L’intérêt des principes: Michel David on Bill 62

While I prefer the narrow approach of PM Couillard, recognize the validity of David’s arguments given the opposition consensus. I also remain sceptical that the CAQ and PQ will not be tempted by identity politics in the next election:

En politique, il est facile de confondre ses principes et ses intérêts. Le compromis auquel en sont arrivés le PQ, la CAQ et Québec solidaire, dont les positions ont longtemps paru inconciliables, aurait le mérite de mettre un terme, au moins temporairement, à un débat qui a trop duré. En se montrant aussi intransigeant, M. Couillard donne plutôt l’impression de vouloir le poursuivre.

Le premier ministre dit vouloir empêcher une « dérive discriminatoire » qui, après les policiers et les juges, étendrait l’interdiction du port de signes religieux aux enseignants et éventuellement aux baigneuses. Précisément, si l’Assemblée nationale adoptait à l’unanimité un projet de loi traçant clairement la ligne, un nouveau gouvernement y penserait à deux fois avant de rouvrir la boîte de Pandore.

En refusant toute concession, M. Couillard fait en sorte que le débat s’envenime au cours des prochains mois et que la prochaine campagne électorale donne lieu à une surenchère qu’il se fera un devoir de dénoncer avec la dernière énergie. En raison de ses principes, bien entendu.

Comme pour mieux faire traîner les choses, le gouvernement a décidé d’accorder la préséance au projet de loi 98, qui vise à réglementer les ordres professionnels, mais dont il a soudainement découvert qu’il pouvait favoriser l’intégration des immigrants au travail. L’étude du projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l’État risque donc d’être reportée à l’automne, alors qu’on entrera dans l’année électorale. Avec un peu de chance, tout devrait alors être en place pour un nouveau psychodrame.

Source: L’intérêt des principes | Le Devoir

Une bénédiction pour Couillard | Charles Taylor on Bill 62

Nothing wrong with either remaining in favour of this recommendation in favour of banning religious symbols for police and judges, as Gérard Bouchard, or having second thoughts as Charles Taylor. IMO, Taylor is more attuned to the continued risks of divisiveness of expanding the relatively narrow focus of Bill 62 on face-coverings:

Une volte-face comme une bénédiction pour le gouvernement libéral. Contrairement à ce qu’il soutenait dans le rapport de la commission sur les accommodements raisonnables, le philosophe Charles Taylor a déclaré publiquement qu’il ne croit plus qu’il faut interdire le port de signes religieux, notamment pour les policiers et les juges. De la musique aux oreilles du premier ministre Philippe Couillard, qui a réaffirmé qu’il n’entendait pas légiférer sur le sujet.

Les libéraux rejettent ainsi tout compromis avec les partis d’opposition, qui s’étaient pourtant montrés ouverts à appuyer le projet de loi 62 sur la neutralité de l’État s’il contenait une disposition empêchant le port de tout signe religieux pour les personnes détenant une fonction « coercitive » ou en situation d’autorité. « Nous, on a toujours été opposés à la discrimination vestimentaire. Ce n’est pas la première fois que je le dis ce matin. […] Je crois que ça permet de constater que, quand on a des principes, il faut s’y tenir », a affirmé Philippe Couillard.

Dans une entrevue à Radio-Canada, M. Taylor a dit qu’il était conscient qu’il intervenait dans un débat politique, confortant du même coup le premier ministre dans sa décision. « Si j’avais une intention politique, c’était d’éviter qu’on accepte ce compromis, oui, justement parce que j’y voyais un grand danger. Le but, auquel je tiens de façon passionnée, c’est que les gens commencent à se rallier et à se comprendre. Et j’ai dû intervenir », a-t-il expliqué.

Même s’il en faisait la recommandation dans le rapport Bouchard-Taylor, déposé il y a neuf ans, le philosophe croit aujourd’hui qu’il est « dangereux » de légiférer pour interdire le port de signes religieux, car cela risque « d’exclure les immigrants de certaines zones »« Maintenant, non seulement je vois que cette distinction n’est pas importante […] mais je vois les conséquences de mener ces débats. Il y a des conséquences très sérieuses. Ça crée un effet de stigmatisation. » Un effet qui, selon lui, doit être évité à tout prix dans le contexte du nouveau gouvernement de Donald Trump et celui de la fusillade à la mosquée de Québec. « Ne rouvrons pas les plaies », a-t-il écrit dans une lettre ouverte publiée mardi.

Avec cette sortie publique, M. Taylor marque son désaccord avec son collègue et coprésident de la Commission, Gérard Bouchard. Celui-ci avait précisé à maintes reprises qu’il était important, voire « urgent », de légiférer sur la question. Ce dernier n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue. « On n’a jamais vraiment été d’accord là-dessus, parce que pour lui c’était une question de principe, pour moi, plutôt une question de conjoncture. Mais je l’estime beaucoup et je suis d’accord avec lui pour tout le reste du rapport », a dit M. Taylor en entrevue à Radio-Canada.

