Le Devoir Éditorial | Bouchard-Taylor, un legs ignoré

Good editorial:

À l’hiver 2007, le Québec semblait littéralement au bord de la rupture. Une série d’incidents impliquant des accommodements religieux enflammaient le débat public. L’installation de vitres givrées au YMCA d’Outremont, un jugement de la Cour suprême autorisant le port du kirpan à l’école, le code de vie de la municipalité d’Hérouxville destiné aux immigrants : les manchettes s’enchaînaient, nourrissant une perception de crise identitaire. Dans ce climat d’anxiété collective, le premier ministre Jean Charest annonçait, le 8 février 2007, la création de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles, confiée à deux éminences : le sociologue Gérard Bouchard et le philosophe Charles Taylor.

M. Charest en appelait alors à une réflexion sensée. « Il est clair que le débat s’enlise et qu’il sert la division plus que la compréhension », rappelait-il au moment de propulser Bouchard-Taylor. Pendant des semaines, les deux commissaires ont sillonné le Québec, permettant à quelque 3400 personnes de participer aux audiences publiques qui faisaient souvent salle comble. Cette vaste consultation populaire a permis de prendre le pouls d’une société profondément divisée sur la question de son identité et de sa relation avec les minorités religieuses. Certains témoignages étaient empreints de préjugés et de peurs irrationnelles, d’autres exprimaient un désir sincère de préserver les acquis de la Révolution tranquille. L’exercice démocratique a été aussi cathartique qu’éprouvant.

Dans leur rapport final, Fonder l’avenir. Le temps de la conciliation, les deux commissaires arrivent à un constat aussi cinglant que libérateur : non, il n’y avait pas de véritable crise des accommodements raisonnables au Québec, et ce, malgré les apparences. Ce que les médias avaient présenté comme une avalanche de demandes déraisonnables formulées au nom de la liberté de religion relevait largement de la distorsion des faits. La commission Bouchard-Taylor conclut que, parmi les cas les plus médiatisés, 71 % s’éloignaient de l’exactitude des faits. L’emballement médiatique avait considérablement enflé la « crise ».

Les commissaires décèlent derrière cette enflure un malaise identitaire dont souffrent plus particulièrement les Québécois d’ascendance canadienne-française. Ceux-ci vivent difficilement leur double statut de majoritaire au Québec mais de minoritaire en Amérique du Nord, et craignent peut-être d’être submergés par les minorités culturelles et d’être dépossédés de leurs valeurs communes. La crise des accommodements camoufle donc une réaction de défense de plusieurs Québécois inquiets de perdre leur identité culturelle.

Le rapport Bouchard-Taylor propose une voie médiane fondée sur l’interculturalisme québécois, un modèle distinct du multiculturalisme canadien et de la laïcité fermée à la française. Les commissaires recommandent notamment d’interdire le port de signes religieux uniquement aux personnes en position d’autorité coercitive — juges, policiers, gardiens de prison, procureurs de la Couronne — tout en permettant leur port ailleurs dans la fonction publique, y compris pour les enseignants. Cette approche visait à équilibrer la neutralité de l’État avec le respect des libertés individuelles. La formule n’est pas retenue.

Sous la gouverne du Parti québécois, le Québec adopte en 2013 la Charte des valeurs, qui propose d’aller plus loin que les recommandations de Bouchard-Taylor. La nation n’en a pas fini de ses crispations identitaires, car le Québec s’entre-déchire autour de cette charte. En 2019, la Coalition avenir Québec présente enfin le projet de loi 21 sur la laïcité de l’État. Sur le modèle de la Charte des valeurs, on y interdit le port de signes religieux aux personnes en position d’autorité, y compris les enseignants du primaire et du secondaire. La loi fait l’objet de vives contestations.

L’adoption de la Loi sur la laïcité de l’État marque l’aboutissement d’un processus qui a pris le chemin inverse de celui tracé par Bouchard et Taylor. Là où le rapport de 2008 appelait à la conciliation, à la nuance et au dialogue, le Québec a opté pour une solution législative plus rigide qui, si elle répond aux inquiétudes d’une majorité, pose des questions profondes sur notre capacité collective à vivre ensemble dans le respect de nos différences et force la mise à l’écart de certains groupes.

Le véritable héritage de Bouchard et de Taylor réside dans la démarche qu’ils ont incarnée. À un moment où le Québec aurait pu basculer dans l’intolérance et la xénophobie pure, ils ont rappelé l’importance de l’analyse rigoureuse, de l’écoute et du dialogue. Ils ont démontré que les perceptions pouvaient différer radicalement de la réalité et que les débats identitaires devaient être menés avec intelligence et compassion. Dix-huit ans après leur nomination, Bouchard et Taylor nous rappellent qu’une société mature ne se construit pas sur la peur de l’autre, mais sur la capacité à dialoguer, à comprendre et à chercher des solutions qui honorent à la fois les valeurs collectives et les droits individuels.

Source: Éditorial | Bouchard-Taylor, un legs ignoré

In the winter of 2007, Quebec seemed literally on the verge of rupture. A series of incidents involving religious accommodations inflamed the public debate. The installation of frosted windows at the YMCA of Outremont, a Supreme Court judgment authorizing the wearing of the kirpan at school, the code of life of the municipality of Hérouxville for immigrants: the headlines followed one another, feeding a perception of identity crisis. In this climate of collective anxiety, Prime Minister Jean Charest announced, on February 8, 2007, the creation of the Consultation Commission on Accommodation Practices Related to Cultural Differences, entrusted to two eminences: Sociologist Gérard Bouchard and Philosopher Charles Taylor.

Mr. Charest then called for a sensible reflection. “It is clear that the debate is getting bogged down and that it serves division more than understanding,” he recalled when propelling Bouchard-Taylor. For weeks, the two commissioners crisscrossed Quebec, allowing some 3,400 people to participate in public hearings that were often a fulle. This broad popular consultation made it possible to take the pulse of a deeply divided society on the question of its identity and its relationship with religious minorities. Some testimonies were imbued with prejudices and irrational fears, others expressed a sincere desire to preserve the achievements of the Quiet Revolution. The democratic exercise was as cathartic as it was trying.

In their final report, Founding the Future. At the time of conciliation, the two commissioners came to an observation as scathing as it was liberating: no, there was no real crisis of reasonable accommodation in Quebec, despite appearances. What the media had presented as an avalanche of unreasonable demands made in the name of freedom of religion was largely a matter of distortion of the facts. The Bouchard-Taylor Commission concludes that, among the most publicized cases, 71% were far from the accuracy of the facts. The media runaway had considerably inflated the “crisis”.

The commissioners detect behind this swelling an identity malaise suffered more particularly by Quebecers of Canadian-French descent. They hardly live their dual status as a majority in Quebec but as a minority in North America, and perhaps fear being overwhelmed by cultural minorities and being dispossessed of their common values. The accommodation crisis therefore camouflages a defensive reaction of many Quebecers worried about losing their cultural identity.

The Bouchard-Taylor report proposes a middle path based on Quebec interculturalism, a model distinct from Canadian multiculturalism and French-style secularism. The commissioners recommend in particular that the wearing of religious signs be prohibited only to persons in a position of coercive authority – judges, police officers, prison guards, Crown prosecutors – while allowing their wearing elsewhere in the public service, including for teachers. This approach aimed to balance the neutrality of the State with respect for individual freedoms. The formula is not retained.

Under the leadership of the Parti Québécois, Quebec adopted the Charter of Values in 2013, which proposed to go further than the recommendations of Bouchard-Taylor. The nation has not finished its identity tensions, because Quebec is torn around this charter. In 2019, the Coalition avenir Québec finally presented Bill 21 on the secularism of the state. On the model of the Charter of Values, it prohibits the wearing of religious signs to people in positions of authority, including primary and secondary school teachers. The law is the subject of strong challenges.

The adoption of the State Secularism Act marked the culmination of a process that took the opposite path from that traced by Bouchard and Taylor. Where the 2008 report called for conciliation, nuance and dialogue, Quebec has opted for a more rigid legislative solution that, if it responds to the concerns of a majority, raises deep questions about our collective ability to live together with respect for our differences and forces the exclusion of certain groups.

The true legacy of Bouchard and Taylor lies in the approach they embodied. At a time when Quebec could have turned into intolerance and pure xenophobia, they recalled the importance of rigorous analysis, listening and dialogue. They demonstrated that perceptions could differ radically from reality and that identity debates should be conducted with intelligence and compassion. Eighteen years after their appointment, Bouchard and Taylor remind us that a mature society is not built on the fear of the other, but on the ability to dialogue, understand and seek solutions that honor both collective values and individual rights.

From Bouchard lui-même: Quand l’espoir vient des citoyens

« En haut, en haut ! C’est un grand concept sociologique sophistiqué, ça, en haut ! », s’exclame-t-il d’un ton faussement bourru. Me sentant désarçonné au bout du fil, il éclate d’un grand rire.

Le ton est donné : interviewer Gérard Bouchard sera tout sauf ennuyant. Ce monument de l’histoire et de la sociologie a codirigé la fameuse commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, a enseigné à Harvard, a écrit de nombreux ouvrages. Et à 81 ans, le sociologue chéri des Québécois est vif, drôle, versant autant dans l’autodérision que dans les critiques acerbes.

Des critiques qu’il dirige beaucoup vers le gouvernement du Québec actuellement. C’est là, « en haut », qu’il déplore les plus grandes dérives. Mon intention n’était pas nécessairement d’amener mon interlocuteur dans l’arène politique, mais il y a sauté lui-même à pieds joints.

Lorsque je lui demande ce qu’il souhaite collectivement aux Québécois pour 2026, sa réponse est immédiate.

« Je souhaiterais que tout le débat sur l’identitaire perde enfin de l’actualité. L’identitaire est un sac vide. Cette affaire-là ne va nulle part. C’est un débat qui divise, mais qui n’ouvre pas sur grand-chose. »

— Gérard Bouchard

Il enchaîne en dénonçant la désinvolture avec laquelle, selon lui, le gouvernement Legault écarte les droits fondamentaux pour imposer sa vision de la laïcité.

« Ça relève d’un sentiment antireligieux, je ne vois pas autre chose, dit-il. L’idée qu’une société, pour être laïque, doit repousser le religieux dans ses derniers retranchements pour qu’il ne soit finalement plus visible du tout… Ce n’est pas un idéal pour une société, ça ! Ou alors, si c’est un idéal, ça en est un qui repose essentiellement sur la violation d’un droit fondamental. »

« On vit encore sur cette espèce de revanche que l’on prend contre les abus du clergé que notre société a subis jusqu’au milieu du XXsiècle, analyse-t-il. On avait de sacrées bonnes raisons de le faire, on a beaucoup souffert. Mais là, il faudrait en finir avec ça. On ne va quand même pas vivre sur ce ressentiment de génération en génération ! »…

“Up, up! It’s a great sophisticated sociological concept, that, at the top! “, he exclaims in a falsely gruff tone. Feeling distraught at the end of the line, he bursts out laughing.

