Soucy: Cohérence médicale pour les migrantes enceintes

Soucy makes a valuable distinction between birth tourists and vulnerable and precarious migrant women, some 2,000 according to RAMQ. Will be interesting to see whether Quebec provides a waiver to the non-resident medical surcharge or not:

Les enfants ne naissent pas d’une fleur : la santé de la mère est intimement liée à celle de l’enfant. La jolie formule utilisée par Médecins du monde résume bien l’incohérence de refuser aux mères ce qu’on a bien voulu accorder à leurs petits à venir, soit une couverture de santé bétonnée par un accès sans condition (sinon celle d’être présents sur le territoire plus de six mois) aux régimes d’assurance maladie et d’assurance médicaments, peu importe leur lieu de naissance ou le statut migratoire de leurs parents.

Il n’est pas inutile de rappeler que le projet de loi 83, qui a permis cette avancée, a été adopté à l’unanimité à l’Assemblée nationale en juin 2021. Guidés par des objectifs « d’équité et de solidarité », les partis n’avaient alors pas manqué de réclamer la même chose pour les mères en devenir. Il est bien documenté que l’absence de suivi de grossesse vient avec des risques accrus notamment de fausse couche et de césarienne, mais aussi de prématurité, de détresse foetale et de petits poids chez les nouveau-nés.

Outre leurs effets délétères sur les humains concernés, ces éléments pèsent lourd sur notre système de santé engorgé, en plus de nous coûter collectivement plus cher à long terme. Sensible à tous ces arguments tant éthiques et sanitaires qu’économiques, le ministre de la Santé, Christian Dubé, avait immédiatement mandaté la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) afin qu’elle évalue les options qui s’offrent pour combler cette brèche.

Déposé en juin dernier, son rapport présente quatre solutions, dont le statu quo, qui va contre la volonté parlementaire. Au vu et au su des cas déchirants rapportés par les médias ces derniers mois, et dont le nombre grandit à vue d’oeil, il est clair que cette option n’en est pas une. Au Québec, un accouchement sans complications après un suivi de grossesse normal aura coûté entre un peu moins de 10 000 $ et jusqu’à près de 20 000 $ à qui n’a pas d’assurance maladie. Pour nombre de femmes enceintes à statut précaire, une facture de cette ampleur agit non seulement comme un frein, mais aussi comme un accélérateur de paupérisation terrible.

Ceux qui agitent l’épouvantail du tourisme médical dans ce dossier n’ont pas complètement tort. Ce phénomène existe bel et bien au Canada, nourri notamment par ce qu’on pourrait appeler une double citoyenneté de complaisance. Le Québec n’y échappe pas, lui qui a un fructueux historique en matière de tourisme obstétrique, rappelle la RAMQ. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit ici.

Ce dont il est question, c’est d’une couverture d’assurance maladie pour les soins de santé sexuelle et reproductive accessible à toutes les femmes qui vivent au Québec (et non pas celles qui y transitent pour en soutirer le meilleur avant de repartir avec leur petit bonheur sous le bras), indépendamment de leur statut migratoire. Plusieurs pays offrent déjà ce genre de formules, comme la France, la Belgique, l’Allemagne et même quelques États du voisin américain, pourtant peu réputé pour sa générosité en matière de soins de santé.

Le Québec peut en faire autant pour les quelque 2000 femmes concernées par année, selon l’évaluation de la RAMQ. Celle-ci a retenu trois formules qui pourraient avoir des bienfaits notables dans la trajectoire de ces femmes et de leurs enfants à naître. Cela va de l’élimination de la surcharge de 200 % des coûts engagés imposée actuellement à la gratuité pour toutes, en passant par la gratuité pour les femmes migrantes qui répondent à des critères de vulnérabilité (comme la pauvreté et la sous-scolarisation).

Le ministre Dubé dit attendre les conclusions du groupe de travail censé soupeser ces options et en évaluer la faisabilité pour trancher. L’affaire n’est pas simple : il faudra être équitable tout en empêchant tous les abus possibles afin de garder une saine gestion du régime. Souhaitons, surtout, qu’il ne tarde pas.

À force de se déchirer sur le chemin Roxham, on a fini par perdre de vue une valeur cardinale chère aux Québécois, celle de prendre soin de notre monde. Indépendamment du nombre d’immigrants que le Québec veut ou peut accueillir — et qu’il faudra bien définir un jour —, des femmes sans statut vivent leur grossesse ici, maintenant. C’est fâcheux, mais une grossesse ne se met pas sur la glace.

Source: Cohérence médicale pour les migrantes enceintes

Nadeau: Les ballons de l’immigration

A reminder from Quebec service provider organizations that the provincial government has failed to act in terms of settlement services and in its public messaging blaming the federal government:

Cela fait plus d’une semaine, mais Mary Claire ne décolère pas. « Lorsque je vais m’être calmée, je vais appeler Denis. Je vais l’appeler, certain ! » Denis qui ? Trudel. Le député du coin, élu sous la bannière du Bloc québécois.

« Quand j’ai vu la publicité du Bloc, qui dit que c’est comme un “tout-inclus” pour les immigrants au Québec maintenant, j’avais envie de leur dire de commencer par venir voir c’est quoi, les conditions réelles de ces gens-là, avant de dire n’importe quoi ! C’est pas un “tout-inclus” pantoute ! Ça n’a pas d’allure de dire ça ! »

Sur la Rive-Sud dans la région de Montréal, Mary Claire Macleod dirige L’Entraide chez nous. Aucune demi-coquille de noix de coco, remplie à ras bord de piña colada, ne traîne dans ses locaux. À midi, une poignée de bénévoles et de permanents mangent leurs sandwiches. Ils attendent qu’arrive, sur le coup de 13 h, un lot de nécessiteux, comme on disait autrefois.