Source: Une bénédiction pour Couillard | Le Devoir

Globe’s coverage:

Charles Taylor, a leading Canadian intellectual who has been described as one of the world’s greatest living philosophers, said such a ban raises the possibility of stigmatizing the Muslim community. Mr. Taylor was, along with academic Gérard Bouchard, co-chairman of a high-profile commission on reasonable accommodation that recommended in 2008 that figures of coercion in Quebec be prevented from wearing symbols of their faith.

Those figures include police officers, judges, prison guards and prosecutors.

However, Mr. Taylor has now said he has changed his mind. In an unusual move, he has disavowed a key section of his report.

“I did sign the report where this recommendation appears; but nine years later, I no longer endorse it,” he wrote in La Presse.

The mosque attack in Quebec City that claimed the lives of six Muslim worshippers last month created a new context, said Mr. Taylor, an emeritus philosopher at McGill University. Quebec has just started to close the divisions left by the acrimonious debate over the Parti Québécois’s Charter of Values, which would have banned religious headwear in the public service. That debate stigmatized some minorities and even led to verbal and physical assaults against women wearing head coverings, he said.

Quebeckers have now started to rally together in the wake of the mosque assault.

“I believe we cannot afford the luxury of taking new steps that would renew the stigmatization, regardless of the good intentions of some of their defenders,” Mr. Taylor wrote, in French. “Let’s not reopen the wounds. Let’s leave all the room to a time of reconciliation.”

He admitted his stance puts him at odds with Mr. Bouchard, who has pushed for the figures-of-authority ban on a matter of principle. “We disagree,” Mr. Taylor told an interviewer Tuesday about his former co-chairman. “We were never entirely in agreement.”

Quebec is in the throes of yet another discussion over the place of religion in the public realm because the Liberals have introduced Bill 62, legislation that would forbid people from giving or receiving public services with their faces covered. The government presents it as a matter of security and communication.

The opposition Parti Québécois and Coalition Avenir Québec have said they want the bill to include a headwear ban for authority figures.

Mr. Couillard argues that such a step would amount to “clothing discrimination.” He hinted on Tuesday he might propose changes to Bill 62, but has given no indication he is prepared to withdraw it.

Quebec’s Couillard rejects push for ban on officials’ religious headwear

Dix ans après Bouchard-Taylor, tant reste à faire

Good summary by journalists Stéphane Baillargeon, Robert Dutrisac
and Lisa-Marie Gervais:

Québec annonçait il y a dix ans la formation de la commission Bouchard-Taylor. Les deux présidents livrent leur bilan et Le Devoir constate les retards et les échecs dans l’application de plusieurs recommandations centrales.

La « réalité alternative » a la cote par les nouveaux temps trumpiens qui courent, mais les faits sont têtus. Les faits disent, par exemple, que l’organisme Ensemble pour le respect de la diversité, qui fait la promotion du respect des différences, ne reçoit à peu près plus rien de l’État québécois.

Deux ministères (Éducation et Affaires autochtones) fournissent maintenant 4 % des quelque 630 000 $ du budget annuel de fonctionnement. Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion du Québec (le MIDI) fournit par contre 30 000 $ par année pour deux ans pour un projet de lutte contre la radicalisation.

Nous sommes contents d’avoir du soutien pour les petits projets, mais notre mission n’est pas appuyée

« Nous avons subi une baisse énorme », résume Marie-Ève Paiement, qui assume l’intérim à la direction de l’organisme montréalais, qui, en 20 ans, a donné plus de 10 000 ateliers, visité 965 écoles, rencontré près de 340 000 jeunes du Québec et du Canada. « La recommandation qui nous concerne dans le rapport de la commission Bouchard-Taylor n’a malheureusement pas été appliquée, dit-elle. Nous sommes contents d’avoir du soutien pour les petits projets, mais notre mission n’est pas appuyée. »

En 2004, la Fondation pour la tolérance (l’ancien nom d’Ensemble pour la diversité) tirait le tiers de ses revenus des subventions au fonctionnement. C’était avant la commission Bouchard-Taylor et avant que son rapport de 2008 recommande précisément d’augmenter le soutien financier à ce genre d’organisme et à la Fondation en particulier.

Un autre exemple ? La commission recommandait aussi « d’accorder une attention particulière à la Capitale-Nationale de façon à en faire un deuxième pôle métropolitain d’accueil des nouveaux venus ». Vérification faite, le MIDI a annulé le fonds d’aide à la régionalisation des immigrants il y a trois ans.

« Le Québec est la seule province au Canada où la population immigrante s’installe presque exclusivement dans sa métropole, dit Jean-Luc Gélinas, du Service d’orientation et d’intégration des immigrants au travail (SOIT) de Québec. Les professionnels immigrés ne vont pas là où sont les emplois : ils se dirigent presque tous vers Montréal, où ils ne sont pas assurés de trouver du travail en fonction de leurs compétences et de leur formation. »

Le document déposé en 2008 listait 37 recommandations. Dès novembre 2009, un an après le dépôt du rapport, des porte-parole gouvernementaux affirmaient que 80 % des recommandations avaient fait l’objet d’un suivi.

