Exorciser ses démons | Michèle Ouimet’s reflections on 10 years after the Bouchard-Taylor hearings

Good column by Ouimet, 10 years after the Bouchard-Taylor hearings, and the risks and rewards of having such open testimonies:

On l’oublie, mais la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables a été immensément populaire. Déversoirs des frustrations des Québécois, ses forums, pris d’assaut, étaient diffusés en direct à la télévision. C’était en 2007, avant la folie des réseaux sociaux.

Madeleine Poulin, ex-grande reporter à Radio-Canada, jouait le rôle de modératrice. Elle a sillonné les 17 régions du Québec et entendu les 764 témoignages.

L’entreprise était audacieuse, pour ne pas dire téméraire. Quand les gens prenaient le micro, Madeleine Poulin n’avait aucune idée de ce qu’ils allaient dire. Il n’y avait pas de filtre, pas de filet de sécurité, pas de pré-entrevue, rien.

« On leur donnait la parole sans savoir ce qu’ils allaient dire, m’a dit Madeleine Poulin. En direct, à la télévision. Je n’avais jamais vu ça. C’était un stress constant. Les commissaires [Gérard Bouchard et Charles Taylor] n’étaient pas très conscients de ce que ça représentait. Ils ne comprenaient pas la force de la télévision, encore moins les risques du direct. »

Environ 50 000 personnes étaient rivées à leur téléviseur pour écouter ce que monsieur et madame Tout-le-Monde avaient à dire. Un succès monstre pour RDI.

Un forum aussi ouvert est sans précédent dans le monde occidental, souligne Solange Lefebvre, titulaire de la Chaire de recherche en gestion de la diversité culturelle et religieuse à l’Université de Montréal.

« Une consultation publique sans filtre sur des sujets aussi explosifs ? C’était certainement hasardeux. »

– Solange Lefebvre

Il s’est dit quelques folies, sans oublier les antisémites et islamophobes de ce monde qui se ruaient sur le micro pour cracher leur venin.

Un homme a dit en parlant des immigrants : « Sacre ton camp et n’oublie pas de ramasser tes guenilles et tes ordures avec toi. »

Un autre a raconté : « J’ai vécu un an en Égypte parmi les musulmans, je les ai endurés, pis là, je m’aperçois que je dois les endurer encore. »

« Qu’est-ce qu’on va faire quand les Inuis [sic], au nom de leur religion, vont vouloir fumer le calumet de paix dans des endroits publics ? » a demandé un hurluberlu.

Du grand n’importe quoi.

Sans oublier ceux qui étaient hors sujet.

« Je suis rendu à 50 ans, je suis célibataire. Pas par choix. J’ai juste ça à dire. »

Heureusement.

Certains membres des minorités culturelles n’étaient pas en reste : « Je n’ai jamais lapidé ma femme », a précisé l’un d’eux.

Pourquoi ne pas les avoir interrompus ?

« Les commissaires voulaient que ce soit un grand exercice démocratique, une libération par la parole, a répondu Madeleine Poulin. C’était important qu’il n’y ait pas de contraintes. »

Les commissaires auraient-ils dû condamner les propos racistes ? J’ai posé la question à la chercheuse Solange Lefebvre.

Long silence au bout du fil, suivi d’un soupir. « C’est difficile. […] C’est pas pour rien qu’on a de la misère à décider du format de la commission actuelle sur le racisme. C’est la marmite identitaire, la marmite raciste, la marmite du ressentiment. »

Les médias ont souligné à grands traits les travers et les propos xénophobes, burlesques et racistes. Infoman en a même fait une anthologie.

Réduire la Commission à ces propos grotesques est injuste. Elle a permis au monde ordinaire d’exprimer son opinion, d’avouer ses peurs, de se défouler et d’apprendre ce qu’est un hijab et un niqab, préalable important pour avancer. Vider son sac pour mieux construire, une sorte de passage obligé.

Il ne faut pas oublier le contexte explosif. À l’époque, le Québec était survolté. Les cas d’accommodement raisonnable, souvent loufoques, faisaient les manchettes. C’était une course, chaque média cherchait le cas le plus croustillant pour faire sa une, allant des fenêtres givrées du YMCA à la cabane à sucre qui avait retiré le porc de son menu pour donner satisfaction aux musulmans, en passant par le code de vie d’Hérouxville qui précisait que les femmes ne pouvaient être ni lapidées ni brûlées vives.

Les accommodements étaient accordés à gogo, selon l’air du temps ou l’humeur des gestionnaires qui ne savaient plus à quel saint se vouer.

Alors oui, il s’en est dit des niaiseries à la commission Bouchard-Taylor, thérapie collective oblige.

Mais il n’y a pas eu que des niaiseries. Bien au contraire.

Les journalistes Valérie Dufour et Jeff Heinrich ont couvert toutes les séances de la Commission. Ils ont publié un livre peu de temps après, Circus quebecus.

« Des madames comme ma mère déposaient des mémoires à Sept-Îles, Québec, Saint-Jérôme, m’a expliqué Valérie Dufour. Elles disaient toutes la même affaire. Elles avaient peur que le port des signes religieux fasse régresser les droits des femmes. C’était très intéressant et pas si laid que ça. »

« Les mêmes thèmes revenaient souvent, a-t-elle ajouté : la peur des autres, la peur de perdre quelque chose, la peur de donner un privilège à quelqu’un. »

Le Québec avait besoin d’exorciser ses démons, nul doute là-dessus.

***

Où en sommes-nous, dix ans plus tard ? Avons-nous reculé ? Avancé ? Sommes-nous plus tolérants ? Faut-il lancer la pierre aux médias ? Ont-ils jeté de l’huile sur le feu ?

Il en sera question demain lors d’un colloque de l’Université de Montréal qui se penchera sur le Québec post-Commission.

À la fin des travaux, Charles Taylor avait dit : « On a beaucoup appris, mais on est encore plus confus qu’auparavant. »

Dix ans plus tard, a-t-il raison ?

