Une langue pour se parler

Nice account of language training in action. Whenever I had to learn a language for the foreign service, the initial stages were humbling as one struggled to get a sense of the language, its grammar and vocabulary:

Loin de la clameur politique des débats sur la langue, des milliers d’immigrants s’attellent chaque jour à la tâche d’apprendre le français au Québec. Le Devoir s’invite dans une classe de francisation tout au long de la session. Aujourd’hui, première semaine de cours et les phrases s’allongent déjà.

Au tableau, il y a du rouge pour le français parlé et du noir pour le français écrit. À tour de rôle, les étudiants se présentent : « Mon pays est à côté du Malawi. » « Je parle six langues et j’étudie le français. » « Chu arrivée toute seule en janvier 2022. »

Des grandes fenêtres de la classe, dans cet édifice de l’UQAM de la rue Sainte-Catherine, à Montréal, on embrasse d’un seul coup d’oeil plusieurs institutions emblématiques de la Belle Province : Hydro-Québec, Desjardins, le CHUM, la croix du Mont-Royal et Air Transat.

Le dernier étudiant à avoir parlé se retourne vers son camarade pour la prochaine étape du cours : « Dans quelle ville t’habites ? »

Michel Usereau, l’enseignant à l’avant, mime avec grande emphase, répète, demande et encourage. Incroyable qu’il ne soit pas essoufflé, à force de gesticuler le français : « Fini, ça veut dire fini », dit-il en décroisant ses bras vers le bas ostensiblement. C’est lui le guide, celui qui permet de tituber sur les mots et peut-être enfin de pouvoir épeler son nom au téléphone ou passer sa commande à la pharmacie.

« L’objectif, c’est de réussir à vivre. Quand l’étudiant vient me revoir et me dit “j’ai réussi à parler avec la garderie et je n’ai pas eu peur”, ma mission est accomplie. Le français a amélioré et simplifié leur vie », relate M. Usereau. Ou plutôt « professeur Michel », comme l’appellera une étudiante, c’est souvent le premier Québécois avec qui ces immigrants passeront autant de temps.

Suivre des cours de langue à temps plein est pour le moins prenant : 7 heures par jour, 5 jours par semaine, durant 11 semaines.

Pour l’instant, trois jours après le début du cours 1 en francisation, les étudiants sont dans l’immédiat, le temps présent, la première question à un étranger : « C’est quoi ton nom ? » s’envoient-ils comme une balle de l’un à l’autre.

À peine auront-ils souvent besoin du passé pour parler de leur profession, celle que la plupart ont laissée dans leur pays d’origine.

Une certaine complicité s’est déjà installée. Michel se retourne vers une étudiante : elle est devenue la femme au « le », celle qui répète à ses camarades cet article trop souvent oublié par les nouveaux apprenants.

Il y a aussi la dégaine de celui qui maîtrise déjà la contraction de « il y a » : le « i’a », qui est évidemment écrit en rouge au tableau. Pas parce qu’il s’agit d’une erreur, mais bien pour indiquer le français parlé.

Une vision dynamique

Michel Usereau enseigne un français tout sauf « scolaire et désincarné ». « Je ne suis pas un organisme de correction linguistique qui vise au perfectionnement de je ne sais quoi », dit-il à la journaliste assise au fond de sa classe.

Très loin, donc, des discours sur la « pureté » de la langue, sa vision pourrait se résumer à : « On respire par le nez par rapport à la langue », rigole-t-il.

Le Montréalais en a évidemment une conception plus élaborée, lui qui a fait des études supérieures en linguistique. Il a aussi travaillé plusieurs années à l’intérieur même du ministère de l’Immigration, notamment pour élaborer le programme-cadre pour l’enseignement du français aux adultes au Québec.

« Les gens à qui tu vas parler ne vont pas se dire “ah, tu as appris le français dans un livre et c’est poussiéreux”. Non, ils vont voir que tu vis une partie de ta vie en français et que tu l’apprends en côtoyant le monde. C’est une langue de socialisation. »

Les étudiants de francisation travaillent « pour un résultat concret, pour la vie », plutôt que pour la note. Il n’enseigne pas que la langue, mais une clé pour ouvrir la porte vers la société québécoise. C’est notamment ce qu’il aime dans son travail, expose ce polyglotte qui enseigne depuis 2000, à l’exception d’un détour de sept ans au ministère.

La langue n’est pas « une question idéologique » entre les quatre murs de son cours : « La langue, ce n’est pas à moi de la juger, c’est à moi de la décrire, d’enseigner des choses que les gens vont dire dans différents contextes. »

Aussi bien dire qu’il embrasse la langue telle qu’elle est : vivante, changeante, agile, fonctionnelle et complexe à la fois.

Le courage des étudiants

Et il prend aussi ses étudiants là où ils sont. Beaucoup d’entre eux vivent une perte de statut social, conjuguent les cours à temps plein avec un travail, une famille et les tourments de l’exil, qu’il soit choisi ou imposé par les circonstances.

Parfois dès l’arrivée, parfois quelques années après, les étudiants des cours de francisation à temps plein ont tous fait le choix de se rasseoir sur les bancs d’école durant plusieurs mois. Tous des gens à qui « on offre de se poser dans une période souvent mouvementée de leur vie », dit Michel, qui se s’estime heureux de pouvoir vivre ces moments avec eux.

Pour apprendre une langue à l’âge adulte, il faut souvent se rendre vulnérable et se tromper devant toute la classe. La langue est une compétence « qu’il faut activer », dit Michel, pour qui répéter fait partie du quotidien.

« Pardon, Michel, les pays prennent-ils des grandes lettres ? » demande une étudiante. L’enseignant a déjà saisi qu’elle parle de lettres majuscules, un nouveau mot qu’elle écrit à la suite dans son carnet.

Il y en a beaucoup à aimer des caprices, des incongruités et certaines des incohérences de la langue de Tremblay. Les combinaisons de lettres : le « g » doux de girafe, qui devient dur devant le « o » et le a pour dire « garage », par exemple. Les lettres muettes à ne pas prononcer, comme dans le mot « cours ». Les lettres inexistantes, qui ne surgissent qu’à l’oral pour faire les liaisons, comme dans « les examens » ; le « d » de « quand » qui devient un « t » dans « quand est-ce que le cours finit ? ».

« Aujourd’hui » aussi, dont on n’aura pas assez d’aujourd’hui pour maîtriser l’orthographe.

Ils viennent des grandes villes du monde entier ; ont quitté leur poste de directrice des ressources humaines pour 15 pays ; ont dû interrompre leurs études à cause de la guerre ; ou voulu exercer leur profession au Québec où ils sont recherchés.

