Patrick Weil : « Qu’on laisse en paix les femmes voilées » | L’Opinion

As always, sensible and nuanced commentary by Weil:

Patrick Weil, historien et politologue, est directeur de recherche au CNRS et au centre d’histoire sociale du XX e siècle à Paris I. Considéré comme l’un des meilleurs spécialistes des questions de laïcité et d’immigration en France, il a participé aux travaux de la commission Stasi qui rendit en 2003 un rapport sur l’application du principe de laïcité. Il est notamment l’auteur de Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Gallimard.

Est-il vrai que le port du voile islamique explose en France ?

Non. La religiosité se développe. Le voile se présente sur de nouveaux territoires car des femmes le portent et frappent aux portes des entreprises et de tous les métiers qualifiés, mais il ne se développe pas et il n’explose pas. Son port peut d’ailleurs avoir des sens différents. Il peut être porté sous la pression des pairs ou de certains membres de la famille. La personne qui le porte parfois le fait pour ne pas être harcelée dans son propre milieu tout en étant très libre dans sa tête et ses amitiés. En gros, je mets le voile et je ne me fais pas em… par la famille. Parfois elle le porte en toute bonne foi, par tradition familiale ou au contraire en réaction à un milieu non croyant ou non pratiquant.

Et après tout, cela ne nous regarde pas, comme ne nous regardent pas les opinions et les pratiques religieuses d’aucun de nos concitoyens. Violent-elles la loi en portant un voile ? non. Alors, qu’on les laisse en paix. Tant que nos compatriotes musulmans n’auront pas droit à l’indifférence qui passe d’abord par le silence des politiques, alors on ne fera que renforcer – par solidarité, fierté ou sentiment de discrimination – les comportements que l’on veut réduire.

Que le ministre de l’Intérieur s’attaque aux violations de notre laïcité qui sont les plus sérieuses sans être les plus visibles : les pressions sur les mineures par exemple. Ou encore le phénomène qui se développe, si l’on en croit certaines études, de mariages religieux soit avant le mariage civil soit sans mariage civil. La loi ne permet aujourd’hui de punir les officiants mais pas ceux qui se marient. Si demain la loi pénalisait ceux qui se marient religieusement avant de se marier civilement, cela ne serait pas choquant du tout. Le mariage civil à la mairie, célébré devant la communauté des citoyens, avant l’éventuel mariage religieux, c’est au fondement de la laïcité, depuis 1792.

Est-il pertinent d’ouvrir un débat sur le port du voile à l’université ?

Pour la commission Stasi, il n’était pas question d’interdire les signes religieux dans les Universités – comme cela vient d’être proposé – ou ailleurs dans le monde des adultes : les adultes ont des moyens pour se défendre que les enfants n’ont pas. Ils peuvent aller en justice et protéger leur liberté de conscience plus facilement.

Il faut le rappeler : la plus importante de nos lois, la loi de 1905, assure la liberté de conscience, sépare l’Etat et les Eglises, mais elle n’est pas une loi antireligieuse. Elle laisse sa place à la religion, à toutes les religions et à toutes les options spirituelles. C’est une loi négociée entre les socialistes de l’époque et l’Eglise catholique de France. Elle a ensuite été – temporairement – rejetée par le Vatican, avant que l’Eglise ne l’accepte et ne finisse par en faire tous les éloges. Sous ce régime de laïcité, la neutralité envers les croyances religieuses n’est imposée qu’à l’État et ses serviteurs, au sein de la sphère politique et depuis 2004, aux élèves des écoles publiques. Elle n’est pas imposée dans d’autres sphères publiques.

Source: Patrick Weil : « Qu’on laisse en paix les femmes voilées » | L’Opinion

And for background on the French government’s position:

The French government has defended municipal bans on body-covering Muslim ‘burkini’ swimwear but called on mayors to try and cool tensions between communities.

Three Mediterranean towns — Cannes, Villeneuve-Loubet and Sisco on the island of Corsica — have banned the burkini, and Le Touquet on the Atlantic coast is planning to do the same.

The mainly conservative mayors who have imposed the ban say the garment, which leaves only the face, hands and feet exposed, defies French laws on secularism.

The socialist government’s minister for women’s rights, Laurence Rossignol, supported the bans.

 “The burkini is not some new line of swimwear, it is the beach version of the burqa and it has the same logic: hide women’s bodies in order to better control them,” Rossignol told French daily Le Parisien in an interview.

