par l’État québécois ou contredit-elle l’action de ce dernier ?

Carpentier est un chercheur. Son essai n’a rien de polémique. Il reste que sa conclusion selon laquelle « il se déploie ainsi dans la métropole une forme dissimulée de multiculturalisme donnant libre cours à une vie civique affranchie du cadre national » fera réagir à juste titre. Selon Carpentier, en effet, « les principes sur lesquels repose une certaine conception de l’intégration, établie par les processus démocratiques québécois, se voient court-circuités par la Ville de Montréal », sans véritable légitimité politique.

Selon la Constitution canadienne, l’immigration est une compétence partagée entre les provinces et l’État central. Les municipalités, quant à elles, jouissent des responsabilités que veulent bien leur déléguer les gouvernements provinciaux.

Au Québec, de plus, l’affaire se complique du fait que nous sommes une nation minoritaire dans un État dont la politique d’intégration, le multiculturalisme, entre en concurrence avec la nôtre, l’interculturalisme. À titre de « créatures de la province » sur le plan juridique, les municipalités devraient donc être soumises à l’application de la politique québécoise, mais un certain flou, dans cette dernière, vient gripper la machine.

Le multiculturalisme canadien est une politique officielle depuis 1971. Il « valorise la manifestation des particularismes d’ordre ethnoculturel, religieux et linguistique dans l’espace public », résume Carpentier, et affirme qu’il « n’existerait pas au pays une culture ou un groupe ayant préséance ». Comme le note le politologue, le Canada a beau jeu de ne pas insister sur la nécessité de l’intégration à une société d’accueil puisque la présence de cette dernière s’impose de fait, « étant donné le statut hégémonique de la tradition anglo-saxonne et sa réalité démographique majoritaire ».

Nation minoritaire, le Québec ne peut se permettre ce luxe, d’où son adhésion à l’interculturalisme, une « voie mitoyenne », précise Carpentier, entre l’assimilationnisme et le multiculturalisme. L’interculturalisme valorise le pluralisme, mais accorde une place prioritaire à la culture majoritaire d’accueil, à laquelle doivent s’intégrer les nouveaux arrivants et qui se fonde sur l’« égalité des genres, la démocratie, la laïcité, le français comme langue publique commune, l’État de droit [et] le respect des droits et libertés de la personne », résume le politologue. Or, ce modèle d’intégration n’a jamais été officialisé par le gouvernement du Québec, ce qui rend son application incertaine.

Dans certains documents publics, la Ville de Montréal affirme adhérer à un interculturalisme minimaliste. Dans les faits, toutefois, son action révèle souvent l’« adhésion tacite de la municipalité au modèle canadien et son contournement du discours que promeut l’État québécois », constate Carpentier.

Dans des interventions publiques, par exemple, le maire Coderre et la mairesse Plante ont tous deux plaidé pour une laïcité dite ouverte et pour plus de flexibilité dans l’usage de l’anglais. Ainsi, au nom de la différence montréalaise, ils ont contesté deux des principaux socles de l’interculturalisme québécois.

Selon Carpentier, les acteurs de la politique montréalaise d’intégration se diviseraient en deux camps : les partisans de l’interculturalisme, principalement des fonctionnaires et des chercheurs, et ceux du multiculturalisme, qu’on retrouve surtout chez les élus et les acteurs associatifs. Pour le moment, à cause du flou juridique et politique entourant le statut de l’interculturalisme, ce sont les seconds qui s’imposent, entraînant ainsi une dramatique « déconnexion » entre la métropole et le reste du Québec.

Qu’attend donc le gouvernement du Québec pour faire de l’interculturalisme sa politique d’intégration officielle sur tout le territoire national ? Ça devrait faire partie d’un programme sérieux de réveil national.

Source: Besoin de Montréal

Jolin-Barrette tend la main à la France pour défendre la langue française

The usual wilful or unwilful mischaracterization of multiculturalism as not being about integration in Canada:

Il y avait longtemps qu’un ministre du Québec n’avait pas prononcé un tel discours en France. À l’heure où les relations entre la France et le Québec se déclinent le plus souvent au rythme des échanges économiques, le ministre de la Justice et de la Langue française avait choisi de donner à sa communication un contenu nettement politique.

Pour Simon Jolin-Barrette, il est temps que la France et le Québec unissent leurs forces pour défendre le français non seulement dans leur pays respectif, mais partout dans le monde.

