C’est Québec qui cautionne la venue d’immigrants temporaires, dit Ottawa

More back and forth:

Le niveau record d’immigrants temporaires cette année est surtout causé, au Québec, par la permission accordée par le gouvernement Legault aux entreprises de recourir aux travailleurs étrangers, réplique le ministre fédéral Pablo Rodriguez.

« Les gens qui sont là, c’est parce qu’il y a des entreprises québécoises qui nous [les] ont demandés », a indiqué au Devoir le lieutenant québécois de Justin Trudeau, jeudi.

Il tenait à répondre à la ministre de l’Immigration du Québec, Christine Fréchette, qui a demandé la veille au gouvernement fédéral de revoir ses cibles d’immigration, peu après la publication par Statistique Canada de données témoignant de l’explosion du nombre de résidents non permanents au Canada et au Québec.

Le Parti québécois a récupéré le dossier, jeudi, en anticipant une « minorisation » de la langue française. Le député Pascal Bérubé a fait valoir que le Québec n’a pas une capacité d’accueil suffisante pour toute cette immigration temporaire. Le Parti libéral du Québec est d’accord, parlant de « drapeau rouge » pour la capacité d’accueil, alors que Québec solidaire demande au contraire qu’on régularise leur statut pour en faire des immigrants permanents.

Validée par Québec

Pablo Rodriguez, qui est devenu ministre fédéral des Transports cet été, rappelle que la venue de travailleurs étrangers temporaires est validée par le gouvernement provincial. Les statistiques montrent que ces travailleurs formaient 43 % des 470 976 résidents non permanents qui se trouvaient au Québec le 1er juillet 2023.

« Il n’y a pas un seul dossier qui est ouvert par Ottawa tant que le demandeur n’a pas reçu un certificat d’acceptation du Québec, dit-il. Ces gens-là qui sont là, il faut vraiment faire attention à ne pas pointer du doigt, [et] comprendre que s’ils sont là, c’est parce que ce sont des entreprises de chez nous qui les veulent. »

Interpellée jeudi, la ministre Fréchette a invité le gouvernement fédéral à « être plus sensible à l’impact de ses cibles d’immigration ». « La majorité des immigrants temporaires sont [au Québec] grâce à des programmes contrôlés entièrement par le fédéral », a-t-elle affirmé dans une déclaration écrite transmise au Devoir. « Le Québec contrôle seulement les travailleurs admis via le Programme des travailleurs étrangers temporaires et les étudiants étrangers », soit le tiers des immigrants non permanents accueillis en territoire québécois.

L’élue caquiste invite le fédéral à se concentrer sur les demandeurs d’asile, qui représentent 31 % des résidents non permanents québécois malgré la fermeture du chemin Roxham. « Le gouvernement canadien doit s’assurer d’une répartition équitable des demandeurs d’asile à travers le Canada, a-t-elle dit. Il y a un examen de conscience à faire à Ottawa. »

Le Québec ne dispose pas de cible pour l’accueil de travailleurs étrangers temporaires. Ces nouveaux arrivants font pourtant explicitement partie de la stratégie du gouvernement Legault publiée l’an dernier, qui prévoit d’« appuyer les employeurs » pour augmenter la main-d’oeuvre temporaire.

Près de 7000 entreprises au Québec ont demandé d’embaucher des travailleurs étrangers temporaires l’an dernier.

Les temporaires deviennent permanents

Les autres catégories d’immigrants temporaires comprennent les étudiants étrangers, qui sont convoités par Québec, les membres de la famille qui accompagnent ces immigrants ainsi que les demandeurs d’asile. Ces derniers forment 31 % de tous les résidents non permanents du Québec, et la province ne peut pas en gérer le nombre.

Selon le décompte de Statistique Canada, 146 723 demandeurs d’asile étaient présents sur le territoire québécois en juillet dernier.

Le gouvernement fédéral a pour objectif d’accueillir 500 000 immigrants par année au Canada. Or, un grand nombre d’entre eux sont déjà arrivés physiquement sur le territoire, comme par un programme d’immigration temporaire.

Les cibles d’immigration fixées par Québec sont moindres que son poids démographique dans le Canada, ce qui crée un goulot d’étranglement des demandes. Le Devoir a rapporté que des immigrants temporaires entrant dans certaines catégories pourraient devoir attendre plus de 25 ans avant d’obtenir leur résidence permanente.

Source: C’est Québec qui cautionne la venue d’immigrants temporaires, dit Ottawa

McGill, Concordia unlikely to be hampered by new [language] immigration rules: minister

More likely than unlikely:

The immigration minister does not believe universities like McGill and Concordia will be hampered in their recruitment efforts owing to new rules imposing more French on international students.

Christine Fréchette said university recruitment was not hampered in the previous incarnation of the Quebec Experience Program (PEQ),which international students use to enter Quebec combining school with career aims. In 2019, the government slapped limits on the range of disciplines eligible, sparking an uproar from students that forced it to back down.

And on Thursday, Fréchette said she does not believe another new set of rules, this time imposing more French on PEQ candidates, will do what the universities predict.

“For me this argument is not backed up by the numbers,” Fréchette said answering a question from the Montreal Gazette. “I think that McGill has an attraction, an appeal that is worldwide.

“They will be able to attract international students even though we have changed the rules of the PEQ diplomé.”

Last week, both McGill University and Concordia University slammed Fréchette’s new rules, which are part of a massive reform of Quebec’s immigration system.

In two separate briefs presented to the legislature committee studying the reforms, they said the new French language requirements included in the new PEQ will mean international students will be deterred from applying, thus depriving Quebec of their skills and talent.

The PEQ welcomes a wide range of academic options and is hugely popular, but in May Fréchette announced changes to the way the program works. In an effort to increase the French skill level of applicants — in the same way as her overall immigration reforms in the economic category, which Quebec controls — Fréchette introduced a distinction between francophone and anglophone applicants.

Foreign students who studied in French or are francophone will benefit from a fast-tracked system designed to retain them. Instead of the 12 to 18 months of work experience currently required to apply for a certificate leading to permanent residency, a request can be made as soon as they complete their studies.

But students who come to Quebec to study in English and do not have a sufficient knowledge of French will no longer qualify for the PEQ and the advantages it offers.

McGill argues the rules will create a two-tier system because most of its 12,000 foreign students will not meet the new qualifications.

“Our students risk emerging as the losers in this exercise,” Fabrice Labeau, McGill’s deputy provost of student life and learning, told the committee.

Concordia has a similar view and says the reforms will “de facto” exclude graduates from anglophone universities even if they master French.

The PEQ, or Programme de l’expérience québécoise, is a fast track for international students — some of whom may already be living and working in the province — to obtain a Quebec selection certificate, which is a step toward permanent residency.

International students can apply to the program, as can new arrivals who have obtained a degree at a Quebec institution in the last two years.

Source: McGill, Concordia unlikely to be hampered by new immigration rules: minister – Montreal Gazette

Y a-t-il un pilote dans l’avion de l’immigration? 