L’Entraide chez nous est installé dans le sous-sol d’une église plantée au milieu d’un quartier défavorisé, comme on dit aujourd’hui pour éviter d’être confronté au sens des mots pauvreté et inégalité. L’organisme a été fondé en 1970 par Mme Robidoux. Elle avait accouché de vingt-trois enfants, Mme Robidoux. Vingt-trois. Elle éprouvait la fragilité de son milieu. Un milieu laissé à lui-même, avec pour seule promesse d’avenir son lot de misères. C’était à l’heure où Robert Bourassa, nouveau premier ministre, se gargarisait de projets de béton et d’acier, au nom d’une modernité dont le monde d’en bas était exclu d’emblée. Bourassa est passé. La misère du quartier est restée.

Yvane Fournier et Diane Roberge distribuent du pain, des fruits, des légumes, de la viande congelée. Ça fait trente ans qu’elles travaillent là. « C’est pire que jamais », dit Yvane.

Ces bénévoles gardent leur téléphone portable à portée de main. Ils l’utilisent à tout moment pour traduire, en espagnol, quelques mots de français. « Le plus dur est de voir des hommes à mon bureau se mettre à pleurer. Ce sont eux qui craquent le plus, on dirait. Ils sont à bout », dit Mary Claire Macleod d’un air dépité.

« Les familles de nouveaux arrivants se retrouvent à devoir vivre les unes avec les autres », explique Lydie, une des responsables de l’accueil. Elle me parle de six adultes, forcés de vivre dans un 5 ½, avec une dizaine d’enfants. « Ils n’ont même pas de matelas pour tout le monde. »

Pour obtenir de quoi manger, il faut présenter sa carte. Les habitués de L’Entraide, avant, l’appelaient « la carte pain ». Cela dit bien le degré de précarité dont témoigne ce bout de carton plastifié.

« Avant, on offrait environ mille services de dépannage par an. Là, en moins de six mois, on en a déjà offert plus que ça », expose Mary Claire. Ce n’est pourtant pas la première fois que la situation est difficile. En 2001, après les attentats aux États-Unis, il y avait eu un afflux de demandes, se souvient-elle. En 2008 aussi, avec la crise financière. Et de nouveau en 2010, avec le tremblement de terre en Haïti. En 2017, pour aider les demandeurs d’asile, le Stade olympique avait été réquisitionné. Mais là, le soutien venu d’en haut fait défaut. Les organismes d’aide sont laissés à eux-mêmes. « En plus, la boîte de tomates coupées en dés que je payais 99 ¢ coûte maintenant le double. »

Pour Eva Gracia-Turgeon, coordonnatrice de Foyer du monde, un centre d’hébergement pour familles demandeuses d’asile, le gouvernement de la CAQ réussit un exploit en matière de communication politique. « La CAQ projette l’illusion que cette situation chaotique dépend entièrement du gouvernement fédéral. Beaucoup de gens achètent ça. Pourtant, c’est faux ! En fait, il faut savoir que, depuis la réouverture des frontières après la pandémie, le provincial n’a pas revu les services. Si ça va mal, c’est beaucoup par sa faute. C’est un gros shitshow. »

En principe, les demandeurs d’asile sont pris en charge par les services québécois du PRAIDA, un programme provincial remboursé par Ottawa. Ses assises remontent à 1956. En 2021, le bel édifice historique qu’occupaient les bureaux du PRAIDA, rue Saint-Denis, a été vidé. N’aurait-il pas pu servir encore, en ces temps où tout déborde ?

Durant la pandémie, le nombre de places d’hébergements du PRAIDA a été réduit, en raison de la fermeture temporaire des frontières. Les places n’ont pourtant pas augmenté depuis, même si tout est redevenu comme avant. Des dix sites d’hébergement, il n’en reste plus que deux, soit 1150 places au total. Ce qui est largement insuffisant. Des hôtels, que le fédéral utilisait pour des quarantaines, sont désormais réquisitionnés pour héberger les migrants, dans des conditions qui laissent beaucoup à désirer. On est loin de Playa del Carmen. « C’est le fédéral qui ramasse les pots cassés, parce que l’administration du PRAIDA ne relève pas de lui », explique Eva Gracia-Turgeon.

« Ça arrange Québec de ne pas bouger », dit Eva. « Ça donne l’impression que, par la seule faute d’Ottawa, nous n’avons pas la capacité de nous occuper de ces gens. Ce n’est pas vrai ! Si ça ne fonctionne pas en ce moment, c’est beaucoup parce que le gouvernement du Québec ne fait rien, qu’il laisse les groupes communautaires s’arranger tout seul, qu’il s’en lave les mains, tout en accusant le fédéral. » Personne ne penserait pour autant donner une médaille du mérite au fédéral.

Pendant ce temps, nos bretteurs aux épées de fer-blanc, ceux qui tiennent des propos incendiaires à propos des immigrants, ont trouvé là des cibles commodes et faciles. Hormis un temps d’arrêt pour considérer quelques ballons chinois, toute leur attention est pointée vers ces boucs émissaires, au nom d’une rhétorique identitaire. Au point de détourner l’attention publique de problèmes pourtant importants. C’est à se demander si nos vaillants tigres de papier, obnubilés par ce seul sujet, ne trouveraient pas le moyen de nous gonfler d’autres ballons si les migrants n’existaient pas. D’ailleurs, n’est-ce pas un peu ce qu’ils font déjà, en nous en parlant tout le temps ?

Source: Nadeau: Les ballons de l’immigration

Yakabuski: Déplacer le problème

Good analysis of the issues and the problem for the government, particularly should the Supreme Court rule against the STCA. Potential for a comparable impact to the 1985 Singh decision which required the government to provide due process to anyone who arrived on Canadian soil:

La ministre de l’Immigration du Québec, Christine Fréchette, s’est dite heureuse d’apprendre que les autorités fédérales avaient transféré vers l’Ontario la presque totalité des quelque 500 demandeurs d’asile arrivés par le chemin Roxham en fin de semaine dernière. Selon Mme Fréchette, voilà bien la preuve que le gouvernement du Québec « peut avoir des résultats » en exprimant sans cesse son mécontentement face à l’inaction d’Ottawa devant le flux grandissant de migrants irréguliers qui passent par le chemin Roxham depuis sa réouverture, en novembre 2021.

