Devant les annonces prébudgétaires d’Ottawa, Legault rebrandit le référendum en immigration 

Sigh although his concern regarding the excessive increases in temporary workers is legitimate and likely more political positioning. But a referendum on immigration, even if narrowly focused, will likely not be conducive to reasoned discussion:

Le premier ministre François Legault n’en peut plus d’entendre son homologue à Ottawa, Justin Trudeau, faire un « feu d’artifice d’annonces » prébudgétaires à l’intérieur des champs de compétence du Québec. Il invite le fédéral à se concentrer plutôt sur la hausse du nombre d’immigrants temporaires et ravive l’idée d’un référendum sectoriel en immigration.

« Au lieu de faire des annonces dans les champs de compétence du Québec, occupez-vous de vos propres responsabilités, en particulier l’immigration », a lancé l’élu caquiste, mardi, lors d’un point de presse tenu quelques minutes avant la période des questions, à l’hôtel du Parlement.

M. Legault réagissait à une série d’annonces effectuées dans les dernières semaines par lesquelles le gouvernement de Justin Trudeau a fait connaître ses intentions de débourser des milliards de dollars pour le logement. Il y a deux semaines, l’annonce de la création d’une Charte canadienne des locataires et de l’équivalent d’un bail uniforme pour tout le Canada avait fait fulminer les ministres du gouvernement Legault.

« Ce que je dis à M. Trudeau, c’est : écoutez les Québécois. Puis, au lieu de […] dire “on va vous donner de l’argent en santé, on va vous donner de l’argent pour le logement”, allez donc à la racine du problème. Il y a trop d’immigrants temporaires », a soutenu le premier ministre caquiste.

M. Legault reproche à son homologue au fédéral d’avoir « laissé exploser leur nombre à 560 000 », selon le dernier décompte. Après l’avoir écartée en février, le premier ministre revient donc avec l’idée d’un référendum sectoriel en immigration, en fonction du « résultat des discussions » avec son homologue, qui aboutiront à une rencontre au sommet sur le sujet d’ici la fin juin.

« On va rentrer dans le détail. Est-ce que les immigrants temporaires devraient être préapprouvés par le Québec ? Si c’était le cas, ça voudrait dire qu’un, on contrôlerait le nombre, et deux, on contrôlerait les exigences en français », a-t-il dit mardi. « Est-ce qu’on fait un référendum là-dessus éventuellement ? Est-ce qu’on fait un référendum plus large sur d’autres sujets ? »

Exclu, puis considéré

En février, pourtant, François Legault avait écarté un éventuel référendum sectoriel en immigration. « Je ne pense pas qu’on a besoin de faire un référendum pour demander aux Québécois s’ils souhaiteraient qu’on rapatrie les pouvoirs à Québec », avait-il dit.

Or, Justin Trudeau a une « obligation de résultat » en vue de sa réunion de juin, a fait valoir M. Legault mardi. Après une rencontre le mois dernier, le premier ministre québécois avait affirmé ressentir chez M. Trudeau une ouverture à ce que le Québec puisse décider du nombre de travailleurs temporaires admis sur son territoire et qu’une « partie » d’entre eux se voient refuser le renouvellement de leur permis de travail.

Sans quoi, « il faut voir, là, est-ce qu’on a besoin de faire un référendum pour s’assurer que la majorité des Québécois appuient », s’est interrogé M. Legault à voix haute.

À Ottawa, mardi, le ministre fédéral de l’Immigration, Marc Miller, a assuré que les discussions avec Québec allaient bon train. « J’ai vraiment senti dans les dernières semaines de la ministre [québécoise de l’Immigration Christine] Fréchette une ardeur au travail, une volonté de vraiment trouver des solutions à nos défis », a-t-il dit.

S’il convient avoir des « points de divergence » avec le gouvernement Legault, l’élu libéral entend oeuvrer sur « la langue commune du Québec » et sur le désir de Québec « de réduire les gens qui sont ici de façon temporaire ». L’idée de confier tous les pouvoirs en immigration au Québec comme l’avait demandé le gouvernement caquiste le mois dernier n’est toutefois pas sur la table.

« Un pays qui donne tous ses pouvoirs à quelqu’un d’autre n’est plus un pays », a-t-il maintenu.

Québec demandera des compensations sans conditions pour l’ensemble des programmes fédéraux s’immisçant dans les pouvoirs du Québec, a indiqué M. Legault mardi. « Il n’est pas question d’accepter ça. » Le dépôt du budget fédéral est prévu le 16 avril.

Source: Devant les annonces prébudgétaires d’Ottawa, Legault rebrandit le référendum en immigration

English version:

Premier François Legault on Tuesday threatened to hold a referendum on immigration if he doesn’t get what he wants from Prime Minister Justin Trudeau.

Legault is pressing Ottawa for more power over immigration. Trudeau slammed the door on giving the province full control last month. “Will we hold a referendum on (getting full power over immigration) eventually? Will we do it more broadly, on other subjects?” Legault said. “It will depend on the results of discussions” with the federal government. “Don’t forget, Mr. Trudeau promised me a meeting by June 30 at the latest. So, I expect results there.”

Speaking to reporters in Quebec City, Legault complained the province has received more than 500,000 temporary foreign workers and asylum seekers over the past eight years.

“The federal government has allowed the number of temporary immigrants to explode to 560,000,” he said.

