“Le chef du PQ se dit prêt à offrir une clause «grand-père» à certains immigrants”

A noter “l’ambiguïté:”:

“Paul St-Pierre Plamondon se dit ouvert à appliquer une clause de droits acquis à une partie des immigrants laissés en plan par l’abandon du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), mais il ne précise pas en quoi sa proposition se distingue de celle du gouvernement Legault.

« On est très ouverts à octroyer des clauses “grand-père” », a laissé tomber le chef du Parti québécois (PQ) au premier jour de sa réunion de caucus de la rentrée, à Saint-Georges, en Beauce. La veille, il avait tenu une poignée de rencontres avec des acteurs du milieu économique beauceron, abordant en priorité le sujet de l’abolition du PEQ.

En novembre dernier, le gouvernement de François Legault a mis fin à ce programme qui offrait depuis plusieurs années une voie rapide vers la résidence permanente aux travailleurs temporaires et aux étudiants étrangers du Québec. Il leur demande désormais de postuler au Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) — et donc de répondre à certains critères — s’ils désirent s’installer de manière permanente en territoire québécois.

“Depuis, nombre d’organismes des milieux économique, de l’immigration et du travail ont émis le souhait que le gouvernement accorde une clause de droits acquis aux personnes déjà établies au Québec. Lundi, le conseil municipal de Montréal a lui aussi fait cette demande, comme plusieurs villes et municipalités.”…

Source: “Le chef du PQ se dit prêt à offrir une clause «grand-père» à certains immigrants”

“Paul St-Pierre Plamondon says he is open to applying a clause of acquired rights to some of the immigrants left in the way by the abandonment of the Quebec Experience Program (PEQ), but he does not specify how his proposal differs from that of the Legault government.

“We are very open to granting “grandfather” clauses,” said the leader of the Parti Québécois (PQ) on the first day of his back-to-school caucus meeting in Saint-Georges, Beauce. The day before, he had held a handful of meetings with actors from the Beauceron economic community, primarily addressing the subject of the abolition of the PEQ.

Last November, the government of François Legault ended this program, which for several years had offered a fast path to permanent residence for temporary workers and international students in Quebec. It now asks them to apply for the Skilled Worker Selection Program (PSTQ) — and therefore to meet certain criteria — if they wish to settle permanently in Quebec territory.

“Since then, many economic, immigration and labor organizations have expressed the wish that the government grant a clause of acquired rights to people already established in Quebec. On Monday, the Montreal City Council also made this request, as did several cities and municipalities.”…

Lagacé: Les immigrants, le PEQ et nous

Good column in its general messaging and the impact of no grandfathering of those who had already applied under PEQ:

Un, une société vieillissante comme le Québec, qui fait peu d’enfants, a besoin d’immigrants pour s’assurer que dans 25 ans, dans 50 ans, il y aura suffisamment de citoyens pour financer les services… Et les soins aux vieux. On n’en sort pas.

Là-dessus, je vous invite à consulter une analyse de Gérald Fillion1 qui montre ce que la stagnation démographique nous réserve comme périls parce que nous accueillons moins d’immigrants que le reste du Canada.

Deux, notre société devra toujours se battre pour franciser ses immigrants. Ça peut être irritant pour certains immigrants, mais c’est comme l’hiver : ça vient avec le choix de vivre ici.

Trois, l’immigration diversifie une société, c’est un atout indéniable, à plein d’égards. Mais la diversification pour la diversification n’est pas une politique d’immigration digne de ce nom.

Quatre, je crois que la « capacité d’accueil » existe bel et bien. J’entends des voix progressistes affirmer que c’est un concept inventé et je ne suis pas d’accord. On ne peut pas créer des profs pour les classes d’accueil et on ne peut pas faire apparaître comme par magie des appartements.

Cinq, je crois que nous devons accueillir des réfugiés, des gens en danger dans leur pays. Il y a parmi eux une proportion de « faux » réfugiés qui tentent de se faire passer pour des réfugiés pour échapper à leur pays : la bureaucratie fédérale est trop lente pour traiter les dossiers et établir s’ils sont de « vrais » réfugiés.

Voilà, en cinq petits paragraphes, vous savez à peu près où je loge sur l’immigration.

Maintenant, je constate aussi qu’il y a un discours anti-immigration puissant partout en Occident, un discours qui a un écho au Québec. Ce discours influence les partis politiques qui veulent gouverner.

Le « grand remplacement », le « importe le tiers monde et tu deviendras le tiers monde », la « remigration » (qui préconise la déportation d’immigrants naturalisés) : tout ce discours qui était auparavant aux marges influence désormais la pensée sur l’immigration de citoyens qui ne sont pas des extrémistes.

Le discours alarmiste de l’extrême droite, répété sur tous les tons et sur tant de tribunes, finit par être recyclé par des partis de droite qui veulent éviter de se faire bouffer leur steak électoral par les partis d’extrême droite.

Les partis plus à gauche politisent aussi l’immigration. Quand Justin Trudeau a ouvert les vannes de l’immigration, la propulsant via divers programmes à des niveaux historiques, c’était aussi une réponse au discours anti-immigrants de la droite de la droite.

L’immigration est désormais hyper-polarisée, partout.

Aux États-Unis, l’immigration est un enjeu chaud depuis des décennies. Républicains et démocrates n’ont jamais pu trouver de terrain d’entente sur la façon de faire face aux entrées irrégulières à la frontière sud. Il y avait, en effet, un « free for all » à cette frontière.