La ministre Fréchette a imploré le gouvernement fédéral de continuer d’envoyer ailleurs au Canada plus des trois quarts des demandeurs d’asile qui traversent ce poste frontalier non officiel pour ne laisser au Québec qu’une proportion de migrants équivalente à son poids démographique au sein de la fédération canadienne. « On espère que ça va se maintenir dans le temps, et que ça va être la nouvelle approche de gestion de la frontière », a-t-elle ajouté.

Toutefois, le bonheur des uns fait parfois le malheur des autres. Dans la région de Niagara, dans le sud de l’Ontario, l’arrivée des migrants en provenance du chemin Roxham suscite de vives inquiétudes chez les autorités municipales et les organismes de bienfaisance. Cette région est dotée d’un plus grand nombre de chambres d’hôtel que la moyenne en raison de sa vocation touristique, active surtout en été. Alors, il n’est pas surprenant qu’Ottawa l’ait choisie comme destination pour les migrants que le Québec dit ne plus avoir la capacité d’accueillir.

Or, alors que le gouvernement s’apprêterait à louer environ 2000 chambres d’hôtel afin d’y loger temporairement les migrants dans le sud de l’Ontario, certains intervenants expriment des réserves sur la nouvelle stratégie d’Ottawa. « Sans préavis, sans préparation, cela nous met dans une position très difficile, a affirmé cette semaine le maire de Niagara Falls, Jim Diodati, dans une entrevue au St. Catharines Standard. Comment pouvons-nous gérer une situation comme celle-ci quand nous avons déjà une crise du logement et une crise d’accessibilité au logement ? Cela va absolument exacerber un problème déjà existant. » À quelques semaines du début de la saison touristique printanière, il a dit prévoir « un gros problème » à l’horizon.

En agissant de la sorte dans ce dossier, le gouvernement du premier ministre Justin Trudeau démontre de nouveau ses piètres capacités en matière de gestion de crise. Il est pris entre sa base progressiste, qui souhaiterait ouvrir les frontières canadiennes à tous ceux « qui fuient la persécution, la terreur et la guerre » — comme M. Trudeau avait lui-même promis de le faire en 2017 dans un gazouillis dorénavant entré dans l’histoire —, et les contradictions de ses propres politiques d’immigration.

Les véritables réfugiés se voient damer le pion par des passeurs qui exploitent la vulnérabilité des migrants fuyant des conditions de vie difficiles en Amérique latine ou en Afrique pour leur retirer le peu d’argent dont ils disposent. On a beau vouloir être généreux envers ces personnes, l’intégrité de notre système d’immigration en prend pour son rhume et le Canada consolide sa réputation de passoire dont profite quiconque veut s’en prévaloir.

Ottawa se trouve dépourvu d’arguments face à un gouvernement américain qui n’a aucun intérêt à accéder à sa demande de « moderniser » l’Entente sur les tiers pays sûrs (ETPS). Les quelque 40 000 demandeurs d’asile qui sont arrivés au Canada par le chemin Roxham en 2022 ne constituent qu’une goutte d’eau dans l’océan migratoire américain. Même des politiciens démocrates comme le maire de New York, Eric Adams, ne voient pas pourquoi ils devraient se priver d’utiliser cette « faille » dans l’ETPS pour pallier quelque peu leur propre crise migratoire. Avouons-le, leur crise est infiniment plus sérieuse que la nôtre.

Alors, quoi faire ? Le transfert des demandeurs d’asile du chemin Roxham vers les autres provinces permet peut-être au gouvernement fédéral de réduire la pression sur le Québec, mais il risque de créer des tensions ailleurs au pays. Il est aussi possible que les passeurs voient dans la démarche fédérale un geste qui facilite leur travail. La capacité d’accueil du Québec atteint peut-être ses limites, mais le transfert par Ottawa des demandeurs d’asile vers l’Ontario crée plus de possibilités pour les profiteurs du système.

Espérons que le gouvernement Trudeau se dotera d’un plan B au cas où la Cour suprême invaliderait l’Entente sur les tiers pays sûrs. En 2020, la Cour fédérale avait trouvé que cette entente violait le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne garanti par la Charte canadienne des droits et libertés. La Cour d’appel fédérale avait par la suite infirmé cette décision.

Toutefois, la notion selon laquelle les États-Unis ne constituent pas un pays « sûr » pour les demandeurs d’asile jouit de l’appui de beaucoup d’adeptes au Canada. En cas d’invalidation de l’ETPS, le Canada devrait accueillir tous les demandeurs d’asile qui arrivent en provenance des États-Unis, même ceux qui passent par un poste frontalier officiel. Cela créerait un méchant dilemme pour M. Trudeau, au point de peut-être même le forcer à répudier le fameux gazouillis dont il semble encore si fier.

Source: Déplacer le problème

Ndiaye: Voici pourquoi il est difficile – et peu souhaitable – de « fermer » le chemin Roxham

We will see what the SCC rules. But not convinced that the shutting or Roxham Road would have a minimal impact on numbers. The reason why over 95% choose Roxham is because of its convenience, relatively low risk and accessibility. Some are likely to weigh the risks accordingly and thus results in fewer irregular arrivals:

« Fermer » le chemin Roxham a été invoqué à maintes reprises ces dernières semaines, tant par des chroniqueurs que des élus, créant même un imbroglio entre la ministre québécoise de l’Immigration, Christine Fréchette, et son propre gouvernement caquiste. En 2022, un record de 50 000 demandeurs d’asile sont passés par le désormais célèbre chemin, qui relie la Montérégie et l’État de New York.

Ces demandeurs d’asile évitent les postes-frontières officiels entre le Canada et les États-Unis en raison de l’entente sur les tiers pays sûrs, signée en 2002 et entrée en vigueur en 2004. En vertu de cette entente, « les personnes qui entrent au Canada à un point d’entrée terrestre ne sont toujours pas admissibles à présenter une demande de statut de réfugié, et seront renvoyées aux États-Unis à moins qu’elles ne satisfassent à l’une des exceptions prévues dans l’Entente ».

Il y a en effet peu de chances qu’un demandeur d’asile puisse invoquer des persécutions aux États-Unis, un pays considéré comme « sûr ». De fait, sur les 62 113 demandes encore en instance devant la CISR en septembre 2022, seulement 274 considéraient les États-Unis comme pays de persécution.