Jusqu’au départ du premier ministre Jean Charest en 2012, le directeur général de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), Stephan Reichhold, produisait un « Bulletin de performance » pour suivre l’application des recommandations. Il évaluait en 2010 que 6 % des stratégies proposées étaient concrétisées. « Je ne penserais pas que ç’a ait beaucoup changé », dit-il au Devoir.

Dans un article publié en 2014 dans le livre L’interculturel au Québec (PUL), le sociologue François Rocher, de l’Université d’Ottawa, estimait pour sa part qu’environ le tiers (37 %) des recommandations avaient été mises en oeuvre. La note positive n’était accordée qu’à 7 des 24 plans jugés prioritaires.

Bref, les bilans ne semblent pas très favorables, et les deux présidents eux-mêmes trouvent aussi, dans les entrevues accordées au Devoir, que les choses traînent.

Le professeur Gérard Bouchard fait directement référence à ce bilan très mitigé. Charles Taylor souligne que deux secteurs concrets font particulièrement défaut, celui de la reconnaissance des compétences et des diplômes et celui de l’intégration comme telle.

Les vérifications effectuées par Le Devoir au sujet d’une dizaine de recommandations décrites comme prioritaires il y a dix ans pointent aussi vers du laxisme, des lacunes, voire des régressions.

Interculturalisme et laïcité. La commission demandait que le modèle de l’interculturalisme soit inscrit dans une loi. Ce modèle diffère du multiculturalisme en ce sens qu’il met l’accent sur la diversité, mais autour d’un noyau francophone. Les commissaires proposaient également l’adoption d’un livre blanc afin de lancer une vaste consultation sur la laïcité dite ouverte.

Dix ans plus tard, il n’y a pas de loi sur l’interculturalisme, pas plus que de livre blanc. Nous en sommes à la quatrième mouture de projets de loi qui ont voulu circonscrire la laïcité — les libéraux préfèrent la notion plus canadian de neutralité religieuse de l’État — et les accommodements religieux. Toutes ces tentatives furent vaines sauf, évidemment, le projet de loi 62, dont on a retardé l’étude en commission parlementaire en raison du climat actuel teinté par l’attentat.

Intégration des immigrants. Le souhait était d’intensifier « la reconnaissance des compétences et des diplômes acquis à l’étranger ». Yann Hairaud, directeur général de la Clef pour l’intégration au travail des immigrants de Montréal (CITIM), juge qu’« il n’y a pas eu de suite à cette recommandation » malgré quelques efforts notables, dont la mise en place d’un mécanisme de traitement des plaintes des décisions prises par les ordres professionnels. Ce problème concerne environ un immigrant au Québec sur dix, soit plus ou moins 4500 personnes par année.

Le Québec compte 46 ordres qui réglementent la profession de plus de 385 000 membres. Une dizaine d’entre elles (dont les médecins, les ingénieurs ou les infirmières) totalisent 80 % des demandes de reconnaissance, avec des taux d’acceptation très variables. Les obstacles viennent par exemple des coûts imposés pour les examens, de la difficulté de trouver des formations d’appoint ou des stages.

Inégalités et discriminations. Les commissaires ont conclu que l’État devrait porter une attention particulière à la lutte contre les crimes haineux et a exigé plus de ressources et de moyens pour les organismes de lutte contre la discrimination, notamment à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Or, si le budget annuel est resté stable (environ 15 millions de dollars), 33 postes ont été abolis, passant de 161 à 128 (équivalents à temps complet) au cours des dix dernières années. Un service-conseil en matière d’accommodements raisonnables a été mis en place en 2008 pour aider les décideurs.

Pratiques d’harmonisation. Une attention particulière devait être portée à la déjudiciarisation du traitement des demandes d’accommodement ou de la formation des enseignants. Ces formations, qui datent d’avant la commission, sont toujours aussi nombreuses

« Peut-être que, dans les commissions scolaires en région, où l’immigration est plus récente, il y a plus de besoins », dit Marie McAndrew, professeure à la Faculté des sciences de l’éducation à l’Université de Montréal et spécialiste des questions de multiethnicité. « Mais dans les grosses commissions scolaires, à Montréal, […] c’est clair que l’expertise est là. »

Source: Dix ans après Bouchard-Taylor, tant reste à faire | Le Devoir

Lisée veut «aller plus loin» pour séduire les communautés culturelles

Given that Lisée has been all over the map on identity issues and ethnic groups, hard to see this ‘seduction’ succeeding:

Le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, souhaite «aller plus loin qu’avant» pour séduire les communautés culturelles et il croit que sa proposition de ne pas faire de référendum dans un premier mandat risque de l’avantager en ce sens.

Le fait qu’on n’ait pas décidé de tenir de référendum dans le premier mandat est une façon de détendre l’atmosphère», a expliqué M. Lisée, en point de presse, dimanche après-midi, à Montréal.

Le chef du PQ a rencontré les médias pour discuter de son plan d’action qui vise à attirer dans le giron péquiste les Québécois issus de l’immigration, un électorat qui a tendance à voter davantage pour le Parti libéral du Québec (PLQ).