Gives a flavour of Quebec francophone views, brought to my attention by one of my regular readers:

Ces semaines-ci se tient à Québec une commission parlementaire sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2024-2027. Cette commission a pour but de choisir entre le maintien du scénario actuel de 50 000 ou une augmentation progressive à 60 000 pour 2026. En 2022, le Québec a accueilli 68 700 immigrants permanents… Comme dirait l’autre, une heure plus tard dans les Maritimes.

Du côté de l’immigration temporaire (travailleurs et étudiants), on constate une progression fulgurante puisqu’on est passé de 145 000 sur le sol québécois en 2021 à 370 000 aujourd’hui. Des chiffres que certains (CIBC, C. D. Howe) considèrent bien en deçà de la réalité, puisqu’ils vont jusqu’à parler du double.

Tout cela s’inscrit évidemment dans le cadre de la délirante politique canadienne appelée l’« Initiative du siècle » qui vise un Canada à 100 millions d’habitants d’ici 2100. Résultat, ça pète de partout. On a même assisté récemment à un accrochage entre Justin Trudeau et un de ses ministres. Le point de friction : la crise du logement qui sévit partout au Canada. Ici, au Québec, l’Université du Québec à Rimouski a dû annuler en juin l’arrivée de 200 étudiants étrangers faute de pouvoir les loger.

Autre point de friction : la langue d’intégration des immigrants. Ce problème est vital dans un Québec où le français est sérieusement mis à mal depuis plusieurs années. Or, les immigrants qui immigrent avant tout au Canada dans une mer anglophone nord-américaine ont tendance à être très ouverts à l’anglais. Les immigrants temporaires, dont le nombre est en pleine explosion, n’ont aucune obligation à ce niveau. Dans un semblant de pays où les fédéralistes instrumentalisent depuis longtemps l’immigration pour combattre l’aspiration des Québécois à l’indépendance, il y a de quoi alimenter une certaine paranoïa.

Conditions de travail

Point de friction additionnel : la pression à la baisse sur les conditions de travail générée par l’emploi croissant des travailleurs étrangers temporaires. À cet égard, une lumière rouge s’est récemment allumée puisqu’un rapport de l’ONU est allé jusqu’à parler de nouvel esclavage en citant nommément le Canada et le Québec. Les cas d’exploitation de travailleurs étrangers révélés par les médias se multiplient. Les étudiants étrangers sont souvent aussi des travailleurs, ne serait-ce qu’à temps partiel, et leur vulnérabilité est bien réelle, même si elle n’est pas aussi flagrante que celle des travailleurs étrangers avec permis fermé. De plus, leur conjoint obtient aussi le droit d’immigrer et… de travailler.

Tout le monde se souvient du discours offensif de François Legault aux élections de 2018. « Nous allons rapatrier tous les pouvoirs en immigration. » On connaît la suite. M. Legault est revenu d’Ottawa « la veste sous l’bras en disant : “OK, d’abord” ». Aujourd’hui, non seulement il a pris son trou, mais il est devenu un artisan zélé de l’« Initiative du siècle » par la force des choses. Les chiffres sont là pour le démontrer. Tout cela sans le dire, dans une parfaite hypocrisie.

La raison de ce revirement est facile à trouver puisque l’explosion du nombre de travailleurs étrangers temporaires fait bien plaisir aux patrons du Québec, qui trouvent là une main-d’oeuvre hypervulnérable et complètement à la merci des plus agressifs d’entre eux. Il ne faut quand même pas oublier que le Conseil des ministres est composé au tiers de gens d’affaires.

Discrets sur l’immigration, les caquistes sont par contre très loquaces concernant une supposée pénurie de main-d’oeuvre. Ils nous la servent à toutes les sauces. Pourtant, à Montréal actuellement, un nouveau Walmart ouvre ses portes. Pour 300 postes, les dirigeants ont reçu plus de 3000 postulations. Il n’y a pas pénurie de main-d’oeuvre, mais plutôt rareté, et il est aisé de comprendre que cela déplaise aux employeurs qui doivent mettre les mains dans leurs poches profondes pour mieux traiter leurs employés.

Source: Y a-t-il un pilote dans l’avion de l’immigration?

Rioux: Un parfum de colonialisme

Good column on the questionable morality of recruiting skilled healthcare workers from developing countries. Of course, individuals from this countries naturally seek better opportunities:

Il y a des nouvelles qui tombent à plat. Sitôt apparues, elles disparaissent comme par enchantement dans le grand trou noir de l’information. C’est comme si tout le monde, les politiques, les médias et même le public, se donnait le mot pour regarder ailleurs en attendant qu’on parle d’autre chose.

C’est un peu ce qui s’est passé la semaine dernière avec cette information révélant que les campagnes de recrutement de personnel de la santé que mène régulièrement le Québec en Afrique contribuent à fragiliser encore plus des pays africains dont la situation sanitaire est déjà précaire.

À l’encontre de toutes les politiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Québec mène depuis longtemps des campagnes de recrutement dans des pays comme le Bénin, le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Togo. L’an dernier, il annonçait vouloir recruter 1000 infirmières étrangères, pour la plupart africaines. Souvent des infirmières expérimentées. Dans quelques jours débuteront d’ailleurs des entretiens d’embauche avec des candidats du Cameroun, de la Côte d’Ivoire et du Togo, sélectionnés dans le cadre des Journées Québec Afrique subsahariennes. Depuis 2017, le Québec aurait ainsi recruté plus de 1900 travailleurs de la santé, dont de nombreuses infirmières, provenant de 24 pays d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Europe.

Faut-il en conclure que le Québec ne se gêne pas pour participer sans retenue au pillage des cerveaux de ces pays pauvres ? À titre d’exemple, le Cameroun et le Bénin possèdent respectivement moins de 2 et 3 infirmières pour 10 000 habitants alors que, pour la même population, le Québec n’en compte pas moins de 77 ! L’OMS n’est pas seule à penser que ce pillage organisé est indigne du Québec. L’Association des infirmières et infirmiers marocains avait déjà accusé le Canada d’« épuiser les ressources infirmières des autres pays dans lesquels il y a également une pénurie ».

En guise de réponse, nos responsables se contentent généralement de regarder la pointe de leurs souliers en balbutiant du bout des lèvres qu’ils font un recrutement… éthique ! Personne n’aime se faire dire ses quatre vérités, surtout pas les partisans de l’immigration de masse, qui prétendent chaque fois se porter ainsi au secours de l’humanité souffrante. Et si cet « immigrationisme » vertueux n’était au fond que le nouveau visage du bon vieux colonialisme affublé d’un beau tampon humanitaire ?

Il y a longtemps que des chercheurs comme le démographe Emmanuel Todd ont expliqué le fait que, dans un monde où la communication mène le bal, le pillage des cerveaux avait remplacé celui des ressources naturelles. Cette « véritable prédation démographique », écrit-il, serait même plus grave que celle des ressources naturelles, car elle met aujourd’hui « en péril le développement de pays qui décollent ».