Source: Exorciser ses démons | Michèle Ouimet | Michèle Ouimet

Quebec law banning face coverings is neither neutral nor constitutional: Emmett Macfarlane

Good assessment by Macfarlane:

The Quebec National Assembly has passed Bill 62, legislation introduced by the Liberal government that bans public workers and anyone receiving public services from wearing the niqab or any other face covering.

Although it is described as imposing a duty of religious neutrality on public servants and people using government services, the new law is neither neutral nor constitutional. It is impossible to reconcile this law as anything other than the targeting of a minority group, a slightly narrower spin on the now perennial Quebec debate over the wearing of (non-Catholic) religious identifiers.

Much like past proposals by the former Parti Québécois government under Pauline Marois, the law here is defended on the grounds of Quebec secularism, but it is a perversion of secularism, which would normally see the state refuse to adopt or sanction particular religions over others. Instead, the version of secularism to which Quebec’s political class seems to adhere is simply anti-religion, and more specifically, religions not reflected by the giant cross hanging in the National Assembly.

Protections under the Charter

It is this systemically discriminatory aspect of the bill which will fail to meet constitutional muster under the Charter of Rights. For not only does the bill violate the freedom of religion guarantee, it undoubtedly violates the Charter’s equality rights protections as well. The ban takes effect immediately, but detailed guidelines for exemptions – specifically, religious accommodation – apparently will not materialize until next July. In the meantime, the government better hope no Muslim woman wearing a niqab is prevented from accessing government services, for the law is unlikely to survive a court challenge.

No doubt the government has attempted to shield the law from precisely this sort of legal challenge. The ban applies to all face coverings, not just religious ones. But rights are held by individuals, and where it may be constitutional to force someone to remove a winter scarf or a pair of sunglasses, governments must justify imposing limits on religious freedoms like wearing the niqab.

Niqab

You will not see the Supreme Court sailing into the text of the Bible or Qur’an to determine which religious practices are “legitimate” requirements and which are not. The test is whether a rights claimant has a sincere belief. (Luc Lavigne/Radio-Canada)

It is at this point that some readers might object: “the niqab is a cultural affectation, not a religious requirement!” But courts in Canada do not engage in theology when ascertaining whether someone’s religious freedom has been infringed. Religions are not monolithic, and adherents have a diversity of viewpoints on all sorts of religious rules and practices. You will not see the Supreme Court sailing into the text of the Bible or Qur’an to determine which religious practices are “legitimate” requirements and which are not. The test is whether a rights claimant has a sincere belief that their religion requires particular practices or traditions.

So what justification does the government have for this law? The justice minister has cited reasons of communication, security and identification. You will be forgiven for wondering if you missed the news about a rash of nefarious people riding public transit lately, for it is unclear what security-related issues are actually at stake. As for identifying people using public services, there haven’t been any issues when people legitimately do need to show their face, such as when obtaining driver’s licenses.

But let’s stipulate that courts will accept this rationale as a pressing and substantial purpose for limiting people’s rights (courts normally accept any reasonable-sounding government purpose). The crucial question will be whether the ban minimally impairs the rights in question, and the clear answer is no.

There is no reason, security or otherwise, that anyone needs to see anyone else’s face on the bus. Especially in Canada with its pesky winters. To meet the Charter’s requirements, the benefit of a law needs to outweigh the harms imposed, and here religious freedoms will be violated for entirely illusory benefits.

There is one other common objection to this analysis, and that relates directly to why the government might have a legitimate reason to ban niqabs specifically: that niqabs are themselves oppressive, as Muslim women may be forced to wear them by their husbands or fathers or even their broader communities.

Banning women from the bus

Proponents of this view like to present a niqab ban as the feminist policy. But it is telling that some people will argue they are defending women, while defending the state telling women what they can or cannot wear. It is also unfortunate for this particular brand of “feminist” that Canadian women who wear the niqab have explained their own reasons for choosing to wear it and most have denied they are being forced. It is at best patronizing, and at worst xenophobic, to pretend that all of these Muslim women in Canada are suffering from a lack of personal agency in this regard.

It is also worth noting that if any of these women are oppressed, subject to such misogynistic control by their husbands or fathers, the effect of the law will not be to free them from their shackles but instead will be to simply ban them from using the bus.

The state cannot impose freedom by restricting it.

Source: Quebec law banning face coverings is neither neutral nor constitutional – CBC News | Opinion

Neutralité religieuse: les organismes devront composer avec une période de flottement, Bus driver enforcement questions

Will be interesting to watch as municipalities and other organizations struggle to implement the burqa/niqab ban:

Les municipalités, commissions scolaires et autres sociétés d’État qui seront soumises à la loi québécoise sur la neutralité religieuse devront gérer les demandes d’accommodements pour motifs religieux sans nouvelles balises pour une période qui pourrait durer neuf mois.

Dans l’espoir de fournir des « lignes directrices claires » à ceux qui devront appliquer la nouvelle loi, la ministre de la Justice Stéphanie Vallée a repoussé la date d’application de toutes les dispositions portant sur ces accommodements. Celles-ci entreront en vigueur « d’ici le 1er juillet », bien après la sanction officielle de la loi, explique-t-on à son cabinet.

Le projet de loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l’État et les demandes d’accommodements religieux doit être adopté ce mercredi à l’Assemblée nationale.

Dans l’intermède entre sa sanction et l’entrée en vigueur de ses dispositions sur les accommodements, les organismes qui y seront assujettis devront se rabattre sur l’article 10 de la Charte des droits et libertés — qui proscrit notamment la discrimination fondée sur la religion — quand ils feront face à des demandes d’accommodements.

« Des groupes de travail seront mis sur pied dans les municipalités, le milieu de l’éducation [et] les CPE pour s’assurer que l’on répond aux diverses questions qui seront soulevées », a assuré mardi la ministre Vallée.

« Je ne m’imagine pas non plus qu’après avoir adopté le projet de loi 62, tous les problèmes de la neutralité religieuse et des accommodements raisonnables [seront réglés] », a-t-elle aussi reconnu plus tard.