Au troisième jour de leur français naissant, ils comprennent déjà la journaliste qui s’invite à les visiter fréquemment en cours de francisation. Mais ce n’est qu’à force de patience, de courage et de répétitions qu’ils parviendront à vous raconter leur histoire.

Source: https://apple.news/ARrpddOu0QcCJksZSKe2ijg

Le plafonnement annoncé en immigration n’est qu’illusion

Certainement:

En se targuant d’enfin tenir compte de la capacité d’accueil du Canada et des provinces, déjà mise à rude épreuve, le gouvernement de Justin Trudeau prévoit maintenant de « stabiliser » ses cibles d’immigration… dans trois ans. Mais, d’ici là, la crise du logement, facteur principal de ce semblant d’ajustement libéral, ne se résorbera pas miraculeusement. La flexibilité exhibée traduit plutôt un entêtement persistant.

Les avertissements brandis par le Québec, voulant que l’éducation, la santé ainsi que l’offre de logement peinent à répondre à l’immigration pléthorique fédérale, sont maintenant partagés par d’autres provinces canadiennes. La population aussi s’en inquiète désormais. Un récent sondage révélait qu’un nombre record de citoyens croient que le Canada accueille trop d’immigrants (44 % des Canadiens, 37 % des Québécois).

Nonobstant, le fédéral maintient la hausse prévue encore deux ans : la cible passera à 485 000 immigrants en 2024 et à 500 000 en 2025. C’est l’année suivante que ce chiffre restera figé. Or, d’ici ce gel annoncé, ce sont 55 000 personnes arrivantes de plus que si le gouvernement avait stabilisé son accueil dès aujourd’hui aux 465 000 immigrants attendus cette année. Un ralentissement plus rapide aurait cependant renié les valeurs libérales, s’inquiétait-on dans ses rangs.

Les signaux étaient pourtant encourageants. Le plan stratégique pour l’immigration dévoilé cette semaine s’engageait à « chercher à intégrer la planification du logement et de la santé, et d’autres services importants, à la planification des niveaux d’immigration du Canada ». Le tout, « en collaboration étroite avec les provinces ». Le gouvernement Trudeau a même appuyé une motion bloquiste, non contraignante, l’appelant à revoir ses cibles d’accueil après consultation du Québec et des provinces « en fonction de leur capacité d’accueil ».

Mais ce nouvel arrimage, promis par Ottawa, ne se fera qu’a posteriori. Le fédéral persiste à ignorer les volontés d’accueil du Québec. La « consultation » fédérale ne servira qu’à répartir ce nombre de nouveaux arrivants fixé unilatéralement.

Qu’importe que des experts, comme ceux de la Banque TD, aient averti qu’un « choc de la demande » guette le filet social du Canada. Qu’importe aussi que la vérificatrice générale ait dénoncé l’embourbement du traitement des demandes d’immigration, qui s’éternise à 22 mois pour les immigrants économiques et à quatre ans pour les réfugiés. L’arrivée d’un demi-million de nouveaux arrivants par année n’aidera pas ce goulet d’étranglement.

Le gouvernement du Québec, de son côté, maintient ses cibles à 50 000 nouveaux arrivants pour les deux prochaines années. En comptabilisant les diplômés accueillis par le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), le chiffre annuel avoisinera les 60 000 immigrants.

S’y ajoutent cependant les centaines de milliers d’immigrants temporaires que Québec et Ottawa persistent à exclure de cette équation d’accueil. Ils sont, depuis deux ans, trois fois plus nombreux que les immigrants permanents.

Faute de gérer leur arrivée, Québec s’en remet à exiger pour certains la maîtrise du français, après avoir fait de même pour les immigrants économiques et ceux du PEQ. Quelque 35 000 travailleurs étrangers temporaires autres qu’agricoles devront dorénavant en faire la démonstration eux aussi pour renouveler leur permis au-delà de trois ans — comme tant de ces travailleurs venus pour pallier le manque de main-d’oeuvre le font.

François Legault voit dans la protection du français, et, de ce fait, de l’identité québécoise, sa « responsabilité historique ». L’immigration n’y est plus une menace, à ses yeux, mais elle est devenue un outil.

L’exigence de ce test de français semble toutefois embryonnaire. Ces travailleurs temporaires, déjà surmenés, auront-ils le temps et l’énergie de s’y consacrer ? Leurs employeurs seront-ils forcés de le leur permettre, ou simplement encouragés ? Les ressources de francisation seront-elles au rendez-vous ?

Les prochaines années diront si ces plafonnements de l’immigration suffiront à stabiliser aussi la pression sur le filet social appréhendée par les gouvernements. Avant d’en redébattre en campagnes électorales, puisqu’ils ont préféré présenter des plans pluriannuels écourtés.

Source: Le plafonnement annoncé en immigration n’est qu’illusion

Yakabuski: Ottawa’s latest immigration plans fail to move the needle, on housing and in Quebec

Another good analysis, bringing in the Quebec dimension:

Prime Minister Justin Trudeau’s government this week took a baby step toward recognizing its immigration policy needs some fixing by halting future increases in the number of permanent newcomers the country intends to accept.

Source: Ottawa’s latest immigration plans fail to move the needle, on housing and in Quebec

‘Abnormal’: Quebec says there are still too many asylum seekers entering the province

Of note. Many air travellers arrive in Montreal but still surprising so much less than Toronto. May reflect the presence or absence of direct flight connections or other factors.

She is correct, of course, in her critique of federal visa policies being too loose given the removal of the need to demonstrate sufficient funds and intent to return to their country of origin:

Quebec’s immigration minister says the number of asylum seekers entering the province is “abnormal.”

Christine Fréchette told reporters today that the federal government needs to do more to distribute would-be refugees across the country.

She says that since the closure of Roxham Road — the irregular land border crossing between Quebec and New York state — there are now too many asylum seekers showing up at the province’s airports.

Federal government statistics show that 17,080 people claimed asylum at Quebec airports between January and September of this year, more than double the second-highest province for airport claimants, Ontario.

Fréchette says Quebec has welcomed more asylum seekers so far this year than all other provinces combined, which was also true in 2022.

The minister also says Ottawa is too “loose” with the way it gives travel visas, saying many migrants are taking advantage of that pathway to claim asylum in the country.

Source: ‘Abnormal’: Quebec says there are still too many asylum seekers entering the province

Ottawa et Québec plafonnent leurs seuils d’immigration

Parallel approach but Quebec maintaining the current ceiling while the federal government does so in 2025.