« Le Québec vous tend la main, a-t-il déclaré. Il vous convie à une union des forces entre nos deux nations, basée sur la certitude que le français n’est pas une cause du passé, mais un ferment d’avenir. Un moteur de résistance et de renaissance. »

Dans la grande salle des séances de l’Académie française, le ministre qui n’était pas venu à Paris depuis l’âge de ses 18 ans s’est adressé à une centaine de personnes, dont une douzaine d’académiciens. Visiblement ému de se retrouver en ce lieu fondé par Richelieu à l’époque où naissait la Nouvelle-France, il s’est présenté comme le « descendant de Jean Jolin, un modeste meunier ». C’est la gorge nouée qu’il a déclaré : « Je n’ai ni votre plume ni votre épée. Mais c’est inspiré par toute la fougue du peuple québécois que je prends la parole, en ces murs. »

Le « rouleau compresseur anglo-américain »

Comparant la loi 101 à l’ordonnance Villers-Cotterêt qui, en 1539, établit la primauté du français dans tous les actes publics du Royaume de France, il a brossé un tableau d’ensemble de l’histoire et de l’évolution du français au Québec. Sans oublier d’expliquer en détail les raisons de la nouvelle loi 96, destinée, a-t-il dit, à combattre les « nouveaux périls [qui] guettent la langue française ».

Devant une salle conquise, le ministre en a surtout appelé à « notre devoir de vigilance à l’égard de la langue française » ne manquant pas d’écorcher au détour « le multiculturalisme canadien […] qui combat, dit-il, les prétentions du Québec à se constituer en nation distincte ». Il n’a pas oublié non plus « la révolution numérique des GAFAM », ce « rouleau compresseur anglo-américain, qui bouscule l’écosystème de notre langue et de notre culture ».

Évoquant « des articles diffamatoires contre le Québec […] publiés […] dans des journaux américains et canadiens anglais », le ministre a rappelé avec aplomb que « la langue française n’a jamais été un fait ethnique. Elle a toujours été un fait de culture et de civilisation. »

Avec des mots qu’on n’avait pas entendus depuis longtemps à Paris, le ministre n’a pas hésité d’en appeler directement à la France. « Rien ne serait plus naturel, dit-il, que la France, dans ce monde nouveau, se fasse le porte-parole de la diversité des cultures et de la dignité des nations. Il ne s’agit pas, vous m’avez bien compris, de s’opposer à la révolution de notre temps, mais d’y participer pleinement en y faisant respecter ce que nous sommes. »

Cette invitation de l’Académie française s’inscrit dans le sursaut qui a récemment secoué les Immortels dans la défense de la langue française, nous a expliqué l’académicien et poète Michael Edwards. Depuis un an, l’Académie et son secrétaire perpétuel, Hélène Carrère d’Encausse, n’ont pas hésité à intervenir publiquement pour critiquer le bilinguisme qui a envahi certains milieux en France. Ils ont notamment demandé au gouvernement la suppression de la nouvelle carte d’identité entièrement bilingue (anglais-français). L’Académie a aussi publié un important rapport sur l’influence de l’anglais dans la communication institutionnelle. Elle y dénonce l’anglomanie qui s’est particulièrement répandue depuis l’élection d’Emmanuel Macron.

Une invitation « historique »

« Nous faisons cause commune. […] Merci de nous insuffler un peu de votre détermination », a déclaré le chancelier de l’Institut de France, Xavier Darcos. Présent à la séance, l’écrivain haïtien et québécois Dany Laferrière n’a pas hésité à qualifier d’« historique » cette invitation, puisque peu de représentants politiques québécois ont eu l’honneur de s’adresser ainsi directement aux Immortels.

« Je suis particulièrement sensible à la façon dont, au Québec comme en France, le français peut servir à cimenter l’adhésion des nouveaux arrivants », nous a déclaré l’académicien, romancier, diplomate et médecin Jean-Christophe Rufin. « Il n’y a pas d’opposition entre la tradition et l’ouverture. »

Jeudi, Simon Jolin-Barrette a aussi rencontré la toute nouvelle ministre française de la Culture, Rima Abdul Malak, à qui il a aussi fait valoir l’importance que le Québec et la France défendent leur langue en commun. Dans ses interventions, le ministre évoque aussi la solidarité qui unit la France et le Québec sur la question de la laïcité.

