Ravet | Une laïcité antireligieuse est une mauvaise voie

Important nuanced take on laïcité:

Le Rassemblement pour la laïcité est bien connu pour ses positions à l’égard de la religion, qu’il classe d’emblée comme facteur d’endoctrinement, de division et de conflits sociaux. De sa part, on sait toujours à quoi s’attendre de la religion, quelle qu’elle soit. Et le portait n’est guère reluisant. Se nourrissant exclusivement de ses pires expressions, il milite pour interdire toutes manifestations religieuses dans l’espace public au nom de la laïcité. Car selon sa conception de la laïcité, et la neutralité dont elle se réclame, tout ce qui relève du religieux devrait être refoulé le plus possible dans la sphère intime pour neutraliser les effets potentiellement néfastes sur la société.

Mais contrairement à ce qui est affirmé, la « laïcité » ainsi comprise n’est pas neutre à l’égard des religions, elle est farouchement contre. Les croyants sont d’emblée posés comme « objets » de la laïcité, jamais comme sujets, ni acteurs. Comment le pourraient-ils puisqu’ils sont la cible de ladite laïcité et que tout signe de croyance serait en soi signe de prosélytisme, d’embrigadement ou d’obscurantisme ?

Or, la laïcité n’est pas la propriété des non-croyants sauf à en faire une idéologie antireligieuse. Au nom du vivre ensemble et du bien commun, elle est une part commune à tous les citoyens, croyants et non croyants, nous renvoyant à notre humanité commune que nous sommes tous appelés à approfondir, à faire croître dans la part du monde qui nous est donnée. Les religions ont leur part à jouer.

L’article publié par huit membres du Rassemblement pour la laïcité (« Une réflexion sur la laïcité dans les cégeps s’impose », dans Le Devoir du 2 juillet) est symptomatique de cette orientation idéologique de la laïcité conçue au détriment de la religion et des croyants. Les auteurs peuvent ainsi affirmer sans justification à l’appui, comme si cela allait de soi, que « si la culture, ou même la politique, est bien au cœur de la vitalité académique des cégeps, il n’en va pas de même de la religion qui relève de croyances et facilite le cloisonnement communautaire ».

Cette affirmation sans nuances est éminemment réductrice puisqu’elle ne retient de la religion que ses manifestations sectaires. On pourrait, par ce même procédé, dénigrer tout autant la culture et la politique — qui relèvent aussi de croyances partagées, ce que feignent d’ignorer les auteurs — en ne retenant de celles-ci que leurs expressions fanatiques et sectaires. Cependant, s’il est possible de le faire aussi cavalièrement avec le religieux, c’est que s’impose de plus en plus une représentation sociale de la religion qui va dans cette direction.

Une réalité complexe

Le rapport d’enquête sur les cégeps Dawson et Vanier en est un bel exemple, qui reproduit les mêmes affirmations sans prendre le soin d’en donner les raisons, en ne citant qu’un article du Regroupement pour la laïcité sur un cégep et en ignorant un rapport de trois chercheurs universitaires portant sur 10 cégeps et 10 universités beaucoup plus nuancé. C’est inquiétant. Car on s’empêche ainsi de penser une réalité complexe qui a ses racines dans une part importante de la population.

Les médias ont d’ailleurs leur part de responsabilité dans ce phénomène en ne parlant généralement de la religion qu’en rapport à ses manifestations négatives, dogmatiques ou sectaires. Ce faisant, on ne se rend pas compte qu’on est en train de construire une société qui marginalise et invisibilise les « personnes concrètes » qui trouvent dans la religion une voie privilégiée d’humanisation — car elles n’ont pas droit de cité : cachez ce que vous êtes, car vous menacez le vivre ensemble. Un tel bannissement, en plus de favoriser le fanatisme religieux, qui se trouve conforté par cette exclusion sociale, peut faire obstacle à l’inculturation et à l’engagement citoyen de nouveaux arrivants qui proviennent de sociétés qui n’ont pas ce regard entièrement négatif du religieux et qui se sentent « dévalorisés » dans leur être même.

Comme rédacteur en chef de la défunte revue Relations, dans laquelle croyants et incroyants, ou « autrement-croyants », selon le mot heureux de Michel de Certeau, œuvraient conjointement pour une société juste, j’ai toujours plaidé pour ma part en faveur d’une compréhension de la laïcité qui n’est pas fondée sur l’invisibilisation des religions et des croyants, ni encore moins leur rejet, menant à faire de la laïcité une « religion dominante ». Le principe de neutralité religieuse propre à la laïcité ne vise pas à ignorer les religions, mais, au contraire, à accueillir sereinement ses expressions individuelles et collectives dans la sphère publique sans leur plaquer, sans autre forme de procès, les stigmates de l’anathème. Ce qui en est cependant exclu, dans l’espace public, c’est toute prétention, de leur part, à la vérité inquestionnable, à la domination, à l’embrigadement.

La laïcité ainsi comprise favorise l’humanisation de toutes croyances, tant culturelles, politiques que religieuses, en mettant de l’avant le travail interprétatif des croyances et leur mise en dialogue. Car la politique et la culture peuvent comme la religion devenir toxiques quand elles sont sous l’emprise idéologique qui sacralise une idée au point que l’humain est sacrifié sur son autel, et le réel réduit à cette idée.

Cessons donc de brandir l’épouvantail du prosélytisme ou du sectarisme religieux dans le but de promouvoir une laïcité qui serait en soi antireligieuse. La laïcité mérite mieux que ça.

Jean-Claude Ravet L’auteur, écrivain, a fait paraître «La nuit et l’aube. Résistance spirituelle à la destruction du monde» (Nota Bene, 2024).

Source: Idées | Une laïcité antireligieuse est une mauvaise voie

The Rally for Secularism is well known for its positions on religion, which it immediately classifies as a factor of indoctrination, division and social conflict. For its part, we always know what to expect from religion, whatever it may be. And the wear is hardly shiny. Feeding exclusively on his worst expressions, he campaigned to prohibit all religious manifestations in public space in the name of secularism. Because according to its conception of secularism, and the neutrality it claims, everything that is religious should be repressed as much as possible in the intimate sphere to neutralize the potentially harmful effects on society.

But contrary to what is claimed, the “secularism” thus understood is not neutral towards religions, it is fiercely against. Believers are immediately posed as “objects” of secularism, never as subjects or actors. How could they since they are the target of said secularism and that any sign of belief would in itself be a sign of proselytism, brigade or obscurantism?