Le projet de loi sur la neutralité religieuse instaure la notion de réception et de prestation de services « à visage découvert ». Il s’applique surtout aux services publics, et il inclut la possibilité d’accommodements religieux si ces derniers respectent certains critères, comme le principe de l’égalité hommes-femmes. Il ne proscrit cependant pas le port de signes religieux chez les agents de coercition de l’État, comme l’avait recommandé la commission Bouchard-Taylor en 2008.

Pour la ministre Stéphanie Vallée, « le projet de loi [respecte] les droits garantis par nos chartes [et] représente donc le consensus défini entre les partis politiques ». « Nous vivons dorénavant dans la paix québécoise », estime-t-elle.

Source: Neutralité religieuse: les organismes devront composer avec une période de flottement | Le Devoir

Meanwhile, in English media, the bus driver enforcement question:

Montreal bus drivers are hoping for clarity — and bracing themselves for headaches — as Quebec moves to pass legislation that would require a Muslim woman who wears a niqab or burka to uncover her face to ride a city bus.

The Liberal government’s Bill 62 on religious neutrality would prohibit public workers, as well as those receiving a public service, from covering their face.

The law would apply to municipal services, including public transit. The guidelines for how those working in the public sector should carry out the law, however, may not be ready until next summer, after a round of consultations.

‘Are these niqabi ladies going to be wearing a tag in their neck saying they’re exempt [from] this law? How is it going to work?’– Shaheeh Ashraf of the Canadian Council of Muslim Women

That leaves the union representing employees of Montreal’s transit corporation, the STM, worried that individual drivers will have to make a judgment call in the meantime.

“STM bus drivers don’t want that responsibility. When it comes to applying the law, they want clear directives from the STM,” union spokesperson Ronald Boisrond said in an interview.

In an emailed statement, the STM said it’s still evaluating how the law would be applied and “the instructions to employees that will result.”

“Our goal will be to prevent employees from interpreting the law in their own way,” said STM spokesperson Isabelle Tremblay.

Source: With Quebec’s face-covering ban poised to become law, bus drivers seek ‘clear directives’ – Montreal – CBC News

Calculs politiques déplorables: Francine Pelletier on Quebec’s systemic racism hearings

Great column by Francine Pelletier on identity politics being played with respect to the Quebec hearings on systemic racism:

À la suite des piteux résultats dans Louis-Hébert, on presse Philippe Couillard de larguer la commission sur le racisme systémique, une des raisons, dit-on, de la « claque sur la gueule ». Selon l’ex-ministre libérale et animatrice de radio Nathalie Normandeau, les Québécois n’en pourraient plus de se faire dire « qu’on est racistes, xénophobes ».

Mais d’où vient l’idée (farfelue) que nous assistons ici à une « commission d’accablement des francophones »? Par quel tour de passe-passe une consultation sur la discrimination de minorités visibles devient-elle un exercice de discrimination envers la majorité ? Depuis les années 1960, toutes les grandes problématiques de l’heure — éducation, santé, justice, égalité hommes-femmes — sont passées par des consultations publiques. A-t-on crié au « procès des Québécois » au moment de la commission Parent ? Cliche ? Charbonneau ? Pourtant, à chacune de ses grandes dissections de la société québécoise, il y avait de quoi croupir de honte.

Il serait donc possible de contempler un Québec ignare, corrompu, toujours soumis à un patronage éhonté sans grimper dans les rideaux, sans y déceler autre chose qu’une façon d’y voir plus clair ? Mais entendre parler de racisme de la part de ceux et celles qui le vivent serait un affront inimaginable, une « farce », un « procès du nationalisme québécois », la mutilation de « l’âme et [du] coeur d’un peuple entraînant des conséquences irréparables »?

 Nous voici donc plongés dans une autre tragicomédie dont le Québec semble avoir le secret. On retrouve ici le même dialogue de sourds, la même indignation outrée de part et d’autre, la même incrédulité devant les propos de gens qu’on croit pourtant connaître (eh ? il a dit ça ?), amèrement vécus lors du débat sur la charte des valeurs dites québécoises.

Ce n’est pas par hasard si la première salve dans ce nouveau combat identitaire a été lancée par le chef du PQ. Après l’annonce de la commission en mars dernier, Jean-François Lisée a été le premier à dénoncer ce « procès en racisme et en xénophobie que les Québécois vont subir ». Claque sur la gueule oblige. À la suite de la défaite-surprise du PQ et du rejet de sa proposition de charte aux dernières élections, l’occasion était tout indiquée de reprendre l’initiative en peinturant l’adversaire dans le coin honni du multiculturalisme. « Ça suffit de culpabiliser les Québécois qui tiennent à la laïcité ! » de s’indigner M. Lisée. La pelure de banane était lancée. À partir de ce moment-là, nous assistions à un pugilat entre, d’un côté, ceux qui défendent le bon peuple (le « nous ») et, de l’autre, ceux qui défendent, à l’instar d’Ottawa, les pauvres immigrants (le « eux »). Devinez qui risque de l’emporter.

Il y a évidemment toutes sortes de raison de se méfier des intentions du gouvernement Couillard dans cette affaire. En perte de vitesse auprès de l’électorat francophone — qu’il n’a jamais su, c’est vrai, bien défendre —, M. Couillard a intérêt à garder les communautés culturelles solidement dans son coin. La diversité n’est pas une question entièrement neutre pour le PLQ, pas plus que la laïcité l’est pour le PQ — ou encore pour la CAQ, qui, à l’instar de ces gros footballeurs qui s’empilent les uns par-dessus les autres sur le même petit ballon, n’a pas tardé à se jeter dans la mêlée. Dans tous les cas, le pari électoral pue au nez.

 Cela dit, l’enjeu, dans le cas qui nous occupe, n’est pas la laïcité mais bien la diversité. Ce n’est pas exactement le même débat. La laïcité, d’abord, n’a jamais été perçue ici comme problématique. Les 50 dernières années sont un testament à la transformation harmonieuse d’une société archicatholique en une société qui n’est plus du tout guidée aujourd’hui par des considérations religieuses. Applaudissons l’exploit, mais admettons qu’en ce qui concerne la cohabitation gracieuse d’une société multiethnique, nous avons encore quelques croûtes à manger. La série noire de crimes haineux contre la communauté musulmane, pour ne rien dire de la montée de l’extrême droite ici comme ailleurs en Occident, est là pour nous le rappeler.