Parmi les milliers de migrants qui ont littéralement envahi l’île de Lampedusa la semaine dernière, personne ne s’est demandé — pas même le pape — combien il y avait de mécaniciens, de boulangers ou d’aides-infirmières qui désertent ainsi leurs pays. L’ancien journaliste de Libération Stephen Smith, professeur d’études africaines à l’Université Duke, en Caroline du Nord, a montré dans ses études que, contrairement à ce que sérine la presse, ce ne sont pas les plus pauvres qui émigrent. Ceux-là, en général, n’en ont pas les moyens. En cas de nécessité, ils se déplacent dans un pays voisin. Ceux qui se retrouvent chez nous sont ceux qui peuvent se le payer et qui pourraient donc au mieux contribuer à consolider la classe moyenne de leur pays.

Dans notre vision misérabiliste de l’Afrique — une vision encore aggravée par le catastrophisme climatique —, il ne nous viendrait pas à l’idée que les pays africains qui progressent, et il y en a, ont un urgent besoin de ces travailleurs pour se sortir de la misère. À Madagascar, en 2016, alors qu’il distribuait des bourses d’études, Philippe Couillard s’était ainsi fait rappeler à l’ordre par la ministre de l’Enseignement supérieur de Madagascar, qui lui dit que la plupart de ces boursiers ne revenaient jamais au pays. Et qu’ils étaient donc une perte sèche pour l’île. Belle charité que celle qui ne sert que le bienfaiteur. Ce jour-là, Philippe Couillard avait lui aussi longuement regardé ses souliers.

Dans ce que le politologue Pierre-André Taguieff appelle « l’utopie messianique du salut par l’immigration » — un mal très répandu au Canada —, il y a un mépris profond pour les peuples de nos pays, qui n’auraient d’avenir démographique, économique et culturel qu’en accueillant le plus d’étrangers possible.

Il y a aussi un mépris pour l’Afrique, car il sera toujours plus valorisant de s’épandre en larmes sur la misère africaine que d’appeler ces pays à se prendre en main et de les y aider à le faire. Ce qui me frappe toujours chez ceux qui ne jurent que par cette immigration providentielle, c’est leur désintérêt à peu près complet pour les pays pauvres. Comme si le seul avenir des Africains était de se déverser en nombre toujours plus grand dans nos beaux et grands pays riches et démocratiques. Ne sentez-vous pas là un étrange parfum de colonialisme ?

Source: Un parfum de colonialisme

Une voie rapide d’immigration seulement critiquée par l’Université McGill

Not surprising, as McGill would be most affected

Une voie rapide d’immigration permanente applicable uniquement aux étudiants étrangers ayant étudié en français préoccupe fortement l’Université McGill, qui estime qu’il s’agit d’un système à deux vitesses qui exclura des étudiants.

« Étant donné que ces personnes possèdent un diplôme québécois, qu’elles sont jeunes et qu’elles vivent déjà ici, en français, depuis plusieurs années, elles constituent un bassin exceptionnel où recruter de nouveaux Québécois et de nouvelles Québécoises », écrit le premier ministre du Québec, François Legault, dans le cahier de consultations sur la planification pluriannuelle de l’immigration, en les décrivant comme « des candidats idéaux ».

Cela fait réagir l’Université McGill, qui enseigne et fait de la recherche principalement en anglais, et qui pense que cette approche pénalisera les étudiants étrangers « même s’ils peuvent démontrer une excellente connaissance orale et écrite du français ».

« Nos étudiants risquent de sortir perdants de cet exercice », a déclaré Fabrice Labeau, premier vice-principal exécutif adjoint (études et vie étudiante) de l’Université McGill, lors de son passage aux consultations mercredi après-midi. À la suite de la réforme proposée au volet « diplômés » du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), un diplômé du Québec pourra déposer une demande de résidence permanente dès la fin de ses études au lieu d’attendre les 12 ou 18 mois d’expérience de travail actuellement exigés.

Une voie rapide qui crée un système « à deux vitesses » et qui exclura des étudiants, croit-il. Il cite en exemple un étudiant de McGill originaire de Chine qui l’a contacté récemment. Celui-ci suit des cours de français tout en étudiant dans son programme à temps plein en anglais afin de « s’intégrer à la société québécoise ». « Cet étudiant s’inquiète maintenant pour son projet de vie au Québec, qu’il a patiemment construit au cours des dernières années », souligne-t-il.

Une bonne part de l’effectif étudiant songera à d’autres options que l’Université McGill, refroidie par les difficultés de s’établir au Québec par la suite, appréhende Fabrice Labeau. « Si on peut assouplir les règles, nous, on peut travailler fort sur la francisation », assure-t-il. L’établissement accueille présentement 12 000 étudiants étrangers, ce qui représente 30 % de sa population étudiante.

« Ne serait-il pas préférable d’évaluer chaque candidat à l’immigration individuellement plutôt que d’indiquer d’emblée une préférence pour ceux ayant suivi un programme francophone ? » demande l’université dans son mémoire.

Une voie de passage existe, dit Fréchette

Une voie de passage existe, a tenu à préciser la ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Christine Fréchette, en réponse aux préoccupations de l’université.

« Les étudiants qui auront obtenu un diplôme dans un programme en anglais auront tout de même la possibilité d’appliquer pour le PEQ “diplômés”, s’il advenait qu’ils ont fait trois ans d’études en français au niveau secondaire ou postsecondaire », a-t-elle dit. Il est également possible pour eux de déposer leur candidature à la résidence permanente après une année d’expérience de travail s’ils maîtrisent le français au niveau requis.

Une réponse qui n’a pas semblé convaincre Fabrice Labeau, qui a, de son côté, invoqué l’attractivité des universités. « Leur fermer la porte à la voie rapide, c’est une difficulté », dit-il.

Source: Une voie rapide d’immigration seulement critiquée par l’Université McGill

Lisée: La pendule du Dr Dubreuil

Quebec’s language commissioner on demographic trends, on setting a target of 85 percent for economic immigrants:

C’est bien de vouloir remettre les pendules à l’heure. Mais encore faut-il avoir une pendule. Encore faut-il savoir l’heure. Dans la discussion sur le déclin du français — ou, comme certains le prétendent, son « déclin présumé » —, ce ne sont pas les données qui manquent. Dans cette chronique comme ailleurs, on est davantage dans le trop-plein que dans la disette.

Mercredi, à l’Assemblée nationale, le nouveau commissaire à la langue française, Benoît Dubreuil, nous a rendu un service collectif majeur en offrant une balise claire permettant de déterminer si on va, ou non, dans la bonne direction. Pour sa première intervention publique, il donnait son avis sur les augmentations proposées des seuils d’immigration. Pour rappel : la Coalition avenir Québec (CAQ) a fait il y a un an à peine sa campagne en promettant de s’en tenir à 50 000 par an. Aller plus loin serait, a dit le premier ministre, « un peu suicidaire ». Fidèle à sa pratique de rompre ses promesses, il envisage maintenant de les hausser à 60 000, et en fait à 70 000 s’il compte à part une des nombreuses filières d’accès à la résidence permanente.