De chaude, la question est devenue bouillante aux États-Unis. Ça a mené à ces politiques d’expulsion où la flicaille trumpiste de l’immigration pêche à la dynamite pour capturer et expulser des gens qui ont « l’air » non américains, en se fichant des droits des uns et des autres dans un contexte plus large d’érosion de l’État de droit aux États-Unis.

Nous n’en sommes pas là au Québec. Heureusement.

La CAQ n’est donc pas le Parti républicain de Trump. Resserrer des critères bureaucratiques ici et là n’est pas l’ICE portant un Kanuk sous nos latitudes boréales.

Mais la suspicion face à l’immigration, je trouve, nous fait prendre des décisions à la fois cruelles et contre-productives, ici.

Prenez le PEQ, le Programme de l’expérience québécoise. Il permettait à des immigrants, s’ils répondaient à certains critères – maîtrise du français, emploi, études –, d’embarquer sur la voie rapide vers la résidence permanente.

La CAQ a aboli le PEQ en novembre dernier. Certains immigrants, qui remplissaient les critères, qui avaient été attirés ici par l’État lors d’opérations de recrutement à l’étranger, se butent désormais à une porte close : le PEQ n’existe plus.

On les oriente vers une autre porte, celle du Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ).

Ce programme est plus restrictif, impose de nouveaux critères, fonctionne par tirage au sort.

Résultat : des gens qui ont choisi le Québec, qui ont planté ici leurs racines, qui parlent français… font désormais face à une incertitude. Certains ont liquidé leurs actifs, chez eux, pour miser sur le Québec, via le PEQ.

Et là, boum, la porte est fermée. Ils ont joué selon les règles du jeu. Nous avons changé les règles du jeu…

Et je trouve ça cruel en tabarslak.

Depuis, des voix2 s’élèvent pour demander une clause « grand-père » pour ceux qui étaient dans le pipeline du PEQ. Du maire de Québec à la mairesse de Montréal en passant par les patrons, les syndicats, des PME, le PLQ, QS et j’en passe : cette coalition disparate implore le ministre de l’Immigration Jean-François Roberge de rouvrir la porte du PEQ pour ceux qui étaient sur le balcon…

Réponse de M. Roberge, vendredi : Non, il n’y aura pas de clause de droits acquis. Cognez à la porte du PSTQ.

L’ambassadeur de France à Ottawa, Michel Miraillet, a récemment posé3 un regard tristement lucide sur la fin du PEQ, « symbole d’un basculement », selon le diplomate, basculement qui envoie un message dissuasif aux Français qui seraient tentés de choisir le Québec et le Canada : « On voit arriver des Français qui avaient décidé de tout vendre pour s’installer au Québec et qui, au bout de deux ans, se voient priés de quitter le pays. »

Bref, nos politiques d’immigration sont devenues tellement incohérentes, à cause de la politisation, que le Québec renonce à… des immigrants français !

On veut tellement apaiser des peurs – légitimes et souvent illégitimes – face à l’immigration en général qu’on se prive même d’immigrants français, ici où le français est censé être le bastion de notre petite société distincte en Amérique.

Humainement, c’est cruel, pour eux.

Collectivement, la démographie est têtue : nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis.

La facture va nous tomber dessus dans 25 ans : c’est après-demain, à l’échelle d’un peuple.

Source: Les immigrants, le PEQ et nous

One, an aging society like Quebec, which has few children, needs immigrants to ensure that in 25 years, in 50 years, there will be enough citizens to finance services… And care for the elderly. We don’t get out of it.

On this, I invite you to consult an analysis by Gérald Fillion1 which shows what demographic stagnation holds for us as dangers because we welcome fewer immigrants than the rest of Canada.

Two, our society will always have to fight to Frenchize its immigrants. It can be irritating for some immigrants, but it’s like winter: it comes with the choice of living here.

Three, immigration diversifies a society, it is an undeniable asset, in many respects. But diversification for diversification is not an immigration policy worthy of the name.

Four, I believe that the “capacity of reception” does exist. I hear progressive voices say that it is an invented concept and I do not agree. We can’t create teachers for reception classes and we can’t magically make apartments appear.

Five, I believe that we must welcome refugees, people in danger in their country. Among them, there is a proportion of “fake” refugees who try to pretend to be refugees to escape their country: the federal bureaucracy is too slow to process files and establish whether they are “real” refugees.

Here, in five small paragraphs, you know roughly where I am on immigration.

Now, I also see that there is a powerful anti-immigration discourse throughout the West, a discourse that has an echo in Quebec. This discourse influences political parties that want to govern.

The “great replacement”, the “import the third world and you will become the third world”, the “remigration” (which advocates the deportation of naturalized immigrants): all this discourse that was previously on the margins now influences thinking about the immigration of citizens who are not extremists.

The alarmist speech of the extreme right, repeated in all tones and in so many stands, ends up being recycled by right-wing parties that want to avoid having their electoral steak eaten by far-right parties.

The more left-wing parties also politicize immigration. When Justin Trudeau opened the floodgates of immigration, propelling it through various programs to historical levels, it was also a response to the anti-immigrant discourse of the right of the right.

Immigration is now hyper-polarized, everywhere.

In the United States, immigration has been a hot issue for decades. Republicans and Democrats have never been able to find common ground on how to deal with irregular entries at the southern border. There was, in fact, a “free for all” at this border.