The tone is set: interviewing Gérard Bouchard will be anything but boring. This monument of history and sociology co-led the famous Bouchard-Taylor Commission on Reasonable Accommodations, taught at Harvard, wrote many books. And at 81, the beloved sociologist of Quebecers is lively, funny, pouring as much into self-deprecation as in harsh criticism.

Criticisms that he directs a lot towards the Quebec government currently. It is there, “at the top”, that he deplores the greatest drifts. My intention was not necessarily to bring my interlocutor into the political arena, but he jumped there himself with his feet together.

When I ask him what he collectively wishes for Quebecers for 2026, his answer is immediate.

“I would like the whole debate on identity to finally lose news. The identity is an empty bag. This case is not going anywhere. It is a debate that divides, but does not open up much. ”

— Gérard Bouchard

He continues by denouncing the casualness with which, according to him, the Legault government discards fundamental rights to impose its vision of secularism.

“It’s an anti-religious feeling, I don’t see anything else,” he says. The idea that a society, to be secular, must push the religious to his last entrenchments so that he is finally no longer visible at all… This is not an ideal for a society! Or, if it is an ideal, it is one that is essentially based on the violation of a fundamental right. ”

“We still live on this kind of revenge that we take against the abuse of the clergy that our society suffered until the middle of the 20th century,” he analyzes. We had damn good reasons to do it, we suffered a lot. But now, we should end this. We are still not going to live on this resentment from generation to generation! “…

Bouchard | Questions de laïcité à M. Legault

Bouchard still going strong with his pointed critique:

Des restrictions non justifiées. Le nouveau projet de loi sur la laïcité contient des mesures bienvenues, notamment la fin des exemptions en faveur des écoles privées. Mais d’autres mesures font problème parce que leur justification n’est pas démontrée. Où sont les études qui précisent le nombre d’éducatrices en CPE et en garderies subventionnées qui portent le hidjab ? Ou des études qui établissent que cette pratique perturbe les enfants ? Qui dénombrent les femmes exerçant leurs activités à visage couvert dans les institutions publiques ? Qui évaluent rigoureusement l’ampleur du problème des prières en public ?

Vous dites, Monsieur Legault, qu’il vaut mieux prévenir que guérir. La religion musulmane au Québec serait donc un fléau en dormance ? Et la bonne façon de s’en protéger serait de resserrer des mesures déjà très restrictives ? Vous ne craignez pas de favoriser ainsi ce que vous prétendez prévenir ?

Un terrain mal connu. Contre quoi précisément entendez-vous nous protéger ? Voit-on les signes d’un grave problème islamiste au Québec ? Observe-t-on des manifestations de haine, des mouvements de rue, de la violence ? Que savons-nous exactement de la situation, de l’humeur de cette minorité ? De l’état de la foi et de la pratique ? De son attitude envers l’intégration ? Des tendances qui la traversent ou la divisent ? Est-elle aussi homogène que vous le croyez ? Que savons-nous de ses dispositions envers notre société ? Sont-elles marquées par l’agressivité, le retranchement ? Je parle ici de connaissances et non de stéréotypes ou de rumeurs nées d’épisodes montés en épingle.

Pourtant, en cette matière tout particulièrement, il importerait de bien connaître le terrain sur lequel vous intervenez. Ce n’est pas le cas. Vous vous laissez guider surtout par la boussole électorale.

Des contradictions. Votre démarche est plombée par des contradictions qui révèlent un étrange bricolage. En voici deux exemples. Les signes religieux et les lieux de prière sont interdits dans les universités. Cependant, une chapelle catholique située sur le campus de l’Université Laval restera ouverte. Motif ? Ce serait un « milieu de vie » isolé à l’image des prisons et des CHSLD ! S’il s’agissait d’une petite mosquée, aurait-elle droit à la même indulgence ?

Votre gouvernement entend légiférer dans les écoles privées à vocation religieuse. Mais en respectant quelques conditions, elles continueront néanmoins à être financées par l’État (coût en 2024 : 160 millions de dollars, ce que M. Drainville a fièrement qualifié de « compromis historique »). Ici, c’est donc l’ensemble de l’école qui sera elle-même religieuse. Où est la logique ?

De la retenue. Notre société a été jusqu’ici épargnée par les conflits religieux. Mais la réalité internationale enseigne que le sujet doit être traité avec prudence et lucidité. Il faut se garder d’initiatives dont on n’a mesuré ni la pertinence ni le potentiel d’effets nocifs.

Élargissons la perspective. Des études québécoises montrent que la majorité des immigrants désirent s’intégrer et nourrissent une vision favorable de notre société. Mais ces travaux semblent ignorés. J’ai à l’esprit la déclaration d’un de vos ministres de l’Immigration se désolant de ce que les immigrants refusent de travailler, méprisent nos valeurs, rejettent le français, etc.

Cette vision reflète-t-elle la réalité ? Donne-t-elle le goût du Québec ? Inspire-t-elle confiance en votre gouvernement ?

De l’inconséquence. Sous prétexte de fermeté et de vigilance, ne craignez-vous pas de faire mal au Québec en semant les graines d’un vrai problème qui mettrait un grand désordre dans notre vie collective ? Avez-vous une pensée pour la réaction des jeunes musulmans d’aujourd’hui quand ils auront pris conscience des effets que vos politiques à courte vue auront provoqués ? Curieusement, votre projet de loi est pourtant présenté sous l’affiche de la « paix sociale » — j’ai lu aussi : « apaiser le climat social ». Étrange médecine. Et ce climat serait donc présentement turbulent ?

Monsieur Legault, vous avez opté pour la méthode forte avec votre laïcité répressive. Peut-être pourriez-vous jeter un coup d’œil du côté de la France pour voir ce qu’il en est ? On constate aujourd’hui chez les jeunes musulmans français qu’au lieu de s’intégrer, ils se replient sur un islam plus radical que celui de leurs parents.

Il y a plus. Selon des études fiables, un grand nombre de jeunes écoliers québécois manifestent beaucoup d’ouverture en matière de diversité ethnique et religieuse. Comment réagiront-ils à vos initiatives ? Leur disposition sera-t-elle ébranlée ? Vous apprêtez-vous à compromettre une importante avancée de notre système scolaire ?

Une phobie du religieux. Je ne comprends pas pourquoi il faut interdire le port du hidjab à une étudiante universitaire, une adulte agissant selon des convictions profondes, en conformité avec le droit consacré par notre charte et qui ne porte préjudice à personne — sauf à ceux et celles que la seule vue d’un signe religieux indispose. C’est pour moi l’exemple le plus frappant d’une violation arbitraire d’un droit fondamental. Réalisez-vous que, ce faisant, vous encouragez l’hostilité non seulement envers les signes religieux, mais envers le religieux lui-même ? Et ce n’est pas un n’est pas un croyant qui vous en fait reproche, c’est un athée tout simplement respectueux du droit.

J’ai peine aussi à comprendre que les manifestations et rassemblements publics à caractère social, culturel ou politique sont admis, mais non ceux qui ont une connotation religieuse. Cet interdit ne relève-t-il pas d’une phobie du religieux, tout comme l’interdiction du hidjab chez les éducatrices de la petite enfance ?

Et tout ça, pour quoi au fond ? Pour tenter de refaire votre image en vue de la prochaine élection ? Cet objectif justifierait les sensibilités que vous allez heurter, les préjugés que vous allez remuer, les divisions que vous risquez de créer ?

Apparemment, « c’est comme ça qu’on fonctionne au Québec ». Et les droits ? Ils ne feraient pas partie de notre fonctionnement eux aussi ?

Éviter l’autre extrême. Cela dit, évitons tout malentendu. Il faut évidemment se garder de la naïveté. Je crois que des garde-fous s’imposent — nous l’avons vu dans le cas de l’école Bedford. Mais leur mise en place doit être arbitrée par la mesure, la clairvoyance et la sagesse.

Source: Idées | Questions de laïcité à M. Legault

Unjustified restrictions. The new bill on secularism contains welcome measures, including the end of exemptions for private schools. But other measures are problematic because their justification is not demonstrated. Where are the studies that specify the number of educators in CPE and subsidized daycare centers who wear the hijab? Or studies that establish that this practice disturbs children? Who counts women carrying out their activities with their faces covered in public institutions? Who rigorously assess the extent of the problem of public prayers?

You say, Mr. Legault, that prevention is better than cure. Would the Muslim religion in Quebec therefore be a dormant scourge? And the right way to protect yourself from it would be to tighten already very restrictive measures? Are you not afraid to favor what you claim to prevent?

A poorly known terrain. What exactly do you intend to protect us against? Do we see signs of a serious Islamist problem in Quebec? Do we observe manifestations of hatred, street movements, violence? What exactly do we know about the situation, the mood of this minority? The state of faith and practice? Of his attitude towards integration? Trends that cross it or divide it? Is it as homogeneous as you think? What do we know about his dispositions towards our society? Are they marked by aggressiveness, entrenchment? I’m talking here about acquaintances and not stereotypes or rumors born of episodes edited in pins.

However, in this matter in particular, it would be important to know the field in which you intervene. This is not the case. You let yourself be guided above all by the electoral compass.

Contradictions. Your approach is weighed down by contradictions that reveal a strange DIY. Here are two examples. Religious signs and places of prayer are prohibited in universities. However, a Catholic chapel located on the Université Laval campus will remain open. Reason? It would be an isolated “liveing environment” like prisons and CHSLDs! If it were a small mosque, would it be entitled to the same indulgence?

Your government intends to legislate in private schools with a religious vocation. But by meeting some conditions, they will nevertheless continue to be financed by the State (cost in 2024: $160 million, which Mr. Drainville proudly described it as a “historic compromise”). Here, it is therefore the whole school that will itself be religious. Where is the logic?

Restraint. Our society has so far been spared from religious conflicts. But the international reality teaches that the subject must be treated with caution and lucidity. We must beware of initiatives whose relevance or potential for harmful effects has not been measured.

Let’s expand the perspective. Quebec studies show that the majority of immigrants want to integrate and have a favorable view of our society. But this work seems to be ignored. I have in mind the statement of one of your Ministers of Immigration regretting that immigrants refuse to work, despise our values, reject French, etc.

Does this vision reflect reality? Does it give the taste of Quebec? Does it inspire confidence in your government?

Inconsistency. Under the pretext of firmness and vigilance, aren’t you afraid of hurting Quebec by sowing the seeds of a real problem that would put a great mess in our collective life? Do you have a thought for the reaction of today’s young Muslims when they become aware of the effects that your short-sighted policies will have caused? Curiously, your bill is nevertheless presented under the poster of “social peace” – I also read: “appease the social climate”. Strange medicine. And this climate would therefore be turbulent at the moment?

Mr. Legault, you have opted for the strong method with your repressive secularism. Maybe you could take a look at France to see what’s going on? We see today among young French Muslims that instead of integrating, they fall back on a more radical Islam than that of their parents.

There is more. According to reliable studies, a large number of young Quebec schoolchildren show a lot of openness in terms of ethnic and religious diversity. How will they react to your initiatives? Will their disposition be shaken? Are you about to compromise an important advance in our school system?