Dubreuil n’était pas venu pour taper sur les doigts de la CAQ, ce n’est pas son rôle. Il était venu lui dire comment atteindre l’objectif affiché de « renverser le déclin du français ». La décision de n’admettre que les immigrants économiques qui connaissent le français au point d’entrée, écrit-il dans son mémoire, est « susceptible d’accroître, de façon importante, l’utilisation du français par les personnes immigrantes ». Mais jusqu’à quel point ? Et quelle est la mesure du succès ?

Pour la première fois dans l’histoire des politiques linguistiques, il en fixe une : 85 %. C’est, une fois qu’on exclut les langues tierces et qu’on répartit les gens qui affirment être linguistiquement non binaires (donc anglos et francos également), la répartition des Québécois qui travaillent principalement en français et qui utilisent principalement la langue de Vigneault dans l’espace public. Si les futurs immigrants se répartissent linguistiquement ainsi, il n’y aura pas de déclin, affirme-t-il, mais stabilisation. Sinon, le déclin se poursuivra.

« Nous ne pouvons pas négliger les effets cumulatifs de cet écart, écrit-il. Si les 793 915 personnes immigrantes et les 148 075 résidents non permanents (RNP) qui occupaient un emploi au Québec en 2021 avaient opté pour le français au travail dans la même proportion que la population d’accueil (84,4 %), ce sont 234 243 personnes de plus qui y auraient utilisé le français le plus souvent au travail. Ce nombre représente 5 % de l’ensemble de la main-d’oeuvre du Québec. » L’impact serait « concentré dans la région métropolitaine de Montréal : le français y serait utilisé le plus souvent par 78 % des travailleurs, au lieu de 69 % ».

Le hic ? Les calculs de Dubreuil sur les scénarios proposés à 50 000 ou 60 000 par an n’atteignent pas sa note de passage de 85 %. Elles sont, au mieux, à 79 %. Donc elles ralentissent la rapidité du déclin, sans l’arrêter.

Mais la réalité linguistique est complexe, et qui sait si les autres mesures adoptées et à venir n’auront pas un impact à la hausse ? Placide, Dubreuil accepte cette part d’incertitude. Et comme il n’a pas le mandat de déterminer si une hausse des seuils sera délétère pour le logement, les places en garderie ou l’hôpital, mais seulement sur le français, il propose de s’appuyer sur les faits. Qu’on fixe d’abord le seuil à 50 000 et qu’on mesure chaque année, chez les nouveaux venus, si le critère de 85 % est atteint ou presque. Si oui, qu’on passe à 60 000 si on le souhaite. Sinon, on fait une pause et on s’interroge sur les boulons qu’il faut resserrer pour la suite.

La ministre semblait agréablement surprise par le mécanisme proposé (comme moi). Mais est-ce bien suffisant ? Il y avait autour de la table de la commission un véritable croisé du français, estomaqué que rien ne soit dit sur l’éléphant dans la pièce : les 370 000 temporaires dont l’utilisation du français est encore bien moindre que celle des permanents. « Si notre intérêt est la promotion du français, qui est en déclin, on fait fausse route parce que le troisième scénario est absent, à savoir les travailleurs temporaires. » Ce député, un libéral né au Maroc, est Monsef Derraji. Je lui accorde le titre de défenseur du français de la semaine.

Dubreuil a appelé en effet à une « approche cohérente » incluant les travailleurs et, a-t-il précisé, les étudiants temporaires, mais puisque la ministre nous annonce pour bientôt de nouvelles mesures sur le sujet, j’ai décodé qu’il attendait de les voir avant de se prononcer sur leur efficacité.

En vérité, l’excellente première performance de Dubreuil ne m’a pas étonné. Son CV était atterri sur mon bureau en 2002, alors que je cherchais quelqu’un qui connaissait bien l’allemand. Le CV de Dubreuil m’informait que son allemand était excellent, comme son anglais, son néerlandais et son russe. Il était désolé de m’informer qu’il ne pouvait que lire, mais ni parler ni écrire, le danois et le suédois (il ne s’est intéressé que par la suite au portugais, à l’espagnol, à l’italien et au roumain). Pour Les Politiques sociales, qui devint pour une décennie la référence francophone sur le sujet, Dubreuil produisait par pays des synthèses d’une qualité telle qu’on les retrouvait ensuite, en ligne, telles quelles, dans les textes de cours de profs d’université.

Il terminait son doctorat en philosophie politique sous la direction de Jean-Marc Ferry (il est donc « docteur ») et, de l’autre main, faisait publier dans des revues savantes des textes de pointe sur l’anthropologie des langues. J’ai rencontré beaucoup de gens intelligents dans ma vie, mais très peu du niveau de Benoît. J’en ai rencontré encore moins qui conjuguent ce savoir avec un pragmatisme créatif et une totale absence de suffisance.

À l’écouter présenter son rapport, je retrouvais l’homme posé, presque humble, vous expliquant sans aucun effet de toge que le patient malade — le français — requiert un traitement vigoureux, que ses signes vitaux doivent être annuellement vérifiés et que son rétablissement ne sera complet que si sa pression artérielle francophone atteint, ou dépasse, 85 %. Merci, docteur.

Source: La pendule du Dr Dubreuil

Que veulent dire les cibles proposées par Québec dans ses consultations sur l’immigration?

A noter:

Il faudrait beaucoup plus que 60 000 immigrants au Québec chaque année pour freiner le déclin du poids démographique au sein du Canada, souligne d’emblée le démographe Marc Termote. Il est toutefois « assez d’accord » avec la hausse des seuils, l’un des deux scénarios proposés par le gouvernement de François Legault, puisqu’elle permettrait au moins de maintenir la population de la Belle Province.

L’une des options de l’exercice actuel propose en effet de faire grimper les seuils d’au moins 10 000 immigrants permanents d’ici 2027.

Le professeur associé de démographie à l’Université de Montréal avait lui-même suggéré l’an dernier de passer peu à peu à une cible de 58 000 immigrants au Québec, dans un rapport commandé par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI).

Son raisonnement pour en arriver à ce chiffre différait cependant de celui du gouvernement, qui le justifie notamment par la possibilité d’une « contribution accrue aux besoins de main-d’oeuvre dans certains secteurs d’activité prioritaires », dans son cahier préparatoire aux consultations.

C’est plutôt une question de maintien démographique : « On dépend à 100 % de l’immigration rien que pour garder constant à long terme le nombre d’habitants au Québec », explique-t-il. Comme ailleurs dans les pays industrialisés, la province est en voie de connaître un accroissement naturel près de zéro, alors que les naissances ne compenseront bientôt plus les décès. Pour garder même « la faible croissance démographique actuelle du Québec », il serait nécessaire d’arriver à au moins 58 000 immigrants, dit M. Termote.