Bloc leader Blanchet argues that levels are not fixed given that Parliament passed the Bloc motion that « de revoir ses cibles d’immigration dès 2024 après consultation du Québec, des provinces et des territoires en fonction de leur capacité d’accueil, notamment en matière de logement, de soins de santé, d’éducation, de francisation et d’infrastructures de transport, le tout dans l’objectif d’une immigration réussie ».

Translation: “To review its immigration targets as early as 2024 after consulting Quebec, the provinces and territories according to their reception capacity, particularly in terms of housing, health care, education, francization and transport infrastructure, all with the objective of successful immigration.”

La hausse constante du nombre d’immigrants temporaires force Ottawa et Québec à plafonner leurs seuils d’immigration pour les prochaines années. C’est ce qu’ont annoncé les deux ordres de gouvernement mercredi.

En plus du nombre record d’immigrants temporaires, la situation « volatile » du français contraint le gouvernement du Québec à limiter sa planification de l’immigration aux deux prochaines années. D’ici 2025, il choisit de maintenir ses seuils « réguliers » à 50 000 nouveaux arrivants par année, mais exclut les « diplômés » du Programme de l’expérience québécoise de son calcul.

Le premier ministre québécois, François Legault, et sa ministre de l’Immigration, Christine Fréchette, ont présenté en conférence de presse le plan gouvernemental en matière d’immigration pour la période 2024-2025. Contrairement à ce qui était prévu, le document, qui est le fruit de consultations menées en septembre à l’Assemblée nationale, ne contient pas de cibles pour 2026 et 2027.

« On va, pendant deux ans, regarder l’impact [de nos mesures]. En fonction de ces résultats-là, on prendra des décisions pour les années suivantes », a expliqué M. Legault. « La situation est volatile, a ajouté Mme Fréchette. On voit le nombre de résidents non permanents monter encore et encore. »

Même approche du côté d’Ottawa, qui a aussi annoncé un plafonnement de ses cibles d’immigration pour 2026. Le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marc Miller, a confirmé que le Canada accueillerait 500 000 nouveaux résidents permanents en 2026, soit la même cible que l’année précédente.

Il s’agit d’une première pause dans la tendance à la hausse des objectifs d’immigration des dernières années. Les cibles du gouvernement canadien annoncées l’an dernier prévoyaient l’accueil de 465 000 résidents permanents cette année, 485 000 en 2024 et 500 000 en 2025.

« En stabilisant le nombre de nouveaux arrivants, nous reconnaissons que le logement, la planification des infrastructures et la croissance durable de la population doivent être correctement pris en compte », a déclaré le ministre Miller lors de son annonce.

Le gouvernement canadien vise également une immigration francophone hors Québec de 6 % en 2024, 7 % en 2025 et 8 % en 2026 — des cibles beaucoup plus modestes que ce que plusieurs organisations réclament.

Le statu quo semblait se dessiner depuis quelques jours à Ottawa. Mardi, le ministre Miller affirmait déjà qu’il ne « voyait pas un scénario où on diminuerait les niveaux [d’immigration] » et que « le mot d’ordre, c’est une certaine stabilisation ».

Le français sous la loupe

Pour deux ans, et pour agir dans le dossier « déterminant » de la protection du français, le gouvernement Legault maintiendra pour sa part ses cibles « régulières » d’immigration permanente aux niveaux actuels. « C’est important, pour nous, pour arrêter, pour inverser le déclin du français, de se limiter à 50 000 », a dit le premier ministre mercredi.

À ce seuil de base s’ajoutera toutefois une dizaine de milliers d’immigrants non comptabilisés dans les seuils de Québec. En mai, la ministre de l’Immigration avait proposé que les immigrants issus du volet « diplômés du Québec » du Programme de l’expérience québécoise soient exclus du calcul des cibles. Elle ira de l’avant avec cette mesure. Selon les estimations du ministère, ces nouveaux arrivants seront environ 6500 en 2024. Un arriéré de 6600 personnes du milieu des affaires doit également être « écoulé » l’an prochain, ce qui porterait le nombre d’immigrants permanents à quelque 63 000 en 2024.

M. Legault assure que la montée en force dans les sondages du Parti québécois — qui propose une baisse des seuils — n’explique pas sa décision de maintenir la cible migratoire de base à 50 000 nouveaux arrivants. Le gouvernement a aussi dû prendre en compte la capacité d’accueil du Québec, a précisé Mme Fréchette.

Comme il l’avait laissé entendre au printemps, Québec soumettra les immigrants issus du Programme des travailleurs étrangers temporaires, à l’exception des travailleurs agricoles, à des exigences en français. Au renouvellement de leur permis de travail, ils devront démontrer une maîtrise du français de niveau quatre, c’est-à-dire être capables de « discuter avec leur entourage » de « sujets familiers », a précisé la ministre Fréchette.

Cette « avancée historique » n’est qu’une première étape, a assuré l’élue de la Coalition avenir Québec (CAQ). « Autour de 35 000 » résidents non permanents seront soumis à cette mesure, soit moins de 8 % des 470 000 temporaires recensés au Québec en juillet.

Le gouvernement Legault souhaite donc convaincre Ottawa d’exiger les mêmes connaissances aux immigrants de son Programme de mobilité internationale — ils sont 119 000 au Québec.

Dialogue vague avec Québec

La ministre Fréchette s’attendait à une réduction des cibles fédérales d’immigration. En conférence de presse, mercredi, elle a reproché à Ottawa de ne pas avoir considéré « la situation qui prévaut au Québec » en fixant ses propres seuils.

« Au niveau politique, il n’y a pas eu de consultation. Et, normalement, le gouvernement fédéral doit tenir compte des cibles d’immigration du Québec avant de s’avancer sur ses propres cibles », a-t-elle relevé.

Questionné à ce sujet, le ministre Miller a affirmé avoir parlé à deux reprises avec Mme Fréchette à propos de l’accueil des réfugiés, des travailleurs étrangers temporaires et des étudiants étrangers. « Oui, j’ai aussi parlé de nos attentes pour l’accueil des familles. […] Est-ce que je dis [la cible de] 500 000 à tout le monde ? Non, ce serait violer le privilège du Parlement », s’est-il défendu.

« Est-ce que c’était à la hauteur [des] attentes [de Québec] ? Je ne peux pas y répondre. On s’était parlé sachant la position publique de la CAQ sur les cibles du Canada », a-t-il ajouté.