Pour ce faire, il a confié le mandat à sa conseillère spéciale en matière de diversité, Évelyne Abitbol, de tenter de tisser des liens avec ces électeurs. Carole Poirier, la whip en chef du PQ et porte-parole sur l’immigration et les communautés culturelles, s’occupera pour sa part à mobiliser les membres et ses collègues députés sur cette question.

«Pendant la campagne au leadership, Jean-François a réuni une vaste coalition de la diversité. Cette vaste coalition, il faut maintenir ces liens et la rendre active», a soutenu Mme Poirier.

Selon le chef du Parti québécois, le fait de mettre le référendum de côté pendant quatre ans permettra au parti d’accueillir plus de communautés culturelles, qui seront plus réceptives à ses messages.

«Il y a des gens qui sont d’accord avec nous, mais qui ne nous connaissent pas assez (…) Nous, on a décidé de ne pas en tenir (de référendum), alors est-ce qu’on peut ouvrir les portes, les oreilles, les conversations? On pense qu’il va y avoir plus de fluidité», a-t-il expliqué.

M. Lisée estime que certains de ces électeurs ne connaissent pas assez bien de son parti parce qu’ils se font toujours dire par le PLQ qu’un vote pour le PQ équivaut à un vote contre le Canada.

Le chef du PQ ne s’est pas avancé sur ce qui a pu nuire à son parti par le passé auprès des communautés culturelles, mais il dit vouloir profiter du vent de changement amené par la récente course à la direction.

«Cette curiosité et cette présence de beaucoup de membres de la diversité dans ma campagne, dans celle d’Alexandre (Cloutier), de Martine (Ouellet) et de Véronique (Hivon), pour moi, c’est un fait nouveau intéressant. Il faut miser là-dessus», a-t-il souligné.

Interrogé sur la possibilité que le PQ ravive la Charte des valeurs de l’ancien gouvernement Marois sur laquelle il avait été très critiqué, M. Lisée a fait valoir que ses propositions sur laïcité étaient beaucoup plus «pragmatiques» et «ouvertes» que l’ancienne politique prônée par son parti.

«C’est clair que notre message est plus attrayant pour les membres de la diversité qui ont une vision plus laïque sur l’avenir du Québec et ils sont très nombreux», a-t-il soutenu en anglais.

Le Parti québécois affirme qu’il mettra en place une «série d’actions» dans les prochaines semaines, ce qui inclut la création d’un comité pour la diversité dans les instances du parti.

Exporter le modèle québécois [ou canadien]

Interesting interview with Alain G. Gagnon, le nouveau titulaire de la Chaire du Québec contemporain de l’Université Sorbonne Nouvelle (Paris 3). Although headline cites Quebec model, Gagnon has a more pan-Canadian view:

Au-delà du multiculturalisme, c’est l’aspect plurinational du Québec et du Canada qui intéresse tant ses compatriotes français, constate le professeur. « Dans l’espace géopolitique canadien, le fait que nous ayons des Premières Nations, une nation québécoise, une nation acadienne, une nation canadienne-anglaise qui n’ose pas trop souvent parler d’elle de cette façon, il y a vraiment un enjeu super intéressant. »

Ainsi, il estime que le Québec peut également apporter à la France et à l’Europe des outils sur le plan de la reconnaissance.

« Québec forme aujourd’hui une nation qui est reconnue par à peu près tous les acteurs politiques au pays et, sur la scène internationale, il n’y a personne qui remet en question l’existence de la nation québécoise au sein d’une fédération plurinationale. Pourquoi l’Espagne [qui connaît des tensions avec les Catalans] ou la France, qui est parfois aux prises avec des difficultés en Corse, en Alsace ou en Bretagne, ne prendraient-elles pas ce modèle-là ? »

« Ces nations-là souhaitent avoir une voix. La République doit trouver des moyens d’accommoder ces diversités profondes et non pas simplement dire : on efface toutes les diversités culturelles, sociétales ou autres pour faire advenir une seule France où tous les citoyens sont interchangeables. Ce modèle-là est un modèle du XIXe siècle et me semble dépassé. Il faut penser autrement la diversité et les relations sociétales. C’est l’enjeu principal du cours que je vais offrir à la Sorbonne. »

Le nouveau titulaire de la Chaire sur le Québec contemporain a également invité toute une série d’auteurs, d’historiens et de spécialistes pour aborder la réalité québécoise à travers la littérature et la culture.

Source: Exporter le modèle québécois | Le Devoir

Identity politics returns to Quebec: Patriquin

Martin Patriquin’s balanced take on Quebec’s Bill C-62 (banning face covering when providing or receiving public services):

Quebec is home to a majority population of about 6.6 million French speakers, where about three-quarters of the 50,000 immigrants who arrive here every year settle in the region of Montreal. The city is multicultural and multilingual. The rest of the province is largely white and French.

The populism resulting from this unique demographic circumstance, which surfaced in the 2007 election campaign, had a distinctly Trumpian narrative to it. To wit: the political elites in Quebec City were corrupt and out of touch. Immigration had turned Montreal into a Babylonian hellhole, and threatened to do the same to the hinterland. By throwing out the first and radically curtailing the second, Quebec would be . . . well, it would be great again.