A phobia of the religious. I do not understand why the wearing of the hijab should be prohibited to a university student, an adult acting according to deep convictions, in accordance with the law enshrined in our charter and who does not harm anyone – except those whom the mere sight of a religious sign indisposed. For me, this is the most striking example of an arbitrary violation of a fundamental right. Do you realize that, in doing so, you encourage hostility not only towards religious signs, but towards the religious himself? And it is not a believer who reproaches you, it is simply an atheist who respects the law.

I also find it difficult to understand that public demonstrations and gatherings of a social, cultural or political nature are allowed, but not those with a religious connotation. Isn’t this prohibition a phobia of the religious, just like the prohibition of the hijab among early childhood educators?

And all this, for what basically? To try to remake your image for the next election? Would this objective justify the sensitivities that you will offend, the prejudices that you will stir, the divisions that you risk creating?

Apparently, “that’s how we work in Quebec”. And the rights? Wouldn’t they be part of our operation too?

Avoid the other extreme. That said, let’s avoid any misunderstanding. We must obviously beware of naivety. I believe that safeguards are necessary – we have seen it in the case of Bedford School. But their implementation must be arbitrated by measure, foresight and wisdom.

ICYMI: Bouchard | Retour sur le nationalisme identitaire

Another thoughtful commentary by Bouchard:

Le nationalisme identitaire est une forme dégradée de nationalisme. Ce dernier, quand il est bien entendu, exprime un sentiment qui fait aimer sa nation et inspire le désir de la servir pour la faire progresser. Il invite à un engagement porteur de progrès, axé sur des valeurs, des idéaux. Il se traduit dans des initiatives concrètes qui font avancer une société.

Un nationalisme qui nous a bien servis

Notre passé en offre des exemples, qu’il s’agisse du mouvement patriote, de la Révolution tranquille ou du souverainisme. Chaque fois, la nation poursuivait un idéal porteur de grands enjeux. Et dans chaque cas, le nationalisme fut un puissant moteur. À ces exemples, on pourrait ajouter, bien qu’avec les importantes réserves que l’on devine, le programme de la Survivance. Il faut reconnaître qu’il poursuivait un idéal très élevé (trop élevé ?) de pureté morale inspiré des valeurs chrétiennes et soudé à la survie de la langue.

Au fil des ans, les enjeux se modifiaient et le nationalisme se redéfinissait en fonction des urgences de l’heure. Ainsi, à partir des années 1960, le nationalisme rompait avec celui du siècle antérieur. Les aspirations et les urgences ayant changé, notre nation se mobilisait désormais au service d’autres valeurs et d’autres finalités, d’ordre économique, social, politique et culturel. nationalisme identitaire est une forme dégradée de nationalisme. Ce dernier, quand il est bien entendu, exprime un sentiment qui fait aimer sa nation et inspire le désir de la servir pour la faire progresser. Il invite à un engagement porteur de progrès, axé sur des valeurs, des idéaux. Il se traduit dans des initiatives concrètes qui font avancer une société.

Le nationalisme de la CAQ

Le type de nationalisme promu par François Legault et le ministre Bernard Drainville ouvre une voie sans issue et nocive. La notion identitaire qui lui est accolée est floue. Le premier ministre lui-même n’arrive pas à la définir clairement. Elle prête aussi à controverse. Elle peut se durcir, éveiller des sentiments primaires, donner dans le renfermement, l’exclusion et la privation de droits. On a alors affaire à un horizon rétréci, symptôme d’un nationalisme éviscéré qui a évacué les contenus prometteurs.

En plus, ce type de nationalisme ne s’adresse pas à tous les Québécois. On le voit quand M. Legault confond Québécois et Canadien français (par exemple à propos du projet de musée d’histoire nationale). On le voit encore plus clairement dans la dernière politique annoncée par le ministre Drainville, une politique qui élargit abusivement à tout le personnel relié à une école l’interdiction d’afficher des signes religieux. Ce personnel entretient-il avec les élèves un contact continu, intense ? Ici, le nationalisme identitaire glisse dans l’exclusion et l’irrespect des droits.

J’approuve entièrement le texte de Françoise David, Louise Harel et Christine Saint-Pierre publié dans La Presse du 22 avril. Le prétexte donné à l’appui de la loi 21 pour interdire le port de signes religieux chez les enseignantes et les enseignants mettait en cause l’influence néfaste exercée sur les élèves quand l’enseignement se fait endoctrinant. En quoi ce prétexte vaut-il pour le personnel travaillant hors des salles de classe ?

Ne soyons pas dupes. Cette mesure est manifestement le fruit d’un calcul électoraliste de la part d’un parti déjà bien mal en point et dont la feuille de route ne cesse de se détériorer. On essaie encore de raviver la peur d’un islamisme envahisseur désireux de corrompre notre société. Cette menace est usée. Elle a souvent servi depuis trente ans au Québec. Mais où voit-on les signes, les effets de cette agression ? On ne jongle pas de cette façon avec un enjeu qui a des ramifications profondes et légitimes chez certains Québécois.

La laïcité fait évidemment partie des valeurs les plus relevées. À la condition de ne pas la dévoyer.

Dans ce domaine comme dans d’autres, notre premier ministre flirte avec la confusion. Il fait souvent référence à « nos valeurs » et quand il veut aller plus loin, il aime évoquer la laïcité. Mais il y a plus que la laïcité dans nos valeurs. Et dans la laïcité, il y a plus que l’interdiction faite aux « islamistes » de prier en public ou la nécessité de « chasser le religieux de nos écoles ». À ce sujet, du reste, on comprend mal que ce prosélyte d’une laïcité intégrale soutienne le financement d’écoles à vocation explicitement religieuse.

Du bon usage de l’identité et du nationalisme

L’identité peut être conçue de diverses façons. Selon moi, la définition la plus simple, la plus consensuelle, peut se formuler ainsi : un ensemble largement partagé de traits, de valeurs, de souvenirs et de symboles qui créent un sentiment d’appartenance, lequel avec le temps se transforme en solidarité. À ce point, ce genre d’identité en vient à coiffer un rapport social indispensable à toute mobilisation. Il se forge dans la durée à même des réalisations méritoires, source d’une fierté légitime pour l’ensemble de la nation.

Le nationalisme québécois a présentement grand besoin d’une perspective assortie de résonances précises. Il faudrait y greffer des contenus sociaux, culturels, économiques et politiques à l’image de ce que fut le néonationalisme de la Révolution tranquille.

En ce qui concerne la sphère culturelle en particulier, il y a urgence. De nombreuses études et de nombreux témoignages l’attestent. On a parlé d’une « dissolution silencieuse » de notre nation (Maxime Plamondon, Le Devoir, 7 février 2025). Il faut aussi penser aux jeunes qui ont besoin de se former l’esprit, de développer des sensibilités, des aspirations qui en feront des adultes plus avertis et des citoyens plus responsables. Des Québécois plus alertes et plus engagés aussi. Il est urgent de leur donner les moyens de s’abreuver à d’autres sources que les réseaux sociaux et les scories d’une nouvelle culture ambiante stérilisante.

Voilà une priorité sans équivoque que notre gouvernement ignore. Une culture vivante permet d’irriguer, d’enrichir la vie collective. C’est une finalité qui nous élève et qui raffermit les fondements de notre nation. Si on s’y mettait, le Québec pourrait à nouveau par sa culture briller dans le monde comme il l’a déjà fait.

Enfin, le souverainiste que je suis déplore vivement le fait que le chef du Parti québécois se joint avec enthousiasme à la croisade mal inspirée du ministre Drainville. Je croyais que ce parti, ayant tiré la leçon du passé, avait retrouvé la sagesse.

Source: Idées | Retour sur le nationalisme identitaire

Identity nationalism is a degraded form of nationalism. The latter, when it is understood, expresses a feeling that makes his nation loved and inspires the desire to serve it to make it progress. It invites a commitment to progress, focused on values, ideals. It translates into concrete initiatives that move a society forward.

Identity nationalism is a degraded form of nationalism. The latter, when it is understood, expresses a feeling that makes his nation loved and inspires the desire to serve it to make it progress. It invites a commitment to progress, focused on values, ideals. It translates into concrete initiatives that move a society forward.

A nationalism that has served us well

Our past offers examples, whether it is the patriotic movement, the Quiet Revolution or sovereignism. Each time, the nation pursued an ideal with great stakes. And in each case, nationalism was a powerful engine. To these examples, we could add, although with the important reservations that we guess, the Survival program. It must be recognized that he pursued a very high ideal (too high?) Of moral purity inspired by Christian values and welded to the survival of language.

Over the years, the stakes changed and nationalism was redefined according to the urgencies of the hour. Thus, from the 1960s, nationalism broke with that of the previous century. Aspirations and emergencies having changed, our nation was now mobilizing in the service of other values and other purposes, of an economic, social, political and cultural nature. Identity nationalism is a degraded form of nationalism. The latter, when it is understood, expresses a feeling that makes his nation loved and inspires the desire to serve it to make it progress. It invites a commitment to progress, focused on values, ideals. It translates into concrete initiatives that move a society forward.

The nationalism of the CAQ

The type of nationalism promoted by François Legault and Minister Bernard Drainville opens a dead end and harmful. The notion of identity attached to it is blurred. The Prime Minister himself cannot define it clearly. It also lends itself to controversy. It can harden, awaken primary feelings, give in confinement, exclusion and deprivation of rights. We are then dealing with a narrowed horizon, a symptom of an eviscerated nationalism that has evacuated promising content.

In addition, this type of nationalism is not aimed at all Quebecers. We see it when Mr. Legault confuses Quebecers and French Canadians (for example about the national history museum project). This is seen even more clearly in the latest policy announced by Minister Drainville, a policy that abusively extends the ban on displaying religious signs to all school-related staff. Does this staff maintain continuous, intense contact with students? Here, identity nationalism slips into the exclusion and disrespect of rights.

I fully approve of the text by Françoise David, Louise Harel and Christine Saint-Pierre published in La Presse on April 22. The pretext given in support of Law 21 to prohibit the wearing of religious signs among teachers called into question the harmful influence exerted on students when teaching is indoctrinating. How does this pretext apply to staff working outside the classroom?

Let’s not be fooled. This measure is clearly the result of an electoral calculation on the part of a party already in very bad shape and whose roadmap is constantly deteriorating. We are still trying to revive the fear of an invading Islamism eager to corrupt our society. This threat is worn out. She has often served for thirty years in Quebec. But where do we see the signs, the effects of this aggression? We do not juggle in this way with an issue that has deep and legitimate ramifications among some Quebecers.

Secularism is obviously one of the highest values. On the condition of not divertinting it.

In this area, as in others, our Prime Minister flirts with confusion. He often refers to “our values” and when he wants to go further, he likes to evoke secularism. But there is more than secularism in our values. And in secularism, there is more than the prohibition of “Islamists” to pray in public or the need to “drive the religious out of our schools”. On this subject, moreover, it is difficult to understand that this proselyte of integral secularism supports the financing of schools with an explicitly religious vocation.