En vertu de l’accord Canada-Québec, le Québec fixe ses propres niveaux d’immigration. Le printemps dernier, Christine Fréchette avait annoncé qu’elle mettrait deux scénarios à l’étude. L’un d’eux, qui augmenterait la cible en 2027 à 60 000 immigrants, rompt avec l’affirmation faite par François Legault durant la campagne électorale selon laquelle rehausser les seuils serait « un peu suicidaire » pour le statut du français au Québec. Le second scénario vise un maintien du statu quo à 50 000 immigrants permanents par année.

Toutefois, pour le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, les cibles annoncées mercredi ne peuvent pas être finales.

Mardi, M. Blanchet a notamment mis en avant une motion demandant au gouvernement « de revoir ses cibles d’immigration dès 2024 après consultation du Québec, des provinces et des territoires en fonction de leur capacité d’accueil, notamment en matière de logement, de soins de santé, d’éducation, de francisation et d’infrastructures de transport, le tout dans l’objectif d’une immigration réussie ».

La motion a été adoptée à l’unanimité à la Chambre mercredi, juste avant l’annonce du ministre Miller.

« [Le gouvernement] a voté pour [la motion], donc il est d’accord avec moi. […] Ses cibles actuelles ne peuvent pas être finales et permanentes, c’est lui qui l’a dit ! » s’est exclamé M. Blanchet.

Source: Ottawa et Québec plafonnent leurs seuils d’immigration

Encore trop d’obstacles pour les immigrants dans l’industrie de la construction

Of note. Likely similar difficulties in other provinces with the exception of language:

Difficultés avec la langue, complexité des démarches, problèmes liés au statut temporaire. Même en pleine pénurie de main-d’oeuvre, des immigrants qualifiés doivent affronter de nombreux obstacles qui freinent leur intégration dans l’industrie de la construction. C’est ce que relève une étude menée entre 2021 et 2022 auprès de quelque 250 répondants — immigrants, employeurs et acteurs du milieu, comme des syndicats — effectuée par des organismes de recherche-action affiliés à l’Université de Montréal.

Tout juste avant la pandémie, la Commission de la construction du Québec (CCQ), en partenariat avec la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrants et Conseil emploi métropole, avait décidé d’explorer de plus près la relation des immigrants avec cette industrie hautement réglementée. La CCQ a donc demandé au Centre de recherche et de partage des savoirs InterActions et à l’équipe de recherche ERASME d’en dresser le portrait.

Un portrait qui pourrait notamment nourrir les échanges actuels sur la réforme de la loi R-20, pilotée par le ministre du Travail, Jean Boulet, au moment où les associations patronales demandent plus de flexibilité au milieu. Selon les plus récentes données de l’Institut de la statistique du Québec, il y avait somme toute peu d’immigrants dans l’industrie de la construction en 2017, à peine 8,2 % de la main-d’oeuvre, ce qui place le secteur au 13e rang sur 14 parmi les autres industries, telles que le transport et l’entreposage (22,8 %) ou l’hébergement et la restauration (17,8 %).

« Mon premier constat c’était : “Mon Dieu que c’est compliqué pour les immigrants !” », a déclaré Marie-Jeanne Blain, professeure d’anthropologie et chercheuse principale de cette étude menée en collaboration avec Lucio Castracani.

À commencer par la lourdeur des démarches de reconnaissance professionnelle, un important frein à l’accès au marché du travail. « Savoir où il faut aller chercher la correspondance de mon diplôme… Savoir quelles cartes il faut pour travailler. Pourquoi il faut des cartes ? Tout ça, c’est compliqué à comprendre au début », relate Jérémie, un immigrant charpentier-menuisier qui témoigne dans l’étude.

Pour Mme Blain, ce n’est pas l’information qui manque, mais l’accompagnement personnalisé. « Par exemple, il y a plusieurs voies d’entrée pour faire reconnaître ses acquis. Juste de savoir par laquelle on passe, c’est compliqué », affirme-t-elle. « Ça n’existe pas, une personne-ressource spécialisée pour les immigrants en construction. »

Difficultés et découragement

Toute cette complexité semble aussi décourager certaines entreprises, qui cherchent de la main-d’oeuvre prête à travailler sur-le-champ. « Il y a des employeurs qui voudraient que le travailleur soit opérationnel demain matin », dit la chercheuse. Et parfois, souligne-t-elle, après des mois de démarches pour recruter un travailleur à l’étranger, celui-ci peut se voir refuser son permis de travail par un agent des services frontaliers à l’aéroport. « On a eu des cas où des employeurs avaient embauché cinq travailleurs, mais il n’y en a que deux qui ont réussi à passer », dit-elle. Tant pour l’employeur que pour le travailleur migrant, la prise de risques est grande, ajoute-t-elle.

D’où la recommandation de simplifier les démarches pour le recrutement à l’étranger et d’offrir des services d’accompagnement aux entreprises. « Pour l’agriculture, je crois qu’ils ont des visas spéciaux », a mentionné dans le rapport Jean-Philippe, un employeur qui a tenté — en vain — de recruter en Amérique latine. « Je ne sais même pas si ça existe pour la construction, mais je suis sûr que c’est plus simple en agriculture qu’en construction. »

Les travailleurs temporaires sont quant à eux à la merci des délais et des procédures pour l’obtention et le renouvellement de leur permis de travail. Certains programmes, comme la Reconnaissance des acquis et des compétences, sont moins accessibles pour des immigrants non permanents, qui doivent souvent faire une croix sur leur reconnaissance professionnelle.

Le statut temporaire peut aussi ouvrir la porte à des abus. Recruté par une entreprise de Chaudière-Appalaches comme travailleur temporaire avec un permis fermé, Carlos, un soudeur d’origine mexicaine, s’est rendu compte que lui et d’autres collègues ayant le même statut étaient moins bien payés que les autres soudeurs, bien qu’ils effectuaient exactement les mêmes tâches.

« On a eu un cas d’un travailleur qu’[un employeur] avait fait venir d’Amérique latine et qui, une fois arrivé ici, a été mis à pied parce qu’il ne parlait pas français », souligne Marie-Jeanne Blain.

Le français, facteur discriminant

La langue française a d’ailleurs été pointée comme un élément influençant énormément l’intégration d’un travailleur migrant. « Ça fait consensus. La communication joue un grand rôle », a indiqué la chercheuse. C’est d’abord le cas pour les employeurs, pour qui la maîtrise du français se présente comme une question de santé et de sécurité au travail.