Two political parties, first the right-of-centre Action démocratique du Québec (ADQ) and then the Parti Québécois, attempted to harness this resentment. Both failed miserably. The ADQ ceased existing in 2012, while the PQ suffered one of the worst defeats in its history in 2014.

Still, issues of immigration and religion remain a stubborn constant in Quebec politics. Both the PQ and the Coalition Avenir Québec, the successor to the ADQ, have introduced plans to cut immigration levels. Both have equated the rise in immigration under successive Liberal governments to the decline of French in the province—a contention disproved by several recent Quebec government studies.

PQ Leader Jean-François Lisée said burqas should be banned before “a jihadist uses one to hide his movements.” The CAQ recently ran an advertisement suggesting the chador would become commonplace in Quebec classrooms should either the Liberals or the PQ form the next government. (In truth, body-covering Muslim garb is about as rare in Quebec as Maple Leafs fans.)

Yet despite all this rhetoric over the last 10 years, Quebec remains a comparatively welcoming province. At 3.2 per 100,000, police-reported hate crimes in the province are below the national average of 3.7—and well below Ontario’s average of 4.8, according to the most recent Statistics Canada data.

It is in the crucible of the debate that the province has developed guidelines for so-called “reasonable accommodations” of religious and cultural practices. In 2017, Quebec’s National Assembly will vote on Bill 62, which would compel anyone giving or receiving a public service to do so with their face uncovered—unless the temperature, not religion, dictates otherwise. It is the second time in six years that the province has attempted to pass such a thing.

The bill has its critics, and will almost certainly be the subject to a court challenge should it become law. Yet in limiting its reach to the public service, the legislation strikes a balance between religious freedom and state religious neutrality. (Such is decidedly not the case in France, where the very act of wearing a religious face covering in public is illegal.) The final vote on Bill 62 will take place outside the context of an election campaign, when instances of chest-thumping vitriol tend to be lower. The optimist hopes cooler heads will prevail.

While America is hardly new to the caustic politics of race and identity, it raced to new lows during the last presidential campaign. Trump’s victory has invigorated populist movements around the globe; suddenly, the world is awash in worry over immigration and religion.

In Quebec, this sort of thing is old hat. Long the outlier on the identity front in Canada, Quebec’s take on matters of religion and immigration suddenly seem sensible, even desirable, in a world of border walls and Muslim bans.

Quebec: Des points de vue divergents sur la laïcité de l’État

Some initial commentary before the start of Quebec’s hearings on Bill 62, which bans face covering (i.e., niqab, burka)in the delivery and reception of public services:

Des points de vue opposés se feront entendre lors des consultations qui s’amorcent mardi en commission parlementaire sur le projet de loi 62 favorisant le respect de la neutralité religieuse de l’État et visant notamment à encadrer les demandes d’encadrements religieux dans certains organismes, réponse du gouvernement Couillard au projet péquiste de charte de la laïcité.

« C’est un débat qui divise mais qui fait avancer, comme les débats sur l’avortement, sur la peine de mort ou sur l’aide médicale à mourir », a souligné la juriste Julie Latour, qui comparaîtra en commission parlementaire au nom du regroupement Juristes pour la laïcité et la neutralité religieuse de l’État.

La Commission des institutions a prévu neuf jours d’audiences cet automne au cours desquelles 42 groupes et individus seront entendus, un nombre qui est appelé à augmenter puisque l’horaire prévoit des ajouts.

C’est la quatrième fois que le gouvernement québécois tente de faire adopter un projet de loi pour préciser la neutralité religieuse de l’État et définir des balises pour l’octroi d’accommodements raisonnables dans le secteur public et parapublic. Les deux projets de loi précédents, 63 et 94, présentés par le gouvernement Charest ont été abandonnés tandis que la défaite du Parti québécois en 2014 a clos l’épisode du projet de loi 60 sur la charte « affirmant les valeurs de laïcité » défendu par le gouvernement Marois.

À l’entrée du Conseil des ministres mercredi dernier, la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, qui pilote le projet de loi 62 a indiqué que le gouvernement avait en main « des avis juridiques solides » à l’appui de cette nouvelle tentative législative. Elle a dit souhaiter que le nouveau chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée, reste fidèle aux propos qu’il a tenus lors de la course à la chefferie : le candidat jugeait que le projet de loi était un pas en avant et qu’il fallait l’adopter.

