À la vie, à la mort [Saint-Apollinaire cemetery] : François Cardinal

François Cardinal correctly calls out Quebec’s political class:

Où était Régis Labeaume ces dernières semaines ? Où était Philippe Couillard ? Où étaient ces élus qui promettaient aux musulmans de tout faire pour favoriser le vivre-ensemble il y a quelques mois à peine ?

Après l’attentat de janvier dernier, maires, députés et ministres étaient en effet sur toutes les tribunes, la main sur le cœur, pour assurer la communauté musulmane de leur appui le plus sincère. Mais quand cet appui est justement devenu nécessaire, silence radio…

Pas l’ombre d’une déclaration du premier ministre ni du maire de Québec en faveur du cimetière musulman de Saint-Apollinaire.

Pas de signe de vie du député local, Laurent Lessard, qui n’a pas même pas daigné prendre position. Pas d’appui non plus du ministre responsable de la région de Québec, François Blais, ou de la ministre responsable de la Rive-Sud de Québec, Dominique Vien.

La communauté musulmane a beau avoir envoyé des lettres à tout ce beau monde pour demander leur appui au projet, elle n’a reçu aucune réponse. Elle a été laissée à elle-même. Seule… avec le maire du petit village de Saint-Apollinaire, Bernard Ouellet, qui a quasiment incarné en solo le camp du Oui.

Plutôt que de protéger la minorité musulmane de la majorité, on l’a ainsi laissé se défendre par ses propres moyens. On a abandonné la communauté et les promesses d’un coup. On a dissocié le « vivre-ensemble » du « mourir-ensemble », comme si l’un pouvait venir sans l’autre.

« On s’aperçoit après quelques mois de fraternité, de bisous à droite et à gauche, qu’on ne reçoit pas de soutien », a lâché à une journaliste le porte-parole du Centre culturel islamique de Québec, Mohamed Kesri.

Bien sûr, les représentants du gouvernement se cachent derrière la juridiction municipale du changement de zonage qui a déclenché le malheureux référendum pour justifier leur silence. Ils n’ont pas voulu, disent-ils, s’ingérer dans la démocratie locale.

Or, Québec s’est toujours montré respectueux de l’autonomie municipale… quand ça l’arrange.

Il a déjà retenu les paiements de transfert aux villes pour leur montrer qu’elles ne sont que des « créatures » du gouvernement, mais il se cache derrière la distance à respecter quand il est dans son intérêt de ne pas s’impliquer.

Dans le cas qui nous occupe, il est évident que l’enjeu dépasse le simple changement de zonage no 590-2007. Le maire Labeaume, qui avait promis d’« accompagner » la communauté musulmane en vue de la « création d’un cimetière », a d’ailleurs dénoncé le fait qu’à peine 19 personnes (contre 16) ont pu bloquer un projet « qui a un impact sociologique important au Québec ».

Et pourtant, malgré un tel « impact », les élus municipaux et provinciaux ont laissé le maire d’un village de 5000 âmes se battre seul pour le projet, sachant que son influence n’était pas à la hauteur de l’enjeu en cause. Sachant, aussi, que le refus d’une poignée de résidants enverrait un message xénophobe à une communauté qu’on a collectivement promis de soutenir.

Dépité, le maire Bernard Ouellet a dit que c’était « la peur et la désinformation » qui avaient fait échouer le projet. Une peur qui aurait pu être surmontée par toutes ces voix qui avaient promis de se faire entendre il y a à peine six mois.

Source: À la vie, à la mort – La Presse+

Je suis un « sale multiculturaliste » – La Presse+

Jack Jedwab critiques some of the myths in Quebec about multiculturalism:

Dans un texte percutant, M. Cardinal trouve curieux l’emploi débridé de cette « insulte », car, selon lui, le multiculturalisme n’existe tout simplement pas à proprement parler au Québec. Il constate entre autres que l’ensemble des partis représentés à l’Assemblée nationale rejette le multiculturalisme, que les spécialistes en sciences sociales du Québec rejettent le multiculturalisme presque à l’unanimité, que la commission Bouchard-Taylor a rejeté le modèle multiculturaliste canadien parce qu’il aurait été « non adapté » à la réalité québécoise et que « la quasi-totalité des intervenants qui se sont exprimés lors des consultations Bouchard-Taylor rejette le multiculturalisme ».