« J’ai reçu un accueil très positif de la part du gouvernement français et on m’a indiqué que le président Macron était très sensible à la question de la langue française, dit-il. […] pour nous il s’agit d’une main tendue afin de construire ensemble des alliances qui vont permettre d’être sensibilisé à la défense de la langue française. Si l’État français se mobilise aussi fort que le fait l’État québécois présentement, c’est une lutte qu’on va pouvoir mener ensemble. »

En ce 24 juin, Simon Jolin-Barrette participera aux célébrations de la Fête nationale à la Délégation générale du Québec à Paris. En terminant, le ministre a promis de ne pas attendre aussi longtemps que la dernière fois avant de revenir en France.

Source: Jolin-Barrette tend la main à la France pour défendre la langue française

Article in English, with Premier Legault comments:

In a rare speech before France’s Academie Française — the body charged with protecting the French language in its home country — one of Quebec’s top ministers said that Canadian multiculturalism is a thorn in Quebec’s side.

People are failing to see that Quebec’s controversial recent laws, both language law Bill 96 and even securalism law Bill 21, are themselves about protecting a fragile culture, said Minister Simon Jolin-Barrette.

We’re in a time when the “diversity of cultures is becoming just as threatened as the diversity of fauna and flora,” he said in the Thursday speech — referring to Quebec’s French-speaking culture.

Jolin-Barrette is Quebec’s minister of justice and also its minister for the French language, making him deeply involved in both pieces of legislation.In the lengthy speech, he went over the history of Quebec, from its founding as a French colony to the Quiet Revolution and beyond.

But one thing is a particular problem, he said: ensuring that newcomers to Quebec learn to live in French.

“One of our greatest challenges is to involve immigrants in our national project,” he said.

“We are the neighbours of a great power, the United States, and we operate within a federation with an anglophone majority. The continental and global linguistic dynamic favors English in every way.”

He heaped criticism on Canadian federal law that protects individual rights, calling this emphasis on the individual “nearly absolute,” to the detriment of Quebec’s collective rights.

“Although our project is thwarted by Canadian multiculturalism, which finds an equivalent in what you call communitarianism and which combats the claims of Quebec to constitute itself as a distinct nation,” Jolin-Barrette continued, “the French language must really become the language of use of all Quebecers.”

Despite earlier laws forcing all children of immigrants to attend school in French, he said it hasn’t been enough, leading the current government to clamp down on English in post-secondary colleges by stemming their growth with enrollment caps.

“Upon graduating from high school… an alarming proportion of students, especially those whose first language is neither English nor French, rush into the anglophone network to pursue their studies,” he said.

He also explicitly linked Bill 21 with the same struggle. Arguably the current government’s most controversial bill of their four years in power, it banned certain public servants, including teachers and police, from wearing religious symbols at work.

In practice, it affected female Muslim teachers most heavily, preventing school boards from hiring or promoting any hijab-wearing teachers. Challenges to it are still before the courts and are expected to end up at Canada’s Supreme Court.

“Law 96 on the French language does not come alone,” said Jolin-Barrette.

“It was adopted after Law 21 on secularism, which I also had the honor of piloting, always with the same idea of strengthening the autonomy and personality of the State of Quebec.”

LEGAULT SAYS ALL CULTURES NOT ‘ON THE SAME LEVEL’

When asked about Minister Jolin-Barrette’s comments in Paris today, Premier François Legault said he is opposed to putting “all cultures on the same level” and stressed the importance of having a “culture of integration” above all else.

“So that’s why we oppose multiculturalism. We prefer to concentrate on what we call ‘inter-culturalism’ where you have one culture, the Quebec culture, where we try to integrate the newcomers, but we want to add to this culture,” the premier said.

“I think new people coming to Quebec — they add to our culture. But it’s important to have a culture where we integrate, especially to our language.”

Legault also argued this is in direct opposition to the Canadian model of multiculturalism.

“I see that Mr. Trudeau is pushing for multiculturalism, so he doesn’t want us to have a culture and a language where we integrate newcomers,” the premier said.

MEDIA CRITIQUES OF BILL 96 ARE ‘LAZY,’ JOLIN-BARRETTE SAYS

In his speech, Jolin-Barrette addressed criticism that embracing English and bilingualism is a way of being open to the world, whether you see it as the language of Shakespeare or “Silicon Valley.”

But that’s a misplaced idea, the minister argued.

“What is presented as an openness to the world too often masks acculturation, which comes with a significant loss of memory and identity,” he said.

He said gone are the times when people can request to be served in English or French in Quebec, as in a “self-service business.”

And Jolin-Barrette made a special point of attacking English Canadian media’s coverage of Bill 96.

“Recently, defamatory articles against Quebec have been published with too much complacency in American and English Canadian newspapers,” he said.