Good use of identity and nationalism

Identity can be designed in various ways. In my opinion, the simplest definition, the most consensual, can be formulated as follows: a widely shared set of traits, values, memories and symbols that create a sense of belonging, which over time turns into solidarity. At this point, this kind of identity comes to shape a social relationship essential to any mobilization. It is forged over time by meritorious achievements, a source of legitimate pride for the entire nation.

Quebec nationalism is currently in great need of a perspective with precise resonances. Social, cultural, economic and political contents should be added to it, like what was the neonationalism of the Quiet Revolution.

With regard to the cultural sphere in particular, there is urgency. Many studies and many testimonies attest to this. We spoke of a “silent dissolution” of our nation (Maxime Plamondon, Le Devoir, February 7, 2025). We must also think of young people who need to train their mind, to develop sensitivities, aspirations that will make them more informed adults and more responsible citizens. Quebecers who are more alert and more committed too. It is urgent to give them the means to drink from sources other than social networks and the slags of a new sterilizing ambient culture.

This is an unequivocal priority that our government ignores. A living culture makes it possible to irrigate and enrich collective life. It is a purpose that elevates us and strengthens the foundations of our nation. If we get down to it, Quebec could once again shine in the world through its culture as it has already done.

Finally, the sovereignist that I am deeply deplores the fact that the leader of the Parti Québécois is enthusiastically joining in the poorly inspired crusade of Minister Drainville. I believed that this party, having learned the lesson of the past, had regained wisdom.

Our past offers examples, whether it is the patriotic movement, the Quiet Revolution or sovereignism. Each time, the nation pursued an ideal with great stakes. And in each case, nationalism was a powerful engine. To these examples, we could add, although with the important reservations that we guess, the Survival program. It must be recognized that he pursued a very high ideal (too high?) Of moral purity inspired by Christian values and welded to the survival of language.

Over the years, the stakes changed and nationalism was redefined according to the urgencies of the hour. Thus, from the 1960s, nationalism broke with that of the previous century. Aspirations and emergencies having changed, our nation was now mobilizing in the service of other values and other purposes, of an economic, social, political and cultural nature. Identity nationalism is a degraded form of nationalism. The latter, when it is understood, expresses a feeling that makes his nation loved and inspires the desire to serve it to make it progress. It invites a commitment to progress, focused on values, ideals. It translates into concrete initiatives that move a society forward.

The nationalism of the CAQ

The type of nationalism promoted by François Legault and Minister Bernard Drainville opens a dead end and harmful. The notion of identity attached to it is blurred. The Prime Minister himself cannot define it clearly. It also lends itself to controversy. It can harden, awaken primary feelings, give in confinement, exclusion and deprivation of rights. We are then dealing with a narrowed horizon, a symptom of an eviscerated nationalism that has evacuated promising content.

In addition, this type of nationalism is not aimed at all Quebecers. We see it when Mr. Legault confuses Quebecers and French Canadians (for example about the national history museum project). This is seen even more clearly in the latest policy announced by Minister Drainville, a policy that abusively extends the ban on displaying religious signs to all school-related staff. Does this staff maintain continuous, intense contact with students? Here, identity nationalism slips into the exclusion and disrespect of rights.

I fully approve of the text by Françoise David, Louise Harel and Christine Saint-Pierre published in La Presse on April 22. The pretext given in support of Law 21 to prohibit the wearing of religious signs among teachers called into question the harmful influence exerted on students when teaching is indoctrinating. How does this pretext apply to staff working outside the classroom?

Let’s not be fooled. This measure is clearly the result of an electoral calculation on the part of a party already in very bad shape and whose roadmap is constantly deteriorating. We are still trying to revive the fear of an invading Islamism eager to corrupt our society. This threat is worn out. She has often served for thirty years in Quebec. But where do we see the signs, the effects of this aggression? We do not juggle in this way with an issue that has deep and legitimate ramifications among some Quebecers.

Secularism is obviously one of the highest values. On the condition of not divertinting it.

In this area, as in others, our Prime Minister flirts with confusion. He often refers to “our values” and when he wants to go further, he likes to evoke secularism. But there is more than secularism in our values. And in secularism, there is more than the prohibition of “Islamists” to pray in public or the need to “drive the religious out of our schools”. On this subject, moreover, it is difficult to understand that this proselyte of integral secularism supports the financing of schools with an explicitly religious vocation.

Good use of identity and nationalism

Identity can be designed in various ways. In my opinion, the simplest definition, the most consensual, can be formulated as follows: a widely shared set of traits, values, memories and symbols that create a sense of belonging, which over time turns into solidarity. At this point, this kind of identity comes to shape a social relationship essential to any mobilization. It is forged over time by meritorious achievements, a source of legitimate pride for the entire nation.

Quebec nationalism is currently in great need of a perspective with precise resonances. Social, cultural, economic and political contents should be added to it, like what was the neonationalism of the Quiet Revolution.

With regard to the cultural sphere in particular, there is urgency. Many studies and many testimonies attest to this. We spoke of a “silent dissolution” of our nation (Maxime Plamondon, Le Devoir, February 7, 2025). We must also think of young people who need to train their mind, to develop sensitivities, aspirations that will make them more informed adults and more responsible citizens. Quebecers who are more alert and more committed too. It is urgent to give them the means to drink from sources other than social networks and the slags of a new sterilizing ambient culture.

This is an unequivocal priority that our government ignores. A living culture makes it possible to irrigate and enrich collective life. It is a purpose that elevates us and strengthens the foundations of our nation. If we get down to it, Quebec could once again shine in the world through its culture as it has already done.

Finally, the sovereignist that I am deeply deplores the fact that the leader of the Parti Québécois is enthusiastically joining in the poorly inspired crusade of Minister Drainville. I believed that this party, having learned the lesson of the past, had regained wisdom.

Le modèle caquiste d’intégration est interculturaliste, dit Gérard Bouchard

More on Bill 84 and the caution regarding its assimilationist tendencies rather than integration, particularly regarding “common culture, and that integration is a joint responsibility of the host society and newcomers:

Pour le sociologue Gérard Bouchard, un des pères de l’interculturalisme au Québec, il était « grand temps » que le gouvernement consacre son modèle d’intégration des immigrants dans une loi.

Dans un mémoire d’une quinzaine de pages qu’il déposera mardi en lever de rideau de l’étude du projet de loi 84 « sur l’intégration nationale », l’historien et sociologue donne sa bénédiction — non pas sans nuances — à l’avenue empruntée par le ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Jean-François Roberge, pour écrire un nouveau « contrat social » avec les personnes immigrantes. S’il le « félicit[e] » pour sa proposition législative soumise il y a un mois à l’Assemblée nationale, il l’incite du même souffle à éviter les dérives « assimilationnistes ».

« Je suis heureux de constater que des notions essentielles de l’interculturalisme ont trouvé place dans l’énoncé du projet de loi 84 », souligne M. Bouchard, qui avait fameusement codirigé les travaux de la commission Bouchard-Taylor en 2007 et 2008.

“Il est grand temps que le Québec se dote d’un modèle de gestion de la diversité qui s’écarte à la fois du multiculturalisme canadien et de tous les modèles assimilationnistes ou à tendance assimilationniste », écrit-il.

Dans son mémoire, Gérard Bouchard, qui avait écrit en 2014 un essai intitulé L’interculturalisme. Un point de vue québécois, se réjouit que le ministre Roberge se soit rattaché dans son projet de loi à une série de principes phares de l’interculturalisme à la sauce Québec — la « culture commune », la « réciprocité », la « promotion du français » et la « nécessité de l’intégration ». Il ne se prive pas, toutefois, d’effectuer une mise en garde. « Il manque [au projet de loi] quelques composantes et celles qui sont mentionnées devront être complétées, sinon reformulées », soutient-il.

Selon lui, il faudra par exemple éviter de définir la « culture commune » du Québec, un concept qui apparaît dans la première phrase du projet de loi, « comme la fusion de toutes les cultures ». « [Cela] relèverait de l’assimilation », peut-on lire.

L’État québécois aura en outre à « prévenir la discrimination et le racisme » et à « financer des cours de francisation et d’initiation à la culture et à la société québécoise » s’il veut bel et bien respecter le principe de réciprocité prévu au projet de loi.

« L’intégration assigne des responsabilités aux immigrants et aux minorités, mais aussi d’importants devoirs à l’État et à la société d’accueil », écrit M. Bouchard, qui recommande d’ailleurs que les entreprises et les organismes privés soient incités à appliquer les pratiques interculturelles dans leur quotidien, comme devront le faire les institutions publiques si le projet de loi est sanctionné comme tel.

« Vision étroite »

À la mi-février, dans une lettre ouverte publiée dans Le Devoir, une trentaine de personnalités publiques, dont les anciennes ministres Louise Beaudoin (Parti québécois), Louise Harel (Parti québécois) et Kathleen Weil (Parti libéral du Québec), avaient dit du projet de loi 84 qu’il était « loin de s’inscrire dans [la] continuité » de l’interculturalisme.

« Avec son approche aux accents assimilationnistes, il s’agit d’une nette rupture par rapport au modèle hérité de la Révolution tranquille. Affirmer les spécificités de l’approche québécoise est essentiel pour offrir une option de remplacement à la fois crédible et juste au multiculturalisme canadien. L’initiative caquiste ne va pas dans ce sens », pouvait-on y lire.

À la veille de son passage en commission parlementaire pour commenter le projet de loi, la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) tenait le même discours, lundi.

« Il est manifeste que le PL-84 rompt avec l’approche interculturelle de l’intégration, au profit d’une approche assimilationniste », affirme l’organisme dans un document transmis au Devoir et contenant ses « commentaires préliminaires » sur le texte de loi caquiste.

Selon la TCRI, qui fédère plus de 150 organismes œuvrant auprès des personnes immigrantes, la définition de la « culture commune » dans le projet de loi « occulte la diversité qui façonne le Québec d’aujourd’hui ».

« Elle passe sous silence la richesse des nations, cultures et langues présentes sur le territoire, notamment celles des Premières Nations et des Inuits ou de la minorité historique anglophone, qui ne sont mentionnées que dans le préambule du projet de loi. En parlant d’une “culture commune” qui ne reconnaît pas ces contributions, le gouvernement semble vouloir imposer une vision étroite de la culture québécoise », peut-on lire.

En ne s’attachant qu’à la dimension culturelle du processus d’intégration, le projet de loi 84 passe par ailleurs sous silence « d’autres dimensions de l’intégration, comme l’intégration socioéconomique », soulève la TCRI.

Les consultations particulières entourant le projet de loi sur l’intégration nationale s’amorcent mardi à l’Assemblée nationale. En plus de Gérard Bouchard et de la TCRI, plusieurs groupes, comme la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, le Mouvement laïque québécois et la Ligue des droits et libertés, seront entendus d’ici le 18 mars.

Source: Le modèle caquiste d’intégration est interculturaliste, dit Gérard Bouchard

For sociologist Gérard Bouchard, one of the fathers of interculturalism in Quebec, it was “it was high time” for the government to enshrine its model of integrating immigrants into a law.