Quant aux immigrants, la non-maîtrise de la langue de Molière peut être un « facteur discriminant », tant pour la reconnaissance des compétences — la traduction des documents, notamment, coûte très cher — que l’accès et le maintien à l’emploi et l’avancement professionnel. « [Elle] peut entraîner un processus de marginalisation professionnelle », révèle l’étude, qui documente des cas où des immigrants allophones n’ont pas été en mesure d’intégrer le secteur réglementé et protégé par des syndicats.

Diego, un résident permanent péruvien, raconte avoir voulu profiter du fait qu’il avait son certificat de compétence pour sortir de l’industrie « non régie » après avoir fait une formation en santé et sécurité de l’ASP Construction. Il en a été incapable en raison de son niveau de français. « Ils me disent […] : “Si je t’envoie faire un mur, ou faire une coupe ou quelque chose… Tu ne vas pas savoir comment faire” », témoigne-t-il dans l’étude.

Pedro, lui, dit ne jamais s’être senti intégré dans son équipe de couvreurs. « Tu peux avoir beaucoup de connaissances, mais si tu ne connais pas la langue, ils ne vont jamais bien t’intégrer. Ça sera toujours un enjeu. »

Une trentaine de recommandations découlent du rapport commandité par la CCQ, allant d’un accompagnement individualisé pour les immigrants jusqu’à la création de ponts entre les divers acteurs, ceux de l’industrie, mais aussi les institutions publiques et les organismes communautaires. « Je ne mets pas mes lunettes roses, mais j’ai été agréablement surprise de constater la bonne volonté des partenaires et de voir à quel point les employeurs voulaient bien faire les choses », conclut Marie-Jeanne Blain, qui espère que ses travaux pourront inspirer la réforme prochaine de la loi.

Source: Encore trop d’obstacles pour les immigrants dans l’industrie de la construction

Le recrutement du Québec à l’étranger est vu d’un œil critique par des pays sources

No better nor worse than others, but with real implications for source countries:

Le Québec pige dans les forces vives des pays étrangers, y compris dans des secteurs névralgiques comme la santé, et le plus souvent sans invitation officielle. Les ambassadeurs du Maroc et du Bénin ainsi qu’un recruteur à l’étranger souhaitent envoyer un signal au gouvernement québécois.

Tous reconnaissent que l’exode des cerveaux, un phénomène aussi connu sous le terme de brain drain en anglais, existe depuis longtemps. À une différence près : ce sont aujourd’hui des gouvernements qui font directement du recrutement, comme celui du Québec, sans toujours en demander l’autorisation ou offrir une contrepartie.

« Du côté des gouvernements qui recherchent cette main-d’oeuvre, ces compétences, il devrait y avoir une certaine retenue et une réflexion », affirme l’ambassadrice du Maroc au Canada, Souriya Otmani.

Après le terrible tremblement de terre qui a frappé le Maroc en septembre dernier, les médias locaux ont rapporté que les hôpitaux manquaient de personnel, une pénurie déjà aiguë et aggravée par une saignée des professionnels encouragée par des pays recruteurs.

Trois jours plus tard, une page officielle du gouvernement du Québec annonçait sans gêne une séance d’information pour ceux souhaitant immigrer dans la province, avec à la clé des emplois dans le secteur de la santé.

Le peu de ressources humaines « dont nous avons un besoin impérieux » est « pompé de manière un peu cynique par des partenaires qui sont déjà beaucoup plus développés », indique quant à lui l’ambassadeur de la République du Bénin au Canada et aux États-Unis, Jean-Claude do Rego.

La santé et l’éducation sont des domaines de préoccupation pour les deux officiels, alors que d’autres professions techniques les inquiètent moins. « Oui, il y a certaines catégories professionnelles où il y a un surplus, et le Maroc cherche à assurer des débouchés, y compris à l’étranger », explique la diplomate marocaine.

Il existe pour ces domaines des canaux officiels de recrutement « tout à fait légaux », comme l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC) au Maroc. Cette agence nationale prend cependant garde de ne pas promouvoir l’exode dans « des secteurs très sensibles », comme la santé, avance Mme Otmani. Elle tient à préciser qu’elle ne donne que son point de vue, tout en admettant que le sujet est régulièrement abordé dans plusieurs arènes politiques et économiques au pays.

L’exode des infirmières, des aides-soignantes, des médecins ou des préposés est une « perte sèche pour un pays en plein développement comme le nôtre, qui a besoin de toutes ses ressources humaines qualifiées », ajoute-t-elle.

Des pays en situation critique

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) publie depuis 2020 une liste rouge des pays dont les systèmes de santé sont les plus vulnérables, afin d’alerter les pays recruteurs.

Québec recrute directement des personnes au Bénin, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Togo et au Sénégal, des pays qui figurent sur la Liste de soutien et de sauvegarde du personnel de la santé. À défaut de pouvoir l’interdire, l’OMS demande aux gouvernements recruteurs d’adhérer à un certain code de conduite et de passer des ententes avec les bassins de travailleurs.

L’ambassadeur do Rego ne vise pas expressément les efforts du Québec dans son pays d’origine, mais il croit que la province est bien positionnée pour « trouver de meilleures modalités » afin que ce type d’échange « puisse rester compatible avec les besoins de développement de la société qui laisse partir ses talents », expose-t-il.

Ce pays d’Afrique de l’Ouest finance l’éducation publique, y compris des formations postsecondaires. Or, comme l’indignation autour des médecins québécois qui vont pratiquer ailleurs, cette « équation économique nationale est négative », indique quant à lui Yves Legault, vice-président exécutif ISA Immigration et Recrutement.

« Le discours politique est : “Pas de problème, on va aller chercher des infirmières à l’étranger.” Mais on n’a pas payé pour leur éducation et il n’y a aucun mécanisme de retour. Il y a une iniquité flagrante dans ce modèle migratoire », martèle M. Legault, qui est également consul honoraire du Bénin à Toronto.

Solutions

Bien sûr, pas question d’empêcher la mobilité internationale, disent-ils tous. « Mais comment peut-on rendre moins pénibles les tensions » sur un système déjà fragilisé ? demande M. do Rego.

Les gens formulent eux-mêmes le désir d’aller vivre à l’étranger, reconnaît Yves Legault, dans la « recherche d’une vie meilleure pour eux, mais surtout pour leurs enfants ». Si toutefois les conditions étaient réunies dans leur pays d’origine, « ils n’auraient pas à s’expatrier ». Le défi est donc d’aider à « construire des opportunités » dans leur pays d’origine, à l’heure où les pays occidentaux montrent un certain désintérêt pour la coopération internationale.

« Je ne suis pas manichéen. Je comprends les raisons fondamentales pour lesquelles certains pays trouvent cette solution à leurs problèmes », affirme l’ambassadeur du Bénin, qui invite à « trouver une solution de compromis ».