La question qui se pose est la suivante : est-ce que l’entente sur les tiers pays sûrs pourrait être appliquée tout au long des 8 891 km qui nous séparent des États-Unis, afin de limiter le passage de ces demandeurs d’asile empruntant le chemin Roxham et d’autres chemins alternatifs ?

Du point de vue opérationnel, la réponse est non. Pas plus que le Québec ne peut fermer le chemin Roxham, car c’est le gouvernement fédéral qui a la compétence pour gérer les frontières canadiennes.

Par ailleurs, le Canada est soumis à des obligations résultant de la Charte canadienne des droits et libertés : il ne peut renvoyer les demandeurs d’asile vers un pays où il existe un risque de torture. En vertu du droit international, le Canada a aussi ratifié la Convention relative au statut des réfugiés et la convention contre la torture, qui implique ce principe de non-refoulement à toute personne risquant la torture, des traitements inhumains ou dégradants.

Professeure de droit des migrations à l’UQÀM, je suis directrice de l’Observatoire sur les migrations internationales, les réfugiés, les apatrides et l’asile (OMIRAS). Je propose ici un survol de ce que disent les lois internationales sur l’accueil de réfugiés.

Devant la Cour suprême

La saga judiciaire pour invalider l’entente sur les tiers pays sûrs a débuté en 2007 devant la Cour fédérale, ensuite devant la Cour d’appel fédérale, et s’est finalisée en 2009 par un rejet de la Cour suprême.

Depuis 2020, avec l’arrivée de dizaines de milliers de demandeurs arrivant des États-Unis par des points d’entrée non officiels, une nouvelle demande a été introduite par Amnistie internationale, le Conseil canadien des Églises, le Conseil canadien pour les réfugiés et des demandeurs d’asile afin de faire invalider l’entente. À la suite de plusieurs aller-retour devant la justice, une demande d’autorisation d’appel a été introduite. Le 16 décembre 2022, la Cour suprême a accepté de recevoir la cause et de réviser l’entente. Il faudra donc attendre la décision de la plus haute juridiction canadienne sur la validité ou non de l’entente

Un droit garanti en droit international

Le Canada accueille un nombre infime des demandeurs d’asile dans le monde. Le HCR les estime à plus de 4,9 millions. À eux s’ajoutent les 25 millions de réfugiés et plusieurs autres millions de déplacés internes. La plupart vivent dans les pays limitrophes de leur pays d’origine, comme la Jordanie, la Turquie ou le Liban, au Moyen-Orient, la Colombie, en Amérique du Sud, ou l’Ouganda et le Kenya, en Afrique (continent qui accueille le plus grand nombre de réfugiés).

Ultimement, le Canada est obligé de laisser les gens disant fuir des persécutions présenter leurs demandes d’asile, un droit garanti par l’ONU. Toutes ces demandes d’asile doivent être jugées recevables avant d’être transmises à la Section de protection des réfugiés, compétente pour examiner les demandes de protection internationale au Canada. Si les demandes remplissent les critères, les personnes seront reconnues comme des réfugiées au Canada.

Migrants irréguliers et demandeurs d’asile

Il y a présentement un amalgame entre migrations irrégulières et accueil des demandeurs d’asile. Pour ces derniers, l’entente sur les tiers pays sûrs leur permet d’arriver au Canada à travers le chemin Roxham (à leurs risques et périls). L’invalidation de l’entente permettrait aux personnes disant fuir des persécutions de présenter leur demande d’asile en toute sécurité au Canada, quel que soit leur lieu d’arrivée. Notons que des organisations de défense des migrants, dont Amnistie internationale, relatent des pratiques qui enfreignent les droits humains des demandeurs d’asile aux États-Unis.

Pour les migrations irrégulières, le Canada dispose d’un Programme d’aide mondiale aux migrants irréguliers (PAMMI) et des dispositions législatives pour éradiquer l’immigration irrégulière. Le Québec devra continuer la collaboration avec le gouvernement fédéral afin de lutter efficacement contre les migrations irrégulières notamment en ciblant les causes réelles de ces déplacements (inégalités économiques, changements climatiques, conflits et violences dans le monde).

D’autres chemins ouvriront

Le chemin Roxham présente des enjeux complexes. Mais il faut le situer dans son contexte mondial, avec la présence de plus de 100 millions de personnes en exil dans le monde.

Devant l’afflux de plus en plus de réfugiés, plus de 68 % des Québécois souhaitent la fermeture du chemin Roxham. Les pressions sur le système se font grandissantes. Il en coûte 20 millions de plus par mois à Québec en prestation d’aide sociale, notamment en raison du fait que le Québec accueille 64 % de ces demandes d’asile au Canada et que le Canada tarde à délivrer des permis de travail.

Malgré cela, il n’est pas pertinent de fermer le chemin Roxham, car d’autres points d’entrée le remplaceront, exposant les demandeurs d’asile à davantage de risques et de dangers. L’exemple de l’Union européenne est révélateur : dès qu’une route se ferme, d’autres encore plus dangereuses s’ouvrent et le nombre de personnes décédées ou disparues grimpent. À cela s’ajoutent les multiples violations des droits humains dont font l’objet ces millions d’hommes, de femmes et d’enfants fuyant les guerres et les persécutions.

Source: Voici pourquoi il est difficile – et peu souhaitable – de « fermer » le chemin Roxham

ICYMI Globe Editorial: There’s a growing crisis at Roxham Road, and Ottawa doesn’t have a plan to fix it

Valid critique:

Is Canada in the midst of a border crisis? It’s hard to tell. Prior to the outbreak of the COVID-19 pandemic in 2020, however, there was no doubt about it.

In 2017, a dramatic surge in the number of people entering Canada illegally on an uncontrolled rural road running across the border between Quebec and New York State was the hot story of the summer.