“This causes enormous problems for Quebecers. We lack teachers, nurses, housing, and (immigrants and asylum seekers) pose a real challenge for the future of French, particularly in Montreal.”

Legault said a referendum is “not in our plan, short term.”

However, he added: “Do we need to hold a referendum so that Mr. Trudeau is convinced that a majority of Quebecers are saying that it doesn’t make sense (to allow) 560,000 immigrants” to come to Quebec.

He said Quebecers “have always been welcoming, will always be welcoming” toward immigrants. “But now we can’t do it anymore. Our capacity to receive has been exceeded.”

He said Trudeau recently admitted Canada has welcomed too many immigrants.

“It’s the first time he’s said that,” Legault noted.

Last week, Trudeau said temporary immigration has to be brought “under control.” He said the number of temporary foreign workers and international students has ”grown at a rate far beyond what Canada has been able to absorb.”

Legault said the problem could be solved if Ottawa granted Quebec the power to pre-approve all temporary immigrants. That way, Quebec could control the number of arrivals and set French language requirements, he said.

After a March 15 meeting with Legault, Trudeau said: “No, we are not going to give more power (to Quebec) on immigration. Quebec already has more powers over immigration than any other province because it’s very important to protect the French language.”

At the time, Legault said Trudeau has privately expressed openness to discussing the idea of giving Quebec a say on the admission of temporary workers and would consider new rules ensuring more workers speak French.

The Coalition Avenir Québec government is under pressure to crack down on immigration. The party’s most significant rival is the poll-leading Parti Québécois.

After last month’s Legault-Trudeau meeting, PQ Leader Paul St-Pierre Plamondon said Trudeau’s response proves Legault is unable to win more powers for Quebec.

“This resounding No is evidence of a completely absent level of bargaining power,” the leader of the pro-sovereignty party said at the time. “It’s embarrassing for Quebec. We deserve more than this perpetual humiliation.”

Source: Legault threatens immigration referendum if Trudeau doesn’t relent

ICYMI: Nouvelle hausse des immigrants temporaires au Québec

Ongoing focus of Quebec discussion and debates:

Le nombre de résidents non permanents au Québec a de nouveau grimpé à la fin de l’année 2023, une hausse qui s’explique notamment par l’arrivée massive de demandeurs d’asile, dont le gouvernement Legault réclame de nouveau une meilleure répartition à travers le Canada.

Le dernier décompte de Statistique Canada, rendu public mercredi matin, fait état de plus de 560 000 immigrants temporaires résidant au Québec au début du premier trimestre de 2024 (1er janvier). C’est une augmentation de 32 000 personnes depuis la dernière mise à jour de l’agence statistique, rendue publique en décembre.

On compte parmi ces nouveaux arrivants près de 177 000 demandeurs d’asile, en hausse de 16 000 depuis le dernier décompte. « Clairement, il faut que le fédéral prenne ses responsabilités et répartisse les demandeurs d’asile dans l’ensemble du Canada, dans les autres provinces », a réitéré la ministre québécoise de l’Immigration, Christine Fréchette, quelques instants après avoir pris connaissance de ses nouvelles données.

Les données laissent toutefois entrevoir un ralentissement de la croissance des immigrants temporaires. Il s’agit de l’augmentation la moins importante du nombre de résidents non permanents depuis un an. Quant aux détenteurs de permis de travail et d’études, ainsi que leurs proches, ils étaient plus de 383 000 au premier jour de l’année.

La publication de ces statistiques survient à quelques heures d’une rencontre entre la ministre Fréchette et son homologue au fédéral, Marc Miller. L’élue caquiste compte bien profiter de cet entretien pour « aborder la répartition des demandeurs d’asile ».

En plus d’exiger des gestes d’Ottawa sur cette question, Québec demande que le fédéral lui verse environ 1 milliard de dollars pour compenser les services offerts aux personnes en attente d’asile depuis 2021.

Source: Nouvelle hausse des immigrants temporaires au Québec

Quebec: Stress et colère pour des infirmières recrutées à l’étranger

A noter:

Difficultés d’intégration, stress et anxiété, échecs. Un an et demi après l’arrivée des premières cohortes, le programme québécois visant à recruter 1000 infirmières et infirmiers à l’international connaît des ratés, selon ce qu’a constaté Le Devoir.

Alors qu’environ 300 de ses étudiants ont passé l’examen de l’Ordre des infirmières et infirmiers mardi — les résultats seront connus d’ici quelques mois —, 737 sont toujours en formation ou sur le point de la commencer et une cinquantaine ont échoué ou abandonné en cours de route, selon les données du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI).

Démarré à l’automne 2022, le programme, au coût de 65 millions, n’a pas eu pour seul effet d’amener de la main-d’oeuvre partout dans la province : il a également généré beaucoup de stress et de déception chez ces futurs soignants de notre réseau, dont plusieurs disent avoir été « trompés » par le Québec.

« Ce n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais. Il y a eu beaucoup de non-dits », a déploré Katia, une infirmière africaine toujours dans le programme qui veut taire son identité pour ne pas nuire à ses chances. « Ça n’a pas été facile du tout. »

Il y a environ un an, cette mère de famille est arrivée dans une région québécoise seule avec quatre enfants, dont un bébé de quelques mois. L’organisme d’aide local lui avait trouvé un appartement, mais il lui a fallu le meubler, inscrire ses enfants à l’école et trouver une garderie pour son nourrisson. Tout ça dans les 10 jours avant que ne commence le cours. « C’est un programme intense. Tu dois étudier, tu dois t’occuper des enfants… Il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte », raconte-t-elle.