Un seuil à 58 000 — ou à 60 000, comme ce que propose le gouvernement — dépasserait le maximum enregistré au cours des cinquante dernières années, note-t-il.

La cible annuelle de 50 000 immigrants représente quant à elle à peu près la quantité de résidences permanentes permises par Québec chaque année depuis 2009. Pendant la même période, la population du Québec a grossi de 13 %. C’est donc le « taux d’immigration » qui a diminué, c’est-à-dire la proportion de nouveaux arrivants par rapport à la population totale.

« Le taux d’immigration est l’une des manières de raisonner, mais il faut considérer d’autres facteurs », dit le démographe, comme la volonté ou non d’un État de faire grossir sa population. Le Québec a, par exemple, eu des taux d’immigration beaucoup plus élevés lors de grandes crises humanitaires, comme en 1957 après l’invasion soviétique de la Hongrie ou au tournant des années 1980 avec l’arrivée de réfugiés vietnamiens.

Pas de remède au déclin relatif

Quant au poids démographique de la province dans le pays, le verdict de M. Termote est sans appel : « On est condamnés à être marginalisés au sein du Canada. »

Même si le nombre de résidents permanents a varié 14 000 et 55 000 par année depuis 1951, une constante demeure : le Québec a toujours reçu une proportion d’immigrants moins grande que son poids démographique dans le Canada. Un phénomène qui sous-tend l’érosion du poids démographique dans la Fédération.

En 1951, par exemple, une année d’immigration pourtant importante, Québec a accueilli 24 % de tous les immigrants au Canada, mais la population de la province représentait 29 % de celle du pays.

Cet écart a aussi été particulièrement grand récemment. En 2019, première année où la Coalition avenir Québec a déployé son programme d’immigration, la province a reçu 12 % de toute l’immigration du Canada avec 40 000 résidents permanents. Le Québec représentait près de 23 % de la population totale. Même un seuil de 60 000 immigrants ne continuera de représenter qu’environ 12 % du total canadien attendu de 485 000 en 2024.

Est-ce le Canada qui va trop vite ? Ou le Québec qui va trop lentement ? « C’est une tendance de longue durée qui n’est pas près de s’arrêter », répond avec tact le professeur à cette question de plus en plus polarisante. En extrapolant, « même si c’est un exercice dangereux », à la fin du siècle, le poids du Québec ne sera plus que 15 % au sein du Canada, a-t-il calculé.

Aucune des façons de remédier au déclin du poids démographique du Québec ne lui semble envisageable. Il faudrait remonter la fécondité à des niveaux supérieurs à ceux des cinquante dernières années, ce qui est « injustifié du point de vue éthique pour les femmes », croit-il. Ou encore, recevoir plus de 100 000 immigrants, ce qui lui semble « irréaliste » et en « rupture complète avec les objectifs de la politique linguistique poursuivis depuis des décennies », écrivait-il en 2022.

Source: Que veulent dire les cibles proposées par Québec dans ses consultations sur l’immigration?

Réplique d’André Pratte à Mathieu Bock-Côté: une analyse injuste du PLQ qui ne tient pas la route

I’m with Pratte but appreciate the discussion and the contrasting perspectives. And for MBC to accuse Pratte of “ne soit pas conscient de ses propres mécanismes mentaux,” the same could be said by MBC:

Dans une chronique publiée dans Le Journal de Montréal samedi dernier, Mathieu Bock-Côté (MBC) accuse le Parti libéral du Québec de tenir un discours qui «repose explicitement sur la mise en minorité démographique des Québécois francophones par l’immigration massive pour fabriquer un nouveau Québec. Ce discours souhaite la disparition de notre peuple.»

Témoin à charge numéro un: Balarama Holness, qui s’est présenté aux élections de 2022 à la tête de son propre parti, Bloc Montréal. Celui-ci a recueilli moins de 0,2% du vote dans la province. M. Holness ne représente en rien le PLQ; c’est un marginal.

Témoin numéro deux: la militante Idil Issa, qui n’est pas membre du PLQ.

En quoi les propos supposément «haineux» de ces deux personnes démontrent-ils quoi que ce soit au sujet du Parti libéral du Québec? 

Le fond

J’aimerais m’arrêter au fond de ce qu’avance M. Bock-Côté: le PLQ manœuvrerait pour noyer le Québec francophone par une immigration massive devant produire «un nouveau Québec». Cette thèse, proche du «grand remplacement» des complotistes français, ne tient tout simplement pas la route.

D’abord, parce que le PLQ, s’il prône une hausse raisonnable de l’immigration afin de combler les besoins de main-d’œuvre, n’a jamais soutenu qu’il fallait une «immigration massive» au Québec, à l’image de l’Initiative du siècle proposée à l’échelle canadienne par le comité Barton.

Encore faut-il savoir ce qui, aux yeux de MBC, constitue une «immigration massive». Le seuil actuel, 50 000 nouveaux immigrants permanents par année, est clairement excessif à ses yeux. Qu’est-ce qui serait raisonnable: 30 000? 10 000? Zéro?

Quoi qu’il en soit, les projections de Statistique Canada montrent bien que même dans le cas d’une immigration beaucoup plus nombreuse qu’aujourd’hui, les immigrants et résidents non permanents ne représenteraient toujours que 27% de la population totale du Québec en 2041, contre 23% sous un scénario de faible immigration. De quelle «disparition» MBC parle-t-il?

Par ailleurs, des projections publiées par l’Office québécois de la langue française démontrent que même si les immigrants choisis par le Québec parlaient tous français à leur arrivée – c’est l’objectif du gouvernement Legault – cela ne changerait pas grand-chose aux grands indicateurs démolinguistiques. Le français langue maternelle continuerait de diminuer lentement – c’est le fait inexorable de la faible natalité chez les Québécois dits «de souche». L’élément le plus important, la connaissance du français au sein de la population québécoise, y compris les immigrants, resterait très élevée à près de 95%.

Main-d’œuvre

Il est vrai que depuis quelques années, le nombre de résidents non permanents a considérablement augmenté au Canada, entre autres au Québec. Cela est dû aux besoins croissants en main-d’œuvre et à la hausse du nombre d’étudiants étrangers. À un point tel que le ministre fédéral de l’Immigration a récemment évoqué la possibilité de limiter le nombre d’étudiants internationaux admis au pays. 

On se serait attendu à des applaudissements venant de François Legault, grand admirateur de MBC. Eh! non, l’intention fédérale a été dénoncée parce qu’il s’agirait d’une violation des compétences provinciales, tandis que les universités et collèges en région ont souligné l’importance cruciale pour eux de cette clientèle internationale. Il faudrait se décider: ou l’immigration est une menace, ou c’est une richesse?

Les libéraux du Québec, eux, optent avec conviction pour la seconde option. Il suffit de commencer à dresser la longue liste de Québécois de souche immigrante qui ont fait leur marque ici, en français, dans les domaines politique, économique et culturel pour confirmer cette vision positive des choses.