“Lazy authors depict our fight from the most denigrating and insulting angle, trying to pass it off as a rearguard fight, a form of authoritarianism.”

“Our fight for the French language is just, it is a universal fight, that of a nation which has peacefully resisted the will to power of the strongest.”

For a large portion of the speech, Jolin-Barrette spoke of the time before the Quiet Revolution, when, he said, French itself was being lost in Quebec.

“A vulnerable proletariat was born, whose contaminated language quickly switched to Franglais,” he said.

“The English-speaking oligarchy, heir to British power, imposed its language and its imagination….in the 1950s, French-Canadians lived in towns where commercial signage was often in English.”

At another point, he called French the greatest of the Western languages, with the biggest literary influence.

In those decades, however, “French Canada was one of the very few places in the world where the French language was a sign of social inferiority,” he said.

Source: Quebec is ‘thwarted’ by Canadian multiculturalism, minister says in France speech

Rioux: Retour de balancier

Rioux rails against “les élites multiculturalistes” and celebrates counter-reactions, even if “souvent déroutantes et parfois extrêmes.”

Ceux qui se souviennent de l’extraordinaire fierté qu’avait suscitée l’adoption de la loi 101 en 1977 auront compris que nous ne sommes plus à cette époque. Difficile de trouver la même ferveur chez ceux qui ont adopté cette semaine le projet de loi 96. La loi 101 avait alors fait parler d’elle dans le monde entier. Dans l’univers anglophone, on avait évidemment dénoncé dans des mots souvent outranciers une loi brimant les droits de la « minorité ». Mais ailleurs, l’écho était différent. Le journal Le Monde avait évoqué une « revanche historique ». Lors de son adoption, le quotidien avait repris les mots de ses auteurs selon qui le but de cette loi était de « rendre la province “aussi française que le reste du Canada est anglais”. »

Lors de mes premiers reportages à l’étranger, on me parlait spontanément de la loi 101. En France, dans les milieux informés, elle jouissait d’une véritable aura. C’était aussi le cas ailleurs en Europe, comme en Catalogne, où les nationalistes au pouvoir ne cachaient pas leur admiration pour la détermination dont nous avions fait preuve. En 2012, le linguiste Claude Hagège avait même soutenu que la France devait s’inspirer du Québec afin d’imposer l’unilinguisme français dans l’affichage. À voir les Champs-Élysées aujourd’hui, on déplore qu’il n’ait pas été entendu.

« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement », disait Boileau. Ce principe s’applique à toutes les grandes lois, qui sont généralement des lois simples qui reposent sur un principe immuable. Au lieu de se perdre dans un fouillis administratif et des contorsions juridiques (comme les complexes tests linguistiques de la défunte loi 22), elles proclament une vérité essentielle que chacun est à même de comprendre. C’est ainsi qu’elles imposent le respect.

Qu’exprimait l’esprit de la loi 101 sinon qu’au Québec, tous les nouveaux venus avaient vocation à s’intégrer à la majorité linguistique et culturelle par le truchement de son école ? Bref, à devenir des Québécois de langue et de culture française. Point à la ligne. Ce principe de l’intégration scolaire est d’une telle évidence qu’il mériterait d’être appliqué à tous les niveaux du réseau éducatif sans exception. C’est d’ailleurs ce que font depuis longtemps les Catalans en Espagne et les Wallons en Belgique, qui semblent avoir retenu mieux que nous la leçon de Camille Laurin. Nul doute qu’un jour, il faudra y revenir.

Mais nous avons changé d’époque. C’est ce qu’explique avec talent le jeune essayiste Étienne-Alexandre Beauregard dans son premier essai, Le Schisme identitaire (Boréal). L’ouvrage propose une description passionnante du cheminement idéologique du Québec depuis 1995. Beauregard décrit le passage de l’effervescence nationaliste que fit naître la Révolution tranquille à l’idéologie « post-nationale » qui domine aujourd’hui. Il raconte le ralliement de la gauche, au nom du progressisme, à l’idéologie diversitaire et sa déclaration de guerre contre ce que Fernand Dumont appelait la « culture de convergence ».

Avant 1995, écrit Beauregard, le nationalisme des historiens Lionel Groulx et Maurice Séguin exerçait une telle hégémonie intellectuelle que même le Parti libéral de Robert Bourassa fut en quelque sorte obligé de se dire autonomiste. D’où la loi 22. À l’inverse, la nouvelle hégémonie diversitaire pousse aujourd’hui les nationalistes dans leurs retranchements, les forçant à donner des gages à la gauche multiculturaliste qui exerce le magistère moral dans les médias et les grandes institutions.