Au Québec comme ailleurs, le défi de l’heure n’est pas tant celui de la tolérance religieuse que la tolérance tout court. Sommes-nous prêts, non seulement à accepter parmi nous, mais à traiter comme nos vis-à-vis, nos égaux, ceux et celles qui ne nous ressemblent pas ?

Malgré tous ses défauts, une consultation sur la discrimination systémique m’apparaît, au contraire, tout indiquée.

Source: Calculs politiques déplorables | Le Devoir

Racisme systémique: des calculs politiques déplorables / Hearings on systemic racism in Quebec haven’t started but already nationalists are feeling victimized

Not going well (enquiries and consultations on divisive issues are hard to manage):

Les membres de la Table de concertation contre le racisme systémique ont dénoncé la politisation et l’ingérence du premier ministre dans la consultation sur le sujet, indiquant que c’est précisément cela qui est en train de faire dérailler le processus. Dans un point de presse mercredi, ils ont jugé « déplacées » les déclarations faites par Philippe Couillard au sujet de sa déconfiture à l’élection partielle, qui ouvraient la porte à l’annulation de la consultation sur la discrimination et le racisme systémique.

« Si le premier ministre aujourd’hui déclare qu’à cause de ses résultats électoraux dans Louis-Hébert il faut repenser la consultation, c’est qu’il n’a pas compris ce que ça veut dire, l’indépendance de la Commission des droits de la personne [et des droits de la jeunesse]. Ce n’est plus Philippe Couillard, le boss, c’est la Commission des droits de la personne », a insisté Émilie Nicolas, l’une des porte-parole de la Table de concertation contre le racisme systémique. « Les calculs électoraux des libéraux et la saison électorale, ça n’a strictement aucun rapport avec le mandat que s’est fait donner la Commission. »

L’exercice consultatif est trop important pour qu’il soit soumis au jeu politique et récupéré par des intérêts partisans, a indiqué pour sa part Haroun Bouazzi, président de l’Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec. « C’est un problème de société profond qui demande du tact. »

Pour la Table de concertation, ce serait une déception si la consultation était annulée. « Mais on le serait aussi si ça se tenait tout croche. Et quand on a de l’ingérence politique dans ce qui doit être indépendant, c’est croche », a soutenu Émilie Nicolas. « Il ne faut pas d’ingérence. On veut un exercice qui soit serein et quand on se crie par la tête à l’Assemblée nationale, ce n’est pas ce que j’appelle de la sérénité. »

Conditions de réussite

Pour qu’il soit réussi, l’exercice consultatif doit se tenir à certaines conditions : la garantie de son indépendance, mais également de sa transparence. « Imaginez une seconde une consultation sur l’égalité entre les hommes et les femmes et qu’on veuille cacher les femmes victimes de sexisme », a renchéri M. Bouazzi. Il doit aussi être doté des moyens en temps et en argent, a-t-il rappelé, évoquant ainsi les critiques de l’opposition devant l’ajout de 400 000 $ portant à 900 000 $ le budget de la consultation. « Juste en pub pour la Charte des valeurs, ça a coûté 1,9 million ! »

Samira Laouni, coprésidente de la Table de concertation, déplore que certains Québécois voient dans l’exercice une manière de les accuser de racisme. « Certains médias, et je dis bien certains médias, jouent beaucoup avec les terminologies pour monter les citoyens les uns contre les autres. On a bien compris le message, nous l’entendons, le vivons sur le terrain : ce ne sont pas nos concitoyens qui sont racistes, mais les institutions », a-t-elle insisté.

Haroun Bouazzi rappelle qu’il est important de distinguer le racisme systémique, celui des institutions, de ce qui ne l’est pas, comme les actes isolés. « Une femme qui se fait cracher dessus dans la rue — malheureusement, ça existe — parce qu’elle porte un foulard, ce n’est pas un acte de racisme systémique. Mais ça le devient quand la police de Sherbrooke refuse de prendre la plainte de cette femme-là. »

Possible annulation

Mercredi matin, le premier ministre avait laissé entendre qu’il était disposé à annuler la consultation sur la discrimination systémique et le racisme et qu’il allait discuter de cette possibilité avec les membres du caucus libéral.

En après-midi, le député de Mercier, Amir Khadir, a rencontré M. Couillard et la ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil, afin d’améliorer le processus de consultation, notamment « pour être sûr que personne au Québec [ne]puisse continuer à croire que c’est le procès des Québécois ». « La rencontre a été positive et l’écoute, attentive. Nous espérons que notre échange pourra contribuer à trouver des solutions pour surmonter les appréhensions concernant cette consultation », a-t-il affirmé au Devoir, dans la foulée de sa rencontre.

Pour leur part, le Parti québécois et la Coalition avenir Québec demandent tous deux au gouvernement libéral d’en finir. « M. Couillard s’entête aujourd’hui. Il veut sauver la face. L’important, c’est qu’on agisse, qu’il n’y ait pas de procès et qu’il y ait de l’action », a lancé le chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée.

M. Couillard songe à revoir les modalités de la consultation. Il balaie cependant l’idée d’annoncer une série de mesures visant à enrayer la discrimination et le racisme au Québec sans avoir entendu préalablement des victimes. « Il faut laisser les gens s’exprimer aussi. On ne peut pas juste dire : “On va dicter nos solutions” », a-t-il fait valoir. Le forum public qui doit réunir plusieurs experts et acteurs du milieu pourrait donc avoir lieu comme prévu en novembre, à Montréal.