Si M. Bock-Côté fréquentait les libéraux du Québec au lieu de les imaginer dans ses cauchemars, il saurait combien ils aiment le Québec français et y sont profondément enracinés. Les accuser, sans fondement, de «souhaiter la mort de notre peuple» est faux et injuste. 

André Pratte, Coprésident du Comité sur la relance du Parti libéral du Québec

RÉPONSE DE MATHIEU BOCK-CÔTÉ

Oui, le PLQ instrumentalise politiquement l’immigration. Voyons pourquoi.

Le PLQ a-t-il intérêt à accélérer la transformation démographique du Québec? 

C’est ce que je soutenais dans ma chronique de jeudi. 

André Pratte soutient le contraire dans sa réplique, et semble même scandalisé qu’on puisse le suggérer. André Pratte fait semblant d’oublier que son parti, le Parti libéral du Québec, obtient moins de 5% d’appuis chez les Québécois francophones, et qu’il ne se maintient électoralement que grâce à l’appui des anglophones et de l’électorat issu de l’immigration. 

Il veut nous faire croire, probablement, que son parti ne s’en rend pas compte, et que son appui aux seuils d’immigration très élevés des dernières années n’a aucun lien avec cela. Non. Du tout. Zéro. 

D’ailleurs, le PLQ ne favoriserait pas une immigration massive – les seuils d’immigration fixés par les libéraux correspondraient seulement aux besoins des entreprises, ce qui est une fumisterie, mais j’y reviendrai une autre fois. 

Base électorale

Et si André Pratte dit ne pas se rallier à l’Initiative du siècle d’Ottawa, il préfère rester dans le Canada avec la «noyade» démographique (je reprends ici la formule de René Lévesque) annoncée qu’envisager la possibilité de l’indépendance. 

Le français se porterait même mieux que jamais au Québec: pour en arriver à cette conclusion loufoque, Pratte est évidemment obligé de prendre l’indicateur linguistique le moins significatif

Il est possible que Pratte ne soit pas conscient de ses propres mécanismes mentaux. Je n’exclus pas cette possibilité.

Si le PLQ est aujourd’hui chassé du Québec francophone, c’est qu’il l’a renié, en assimilant la moindre affirmation de son identité au souffle de «l’intolérance». 

La trudeauisation idéologique du PLQ sous Philippe Couillard a correspondu à son suicide électoral chez les Québécois francophones. Autrefois, le PLQ a porté une vision québécoise du Canada: il porte aujourd’hui une vision canadienne du Québec. Son objectif: toujours ramener à la baisse les critères d’adhésion du Québec au fédéralisme, et le transformer de telle manière que la question nationale se dissolve.

Le PLQ, rationnellement, cherche à élargir sa base électorale: cette stratégie l’a bien servi depuis 20 ans. La transformation de Laval en extension politique et sociologique du West Island en témoigne. Ce sera demain ou après-demain le tour des deux 450 – comme le reconnaissent bien des stratèges libéraux en privé, soit dit en passant. 

Évidemment, le PLQ ne va pas en criant sur les toits qu’il est favorable à une transformation démographique du Québec entraînant la mise en minorité progressive du Québec francophone. Il se contente de fonder son action politique sur cette logique.

Question nationale

Certains, parmi les multiculturalistes les plus militants, se permettent de le dire: j’en ai cité deux dans mon texte. 

Je les recite pour m’assurer que les lecteurs ne les oublient pas.

Balarama Holness affirmait ainsi que le PLQ aura besoin «de deux décennies pour se renforcer en région, le temps qu’il y ait des changements démographiques». Autrement dit, moins les régions seront francophones, plus le PLQ y progressera.

Je recite aussi Idil Issa, la militante multiculturaliste : «C’est les demographics qui vont gagner, finalement. Le Québec de Mathieu Bock-Côté, c’est le Québec du passé. Ils essaient de prendre une photo et de figer le Québec d’une ancienne manière. Nous sommes diverses, le Québec est différent maintenant. On doit être inclusifs. On doit pas aliéner les jeunes. On doit leur donner une place. Je veux que tout le monde qui aimerait être enseignante étudie l’éducation, étudie le droit. Ne soyez pas peur, la loi 21, ça restera pas au Québec, ça, c’est certain. Comme j’ai dit, que ce soit l’année 2300, on ira jusqu’au bout.» 

J’en cite un autre, sans savoir s’il est fédéraliste ou souverainiste, mais qui théorise les effets de cette révolution démographique pour le Québec. Amadou Sadjo Barry, dans Diversité culturelle et immigration (2023), qui écrit: «[…] on pourrait penser que dans les prochaines décennies, la population québécoise sera largement majoritaire en immigrants de première ou de deuxième génération et, par conséquent, aucun groupe, même les francophones descendants des Canadiens français, ne pourrait constituer la majorité. […] Le temps viendra où l’Europe et l’Occident ne suffiront plus comme références pour comprendre le peuple québécois et le définir. Ce temps, ce sera celui du grand déracinement auquel notre monde sera confronté». (p. 148)

Et qu’on me permette d’en citer un dernier: le philosophe Daniel Weinstock. 

Il ainsi affirmait en octobre 2009: «Manifestement, la préoccupation identitaire des Québécois est plus forte que dans le reste du Canada. Le Canadien anglais, c’est déjà un “post-ethnique”, une personne qui peut aussi bien être de souche écossaise que polonaise ou sud-américaine. Les Québécois, eux, ont toujours cette idée qu’ils ont un “nous” à protéger. […]. Quand Montréal comptera un aussi haut pourcentage d’immigrants que Toronto, ces questions ne se poseront plus avec autant d’acuité. Et encore moins quand on constatera qu’on n’a pas les moyens de se priver, par exemple, d’une infirmière, “hijab ou pas”». Autrement dit, la question identitaire québécoise allait se dissoudre au rythme de la transformation démographique de la société québécoise et de la mise en minorité des Québécois francophones. La société multiculturelle à laquelle rêvait Weinstock, et qui correspond globalement à la vision que le Canada de 1982 a de lui-même, présupposait pour se concrétiser une recomposition démographique québécoise.

Ce discours est courant, même si les médias y accordent peu d’attention. Je me corrige: il est possible d’en parler si c’est pour s’en réjouir. On chantera alors la diversification croissante du Québec. Si on s’en inquiète, on est accusé du pire. Il faudrait cesser, comme le fait Pratte, d’assimiler toute réflexion sur les effets démographiques et identitaires de l’immigration à la «théorie du grand remplacement», dont nulle figure publique ne se réclame au Québec – cette méthode relève à la fois de la malhonnêteté intellectuelle et de l’intimidation idéologique. 

C’est le simple bon sens: quand un pays reçoit davantage d’immigrés qu’il ne peut en accueillir, il favorise la formation de communautarismes dans ses frontières. Si les décennies passent, que l’immigration massive se poursuit, et que la machine à intégrer ne fonctionne toujours pas, c’est l’identité profonde de ce pays qui se transformera et sa majorité historique qui se minorisera. 