Il évoque notamment la volonté de son gouvernement depuis plusieurs années d’obtenir un plus grand nombre de places à coût réduit dans le système éducatif au Québec. Les étrangers paient en effet des droits de scolarité beaucoup plus élevés que les citoyens ou les résidents permanents, mais des bourses pour en être exonérés existent. « Nous ne bénéficions que d’un quota de dix bourses, alors que nous avons 50 fois plus de demandes », illustre-t-il.

La réflexion est aussi déjà lancée au Maroc et au Bénin pour trouver des incitatifs à rester là-bas, en améliorant les conditions salariales.

Elle donne l’exemple d’une entente avec l’Allemagne, qui prévoit une formation pour les travailleurs marocains et un retour éventuel dans leur pays d’origine. « Personne ne va les obliger [à rentrer dans leur pays], mais on insiste dès le recrutement sur le fait que c’est une condition de départ, de manière que le Maroc bénéficie de cette formation aussi. »

Source: Le recrutement du Québec à l’étranger est vu d’un œil critique par des pays sources

Fraser: François Legault et les universités anglophones

Good column by former official languages commission Fraser:

Dans l’approche du gouvernement du Québec envers des institutions de la communauté anglophone, c’est difficile d’éviter l’impression qu’il y a une ignorance, et une méfiance, derrière ses gestes. L’attitude du premier ministre François Legault envers la communauté anglophone est un secret de polichinelle ; dans son mémoire, il a raconté ses batailles de rue avec les jeunes anglophones de l’Ouest-de-l’Île, et, dans son premier discours politique de candidat, il a rassuré les membres de l’association de comté du Parti québécois de sa hantise pour les Anglais.

M. egault a déjà parlé de la Coalition avenir Québec comme d’une version moderne de l’Union nationale de Maurice Duplessis, et les points de comparaison ne manquent pas. Comme Duplessis, il a créé son parti en regroupant nationalistes et conservateurs. Comme Duplessis, il accepte mal la critique, dénonçant le journaliste Aaron Derfel, de The Gazette, quand il a découvert les conditions invivables dans le CHSLD Herron.

Son caucus n’a que deux députés de l’île de Montréal, et un seul anglophone ; un miroir, 70 ans plus tard, de l’emprise électorale de Duplessis. (En fait, en 1954, Duplessis a gagné six sièges sur l’île de Montréal, trois fois plus que Legault en 2022.)

Cette hantise est parfois marquée par la peur. Dans sa campagne électorale de 2018, il a dit qu’il « s’est réconcilié avec le Canada », mais a exprimé la crainte que « nos petits-enfants ne parlent plus français » à cause de l’immigration. Pendant la même campagne, il a avoué qu’il croyait qu’un immigrant puisse devenir citoyen canadien en quelques mois, tandis que ça prend trois ans.

Comme réconciliation avec le Canada, on a déjà vu mieux. De toute évidence, les Canadiens sont perçus comme des étrangers. Des étrangers riches, par contre, qui peuvent financer les universités québécoises en payant presque six fois plus que les étudiants québécois pour s’inscrire aux universités québécoises, à McGill, à Concordia ou à Bishop’s. (Les étudiants arrivant de la France vont continuer de payer les mêmes frais de scolarité que les jeunes Québécois.)

Ce geste fait suite à d’autres qui révèlent une attitude négative envers la communauté anglophone, comme si cette communauté n’avait pas le droit de gérer ses propres institutions qet u’il n’existait que grâce à la bienveillance de la majorité francophone. Donc, le gouvernement a déjà annulé le financement pour l’expansion de Dawson College, a limité l’inscription dans les cégeps anglophones d’étudiants qui n’ont pas étudié en anglais et a imposé une exigence de trois cours en français pour les étudiants anglophones au cégep — ce qui chambarde la planification de crédits et l’organisation du personnel enseignant.

Mais tout cela n’était que des hors-d’oeuvre. Le plat principal a été annoncé la semaine passée. Au lieu de considérer les universités anglophones comme un actif pour le Québec, elles sont perçues par ce gouvernement comme un passif, comme une menace à la santé culturelle et linguistique de la majorité.

Au contraire, McGill est l’une des universités les plus respectées en Amérique du Nord et la seule université canadienne qui est bien connue aux États-Unis. Concordia est un peu le pendant anglophone de l’UQAM : c’est souvent l’université de la première génération qui poursuit des études postsecondaires. Et Bishop’s joue un rôle particulier comme petite université avec une culture innovatrice et intime.

On se plaît souvent à dire au Québec que la minorité anglophone est la mieux traitée au Canada. Mais il n’y a aucune province, sauf le Québec, qui a fait un effort systématique au cours des dernières décennies pour affaiblir les institutions de la minorité. En Ontario, on est en train de bâtir une nouvelle université francophone, l’Université de l’Ontario français, qui a accueilli sa première cohorte en septembre 2021. Au Manitoba, le collège St. Boniface est devenu l’Université Saint-Boniface. Au Nouveau-Brunswick, l’Université de Moncton a célébré cette année son 60e anniversaire.

Historiquement, le mécénat ne faisait pas partie de la tradition francophone au Québec. Dans son mémoire Mes grandes bibliothèques. Mes archives, mes mémoires le bibliothécaire et archiviste Guy Berthiaume raconte comment il a travaillé pour faire sa marque dans le domaine de campagnes de finance3ment pour les universités francophones québécoises. « La collecte de fonds professionnelle, systématique et assumée était, jusqu’au début des années 1980, absente des universités francophones et elle faisait l’objet d’encore de beaucoup de préjugés dans les milieux intellectuels », écrit-il.

Par contre les universités anglophones y travaillent depuis le début de leur existence. Il y a, et il y a toujours eu, un effort soutenu pour créer un sentiment d’appartenance et de communauté chez leurs diplômés.

Maintenant, elles paient le prix de leur succès. Au lieu d’être valorisées et respectées comme des pôles d’attraction nationaux et internationaux, elles sont traitées avec mépris, comme des vaches à lait pour le réseau universitaire. Quelle honte !

Source: François Legault et les universités anglophones

Lisée: Les expulsions barbares

More Quebec commentary on the need for Quebec to exercise the same control over the IMP, whose numbers have ballooned as elsewhere in Canada, as it does for TFWP:

De mauvaises langues accusent le député Sol Zanetti d’avoir atteint le summum de l’exagération en gonflant, puis dégonflant, une balloune depuis son siège de l’Assemblée nationale jeudi dernier. Je ne suis pas d’accord. Juste avant, en point de presse, un autre député solidaire avait fait pire.