Dans ces débats comme celui qui s’achève sur le projet de loi 96, il arrive que les nationalistes québécois se sentent à ce point isolés qu’ils se croient hors du monde. Il est pourtant frappant de constater combien cette nouvelle guerre culturelle que décrit Beauregard n’est pas proprement québécoise. Elle est même la réplique, à notre échelle, d’un affrontement qui se déroule partout en Occident. Partout où l’idéologie de la mondialisation heureuse, qu’est au fond ce rêve post-national et diversitaire, se bute au retour des nations.

Il y a quelques années encore, on pouvait croire que ces dernières n’étaient destinées qu’à se fondre dans des ensembles plus grands et multiethniques. Des ensembles dont le Canada se prétend depuis toujours le prototype achevé. Ce n’est plus vraiment le cas, alors qu’à la faveur des ratés d’une mondialisation aujourd’hui en déclin, on assiste au réveil du sentiment national aussi bien en France et dans les anciens pays de l’Est qu’au Royaume-Uni et ailleurs en Occident. Sans parler de l’Ukraine.

Partout, les coups de boutoir contre l’identité nationale imposés par les élites multiculturalistes font réagir les peuples qui ne sont pas prêts à troquer leur langue, leur héritage et leurs mœurs pour un grand melting-pot informe et sans substance. Comme l’écrit Beauregard, cette guerre va s’intensifier, et l’on voit déjà les forces politiques qui prétendent s’en tenir à l’écart se faire balayer. C’est un peu ce qui arrive chez nous au Parti québécois et qui, dans un autre contexte, a décimé en France le Parti socialiste et Les Républicains.

Cette reconfiguration du combat politique prend des formes diverses, souvent déroutantes et parfois extrêmes. Mais les mêmes forces sont à l’œuvre, qui mettent en scène de vieilles nations qui ne veulent pas mourir et qui n’ont pas dit leur dernier mot.

Source: Retour de balancier

Debating difference and diversity: combining multiculturalist and interculturalist approaches to integration

Much of these debates and discussions are more semantics than substantive, as the devil is in the details regarding the specific practices and policies of integration, social cohesion, multiculturalism and interculturalism:

In the UK, as elsewhere in Western Europe, issues of integration and social cohesion in relation to ethno-cultural minorities are never far from the headlines or policy concerns in one form or another. In the last year, events such as the Black Lives Matters protests, COVID-19, the Euros, and the upcoming Queen’s Platinum Jubilee, have all prompted reflection on integration. In 2019 the government published a new indicators of integration framework and the term has again been the central concern of a recent report by a prominent think tank, which notes that integration is ‘one of the slipperiest concepts in the political lexicon’.

One of the central issues to thinking about integration is what is to be done about ethno-cultural difference? Is it a problem to be overcome, a barrier to integration? Is it something positive, to be embraced and celebrated? Should it be overlooked in favour of what we all, as individuals, have in common, or should it be the ground we build a more equitable sense of belonging from?

The term integration can be not just slippery but the site of antagonistic and at times heated debate. These two properties of antagonism and slipperiness are well exemplified in debates between two alternative camps on how to manage and think about integration and ethno-cultural diversity: multiculturalism and interculturalism. Whereas the former emphasises respect for difference and hyphenated identities, the latter emphasises contact, mixing and what is shared or common against difference.

The two have frequently butted heads in academic debates, with multiculturalism under fire from interculturalists as in need of replacement, something reflected in political and policy discourse. For instance, the government’s 2018 Integrated Communities Strategy stated that ‘multiculturalism has too often encouraged communities to live separate lives – reinforcing distinct cultural identities to the detriment of efforts to draw attention to what we have in common – and is defunct’. Multiculturalists have responded by pointing out how these arguments misrepresent or caricature multiculturalism.   

In a new research project, PLURISPACE, we ask if this antagonism must necessarily be the case. We’ve found that integration as it exists in government policy as well as policy advocacy from civil society organisations more often combines these two opponents in various ways, and this is where the slipperiness comes in. Peeling back from political rhetoric and academic theory debates, what might we learn from the slipperiness?

While policies that are consistent with an intercultural position have become central, through increased emphasis on contact and mixing, as well in discourse around fundamental British values, the term itself is found nowhere in policy documents or parliamentary debates themselves (unlike, for example, in Spain or at the EU level). Moreover, these interculturalism gains have not been to the detriment of multicultural policies, which have also shown an increase over the last few decades. This begins to point to types of complementarity between different approaches, which forms the focus of the PLURISPACE project. But what different forms does such complementarity take in practice?