However, secularism is not the property of non-beliefs except to make it an anti-religious ideology. In the name of living together and the common good, it is a common part of all citizens, believers and non-believers, referring us to our common humanity that we are all called upon to deepen, to grow in the part of the world that is given to us. Religions have their part to play.

The article published by eight members of the Rassemblement pour la laïcité (“A reflection on secularism in the CEGEPS is imposed”, in Le Devoir of July 2) is symptomatic of this ideological orientation of secularism conceived to the detriment of religion and believers. The authors can thus affirm without supporting justification, as if it were self-evident, that “if culture, or even politics, is at the heart of the academic vitality of CEGEPs, the same is not true of religion, which is a matter of beliefs and facilitates community partitioning”.

This unnuanted statement is eminently reductive since it retains from religion only its sectarian manifestations. We could, by this same process, denigrate culture and politics just as much – which are also shared beliefs, which the authors pretend to ignore – by retaining from them only their fanatical and sectarian expressions. However, if it is possible to do so cavally with the religious, it is because a social representation of religion that goes in this direction is increasingly necessary.

A complex reality

The survey report on the Dawson and Vanier CEGEPs is a good example, which reproduces the same statements without taking care to give the reasons, citing only one article of the Regroupement pour la la laïcité on a CEGEP and ignoring a report by three university researchers on 10 CEGEPs and 10 universities much more nuanced. It’s worrying. Because this prevents us from thinking about a complex reality that has its roots in a significant part of the population.

The media also have their share of responsibility for this phenomenon by generally speaking of religion only in relation to its negative, dogmatic or sectarian manifestations. In doing so, we do not realize that we are building a society that marginalizes and makes invisible the “concrete people” who find in religion a privileged way of humanization – because they have no right of citizenship: hide what you are, because you threaten living together. Such a banishment, in addition to promoting religious fanaticism, which is reinforced by this social exclusion, can hinder the inculturation and civic engagement of newcomers who come from societies that do not have this entirely negative view of the religious and who feel “devalued” in their very being.

As editor-in-chief of the defunct magazine Relations, in which believers and unbelievers, or “otherwise believers”, according to the happy word of Michel de Certeau, worked jointly for a just society, I have always argued for my part in favor of an understanding of secularism that is not based on the invisibilization of religions and believers, let alone their rejection, leading to making secularism a “dominant religion”. The principle of religious neutrality specific to secularism does not aim to ignore religions, but, on the contrary, to serenely welcome one’s individual and collective expressions in the public sphere without placing them, without any other form of trial, with the stigmas of the anathema. What is excluded, however, in the public space, is any claim, on their part, to the unquestionable truth, to domination, to embrigadement.

The secularism thus understood promotes the humanization of all beliefs, both cultural, political and religious, by highlighting the interpretative work of beliefs and their dialogue. Because politics and culture can become toxic like religion when they are under the ideological influence that sacralizes an idea to the point that the human being is sacrificed on his altar, and reality reduced to this idea.

So let’s stop brandishing the scarecrow of proselytism or religious sectarianism in order to promote a secularism that would in itself be anti-religious. Secularism deserves better than that.

Jean-Claude Ravet The author, writer, published “The night and the dawn. Spiritual resistance to the destruction of the world” (Nota Bene, 2024).

Des particularités québécoises à préserver en matière d’égalité des sexes et de laïcité

As is usually the case, overly simply characterization of multiculturalism and overly rigid approach to integration from a former member of the Canadian Human Rights Commission:

La laïcité de l’État

Le modèle de laïcité québécois est aussi unique. Comme le disait si bien le regretté Benoît Pelletier, « non seulement il n’existe pas de religion d’État au Québec ni au Canada, mais, en plus, l’État ne doit pas exposer les citoyens à des signes ou symboles religieux qui entacheraient sa neutralité réelle, perçue et potentielle. Il ne s’agit pas d’une neutralité passive, voulant que tout soit permis en matière religieuse. Il s’agit plutôt d’une neutralité active, en vertu de laquelle l’État doit se comporter d’une manière qui démontre clairement que les religions ne s’immiscent pas dans sa composition et ses activités ».

De plus, la neutralité religieuse de l’État, lorsqu’elle existe ailleurs dans le monde, est à géométrie variable. Ainsi, les personnes désirant s’établir au Québec ont de fortes chances de provenir de pays peu familiers avec ce concept (théocraties ou pays ayant une « religion d’État » par exemple) ou encore qui pratiquent un autre type de laïcité tel le sécularisme. Il est donc important qu’elles comprennent et acceptent que le Québec mise sur la laïcité de l’État, soit la séparation de l’État et des religions, la neutralité religieuse de l’État, l’égalité de tous les citoyennes et citoyens de même que la liberté de conscience et la liberté de religion, pour favoriser le vivre ensemble en société.

Avant d’être québécoises, les personnes immigrantes doivent toutefois obtenir d’abord la citoyenneté canadienne. Or, le multiculturalisme canadien, jumelé aux accommodements religieux, favorise la pénétration des normativités religieuses au sein de l’État et encourage les interprétations fondamentalistes rarement favorables au droit des femmes à l’égalité et à la laïcité. C’est la raison pour laquelle la Loi sur l’intégration à la nation québécoise précise que « [l]a nation québécoise étant une société d’accueil distincte, elle possède son propre modèle d’intégration qui s’oppose à l’isolement et au repli des personnes dans des groupes culturels particuliers. Ce modèle est distinct du multiculturalisme canadien ».

Les personnes désirant s’établir au Québec doivent donc comprendre et accepter que le Québec mise sur son propre modèle d’intégration, qui comprend la laïcité de l’État, pour favoriser le vivre-ensemble en société.

Prochaines étapes

Le gouvernement du Québec travaille actuellement sur une Politique nationale sur l’intégration à la nation québécoise et à la culture commune, qui précisera comment les ministères et organismes québécois appliqueront les principes de la Loi sur l’intégration à la nation québécoise dans leur quotidien. Cette politique pourrait, par exemple, rendre le financement de certains projets conditionnel au respect des principes de la loi. On pense ici à l’aide financière accordée à un festival, mais aussi, possiblement, à celle accordée aux centres de la petite enfance (CPE), aux établissements d’enseignement privés subventionnés, au réseau collégial et au réseau universitaire.