In a brief of about fifteen pages that he will deposit on Tuesday in the lifting of the curtain of the study of Bill 84 “on national integration”, the historian and sociologist gives his blessing – not without nuances – to the avenue taken by the Minister of Immigration, Francisation and Integration, Jean-François Roberge, to write a new “social contract” with immigrants. If he “congratulated” him on his legislative proposal submitted a month ago to the National Assembly, he encouraged him in the same breath to avoid “assimilationist” excesses.

“I am pleased to see that essential notions of interculturalism have found a place in the statement of Bill 84,” emphasizes Mr. Bouchard, who had famously co-directed the work of the Bouchard-Taylor commission in 2007 and 2008.

“It is high time that Quebec has a diversity management model that departs from both Canadian multiculturalism and all assimilationist or assimilationist models,” he writes.

In his memoir, Gérard Bouchard, who had written an essay in 2014 entitled L’interculturalisme. A Quebec point of view, is pleased that Minister Roberge has attached himself in his bill to a series of key principles of interculturalism with Quebec sauce – the “common culture”, “reciprocity”, the “promotion of French” and the “need for integration”. He does not hesitate, however, to give a warning. “There are [a few components missing from the bill] and those mentioned will have to be completed, if not reformulated,” he says.

According to him, it will be necessary, for example, to avoid defining the “common culture” of Quebec, a concept that appears in the first sentence of the bill, “as the fusion of all cultures”. “[This] would be a matter of assimilation,” we can read.

The Quebec State will also have to “prevent discrimination and racism” and “finance francization and initiation courses into Quebec culture and society” if it does want to respect the principle of reciprocity provided for in the bill.

“Integration assigns responsibilities to immigrants and minorities, but also important duties to the State and the host society,” writes Mr. Bouchard, who also recommends that companies and private organizations be encouraged to apply intercultural practices in their daily lives, as public institutions will have to do if the bill is sanctioned as such.

“Close vision”

In mid-February, in an open letter published in Le Devoir, about 30 public figures, including former ministers Louise Beaudoin (Parti québécois), Louise Harel (Parti québécois) and Kathleen Weil (Parti libéral du Québec), had said of Bill 84 that it was “far from being part of [the] continuity” of interculturalism.

“With its approach with assimilationist accents, it is a clear break with the model inherited from the Quiet Revolution. Affirming the specifics of the Quebec approach is essential to offer a replacement option that is both credible and fair to Canadian multiculturalism. The Caquist initiative does not go in this direction, “we could read.

On the eve of its passage in the parliamentary committee to comment on the bill, the Table of Concertation of Organizations Serving Refugees and Immigrants (TCRI) gave the same speech on Monday.

“It is clear that the PL-84 breaks with the intercultural approach to integration, in favor of an assimilationist approach,” says the organization in a document sent to Le Devoir and containing its “preliminary comments” on the Caquiste law.

According to the TCRI, which brings together more than 150 organizations working with immigrants, the definition of “common culture” in the bill “hides the diversity that shapes today’s Quebec”.

“It ignores the richness of the nations, cultures and languages present on the territory, especially those of the First Nations and the Inuit or the historical English-speaking minority, which are only mentioned in the preamble of the bill. Speaking of a “common culture” that does not recognize these contributions, the government seems to want to impose a narrow vision of Quebec culture,” we can read.

By focusing only on the cultural dimension of the integration process, Bill 84 also ignores “other dimensions of integration, such as socio-economic integration,” raises the TCRI.

Special consultations on the draft law on national integration begin on Tuesday in the National Assembly. In addition to Gérard Bouchard and the TCRI, several groups, such as the Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, the Mouvement laïque québécois and the Ligue des droits et libertés, will be heard by March 18.

Bouchard: Laïcité, méfions-nous du va-t-en-guerre

Always interesting to read Bouchard, with his sensible analysis and recommendations:

Je suis fermement opposé aux pratiques qui viennent d’être exposées dans nos écoles. Elles sont nettement contraires aux valeurs de notre société et il faut y mettre fin. Mais de quelle façon ?

Parti en guerre contre l’islamisme (« On va se battre ») comme si une vague déferlait sur le Québec, M. Legault veut immédiatement sortir l’artillerie lourde : durcir la Loi sur la laïcité de l’État, l’enchâsser dans une constitution, utiliser la disposition de dérogation, « sortir » la religion des écoles et des lieux publics. Il y a certes un problème, mais une intervention précipitée, mal calibrée, pourrait l’aggraver plutôt que de le régler. Nous connaissons mal la situation, des enquêtes viennent tout juste de commencer. Voici quelques questions à considérer.

1) Quelle est l’ampleur du problème ? Gardons-nous de généraliser hâtivement. Nous savons actuellement que moins de vingt écoles sont concernées. Est-ce la pointe de l’iceberg ? Ou l’iceberg lui-même ? Qu’en est-il des 2757 établissements primaires et secondaires recensés au Québec ? Et qu’en est-il des universités et des cégeps ? Nous l’ignorons.

En passant, ce que nous savons des dérapages provient du travail des médias. Sinon, quand le public en aurait-il été informé ?

2) Quelle est la source du problème ? Les situations dénoncées peuvent être imputables à diverses causes : a) les responsables, à tous les niveaux décisionnels, en étaient informés, mais ont choisi de les cacher ; b) les responsables immédiats le savaient et ont fait leur devoir, mais leurs messages se sont « perdus » plus haut ; c) des responsables, à un niveau quelconque, ont jugé que les pratiques concernées ne méritaient pas qu’on s’y attarde ; d) des acteurs, victimes d’intimidation, se sont tus. Encore là, nous ne savons pas.

Il s’agissait peut-être de peu de choses au départ. Le problème a pu s’accentuer à la faveur de l’inaction prolongée des gestionnaires. Dans le cas de l’école Bedford, on sait que les transgressions avaient cours depuis sept ans. Il est troublant que le ministère de l’Éducation n’ait pas été saisi de ces écarts ou que, l’ayant été, il n’ait rien fait.

3) Un problème d’intégration culturelle ? Il paraît clair que des éléments très localisés (jusqu’à preuve du contraire) d’un fondamentalisme islamique s’activent dans les écoles. Fondamentalisme ? J’entends par là le fait de a) reconnaître une priorité absolue à des valeurs religieuses ; b) se fermer à tout assouplissement ; c) s’adonner à l’endoctrinement.

Ce semble être un phénomène neuf ici. Aucune mention n’en a été faite au cours des nombreuses consultations conduites auprès de la communauté scientifique et auprès du grand public par la commission que j’ai coprésidée avec Charles Taylor.

Nous faisons face à un choc culturel. Qu’il soit ou non le fait d’une nouvelle génération, il témoigne d’un rejet de valeurs primordiales promues par notre société. Nous devons mieux connaître les conditions dans lesquelles des catégories de croyants en viennent à se comporter d’une manière inacceptable dans des institutions aussi névralgiques que le système scolaire.

4) Interdire les prières en public ? Qu’entend-on exactement par là ? On parle des attroupements de fidèles accomplissant un rituel religieux sur un trottoir ou une place. Qu’est-ce qu’un attroupement : deux personnes ? Cinq ? Dix ? Visera-t-on aussi le dévot qui, devant l’oratoire Saint-Joseph, s’arrête pour faire une génuflexion et le signe de la croix ? Qu’entend-on par « lieux publics » ? Par « prières » ? Comment démêler le religieux et le spirituel ? Et qu’advient-il des droits fondamentaux ? Enfin, toutes les religions seront-elles visées ? On aura noté que le premier ministre ne parle que des « islamistes ».

Bonne chance aux spécialistes qui rédigeront les nouvelles directives. Et bonne chance à ceux et celles qui devront les appliquer.

5) « Sortir » le religieux des écoles ? Comment procédera-t-on ? Il faudra distinguer l’endoctrinement et l’enseignement des religions, statuer sur les anciens séminaires laïcisés subventionnés par l’État et qui abritent une chapelle encore active. Et si notre premier ministre est cohérent, il devra fermer les écoles religieuses. Osera-t-il le faire ? Sinon, qui le prendra au sérieux ?

Selon un texte de Radio-Canada (avril 2022), notre gouvernement subventionnerait cinquante établissements privés ayant « une vocation religieuse explicite ».

6) Quoi faire ? Comment ? Comment contrer les expressions répréhensibles de convictions profondément enracinées dans le religieux ? Cette tâche appelle de la prudence et du doigté dictés par une approche réfléchie, expérimentée. Possédons-nous les outils psychologiques et sociologiques requis ?

Nous avons un centre de prévention de la radicalisation créé par la Ville de Montréal depuis une dizaine d’années. Il a fait ses preuves, surtout à l’échelle des individus, sauf erreur. Disposons-nous d’une expertise spécifique sur le plan collectif ? Saurons-nous traiter correctement des réalités aussi complexes, potentiellement explosives ?

7) Une déchirure sociétale à la française ? Des interventions à l’emporte-pièce pourraient donner à court terme l’illusion d’un succès, mais elles pourraient aussi activer le feu qu’on voulait éteindre. Évitons, si possible, de reproduire ici la situation de la France : un clivage profond, terreau de violences, devenu ingérable.

Au premier ministre de jouer…

Quel parti va prendre M. Legault ? Cédant à l’émoi du moment et en quête d’un gain électoral facile, va-t-il choisir d’en découdre et risquer de provoquer un durcissement, d’ériger un mur ? Ou optera-t-il pour la prudence afin d’y voir plus clair avant d’agir ?

Ce texte n’est pas une invitation à la complaisance ou à la mollesse. C’est une invitation à donner une chance à la prévention (sensibilisation, mises en garde, négociations, mises au pas, sanctions au besoin) avant de recourir à l’artillerie lourde. C’est une invitation à bien baliser le parcours avant de s’y engager. Et n’excluons pas que le cadre juridique actuel, appliqué rigoureusement, puisse offrir les moyens de ramener les choses à l’ordre. C’est ce que croient plusieurs juristes.

Source: Laïcité, méfions-nous du va-t-en-guerre

I strongly oppose the practices that have just been exposed in our schools. They are clearly contrary to the values of our society and must be put to an end. But in what way?

Gone to war against Islamism (“On va se battre”) as if a wave was sweeping over Quebec, Mr. Legault immediately wants to take out the heavy artillery: toughen the Law on the Secularism of the State, enshrine it in a constitution, use the exemption provision, “take” religion out of schools and public places. There is certainly a problem, but a hasty, poorly calibrated intervention could aggravate it rather than solve it. We do not know much about the situation, investigations have just begun. Here are some questions to consider.

1) What is the extent of the problem? Let us be careful not to generalize hastily. We currently know that less than twenty schools are affected. Is this the tip of the iceberg? Or the iceberg itself? What about the 2757 primary and secondary schools identified in Quebec? And what about universities and CEGEPs? We do not know it.

By the way, what we know about skids comes from the work of the media. Otherwise, when would the public have been informed?