From hot, the issue has become boiling in the United States. It has led to these expulsion policies where the Trumpist immigration cops fish for dynamite to capture and expel people who “look” non-American, not caring about the rights of each other in a broader context of erosion of the rule of law in the United States.

We are not here in Quebec. Fortunately.

The CAQ is therefore not Trump’s Republican Party. Tightening bureaucratic criteria here and there is not the ICE carrying a Kanuk under our boreal latitudes.

But suspicion of immigration, I think, makes us make decisions that are both cruel and counterproductive here.

Take the PEQ, the Quebec Experience Program. It allowed immigrants, if they met certain criteria – mastery of French, employment, studies – to embark on the expressway to permanent residence.

The CAQ abolished the PEQ last November. Some immigrants, who met the criteria, who had been attracted here by the State during recruitment operations abroad, now bump into a closed door: the PEQ no longer exists.

They are directed to another door, that of the Skilled Worker Selection Program (PSTQ).

This program is more restrictive, imposes new criteria, works by lottery.

Result: people who have chosen Quebec, who have planted their roots here, who speak French… are now facing uncertainty. Some have liquidated their assets, at home, to bet on Quebec, via the PEQ.

And there, boom, the door is closed. They played according to the rules of the game. We changed the rules of the game…

And I find it cruel in tabarslak.

Since then, voices2 have been raised to call for a “grandfather” clause for those who were in the PEQ pipeline. From the mayor of Quebec to the mayor of Montreal via bosses, unions, SMEs, the PLQ, QS and so on: this disparate coalition implores the Minister of Immigration Jean-François Roberge to reopen the door of the PEQ for those who were on the balcony…

Answer from Mr. Roberge, Friday: No, there will be no acquired rights clause. Knock on the door of the PSTQ.

The French Ambassador to Ottawa, Michel Miraillet, recently put3 a sadly lucid look at the end of the PEQ, “symbol of a changeover”, according to the diplomat, a change that sends a deterrent message to the French who would be tempted to choose Quebec and Canada: “We see the arrival of French people who had decided to sell everything to settle in Quebec and who, after two years, are asked to leave the country. ”

In short, our immigration policies have become so inconsistent, because of politicization, that Quebec renounces… French immigrants!

We want so much to appease fears – legitimate and often illegitimate – in the face of immigration in general that we even deprive ourselves of French immigrants, here where French is supposed to be the bastion of our distinct little society in America.

Humanly, it’s cruel to them.

Collectively, the demographics are stubborn: we saw the branch on which we are sitting.

The bill will fall on us in 25 years: it’s the day after tomorrow, on the scale of a people.

“La communauté musulmane de Québec déplore l’intransigeance du gouvernement”

A noter:

“Neuf ans se sont écoulés depuis la tuerie de la grande mosquée de Québec, mais des séquelles se font encore sentir, ravivées par les lois sur la laïcité adoptées par le gouvernement caquiste, qui « encouragent la xénophobie et le racisme », selon les leaders de la communauté musulmane de la capitale.

Le 29 janvier 2017, au moment où Alexandre Bissonnette faisait irruption au milieu de la prière pour ouvrir le feu sur les fidèles, une fillette se tenait entre le tireur et ses victimes. « C’est ma fille. Elle avait huit ans », a raconté mercredi Nizar Ghali, blessé par deux balles à l’abdomen lors de la tragédie.

Le père de famille, ce soir-là, a frôlé la mort sous les yeux de son enfant. Dans les jours qui ont suivi l’attaque, pendant que la ville se recueillait, consternée, et pleurait les six défunts, Nizar Ghali, lui, luttait pour sa vie à l’hôpital, plongé dans le coma.

Aujourd’hui tiré d’affaire — « le corps va bien, l’esprit va quand même assez bien aussi », précisait-il mercredi au Devoir à la veille des commémorations —, il travaille à combattre les « amalgames » qui font le lit, à son avis, du racisme et de la xénophobie.

“Et il en a long à dire sur la vision de la laïcité promue par le gouvernement caquiste. La loi 21 sur l’interdiction des signes religieux et son expansion dans les garderies subventionnées par l’État prévue par le projet de loi 9 passent mal. « Les femmes voilées se sentent lésées par ces lois-là parce qu’elles estiment qu’[elles] sont faites spécifiquement pour elles », explique le docteur diplômé de l’Université Laval. « Pour nous, ça envoie le message que l’État ne veut pas que la femme musulmane prenne de l’expansion dans la société. »

Sa fille, aujourd’hui âgée de 17 ans, a décidé de porter le hidjab. Le père, lui, craint que ce choix ne constitue un obstacle à son épanouissement.

« Ce n’est pas le passé qui nous inquiète, c’est l’avenir, confie Nizar Ghali. Elle arrive à l’âge où tout le monde commence à entrevoir un petit peu son avenir. Il est encore trop tôt pour savoir quel genre de job elle va chercher ou quel domaine d’études elle va poursuivre, mais si elle rencontre des embûches, c’est sûr que ça va être de plus en plus difficile pour elle. Si, au contraire, elle trouve une société qui l’accueille comme elle est, je présume que ça va la soulager après ce qu’elle a vécu. »”…

Source: “La communauté musulmane de Québec déplore l’intransigeance du gouvernement”

“Nine years have passed since the killing of the Great Mosque in Quebec City, but sequelae are still being felt, revived by the laws on secularism adopted by the Caquist government, which “encourage xenophobia and racism,” according to the leaders of the capital’s Muslim community.