Pour Louis-Philippe Lampron, professeur de droit à l’Université Laval, le projet de loi 62 consiste pour l’essentiel en « une redite » du projet de loi 94 présenté en 2010. « C’est essentiellement une codification du droit canadien actuel sur la neutralité religieuse de l’État », estime-t-il. À cela s’ajoute la même disposition que dans le projet de loi 94 sur l’obligation d’avoir le visage découvert pour fournir ou recevoir des services de l’État, que ce soit dans les écoles, dans les centres de la petite enfance (CPE) et les garderies subventionnées, dans le réseau de la santé et pour les autres services publics. Un accommodement à ce sujet devra être refusé pour « des motifs portant sur la sécurité, l’identification ou le niveau de communication requis ». Mentionnons qu’il n’est aucunement question de signes religieux.
Au moment des consultations sur le projet de loi 94, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) avait exprimé un « malaise » relativement à cette interdiction qui portait, sans le dire, sur des signes religieux. « On peut même dire que ça vise explicitement un symbole religieux d’une religion [l’islam] », a fait observer Louis-Philippe Lampron. « Il y a des raisons de croire que ça pourrait être contesté. » Ou que l’interdiction ne s’applique pas en raison de l’octroi d’accommodements.
Pour sa part, Me Julius Grey, bien qu’il s’oppose au multiculturalisme et qu’il soit en faveur de la laïcité, est contre l’interdiction des signes religieux, sauf pour les agents de l’État qui détiennent un pouvoir de coercition (juges, policiers, agents correctionnels, etc.), comme le recommandait la commission Bouchard-Taylor. Il trouve inconcevable qu’on puisse priver quelqu’un de soins médicaux, quelles que soient les circonstances.
Pour Julie Latour, le projet de loi 62 est « un jalon ». À ses yeux, il manque à la neutralité religieuse de l’État et à la laïcité un socle juridique qui passe par l’enchâssement de leur principe dans la Charte des droits et libertés de la personne.

Source: Des points de vue divergents sur la laïcité de l’État | Le Devoir

Some of the notable absences from the hearings:

Faux départ pour la commission parlementaire sur le projet de loi 62 concernant la neutralité religieuse de l’État. Une vingtaine de groupes et d’experts que les députés voulaient entendre ont décliné l’invitation. Et pas les moindres : notamment Gérard Bouchard et Charles Taylor, qui ont présidé la commission sur les accommodements religieux.

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, y voit malgré tout une bonne nouvelle. Le refus de tous ces groupes «envoie un signal qu’ils sont confortables avec la version présentée par le gouvernement, ce qui n’était pas le cas» pour le projet de charte des valeurs du Parti québécois, a soutenu sa porte-parole, Isabelle Marier St-Onge.

Or, en entrevue à La Presse, Gérard Bouchard a assuré qu’il n’a pas changé d’avis sur le port de signes religieux, une position qui va plus loin que ce que propose Mme Vallée. Comme on peut le lire dans le rapport de la commission qu’il a coprésidée, il recommande d’interdire ces signes chez les agents de l’État dotés d’un pouvoir de coercition (policiers, gardiens de prison, procureurs de la Couronne et juges). Le projet de loi 62 précise seulement que les services publics doivent être donnés et reçus à «visage découver», une mesure qui cible le voile intégral.

«Mes idées sur la laïcité sont bien connues, et je m’en tiens toujours aux propositions que nous avons émises il y a huit ans. Je n’aurais que répété ce qui est écrit dans le rapport pour l’opposer à ce qui peut être écrit dans le projet de loi. Je ne voyais pas mon utilité, parce que je n’ai rien à ajouter», affirme M. Bouchard.

 Horaire modifié

L’horaire des auditions, qui débutent mardi à Québec, a été revu à la toute dernière minute en raison des multiples refus de témoigner. Ce cafouillage est d’autant plus étonnant que le projet de loi 62 a été déposé par Mme Vallée il y a longtemps, en juin 2015.

Une vingtaine de groupes refusent de discuter de neutralité religieuse

And English language coverage in the Globe:

The new legislation, “An Act to foster adherence to State religious neutrality and, in particular, to provide a framework for religious accommodation requests in certain bodies,” tabled by the Liberals last year, would make it illegal to give or receive government services if a person’s face is covered. Since no Quebec public employees mask their faces, according to the government, the bill would effectively target Muslim women who wear the niqab or burka.

 Justice Minister Stéphanie Vallée said when introducing the legislation that it was required “for security, identification and communication purposes.”

She has been unable to say how many women wear face veils in the province.

Bill 62 is the latest iteration of Quebec’s efforts to impose official secularism in the public domain (though the new legislation would allow the crucifix over the speaker’s chair in the National Assembly to remain in place).

The bill is seen as a more moderate version of the former Parti Québécois government’s derided “charter of values,” which had set out to ban turbans, kippas, head scarves and other religious displays among Quebec’s civil servants. The bill is believed to have contributed to the PQ’s defeat at the polls in 2014.

The Liberals’ bill would allow for religious accommodations as long as they fit certain sets of guidelines, such as being “consistent” with the equality of men and women.

Still, some groups question the need for the law and say it unfairly targets minority women, who could be excluded from accessing public services.

“How necessary is all of this?” Amira Elghawaby of the National Council of Canadian Muslims said. “How many women might actually be wearing the face veil in Quebec? I doubt that it’s a huge critical mass.” She said that re-opening the issue creates a “malaise.”

“There should really be no suspension of people’s human rights based on popular sentiment toward a religious practice,” Ms. Elghawaby said.