Source: There’s a growing crisis at Roxham Road, and Ottawa doesn’t have a plan to fix it

ICYMI: Quebec ups funding for asylum groups as New York issues free bus rides to border

Of note:

Quebec is increasing its funding to community groups that help refugee claimants as the province grapples with a sharp increase of people coming through the unofficial border crossing at Roxham Road, south of Montreal.

The announcement came on the same day the mayor of New York revealed that his administration helps provide bus tickets to migrants looking to leave the city, including those travelling north to claim asylum in Canada.

Quebec’s Immigration Minister Christine Fréchette said she was “surprised” by the story and that it highlights the need for Ottawa to solve the problem at Roxham Road, used by tens of thousands of people last year.

She and the Minister of Social Solidarity and Community Action, Chantal Rouleau, announced $3.5-million in funding for dozens of groups helping to provide shelter, food and clothing to newcomers. They were responding to a recent call for help from community organizations.

“Right now, in Quebec, the resources devoted to immigrants and to the most vulnerable people are stretched to the limit,” Ms. Fréchette said. “Obviously the large number of people entering Quebec through Roxham Road is contributing to this overload.”

Roughly 60,000 asylum seekers arrived in Quebec last year, double the annual number from before the pandemic, the minister added, calling it an “unprecedented situation.”

New York Mayor Eric Adams told Fox 5 Monday morning that his administration helps in the “reticketing process” for people who arrive in the city but want to go elsewhere.

He told the news station that the city does not push or force people to leave but some express a desire to move on to other places, including Canada.

His comments come after the New York Post reported that some migrants in New York City are being given free tickets to Plattsburgh, N.Y., from where they travel about half an hour by shuttle or taxi to cross into Quebec at Roxham Road.

An official with Mr. Adams’s office said the city doesn’t treat requests for bus tickets to Plattsburgh any differently than those for other American cities.

In October, 2022, Mr. Adams declared a state of emergency as the number of people in New York City’s overwhelmed homeless shelters soared amid the influx of thousands of migrants from Latin America.

Federal opposition parties in Canada have repeatedly called for a review of the Safe Third Country Agreement with the U.S. – a long-standing pact that requires border agents from each country to turn away asylum seekers from the other if they present themselves at official land border crossings – but anxiety about the situation has been sharpest in Quebec.

The RCMP intercepted 34,478 asylum seekers who did not use official ports of entry to enter Quebec between January and November of 2022, according to Immigration, Refugees and Citizenship Canada data, compared with just 316 in the rest of the country.

The opposition Parti Québécois put forward a motion in the province’s National Assembly last week calling on the government to shut down Roxham Road with police help if necessary.

Source: Quebec ups funding for asylum groups as New York issues free bus rides to border

Nadeau: Ouvrir le chemin Roxham

Of note, different from most Quebec commentary. And telling critique of those who adopt positions to increase reader and view ship (click bait):

Qu’est-ce qui rend nos idées acceptables ? Il est toujours plus facile d’adhérer à ce qui nous est familier. Aussi nos idées sont-elles souvent enracinées dans la pauvreté de simples réflexes. Nous reproduisons, dans le présent, des idées conventionnelles héritées du passé, sans songer à les actualiser. Nous portons, ce faisant, les oeillères de nos pères et de nos mères.

Rien d’étonnant à ce que les idées conventionnelles aient la cote. Dans les grands médias, cela se voit, cela s’entend. À la télévision en particulier, devant des animateurs qui se posent, pour la forme, en arbitre du temps de parole, des intervenants répètent sensiblement tous la même chose. Plongé dans ces lieux formatés et huilés pour être glissés entre deux publicités, l’auditeur peut-il en tirer quelque chose de neuf ?

Il y a bien des raisons pour expliquer cette uniformité chez ceux qui font métier de leur image en nous montrant avant tout leurs beaux habits et leurs habitudes. À commencer par le fait qu’il est toujours plus facile de faire passer une idée qui a mille fois été rabâchée que de se mettre à disserter de nouvelles dans un espace réduit. Quand il est répété en boucle, même sur le ton de l’indignation, le banal n’a guère besoin d’être expliqué. Le prédigéré — le préjugé, si vous voulez — est ainsi plus facilement assimilé que n’importe laquelle autre nourriture intellectuelle télévisée.

En matière d’idées, voilà pourquoi le conservatisme a toujours, du moins en apparence, une longueur d’avance. Pourtant, la postérité est cruelle avec de telles idées, à mesure que le présent fait irrésistiblement en sorte d’en miner les fondements. Jusqu’au jour où tout le monde admet que de tels jugements sont dépassés.

Il est encore difficile de parler d’immigration aujourd’hui sans que la discussion soit infléchie par des idées anciennes.

Autrefois, à l’ère du protectionnisme et d’un nationalisme frileux, le refus de l’immigration pouvait se comprendre en partie. Mais au jour où presque tous nos biens de consommation sont fabriqués à l’étranger, au nom du libre marché, en vertu de quoi faudrait-il repousser l’entrée chez nous de cette part d’humanité vers laquelle nous avons délocalisé nos industries autant que nos ennuis ?

L’hémisphère Nord accapare de plus en plus les richesses de la planète, à une vitesse jamais vue. Mais nous ne voulons pas voir apparaître chez nous les conséquences de problèmes que nous avons contribué à ériger ailleurs. Peut-on sincèrement en vouloir à une partie de l’humanité de vouloir prendre ses jambes à son cou pour tenter de profiter d’une assiette au beurre que nous avons tirée de notre côté ?

Il est répété que les réfugiés doivent être rentables pour être acceptés. Qui plus est, ils devraient parler français. Au jour où mon ancêtre Nadeau est arrivé en Nouvelle-France, il parlait seulement, comme bien d’autres immigrants, un patois occitan. Du monde, il ne connaissait qu’une vieille voie romaine capable de le conduire jusque sur un rafiot voguant sur l’océan. Au Québec, moins de 3 % de la population — les Autochtones répartis en onze nations — ne sont pas le fruit de l’immigration.

Le français est important. Mais une langue, cela s’apprend. Encore faudrait-il commencer par se donner les moyens de la transmettre avec la culture qu’elle porte. Notre système scolaire apparaît aussi malade que notre système hospitalier. François Legault en est rendu à avaliser l’idée que des enseignants à peine formés peuvent tout de même enseigner. Les conséquences d’un manque de planification et de vision, nous en payons le gros prix devant l’avenir.