Confiance en la CDPDJ

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a été plongée dans la tourmente après des révélations au sujet de la gestion autoritaire de sa présidente, Tamara Thermitus. Cette organisation doit-elle continuer à piloter la consultation sur la discrimination et le racisme systémique ? « On est encore dans les spéculations, et j’aimerais que la Commission réponde aux questions de journalistes et aux questions hypothétiques qui sont soulevées », s’est contentée de dire Émilie Nicolas.

Pour Nicole Filion, de la Ligue des droits et libertés, la « crise » à la Commission des droits a été instrumentalisée pour faire dérailler la consultation. « On pense que la Commission pourrait même avoir le pouvoir de décider elle-même de mener cette consultation. Je ne suis pas en train de dire que c’est ce qu’elle va faire, mais ça fait partie de ses mandats. »

Haroun Bouazzi en a profité pour réitérer l’importance de la consultation. « Lutter pour l’égalité, contre le racisme, c’est quelque chose de noble dans une société et je pense que c’est une occasion qu’on a pour montrer qu’on est capable en tant que société, en tant que nation québécoise, de mener à bien l’exercice. »

Source: Racisme systémique: des calculs politiques déplorables | Le Devoir

National Post account:

Before a single witness has been heard at Quebec’s hearings on systemic racism, before a single study has been tabled, a clear portrait of the victims is emerging.

François Legault, leader of the Coalition Avenir Québec, this week called on Premier Philippe Couillard to “end all unfair accusations against Quebecers” and cancel the commission. “Quebec doesn’t need an additional crisis on the identity issue, and especially not a crisis created by the Liberal Government,” he said.

Parti Québécois leader Jean-François Lisée said an examination of systemic racism is unnecessary and would “simply put vinegar in the wounds.” He said Couillard should “stop being so arrogant towards the will of the people” and scrap the hearings.

In a column in the Journal de Montréal last July, sociologist Mathieu Bock-Côté helped set the tone of the debate around the racism hearings — or “public self-flagellation” as he called them — scheduled to begin this month.

“We will witness an immense trial of Quebec society and, more specifically, of Quebec nationalists, who will be accused of all evils,” he wrote.

The premier’s resolve seemed to be weakening on Wednesday when he acknowledged that members of his caucus were blaming Monday’s by-election loss of a previously safe Liberal riding in Quebec City on the racism consultations. He said he would steer the process, overseen by the Quebec Human Rights Commission, “in the right direction” and assured nobody would be put on trial.

The manner in which the debate has derailed has left representatives of minority communities, armed with stacks of examples of discrimination against their members, scratching their heads. How did a debate over protecting racial minorities from discrimination get twisted into a campaign to stop labeling Quebecers as racist?

Emilie Nicolas, a board member of an umbrella group fighting systemic racism, said part of the problem is that the concept of systemic racism is poorly understood in Quebec. “It doesn’t mean that people are systematically racist,” she said.

Whereas neighbouring Ontario has been wrestling with the issue for decades, in Quebec, even the word “racism” is seen as taboo, she said.

“Any kind of gap in actual equality based on race that is a result of institutional practices is systemic racism,” Nicolas said. “It’s not about individual intentions, and it’s not about people being good or bad people.”

Source: Hearings on systemic racism in Quebec haven’t started but already nationalists are feeling victimized | National Post

La gauche religieuse n’existe pas: Yakabuski

Good piece by Yakabuski on the Canadian centre left consensus on multiculturalism:

Bref, la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, se trompe de cible quand elle se dit inquiète de la montée de la gauche religieuse. Il n’y a tout simplement pas de gauche religieuse au Canada. La gauche canadienne est multiculturaliste, point. Même ceux qui ne l’appuient pas voient dans la candidature de M. Singh l’incarnation même de la modernité canadienne.

C’est ainsi que Justin Trudeau a pu dire au New York Times, en 2015, que le Canada serait le premier État postnational sans que l’opposition monte aux barricades. Les propos du premier ministre témoignaient de l’évolution de l’identité canadienne depuis l’instauration de la politique officielle de multiculturalisme et de la Charte canadienne des droits et libertés par son père Pierre Trudeau. Finie l’époque où les Canadiens angoissaient devant la faiblesse de leur identité face à la menace américaine. Si le Canada anglais s’est donné un projet de société, c’est celui de créer un nouveau modèle d’appartenance dont le monde entier pourrait s’inspirer. Selon l’ancienne gouverneure générale Adrienne Clarkson, elle-même réfugiée, le Canada ne serait rien de moins qu’une « société expérimentale ».

Bien sûr, la diversité comme projet de société n’emballe pas tous les Canadiens. Mais ses critiques ne se trouvent pas à gauche. Et même le nouveau chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, ne se presse pas de s’associer à leur cause, ayant évincé sa rivale à la course au leadership Kellie Leitch du cabinet conservateur fantôme. L’opposition des candidats à la chefferie néodémocrate au projet de loi no 62 du gouvernement du Québec, interdisant le port du niqab lors de la prestation ou de la réception de services publics à des fins de sécurité, s’inscrit dans une philosophie d’inclusion où les accommodements sont devenus la norme dans une société multireligieuse. Si la plupart des Canadiens ne voient pas dans ces accommodements une menace à la laïcité de l’État, c’est parce qu’ils ont été conditionnés à croire que la même Constitution qui protège les droits des personnes croyantes protège aussi tous les Canadiens contre des gouvernements qui voudraient adopter des lois au nom de la religion. En quoi M. Singh, qui n’a d’ailleurs jamais manifesté un quelconque désir d’imposer sa religion aux autres, serait-il différent d’un catholique pratiquant à la tête du pays ?

Les Québécois ont peut-être une autre idée de la laïcité, influencée par leur histoire de catholicisme oppressant et par le républicanisme français. Mais de là à disqualifier des leaders politiques à cause de leur religion, il y a une marge.

Source: La gauche religieuse n’existe pas | Le Devoir

Yes, the Quebec ‘language police’ does serve a purpose: Konrad Yakabuski

Good balanced commentary:

In 2013, Quebec’s language-enforcement agency made a global fool of itself by attempting to crack down on a Montreal restaurant’s failure to translate the names of well-known Italian food items on its menu into French. Thus was born Pastagate, which was so embarrassing that it forced the normally hardline (on language) Parti Québécois government of the moment to rein in the Office québécois de la langue française. The head of the OQLF even lost her job.