 Hearings to begin on proposed Quebec law targeting veiled women 

Quebec PQ: Alexandre Cloutier défend ses voeux aux musulmans pour la fin du ramadan

More PQ debates on multiculturalism/interculturalism, and whether it is appropriate or not for politicians to wish people well during religious holidays:

Le candidat à la direction du Parti québécois Alexandre Cloutier a défendu, jeudi, ses voeux adressés aux musulmans à la fin du ramadan, en se réclamant de Barack Obama et de Bernie Sanders.

L’enjeu de la laïcité continue donc de diviser au Parti québécois, puisque M. Cloutier répond ainsi aux critiques de Jean-François Lisée, un de ses rivaux dans la course actuelle. M. Lisée avait alors fait une charge contre la position multiculturaliste de Justin Trudeau tout en faisant un rapprochement cinglant avec les voeux d’Alexandre Cloutier.

Dans une entrée de blogue publiée par le site Huffington Post jeudi matin, M. Cloutier, qui est député de Lac-Saint-Jean, affirme avoir été «surpris» par les «vives réactions» provoquées par son message émis sur Twitter.

Il dit avoir formulé ces voeux «avec candeur» et par «esprit d’ouverture et de respect» à l’égard des 250 000 Québécois de confession musulmane qui allaient célébrer l’aïd, la fin du ramadan, la semaine dernière.

C’est ainsi, selon lui, que le Parti québécois doit manifester son ouverture et sa capacité à rassembler les électeurs, en faisant appel aux «valeurs d’ouverture» du fondateur de la formation, René Lévesque.

«J’ai la ferme conviction que c’est en commençant par de tels signaux que le Parti québécois ouvre ses horizons et peut aspirer à rassembler davantage», peut-on lire. Ces gestes s’imposent afin de mettre un terme aux «déceptions électorales», poursuit-il.

Et il a laissé savoir qu’il continuera à souligner les fêtes et les moments forts de la vie des communautés culturelles. En cela, il dit s’inspirer d’autres personnalités politiques: Barack Obama, le candidat malheureux à l’investiture démocrate Bernie Sanders et Pauline Marois.

«J’ai exprimé ces voeux comme le président Barack Obama et le candidat Bernie Sanders l’ont fait, aux États-Unis. Comme notre première ministre Pauline Marois l’a fait, elle aussi, en 2013. Je l’ai fait comme tous les députés de l’Assemblée nationale offrent leurs meilleurs voeux de Pâques et de Noël à leurs électeurs, chaque année», écrit-il.

Aux yeux de M. Lisée, ces voeux contrevenaient au principe de neutralité de l’État, mais M. Cloutier soutient qu’il ne «partage pas son avis». Le PQ doit continuer à défendre la laïcité de l’État «en unissant les Québécoises et les Québécois derrière une vision commune du vivre-ensemble», écrit-il.

M. Cloutier soutient que son parti peut s’inspirer des recommandations du rapport Bouchard-Taylor, qui font consensus avec la Coalition avenir Québec et Québec solidaire.

Dans un texte publié sur le site web de sa campagne, M. Lisée, qui est député de Rosemont, s’en est pris à la pratique voulant que les chefs politiques saluent les fêtes religieuses. Il avait pris prétexte des voeux officiels transmis par le premier ministre Justin Trudeau à chacune des fêtes religieuses. Selon lui, la vie des communautés ne se limite pas à leurs pratiques religieuses et on ignore ainsi tous ceux qui sont non pratiquants, agnostiques ou athées.

«Même sans la dérive trudeauiste, la pratique voulant que des chefs politiques saluent les fêtes religieuses mérite réflexion, avait écrit M. Lisée. C’est exactement ce que j’ai indiqué lorsque mon collègue Alexandre Cloutier a souligné la fin du ramadan, un événement effectivement majeur de la vie de nos concitoyens musulmans même si les deux tiers d’entre eux ne sont pas pratiquants.»

Ainsi, un chef de parti et de gouvernement qui se veut un gardien de la laïcité et de la neutralité de l’État devrait s’abstenir de participer à des rituels religieux, a fait valoir le député de Rosemont.

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Laïcité: Lisée défend son «approche graduelle» 

Further to yesterday’s article (Gérard Bouchard désapprouve Lisée à la direction du PQ), the reply by Lisée:

Contrairement à Gérard Bouchard, Jean-François Lisée est convaincu que son plan pour contrer la présence de signes religieux dans la fonction publique passerait l’épreuve des tribunaux.

En entrevue avec La Presse, mardi, le candidat à la succession de Pierre Karl Péladeau a défendu son «approche graduelle» en matière de laïcité.

Le candidat à la direction du Parti québécois (PQ) propose de commencer par exprimer aux fonctionnaires «la préférence de l’Assemblée nationale» pour l’absence de signes religieux dans «un signal clair», avant de laisser les organismes publics où un consensus existe les interdire carrément à l’embauche. Le tout accompagné d’un respect des droits acquis pour les employés embauchés avant l’entrée en vigueur d’une éventuelle loi Lisée.

«Est-ce que c’est compliqué? Oui. C’est plus compliqué de respecter le rythme des Québécois que d’agir avec du mur-à-mur. Mais je me fonde sur la lente marche du Québec vers plus de laïcité depuis les années 60», a-t-il dit en entrevue téléphonique.