Quoi qu’il en soit, cette politique est l’occasion de préciser comment l’égalité des sexes et la laïcité de l’État feront partie de la promotion du modèle québécois d’intégration à la nation québécoise tout en renforçant le sentiment d’appartenance de tous les Québécois à la nation québécoise.

Marie-Claude Girard: L’autrice est retraitée de la Commission canadienne des droits de la personne. Elle signe ce texte à titre personnel.

Source: Des particularités québécoises à préserver en matière d’égalité des sexes et de laïcité

… The secularism of the State
The Quebec model of secularism is also unique. As the late Benoît Pelletier said so well, “not only is there no state religion in Quebec or Canada, but, in addition, the State must not expose citizens to religious signs or symbols that would tarnish its real, perceived and potential neutrality. It is not a passive neutrality, wanting everything to be allowed in religious matters. Rather, it is an active neutrality, under which the State must behave in a way that clearly demonstrates that religions do not interfere in its composition and activities”.
In addition, the religious neutrality of the State, when it exists elsewhere in the world, is variable geometry. Thus, people wishing to settle in Quebec are likely to come from countries unfamiliar with this concept (theocracies or countries with a “state religion” for example) or that practice another type of secularism such as secularism. It is therefore important that they understand and accept that Quebec relies on the secularism of the State, i.e. the separation of the State and religions, the religious neutrality of the State, the equality of all citizens as well as freedom of conscience and freedom of religion, to promote living together in society.
Before being Quebec, however, immigrants must first obtain Canadian citizenship. However, Canadian multiculturalism, coupled with religious accommodations, favors the penetration of religious normativities within the state and encourages fundamentalist interpretations that rarely favor women’s right to equality and secularism. This is the reason why the Law on Integration into the Quebec Nation states that “[the]he Quebec nation being a separate host society, it has its own model of integration that opposes the isolation and retreat of people in particular cultural groups. This model is distinct from Canadian multiculturalism.”
People wishing to settle in Quebec must therefore understand and accept that Quebec relies on its own model of integration, which includes the secularity of the State, to promote living together in society.
Next steps
The Government of Quebec is currently working on a National Policy on Integration into the Quebec Nation and Common Culture, which will specify how Quebec ministries and agencies will apply the principles of the Act on Integration to the Quebec Nation in their daily lives. This policy could, for example, make the financing of certain projects conditional on compliance with the principles of the law. We are thinking here of the financial assistance granted to a festival, but also, possibly, that granted to early childhood centres (EPCs), subsidized private educational institutions, the college network and the university network.
In any case, this policy is an opportunity to clarify how gender equality and state secularism will be part of the promotion of the Quebec model of integration into the Quebec nation while strengthening the sense of belonging of all Quebecers to the Quebec nation.
Marie-Claude Girard: The author is retired from the Canadian Human Rights Commission. She signs this text in a personal capacity.

Locaux de prières à Dawson et Vanier: Une étude importante absente du rapport d’enquête

Interesting omission:

« Il y a un manque de nuance flagrant dans ce rapport », constate Frédéric Dejean, professeur au département de sciences des religions de l’Université du Québec à Montréal.

Spécialiste des questions religieuses, il reste perplexe devant certaines observations faites sur les locaux de prière dans le rapport d’enquête visant les collèges Dawson et Vanier, dévoilé la semaine dernière.

Surtout, il s’étonne de voir que ses travaux, qui portent précisément sur cette question, ne figurent nulle part dans le document.

Avec deux autres professeurs de l’Université de Sherbrooke, M. Dejean a étudié il y a quelques années les pratiques d’accommodements religieux dans les établissements d’enseignement supérieur, dont les locaux de prière.

La demande venait directement des ministères de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, qui ont financé l’étude.

Au total, les chercheurs ont mené une centaine d’entrevues dans 17 cégeps et universités à travers la province, qui ont servi à élaborer un guide sur les accommodements religieux destiné aux intervenants et aux gestionnaires.

Les résultats de l’étude ont été transmis au gouvernement caquiste en 2019. « On a fait un travail qui donnait un état des lieux assez juste en matière de locaux religieux », affirme Frédéric Dejean.

Le rapport d’enquête sur les collèges Dawson et Vanier, rédigé par des fonctionnaires de la Direction des enquêtes du ministère de l’Enseignement supérieur, n’en fait pourtant aucune mention, bien qu’il s’attarde longuement sur la question des locaux de prière

Pour le chercheur, c’est un problème. Certaines informations rapportées ne correspondent pas à ce qu’il a observé dans ses recherches.

Conclusion sans base scientifique

Un passage du rapport affirme que les locaux de prière ne font « qu’alimenter un climat de radicalisation, de repli communautaire et de méfiance réciproque à l’intérieur du cégep ».

Cette information, présentée « comme une vérité qui ne se discute pas », n’a aucune base scientifique, soutient Frédéric Dejean.

Elle provient d’une lettre ouverte signée par un groupe de militantes québécoises en faveur de la laïcité publiée dans les médias en 2023, comme le rapportait La Presse.

« Ce n’est pas du tout un texte de recherche », critique le professeur.

Plus loin, le rapport soutient que les salles de prière peuvent être vues « comme un privilège, voire un élément facilitant la radicalisation et le prosélytisme », encore une fois sans référence. 

Frédéric Dejean déplore que le rapport ne s’appuie pas sur des données probantes pour aborder « un sujet aussi sensible et complexe ».

Selon ses recherches, la réalité est beaucoup plus nuancée. « Il y a énormément de cégeps, universités qui ont des locaux religieux. Dans la plupart des institutions, ça se passe très, très bien. »

S’ils peuvent parfois représenter un « irritant », les accommodements religieux ne constituent pas un « problème majeur » au sein des établissements d’enseignement, concluait l’étude à laquelle il a participé. 

Mais il ne faut pas « non plus être complètement naïf », souligne le professeur, qui travaillait au collège de Maisonneuve lorsqu’un groupe d’élèves radicalisés étaient partis combattre en Syrie. 

Pour cette raison, l’étude recommandait aux directions qui fournissaient des espaces de prière d’effectuer un suivi serré de leur utilisation. 

Il est à noter que les collèges Dawson et Vanier n’ont pas participé à l’étude. L’échantillonnage incluait toutefois d’autres établissements anglophones, comme le collège Champlain. 