France, which has the largest Muslim minority in Europe, estimated at 5 million, in 2010 introduced a ban on full-face niqab and burqa veils in public.

Rossignol said the burkini had sparked tensions on French beaches because of its political dimension.

“It is not just the business of those women who wear it, because it is the symbol of a political project that is hostile to diversity and women’s emancipation,” she said.

‘It is not just the business of those women who wear it’: France defends growing number of ‘burkini’ bans

Why a new citizenship law in France has outraged the French left – The Washington Post

Good summary:

On Wednesday, the Assemblé Nationale voted 317 to 199 in favor of a constitutional amendment that would permit one of the most controversial pieces of French legislation in recent years — the so-called déchéance de la nationalité. In the aftermath of the Nov. 13 attacks across Paris, the law that would strip citizenship from French-born dual citizens accused of terrorism. Fifty deputies abstained.

Since the November attacks, perpetrated by Islamist militants, President François Hollande declared a state of emergency that lasts officially until Feb. 26, a period in which a host of new measures have increased the powers of the Interior Ministry to raid homes and to place citizens suspected of terrorist activity under house arrest. The state of emergency is likely to be renewed. Although there has been considerable criticism of the more than 3,000 police raids that have taken place since Nov. 13 — which have resulted in only around 360 arrests — the proposed citizenship law has undoubtedly caused the greatest outrage.

According to Le Monde, there are approximately 3.3 million people in France with dual citizenship, and critics — mostly from within the ranks of Hollande’s own party, the Parti Socialiste — insist that this law would make an entirely unnecessary distinction among French citizens, who are supposed to be equal in the eyes of the state. They also dispute whether it would be an effective means of fighting terrorism. After all, would removing the French citizenship of French-born terrorists keep them from pulling any triggers?

On a deeper level, these predominately leftist critics have argued, the déchéance de la nationalité would strike at the heart of French Republican values, devoted to the holy trinity of liberty, equality and fraternity. As Patrick Weil, a leading French historian of immigration, told the New York Times in January: “The principle of equality is one of the pillars of French identity. That [Hollande] wants to distinguish between French citizens is creating a tsunami.”

Christiane Taubira, Hollande’s justice minister, resigned over this proposed law on Jan. 27, and many other prominent socialists and leftists — including Paris Mayor Anne Hidalgo and the far-left politician Jean-Luc Mélénchon — have condemned it outright. The so-called tsunami ultimately split the Parti Socialiste in Wednesday’s vote: 168 voted in favor, while 119 either voted against or abstained. The same was essentially true of the center-right, despite a plea from Nicolas Sarkozy. In response to the vote, as well as to the government shake-up this morning that saw the former prime minister Jean-Marc Ayrault replace Laurent Fabius as France’s Foreign Minister, Hollande is expected to appear on French television this evening to assuage public opinion.

The “déchéance” is not yet official, as it will still need to pass in the Senate, where it will be discussed in several weeks. It also must be approved by a three-fifths majority vote from lawmakers of both houses. But with this week’s vote, it has come one step closer to becoming the law of the land.

Source: Why a new citizenship law in France has outraged the French left – The Washington Post

Weil répugne à abaisser l’exigence du français pour satisfaire le patronat | Le Devoir

The debate over French language competency required for immigrants in Québec continues, with employers arguing for greater flexibility with respect to those with wanted skills:

La ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil, a voulu, mardi, prendre ses distances du patronat, qui voit dans la réforme de la Loi sur l’immigration une chance de réduire les exigences linguistiques pour les immigrants dont les qualifications sont recherchées.

« Je n’ai jamais confirmé cette orientation, bien au contraire », a lancé Kathleen Weil à la présidente de la CSQ, Louise Chabot, qui prenait part aux consultations en commission parlementaire sur le projet 77 qui propose une refonte de la Loi sur l’immigration.

« Je n’ai jamais évoqué que je partageais l’opinion de ceux qui disent qu’on viendrait réduire les critères de sélection, d’une part, pour ensuite augmenter le niveau de francisation en milieu de travail », a indiqué la ministre. Elle doit déposer sous peu une nouvelle politique d’immigration qui devrait révéler les véritables intentions du gouvernement Couillard en la matière.