2) What is the source of the problem? The situations denounced can be attributed to various causes: a) those responsible, at all decision-making levels, were informed, but chose to hide them; b) the immediate officials knew it and did their duty, but their messages were “lost” above; c) those responsible, at some level, judged that the practices concerned did not deserve to be dwelling on; d) actors, victims of intimidation, fell silent. Again, we don’t know.

It may have been a few things at the beginning. The problem may have been exacerbated by the prolonged inaction of managers. In the case of the Bedford School, we know that the transgressions had been taking place for seven years. It is disturbing that the Ministry of Education has not been seized of these discrepancies or that, having been, it has done nothing.

3) A problem of cultural integration? It seems clear that very localized elements (until proven otherwise) of Islamic fundamentalism are being activated in schools. Fundamentalism? I mean a) recognizing absolute priority to religious values; b) closing to any relaxation; c) indocting indoctrination.

It seems to be a new phenomenon here. No mention of this was made during the many consultations conducted with the scientific community and with the general public by the commission that I co-chaired with Charles Taylor.

We are facing a cultural shock. Whether or not it is the fact of a new generation, it testifies to a rejection of primordial values promoted by our society. We need to better understand the conditions under which categories of believers come to behave in an unacceptable way in institutions as neuralgic as the school system.

4) Prohibit prayers in public? What exactly do we mean by that? There is talk of crowds of worshippers performing a religious ritual on a sidewalk or square. What is a crowd: two people? Five? Ten? Will we also aim at the devotee who, in front of the Saint-Joseph oratory, stops to make a genuflection and the sign of the cross? What is meant by “public places”? By “prayers”? How to disentangle the religious and the spiritual? And what happens to fundamental rights? Finally, will all religions be targeted? It will have been noted that the Prime Minister only speaks of “Islamists”.

Good luck to the specialists who will write the new guidelines. And good luck to those who will have to apply them.

5) “Take out” the religious from schools? How will we proceed? It will be necessary to distinguish the indoctrination and the teaching of religions, to rule on the old secularized seminars subsidized by the State and which house a chapel that is still active. And if our prime minister is consistent, he will have to close religious schools. Will he dare to do it? Otherwise, who will take it seriously?

According to a text from Radio-Canada (April 2022), our government would subsidize fifty private institutions with “an explicit religious vocation”.

6) What to do? How? How to counter the reprehensible expressions of convictions deeply rooted in the religious? This task calls for prudence and tact dictated by a thoughtful, experienced approach. Do we have the necessary psychological and sociological tools?

We have a radicalization prevention center created by the City of Montreal for about ten years. It has proven itself, especially at the level of individuals, unless I am mistaken. Do we have specific expertise at the collective level? Will we be able to properly deal with such complex, potentially explosive realities?

7) A French societal tear? Cookie-cutter interventions could give the illusion of success in the short term, but they could also activate the fire we wanted to put out. Let’s avoid, if possible, reproducing here the situation of France: a deep cleavage, a breeding ground for violence, which has become unmanageable.

It’s up to the Prime Minister to play…

Which side will Mr. Legault? Giving in to the emotion of the moment and in search of an easy electoral gain, will he choose to fight and risk causing a hardening, erecting a wall? Or will he opt for caution in order to see more clearly before acting?

This text is not an invitation to complacency or softness. It is an invitation to give prevention a chance (awareness, warnings, negotiations, steps, sanctions if necessary) before resorting to heavy artillery. It is an invitation to mark the course before committing to it. And let’s not rule out that the current legal framework, rigorously applied, can offer the means to bring things back to order. This is what many lawyers believe.



Bouchard: Mise au point sur l’interculturalisme

While I disagree with Bouchard on his characterization of multiculturalism, which is also based on integration (“un modèle d’intégration d’une société dans l’unité et la diversité, dans un esprit d’équilibre entre les besoins et les attentes respectives de la majorité et des minorités” also applies to multiculturalism), nevertheless he is a strong advocate for and integration and inclusive approach:

L’interculturalisme semble réinvestir le débat public, comme en témoigne, entre autres, le texte d’Alex Bilodeau paru dans Le Devoir du 31 juillet. C’est une initiative bienvenue, car le dossier québécois de l’immigration évolue présentement dans une mauvaise direction. C’est l’occasion d’une mise au point assortie d’une mise en garde.

Concernant le texte de M. Bilodeau, ce n’est pas une bonne idée que d’associer nationalisme et interculturalisme sans clarifier les rapports entre les deux — si rapport il y a. Par ailleurs, l’auteur voit dans l’interculturalisme deux courants incompatibles.

D’un côté (courant A), il y aurait les tenants d’une nation homogène orbitant autour de l’héritage de la majorité canadienne-française. De l’autre côté (courant B), on trouverait un modèle centré sur le pluralisme radical qui réduirait la nation québécoise au français comme langue commune, sans accorder de priorité à l’intégration, ce qui le rapproche du multiculturalisme.

Ces deux courants sont en effet incompatibles, mais ce qu’il faut surtout souligner, c’est qu’aucun des deux ne relève de l’interculturalisme.

Selon Alex Bilodeau, l’opposition entre les deux courants se manifeste de trois façons :

Le rapport majorité-minorité. Selon le courant A, la première domine la seconde. En ce cas, il ne peut en résulter que l’exclusion ou une forme d’assimilation. Quant au courant B, il ferait l’économie d’une culture commune à construire et effacerait le rapport majorité-minorité.

L’intégration. Ici, le texte de Bilodeau se fait répétitif. Le premier courant se signale par l’assimilation, le second récuse la domination de la majorité au nom de l’égalité des droits.

La culture commune. Dans l’esprit du courant A, cet élément serait secondaire, le vieil héritage devant primer. Selon le courant B, au contraire, le rapport majorité-minorité doit être atténué en le traitant sur une base de complémentarité, de réciprocité et de respect de la différence.

Définis de cette façon, on voit bien que les deux courants sont en effet incompatibles. On voit aussi que le courant A est bien loin de l’interculturalisme. Le courant B se voit toutefois attribuer un de ses éléments, soit la nécessité de traiter la relation majorité-minorité hors de toute hiérarchie ou de toute volonté de domination. J’ajoute que le texte de Bilodeau est un peu difficile à comprendre du fait que le courant B est présenté de deux manières différentes.

Une dualité en interaction

Pour mémoire, je rappelle que l’interculturalisme (tel que je l’ai toujours conçu) est un modèle d’intégration d’une société dans l’unité et la diversité, dans un esprit d’équilibre entre les besoins et les attentes respectives de la majorité et des minorités. Il repose sur ce qu’on peut appeler une dualité en interaction. D’abord, on s’attend à ce que le coeur du modèle dessine les bases de la société plurielle dans laquelle nous souhaitons vivre.

Cette première composante doit se concrétiser dans un ensemble de politiques et de programmes qui mobilisent les appareils de l’État, mais aussi les principaux acteurs collectifs. Par ailleurs, ces deux composantes doivent être pensées en interaction dans un but de cohérence.

L’objectif concret de l’interculturalisme est d’amener les immigrants et les minorités à s’intégrer grâce à des programmes de rapprochement, d’échange, de partage et d’initiatives communes. Il ne s’agit pas de réduire ou de supprimer la diversité, mais de la mettre à profit dans l’intérêt général de la société et dans un esprit d’égalité, en accord avec le droit. De ce processus devrait résulter une culture commune dans laquelle immigrants et minorités auraient investi tout en gardant leur part de spécificité. À cause de la logique du nombre, il est par ailleurs prévisible que la culture de la majorité pèsera beaucoup plus que les autres dans cette opération.

Cela dit, je conçois bien qu’on puisse diverger d’opinion sur des modalités ou des points annexes, mais sur l’ossature, il y a peu à changer si l’on tient à rester dans l’esprit de l’interculturalisme.

La responsabilité gouvernementale

Quoi qu’il en soit, le gouvernement n’en fait pas assez face aux changements qui s’annoncent. En 2002, le Québec a reçu 63 000 immigrants permanents (moyenne des années 2015-2022 : 47 000) et 28 000 immigrants temporaires, en hausse également.

Le nombre total d’immigrants temporaires vivant au Québec actuellement est de 200 000 environ (dont plusieurs deviendront permanents). Ces tendances à la hausse vont vraisemblablement se poursuivre. Je rappelle ces chiffres pour illustrer l’énorme défi qui se pose sur le plan de l’intégration. Comment sera-t-il relevé ?

Pour l’instant, cette immigration est surtout pensée en termes économiques. Mais l’immigrant n’est pas qu’un rouage dans une stratégie de croissance, il est aussi un citoyen qui doit être inséré socialement et culturellement.

L’urgence d’agir

Pour des raisons pressantes, l’État doit agir énergiquement, comme le montrent des résultats de recherches réalisées récemment. Je pense notamment aux travaux des politologues Antoine Bilodeau et Luc Turgeon (dont nous informait Le Devoir du 31 juillet).

Il en ressort principalement que, pour diverses raisons (dont la loi 21 sur les signes religieux), le sentiment d’appartenance au Québec est en baisse au sein des minorités, au profit de l’appartenance canadienne.

Une partie de leurs membres (difficile à quantifier) ne se sentent pas acceptés et songent à émigrer. Comment cette situation va-t-elle évoluer dans les 15 ou 20 prochaines années en l’absence d’une intervention appropriée de l’État ?

Les clivages entre majorité et minorités sont en croissance dans de nombreux pays, où ils provoquent des conflits interethniques. Une fois profondément installés, ces clivages deviennent extrêmement difficiles à réduire — la France en est un exemple, dont nous devrions tirer une leçon.

Un Québec à l’enseigne du multiculturalisme ?

Si l’immigrant ne trouve pas à s’intégrer pleinement dans la société d’accueil, il le fera au sein d’une minorité. C’est une tendance qui peut conduire à long terme à une fragmentation, à l’essor d’une mosaïque ethnique sur le modèle du multiculturalisme. Est-ce le genre de société que nous voulons ?

Source: Mise au point sur l’interculturalisme

Bouchard: D’où viennent nos valeurs?

Always interesting to read Bouchard’s analysis and this is a particularly strong response to Premier Legault’s tweet stressing the Catholic heritage:

Le tweet de M. Legault début avril nous invite à nous interroger sur l’origine des valeurs prédominantes dans notre société. Quelles en sont les racines dans notre histoire ? Deux thèses se présentent, l’une privilégiant la religion catholique, l’autre, la culture populaire.

Le catholicisme

Une première difficulté posée par cette thèse, c’est qu’elle est contredite de plusieurs façons par l’histoire. Le catholicisme prêchait l’austérité, la soumission, la quête de spiritualité, la chasteté. Ce sont là, on en conviendra, des valeurs qui s’accordent mal avec l’esprit du temps présent. Mais l’Église enseignait aussi la liberté, l’entraide, la solidarité, l’éthique du travail. À première vue, on est ici en terrain plus sûr.