From an analysis of documents produced by prominent civil society organisations, supplemented by interviews, we can point to three main types of complementary form in which multiculturalism and interculturalism are combined in the UK, reflected in alternative emphases on the idea of integration. The first two represent what we might call a principled multiculturalism, complemented or qualified by interculturalism to different extents.

The first variation is broadly multiculturalist in emphasis. It wants to preserve the importance of difference between ethnic, cultural, and faith communities whilst developing a sense of multicultural nationhood that can include these differences. Integration is thought about as relations between communities and across difference, but which adds to this the need for contact and mixing between people of different ethnicities and faiths and a simultaneous emphasis on what is held in common if it is to be successful. Here, integration is very much a ‘two-way street’.

The second variation represents a more equal mixing of multiculturalism and interculturalism. It is more cautious of stronger statements about group rights but with a significant feature; its underlying premises can be said to be more multiculturalist than interculturalist. That is, underpinning interculturalist features is a stronger sense of the need to recognise and respect difference as a fundamental way in which equality is thought about. As one report puts it: ‘If integration is not about everybody, it is not integration‘. Interculturalist emphases from this position are important, but bound to fail if not substantively underpinned by thicker multiculturalist sensibilities and policies when it comes to identifying and addressing discrimination and positive recognition.

Across these two positions features of interculturalism are seen as extremely important but also as inadequate and ineffective if not underpinned by more substantive approaches to equality consistent with multiculturalism.

A third position is one we might call critical interculturalism. This adopts a broadly interculturalist stance, but is qualified in significant ways (and ways that some interculturalists would reject) by multicultural emphases. It emphasises contact and mixing, and is oriented foremost around individual rights and the centrality of ascribing to fundamental British values, and of minority integration into these values. It stresses general laws and policies that apply to everybody, rather than differentiated policies and stronger forms of group recognition. Yet, different expressions of this broad position also emphasise the national level as significant in setting the tone for equality and integration; some emphasise that group targeted policies might be necessary in order to address patterns of discrimination and disparities in policy areas such as employment, education and so on, even if they are not necessarily ideally desirable and one day might not be necessary. We might see this as a kind of stop gap multiculturalism.

Overall, these different forms of complementarity are suggestive of the important contestations and differences there are when it comes to questions of what integration should mean and look like. But what they also show is that out of the shadows of academic debates and political rhetoric, syntheses and hybrids are occurring on the ground, and this has lessons for theory and politics alike. It also shows that behind the rhetoric, multiculturalism is not only alive but a multicultural sensibility is a significant feature of how we should think about equality and belonging.

Thomas Sealy (@SealyThomas) is Lecturer in Ethnicity and Race in the School of Sociology, Politics and International Studies at the University of Bristol.

Source: Debating difference and diversity: combining multiculturalist and interculturalist approaches to integration

Le Québec «bashing» ou la tolérance à deux vitesses

Sigh. Not to mention the inverse, Canada bashing on the part of some intellectuals…

Le Canada se drape de tolérance envers les minorités — tout en assumant des épisodes de Québec bashing, devenus chroniques dans l’histoire des deux solitudes. Ce paradoxe, commun au monde anglo-saxon, remonte à l’origine même du libéralisme britannique, estime Patrick Moreau, professeur au collège Ahuntsic qui participait, mercredi, à un colloque consacré à « la condescendance francophobe en contexte canadien ».

« Les sociétés anglo-saxonnes en général — et la société canadienne en particulier — se présentent toujours comme très libérales, très à cheval sur les droits individuels et la tolérance, explique M. Moreau, qui collabore par ailleurs à la section Idées du Devoir. En même temps, elles ont souvent, à travers l’histoire, connu des accès d’intolérance. »

Pour le professeur, invité à prendre la parole au congrès de l’Acfas mercredi, « le ver est dans le fruit » depuis la naissance de la tolérance religieuse proclamée au XVIIe siècle par le pouvoir anglican. « L’Angleterre autorisait toutes les sectes protestantes, ce qui était exceptionnel en Europe, à l’époque. En revanche, cette tolérance excluait les catholiques et les athées. Nous sommes tolérants, mais pas à l’égard de toutes et de tous. »

Ce même réflexe s’applique encore aujourd’hui envers le Québec, maintient le professeur Moreau. Le Canada anglais prétend accueillir et célébrer les différences. Sauf certaines, souvent québécoises.