Since then, the agency charged with promoting French and applying the dispositions of the province’s 40-year-old Charter of the French Language, otherwise known as Bill 101, has kept a low profile. The former PQ government freed it of the obligation of having to investigate every complaint it receives, allowing the agency to use its judgment and, hence, avoid future Pastagates to the best of its ability. This rankles some French purists who think the agency, often referred to derisively by anglophones as the Quebec language police, has been neutered.

The news this week that the OQLF will no longer “systematically” reject the use of widely accepted English terms – forcing businesses to use a French alternative proposed by the OQLF on signage, in advertisements or in the workplace – won’t make it any new friends among those who think that opening the door even a crack to les anglicismes is inviting trouble. Purists argue it is the OQLF’s job to counter the use of English terms in Quebec French, not countenance it.

Indeed, it was not that long ago that Quebec French was saturated with English terms simply because the local parlance contained no handy alternative. Francophone Quebeckers would trek to their local Canadian Tire to pick up des spark plug, des wiper or un block heater. Before the advent of official bilingualism federally and Bill 101 in Quebec, market forces were such that North American manufacturers and retailers had no incentive to come up with French names for their products.

The OQLF’s work to come up with French terms was once described by one former head of the agency as “an enterprise of decolonization.” That may be a bit overdramatic. But it did allow francophone Quebeckers, especially unilingual ones, to name their reality with words they actually understood.

It’s easy for anglophones to have a blasé attitude toward the introduction of the odd French word into English. They might feel differently if they were confronted with French terms everywhere they turned, if they had to use French expressions to describe everyday occurrences in their lives, because no English ones existed.

But in a world where English is the lingua franca, that’s not a problem anglophones generally face. English tends to get the naming rights to every new scientific discovery, invention or social trend. It’s not because English is a particularly inventive language. It’s just the globe’s dominant one. But who knows? With China’s rise, that may change.

The OQLF’s move to adopt new criteria for determining whether it is acceptable to use a so-called anglicism is simply an acknowledgment of the fact that certain French alternatives will never take hold. Grilled cheese is so ubiquitous, and so universally understood, that it is senseless to force restaurants to replace it with sandwich au fromage fondant on their menus. Besides, that’s precisely the kind of overkill that subjects the OQLF to ridicule.

It’s much better for the OQLF to focus its scarce resources on creating French neologisms for the hundreds of English technical terms that are introduced every year, particularly in the high-technology sector. That is the OQLF’s main 21st-century challenge.

Canada accounts for only 7.2 million of the world’s 220 million francophones – though that latter figure includes so-called partial French-speakers, largely in Africa. The point is that, just as British and Canadian English differ in many ways (what we call a truck they call a lorry), Quebec French differs from the French spoken on other continents. The OQLF has been a leader in modernizing the French language and the French themselves have taken note.

“To remain alive, a language must be able to express the modern world in all its diversity and complexity. Each year, thousands of new notions and realities appear that must be understood and named,” notes the mission statement of France’s Commission d’enrichissement de la langue française, which was created in 1996 and modelled after the OQLF. “The creation of French terms to name today’s realities is a necessity.”

Source: Yes, the Quebec ‘language police’ does serve a purpose – The Globe and Mail

Racisme systémique: la CAQ demande l’annulation de la commission

Ongoing denial among the major opposition parties:

La pression s’accentue sur le gouvernement Couillard afin qu’il abandonne l’idée d’une consultation sur la discrimination systémique et le racisme. Après le Parti québécois (PQ), c’est au tour de la Coalition avenir Québec (CAQ) d’en demander l’annulation complète.

Lundi, la porte-parole caquiste en matière d’immigration, Nathalie Roy, a fait valoir que le gouvernement rate sa cible lorsqu’il parle de racisme «systémique». «On ne croit pas que ça existe», a-t-elle affirmé lors d’un entretien téléphonique avec La Presse canadienne.

Le racisme systémique, ou racisme institutionnel, est une forme de discrimination qui s’exprime par le traitement inégalitaire d’individus racisés par une société et ses institutions.

Mme Roy a dit ajouter sa voix à celles des nombreux «analystes, leaders d’opinion, éditorialistes et chroniqueurs» au Québec qui s’opposent à une vaste consultation sur le racisme.

Le PQ avait aussi demandé, le 6 avril dernier, l’annulation des procédures dans une pétition réclamant «l’abandon immédiat du projet de consultation sur le racisme et la discrimination systémique».

Il est illusoire, selon les partis, de penser que l’on puisse tenir une telle consultation en année préélectorale, lorsque traditionnellement les esprits s’échauffent.

«Vous savez très bien que ce sont des sujets extrêmement délicats et qu’il ne faut pas faire de politique sur le dos des communautés culturelles», a affirmé Mme Roy.

«Cette consultation-là repose sur une stratégie de M. (le premier ministre Philippe) Couillard qui va exacerber les divisions et les tensions à un an des élections.»

Par ailleurs, la députée de Montarville maintient que les libéraux ont failli à leur tâche d’accroître la représentativité des membres des communautés culturelles au sein de l’administration publique.

En 2008, Yolande James, l’ex-ministre libérale de l’Immigration, avait pourtant déposé un plan d’action, intitulé «Diversité: une valeur ajoutée», qui fixait un objectif d’embauche de 25 pour cent.

Elle promettait, entre autres, d’intensifier la diffusion ciblée des offres de recrutement, l’analyse des outils de sélection en vue de s’assurer qu’ils ne comportent pas de pratiques discriminatoires, et la promotion des possibilités d’emplois dans la fonction publique.

Or, selon les informations obtenues par Mme Roy lors de l’étude des crédits, le gouvernement serait encore bien loin de sa cible, aux alentours de huit pour cent.

Annonce de la Commission des droits de la personne mardi

La Commission des droits de la personne, qui dirige la consultation, ira tout de même de l’avant et lancera ses travaux mardi, a appris La Presse canadienne.