Une intervenante, qui garde l’anonymat pour ne pas nuire à son organisme d’aide aux immigrants, lequel est financé par le MIFI, a dit au Devoir avoir participé à un atelier avec des étudiants qui étaient « au bord des larmes » et « très en colère ». « Ce que j’ai vu, c’était de la réelle détresse psychologique. Pas un simple choc culturel », a-t-elle confié.

La marche est trop haute, croit-elle. « Les étudiants pensaient qu’ils viendraient faire une mise à niveau. Mais ils se retrouvent à faire une technique de trois ans en à peine un an. Ils se sentent incompétents, trompés. »

Problèmes d’argent… et de logement

Chapeauté par le MIFI, en collaboration avec les ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur, le programme des infirmières diplômées hors Canada paye notamment pour les équivalences, le coût de la formation allant de 9 à 12 mois, et fournit une allocation de 500 $ par semaine aux participants recrutés en Afrique francophone. « Ce n’est pas assez. Avec les 500 $, tu payes ton loyer et c’est tout », a dit Katia.

Nourriture, vêtements d’hiver, transports, garderie… Ces dépenses mettent une pression supplémentaire sur le portefeuille. Certains étudiants ont même eu recours aux banques alimentaires.

« Dans notre deuxième cohorte, à Amos, Ville-Marie et La Sarre, ils les ont tous utilisées », a confirmé Manon Richard, conseillère pédagogique au cégep de l’Abitibi-Témiscamingue.

Les participants ont été accompagnés, avant et pendant leur séjour, par des agents d’accueil et d’intégration et des organismes partenaires locaux de sorte qu’ils soient sensibilisés aux défis du programme, a indiqué le ministère. Des comités régionaux ont également été mis sur pied.

« Même si on les informe du coût de la vie, ça n’empêche pas que c’est un choc énorme quand ils arrivent », a soutenu Mme Richard.

Comme ils sont autorisés à le faire un maximum de 20 h par semaine, la quasi-totalité des étudiants — 860 sur 1000, selon le ministère — ont travaillé soir et week-ends comme préposés aux bénéficiaires pour joindre les deux bouts.

Selon Mme Richard, le premier défi, c’est la rareté et le coût exorbitant des logements. « Les familles arrivent nombreuses. Ce n’est pas facile de trouver un appartement pour des familles de quatre, cinq, six enfants. »

Mame Moussa Sy, directeur général de la Maison internationale de la Rive-Sud, ajoute que les propriétaires ne veulent pas louer leurs logements à des personnes qui n’ont pas d’historique de crédit. « Certains ont dit qu’ils ne voulaient pas louer à des personnes d’Afrique noire », a ajouté l’homme, dont l’organisme a accompagné près de 40 candidats l’automne dernier.

« Une chose colossale »

Arrivée au Québec seule avec ses cinq enfants, Emelda Tabot a fait partie de la première cohorte du cégep de Valleyfield, qui a commencé en janvier 2023. « C’était une chose colossale. S’adapter au climat, à tous les changements qu’on vivait. C’était disons… un challenge », a expliqué la Camerounaise, en entrevue au Devoir.

Si son installation s’est « très bien passée », c’est pendant sa formation qu’elle a vécu les plus grands défis.

D’abord, comme elle est plus à l’aise en anglais, étudier en français lui a donné du fil à retordre. L’autre défi de taille : devoir apprendre en cinquième vitesse un tas de nouvelles choses qui n’ont rien à voir avec les maladies tropicales traitées dans son hôpital rural. « On n’a pas ça, chez nous, des lits [mécaniques] qui se lèvent lorsqu’on appuie sur un bouton. »

Malgré sa grande motivation, elle dit avoir vécu des moments de découragement. « C’était stressant. Je me sentais parfois abandonnée, mais ma coordonnatrice me disait : “Ne lâche pas, on est là” », raconte Mme Tabot, qui a fini par obtenir une bourse pour sa persévérance.

Le Devoir a obtenu un document colligeant toutes les difficultés rencontrées et les solutions préconisées par les cégeps qui ont accueilli les premières cohortes. Les problèmes sont nombreux : difficulté d’organisation, surcharge de travail, problème de gestion du stress, difficulté avec la technologie, retards.

Les cégeps ont répondu par une panoplie de mesures. Ils ont notamment donné plus de temps pour les examens, offert des ateliers sur la gestion du stress ou encore embauché plus d’enseignants. Cela ne semble pas suffisant. « Même s’ils ont de l’expérience dans leur pays, les étudiants sont très surpris. C’est un cours excessivement exigeant pour eux », explique Philippe Beauchemin, agent de mobilisation à Haute-Gaspésie me voici !.