« Dès qu’on nous montre la diversité canadienne, il faut qu’on nous montre une femme voilée, un turban, etc., poursuit le chercheur, en entrevue au Devoir. Comme si la seule différence admissible était en réalité superficielle. Si les Québécois se contentaient d’être une minorité parmi d’autres, arborant la ceinture fléchée lors de la Saint-Jean, le Canada s’en réjouirait et les tolérerait comme il tolère n’importe quel costume de n’importe quelle minorité ethnique ou religieuse. »

Or, le Québec dérange au point de devenir intolérable, soutient M. Moreau, parce que la différence qu’il revendique réfute la suprématie du modèle anglo-saxon.

« Ce qui est inacceptable aux yeux du Canada anglais, c’est cette volonté du Québec de faire société en français et selon des termes politiques qui ne sont pas ceux de la philosophie politique anglo-saxonne. Autrement dit, de revendiquer des droits linguistiques collectifs. […] La laïcité, c’est un peu la même chose, poursuit le professeur Moreau. On refuse, au Canada anglais, de voir la laïcité comme un modèle légitime de gestion de la diversité. On veut à tout prix y voir l’expression d’une intolérance ethnique à l’égard des autres minorités religieuses. »

Un Québec bashing progressiste

Cette discrimination à l’égard des francophones, M. Moreau note qu’elle a évolué au tournant du XXIe siècle. « La francophobie canadienne était, jusque dans les années 2000, plutôt conservatrice. C’était vraiment une francophobie coloniale issue d’un sentiment de supériorité très britannique et protestant à l’égard de Canadiens français, jugés arriérés, et catholiques, en plus. »

Plus récemment, avance le chercheur, « nous sommes passés à un Québec bashing progressiste, c’est-à-dire que nous allons reprocher au Québec d’être intolérant à l’égard des minorités, de créer une discrimination à l’égard des minorités, donc finalement de refuser les normes du multiculturalisme trudeauiste actuel. »

La saga entourant l’Université d’Ottawa et l’usage du mot en « n » dans une salle de cours a jeté une lumière crue sur le paradoxe de la tolérance canadienne envers ses minorités, insiste le professeur de littérature au collège Ahuntsic. « Il y a eu un glissement que je trouve personnellement assez épatant de la part de gens qui se prétendent fondamentalement antiracistes, mais qui vont insulter des professeurs en les traitant de fucking frogs. Bref, en utilisant un vocabulaire qui est très clairement raciste. »

À son avis, le Québec bashing a encore de beaux jours devant lui. Tant mieux, souligne-t-il, puisque sa disparition voudrait dire la fin d’un Québec qui revendique son droit à faire société autrement.

« Le jour où le Québec bashing va disparaître, ce ne sera pas vraiment une bonne nouvelle pour le Québec, avance M. Moreau. Ça voudra dire, je pense, que le Québec aura renoncé à faire société d’une façon différente du Canada. Autrement dit, il aura adopté le modèle dominant du libéralisme canadien. À ce moment-là, il sera devenu acceptable », conclut le professeur.

Source: Le Québec «bashing» ou la tolérance à deux vitesses

How the Grinch stole Chanukah: secularism is not a veil for systemic racism

Legitimate observation on timing, whether this was intentional or blindness:

In the same week that an elementary school teacher was removed from her classroom in Quebec for wearing a hijab, the Legault government announced it will loosen the rules for indoor gatherings right in time for Christmas.

I hate to be a Grinch, but in this multi-faith household as we put away the menorah and bring out the Christmas lights, I question when Quebec will stop pretending to be a secular society.

What a coincidence that at this time last year, the CAQ also considered allowing larger gatherings for Christmas, right when holidays from other faiths, such as Chanukah and Diwali, had ended. 

The Legault government preaches about separation between church and state, puts into law Bill 21 preventing public servants (teachers, police, judges, etc.) from wearing religious symbols, and insists that systemic racism is not an issue in Quebec; yet we are expected to believe that loosening of public health measures on Dec. 23 is linked to the state and not the church.

Quebec is not a religiously neutral society; it is a Catholic-based society. Its institutions close for Christmas and Easter; countless streets, towns, hospital, and schools are named after saints; and the crucifix that hung prominently in the national assembly for decades was only recently removed, following much debate and push back. 

Even Bill 21, an act respecting the laicity of state, accommodates those who practice the Catholic faith, since donning a cross around the neck can be concealed, unlike a hijab, turban, or kippah worn on the head.