Le chemin Roxham, est-ce par là que nos idées prennent désormais la fuite quand il est question de repenser notre société ? Depuis des mois, tous les maux des Québécois — l’éducation, la santé, l’environnement, la pauvreté, l’inflation — semblent s’exorciser dès lors qu’est invoqué le chemin Roxham, comme si, d’ailleurs, il était le seul du genre. L’attention est sans cesse détournée de ce côté. Au point que le ministre Jean Boulet, collectionneur de grossièretés, a affirmé l’an passé que la fermeture de ce chemin éviterait le débordement d’un système de santé pourtant déjà surchargé depuis des années ! Le même avait laissé entendre qu’il existait un lien entre le chemin Roxham et la propagation du variant Omicron… Mieux valait compter sur des robots, disait-il aussi, que sur des immigrants pour résorber la pénurie de main-d’oeuvre !

Bien des commentateurs obsédés par l’immigration ont des allures d’agitateurs à force de chercher à tout prix à créer les conditions favorables à la croissance de leur nombre d’auditeurs et d’électeurs plutôt qu’à éclairer le débat public. Selon de vieux clichés, l’immigrant serait une menace et un danger, lorsqu’il n’est pas réduit à une simple marchandise. Au nom d’une vision étriquée de l’identité nationale, faut-il pourchasser et traquer ces gens comme des vaches, pour les enfermer, les terroriser, les maltraiter et les traire, au seul prétexte qu’ils viennent d’ailleurs ?

Le nombre de personnes qui migrent désormais au pays de façon temporaire, que ce soit pour labourer nos terres, assurer les récoltes ou soigner nos aînés, a été multiplié par trois. Pareilles portes tournantes, par lesquelles des personnes sont exploitées puis expulsées, est-ce là un meilleur gage d’humanité ?

Une immigration planifiée à gros prix par la firme McKinsey, au nom des puissances de la finance, puis avalisée par un béni-oui-oui d’une morale sans esprit à la Justin Trudeau, cela n’a évidemment pas de quoi rassurer qui que ce soit. Mais on ne peut pas jeter pour autant des gens comme des kleenex, sachant ce qu’est la faim, le froid, la misère, l’insécurité, la peur. Les problèmes majeurs qui pèsent sur notre monde ne tiennent pas à l’immigration, mais à ses causes. C’est à elles qu’il faut s’attaquer.

Il n’existe pas de meilleur des mondes. Mais un monde meilleur est possible. Encore faudrait-il, pour commencer à en envisager les termes, accepter de retirer nos oeillères des temps passés

Source: Ouvrir le chemin Roxham

Le Bloc québécois dénonce un «manque d’humanisme» chez Immigration Canada

More criticism from a less frequent source:

« Manque d’empathie et d’humanisme », « structure dysfonctionnelle » : le porte-parole en matière d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté du Bloc québécois, Alexis Brunelle-Duceppe, ne mâche pas ses mots en parlant d’Immigration Canada, en entrevue avec Le Devoir.

Le Bloc québécois tient samedi un point de presse à l’aéroport Pierre-Elliot Trudeau afin de souligner l’arrivée au pays de Rose Eva, une Camerounaise expulsée du territoire en 2020. La jeune femme avait obtenu un permis d’étude pour compléter une technique en informatique à l’Institut Teccart.

Elle avait obtenu son diplôme précocement grâce à ses bons résultats, et avait ensuite continué à travailler dans une boutique de vêtements, où elle avait été embauchée pendant ses études.

Le visa que détenait Mme Eva lui interdisait cependant de travailler une fois son diplôme obtenu, ce qu’elle ignorait. Le ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté du Canada l’avait donc renvoyée au Cameroun, en janvier 2020.

« Aujourd’hui, elle revient avec une résidence permanente et on en est bien heureux », se réjouit Rhéal Éloi Fortin, député bloquiste de Rivière-du-Nord, la circonscription dans laquelle résidait la jeune femme. « Mais c’est une situation que je déplore pour l’ensemble de la société québécoise et canadienne : on avait une immigrante qualifiée et intégrée, et on l’a retournée chez elle. »

Dans un communiqué, le Bloc indique que le bureau de circonscription de M. Fortin a aidé Mme Eva dans ses démarches administratives « depuis son exclusion en janvier 2020 jusqu’à son retour. »

Mme Eva devait initialement arriver à Montréal vers 11 heures du matin, mais elle aurait été « retenue à Toronto » et aurait manqué son vol, indique le Bloc québécois. Elle est finalement arrivée vers 15 heures à Dorval.

Un ministère « dysfonctionnel »

Pour le député de Lac-Saint-Jean, Alexis Brunelle-Duceppe, cette situation est symptomatique d’un « manque d’empathie et d’humanisme » chez Immigration Canada. « S’il y a bien un ministère qui se doit d’être humain et empathique, c’est celui-là, insiste-t-il. Les dossiers qu’on gère, c’est pas des statistiques, c’est des vraies personnes. »

Il invoque le cas de Rose Eva pour illustrer son propos. « Ils l’ont détenue, ont pris son téléphone, l’ont mise dans une pièce fermée. C’est bouleversant, […] c’est extrêmement humiliant. » Pour lui, le constat est clair : « Ce ministère est dysfonctionnel. »

Cet automne, le gouvernement a allégé certaines restrictions inhérentes au visa d’études. Certains étudiants peuvent désormais travailler plus de 20 heures par semaine, ce qui était auparavant interdit. Le Bloc québécois demande maintenant au gouvernement de lever le règlement qui a coûté son visa à Rose Eva, c’est-à-dire l’interdiction de travailler une fois le diplôme complété.

Le chemin Roxham, un sujet chaud

Questionné sur un sujet chaud de l’heure, le chemin Roxham, M. Brunelle-Duceppe n’a pas voulu se positionner en faveur ou non de sa fermeture. « Nous, on demande au gouvernement depuis 2019 de suspendre l’entente sur les tiers pays sûrs », a-t-il martelé.