Il cite en exemple un étudiant installé dans sa région qui peine à tout concilier. « Quand il revient de sa journée d’étude au cégep, il donne un coup de main à sa conjointe pour les enfants et il se réveille la nuit pour étudier. Cet homme-là, il ne dort jamais. »

La peur de l’échec

Katia a quant à elle dit être stressée par la possibilité d’échouer et d’être exclue du programme. C’est déjà arrivé à trois de ses camarades de classe. « Personnellement, je n’avais pas compris que c’était éliminatoire en cours de route, a-t-elle confié. Si tu as un échec, tu perds vraiment tout. Avoir su, j’aurais sécurisé mes arrières. J’avais une carrière chez moi, un certain statut. »

Étant soumis aux règles du visa d’études, les participants doivent quitter le pays s’ils échouent à la formation ou l’abandonnent. À moins qu’ils obtiennent un contrat de travail auprès d’un CISSS ou d’un CIUSSS pour se faire embaucher comme préposé aux bénéficiaires et qu’ils fassent « ensuite les démarches nécessaires dans le cadre du Programme des travailleurs étrangers temporaires », a indiqué le ministère de l’Immigration. Cela nécessite parfois une attente de plusieurs mois sans revenu.

Pour Philippe Beauchemin, le programme devrait revoir les perspectives d’échec. « Il faut enlever aux étudiants cette pression-là, dit-il. Comme ils sont en précarité financière, ça les amène à travailler plus et ça fait qu’ils étudient moins. Il y a quelque chose qui ne marche pas. »

Source: Stress et colère pour des infirmières recrutées à l’étranger

Lisée | Indépendance migratoire

Hope (or dread) springs eternal. And sovereignty is today’s world in practice means some form of institutions or agreements that address practical realities.

But agree with Meggs on the importance of citizenship ” Il n’y a aucun symbole plus fort d’adhésion et d’appartenance d’une personne immigrante à sa nouvelle société que la naturalisation ou la citoyenneté, mais ce sont des États-nations qui déterminent les conditions de citoyenneté.” If only the federal government would have the same appreciation rather proposing to eliminate the oath attestation (in person or virtual), move back to in-person ceremonies (between 80-90 percent are virtual), issue the updated study guide and above all, consider citizenship as meaningful and contributing to belonging and identify, not just client service.

It always bothered me when responsible for citizenship over a decade or so, that we under-invested in citizenship in Quebec, despite it being one of the few federal programs that touch Quebec residents directly, a significant touchpoint:

Les tensions entre Québec et Ottawa au sujet de l’immigration constituent une publicité ambulante pour l’indépendance du Québec. Parce qu’elles illustrent mieux que toutes autres le prix de la dépendance. Car voilà un dossier qui a une incidence directe sur l’ensemble de notre vie collective.

Sans être la cause de nos maux, l’augmentation fulgurante des nouveaux venus depuis cinq ans est le facteur super aggravant qui pousse au point de rupture nos hôpitaux, nos écoles et nos garderies. Ainsi que notre marché du logement, ce qui provoque une augmentation marquée de l’itinérance, même en région. De surcroît, selon les calculs du commissaire à la langue française, depuis 2011, l’afflux de temporaires a fait bondir de 40 % le nombre d’habitants du Québec qui ont l’anglais comme langue de travail et de 50 % le nombre de ceux qui ne connaissent pas le français.

Les membres du gouvernement québécois parlent, justement, de « point de rupture », de « louisianisation » et d’enjeux essentiels pour la nation. Alors que des actions résolues sont nécessaires, ils sont réduits à tenir des conférences de presse, à écrire des lettres et à convoquer des rencontres où ils doivent plaider leur cause devant plus puissants qu’eux. Comme les kremlinologues qui scrutaient les photos pour déterminer quel personnage était apparu ou disparu dans l’entourage du tyran, nous devons comparer les versions française et anglaise des points de presse de Justin Trudeau et de son ministre et ami d’enfance Marc Miller pour déterminer si l’ouverture affichée par l’un est partiellement ou complètement contredite par l’autre.

Autrement dit : nous ne sommes pas souverains. Sur ce point essentiel, nous sommes des sujets.

Il importe de souligner qu’aucun migrant ne peut être tenu pour responsable de ce qui se produit. Le nouvel arrivant n’a fait qu’emprunter les pistes ouvertes par nos gouvernements pour trouver ici, pour lui et sa famille, un avenir meilleur. Le migrant a fait un bon calcul de risques ; nos gouvernements, non.

François Legault ne peut invoquer sa propre turpitude, lui qui a été élu deux fois sur la promesse de maîtriser l’immigration, mais qui a présidé à la plus forte augmentation de l’histoire du Québec du nombre de travailleurs temporaires. Rien de ce qu’il a annoncé à leur sujet n’en réduit le nombre. Reste que l’ensemble des doléances exprimées à Ottawa pour que ce dernier refrène ses ardeurs immigrationnistes exprime combien le Québec est à la merci des humeurs fédérales.

On pourrait croire que, comme le Québec indépendant serait lié par les mêmes traités internationaux et ferait face aux mêmes flux migratoires, la situation changerait peu. On aurait tort.

D’abord, l’arrivée sur la carte mondiale d’un nouveau pays clairement désigné comme francophone provoquerait chez les candidats à la migration un changement de comportement. Ceux qui chérissent le rêve canadien — et anglophone — se dirigeraient vers les portes d’à côté.

Ensuite, un Québec souverain aurait le pouvoir de traiter beaucoup plus rapidement les demandes d’asile. La Cour suprême du Canada a un jour décidé que les migrants avaient les mêmes droits que les citoyens de faire appel des décisions judiciaires, ce qui ajoute des années au processus. La Constitution d’un Québec souverain pourrait faire une distinction entre migrants et citoyens et limiter à quelques mois le processus d’acceptation ou de refus.