As this questionable bill impede the lives of marginalized Quebecers, the CAQ government dares, once more, to tempt pandemic fate in the name of Christmas.

Linking new rules for private gatherings to one specific holiday will, of course, never be publicly stated. Instead, it is conveniently suggested that the timing is due to a stabilization in the number of hospitalizations, the fact that the Omicron variant is not circulating widely in the province, that children over five are now being vaccinated. 

This pandemic has brought many issues to light, including the value of critical thinking. Much information is believable when taken at face value, but even evidence-based facts, like statistics, can be misleading when twisted the right way. 

There is no denying that Quebec has done well in its vaccination and public health efforts, but as the world grapples with mutations of a virus that aims to outsmart us, are we to naively believe that this province will be spared because it is Christmas?

Making progress in halting a global pandemic is hardly an excuse for loosening rules, which miraculously coincide with the birth of Jesus. 

If we really want to understand secularism, pay attention to COVID-19, which makes no distinction for any faith in its path of destruction. Christians, Jews, Muslims, Hindus … one multicultural society battling this virus together.

As the candles go out on Chanukah and the Christmas trees light up, let’s be reminded that a secular society caters not to any one faith. Secularism, Mr. Legault, is not a vail for systemic racism.

Susan Mintzberg is a PhD candidate in social work at McGill University. Her research focuses on the role of family caregivers in mental health care.

Source: https://www.thestar.com/opinion/contributors/2021/12/13/how-the-grinch-stole-chanukah-secularism-is-not-a-vail-for-systemic-racism.html

COLUMN: Interculturalism a viable solution to multiculturalism’s woes

From St. Alberta no less (multiculturalism includes integration into one of the two official languages):

This year, 2021, is the 50th anniversary of Canada’s official multiculturalism policy, which Pierre Trudeau introduced in 1971.

Multiculturalism was introduced in part to respond to the criticisms of the Laurendeau-Dunton Commission, which investigated language and social tensions in 1960s Canada. The Commission initially focused only on Canada’s Anglophone and Francophone “founding peoples.” It was harshly criticized by Canadians of other backgrounds for implying their communities were “second-tier.” The commission incorporated those criticisms into its report, which Trudeau used as the basis for his multiculturalism policies.

Since then, multiculturalism has been praised and criticized. Its supporters praise it for enabling people from all over the world to be Canadian on their own terms, and for recognizing the contributions they’ve made to Canadian society. Its critics reproach it for seemingly undermining immigrants’ ability to integrate into Canadian society, for undermining the founding status of Anglophones and Francophones (conflicting with English and French being official languages), and for treating Indigenous people as an “ordinary” ethnic group without Treaty rights.

Some critics advocate interculturalism as an alternative. Interculturalism states that there’s a majority in any given society that sets out things such as the common language and legal framework. It also recognizes the responsibilities of minorities to integrate into society, such as using the common language. However, interculturalism also recognizes that those minorities have rights of their own that the majority must respect, including the rights in some cases to use their own languages. Interculturalism, at its best, is an attempt to balance the concerns and rights of both the majority and the minorities, while also recognizing their responsibilities to each other.

Quebec has been one of the strongest advocates for interculturalism in recent years. The idea of Francophone Canada as one of the country’s “founding peoples” is very deeply rooted there. Many Franco-Quebecois are genuinely concerned about whether newcomers are integrating into mainstream society. However, Quebec’s language laws also make various exceptions for its Anglo-Quebecois minority, including their rights to be educated in English.

Interculturalism is most popular in Quebec right now, but I wonder if it couldn’t also apply to the rest of Canada, too. Many other Canadians have the same kind of concerns about newcomers integrating into society, including learning English. Other provinces’ Francophone minorities have had the same complaints as the Anglo-Quebecois about language rights. Many Indigenous people have made it crystal clear they won’t accept being treated as “just” Canadians. Newcomers across Canada work extremely hard to fit into society, including learning English and/or French, and deserve to have their efforts recognized.

Interculturalism could go a long way to addressing multiculturalism’s criticisms while keeping its positives. The founding statuses of Anglophone, Francophone, and Indigenous cultures would be formally recognized, but so would the fact that these cultures evolve as new people bring new influences from the rest of the world. Newcomers, regardless of skin colour, would have just as much right to call themselves Anglophone or Francophone Canadians as someone whose ancestors came here 300 years ago.

It might be just what Canadian unity needs.

Jared Milne is a St. Albert resident with a passion for Canadian history and politics.

Source: COLUMN: Interculturalism a viable solution to multiculturalism’s woes