Elle accuse du retard; la liste des organismes à but non lucratif qui sont impliqués n’est toujours pas connue, alors qu’elle devait être publiée le 1er septembre dernier.

La commission est également aux prises avec des difficultés à l’interne. La nouvelle présidente, Tamara Thermitus, serait visée par des plaintes pour abus d’autorité et mauvaise gestion.

Le lancement des travaux se fera donc sans tambour ni trompette, soit par communiqué de presse, a confirmé l’agente d’information Meissoon Azzaria.

Le PQ et la CAQ en ont également contre la décision de la Commission des droits de la personne de tenir ses premières consultations locales, auprès de personnes racisées, à huis clos.

«Le huis clos, c’est la goutte qui fait déborder le vase, a soutenu Nathalie Roy. C’est cette même commission-là, à l’intérieur de laquelle la chicane est pognée, qui va faire une consultation avec, entre autres, des témoignages à huis clos. Ça ne tient pas la route, c’est parti tout croche.»

La ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, a pour sa part affirmé que la consultation sera à la fois publique et privée, pour permettre aux gens de s’exprimer librement.

«Notre gouvernement est déterminé à éliminer les barrières à la pleine participation des Québécois de toutes origines», a-t-elle déclaré dans un courriel, lundi.

«Le racisme et la discrimination en font partie. Nous avons le devoir d’agir et de mobiliser toute la société pour contrer ces phénomènes. C’est pourquoi nous avons confié le mandat de cette consultation à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) qui procédera d’ailleurs sous peu à l’annonce des organismes retenus pour les consultations locales», a-t-elle ajouté.

Source: Racisme systémique: la CAQ demande l’annulation de la commission | Caroline Plante | Politique québécoise

Y a-t-il un bon génie pour ces immigrants? Foreign credential recognition for engineers

Progress in foreign credential recognition among Quebec engineers, but of course, challenges remain:

L’Ordre des ingénieurs du Québec s’apprête à faire adopter de nouvelles règles pour faciliter l’intégration des immigrants. Mais ces changements auront-ils vraiment un impact?

Dans son pays d’origine, Maya Khoury concevait des bâtiments, « du sous-sol jusqu’à la clé dans la porte » ! Ici, cette ingénieure civile d’origine syrienne cherche plutôt des clés pour ouvrir la porte du marché du travail. « Ce n’est pas facile. Je ne m’attends pas à être ingénieure et c’est correct, je l’ai été pendant 20 ans. Mais j’aimerais au moins travailler dans mon domaine, celui de la construction », raconte la dame, en marge d’ateliers d’aide à l’emploi organisés spécifiquement pour les ingénieurs et architectes par le Centre social d’aide aux immigrants (CSAI).

Arrivée au Québec avec toute sa famille il y a un an et demi, Maya Khoury a une bonne humeur contagieuse, quelques expériences de travail au Québec — réceptionniste à l’UQAM et caissière dans un Jean-Coutu — et parle un français excellent appris dans la petite enfance chez les soeurs Saint-Joseph à Alep. Mais la vérité est que les chances qu’elle puisse exercer comme ingénieure sont minces.

En effet, de moins en moins de permis sont octroyés à des professionnels formés à l’étranger. Selon les plus récentes données, en 2013-2014, 34 % des permis junior à l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) — permettant une pratique sous supervision avant d’avoir le vrai permis — leur étaient octroyés, contre 18 % en 2016-2017. Cependant, le pourcentage d’immigrants déposant une demande de permis junior est quant à lui demeuré stable, entre 20 % et 25 % au cours des quatre dernières années. Ils sont surtout originaires de la France ou du Maghreb, étant donné l’existence de nombreux accords interuniversitaires. « L’accès à la profession, ce n’est pas évident. On ne peut pas dire qu’on ne faisait rien, mais disons qu’il y avait place à l’amélioration », reconnaît Kathy Baig, présidente de l’OIQ. Mais tout va changer, promet-elle.

« Ça fait depuis 2013 que je m’implique à l’Ordre et que j’entends ces histoires de protectionnisme et de corporatisme. C’est un défi qui revient et, à un moment donné, on a décidé d’en faire une priorité », lance Kathy Baig. Elle admet que les longs délais pouvaient en rebuter plusieurs. Idem pour les coûts (entre 600 $ et 1200 $ pour une demande d’admission et 330 $ par examen prescrit), qui sont toutefois réduits de moitié pour les demandeurs d’asile. « On va changer complètement d’approche. »

Nouvelles règles à l’OIQ

Jeudi, le comité exécutif de l’OIQ a en effet entériné une série de nouvelles règles visant à mieux intégrer les immigrants à travers deux objectifs : augmenter le taux d’obtention du permis et réduire les délais. Dès mai 2018, chaque cas soumis sera étudié de manière personnalisée, scrutant le détail du parcours à l’étranger du candidat. L’objectif est de reconnaître son expérience de travail et d’en tenir compte afin de lui épargner certains examens et formations. « Avant, c’était beaucoup plus compartimenté. On se concentrait plus sur les diplômes, les études supérieures. On classait les gens dans des catégories et ça nous indiquait les formations et examens qu’ils devaient faire. Mais là, on va faire une entrevue personnalisée et, si on voit que [la personne] a la compétence requise, on va lui épargner certains examens », explique Mme Baig.

Aucun quota pour les candidats étrangers ne sera instauré, mais l’idée demeure de réduire le fardeau pour qu’ils puissent obtenir plus facilement un permis de pratique. « On sait que, pour des [immigrants] qui ont 9, 10, 11 examens à faire, c’est long, et ils abandonnent en cours de route, dit-elle. Quand on est retiré de notre domaine de pratique pendant plusieurs mois, voire des années, c’est difficile d’y retourner. »

Mme Baig dit être consciente que ce ne sont pas tous les immigrants ingénieurs qui tenteront d’obtenir leur permis de pratique. « Il y a beaucoup de gens qui se présentent aux séances d’information, mais très peu entament le processus, constate-t-elle. J’ai cru comprendre que, quand ils arrivent ici, ils ont plusieurs autres préoccupations à court terme que d’avoir leur permis. » Et pendant ce temps, le temps file…

Le deuil de la profession

Pour Lida Aghasi, directrice générale du Centre social d’aide aux immigrants, faciliter l’adhésion à l’OIQ est une première étape, mais cela ne garantit en rien l’obtention d’un emploi. « Accélérer l’accès à l’Ordre est une très bonne chose. Mais, selon moi, cela rend perplexes et démotive ceux qui obtiennent le membership et demeurent toujours sans emploi. Les employeurs ont aussi d’autres critères d’embauche [que le permis] », dit-elle, en insistant sur l’importance de les sensibiliser.