Laïcité de l’État

Contacté par La Presse, le cabinet de la ministre de l’Enseignement supérieur, Pascale Déry, a affirmé qu’il ne commenterait pas la façon dont a été réalisée une enquête indépendante.

Commandée par la ministre, l’enquête visait à évaluer si les collèges Vanier et Dawson avaient pris toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des élèves, dans le contexte du conflit explosif au Moyen-Orient.

Le rapport a finalement conclu que les deux cégeps anglophones ont agi en conformité avec les encadrements légaux et ministériels.

Il a toutefois ouvert la porte au gouvernement pour qu’il resserre certains règlements et lois s’appliquant à l’ensemble du réseau collégial, notamment la Loi sur la laïcité de l’État.

À la sortie du rapport, la ministre Pascale Déry a déclaré qu’elle n’hésiterait pas à « encadrer ou corriger certaines pratiques ».

Source: Locaux de prières à Dawson et Vanier Une étude importante absente du rapport d’enquête

“There is a glaring lack of nuance in this report,” says Frédéric Dejean, a professor in the Department of Religious Sciences at the Université du Québec à Montréal.

A specialist in religious issues, he remains perplexed by some observations made on the prayer rooms in the investigation report for Dawson and Vanier colleges, unveiled last week.

Above all, he is surprised to see that his work, which deals precisely with this issue, does not appear anywhere in the document.

With two other professors from the University of Sherbrooke, Mr. A few years ago, Dejean studied the practices of religious accommodation in higher education institutions, including prayer rooms.

The request came directly from the Ministries of Education and Higher Education, which funded the study.

In total, the researchers conducted about 100 interviews in 17 CEGEPs and universities across the province, which were used to develop a guide on religious accommodations for stakeholders and managers.

The results of the study were transmitted to the Caquist government in 2019. “We did a job that gave a fairly fair inventory in terms of religious premises,” says Frédéric Dejean.

The investigation report on Dawson and Vanier Colleges, written by officials from the Investigations Directorate of the Ministry of Higher Education, does not mention this, although it dwells at length on the issue of prayer rooms

For the researcher, this is a problem. Some of the information reported does not correspond to what he observed in his research.

Conclusion without scientific basis

A passage in the report states that the prayer rooms “only feed a climate of radicalization, community withdrawal and mutual distrust within the CEGEP”.

This information, presented “as a truth that cannot be discussed”, has no scientific basis, says Frédéric Dejean.

It comes from an open letter signed by a group of Quebec activists in favor of secularism published in the media in 2023, as reported by La Presse.

“This is not a research text at all,” criticizes the professor.

Further on, the report argues that prayer rooms can be seen “as a privilege, even an element facilitating radicalization and proselytism”, again without reference.

Frédéric Dejean regrets that the report does not rely on evidence to address “such a sensitive and complex subject”.

According to his research, the reality is much more nuanced. “There are a lot of CEGEPs, universities that have religious premises. In most institutions, it’s going very, very well. ”

If they can sometimes represent an “irritating”, religious accommodations are not a “major problem” within educational institutions, concluded the study in which he participated.

But we must not “be completely naive either,” says the teacher, who worked at Maisonneuve College when a group of radicalized students went to fight in Syria.

For this reason, the study recommended that directions that provided prayer spaces closely monitor their use.

It should be noted that Dawson and Vanier Colleges did not participate in the study. However, the sampling included other English-speaking institutions, such as Champlain College.

Secularism of the State

Contacted by La Presse, the office of the Minister of Higher Education, Pascale Déry, said that it would not comment on the way in which an independent investigation was carried out.

Commissioned by the Minister, the investigation aimed to assess whether Vanier and Dawson Colleges had taken all the necessary measures to ensure the safety of students, in the context of the explosive conflict in the Middle East.

The report finally concluded that the two English-speaking CEGEPs acted in accordance with the legal and ministerial frameworks.

However, he opened the door to the government to tighten certain regulations and laws that apply to the entire collegiate network, including the Act respecting the Secularism of the State.

At the release of the report, Minister Pascale Déry said that she would not hesitate to “frame or correct certain practices”.


Une réflexion sur la laïcité dans les cégeps s’impose

Discussion of some of the excesses of student organizations:

….« Comment peut-on considérer qu’une salle de prière constitue un droit acquis dans un collège qui doit respecter les articles 2 et 3 de la Loi sur la laïcité de l’État stipulant que les principes de la laïcité doivent être respectés en fait et en apparence ? » demandent avec raison les enquêteurs.

En effet, bien que les établissements d’enseignement supérieur ne soient pas soumis à la directive du ministère de l’Éducation (MEQ) interdisant les pratiques religieuses dans les écoles, ceux-ci sont néanmoins tenus de respecter les principes de la laïcité, dont la neutralité religieuse. Mais voilà, l’ambiguïté persiste : la neutralité religieuse consiste-t-elle à accommoder toutes les religions, ou bien à n’en accommoder aucune ? Concrètement, dans le cas des lieux de prière, faut-il, comme le suggère l’agente des services sociaux du collège Vanier, répondre aux demandes religieuses des étudiants de toutes les confessions ou bien, comme l’exprime clairement la directive du MEQ, n’en considérer aucune ?

Dans cette directive du MEQ, on peut lire que « l’aménagement de lieux utilisés à des fins de pratiques religieuses dans une école […] est incompatible avec le principe de la neutralité religieuse de l’État ». L’interdiction de salles de prière y est notamment justifiée par le respect de la liberté de conscience des élèves qui doivent être protégés contre les pressions directes ou indirectes les incitant à se conformer à une pratique religieuse, et parce que de tels accommodements sont de nature à entraver le bon fonctionnement des écoles.

Tous ces arguments sont également valables pour les cégeps. Bien que plus âgés, les étudiants sont pour la plupart toujours mineurs à leur arrivée au collège. Par ailleurs, on ne peut ignorer que ces salles de prière ne sont pas toujours des lieux de recueillement paisibles, mais deviennent parfois des foyers de radicalisation et des lieux de recrutement pour des conflits à l’étranger.

Songeons, par exemple, au collège de Maisonneuve, qui fut, en 2015, le foyer de recrutement d’étudiants pour le djihad en Syrie. Afin de répondre à leur demande, la direction du cégep avait mis à la disposition des étudiants une salle pour les prières du vendredi, ce qui n’a fait qu’alimenter le climat de radicalisation, de repli communautaire et de méfiance réciproque à l’intérieur du cégep.