La semaine dernière, Michel Leblanc, de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, ainsi qu’Éric Tétrault, des Manufacturiers et exportateurs du Québec, sont venus réclamer au gouvernement qu’il permette aux employeurs d’embaucher des travailleurs immigrants qui ne parlent pas français pour combler des postes spécialisés qui font l’objet de pénuries, quitte à ce qu’ils apprennent le français sur les lieux de travail.

La ministre a soutenu au Devoir qu’il était possible de recruter des candidats à l’immigration qui connaissent le français tout en répondant aux besoins précis du marché du travail. « On est capable de faire les deux », a-t-elle dit.

Louise Chabot s’est inquiétée de « l’obsession » de l’adéquation entre la formation des immigrants et le marché du travail. Selon la chef syndicale, la politique d’immigration ne peut pas seulement être axée sur les besoins ponctuels des entreprises en main-d’oeuvre. « Par les témoignages qu’on entend du patronat, jusqu’à maintenant, le français semble être un “nice to have” et non pas une condition importante dans l’ensemble des critères », a-t-elle dit aux journalistes.

Source: Weil répugne à abaisser l’exigence du français pour satisfaire le patronat | Le Devoir

Yale Law Journal Forum: Citizenship, Passports, and the Legal Identity of Americans

For citizenship legal and policy wonks, a lengthy article on US practices in relation to citizenship and passport revocation. Current US approach is to revoke passports (overly so, the author argues) while US citizenship has been largely untouchable since the 1967 Afroyim v, Rusk case:

Yet Afroyim has reversed this classical conception of sovereignty. In his majority opinion, Justice Black—after having conceded that all nations possess an implied attribute of sovereignty—stated that “[o]ther nations are governed by their own constitutions, if any, and we can draw no support from theirs. In our country the people are sovereign and the Government cannot sever its relationship to the people by taking away their citizenship.” It is on the basis of the sovereignty of the citizen—a sovereignty limited to the status of citizenship itself and to certain privileges and immunities stemming from it—that American citizenship has become absolutely secured. However, since Afroyim, the Supreme Court has not ruled on a case that would allow the Justices to bring the privileges and immunities of the U.S. citizen up to date with this new understanding of citizenship. Is it not time for the Court to read the Privileges or Immunities Clause and the Slaughter-House jurisprudence in the spirit of Afroyim—i.e., to declare as an absolute right the possession by all Americans abroad of a document attesting to their legal identity, a right to which the executive and legislative powers must defer?

When the power to naturalize was transferred by the Immigration Act of 1990 from the courts to the Attorney General, another provision of the same Act transferred to the Attorney General the power “to correct, reopen, alter, modify, or vacate an order naturalizing the person.” But in 2000, in Gorbach v. Reno, the Ninth Circuit affirmed the exclusive statutory competence of the courts to revoke citizenship. Following this decision, the Department of Homeland Security has not attempted to resume the use of administrative denaturalization.73 Since 2001, only several dozen naturalized Americans have lost their citizenship, through judicial proceedings, largely because they committed different kinds of fraud during the naturalization process. This small number is in part explained by Kungys v. United States, in which the Court refused to uphold the denaturalization of Juozas Kungys because the government had not shown that his misrepresentation concerning the date and place of his birth were facts that, if known, would have warranted denial of citizenship.

The Yale Law Journal – Forum: Citizenship, Passports, and the Legal Identity of Americans: Edward Snowden and Others Have a Case in the Courts.

The Four Pillars of French Nationality

Good overview on French nationality by Victoria Ferauge summarizing a talk by Patrick Weil, one of the leading academics on citizenship and related issues. Well worth reading, including for my Quebec readers, on laicité:

Weil made the very good point that the idea of the separation of Church and state has been wrongly extended from its original purpose – the strict neutrality of the state in matters of religion.  What we can see today is another conception of it which views the state’s role as an accelerator of the decline of religious belief (a pre-requisite, some argue, to creating a truly “modern” society),  To that end there is an attempt to eject religious expression from public life. (See José Casanova for a discussion about these very different views of secularization.)

He contends, and I agree wholeheartedly, that this was never the intention behind la laïcité.  The state is not there to hobble religious expression public or private – on the contrary the state is prevented from favoring any religion over another and is not permitted to do anything to restrict an individual’s freedom of conscience and the expression of his or her beliefs.  Here I would say that this attempt on the part of some in the Hexagon to do that is just as much a problem for me as a Roman Catholic as it is for the members of minority religions here.

The Franco-American Flophouse: The Four Pillars of French Nationality.