Mais revenons au PLQ. Il ne me semble pas inutile de rappeler qu’Ottawa, en 1995, a utilisé l’immigration massive à la manière d’un verrou démographique sur l’avenir politique et constitutionnel du Québec. Plus la majorité historique francophone fondra démographiquement, et moins le Québec aura de chances d’accéder à l’indépendance. 

L’ex-député libéral Christos Sirros l’avait dit mot pour mot au lendemain du référendum: «le désir d’indépendance des Québécois allait s’éteindre avec l’immigration». Il ne faisait que dire tout haut ce que les partisans du plan B dans les années postréférendaires pensaient tout bas.

En cherchant à casser la structure démographique du Québec, Ottawa entend en finir une fois pour toutes avec la possibilité de l’indépendance, et c’est dans cet esprit, encore une fois, qu’au lendemain du dernier référendum, dès sa reprise du pouvoir, le PLQ a haussé les seuils.

Qu’on me comprenne bien: je ne réduis évidemment pas l’immigration à son utilisation politique par le PLQ. 

Il y a de belles histoires d’intégration, d’ailleurs, comme Pratte le rappelle, et nul ne le contestera. Qui serait assez sot pour dire d’un phénomène de grande ampleur comme l’immigration qu’il est exclusivement positif ou exclusivement négatif?

Régime canadien de 1982

Mais la dynamique de fond, portée par le régime canadien, favorise davantage l’intégration des immigrés aux Canadiens anglais du Québec qu’aux Québécois francophones, et rien ne laisse croire que la tendance basculera à court ou moyen terme. 

Cette intégration à la communauté anglophone passe normalement par une identification privilégiée à Montréal, métropole bilingue aux deux langues officielles, fondée sur le principe du bonjour-hi. Le français, dans cette perspective, devient optionnel. La loi 101 n’entend plus ici assurer l’intégration identitaire des nouveaux arrivants à la majorité historique francophone mais conserver le droit pour cette dernière de se faire servir en français. Ce n’est plus une loi mettant le français au pouvoir mais assurant les droits minoritaires des francophones. 

Alors revenons au sujet de notre discorde: autant il serait hasardeux de réduire la question de l’immigration à son usage politique par les partis, autant il serait absurde de nier cette dimension. 

Ce qui nous ramène à cette évidence: l’immigration massive est une richesse électorale pour le Parti libéral. Il est de bonne guerre qu’André Pratte le nie. Mais le fait que cette vérité soit désagréable ne la transforme pas soudainement en fausseté.

Mathieu Bock-Côté

Source: Réplique d’André Pratte à Mathieu Bock-Côté: une analyse injuste du PLQ qui ne tient pas la route

Près de dix ans d’attente pour qu’un réfugié obtienne sa résidence permanente au Québec

Of note:

Les seuils d’immigration proposés par le gouvernement Legault menacent de faire exploser les délais des futurs résidents permanents dans la catégorie humanitaire. Tandis que s’amorceront dans moins de deux semaines les consultations publiques en immigration, Le Devoir a appris que le nombre de dossiers est tel qu’au rythme où vont les admissions au Québec, il faudra près de dix ans à un réfugié reconnu et à ses personnes à charge pour obtenir la résidence permanente.

Selon les données d’Immigration Canada, quelque 30 000 réfugiés reconnus vivant au Québec — soit des demandeurs d’asile à qui le gouvernement fédéral a donné le statut de « personnes à protéger », ce nombre comprenant leurs personnes à charge se trouvant à l’étranger — attendaient ce précieux sésame en date du 8 août. Or, la planification pluriannuelle soumise par la ministre de l’Immigration, Christine Fréchette, propose d’accueillir, pour chacune des quatre prochaines années, environ 3550 personnes dans la catégorie « réfugiés reconnus sur place ». Cette catégorie comprend les demandeurs d’asile arrivés au Québec notamment par voie terrestre, maritime et aérienne.

Une règle de trois montre qu’il faudra huit ans et demi pour écouler ces dossiers, sans compter que des milliers de nouveaux réfugiés reconnus vont venir ajouter le leur sur la pile. Rien qu’en 2022, 60 000 demandes d’asile de personnes vivant au Québec ont été déposées. Ces demandes ne seront toutefois pas toutes acceptées.

« Je suis abasourdie, même si les chiffres ne me surprennent pas tant que ça parce qu’il y a eu une hausse des demandes d’asile », a déclaré Stéphanie Valois, présidente de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration. « Mais ce qui me surprend c’est quand on met [ce nombre] en parallèle avec les objectifs d’admission dans la planification du Québec. Il y a un décalage complet avec la réalité. »

« Le Québec se met la tête dans le sable », a déploré pour sa part Stephan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes. « Ces délais sont rattachés à des souffrances majeures pour les familles qui sont séparées et reconnues comme réfugiées. Qu’elles se fassent traiter comme ça, c’est absolument inacceptable. » Selon lui, le message qu’on leur envoie est clair : « Mieux vaut pour ces personnes déménager en Ontario ! »

Sans la résidence permanente, les réfugiés reconnus ne peuvent pas étudier, avoir accès aux garderies et occuper certains emplois, explique Me Valois. « Et pour la réunification familiale, c’est une catastrophe », dit-elle, en rappelant que, si les réfugiés reconnus sur place sont en sécurité au Québec, ce n’est pas toujours le cas de leurs proches. « J’ai beaucoup de clients du Soudan, et c’est la guerre là-bas. Même si le réfugié soudanais qu’on reconnaît comme personne à protéger se trouve ici, les membres de sa famille, eux, peuvent être bloqués à l’étranger dans une situation de danger. Ils ne peuvent pas attendre tout ce temps. »

Les partis d’opposition, choqués

Ces données sur le nombre de dossiers font réagir les partis d’opposition. Le député de Québec solidaire et porte-parole en matière d’immigration, Guillaume Cliche-Rivard, se dit « atterré » et « choqué » de constater que le plan de la ministre Fréchette maintiendra dans la précarité « sans raison apparente et pour des délais excessifs » les personnes parmi les plus vulnérables qui travaillent et sont déjà intégrées.