On January 29, 2017, when Alexandre Bissonnette broke into the middle of prayer to open fire on the faithful, a girl stood between the shooter and his victims. “She’s my daughter. She was eight years old, “said Nizar Ghali on Wednesday, wounded by two bullets in the abdomen during the tragedy.

The father of the family, that evening, come close to death before the eyes of his child. In the days following the attack, while the city was gathering, dismayed, and mourning the six deceased, Nizar Ghali was fighting for his life in the hospital, immersed in a coma.

Today out of trouble – “the body is fine, the mind is still quite well too,” he said Wednesday at Le Devoir on the eve of the commemorations – he is working to fight the “amalgams” that make the bed, in his opinion, of racism and xenophobia.

“And he has a lot to say about the vision of secularism promoted by the Caquist government. Bill 21 on the prohibition of religious signs and its expansion into state-subsidized daycare centers provided for by Bill 9 is doing badly. “Women with veils feel aged by these laws because they believe that [they] are made specifically for them,” explains the doctor graduated from Université Laval. “For us, it sends the message that the State does not want Muslim women to expand in society. ”

His daughter, now 17 years old, decided to wear the hijab. The father, for his part, fears that this choice will be an obstacle to his development. “It’s not the past that worries us, it’s the future,” says Nizar Ghali. She reaches the age where everyone begins to see a little bit of her future. It is still too early to know what kind of job she will look for or what field of study she will pursue, but if she encounters pitfalls, it is certain that it will be more and more difficult for her. If, on the contrary, she finds a society that welcomes her as she is, I assume that it will relieve her after what she has experienced. “…

ICYMI – Bouchard: Quand l’espoir vient des citoyens

Always worth reading:

« En haut, en haut ! C’est un grand concept sociologique sophistiqué, ça, en haut ! », s’exclame-t-il d’un ton faussement bourru. Me sentant désarçonné au bout du fil, il éclate d’un grand rire.

Le ton est donné : interviewer Gérard Bouchard sera tout sauf ennuyant. Ce monument de l’histoire et de la sociologie a codirigé la fameuse commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, a enseigné à Harvard, a écrit de nombreux ouvrages. Et à 81 ans, le sociologue chéri des Québécois est vif, drôle, versant autant dans l’autodérision que dans les critiques acerbes.

Des critiques qu’il dirige beaucoup vers le gouvernement du Québec actuellement. C’est là, « en haut », qu’il déplore les plus grandes dérives. Mon intention n’était pas nécessairement d’amener mon interlocuteur dans l’arène politique, mais il y a sauté lui-même à pieds joints.

Lorsque je lui demande ce qu’il souhaite collectivement aux Québécois pour 2026, sa réponse est immédiate.

« Je souhaiterais que tout le débat sur l’identitaire perde enfin de l’actualité. L’identitaire est un sac vide. Cette affaire-là ne va nulle part. C’est un débat qui divise, mais qui n’ouvre pas sur grand-chose. »

— Gérard Bouchard

Il enchaîne en dénonçant la désinvolture avec laquelle, selon lui, le gouvernement Legault écarte les droits fondamentaux pour imposer sa vision de la laïcité.

« Ça relève d’un sentiment antireligieux, je ne vois pas autre chose, dit-il. L’idée qu’une société, pour être laïque, doit repousser le religieux dans ses derniers retranchements pour qu’il ne soit finalement plus visible du tout… Ce n’est pas un idéal pour une société, ça ! Ou alors, si c’est un idéal, ça en est un qui repose essentiellement sur la violation d’un droit fondamental. »

« On vit encore sur cette espèce de revanche que l’on prend contre les abus du clergé que notre société a subis jusqu’au milieu du XXsiècle, analyse-t-il. On avait de sacrées bonnes raisons de le faire, on a beaucoup souffert. Mais là, il faudrait en finir avec ça. On ne va quand même pas vivre sur ce ressentiment de génération en génération ! »

Je lui fais remarquer que bien des Québécois sont d’accord avec un renforcement de la laïcité au nom de l’égalité entre les hommes et les femmes.

« On en est venu à percevoir que les deux sont incompatibles, déplore-t-il. Que pour défendre les droits des femmes, il faut faire reculer le religieux ! »

Le sociologue estime que la loi 21 sur l’interdiction du port de signes religieux par les enseignants ainsi que les projets de loi visant à élargir cette loi aux éducatrices de garderie, notamment, sont dangereux pour notre vivre-ensemble.

« Le dommage que ce gouvernement va causer chez les musulmans, chez les jeunes musulmanes… Ces gens-là ne sont quand même pas des monstres ! Ce sont simplement des croyants. »

S’il dénonce les dérives « en haut », Gérard Bouchard reprend espoir en regardant « en bas », c’est-à-dire du côté des citoyens. C’est là qu’il observe des exemples du modèle d’intégration qu’il prône depuis longtemps : l’interculturalisme.

Brève parenthèse théorique. Là où l’assimilation cherche à effacer les différences et où le multiculturalisme laisse se développer des cultures séparées et souvent isolées, l’interculturalisme prône l’intégration à une culture et une langue communes, mais avec un respect de la différence et des droits de chacun. Un modèle qui implique aussi des échanges et une curiosité envers l’autre.