En conclusion de leur rapport, les enquêteurs recommandent de « mettre en place les mécanismes appropriés afin de s’assurer du respect et de l’application des articles 2 et 3 de la Loi sur la laïcité de l’État ». On ne peut que seconder cette recommandation ! Mais encore faut-il que la neutralité religieuse soit clairement définie, non pas comme une porte ouverte à toutes les demandes religieuses, mais bien comme l’absence de toute reconnaissance de celles-ci et du prosélytisme religieux dans les cégeps.

Et pour commencer, aucune accréditation ne devrait être accordée à un club étudiant à vocation religieuse. Du reste, la Loi sur les cégeps ne prévoit aucunement une telle chose.

Source: Une réflexion sur la laïcité dans les cégeps s’impose

Le Devoir editorial: Religion et écoles, ce mauvais ménage

Classic Quebec overly rigid approach to laïcité in terms of religious symbols, rather than substantive as in the case of Bedford, along with useful background to Quebec history behind laïcité:

Il lui a fallu de la ténacité, de l’audace et bien sûr cette finesse de jugement politique qu’on lui a reconnue partout où elle est passée. En devenant l’architecte de la déconfessionnalisation du réseau scolaire, Pauline Marois a signé une réforme québécoise fondamentale, dont le legs durable a transformé la gouvernance des écoles et ouvert la voie aux débats contemporains sur la laïcité.

La commande était ambitieuse. Et c’est le premier ministre Lucien Bouchard qui la lui donne lors de son premier conseil national du Parti québécois, en 1996. Sa mission ? Remplacer la religion par la langue pour distinguer les écoles primaires et secondaires québécoises, alors toujours divisées selon des critères confessionnels. La réforme de la ministre de l’Éducation d’alors, Pauline Marois, permet la création de 72 commissions scolaires linguistiques, en lieu et place des 154 commissions scolaires catholiques et protestantes.

Cette transformation historique s’inscrit en droite ligne avec le travail amorcé lors de la Révolution tranquille, période charnière de modernisation d’un Québec encore très imprégné des diktats de l’Église catholique. Dans son percutant rapport, le « rapport Parent », diffusé en 1960, la Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec exprimait déjà le souhait de remplacer les commissions scolaires confessionnelles. Le Québec des années 1930 en comptait environ 2000.

Forte d’une vision progressiste et de son engagement envers l’égalité des chances, la future première ministre entreprend de rallier le milieu éducatif et la société civile autour de l’idée que l’école publique est ouverte à tous, indépendamment des croyances religieuses. Elle embrasse cette réforme pour quelques raisons majeures, qu’il est intéressant de revisiter aujourd’hui, près de 30 ans plus tard. Comme elle l’explique à l’Assemblée nationale pour convaincre l’opposition en mai 1996, c’est d’abord pour « mettre en place une organisation scolaire susceptible de favoriser l’intégration des immigrants à la communauté francophone ». La loi 101 les oblige à fréquenter les écoles francophones, mais plusieurs s’inscrivent naturellement dans les écoles francophones associées à des commissions scolaires protestantes, « qui sont plutôt de culture et d’environnement anglophones ». Ensuite, pour respecter la réalité et la volonté de la minorité anglophone ; puis, pour alléger les structures ; et enfin, pour assurer un exercice plus démocratique et plus équitable des libertés de conscience et de religion.

La tâche n’est pas mince. Entre autres difficultés, Pauline Marois a dû obtenir de modifier la Constitution de 1867 et son article 93 qui garantissait des droits et privilèges aux écoles catholiques et protestantes. La minorité anglophone a toutefois maintenu son droit inaliénable de gérer ses établissements scolaires. À ce jour, en dépit de la réforme de 2019 qui a aboli les commissions scolaires au profit de centres de services scolaires, les commissions scolaires anglophones ont d’ailleurs maintenu leur modèle.

Le gouvernement de la Coalition avenir Québec a grandement contribué à la poursuite de ce travail de laïcisation des structures, avec l’adoption de la Loi sur la laïcité de l’État (loi 21). L’histoire récente nous apprend d’ailleurs que les architectes de ce vaste chantier ont encore du pain sur la planche. Le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, a déposé cette année un projet de loi (94) dont l’objet premier est de « renforcer la laïcité dans le réseau de l’éducation ». Comme sa prédécesseure Pauline Marois en son temps, il croise avec ce projet une certaine résistance, car il propose de franchir un pas de plus dans la laïcisation, notamment avec l’obligation d’avoir le visage découvert en tout temps dans toutes les écoles, et ce, tant pour les élèves que pour le personnel.

En 2024, l’épisode de l’école primaire Bedford a choqué le Québec. À la faveur de reportages chocs, on découvrait que dans cette école, dans d’autres aussi, se jouait une réalité parallèle. Un groupe d’enseignants d’origine surtout maghrébine imposait sa propre loi et ses modes de gestion de classe et de pédagogie, en contravention totale avec les principes de laïcité, de respect de la langue française et d’égalité hommes-femmes. Vendredi, le ministère de l’Enseignement supérieur publiait aussi les conclusions de sa propre enquête sur les tensions religieuses vécues aux collèges anglophones Dawson et Vanier : entre autres conclusions, on y recommande un resserrement de la Loi sur la laïcité de l’État dans le réseau collégial. Même si plusieurs obstacles se dressent sur la route du Québec dans sa démarche de laïcisation de l’État, il ne doit pas fléchir.

Les bases sur lesquelles s’appuyait jadis Pauline Marois pour déconfessionnaliser le réseau scolaire demeurent donc d’une totale pertinence, tant pour l’importance de renforcer la langue française que pour celle de participer à l’intégration des communautés culturelles à la société québécoise, en tout respect des valeurs liées à la laïcité.

Source: Religion et écoles, ce mauvais ménage

It took her tenacity, audacity and of course that finesse of political judgment that was recognized wherever she went. By becoming the architect of the de-confessionalization of the school network, Pauline Marois signed a fundamental Quebec reform, whose sustainable legacy transformed the governance of schools and paved the way for contemporary debates on secularism.