Ce n’est pas le cas : nos valeurs ont émergé malgré l’opposition de l’Église. Nous accordons une large place à la démocratie et à l’éducation. Sur ces deux points, le dossier de l’Église est en souffrance. L’autorité venait d’en haut et on ne croyait pas nécessaire de prolonger l’éducation du peuple au-delà du secondaire et même du primaire. L’Église a longtemps combattu les projets d’instruction obligatoire et gratuite jusqu’à 14 ans.

L’égalité sociale, qui nous est chère, s’est longtemps heurtée à la vision hiérarchique de la société professée par l’Église. Le statut de chacun était fixé par la Providence. L’Église s’est opposée aussi à l’émancipation de la femme (travail salarié, autonomie juridique, droit de vote, contraception…). Enfin, nos élites laïques ont fortement encouragé l’entrepreneuriat et l’insertion d’une élite francophone dans le domaine des affaires. Encore là, il y avait incompatibilité. L’Église avait envers l’industrialisation une tradition de méfiance, et même d’opposition.

Quant à la liberté, confrontée à une moralité tatillonne et à la pratique de la censure, elle a eu fort à faire jusqu’à la fin des années 1950. L’Église était aussi loin du compte en matière d’ouverture à l’autre. Elle prêchait l’antisémitisme, était hostile aux autres religions, interdisait les mariages mixtes au nom de la race pure et a longtemps fait preuve de racisme envers les Autochtones. Elle a par ailleurs beaucoup tardé à composer avec la modernité, le changement, le progrès, les droits de la personne. L’État-providence, avec ses politiques sociales généreuses, fut l’une des grandes réalisations de la Révolution tranquille. Une bonne partie du haut clergé a vu d’un mauvais oeil cette initiative de l’État.

Pendant longtemps, l’émancipation économique, sociale et politique des Canadiens français a compté parmi les objectifs principaux de notre nation. L’émancipation, c’est-à-dire la levée des contraintes imposées par le colonialisme anglophone. Or, à des moments clés de notre histoire, l’Église s’est mise au service du colonisateur contre les Canadiens français — pensons à la Conquête, aux rébellions de 1837-1838, aux deux crises de la conscription.

Voici une autre difficulté. Des catholiques de renom comme Jean Hamelin, Pierre Vadeboncoeur et Fernand Dumont ont soutenu que la foi de nos ancêtres était très superficielle. Ils y ont vu la conséquence d’une pastorale autoritaire trop centrée sur le rituel et la routine, qui ne tenait que par la « coutume ». Sous l’effet des nouvelles coutumes introduites dans les années 1945-1960, l’ancienne serait disparue. Fernand Dumont : « On s’est débarrassé de la religion comme d’un vieil appareil de radio qu’on jette pour acheter une télévision. » Comment imaginer que les fidèles, ces « robot[s] télécommandé[s] », « ces chrétiens sans anticorps » (J. Hamelin) aient pu être profondément imprégnés des valeurs en cause ici ? F. Dumont encore, dans une conférence de 2003, reprochait à l’Église d’avoir failli à faire passer dans la culture civique les valeurs du christianisme.

Enfin, le Québec est une petite nation minoritaire qui est née et a grandi sous deux colonialismes et qui s’est toujours inquiétée de sa survie. C’est plus qu’il n’en fallait pour inspirer des réflexes d’autoprotection qui font d’abord appel à la solidarité.

La thèse de la culture populaire

Il est plus vraisemblable que nos valeurs soient nées dans la culture populaire. L’héritage de valeurs comme la solidarité, le travail, l’esprit communautaire et la liberté peut en effet être rattaché à une tout autre expérience que la religion catholique. Cette thèse comporte deux volets.

Il y a d’abord notre passé lié au défrichement. Nos ancêtres lointains étaient des défricheurs. Ils ont façonné le territoire originel et ont édifié une société. Après la mise en valeur de la vallée du Saint-Laurent, ce travail s’est poursuivi jusque dans les années 1940 dans les espaces péri-laurentiens, où, en un siècle, une quinzaine de régions ont été fondées. Nous avons été longtemps un peuple de défricheurs.

Or l’expérience des défrichements inculquait profondément le goût de la liberté. Elle faisait appel aussi à l’éthique du travail, à l’esprit d’entreprise (les colons, isolés, étaient laissés à eux-mêmes). S’ajoutait à cela, par nécessité, la solidarité communautaire, dans un contexte de vide institutionnel où la survie était un défi constant.

Le deuxième volet, c’est celui du travail industriel. La culture robuste née de l’expérience pluriséculaire des défrichements s’est ensuite transmise dans le cours de l’urbanisation. Car les Canadiens français étaient aussi un peuple de lutteurs, cette fois dans la sphère du travail. L’historien Jacques Rouillard a bien montré la vigueur et l’ampleur des luttes ouvrières menées depuis longtemps au sein du syndicalisme, sans compter la fréquence et la dureté des conflits là où il n’existait pas de syndicats.

On connaît les valeurs forgées dans ces luttes : équité, égalité, solidarité, émancipation sociale, entre autres. Or, elles résultaient de pratiques conflictuelles, souvent agressives, que le clergé, en grande partie, a longtemps condamnées, s’employant plutôt à diffuser l’idée que le patron devait être traité comme un père par ses employés.

On voit que l’origine de nos valeurs reste une question complexe. Mais on voit bien aussi que, sur des points essentiels, elles ont pris le contre-pied de l’héritage de l’Église plutôt que de s’en nourrir.

Source: D’où viennent nos valeurs?

Bouchard: La lutte contre la discrimination II – Pour une politique québécoise

Always worth reading. Of course, équilibre, like beauty, is often in the eye of the beholder. And interculturalism, like multiculturalism, also has variants ranging from status quo to the more woke and activist:

Il presse pour la Coalition avenir Québec (CAQ) de mettre en oeuvre une politique énergique de lutte contre la discrimination, une politique alignée sur les grands objectifs à atteindre et qui s’inspire des principes en vigueur, mais les traduit et les applique à notre façon. On devrait viser une approche originale qui s’accorde avec notre tempérament, nos traditions, notre culture, tout en nous affranchissant de la dépendance fédérale et de son moralisme intolérant.

Notre histoire offre plusieurs exemples de formules collectives novatrices que nous avons mises au point, parfois à l’encontre des voies convenues. Pensons à la façon dont, à partir des années 1960, nous avons conjugué l’essor de l’entreprise privée avec l’État partenaire, d’où a résulté une forme originale de capitalisme. Pensons aussi à l’adoption, durant les décennies qui ont suivi, de pratiques économiques néolibérales conjointement avec l’expansion du filet social (seulement pour la fin des années 1990, époque triomphante du néolibéralisme : assurance médicaments, garderies, congés parentaux, logement social). Nous avons également mis au point un modèle de gouvernance qui fait largement appel à la concertation générale sous la forme de sommets. Sur ces trois plans, le Québec a fait bande à part en Amérique.

Parallèlement, le syndicalisme grossissait ses rangs, la taille de l’État se maintenait, le chômage déclinait, l’économie sociale continuait son essor, la pauvreté et les inégalités diminuaient.

On trouve un phénomène similaire dans l’ouverture de la culture québécoise à la mondialisation, une manoeuvre audacieuse pour une culture inquiète de son avenir. Le Québec y a trouvé une voie pour démontrer sa créativité et exporter ses productions culturelles à travers la planète.

L’exemple le plus éloquent, peut-être, réside dans la façon dont nous avons étroitement conjugué un nationalisme fervent avec une philosophie libérale et des politiques progressistes. Peu de nations y sont arrivées. Aux yeux de nombreux Européens, ce genre de mariage est impossible.

Je peux en témoigner. À l’occasion de conférences en Europe, notamment en France, je faisais état de ce que nous avions réalisé. Le public manifestait un profond scepticisme. Dans la plupart des esprits, le nationalisme, c’était les horreurs des deux guerres mondiales : le racisme, la xénophobie, le génocide et la guerre (c’est une formule que le président Mitterrand affectionnait : « le nationalisme, c’est la guerre »). Puisque notre exemple ne convainquait pas, j’évoquais aussi les nationalismes écossais, finlandais, néo-zélandais… Rien à faire.

En matière d’intégration et de relations entre majorité et minorités, l’interculturalisme relève du même esprit : une formule qui bouscule certains tabous, prône la solidarité, les rapprochements et les interactions entre cultures. En se fondant sur une quête d’équilibre, d’équité, de pragmatisme, elle s’applique à raccorder des impératifs concurrents tout en laissant une grande autonomie aux acteurs sociaux. Pourtant, aucun de nos gouvernements n’a voulu jusqu’ici mettre cette formule à l’essai alors qu’entre-temps, le multiculturalisme canadien gagne rapidement du terrain à Montréal (voir La métropole contre la nation ? de David Carpentier, 2022).

La lutte contre la discrimination appelle un effort de même nature : poursuivre en matière d’équité et de protection des droits les mêmes objectifs, les mêmes valeurs, mais en suivant nos voies. Cependant, il faudrait d’abord dégager le terrain de certains obstacles, notamment l’aversion de M. Legault pour la notion de racisme systémique, coupable apparemment de faire passer tous les Québécois pour des racistes, ce qui n’est évidemment pas le cas.

Si l’expression choque au point de freiner le combat contre le racisme, il n’y a qu’à la contourner. Parlons d’une forme spécifique de discrimination qu’on pourrait qualifier de banalisée, au sens que, souvent inconsciente, elle est incrustée dans les mentalités, les stéréotypes, les coutumes, les pratiques courantes, d’où découle une forme d’institutionnalisation de facto.

Rappelons-nous qu’autrefois, le dimanche était un jour de congé réservé au culte. Mais il s’agissait du culte chrétien, sans égard pour les autres. C’était aussi l’époque où les femmes étaient tenues pour faibles, émotives, inaptes à exercer diverses responsabilités. De nombreux Noirs et musulmans sont présentement soumis à un traitement analogue. Et tout récemment, nous avons appris de la bouche de nos gouvernants que les immigrants sont réfractaires à nos valeurs, rejettent le français, refusent de travailler et menacent la cohésion sociale… C’est sur de telles bases que se construit la discrimination banalisée.

Un autre obstacle réside dans une conception radicale du racisme systémique (ou banalisé). Ici, le danger est de provoquer dans la population des effets dissuasifs similaires aux excès du nouveau multiculturalisme. Il ne s’agit nullement de diluer la notion de racisme ou d’édulcorer les politiques destinées à le contrer. Il s’agit simplement de ne pas susciter des résistances pour de mauvaises raisons.

En somme, oui pour les valeurs EDI (équité, diversité, inclusion), bien sûr, et pour les objectifs de développement durable de l’ONU, mais modelés et appliqués à notre manière. Ce serait le bon moment pour une offensive gouvernementale dont la première étape consisterait à inventorier les réflexions et les propositions déjà mises en avant chez nous pour en extraire les prémisses d’un modèle québécois. Un exemple : agir contre la discrimination en aval, certes, mais plus encore en amont, comme l’a suggéré Patrick Moreau dans Le Devoir du 7 février.