« Il y a un paquet d’institutions qui l’ont appliqué à leur niveau, que ce soit dans les écoles primaires ou secondaires », observe Gérard Bouchard. …

Source: Quand l’espoir vient des citoyens

L’immigration se régionalise au Québec, The immigration shift away from Canada’s three biggest cities

Of note:

“Le dernier bilan démographique des régions laisse entrevoir une répartition accrue de l’immigration aux quatre coins du Québec. Si Montréal attire encore la majorité des nouveaux arrivants, les autres régions obtiennent une part de plus en plus grande du gâteau. La régionalisation tant souhaitée depuis des décennies est-elle en voie de se réaliser ?

La part des immigrants permanents s’installant à Montréal a de nouveau reculé, passant de 48 à 45 % sur un an, selon les données publiées mercredi par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) pour la période allant du 1er juillet 2024 au 1er juillet 2025.

Il y a 20 ans, cette proportion était de 75 %.

Après Montréal, c’est la Montérégie (13,2 %) et la Capitale-Nationale (12,8 %) qui attirent le plus les nouveaux arrivants, suivies de Laval (5,2 %), de l’Outaouais (4,6 %) et de Chaudière-Appalaches (3,6 %).

Dans le même bilan, on remarque aussi que dans 11 des 17 régions du Québec, le nombre de nouveaux immigrants admis à titre de résidents permanents a été le plus élevé depuis que les données sont disponibles, soit depuis 2001.

“Le dernier bilan démographique des régions laisse entrevoir une répartition accrue de l’immigration aux quatre coins du Québec. Si Montréal attire encore la majorité des nouveaux arrivants, les autres régions obtiennent une part de plus en plus grande du gâteau. La régionalisation tant souhaitée depuis des décennies est-elle en voie de se réaliser ?

La part des immigrants permanents s’installant à Montréal a de nouveau reculé, passant de 48 à 45 % sur un an, selon les données publiées mercredi par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) pour la période allant du 1er juillet 2024 au 1er juillet 2025.

Il y a 20 ans, cette proportion était de 75 %.

Après Montréal, c’est la Montérégie (13,2 %) et la Capitale-Nationale (12,8 %) qui attirent le plus les nouveaux arrivants, suivies de Laval (5,2 %), de l’Outaouais (4,6 %) et de Chaudière-Appalaches (3,6 %).

Dans le même bilan, on remarque aussi que dans 11 des 17 régions du Québec, le nombre de nouveaux immigrants admis à titre de résidents permanents a été le plus élevé depuis que les données sont disponibles, soit depuis 2001.

« Les migrations internationales occupent un rôle accru dans le bilan démographique de certaines régions où, il n’y a pas si longtemps, “l’immigration jouait un rôle assez mineur, notamment dans les régions plus éloignées des grands centres. Dans les dernières années, ç’a été déterminant dans des régions comme l’Abitibi-Témiscamingue, la Côte-Nord, le Saguenay–Lac-Saint-Jean », observe Martine St-Amour, démographe à l’ISQ.



Sans l’immigration, la plupart des régions vivraient une décroissance démographique.”.

Source: “L’immigration se régionalise au Québec”

“The latest demographic assessment of the regions suggests an increased distribution of immigration across the world of Quebec. While Montreal still attracts the majority of newcomers, the other regions are getting an increasingly large share of the cake. Is the regionalization that has been longed for decades in the process of being realized?

The share of permanent immigrants settling in Montreal has declined again, from 48 to 45% over a year, according to data released Wednesday by the Institut de la statistique du Québec (ISQ) for the period from July 1, 2024 to July 1, 2025.

20 years ago, this proportion was 75%.

After Montreal, it is the Montérégie (13.2%) and the Capitale-Nationale (12.8%) that attract the most newcomers, followed by Laval (5.2%), the Outaouais (4.6%) and Chaudière-Appalaches (3.6%).

In the same assessment, we also note that in 11 of the 17 regions of Quebec, the number of new immigrants admitted as permanent residents has been the highest since the data is available, since 2001.

“The latest demographic assessment of the regions suggests an increased distribution of immigration across the world of Quebec. While Montreal still attracts the majority of newcomers, the other regions are getting an increasingly large share of the cake. Is the regionalization that has been longed for decades in the process of being realized?

The share of permanent immigrants settling in Montreal has declined again, from 48 to 45% over a year, according to data released Wednesday by the Institut de la statistique du Québec (ISQ) for the period from July 1, 2024 to July 1, 2025.

20 years ago, this proportion was 75%.

After Montreal, it is the Montérégie (13.2%) and the Capitale-Nationale (12.8%) that attract the most newcomers, followed by Laval (5.2%), the Outaouais (4.6%) and Chaudière-Appalaches (3.6%).

In the same assessment, we also note that in 11 of the 17 regions of Quebec, the number of new immigrants admitted as permanent residents has been the highest since the data is available, since 2001.

“International migration plays an increased role in the demographic balance of certain regions where, not so long ago, “immigration played a rather minor role, especially in regions further away from major centers. In recent years, this has been decisive in regions such as Abitibi-Témiscamingue, Côte-Nord, Saguenay–Lac-Saint-Jean, “observes Martine St-Amour, a demographer at the ISQ.

Without immigration, most regions would experience a demographic decline.”

At the national level, The immigration shift away from Canada’s three biggest cities:

Canada’s three largest metropolitan areas once together attracted the vast majority of new immigrants to Canada, but a combination of eroding affordability and the influx of international students to smaller cities has sent the three cities’ share of new immigrants to a record low.