La présidente de l’OIQ abonde dans son sens. Le permis junior permet de pratiquer, mais encore faut-il que la personne se trouve un emploi dans une entreprise acceptant de la superviser. « On a un autre projet et on a demandé des subventions pour voir ce qu’il est possible de faire avec les employeurs, qui pourraient afficher leurs besoins et dire qu’ils cherchent des professionnels formés à l’étranger », dit-elle.

Pour Maya Khoury, l’obstacle à un emploi dans son domaine va bien au-delà du permis de l’OIQ, qu’elle se demande si elle tentera un jour d’obtenir. « Je suis rendue à l’équivalence du diplôme et on me demande des relevés de notes de mon université. Mais je viens d’Alep… » dit-elle, pour montrer la difficulté de récupérer ces documents à l’heure actuelle. « C’est très compliqué. Et on va encore me demander d’étudier plus », souligne cette mère de famille à l’aube de la cinquantaine, qui avoue avoir commencé à faire le deuil de sa profession durant son séjour au Liban, avant d’immigrer au Canada.

Même si elle obtenait un jour le permis de l’OIQ, Maya Khoury — qui écrit d’ailleurs « Marie-Claire Khoury » sur son CV — fait remarquer qu’il lui manque deux éléments cruciaux pour pouvoir exercer son métier d’ingénieur : la maîtrise de l’anglais et des contacts dans une entreprise. « Tous mes amis qui ont trouvé un travail, c’est parce qu’ils connaissaient des gens. »

Malgré tout, constatant que les ingénieurs et architectes représentent la majorité de sa clientèle et qu’ils sont « confrontés à un pourcentage élevé de difficulté à trouver un emploi connexe », la CSAI a décidé d’offrir des ateliers sur l’emploi, dont celui qui se termine samedi, avec une formation de l’OIQ sur le processus d’adhésion. « Ces réfugiés ont besoin d’être accompagnés. Ce n’est pas parce qu’ils sont diplômés qu’ils sont autonomes à 100 %, dit Lida Aghasi. On veut leur donner espoir, leur dire qu’il faut qu’ils restent actifs et que nous ne les avons pas oubliés. »

Du réconfort, c’est surtout ce que Maya Khoury est venue chercher. « J’aimerais beaucoup travailler en construction, estimer des matériaux, c’est ce que je faisais. Sinon, avec mes connaissances, je pourrais toujours travailler dans l’aide aux immigrants ! » lance-t-elle en riant.

Source: Y a-t-il un bon génie pour ces immigrants? | Le Devoir

Québec condamne la milice d’extrême droite III%

Small numbers but worrisome tendency:

Le gouvernement du Québec condamne vigoureusement l’apparition de la milice armée d’extrême droite III%. «C’est vraiment une image du Québec qui ne reflète pas le Québec», croit Kathleen Weil, ministre de l’Immigration, de la diversité et de l’inclusion.

La ministre Weil s’est inquiétée lundi de la création de cette milice, dont l’existence a été révélée par Radio-Canada. «C’est très préoccupant, vraiment très préoccupant. On dirait que tous les jours on entend la création d’un autre organisme», a soutenu la ministre en marge d’une annonce à Québec sur le traitement accéléré des dossiers des travailleurs étrangers.

Sur Facebook, le groupe III% Québec se définit comme un rassemblement de «patriotes», mais se dit toutefois «non-violent».

Selon Radio-Canada, le premier groupe III% a été créé aux États-Unis il y a une dizaine d’années. Des chapitres québécois de ce groupe anti-immigration auraient commencé à apparaître il y a environ un an. Depuis peu, les membres en règle du Québec doivent détenir un permis d’armes à feu. Sur Facebook, ces membres publient des photos de leurs armes ou de leur entraînement de style militaire en forêt.

«On condamne vigoureusement la création de ces organismes et surtout le discours. On ne peut même pas parler de vision, il n’y a pas de vision-là» a commenté Mme Weil. La ministre assure que la Sûreté du Québec est au courant de l’existence du groupe et «fait un suivi» afin d’éviter «les risques».

Mme Weil déplore la prolifération des différents groupes qui rejettent l’immigration au Québec. «Il y a toujours des éléments un peu différents, mais le message commun, c’est un message d’exclusion et non d’inclusion.»

«Les sociétés gagnantes, c’est des sociétés qui cherchent justement ces talents venus d’ailleurs, parce qu’on pourra pas tout seuls combler nos besoins du marché du travail sans cette diversité. Donc, c’est un contre-message, c’est un message antiéconomique, antisocial, anti-Québec à quelque part, parce que ça vient freiner la croissance du Québec», déplore-t-elle.

À ses côtés lors de l’annonce, le ministre fédéral Jean-Yves Duclos n’a pas commenté directement l’apparition de ce groupe. «On doit être lucides, ouverts aux choses qu’on entend (…) Il y a des signes de haine et d’hostilité qui ont été manifestés au cours des dernières semaines», constate-t-il.

Par contre, M. Duclos demeure persuadé que ces groupes sont loin de refléter la population de la grande région de Québec. «J’ai beaucoup d’espoir qu’on va continuer à faire encore mieux que ce qu’on fait déjà très bien. C’est une région qui accueille, qui intègre qui valorise la diversité et l’inclusion.»

Source: Québec condamne la milice d’extrême droite III% | Patricia Cloutier | Politique