C’est une tâche qui demandera un effort collectif, incluant celui des administrations universitaires dont certaines se font très conciliantes avec les diktats du multiculturalisme afin de conserver les subventions fédérales. La mise en garde adressée récemment par la ministre Pascale Déry dans Le Devoir du 17 janvier était donc bienvenue, tout comme l’objectif d’« équilibre » qu’elle préconise.

Source: La lutte contre la discrimination II – Pour une politique québécoise

Bouchard: L’interculturalisme, indifférent au social?

More Quebec diversity debates with the unfortunate mischaracterization of multiculturalism in opposition to interculturalism whereas in reality, the practical differences are nuanced (multiculturalism allows one to integrate into either French or English, interculturalism into French):

C’est un plaisir d’échanger avec un interlocuteur comme Marco Micone. Son engagement en faveur du Québec est bien connu, ses analyses sont toujours pertinentes et ses avis méritent attention. Dans son texte paru dans l’édition du Devoir des 23 et 24 octobre, il soulève à propos de l’interculturalisme une critique que d’autres ont déjà formulée, mais il le fait d’une façon particulièrement bien articulée.

Sa critique principale, c’est que l’interculturalisme québécois, tel que proposé, donnerait dans le culturalisme. Il accorderait donc une nette préséance aux facteurs culturels (et ethniques) aux dépens et même dans l’ignorance d’autres facteurs, principalement tout ce qui se rattache au social. C’est la première objection. Selon la deuxième, l’interculturalisme en viendrait ainsi à masquer la réalité concrète des hommes et des femmes dans leur vie quotidienne. Selon une troisième objection, il faudrait centrer l’attention non pas sur les différences, mais sur « l’humanité » que partagent ces hommes et ces femmes — « on ne peut pas parler de culture italienne, algérienne, haïtienne ou autre au Québec ».

En quatrième lieu, l’interculturalisme est accusé de proposer une conception abstraite et statique des cultures et de « ne pas tenir compte du contexte qui les détermine et les nourrit ». Enfin, les propositions et explications soumises par le modèle ne déborderaient pas la sphère culturelle.

Voici comment je réponds à ces cinq objections, à la lumière de la définition que j’ai déjà donnée de l’interculturalisme (notamment dans mon ouvrage de 2012).

En ce qui concerne la première critique, nous savons que depuis quelques décennies, au Québec comme dans plusieurs sociétés, le racisme se nourrit moins de traits physiques que de caractéristiques culturelles (les Noirs sont paresseux, les musulmans, fondamentalistes, les Mexicains, violents, etc.). On reconnaît là un fondement de diverses pratiques discriminatoires bien connues. Voilà un exemple où le culturel est intimement lié au social. Un autre exemple a trait au rapport majorité-minorité. Encore là, l’analyse culturelle révèle des systèmes de perceptions favorisant la domination et l’exclusion. Dans ce cas, l’interculturalisme invite à examiner une configuration démographique et le rapport de pouvoir inégal qui lui est associé.

Des modèles préétablis

À propos du deuxième argument, ce sont bien sûr les comportements des hommes et des femmes qui sont en définitive déterminants, ceux des membres de la société d’accueil comme ceux des immigrants. Mais les premiers seront incités à reproduire (souvent inconsciemment) les préconceptions que je viens d’évoquer alors que les seconds devront les confronter pour s’en défendre. La sociologie a bien établi que les individus inventent rarement leurs conduites. Ils obéissent ou réagissent le plus souvent à des modèles préétablis, des modèles relativement stables que les acteurs perpétuent par leurs comportements.

La troisième objection appelle une nuance importante. Encore une fois sur la base de nombreuses études, il paraît peu contestable que, parmi les populations immigrantes, il subsiste pendant longtemps assez d’éléments de la culture d’origine pour parler de différences ethnoculturelles. C’est justement parmi ces différences que se trouvent les traits servant de prétextes au racisme. Il importe donc d’y porter attention. En même temps, bien évidemment, on doit se garder de figer ces traits dans des carcans culturels dont l’immigrant n’arrive plus à se défaire — c’est l’une des principales critiques adressées au multiculturalisme. Ainsi, au gré des contacts, des échanges et des choix de chacun dans la vie quotidienne, une culture commune prend forme — une culture québécoise (c’est aussi ce que pense Marco Micone).

Quatrièmement, affirmer que l’interculturalisme propose une vision abstraite et statique des cultures, hors de leur contexte, c’est lui faire un faux procès. Je dirais même que ce type de préoccupation est au cœur du modèle. Sur ce point, j’aurais apprécié que l’auteur produise quelques références.

Cinquièmement, Marco Micone affirme que l’interculturalisme ne rend pas compte des disparités économiques et des affinités de classes. Il a raison, mais ce ne sont pas là ses objectifs propres. Il est par contre inexact d’affirmer qu’il s’en désintéresse. Certes, il ne prétend pas les expliquer, mais il en tient compte assurément, dans la mesure où ces réalités pèsent sur les possibilités et modalités de l’intégration et ses aléas.

Enfin, on aura compris que, dans mon esprit, l’interculturalisme ne prétend nullement « expliquer le sort et le comportement des individus par la culture, au mépris des déterminants sociaux ». Je soutiens cependant qu’il existe une composante culturelle inhérente aux performances scolaires, à la déviance et à la pauvreté (je reprends ici le texte de l’auteur), ce qui a été bien établi par une longue tradition de recherche. Il va de soi, par ailleurs, que la culture n’est qu’une composante parmi d’autres.

Pour toutes ces raisons, j’affirme que, si on veut comprendre le culturel, on ne peut éviter de porter attention au social. Et vice-versa.

Je remercie Marco Micone de m’avoir donné l’occasion d’apporter ces clarifications.

Source: L’interculturalisme, indifférent au social?

Bouchard: Le racisme, pourquoi systémique?

Good explainer for those in Quebec who continue to deny:

Nous connaissons bien le racismecomme source dediscrimination.Pourquoi ajouter à cela le qualificatif« systémique » ? En quoi est-ce utile ?

Voilà une question à laquelle plusieurs spécialistes ont essayé de répondre. Dans mon esprit (et peut-être dans celui d’autres personnes ?), un besoin de clarification subsiste. Dans son émission du 1er octobre dernier, le journaliste de Radio-Canada Sébastien Bovet l’a posée à quelques reprises, mais sans obtenir de réponse claire (toujours à mon avis). Je m’y essaie donc à mon tour.

Le racisme est bien connu. C’est une vision négative de l’Autre qui prend prétexte de traits biologiques ou culturels pour violer ses droits. La façon de le traiter nous est familière : la victime porte plainte, le coupable est identifié et condamné.

Dans les cas de ce genre, les instances autorisées recourent aux moyens conventionnels en réprimant les manifestations individuelles, apparemment aléatoires, du racisme. Elles prennent aussi des dispositions ad hoc pour les prévenir (augmentation de la surveillance policière, tribunaux plus expéditifs, peines plus sévères…). Mais en réalité, elles agissent à la surface des choses. Car ces comportements discriminatoires récurrents découlent d’une structure sous-jacente, d’un système dont les racines sont anciennes et bien intégrées dans des institutions.

C’est clair quand on pense aux Autochtones : la mise en place, surtout depuis la Conquête anglaise, d’un régime colonial qui a établi des règles et des pratiques progressivement institutionnalisées dans différents domaines de la vie collective et perpétuées jusqu’à aujourd’hui — comme l’évoquait ici Brian Myles dans son éditorial des 2-3 octobre. C’est net aussi dans le cas des Noirs américains : un héritage du régime esclavagiste depuis longtemps disparu, mais qui a laissé bien des survivances.

Il y a donc deux niveaux à considérer, celui des comportements individuels et celui des structures. Cette distinction importe pour ce qui concerne la lutte contre le racisme. Dans le premier cas, on s’en tient à la surface des choses et la répression est sans cesse à recommencer ; elle est certes nécessaire, mais peu efficace à long terme. Dans le deuxième cas, on s’en prend à la racine du mal.

Pour combattre le racisme à ce niveau, il faut recourir à des moyens différents. Le racisme systémique s’appuie sur de vieux arrangements institutionnels (politiques, juridiques et autres). En plus, il se prolonge dans la culture, plus précisément dans des stéréotypes qui infériorisent. Il s’infiltre ainsi dans l’imaginaire collectif, ce bassin de conceptions, de visions premières, tenaces, profondément ancrées dans l’inconscient et donc difficiles à déloger.

Les stéréotypes jouent un rôle déterminant en justifiant la discrimination : les victimes sont décrites sous des traits peu enviables, elles sont vouées à la délinquance et à la dépendance. En somme, on leur attribue les traits que le régime lui-même a produits. On les rend responsables de leurs maux.

À cause des arrangements institutionnels et des images stéréotypées, leracisme systémique ne se laisse paséradiquer aisément. La façon de le combattre, c’est de s’attaquer à ses fondements structurels, en donnant à voir leur genèse, les étapes de leur institutionnalisation. Et de cette façon : a) mettre à nu l’arbitraire, l’inanité de leurs fondements, les injustices qui les ont inspirés, b) bousculer les stéréotypes, c) faire le procès des vieux arrangements institutionnels avec tous leurs tentacules.

Pour remplir son rôle essentiel, la reconstitution historique peut emprunter deux voies complémentaires : d’abord le travail indispensable des historiens, et surtout, les témoignages des victimes (les histoires de vie), tout cela devant être amplement répercuté principalement par le biais de l’éducation et des médias.

Il y a une quinzaine d’années, j’ai conduit de nombreuses entrevues au sein des communautés innues et j’y ai appris une leçon capitale. Entendre une victime des pensionnats raconter dans ses mots son expérience, pouvoir observer ses émotions, sa souffrance toujours bien vivante, se pénétrer de ce vécu tragique, tout cela est d’une éloquence, d’une « efficacité » inégalable. Et donne le goût d’en savoir plus — c’est ici que les historiens prennent le relais.

J’ai donné en exemple les pensionnats, je pourrais en évoquer bien d’autres. Je songe, entre autres, aux récits d’anciens chasseurs décrivant la façon dont ils ont été brutalement évincés de leurs territoires de chasse (et du genre de vie millénaire qui leur était associé) pour être placés dans des réserves sous la gestion autoritaire d’un fonctionnaire fédéral ordinairement ignorant et insouciant des réalités autochtones.

Le premier ministre a raison d’affirmer que l’existence du racisme systémique ne signifie pas que les Québécois soient racistes. Mais il faut ajouter un élément : cette forme de racisme étant par définition inconsciente, insidieuse, il peut nous arriver néanmoins de contribuer à en perpétuer la structure dans notre vie quotidienne par des mots qu’on emploie, une opinion qu’on exprime, un geste que nous posons — ou que nous ne posons pas.

En ce sens, une prise de conscience s’impose à laquelle tout le monde est convié. Mais donnons d’abord la parole aux Autochtones ; ils ont beaucoup à nous dire.

Historien, sociologue, écrivain, Gérard Bouchard enseigne à l’Université du Québec à Chicoutimi dans les programmes d’histoire, de sociologie/anthropologie, de science politique et de coopération internationale. Il est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les imaginaires collectifs.

Source: Le racisme, pourquoi systémique?