Over the 12 months ending in mid-2025, the three census metropolitan areas of Toronto, Vancouver and Montreal attracted a combined 46 per cent of new immigrants, down from close to 80 per cent two decades earlier, according to municipal-level population estimates released by Statistics Canada.

Across Canada, the number of new immigrants is in decline as Ottawa tightens its immigration rules, falling 6.2 per cent between 2023-24 and 2024-25. But the drops in Toronto and Vancouver were particularly steep, declining 10 per cent and 14 per cent, respectively. 

The decline in the large cities’ share of new immigrants is explained, in part, by the number of international students who attended college or university outside of the three major metro areas, then later obtained permanent residency in those smaller locales, said Mike Moffatt, an economist and founding director of the Missing Middle Initiative at the University of Ottawa.

But the declining share is part of a broader population slowdown for Canada’s largest urban centres, with growth in Toronto and Vancouver in particular coming to a standstill. 

Nicolas | Maintenant… l’avenir du Québec

Lot’s of various commentary, with this one focussing on the polarization on identity issues Legault engendered:

…“Des ministres comme Jean-François Roberge, Simon-Jolin Barrette et Bernard Drainville semblent particulièrement à l’aise avec l’aspect plus « identitaire » de la coalition. Je soupçonne fortement des ministres comme Mathieu Lacombe, Eric Girard ou Sonia LeBel de nourrir ailleurs leur passion pour la chose publique. Je ne sais pas si Kateri Champagne Jourdain est particulièrement à l’aise avec le traitement réservé aux Premiers Peuples dans le projet de Constitution québécoise. Je mettrais ma main au feu que le discours de certains collègues sur l’immigration ou sur le filet social a travaillé la solidarité ministérielle d’un Lionel Carmant, bien avant que le débat sur la rémunération des médecins ne soit lancé.

Le premier ministre a démissionné en reconnaissant que les Québécois veulent du changement. Sa succession doit être libre de prendre ses distances par rapport à certaines de ses idées, méthodes, discours ou approches. La course au leadership qui s’organise devra certainement être libre d’en débattre.

“Si la CAQ veut se donner une chance de se renouveler, la première étape, c’est de ne pas lier les mains de sa succession à un agenda législatif qui non seulement polarise inutilement et crée de potentiels dommages à notre état de droit, mais n’aura pas réussi à faire ce pour quoi il a été pensé : sauver François Legault et son parti. Il faut proroger le Parlement durant la course, se donner au moins l’option de repartir sur du neuf.”

Source: Chronique | Maintenant… l’avenir du Québec

“Ministers like Jean-François Roberge, Simon-Jolin Barrette and Bernard Drainville seem particularly comfortable with the more “identity” aspect of the coalition. I strongly suspect ministers like Mathieu Lacombe, Eric Girard or Sonia LeBel of nurturing their passion for public affairs elsewhere. I don’t know if Kateri Champagne Jourdain is particularly comfortable with the treatment reserved for the First Peoples in the Quebec Constitution project. I would put my hand on the fire that the speech of some colleagues on immigration or the social net worked the ministerial solidarity of a Lionel Carmant, long before the debate on the remuneration of doctors was launched.

The Prime Minister resigned, acknowledging that Quebecers want change. His succession must be free to distance himself from some of his ideas, methods, speeches or approaches. The leadership race that is being organized will certainly have to be free to debate it.

“If the CAQ wants to give itself a chance to renew itself, the first step is not to bind the hands of its succession to a legislative agenda that not only polarizes unnecessarily and creates potential damage to our rule of law, but will not have succeeded in doing what it was designed for: saving François Legault and his party. We must extend the Parliament during the race, at least give ourselves the option to start again.”

Bouchard | Des vœux pour le Québec de 2026 [immigration]

A noter:

…Il y aurait beaucoup à faire sur le front de l’immigration. Il faudrait d’abord restaurer les programmes d’aide à l’intégration que le gouvernement vient d’abolir. Il faudrait gérer plus efficacement les effectifs à recevoir. Le Québec est ici victime, dit-on, de normes fédérales. Pourquoi ne pas les ignorer ? La crise qui s’ensuivrait sans doute serait bienvenue. Elle montrerait que le Québec peut se redresser et rejeter le rôle du quémandeur sans cesse éconduit.

Plus fondamentalement, le gouvernement Legault manifeste des attitudes et tient parfois un discours malveillant à l’égard des immigrants, dont il fait un bouc émissaire commode pour cacher ses fautes. Ici également, il y aurait un important travail à faire. Il n’est plus possible de légiférer comme si le Québec n’était composé que d’une majorité francophone….

Source: Idées | Des vœux pour le Québec de 2026

… There would be a lot to do on the immigration front. First, the integration support programs that the government has just abolished should be restored. The number of staff to be received should be managed more effectively. Quebec is here a victim, it is said, of federal standards. Why not ignore them? The crisis that would follow would probably be welcome. It would show that Quebec can recover and reject the role of the constantly rejected beggar.

More fundamentally, the Legault government shows attitudes and sometimes makes a malicious speech towards immigrants, of whom it makes a convenient scapegoat to hide its faults. Here too, there would be a lot of work to do. It is no longer possible to legislate as if Quebec were only composed of a Francophone majority….

Elkouri: Quand le populisme a la cote

More on the lack of grandfathering/grandmothering of those impacted by Quebec’s cancellation of the PEQ (equivalent of PGWP):

…On pourrait croire que de passer de 100 % à 50 % sur l’échelle du bouc émissaire, c’est une façon de mettre de l’eau dans son vin ou d’épargner un peu le bouc. Le fait est que cette cote revue à la baisse est à certains égards encore plus grossière. Car en répondant à la question de Jean-René Dufort, le premier ministre ne s’en est pas pris aux politiques d’immigration, mais bien aux immigrants eux-mêmes.