Au cas où on déclare atteinte, voire dépassée, la capacité d’accueil du Québec et qu’on veuille limiter le nombre d’immigrants temporaires au Québec, passés de 47 000 en 2007 à 470 000 cette année, il a dit ceci : « Si on définit qu’elle est remplie [la capacité d’accueil], on coupe qui ? On va commencer à faire des déportations massives ? On va commencer à dire que ces 100 000 là, qui sont de trop, peut-être, qui ont déménagé ici, qui ont eu des contrats, qui ont eu un logement, qu’on leur a donné un permis, qui travaillent dans le réseau de la santé et dans l’éducation… On va leur dire : “C’est terminé ? […] Vous savez quoi, là, on s’excuse, on vous a fait venir pour rien, on s’est trompé, finalement, on n’a pas la capacité de vous avoir” ? »

Je vais vous étonner. Il s’agit d’un député qu’on estimait jusque-là crédible et posé : Guillaume Cliche-Rivard. Il est avocat, expert en immigration. Comment peut-il ne pas savoir qu’on parle ici des temporaires qui, comme leur nom l’indique, sont bien temporaires. L’immense majorité des étudiants étrangers qui peuplent McGill et Concordia et anglicisent le centre-ville prennent la poudre d’escampette dès qu’ils ont leur diplôme en poche. L’immense majorité des travailleurs agricoles volent retrouver leur famille latino-américaine une fois la récolte terminée. Les autres savent tous que leur séjour affiche une date de péremption, ce à quoi ils ont librement consenti.

Bref, si on décidait, selon le chiffre évoqué, d’admettre désormais 100 000 personnes de moins, ce qui nous maintiendrait toujours à un niveau historiquement excessivement élevé, il suffirait d’attendre que ceux qui souhaitent repartir repartent et de ne donner des autorisations qu’à 370 000 candidats, plutôt que 470 000.

L’introduction du terme « déportation » dans un débat sur l’immigration qui se déroulait depuis quelques mois dans un contexte apaisé est simplement honteuse. S’il tient à sa crédibilité, Cliche-Rivard doit faire amende honorable.

Sur le fond, il affirme ne pas savoir si, oui ou non, notre capacité d’accueil est atteinte. Il voudrait qu’une équipe d’experts se penche sur la question. C’est une idée tellement bonne que je la proposais en 2018 lorsqu’on ne comptait sur le territoire que le quart du nombre de temporaires actuel.

On peut bien, comme le fait la ministre de l’Immigration, Christine Fréchette, par un appel de projets de recherche, en obtenir une analyse plus fine et régionalisée. Mais refuser d’admettre aujourd’hui que l’ajout depuis cinq ans de centaines de milliers de personnes supplémentaires aggrave les crises du logement, de la santé et des garderies me rappelle ceux qui, face aux méfaits du tabac ou du réchauffement climatique, réclamaient davantage d’études.

Heureusement, un grand nombre de Québécois ont entendu parler de la loi de l’offre et de la demande. Début octobre, 71 % d’entre eux (comme 68 % des Canadiens) ont déclaré au sondeur Ipsos qu’imposer un plafond d’admission aux étudiants étrangers serait une bonne façon de réduire la pression sur les logements abordables. Logiques, 75 % des Québécois (71 % des Canadiens) pensent qu’il faut revoir à la baisse les cibles d’immigration le temps que se résorbe la crise du logement. (Mémo au politburo de QS : ce sentiment est partagé par 66 % des 18-34 ans, votre électorat principal.)

Qui, parmi nous, à part les élus solidaires, figure parmi les dissidents de la loi de l’offre et de la demande ? Le gouvernement fédéral, bien évidemment. L’inénarrable ministre de l’Immigration, Marc Miller, a redit récemment qu’il fallait davantage d’immigrants pour construire davantage de logements. (Marc, ça ne marcherait que s’ils les bâtissaient avant d’arriver ou s’ils les emmenaient avec eux. Un pensez-y-bien.)

Plus terre à terre, son collègue Pablo Rodriguez, qui semble admettre l’existence d’un problème, a prétendu que l’augmentation du nombre de temporaires était la faute du Québec. Mme Fréchette affirme au contraire que c’est la faute du fédéral. Peut-on savoir qui remporte la palme de cet édifiant concours de Ponce Pilate ?

Mardi, dans ces pages, la spécialiste Anne-Michèle Meggs a mis clairement la responsabilité sur les épaules du Québec.

À l’exception des demandeurs d’asile, le Québec a indubitablement le pouvoir de réduire le nombre d’étudiants étrangers, qui comptent pour 44 % des temporaires, mais il ne le veut pas ; il a indubitablement le pouvoir de limiter le nombre de travailleurs temporaires (17 %), mais il ne le veut pas.

Sur le reste, les 36 % du Programme de mobilité internationale, Québec a omis d’exiger un droit de veto lors de sa création pendant l’ère Harper. Le gouvernement Legault — au pouvoir pendant l’explosion des temporaires et en possession depuis avril 2022 d’un rapport des experts Pierre Fortin et Marc Termotte l’avisant de sa « perte de contrôle » du dossier — a choisi de ne pas utiliser le levier à sa disposition : réclamer, comme le lui permet l’entente Canada-Québec, l’ouverture de discussions qui lui permettraient d’en reprendre le contrôle.

Bref, alors que 7 Québécois sur 10 savent que l’explosion du nombre d’immigrants rend intenable — et probablement insoluble — la crise du logement, entre autres, nous sommes en présence d’une opposition solidaire fantasmant sur des « déportations » massives et d’un gouvernement caquiste qui se prétend nationaliste, mais refuse d’utiliser les pouvoirs que détient déjà la nation.

Bref, bienvenue au Québec.

Jean-François Lisée a dirigé le PQ de 2016 à 2018. Il vient de publier Par la bouche de mes crayons, aux éditions Somme toute/Le Devoir. jflisee@ledevoir.com

Source: Les expulsions barbares

Le cours Culture et citoyenneté québécoise répond davantage à une commande politique qu’éducative

Plus ça change. But experts also need to be aware of how their background and ideological leanings can influence their expertise:

L’instauration d’un programme éducatif représente le bien commun d’une nation et concerne tous les citoyens. Il est donc particulièrement important de suivre un processus démocratique et transparent pour décider de ses orientations et de ses contenus. 