Cette entente stipule qu’un migrant qui met d’abord le pied en territoire américain doit obligatoirement faire sa demande d’asile en sol américain, et vice-versa s’il est d’abord arrivé au Canada. Voilà pourquoi plusieurs migrants préfèrent arriver au Canada en empruntant le chemin Roxham, un passage non officiel où ils ne se feront pas contrôler par les agents frontaliers.

« Si on suspend cette entente, les migrants pourraient faire leur demande aux postes frontaliers de l’ensemble de la frontière canadienne, ce qui enlèverait la pression sur le Québec », croit M. Brunelle-Duceppe.

Il souligne que le gouvernement canadien aurait le pouvoir de suspendre l’entente sur les tiers pays sûrs pour une durée minimale de trois mois et ce, sans l’accord du gouvernement américain. « Un moment donné, il va falloir mettre ses culottes, assène-t-il. Mais le gouvernement canadien a peut-être peur de froisser les Américains. »

Rappelons que le 4 janvier dernier, le migrant haïtien Fritznel Richard avait été retrouvé mort à proximité du chemin Roxham, alors qu’il tentait de rejoindre les États-Unis.

Source: Le Bloc québécois dénonce un «manque d’humanisme» chez Immigration Canada

Lisée: Dire «basta!» à Roxham

More on Roxham. Current federal approach is looking rather lame:

Mettons les choses au clair. Si vous ou moi étions Haïtiens, Cubains, Guatémaltèques, entre plusieurs autres, nous remuerions ciel et terre, vendrions tous nos biens, nous endetterions jusqu’aux yeux pour arriver en territoire états-unien, prendre la route qui mène au chemin Roxham et tenter notre chance d’avoir, pour nous et nos enfants, une vie immensément meilleure au Canada.

Les informations circulent vite dans les milieux de l’immigration des pays du Sud. Il y a six ans ce mois-ci, Justin Trudeau a lancé son gazouillis annonçant « À ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera ». La version anglaise a récolté pas moins de 600 000 mentions « J’aime ».

Dans un premier temps, paniqué par l’afflux de demandes, Ottawa a annoncé que plus de 90 % de ces demandeurs finiraient par être renvoyés, car ne satisfaisant pas aux critères de l’asile. Plus récemment, un nouveau bilan faisait état de 50 % de refus. On sait cependant que des dizaines de milliers de personnes disparaissent dans la nature et préfèrent vivre sans papiers au Québec et au Canada plutôt que d’être reconduites dans leur pays d’origine. Vous et moi ferions pareil. D’autant qu’Ottawa prévoit régulariser sous peu la situation d’un demi-million d’entre elles.

Voyez, vos (nos) chances de succès sont passées de 10 % à 50 % à potentiellement 100 %. Venir au chemin Roxham, c’est le bon choix.

La société d’accueil doit poser ses conditions au point d’entrée. Elles doivent être précises, compréhensibles, prévisibles. Le contrat social entre nous et les futurs membres de notre société s’incarne là, dans la décision du migrant d’accepter ces conditions. Une fois ce pas franchi, notre attitude doit être d’une totale ouverture.

C’est pourquoi, ministre, j’ai appuyé les milliers de réfugiés du tremblement de terre haïtien qu’Ottawa menaçait d’expulser ; chef du PQ, j’ai dénoncé pendant la campagne de 2018 l’absurde projet de la Coalition avenir Québec (CAQ) de faire reconduire à la frontière les immigrants qui, trois ans après leur arrivée, échoueraient à des tests de valeurs ou de français ; commentateur, j’ai réclamé que tous les réfugiés et demandeurs d’asile ayant soutenu la santé et l’économie québécoises pendant la pandémie, sans exception, se voient accorder un certificat de sélection du Québec, ce que la CAQ a honteusement refusé de faire.

J’ai aussi insisté pour qu’une connaissance du français au point d’entrée soit indispensable pour les immigrants en règle, mais que le niveau de français soit modulé en fonction de l’emploi visé. (Des exemples navrants de rigidité sont bien exposés dans le documentaire Essentiels, sur Télé-Québec.)

Le refus canadien d’agir

Que faire avec Roxham ? On sait exactement quoi, et depuis le début. Ottawa n’avait qu’à utiliser la clause qui suspend notre accord avec les États-Unis pour faire en sorte que tous les demandeurs d’asile se présentent à un poste-frontière régulier. S’il ne souhaitait pas froisser les Américains, il aurait suffi de modifier la loi fédérale sur l’immigration pour appliquer à Roxham les termes de l’entente. Par conséquent, immédiatement, les agents auraient pu y refuser sur-le-champ les demandes d’asile qu’ils jugeaient non fondées, donc la moitié.

On nous annonce que la renégociation de l’entente avec les États-Unis ne sera pas finalisée lors de la venue de Joe Biden en mars et qu’il faudra attendre que le Congrès américain adopte un changement législatif, ce qui est ces jours-ci aussi facile que d’apprendre la nage synchronisée à un essaim de mouches noires.

La nouvelle ministre de l’Immigration du Québec, Christine Fréchette, a dit « basta ! » (un vocable emprunté à l’italien qui veut dire « ça suffit ! »). Oui, mais comment cette injonction se traduira-t-elle dans les faits, lorsque le flot, passé de 16 000 en 2017 à 39 000 l’an dernier, atteindra 50 000 cette année, 60 000 l’an prochain ?

Les options

Je ne connais que deux options aptes à forcer la main d’Ottawa. Certains proposent d’envoyer la Sûreté du Québec. Elle ne pourrait pas bloquer la frontière, qui relève du fédéral, mais la route, de compétence québécoise, derrière les installations fédérales d’accueil. Ce qui signifierait que les agents fédéraux continueraient de recevoir les migrants, mais ne pourraient les faire sortir de leur enclave, forçant Ottawa à renvoyer les candidats vers Lacolle. Je suis opposé à cette hypothèse, angoissante pour les migrants et politiquement intenable, car — visualisez une barricade de policiers québécois bloquant l’accès à des fonctionnaires fédéraux — d’un coût réputationnel énorme.