Dans le contexte de la suppression du PEQ, on parle d’étudiants et de travailleurs francophones ou francisés que le Québec a tenté de séduire à coups de campagnes publicitaires et de missions de recrutement à l’étranger avant de rompre inopinément ses engagements. Des gens qui contribuent déjà à la société québécoise, que ce soit dans le domaine de la recherche scientifique, où l’on compte une majorité d’étudiants étrangers, ou sur le marché du travail. Dans nos hôpitaux, nos CHSLD, nos écoles, nos garderies… Les inviter à déposer leurs rêves au Québec pour ensuite leur fermer la porte au nez en les accusant d’être responsables de 50 % des maux de la société, c’est pour le moins injuste.

Le gouvernement a évidemment le droit d’adopter de nouvelles règles d’immigration plus restrictives. Mais il a aussi le devoir de tenir parole. 

Dans ce cas, cela veut dire au minimum de prévoir des mesures transitoires pour les orphelins du PEQ déjà installés au Québec et plongés dans la détresse et l’incertitude.

« Je me sens jetable, je me sens trahie, et je me sens profondément blessée », confiait une orpheline du PEQ à ma collègue Suzanne Colpron2. De telles histoires crève-cœur se suivent et se ressemblent depuis novembre. Je croule moi-même sous les témoignages. Les dénonciations sont quasi unanimes.

Une pétition qui a récolté 26 000 signatures en un temps record a été déposée à l’Assemblée nationale. Du maire Bruno Marchand à la mairesse Soraya Martinez Ferrada en passant par le maire de Trois-Rivières, Jean-François Aubin, et l’ex-ministre péquiste Louise Harel, du député solidaire Guillaume Cliche-Rivard au député libéral André A. Morin, des chambres de commerce aux cégeps et aux universités, des experts aux citoyens solidaires, on ne compte plus le nombre de voix qui s’élèvent pour dénoncer cette injustice et réclamer une clause de droits acquis.

À ces voix indignées, il faut aussi ajouter celles de 25 retraités du ministère québécois de l’Immigration, libres de dire tout haut ce que leurs anciens collègues, tenus à un devoir de réserve, doivent penser tout bas. Dans une lettre ouverte publiée avant Noël, ils demandent au gouvernement de faire preuve de décence envers ceux qui étaient admissibles à ce programme avant son abolition3.

Jusqu’à présent, le gouvernement Legault a refusé de les entendre. Pour respecter ses nouveaux seuils d’immigration sans obtenir 0 sur 10 en matière de promesses tenues, des solutions sont pourtant possibles. Le premier ministre pourrait s’inspirer de ce que l’ex-ministre de l’Immigration Christine Fréchette préconisait elle-même en 2023 : placer les candidats au volet « diplômés » du PEQ hors seuils….

Source: Quand le populisme a la cote

… One might think that going from 100% to 50% on the scapegoat scale is a way to put water in your wine or spare the goat a little. The fact is that this revised downward rating is in some respects even coarser. Because by answering Jean-René Dufort’s question, the Prime Minister did not go against immigration policies, but on immigrants themselves.

In the context of the abolition of the PEQ, we are talking about Francophone or French-speaking students and workers whom Quebec tried to seduce with advertising campaigns and recruitment missions abroad before breaking its commitments unexpectedly. People who already contribute to Quebec society, whether in the field of scientific research, where there is a majority of foreign students, or in the labor market. In our hospitals, our CHSLD, our schools, our daycare centers… Inviting them to drop off their dreams in Quebec and then close the door in their face by accusing them of being responsible for 50% of society’s ills, it is unfair to say the least.

The government obviously has the right to adopt new, more restrictive immigration rules. But he also has a duty to keep his word.

In this case, it means at least to provide for transitional measures for PEQ orphans already settled in Quebec and plunged into distress and uncertainty.

“I feel disposable, I feel betrayed, and I feel deeply hurt,” confided an orphan of the PEQ to my colleague Suzanne Colpron2. Such heartbreaking stories follow one after the other and have been similar since November. I myself collapse under the testimonies. The denunciations are almost unanimous.

A petition that collected 26,000 signatures in record time was filed with the National Assembly. From Mayor Bruno Marchand to Mayor Soraya Martinez Ferrada, through the Mayor of Trois-Rivières, Jean-François Aubin, and former Péquista Minister Louise Harel, from Solidarity MP Guillaume Cliche-Rivard to Liberal MP André A. Morin, from chambers of commerce to CEGEPs and universities, from experts to citizens of solidarity, we can no longer count the number of votes that rise to denounce this injustice and claim a clause of acquired rights.

To these indignant voices, we must also add those of 25 retirees of the Quebec Ministry of Immigration, free to say out loud what their former colleagues, bound by a duty of reserve, must think in a low voice. In an open letter published before Christmas, they call on the government to show decency to those who were eligible for this program before its abolition.3

So far, the Legault government has refused to hear them. To respect its new immigration thresholds without getting 0 out of 10 in terms of promises kept, solutions are nevertheless possible. The Prime Minister could be inspired by what former Minister of Immigration Christine Fréchette herself recommended in 2023: placing candidates for the “graduate” component of the PEQ outside the thresholds….