« Cela confirme l’incompétence du ministère, qui présente, année après année, des plans incomplets et sans crédibilité. La ministre Fréchette vient malheureusement de nous confirmer que son arrivée n’a rien changé à ce niveau. »

Pour le député libéral de Nelligan, Monsef Derraji, l’immigration dite « humanitaire » est aussi économique. « Ce n’est pas de la charité. C’est une catégorie qu’on s’est donnée, car on est très accueillant comme peuple au Québec », soutient-il. « Le nombre de demandes a augmenté depuis l’arrivée de la CAQ au pouvoir et, pour moi, on ne peut pas faire fi de ça. »

Il estime d’ailleurs que la consultation publique qui s’amorce passe à côté de débats importants. « C’est l’occasion en or de parler de la capacité d’accueil, on a l’occasion de parler des travailleurs étrangers et on ne le fait pas. C’est la même chose pour les personnes de la catégorie humanitaire, on n’en parle pas. »

Le co-porte-parole du Parti québécois en immigration, Stéphane Handfield, rejette pour sa part la faute sur Ottawa. « Il faut aborder la question en fonction de notre capacité d’accueil [langue, logement, école, médecin, etc.], ce que le gouvernement fédéral n’a certainement pas fait dans les dernières années. Il s’agit ici de personnes vulnérables, qui, dans bien des cas, sont séparées des membres de leur famille depuis de nombreuses années en raison de la lenteur du système d’immigration fédéral. »

Des cibles souvent dépassées

Rappelons que, dans le plan d’immigration, les cibles proposées par le gouvernement sont souvent dépassées, car ce sont des indicateurs. En 2021 et en 2022, par exemple, il était prévu d’accueillir entre 2500 et 2800 réfugiés reconnus sur place, y compris leurs personnes à charge, mais en réalité, plus de 5600 personnes ont été admises dans cette catégorie en 2021 et quelque 4000 en 2022. Environ deux fois plus.

En plus du nombre croissant de demandes d’asile, cela peut aussi s’expliquer par un rééquilibrage dans la foulée de la pandémie. En 2019, soit tout juste avant la pandémie, le nombre de personnes admises dans la catégorie « réfugiés reconnus sur place » avait été fidèle à la prévision. En 2018, la prévision a été légèrement dépassée.

Mentionnons que, dans la catégorie de l’immigration humanitaire, les « réfugiés sélectionnés à l’étranger », dont font partie les réfugiés parrainés au privé par des petits groupes d’individus ou des organismes, ne sont pas aussi nombreux à attendre. Selon les chiffres d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, le nombre est d’environ 2000 personnes.

Suscitant un engouement certain, les consultations publiques sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2024-2027 s’amorceront le 12 septembre prochain. Un nombre record de plus de 70 intervenants et organismes seront entendus.

Source: Près de dix ans d’attente pour qu’un réfugié obtienne sa résidence permanente au Québec

Cornellier review of Meggs: Immigration 101

Good summary of her book and of interest more generally given Quebec indépendantiste perspective and areas where future Quebec governments may push for additional powers with respect to temporary workers, students among others. Relatively silent on the imbalance of settlement service funding where Quebec maintains its share of funding irrespective of its declining share of immigrants to Canada:

Les enjeux liés à l’immigration au Canada et au Québec n’ont pas fini de faire la manchette. Au Québec, l’an dernier, selon l’Institut de la statistique du Québec, il y a eu 80 700 naissances et 78 400 décès. Comme la tendance devrait se maintenir, cela signifie que, désormais, seule l’immigration pourra contribuer au maintien et à la croissance de la population québécoise.

On peut toutefois se demander, dans l’état actuel des choses, si une telle croissance est nécessairement un bienfait. Quand on considère le problème aigu de la pénurie de logements, le manque de places dans les services de garde et l’état précaire de notre système de santé et de services sociaux, sans parler des défis engendrés par une croissance de ce type dans le dossier de l’avenir du français au Québec, ce n’est pas une évidence.

Pour réfléchir rigoureusement et sereinement à cette question, Anne Michèle Meggs est la personne toute désignée. D’origine ontarienne, Meggs est diplômée en études canadiennes et vit en français, à Montréal, depuis des décennies. Elle a dirigé le cabinet du ministre ontarien des Affaires francophones avant de travailler comme directrice de la planification au ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec.

Dans L’immigration au Québec. Comment on peut faire mieux (Renouveau québécois, 2023, 204 pages), un recueil de chroniques d’abord parues dans L’aut’journal depuis 2019, elle montre avec efficacité que le dossier de l’immigration au Québec est complexe, souffre d’une gestion désordonnée et charrie son lot de mythes.

Meggs ne s’oppose pas à l’immigration. Cette dernière, note-t-elle, « fait partie de l’histoire de l’humanité » et n’a rien de condamnable. On migre pour avoir une meilleure qualité de vie, pour fuir les conflits, la persécution ou les catastrophes naturelles, et ça se comprend. « L’immigration est un projet foncièrement humain », écrit Meggs.

Pour être couronnée de succès, cette démarche doit se faire dans le respect des personnes qui migrent, de la société d’accueil et de la société d’origine. Cela exige, de la part de la société d’accueil, d’avoir « une vision claire soutenue par une infrastructure législative et administrative efficace ». Or, au Canada et au Québec, cette vision, pour l’instant, fait défaut.

D’abord, les idées fausses entretenues au sujet de l’immigration nuisent à la rigueur du débat. Non, redit Meggs en citant des experts, l’immigration n’est pas une solution à la pénurie de main-d’oeuvre et au vieillissement de la population. Non, ajoute-t-elle, le déclin du français n’est pas d’abord le résultat de l’immigration, mais celui du faible taux de natalité des francophones, de leur anglicisation et de leurs comportements linguistiques : engouement pour la culture et pour les cégeps anglophones, indifférence à l’égard du statut du français, exigence de l’anglais en entreprise, etc.

« La société d’accueil, écrit Meggs, a le devoir de créer un espace propice à l’intégration en français [des personnes immigrantes]. » Elle est souvent loin d’être à la hauteur de cette mission. Les efforts de francisation déployés par le gouvernement du Québec, notamment en milieu de travail, ne méritent pas non plus la note de passage.

Le principal obstacle à une bonne compréhension du dossier de l’immigration au Québec est toutefois le tripotage des chiffres. Alors qu’on se demande si notre capacité d’accueil — une notion qui n’a jamais été rigoureusement définie — est de 30 000 ou de 70 000 immigrants, le Québec en accueillait, en 2022, 155 400, c’est-à-dire 68 700 personnes admises à la résidence permanente et 86 700 personnes détentrices d’un permis de séjour temporaire (étudiants étrangers et travailleurs), cela sans compter les demandeurs d’asile.

Tout le débat, dans ces conditions, est faussé puisque les temporaires, plus nombreux que les permanents, échappent à la réflexion sur les seuils et aux efforts d’intégration en français qui devraient être déployés par le gouvernement du Québec.

En vertu de l’Accord Canada-Québec sur l’immigration signé en 1991, explique Meggs, le Québec pourrait exiger que les immigrants temporaires soient inclus dans le calcul annuel du nombre d’immigrants qu’il veut recevoir. Il pourrait aussi ajouter des conditions linguistiques à cet accueil, mais il ne le fait pas, sauf quand il déplore, mollement, le refus fédéral des demandes de permis d’études pour de jeunes Africains francophones.

Pour avoir une politique d’immigration efficace et humaine, le Québec devrait pouvoir gérer seul l’ensemble du dossier, c’est-à-dire être indépendant, note justement Meggs. En attendant, Justin Trudeau et François Legault disent et font un peu n’importe quoi.

Chroniqueur (Présence Info, Jeu), essayiste et poète, Louis Cornellier enseigne la littérature au collégial.

Source: Immigration 101