Ainsi, dans le cadre de changements à apporter à un programme d’enseignement, il est nécessaire de s’appuyer sur des avis d’experts reconnus de cette discipline, afin de comprendre les éventuels dysfonctionnements et les améliorations à y apporter, et ce, à partir d’une démonstration scientifique rigoureuse. Or, la transition du programme d’éthique et culture religieuse (ECR) vers le cours Culture et citoyenneté québécoise (CCQ) constitue un intéressant contre-modèle de ces principes, d’autant plus surprenant qu’il se présente comme un modèle d’éducation à la citoyenneté. 

Professeure en éducation à l’Université de Montréal et spécialiste du programme d’éthique et culture religieuse, je souhaite partager ici quelques réflexions sur la façon dont celui-ci, au Québec, a récemment été supprimé et remplacé par le cours Culture et citoyenneté québécoise. Certaines écoles ont déjà fait le choix d’offrir ce programme depuis septembre 2023, mais ce n’est qu’en 2024 qu’il sera enseigné de façon obligatoire dans toutes les écoles.

Une absence de délibération politique et citoyenne transparente

En janvier 2020, le ministre de l’Éducation du Québec d’alors, Jean-François Roberge, déclare sa volonté de réformer le cours ECR et, en particulier de réduire la culture religieuse qui occupe à ses yeux une place trop importante. Il souhaite la remplacer par l’éducation à la sexualité de même que par un ensemble de nouvelles thématiques. 

Il annonce mettre aussitôt en place un processus de consultation citoyenne par la diffusion d’un questionnaire en ligne et la possibilité pour toute personne de déposer un mémoire. Or, tout ce processus est marqué à chaque étape par une grande opacité de la part du ministère de l’Éducation. Il refuse non seulement de communiquer les résultats du questionnaire, mais aussi de rendre public les mémoires déposés par les citoyens et les associations et de diffuser les conclusions du bilan qu’il a lui-même réalisé sur l’enseignement du programme ECR dans les écoles. 

De plus, contrairement à ce qui avait été fait pour l’instauration du programme ECR, aucune commission parlementaire avec des auditions publiques n’est organisée, ni aucune délibération politique et citoyenne transparente n’est engagée pour discuter des contenus du nouveau programme CCQ. 

Cette façon de procéder, plutôt inhabituelle, témoigne d’une volonté du ministre d’imposer ses propres choix sans les soumettre à la discussion. Elle tend à accréditer l’idée que les résultats et les analyses qui ne vont pas dans le sens de ce que le gouvernement souhaite sont mis de côté. Le témoignage de la première responsable de la révision du programme au ministère de l’Éducation, qui a choisi de démissionner suite aux interventions répétées du cabinet ministériel, le montre clairement.

La délégitimation des experts

Lors de l’annonce de sa volonté de réviser le programme ECR et d’en supprimer la culture religieuse, le ministre Roberge affirme s’appuyer sur des avis d’experts. 

Cependant, il ne révèlera jamais qui sont ces spécialistes, sur quoi repose leur expertise et en quoi consistent précisément leurs analyses critiques. L’ouvrage que je viens de publier à ce sujetanalyse le contexte de ces critiques, tout particulièrement les différentes conceptions de la laïcité et des libertés de conscience et de religion, ainsi que les nombreux défis éducatifs que représente l’implantation d’un nouveau programme scolaire. 

Il montre que bon nombre d’études critiques du cours ECR, s’affranchissant aisément des critères qui guident la recherche scientifique, relèvent du discours militant et du registre de la dénonciation : le programme est tour à tour accusé d’inviter au relativisme religieux, mais aussi d’être un outil de propagande confessionnelle. Il est vu comme une imposition du multiculturalisme et une promotion des accommodements raisonnables, et est jugé comme portant atteinte aux libertés de conscience et de religion. 

Malgré leurs faiblesses, en particulier méthodologiques, ces discours ont tellement saturé l’espace médiatique qu’ils en sont venus à s’imposer comme une parole de vérité. Au même moment, dans les décisions ministérielles de modifier le programme ECR, on assiste à une mise à l’écart délibérée des spécialistes qui possèdent une réelle expertise, tant les universitaires experts de ce domaine que les enseignants, en particulier du secondaire. Ce sont pourtant eux qui mettent en œuvre au quotidien le programme dans les écoles. Ils ne sont ni consultés ni même informés en amont des décisions du ministre de l’Éducation. 

Même un avis d’une institution aussi importante que le Conseil supérieur de l’éducation, qui a pris le temps de mener une consultation sérieuse, est ignoré. Or, un programme d’enseignement devrait être élaboré sur la base d’analyses rigoureuses et bien informées. Ce n’est clairement pas le cas ici. Pour quelles raisons alors ignorer l’avis des experts et refuser la délibération scientifique et démocratique ? 

Un projet éducatif politique

Le but de cette réforme du programme ECR est à la fois d’exclure la culture religieuse du champ des connaissances scolaires et de réaffirmer un certain type de laïcité. 

Cette décision s’appuie sur les discours des associations militantes que sont le Mouvement laïque québécois et le groupe féministe Pour le droit des femmes, qui portent sur les religions un regard fort négatif, les considérant comme irrationnelles, archaïques, inégalitaires, sexistes. Ces groupes considèrent qu’il est préférable de ne plus en parler à l’école

De plus, ces associations jugent que la Loi 21, votée en 2019, qui proclame que l’État du Québec est laïque, est incompatible avec le cours ECR, comme si le respect de la laïcité exigeait l’invisibilisation du religieux, y compris dans le champ des connaissances scolaires. Pourtant, historiquement, l’étude des faits religieux comme objets de culture s’inscrit dans une perspective scientifique, voire laïque, qui la détache de ses ancrages confessionnels.

Par ailleurs le cours Culture et citoyenneté québécoise cherche à répondre à un grand nombre de problématiques sociales qui se trouvent dans l’air du temps : écocitoyenneté, citoyenneté numérique, prévention de la violence sexuelle, engagement politique, etc. Il s’inscrit dans une perspective où l’école est vue comme devant remédier à des problèmes de société jugés prioritaires à un moment donné. Il s’agit alors de promouvoir le développement chez les élèves de compétences comportementales et sociales, plutôt que cognitives, dans le but de favoriser des conduites considérées comme acceptables. 

Ce modèle relève davantage de la mission de socialisation de l’école que de celle de l’instruction. Le principe même de transmission aux élèves d’un noyau significatif de connaissances dans l’élaboration d’une culture humaniste, par exemple sur les religions, semble alors dépassé au profit du développement des compétences des jeunes, afin qu’ils deviennent des citoyens efficaces dans leur siècle.

Source: Le cours Culture et citoyenneté québécoise répond davantage à une commande politique qu’éducative