Rétention des immigrants récents: Le Québec maintenant champion canadien

Strong short-term retention, weaker long-term retention:

Un an après leur admission, 91,5 % des immigrants permanents admis en 2022 qui prévoyaient s’établir au Québec y vivaient toujours. En Ontario, la proportion est de 91,3 %, selon des données publiées vendredi par Statistique Canada.

Ce résultat est d’autant plus surprenant qu’il s’inscrit dans un contexte de mobilité accrue.

En 2023, 13,5 % des immigrants admis un an plus tôt avaient déjà changé de province ou de territoire, en hausse marquée par rapport à 10,1 % en 2022. La pandémie a laissé des traces : la mobilité interprovinciale a bondi à ce moment, puis est restée élevée.

Autrement dit, les nouveaux arrivants bougent davantage. Dans ce contexte, réussir à en garder plus de neuf sur dix après un an n’a rien d’anodin.

Le Québec fait mieux que l’Ontario, mais aussi la Colombie-Britannique (88,5 %) et l’Alberta (87,3 %). Pour la cohorte admise en 2022, c’est le meilleur taux de rétention à un an au pays.

Une montée rapide

La montée du Québec est récente, mais rapide. Entre 2019 et 2022, le taux de rétention à un an est passé de 85,9 % à 91,5 %, après avoir atteint un sommet en 2021 (93,4 %). Malgré un léger recul en 2022, le niveau demeure élevé.

Pendant ce temps, l’Ontario faisait du surplace. Depuis 2019, son taux de rétention tourne autour de 93 %, sans progression marquée.

Résultat : le Québec a rattrapé, puis dépassé la province voisine.

À moyen terme, le tableau change. Cinq ans après leur arrivée, 79,6 % des immigrants permanents admis en 2018 résidaient toujours au Québec, contre 90,8 % en Ontario.

À l’échelle des grandes villes, Montréal est plus fragile. Son taux de rétention sur cinq ans a atteint 71,3 %, comparable à celui de Toronto, mais inférieur à ceux de Vancouver, Calgary et Edmonton.

Concrètement, Montréal perd encore des immigrants vers d’autres provinces. Sur cinq ans, la métropole enregistre une perte nette de 5725 immigrants permanents pour la cohorte admise en 2018, pendant que plusieurs villes de l’Ouest canadien continuent d’en gagner.

À court terme, le Québec dans son ensemble tire mieux son épingle du jeu. Pour la cohorte admise en 2022, la province affiche un solde migratoire interprovincial positif, avec un gain net de 2095 immigrants permanents.

Le Québec ne fait pas que retenir la majorité de ceux qui s’y installent : il attire aussi des immigrants initialement destinés à d’autres provinces, surtout l’Ontario.

Source: Rétention des immigrants récents Le Québec maintenant champion canadien

StatsCan study: In 2023, 13.5% of immigrants admitted 1 year earlier settled in another province or territory, up from 10.1% in 2022


Immigration: Une Contamination vertueuse

Useful reminder of the integration dialectic, and how positive influences work in both directions:

…Ce choc de valeurs est au cœur de débats déchirants sur le vivre-ensemble. Certains y voient le signe d’une incompatibilité fondamentale, irrémédiable. Les immigrants issus de sociétés plus conservatrices seraient porteurs de valeurs si éloignées des nôtres, si dangereuses, qu’ils constitueraient une menace pour notre identité.

Et si c’était l’inverse ? Et si c’étaient eux qui se laissaient contaminer par nos coutumes ?

Plusieurs études ont mis en lumière un tel effet de contagion. Deux chercheurs de Statistique Canada, Kristyn Frank et Feng Hou, se sont par exemple intéressés à la répartition des tâches entre conjoints. En compilant les données de six recensements, ils ont constaté qu’au départ, les nouveaux arrivants continuent d’être influencés par les rapports femmes-hommes qui étaient la norme chez eux. Ainsi, les immigrantes nées dans des pays où les femmes sont moins présentes sur le marché de l’emploi ont tendance, une fois au Canada, à consacrer moins d’heures au travail rémunéré et plus de temps aux corvées ménagères, comparativement à celles qui ont grandi dans des sociétés plus égalitaires.

Mais au fil du temps, l’empreinte du pays natal s’estompe. Plus les années passent, plus le labeur est divisé équitablement, selon l’étudeparue en 2015.

Même les gens qui immigrent à l’âge adulte, donc, en viennent à épouser les normes de leur terre d’accueil, du moins en partie. Et il suffit d’une génération pour que la conversion s’achève.

C’est ce que révèle un sondage mené dans 27 pays européens et relayé en 2014 dans Social Forces. À leur arrivée, les immigrants adhèrent davantage que les non-immigrants au modèle de l’homme pourvoyeur et de la femme au foyer. Avec les années, cependant, leurs opinions se rapprochent de celles des natifs. Et les immigrants de la deuxième génération, nés au pays de parents étrangers, pensent comme la majorité.

…À écouter le portrait qu’en brossent certains leaders, on pourrait croire que le Québec est une société fragile dont les valeurs les plus chères risquent de s’effondrer au contact d’autres cultures.

Mais le Québec n’est pas un château de cartes. C’est un phare qui, malgré ses imperfections, brille suffisamment pour inciter des gens venus d’ailleurs à embrasser ses idéaux. Un lieu où l’égalité, comme la douceur de vivre, est contagieuse.

Source: Contamination vertueuse