Québec pourrait aussi décider de limiter la réunification familiale aux seuls conjoints et enfants, et non à la famille étendue. Comme le Royaume-Uni, il pourrait demander qu’un conjoint en âge de travailler démontre une connaissance de la langue du pays d’accueil au point d’entrée afin de mieux assurer son intégration.

Les Canadiens s’établissant au Québec seraient aussi des migrants. Alors qu’on observe une augmentation du nombre d’unilingues anglophones déménageant en Outaouais, il leur faudrait, dans un Québec souverain, satisfaire aux mêmes conditions de connaissance du français que ceux venus de Londres ou de Singapour.

Dans son excellent ouvrage L’immigration au Québec. Comment on peut faire mieux, Anne Michèle Meggs place en haut de la liste des avantages la création d’une citoyenneté québécoise. « Il n’y a aucun symbole plus fort d’adhésion et d’appartenance d’une personne immigrante à sa nouvelle société que la naturalisation ou la citoyenneté, mais ce sont des États-nations qui déterminent les conditions de citoyenneté. Il y a la question de droit de sol (est citoyen celui qui est né au pays) ou de droit de sang (est citoyen celui qui est né d’un parent-citoyen), des conditions de statut et de durée de séjour pour l’obtention du statut de citoyen, des conditions linguistiques, mais il y a aussi des conditions liées aux connaissances sur le nouveau pays (histoire, géographie, système démocratique, lois, valeurs, etc.). »

Le serment que prêteraient les néo-Québécois serait différent de l’actuel, que voici : « J’affirme solennellement que je serai fidèle et porterai sincère allégeance à Sa Majesté le roi Charles III, roi du Canada, à ses héritiers et successeurs, que j’observerai fidèlement les lois du Canada, y compris la Constitution, qui reconnaît et confirme les droits ancestraux ou issus de traités des Premières Nations, des Inuits et des Métis, et que je remplirai loyalement mes obligations de citoyen canadien. »

L’indépendance, note Meggs, libérerait les Québécois d’un débat cornélien : ne pas suivre la courbe démographique du voisin canadien équivaut-il à une perte de pouvoir dans la fédération ? Si on y reste, oui. Le Québec deviendra politiquement de plus en plus insignifiant. Si on la quitte, cela n’a plus la moindre importance politique. Qu’ils soient 8, 9 ou 12 millions, les Québécois pèseront toujours 100 % dans leurs institutions politiques. Et on pourrait, enfin, biffer de notre vocabulaire l’expression « C’est la faute du fédéral. ».

Source: Chronique | Indépendance migratoire

Article of interest recap

For the 1st time, Canada will set targets for temporary residents After trimming growth in Permanent Residents, imposing caps on international students, Minister Miller reverses course again and reduces the number of temporary foreign workers. Taken together, marks a significant repudiation of previous decisions and ministers, ironically making it easier for a possible future conservative government to impose further limits should it choose to do so. And including temporary foreign workers and international students in the annual levels plan is long overdue.

The Coalition for a Better Future’s report Fragile Growth: An Urgent Need to Get the Basics Right reiterated productivity and related economic challenges.

Scotia Bank’s Raising the Bar, Not Just Lowering the Number: Canada’s Immigration Policy Confronts Critical Choices makes the case for a charter focus on economic immigration and increasing productivity.

Parissa Mahboubi’s Canada’s immigration system isn’t living up to its potential. Here’s how to fix it provides a familiar list of recommendations, along with the puzzling one for more business immigrants given that government is notoriously bad is assessing entrepreneurship as previous programs have indicated.Life in Canada is ‘more expensive’ than most immigrants expected, new poll finds. Not surprising findings from Leger, highlighting a declining value proposition for immigrants.

Daniel Bertrand of the ICC argues Stop undervaluing the contributions that international students make to Canada, noting the need for “a much more strategic approach, modelled after the economic immigration process, with a points system that prioritizes these more valuable areas of study.”

No surprise that Trudeau rules out Quebec’s request for full control over immigration (Trudeau dit non à confier les pleins pouvoirs en immigration au Québec) with Michel David noting the Les limites du bluff. More detailed explanations of the reason behind the refusal in Marc Miller émet de fortes réserves sur les demandes de Québec en immigration, my favourite being, with respect to family class, « C’est très difficile de légiférer l’amour, [et de] demander à quelqu’un d’épouser quelqu’un qui parle uniquement français ».

Citizenship

Using coercion, Russia has successfully imposed its citizenship in Ukraine’s occupied territories, horrific example of citizenship as an instrument of war and denial of identity.

India’s new citizenship law for religious minorities leaves Muslims out, confirms the Modi governments overall approach of Hindu nationalism.

Omar Khan, in Ramadan heralds a political awakening for Canadian Muslims, notes the need for political responsibly among Muslim and other Canadians “it’s a responsibility to recognize that proper understanding between communities comes through dialogue, not ultimatums. There should be no litmus tests for elected officials wishing to address Muslim congregations. Those with divergent opinions should be engaged, not frozen out.”

David Akin assesses A closer look at the growing diversity of Conservatives under Poilievre, highlighting the party’s recruiting efforts (and quoting me).

Other

John McWhorter continues his contrarian streak in No, the SAT Isn’t Racist, making convincing arguments in favour of standardized testing.