L’autre solution est de réclamer d’Ottawa qu’il laisse au Québec sa juste part de ces réfugiés, soit 20 %, notre poids démocratique, et qu’il se charge de répartir les autres dans le reste du pays. Sinon, le Québec le fera pour lui. En fait, Ottawa a commencé à opérer ce déplacement l’an dernier, pour environ 10 % des demandeurs. Mais il le fait de façon aléatoire et franchement indélicate, débarquant chez des migrants sans prévenir pour les conduire en Ontario. Je propose que cette démarche soit transparente et prévisible.

Le Québec prendrait en charge dès leur arrivée les francophones et les personnes qui ont de la famille immédiate au Québec, donc ceux pour qui le succès d’intégration est le plus élevé, mais reconduirait quotidiennement les autres à Ottawa ou à un lieu qui nous serait indiqué. Le second contingent en importance est formé de Nigérians, des anglophones, qui trouveront dans le ROC de meilleures conditions d’intégration. S’il existe d’autres options réalistes, je suis tout ouïe.

Une exigence de lucidité

Cette solution ne tarirait pas le flot. Seules les mesures légales fédérales précitées permettraient de le réduire de moitié. Le Québec aurait à vue de nez recueilli l’an dernier 10 000 de ces demandeurs irréguliers, donc quatre fois moins. Ce nombre pourrait doubler en quelques années, mais, au moins, ce serait gérable.

Finalement, il y a la question de savoir si, en cas de suspension de l’entente canado-américaine par Ottawa, les candidats sachant que la moitié d’entre eux seront interdits d’entrée ne franchiront pas la frontière ailleurs. Un certain nombre, oui. Le mal est fait, les passeurs sont installés, ils ont intérêt à ce que ça dure. Cependant, le nombre serait considérablement réduit, car le risque serait beaucoup plus grand.

Je sais que des lecteurs estimeront qu’il ne faut pas évoquer ces hypothèses. Ils ont raison d’estimer que chacun de ces migrants a une histoire, un espoir, une valeur humaine irréductible. Mais puisque les frontières existent, il faut les gérer. Ce qui signifie dire parfois oui, parfois non. Et ces réponses ont, sur chaque migrant, des conséquences pour toute une vie.

La lucidité exige que ces questions soient posées, puisque Justin Trudeau refuse d’agir depuis six ans. J’estime que le Québec doit dire « basta ! » à l’intenable statu quo canadien à Roxham et prendre les moyens pour opérer un vrai changement. J’estime tout aussi essentiel qu’une fois parmi nous, chacune des personnes que nous accueillons obtienne immédiatement ce premier passeport pour la dignité qu’est le droit de travailler — et pour les travailleurs agricoles, qu’ils puissent changer d’employeur à leur gré. Qu’on leur offre ensuite une passerelle rapide vers un statut de résident permanent sans leur faire subir la tartufferie d’examiner leur demande d’asile, d’en refuser la moitié, de les pousser à la clandestinité, puis de les régulariser dans une amnistie.

Bref, soyons fermes et rigoureux au point d’entrée, et mettons tout en oeuvre, ensuite, pour que ceux qui nous choisissent et qu’on a choisis obtiennent le droit, et développent l’envie, de devenir pleinement Québécois.

Source: Dire «basta!» à Roxham

EU wants to send more migrants away as irregular arrivals grow

Of note:

European Union ministers on Thursday sought ways to curb irregular immigration and send more people away as arrivals rose from pandemic lows, reviving controversial ideas for border fences and asylum centres outside of Europe.

EU border agency Frontex reported some 330,000 unauthorised arrivals last year, the highest since 2016, with a sharp increase on the Western Balkans route.

“We have a huge increase of irregular arrivals of migrants,” Home Affairs Commissioner Ylva Johansson told talks among the 27 EU migration ministers. “We have a very low return rate and I can see we can make significant progress here.”

Denmark, the Netherlands and Latvia were among those to call for more pressure through visas and development aid towards the roughly 20 countries – including Iraq and Senegal – that the EU deems fail to cooperate on taking back their nationals who have no right to stay in Europe.Only about a fifth of such people are sent back, with insufficient resources and coordination on the EU side being another hurdle, according to the bloc’s executive.

The ministerial talks come ahead of a Feb. 9-10 summit of EU leaders who will also seek more returns, according to their draft joint decision seen by Reuters.”The overall economic malaise makes countries like Tunisia change from a transit country to a country where locals also want to go,” said an EU official. “That changes things. But it’s still very manageable, especially if the EU acts together.”

‘WALLS AND FENCES’

That, however, is easier said than done in the bloc, where immigration is a highly sensitive political issue and member countries are bitterly divided over how to share the task of caring for those who arrive in Europe.The issue has become toxic since more than a million people crossed the Mediterranean in 2015 in chaotic and deadly scenes that caught the bloc off guard and fanned anti-immigration sentiment.The EU has since tightened its external borders and asylum laws. With people on the move again following the COVID pandemic, the debate is returning to the fore, as are some proposals previously dismissed as inadmissible.
Denmark has held talks with Rwanda on handling asylum applicants in East Africa, while others called for EU funds for a border fence between Bulgaria and Turkey – both ideas so far seen as taboo.”We are still working to make that happen, preferably with other European countries but, as a last resort, we’ll do it only in cooperation between Denmark and, for example Rwanda,” Immigration Minister Kaare Dybvad said on Thursday.
Dutch minister Eric van der Burg said he was open to EU financing for border barriers.
“EU member states continue making access to international protection as difficult as possible,” the Danish Refugee Council, an NGO, said in a report on Thursday about what it said were systemic pushbacks of people at the bloc’s external borders, a violation of their right to claim asylum.
While EU countries protest against irregular immigration, often comprising Muslims from the Middle East and North Africa, Germany is simultaneously seeking to open its job market to much-needed workers from outside the bloc.”We want to conclude migration agreements with countries, particularly with North African countries, that would allow a legal route to Germany but would also include functioning returns,” Interior Minister Nancy Faeser said in Stockholm.

Source: EU wants to send more migrants away as irregular arrivals grow