The order was ambitious. And it was Prime Minister Lucien Bouchard who gave it to him during his first national council of the Parti Québécois, in 1996. His mission? Replace religion with language to distinguish Quebec primary and secondary schools, then always divided according to confessional criteria. The reform of the then Minister of Education, Pauline Marois, allowed the creation of 72 language school boards, instead of the 154 Catholic and Protestant school boards.

This historical transformation is in line with the work begun during the Quiet Revolution, a pivotal period of modernization of a Quebec still very impregnated with the dictates of the Catholic Church. In its powerful report, the “Parent Report”, released in 1960, the Royal Commission of Investigation on Education in the Province of Quebec already expressed the desire to replace the confessional school boards. Quebec in the 1930s had about 2000.

With a progressive vision and her commitment to equal opportunities, the future Prime Minister is undertaking to rally the educational community and civil society around the idea that public school is open to all, regardless of religious beliefs. It embraces this reform for some major reasons, which it is interesting to revisit today, almost 30 years later. As she explained to the National Assembly to convince the opposition in May 1996, it is first of all to “set up a school organization likely to promote the integration of immigrants into the French-speaking community”. Law 101 obliges them to attend French-speaking schools, but many naturally enroll in French-speaking schools associated with Protestant school boards, “which are rather of English-speaking culture and environment”. Then, to respect the reality and will of the English-speaking minority; then, to lighten the structures; and finally, to ensure a more democratic and more equitable exercise of freedoms of conscience and religion.

The task is not thin. Among other difficulties, Pauline Marois had to obtain an amendment of the Constitution of 1867 and its article 93, which guaranteed rights and privileges to Catholic and Protestant schools. However, the English-speaking minority has maintained its inalienable right to manage its schools. To date, despite the 2019 reform that abolished school boards in favor of school service centers, English-language school boards have maintained their model.

The government of the Coalition avenir Québec has greatly contributed to the continuation of this work of secularization of structures, with the adoption of the Act respecting the secularism of the State (Act 21). Recent history tells us that the architects of this vast construction site still have work to do. The Minister of Education, Bernard Drainville, tabled this year a bill (94) whose primary purpose is to “strengthen secularism in the education network”. Like his predecessor Pauline Marois in his time, he encounters a certain resistance with this project, because he proposes to take a step further in secularization, especially with the obligation to have his face uncovered at all times in all schools, both for students and for staff.

In 2024, the episode of Bedford Elementary School shocked Quebec. Thanks to shocking reports, we discovered that in this school, in others too, a parallel reality was being played out. A group of teachers of mainly Maghreb origin imposed their own law and methods of class management and pedagogy, in total contravention with the principles of secularism, respect for the French language and gender equality. On Friday, the Ministry of Higher Education also published the conclusions of its own survey on the religious tensions experienced at the English-speaking colleges Dawson and Vanier: among other conclusions, it recommends a tightening of the Act on the secularism of the State in the college network. Even if several obstacles stand on the road to Quebec in its approach to secularizing the state, it must not give in.

The foundations on which Pauline Marois once relied to deconfessionalize the school network therefore remain of total relevance, both for the importance of strengthening the French language and for that of participating in the integration of cultural communities into Quebec society, in full respect of the values related to secularism.

Entre réussite et intégration, un Québec fou de tous ses enfants

Interesting read by a former teacher:

…Mon premier contrat dans mon champ — l’histoire et la géographie — était dans une grande école secondaire du quartier défavorisé Côte-des-Neiges. J’ai partagé certaines appréhensions concernant le secteur avec des collègues, et ils m’ont tous répondu une variation de la formule suivante : Côte-des-Neiges, c’est un secret bien gardé.

Les défis linguistiques y sont importants, mais la population scolaire y est réceptive, les jeunes souvent polis et travaillants. C’était il y a dix ans. J’avais plus de deux cents élèves et une seule qui n’était pas issue de l’immigration.

Cette école n’avait rien d’un « ghetto » : on y retrouvait plus de soixante nationalités représentées. Dans les corridors, on entendait l’anglais, l’espagnol, l’arabe ou le tagalog. La valorisation du français était au cœur du projet éducatif.

Les élèves s’exprimaient aussi entre eux dans la langue de Molière, la seule qu’ils avaient tous en commun. Un français certes teinté d’accents de banlieues françaises ou de franglais. Une langue qui ne les avait pas préparés à comprendre L’erreur boréale, que j’ai dû traduire, mimer et rembobiner lors du chapitre sur le territoire forestier.

L’équipe d’accueil et de francisation comptait sur des enseignants intimement qualifiés : pour plusieurs, le français avait aussi été une langue étrangère. Grâce à leur formation et leur expérience, ces enseignants savaient que l’apprentissage d’une langue s’effectue en complémentarité et non en concurrence avec les autres langues connues.

Plusieurs recherches montrent que des pédagogies plurilingues, mobilisant les autres langues des élèves, soutiennent efficacement l’apprentissage du français. En plus de leurs effets positifs sur le plan cognitif, ces pratiques renforcent le lien maître-élève.

Or, comme l’ont souligné plusieurs chercheuses en commission parlementaire, certains articles du projet de loi 94 visant notamment à renforcer la laïcité risquent de compromettre ces interactions dans la langue maternelle de l’élève.

Les pratiques d’accueil

La francisation des élèves ne se limite pas aux classes d’accueil. Il existe les services intensifs d’accueil et de soutien à l’apprentissage du français (SASAF), qui incluent un soutien quotidien en classe ordinaire et les classes d’accueil.

Les services de soutien linguistique d’appoint en francisation (SLAF) s’adressent quant à eux aux élèves intégrés en classe ordinaire dont l’acquisition du français est bien amorcée.

Les critères de classement et les choix de services varient d’un centre de services scolaire à l’autre. Notons que le MEQ n’a fixé aucun nombre minimal d’heures hebdomadaires de SLAF à offrir. L’accès aux services professionnels, comme l’orthopédagogie ou la psychoéducation, peut aussi être limité lorsqu’une direction considère que la classe d’accueil constitue le service de soutien.

Certaines directions imposent aux enseignants d’attendre que l’élève soit francisé avant de soumettre une demande de services complémentaires. Certaines disent vouloir éviter la suridentification. N’en demeure qu’avec la hausse du nombre d’élèves ayant un parcours scolaire interrompu, des retards importants ou des parcours migratoires difficiles, ce retard d’accès pèse lourd à la fois sur les élèves et sur le personnel.