Les deux derniers arguments de François Cardinal témoignent d’une certaine méconnaissance de l’opinion des dites « minorités ethnoculturelles et linguistiques » du Québec.

Un survol des mémoires présentés à la commission Bouchard-Taylor par les organismes issus des communautés culturelles révèle en effet que peu d’entre elles rejettent le multiculturalisme.

Quant à l’affirmation selon laquelle les spécialistes en sciences sociales du Québec rejettent presque unanimement le multiculturalisme, elle semble contredite par une courte visite à McGill ou à Concordia.

Est-ce que ceci veut dire que les Québécois francophones et non francophones sont divisés sur la question du multiculturalisme ? Pas vraiment. Peu d’enquêtes démontrent que les Québécois rejettent le multiculturalisme. Un sondage mené par la firme Léger Marketing en 2014 révèle que 53 % des Québécois sont d’accord pour dire que « le multiculturalisme canadien a eu un impact positif sur les minorités ethniques et religieuses », tandis que 56 % sont d’avis que « le multiculturalisme rassemble les gens plutôt que de les diviser ». Autour de 45 % des Québécois sondés pensent que le multiculturalisme canadien favorise « la cohésion sociale » et « permet aux immigrants d’adopter plus facilement les valeurs partagées ».

Ces résultats démontrent que nous sommes beaucoup plus ambivalents sur la question du multiculturalisme que ce que nos élus et certains universitaires souhaitent nous faire croire. Ce qui, bien sûr, ne veut pas dire que les Québécois n’ont pas de réserves ou d’inquiétudes par rapport au multiculturalisme, comme c’est d’ailleurs le cas dans d’autres provinces canadiennes.

M. Cardinal prétend qu’il existe une importante distinction entre multiculturalisme et pluralisme. C’est une distinction que peu de gens à l’extérieur des milieux universitaires peuvent saisir. En fait, le texte de M. Cardinal semble indiquer que, même chez nos intellectuels les plus brillants, les jugements que l’on porte sur les politiques et le programme du multiculturalisme ne sont pas souvent fondés sur des analyses concrètes. De fait, peu de gens savent que la plus récente incarnation de la politique multiculturelle du Canada vise les objectifs suivants :

• favoriser la compréhension interculturelle et interconfessionnelle ;

• encourager la commémoration et la fierté civiques ;

• promouvoir le respect des valeurs démocratiques fondamentales ;

• éliminer la discrimination, le racisme et les préjugés ;

• offrir aux jeunes des occasions d’engagement communautaire ;

• rassembler les gens au moyen de l’art, de la culture ou du sport.

Ces objectifs sont semblables à ce que le Québec propose en matière de gestion de la diversité. Pour sa part, M. Cardinal, sans même offrir de définition du multiculturalisme canadien, semble reprendre le refrain de certains universitaires québécois qui insistent sur les différences irréductibles entre multiculturalisme canadien et interculturalisme québécois.

Selon M. Cardinal, contrairement à la version canadienne du multiculturalisme, l’interculturalisme proposerait la reconnaissance d’une culture officielle et d’une langue commune. Notons qu’à l’heure actuelle, il n’y a pas de politique officielle de l’interculturalisme au Québec et qu’en matière de diversité, il n’y a pas non plus reconnaissance d’une culture officielle. Quant à la langue officielle du Québec, son statut n’a jamais été remis en question par la politique multiculturelle canadienne.

Malgré la volonté affichée par certains de rayer le mot multiculturalisme de notre vocabulaire, les débats autour de cette politique persistent et persisteront pour encore de nombreuses années parce que la réalité est plus forte que l’étiquetage des idées. Nous ne sommes par conséquent pas près de nous débarrasser des « sales multiculturalistes ».

Source: Je suis un « sale multiculturaliste » – La Presse+