Marsha Lederman highlights the increased censorship in the Exodus from literary magazine Guernica reveals the censorship the Israel-Hamas war has wrought in terms of free and honest artistic expression.

Ottawa pourra contourner les seuils de Québec en réunification familiale [Ottawa says it will bypass Quebec’s immigration cap to speed up family reunification]

Provocative move but understandable given the impasse:

Impatient devant les retards en réunification familiale, le fédéral menace maintenant de contourner les seuils imposés par Québec. Un « affront direct » à la nation québécoise et à l’Accord Canada-Québec sur l’immigration, rétorque le gouvernement de François Legault.

Le ministre fédéral de l’Immigration, Marc Miller, a envoyé dimanche une lettre à son homologue québécoise, Christine Fréchette, pour l’avertir de ses intentions. Affirmant avoir « le devoir moral de trouver une solution à cet enjeu », il écrit que les fonctionnaires d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) auront désormais l’autorisation de traiter les demandes en réunification familiale, même si le plafond de 10 400 personnes appliqué par Québec pour 2024 est dépassé.

« J’aurais idéalement souhaité trouver une solution en collaboration avec votre gouvernement », souligne l’élu libéral dans sa missive. « Cependant, étant donné que nous n’avons pas trouvé un terrain d’entente à la suite de votre refus de revoir vos seuils à la hausse pour réunir les familles plus rapidement, […] j’ai décidé de donner l’instruction à mon ministère de traiter les demandes de résidence permanente des demandeurs du regroupement familial ayant reçu un CSQ [certificat de sélection du Québec] émis par votre ministère. »

Environ 20 500 personnes correspondent actuellement à cette description. Marc Miller assure pouvoir traiter leurs dossiers en concordance avec les quotas de Québec, mais seulement si le gouvernement Legault n’augmente pas le fardeau du fédéral en émettant de nouveaux CSQ….

Source: Ottawa pourra contourner les seuils de Québec en réunification familiale, Ottawa says it will bypass Quebec’s immigration cap to speed up family reunification

Près de 60 000 dossiers d’immigration approuvés s’empilent à cause des cibles de Québec

A noter:

Alors que les ministres de l’Immigration se défient et se déchirent, la pile de dossiers d’immigration déjà approuvés pour la résidence permanente ne cesse de s’épaissir à Ottawa. Créé par la divergence entre les demandes acceptées et les seuils de Québec, le goulot d’étranglement s’épaissit aussi de plus en plus vite.

La mécanique peut paraître complexe entre les deux ordres de gouvernement, mais il reste que le ministère fédéral de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté (IRCC) s’efforce « de respecter les demandes du Québec quant au nombre de nouveaux résidents permanents », nous écrit-on. Une personne qui a été jugée éligible à la résidence permanente par toutes les instances est donc en attente d’une place parmi les seuils de la province.

Il y a ainsi 38 000 réfugiés déjà reconnus qui vivent au Québec pour un seuil maximum de 3700 places fixé par le gouvernement de François Legault pour 2024 et 2025. Au rythme actuel, il leur faudra donc plus de 10 ans pour avoir accès à la résidence permanente pleinement. Entretemps, ces personnes ont accès aux services et peuvent travailler, mais elles ne peuvent pas demander de carte de résidence permanente. Ces années compteront-elles avant d’obtenir la citoyenneté ? IRCC reste muet sur ces éléments malgré nos questions.

« Il n’existe aucun délai maximal », nous écrit aussi ce ministère.

Il ne s’agit plus d’une simple antichambre de l’immigration, puisque la personne a déjà vu sa demande d’asile acceptée par Commission de l’Immigration et du statut de réfugié (CISR). Après une décision favorable, le demandeur d’asile approuvé se tourne vers le ministère provincial de l’Immigration, qui lui décerne un certificat de sélection du Québec.

La personne est donc ironiquement « sélectionnée » par Québec, mais sa demande de résidence stagne à Ottawa, car le ministère respecte les maximums établis par la province. Cet arriéré de résidents permanents en attente a aussi augmenté de 8000 individus en six mois, selon les chiffres déjà publiés par Le Devoir en août dernier….

Source: Près de 60 000 dossiers d’immigration approuvés s’empilent à cause des cibles de Québec

Khan: Gender-equality rights, it turns out, aren’t safe from the notwithstanding clause

Of note:

… Perhaps the most jarring analysis is the Court’s dismissal of arguments by the bill’s opponents based on section 28, which enshrines gender-equality rights in the Charter. That argument makes the point that Bill 21 disproportionately restricts the freedom of religion and expression of Muslim women compared to men. The notwithstanding clause cannot be used to shield laws that discriminate between women and men – i.e., it cannot override section 28.

In fact, during the drafting of the Charter, Canadian women demanded the exclusion of section 28 from the notwithstanding clause. They had the foresight to ensure that gender-equality rights could not be denied by the potential whims of future governments.

But Quebec’s appeals court took great pains to explain that section 28 is, in fact, included in the notwithstanding clause. How? Well, by actually being included in each of the rights enshrined in sections 2 and 7 to 15, and thus having no stand-alone value in of itself.

For example, the Court considered a hypothetical law that gives police the power to detain and search all women unaccompanied by a male in public between midnight and 5 a.m. This violates sections 8 (security against unreasonable search) and 9 (no arbitrary detention). The Court argues that if the notwithstanding clause was invoked to shield the law, section 28 cannot be used to declare the law unconstitutional on the basis of gender inequality, since its only value lies in its association with existing rights – not rights that have been suspended.