Selon le MEQ, alors qu’il y a deux fois plus d’élèves en classe d’accueil qu’il y a dix ans, on en compte trois fois plus en classe ordinaire bénéficiant d’un soutien d’appoint sans qu’aucune norme minimale ne soit établie à cet effet. Les critères de classement demeurent souvent opaques ; le service d’appoint est-il réellement suffisant pour ces élèves ? Plus d’uniformité et de transparence sont nécessaires.

Qui sont les élèves issus de l’immigration ?

À la parution, en 2015, de l’ouvrage de Marie Mc Andrew et du groupe de recherche Immigration, équité et scolarisation (GRIES), La réussite éducative des élèves issus de l’immigration, ceux-ci représentaient 26 % de la population scolaire. Dix ans plus tard, ce chiffre est passé à 36 %.

Tous n’ont pas besoin de services de francisation. C’est notamment le cas de plusieurs élèves dits de deuxième génération, les plus nombreux (22 % de ces 36 %), dont le recours aux SASAF est resté stable depuis dix ans, voire a légèrement diminué. Un élève de deuxième génération est un élève né ici dont au moins un parent est né à l’extérieur du Québec. Fait marquant, le nombre d’élèves immigrants dont la langue maternelle est le français est en hausse — ils composent près de la moitié du groupe en 2025 (43 % contre 37 % en 2015). Les groupes de langue arabe, anglaise ou espagnole sont, eux, restés stables.

Les élèves issus de l’immigration fréquentent davantage l’école privée au secondaire que les non-immigrants (24,5 % contre 20,5 %), une donnée influencée par la forte présence des élèves de deuxième génération dans le réseau privé. Toutefois, le rôle du privé dans l’accueil et la francisation des élèves de première génération tend à diminuer.

Citoyenneté québécoise

Comment évalue-t-on l’intégration d’une personne à sa société d’accueil ? Lorsque cette question est soulevée, les critères objectifs sont parfois maigres. Pour les élèves québécois, deux indicateurs pourraient toutefois nous servir de repères : la réussite scolaire et le choix de la langue d’enseignement au postsecondaire.

Selon l’Observatoire des inégalités, en 2016, le taux de diplomation des élèves de deuxième génération était de 88 %, alors qu’il était de 83 % pour les élèves non issus de l’immigration. Quant aux élèves de première génération ayant immigré dès le primaire, leur taux de réussite est passé de 75 % à 84 % entre 2008 et 2016.

Bien que les défis soient nombreux, plusieurs facteurs propres à la population immigrante expliqueraient cette réussite, dont l’approche scolaire parentale. En 2015, le GRIES notait que le caractère sélectif des politiques d’immigration québécoises, visant un objectif d’établissement permanent, contribuait à la stabilité des familles, à la légitimité de la présence des immigrants, ce qui favorisait la réussite.

Après leur passage en système scolaire francophone, comme le veut la loi 101, 50 % des inscrits allophones au collégial choisissaient les études en français en 2007. Cela passait à 66 % en 2021, selon l’OQLF. Sur cette même période, le choix des jeunes francophones pour le collégial en français est lui passé de 95 % à 93 %. Considérant ce facteur, l’intégration des jeunes allophones à la société québécoise tend à s’améliorer.

Afin d’accentuer l’adhésion à la culture francophone, dans un rapport bien documenté sur les dynamiques linguistiques du monde scolaire, le commissaire à la langue française, Benoît Dubreuil, proposait notamment des mesures comme le développement de programmes de jumelages entre écoles de différentes régions du Québec, approche souvent mise de côté au profit d’expériences internationales.

Les élèves issus de l’immigration créent-ils « une pression énorme sur nos écoles » ? Les politiques d’immigration, nommément celles d’immigration temporaire, ont accentué leur nombre, surtout depuis 2022.

Reste que leur présence à la hausse s’inscrit de façon prévisible depuis plusieurs années, que ces élèves sont aussi globalement résilients, engagés dans leurs études, en preuve leur taux de réussite, qu’ils sont de plus en plus francophones et qu’ils sont aussi de plus en plus nombreux à choisir le français pour la suite de leur parcours scolaire.

Investir ambitieusement dans l’accueil et la francisation des élèves est incontournable pour la nation québécoise et ce n’est pas uniquement une question d’argent : c’est aussi reconnaître l’effet d’émulation positive qu’ont plusieurs de ses élèves sur l’ensemble du système, laisser les professionnels utiliser les meilleures pratiques, comme les références à la langue et à la culture maternelles, sans y voir de menace à la société d’accueil ou favoriser des démarches peu systématisées, comme le jumelage interrégional.

Mon passage en milieu pluriethnique m’a notamment appris que l’amour de la langue ne peut se développer qu’au travers du respect et de l’affection qu’on porte à ceux qui la parlent.

Source: Entre réussite et intégration, un Québec fou de tous ses enfants

La mairesse de Longueuil balise le «vivre-ensemble»

No major difference between interculturalism and multiculturalism as both forms of civic integration with minor differences at the operational level:

La Ville de Longueuil vient d’adopter une politique de « vivre-ensemble » basée sur l’interculturalisme, qui mise sur la primauté du français et de la laïcité dans l’espace public. Cette mesure vise aussi à rendre la cinquième ville en importance au Québec plus « inclusive » envers les minorités culturelles, qui forment le tiers de la population longueuilloise.

Cette politique considère la diversité comme une richesse et un « moteur d’innovation, de cohésion et de développement social et économique ». En énonçant des valeurs communes à tous les citoyens de Longueuil, ce plan se distingue du multiculturalisme canadien, qui « valorise la diversité culturelle dans une optique de cohabitation entre les groupes, sans affirmation d’un pilier majeur », précise le document, adopté la semaine dernière par le conseil municipal.

Signe des temps, la moitié du conseil municipal est formée d’élus issus de la diversité depuis le scrutin de 2021 — une première en plus de 360 ans d’histoire, souligne la mairesse de Longueuil, Catherine Fournier. Un Conseil interculturel a été mis en place en 2022. Le Conseil a mené des consultations en vue d’élaborer cette politique d’interculturalisme. Plus d’une quinzaine de citoyens et d’experts ont témoigné.

La politique sur le vivre-ensemble instaure les principes d’équité, de diversité et d’inclusion (EDI), dénoncés par ses critiques comme étant « wokes ». Il n’y a pourtant rien de scandaleux là-dedans : il s’agit simplement de garantir pour tout le monde l’accès aux ressources et aux occasions en matière d’emploi, de justice, de services et de logement, indique le document de la Ville.