«C’est très progressif. Je veux continuer à ce rythme-là. On marche vers plus de laïcité, mais sans brusquer les choses», dit M. Lisée.

En entrevue avec La Presse, le réputé sociologue Gérard Bouchard avait encensé le programme d’Alexandre Cloutier, en plus de critiquer durement celui de son adversaire Jean-François Lisée.

L’approche de ce dernier «ressemble étrangement à la Charte des valeurs», a-t-il évalué. C’est une attaque en règle contre celui qui s’est dissocié peut-être le plus radicalement du projet de Bernard Drainville après la défaite péquiste de 2014.

Peu importe cette prise de distance. Avec les propositions de Lisée, «on est encore en violation de droits, de notre charte. On ne s’éloigne pas beaucoup des controverses, on rouvrirait ce panier de crabes», a dit craindre M. Bouchard. «Cela nous amène plus en arrière qu’en avant.»

«Moi, je suis en désaccord total avec l’évaluation de M. Bouchard», a répliqué le député de Rosemont au téléphone. «Je pense qu’on ne peut absolument pas dire que la Cour suprême du Canada refuserait les mesures que je propose. Est-ce qu’il y aurait contestation? Bien sûr. Il y a toujours contestation de tout.»

Source: Laïcité: Lisée défend son «approche graduelle» | Philippe Teisceira-Lessard | Politique québécoise

Canada-Québec: le grand rendez-vous manqué | Bouchard

I have the greatest respect for Prof Bouchard, and the work we [the Multiculturalism Division within CIC] did with him in 2010-11 to capture the nuances between multiculturalism and interculturalism was among the most interesting work we did (for the summary charts see: Table 9: Diversity ParadigmsTable 10: Multiculturalism/ Interculturalisme Comparison).

Where I would disagree with him is that Canada has not accommodated Quebec (it has, but not to the extent that he and others may like, two examples being the Quebec Pension Plan and the Cullen-Couture Immigration agreement). He also implies more opposition between interculturalism and multiculturalism than is warranted, although he recognized that the explicit emphasis on integration by Minister Kenney made differences smaller.

Others in Quebec have been much less nuanced, portraying multiculturalism in Canada as ‘anything goes relativism’ while ignoring that it is within the Canadian constitutional and legal framework (including the primacy of official language rights), and was always within a context of  fostering integration, participation and equality:

Ce qui différencie l’interculturalisme québécois du multiculturalisme canadien, c’est entre autres le fait que, ici, la majorité francophone se perçoit comme une minorité menacée à l’échelle de l’Amérique du Nord — ce qui n’est évidemment pas le cas pour la majorité anglophone du Canada. « Mais s’il y a une majorité au Québec, il y a aussi des minorités, ajoute Gérard Bouchard. En conséquence, le rapport majorité/minorités est fondamental dans la vie interculturelle québécoise. »

« Un Québécois francophone d’aujourd’hui, c’est d’abord quelqu’un qui s’identifie à son groupe francophone parce qu’il a des aspirations communes, qu’il a aussi des craintes et des inquiétudes et qu’il a une volonté d’agir pour surmonter ces problèmes, résume-t-il. Et tout cela se manifeste à tout moment. »

Selon Gérard Bouchard, c’est d’ailleurs ce qu’on a vu se manifester au moment de la crise des accommodements et de la commission qu’il a coprésidée. « Une très vive inquiétude est apparue au sein de la majorité francophone à cause de la perception négative qu’elle a développée des immigrants et des minorités », observe-t-il. Même chose lors du débat sur la Charte de la laïcité : « Il y a deux ans, on a vu encore la majorité se manifester, dit-il, et les minorités descendre alors dans la rue pour protester contre la majorité ! On se trouve donc toujours au coeur de ce rapport majorité/minorités ! »

Si, dans les années 1960, le Canada avait accepté la notion des deux nations fondatrices, voilà qui aurait changé l’histoire, estime Gérard Bouchard, « puisque nous nous serions alors sentis en sécurité sur notre territoire. Ça, ça a été un grand rendez-vous manqué de la part du Canada anglais ». En fait, nuance-t-il, c’est avant tout un rendez-vous manqué de notre point de vue, car, du côté du Canada anglais, ce ne l’est pas. « Ce ne l’est pas, déclare M. Bouchard, puisque pour eux tout est très bien ainsi. En effet, jusqu’à maintenant, le Canada a su survivre et a évité la rupture en prenant certaines mesures pour dénouer les petites crises et en gérant intelligemment et prudemment les choses… Et les Canadiens anglais savent y faire, lance-t-il, puisque ça fait longtemps qu’ils composent avec le problème francophone. »

Et M. Bouchard est formel : « Jamais le Canada anglais n’acceptera d’accommoder le Québec et jamais il ne répondra aux demandes du Québec ! Les Canadiens anglais prennent simplement des mesures d’atermoiement pour que les choses n’éclatent pas… et on ne peut pas dire qu’ils ne réussissent pas bien puisque… regardez où nous en sommes aujourd’hui ! »

Source: Canada-Québec: le grand rendez-vous manqué | Le Devoir