The Court’s logic reminds me of the following imperfect analogy: it’s the pre-1960era, section 28 is an unmarried woman, and her only value is through her association with a man, say a father, a brother, a husband, a son (any one of sections 2 and 7-15). Where no such man exists, she has no real inherent value of her own.

The Court’s logic is also dangerous, as it means there is no real protection for women against discriminatory laws if a legislature pre-emptively invokes the notwithstanding clause. Her personal agency and equal opportunity can be taken away at the behest of a hostile legislature. Just ask Muslim women in Quebec.

Source: Gender-equality rights, it turns out, aren’t safe from the notwithstanding clause

Quebec’s latest Bill 21 ruling fuels debate on notwithstanding clause

Next likely stop Supreme Court of Canada, which would oblige the government and political parties to take less equivocal public stand, and reinforce the political and public divisionss:

….For groups that challenged the law, the ruling was a disappointment.

“I think it’s important for everybody that we take note of the devastating impact the notwithstanding clause has when it’s used by a government to violate the rights of marginalized communities in a particular location,” said Noa Mendelsohn Aviv, the executive director of the Canadian Civil Liberties Association.

Mendelsohn Aviv said that while there were a number of reasons the clause was included by drafters of the Constitution — “it was never meant as anything other than a last resort. We don’t think it’s a legitimate use of the notwithstanding clause to use it to violate fundamental rights of minorities.”

But for supporters of the religious symbols ban, the decision was a victory for democracy.

“The Court of Appeal is explicitly saying that this is about democracy, that the notwithstanding clause is not something that violates rights, it’s not something that goes against democracy,” said Guillaume Rousseau, a lawyer for Mouvement laïque québécois, a group that intervened in the case to support the government. “It’s part of our democracy and it’s up to the elected officials to decide.”

Source: Quebec’s latest Bill 21 ruling fuels debate on notwithstanding clause

La capacité d’accueil, un concept qui rebondit à travers l’histoire

Good discussion and analysis of absorptive capacity. Le Devoir’s Champagne is one of the few Quebec journalists focussing on immigration with considerable understanding and nuance:

Il n’y a pas de consensus scientifique sur la capacité d’accueil, une expression qui résonne de plus en plus souvent à Québec. À travers l’histoire et les idéologies politiques, des concepts analogues ont souvent été utilisés pour poser des limites à l’immigration et exprimer des malaises, voire de l’hostilité, disent deux politologues et un historien.

« Le concept est remis au goût du jour, ça revient cycliquement dans les débats, mais c’est vrai que ce n’est pas nécessairement nouveau », dit d’emblée Mireille Paquet, politologue à l’Université Concordia.

La capacité d’accueil n’appartient pas qu’au domaine mathématique, elle oscille plutôt entre « des discours d’opinion et des dialogues qu’on voudrait baser sur les données », selon elle. Au-delà de l’obsession pour les chiffres ces dernières années, c’est aussi une manière de « projeter beaucoup d’insécurité par rapport à l’immigration, sans utiliser les mots ou les concepts moins acceptables dans le discours public ».

C’est avant tout une expression liée à l’émotion, selon l’historien Pierre Anctil. « Souvent, les perceptions, les notions abstraites sont cachées sous un vocable rationnel, mais au fond, il y a une émotion négative. » Avec les expressions autour de « l’accueil », « on cherche une manière de déclarer notre hostilité sans être hostile », souligne aussi ce professeur émérite de l’Université d’Ottawa. Il y a aujourd’hui un amalgame de cette capacité avec des mots lourdement chargés, comme « menace », mais cette fois, elle est tournée principalement vers la langue.

Historique

Durant la première décennie du XXe siècle, la plus importante vague migratoire se déploie au pays, et Montréal y participe vigoureusement. Il arrive alors plus de deux millions de personnes au Canada. Entre 1911 et 1931, la proportion d’immigrants dans la population est alors de 22 %, et il faudra près d’un siècle (en 2021) pour retrouver un pourcentage aussi élevé.

Les communautés non catholiques et non chrétiennes sont alors perçues comme « menaçantes », explique M. Anctil, et il n’est pas besoin d’aller très loin pour comprendre « cette hostilité générale à toute forme d’immigration ». Cette méfiance est particulièrement exprimée dans Le Devoir, et de façon parfois très virulente, comme sous la plume du directeur Georges Pelletier dès 1913. Les Juifs sont alors décrits comme « les déchets de l’Europe » qui « vont nous nuire et qu’on ne réussira jamais à assimiler », raconte l’historien. Même à l’aube de la Seconde Guerre mondiale et après, les élites et la population ne souhaitent pas recevoir les victimes du régime nazi.

Il n’y a alors aucun effort qui est fait pour la francisation ou pour intervenir auprès des populations immigrantes afin de les aider à trouver un emploi ou un logement, « parce qu’essentiellement, on jugeait que c’était impossible », note M. Anctil. Il faudra attendre la Révolution tranquille, la création d’un ministère provincial de l’Immigration et la loi 101 pour que le Québec tente de trouver des solutions. Une fois le « quotient religieux retiré », il devient possible de devenir Québécois sans devoir se convertir. La situation globale du français s’est aussi améliorée, soutient le professeur. On le voit lorsque l’on compare les statistiques d’aujourd’hui avec celles des années 1970 et 1980, dit-il.

De concept en concept : absorption, intégration, accueil

Mais pour arriver à l’expression « capacité d’accueil », il faut encore reculer dans le temps. Cette idée que la société, le territoire ou le gouvernement peut recevoir un volume donné de nouveaux arrivants a surgi dans les années 1930 sous l’expression « absorptive capacity ». Elle est principalement utilisée par Mackenzie King, premier ministre du Canada durant trois mandats entre 1921 et 1948, qui cherche à justifier des limites posées à l’immigration.

Mais le terme est alors « vague et indéfini » et prend en compte les naissances en plus de l’immigration, signale Catherine Xhardez, professeure de science politique à l’Université de Montréal. Il n’est alors pas question de tenter d’en faire la comptabilité.

À l’époque, l’expression est aussi tout près des discours sur la possibilité ou non « d’assimiler » culturellement de grandes populations (voir l’encadré). « Dans l’histoire, ce concept de capacité d’absorption se basait sur l’ethnicité, sur la capacité à absorber ces gens non anglo-saxons dans la culture, par exemple », expose quant à elle Mme Paquet, aussi directrice scientifique de l’Équipe de recherche sur l’immigration au Québec et ailleurs (ERIQA).

Ce n’est qu’en 1962 que le Canada élimine les critères raciaux explicites dans sa politique d’immigration. Celle-ci devient alors encore plus foncièrement économique, même si elle cherche déjà depuis la fin du XIXe siècle à pourvoir des emplois précis. Dans ces mêmes années apparaît aussi peu à peu le concept de « capacité d’intégration », surtout au travail, dans le discours. Le taux idéal dépend alors du pouvoir de l’économie à fournir des emplois aux immigrants aux salaires qui ont cours.

En 2010, c’est au tour du Vérificateur général du Québec de reprocher au ministère provincial de l’Immigration de ne pas utiliser « d’indicateurs socioéconomiques pour bien cerner la capacité réelle » d’accueil de la province. « Vous n’évaluez pas les programmes d’immigration et il n’y a pas de suivi », disait en gros le rapport, selon Catherine Xhardez.

« Évidemment, il y a tout un champ d’évaluation des politiques publiques », rappelle-t-elle à propos de sa discipline. Les immigrants ont-ils accès aux mêmes emplois que les natifs ? Ont-ils les mêmes perspectives ou la même qualité de vie ? « Il y a des programmes qui fonctionnent très bien et des résultats sur le terrain. […] Moi, je crois à l’évaluation », dit la professeure.

Mais le débat sur la capacité d’accueil « semble dire autre chose », à savoir qu’un calcul permettrait de faire une prédiction, et non pas d’évaluer des politiques passées. « Il y a des politiques qui fonctionnent bien, il faut le dire, il y a des résultats sur le terrain. Mais il faut aussi pouvoir évaluer des systèmes qui ne fonctionnent pas et dire : “Ici on a investi, mais ça ne donne pas de résultats” », expose-t-elle.

L’insistance sur la capacité d’accueil « vient surtout chercher notre rêve de se dire : l’immigration, c’est compliqué, mais peut-être que si on trouvait la bonne formule, la bonne équation, ce serait mieux », explique Mireille Paquet.

Dans la littérature scientifique, rien ne semble indiquer qu’un « seuil magique » existe ou non, notamment quant à la réaction de la population. « Les backlashs ou les retours de flamme, ce n’est pas un nombre absolu à partir duquel les gens sont fâchés », note Catherine Xhardez. C’est plutôt le rythme d’arrivée, les augmentations subites, et surtout leur médiatisation accrue.

Politisation plutôt que calcul

Les partis politiques jouent un grand rôle en influençant et en donnant les termes du débat, disent ces deux spécialistes. Ensemble, elles ont étudié les programmes des partis politiques entre 1991 et 2018. Elles ont conclu que la Coalition avenir Québec (CAQ) a été un « agent de politisation » de l’immigration dès 2012, lorsque le parti a introduit dans son programme l’idée de diminuer les niveaux d’immigration.

La réduction proposée est de 20 %, pour que ces seuils reflètent « notre capacité d’accueil et d’intégration », est-il inscrit dans son programme.

Dès 2018, la CAQ reproche aussi au gouvernement libéral d’avoir « ouvert la porte à une forte remontée des immigrants temporaires, sans planifier d’aucune façon leur accueil et les impacts sur la langue, le logement ou les infrastructures ». Ce sont d’ailleurs les mêmes critiques qui sont maintenant adressées au gouvernement, alors que les résidents non permanents ont atteint des records.

Ces mêmes critiques leur sont maintenant adressées puisque le sujet de l’immigration temporaire rattrape le gouvernement depuis au moins un an, le nombre de résidents non permanents ayant atteint des records.

Y a-t-il une manière de sortir de la politisation ? La plupart des experts consultés sont incertains quant à la possibilité de calculer la capacité d’accueil. Doit-on la calculer sur une année ? Sur 10 ans ? Jusqu’à quel point les indicateurs peuvent-ils devenir objectifs ? L’appel récent aux projets de recherche diffusé par le ministère de l’Immigration répondra peut-être à certaines de ces questions, mais pour l’instant, ni Mme Xhardez ni Mme Paquet ne connaissent de chercheurs qui se sont lancés.

Source: La capacité d’accueil, un concept qui rebondit à travers l’histoire