Une approche « intersectionnelle », permettant d’identifier les citoyens selon leur genre, leur âge, leur orientation sexuelle ou leur handicap, fait aussi partie de la stratégie longueuilloise.

La mairesse précise qu’il est hors de question d’instaurer des « quotas » d’emplois réservés aux représentants de la diversité dans l’administration municipale. Les hommes blancs peuvent postuler pour tous les postes affichés par la Ville.

Inclusion en français

La politique prévoit néanmoins que l’interculturalisme soit « institutionnalisé » dans le fonctionnement de la Ville, « en intégrant la diversité culturelle dans toutes les sphères d’action municipale, des politiques aux services quotidiens ».

Par exemple, la Ville compte renforcer ses partenariats avec les organismes communautaires pour franciser les nouveaux arrivants. La Ville communique uniquement en français avec ses citoyens, mais Catherine Fournier prône la patience face aux immigrants qui peinent à maîtriser la langue officielle du Québec.

« On doit inclure les nouveaux arrivants en français », dit la mairesse. La Ville compte encourager la tenue d’événements, de festivals ou de spectacles mettant en valeur la diversité longueuilloise, pour rassembler les gens de toutes les origines. Des formations sur la diversité culturelle seront aussi offertes à des employés municipaux.

La politique prévoit une série d’autres initiatives pour valoriser la diversité longueuilloise. En matière de toponymie, l’apport de femmes ou de personnalités issues des minorités sera reconnu.

Source: La mairesse de Longueuil balise le «vivre-ensemble»

The City of Longueuil has just adopted a “living together” policy based on interculturalism, which relies on the primacy of French and secularism in public space. This measure also aims to make the fifth largest city in Quebec more “inclusive” towards cultural minorities, which make up a third of the population of Longueuil.

This policy considers diversity as a wealth and an “engine of innovation, cohesion and social and economic development”. By stating values common to all citizens of Longueuil, this plan is different from Canadian multiculturalism, which “values cultural diversity with a view to cohabitation between groups, without affirming a major pillar,” says the document, adopted last week by the city council.

Sign of the times, half of the city council has been made up of elected officials from diversity since the 2021 election – a first in more than 360 years of history, underlines the mayor of Longueuil, Catherine Fournier. An Intercultural Council was set up in 2022. The Council conducted consultations with a view to developing this policy of interculturalism. More than fifteen citizens and experts testified.

The policy on living together establishes the principles of equity, diversity and inclusion (EDI), denounced by its critics as being “wokes”. However, there is nothing scandalous about it: it is simply a matter of guaranteeing everyone access to resources and opportunities in employment, justice, services and housing, says the City’s document.

An “intersectional” approach, making it possible to identify citizens according to their gender, age, sexual orientation or disability, is also part of the Longueuil strategy.

The mayor specifies that it is out of the question to introduce “quotas” of jobs reserved for representatives of diversity in the municipal administration. White men can apply for all positions posted by the City.

Inclusion in French

Nevertheless, the policy provides for interculturalism to be “institutionalized” in the functioning of the City, “by integrating cultural diversity into all spheres of municipal action, from policies to daily services”.

For example, the City intends to strengthen its partnerships with community organizations to Frenchize newcomers. The City communicates only in French with its citizens, but Catherine Fournier advocates patience in the face of immigrants who struggle to master the official language of Quebec.

“We must include newcomers in French,” says the mayor. The City intends to encourage the holding of events, festivals or shows highlighting the diversity of Longueuil, to bring together people of all origins. Training on cultural diversity will also be offered to municipal employees.

The policy provides for a series of other initiatives to enhance the diversity of Longueuil. In terms of toponymy, the contribution of women or personalities from minorities will be recognized.

Roberge veut renvoyer le multiculturalisme dans les « limbes de l’histoire »

Forgets, of course, s27 of the Charter and the Multiculturalism Act, not to mention that the differences between multiculturalism and interculturalism are relatively small, as both properly understood pertain to civic integration and the CAQ’s more divisive approach has been subject to considerable criticism.

And somewhat ironic for Minister Roberge to state that the parties in the Assemblée nationale opposed Bill 84 given “clientélisme partisan when arguably, so is the CAQ:

« Le multiculturalisme ne s’applique plus sur le territoire québécois, enfin ! […] C’est un modèle qui a toujours été nuisible pour le Québec », a affirmé le ministre mercredi à l’Assemblée nationale.  

Selon lui, dans ce modèle, l’État se donne le devoir de permettre aux nouveaux arrivants de garder leur culture et leur langue d’origine. « C’est ça, le multiculturalisme canadien. On vit les uns aux côtés des autres », a-t-il expliqué.  

Sa nouvelle loi – qui s’inspire de l’interculturalisme – vise à envoyer le signal aux immigrants qu’ils « arrivent dans un État qui a son propre modèle d’intégration » et qu’ils doivent accepter le contrat social du Québec basé sur des valeurs comme la démocratie, la langue française, l’égalité entre les hommes et les femmes ou encore la laïcité.  

« Sans quoi, bien, ce n’est pas une bonne idée de venir ici », indique Jean-François Roberge.  

Mais il reste des éléments à mettre en place afin de clarifier le modèle du ministre. Il promet qu’une « Politique nationale sur l’intégration à la nation québécoise et à la culture commune » sera mise en œuvre avant l’élection de 2026.  

Jean-François Roberge ajoute qu’après l’adoption de cette politique nationale, « tous les ministères, tous les organismes, les municipalités, etc., lorsqu’ils vont subventionner un projet d’un partenaire, vont devoir s’assurer que ce projet est compatible avec les fondements du modèle d’intégration nationale ». 

Le ministre assure que les financements qui ont déjà été octroyés ne seront pas retirés.  

Dans cinq ans, il y aura un rapport pour évaluer le nouveau modèle d’intégration. Les critères seront élaborés dans la Politique nationale.  

Le projet de loi 84 a été adopté mercredi matin au Salon rouge. Le Parti québécois a voté avec le gouvernement. Les solidaires et les libéraux s’y sont opposés. Le ministre s’en est désolé.  

« Je ne sais pas trop, c’est probablement pour des questions de clientélisme partisan. Il devait y avoir quelques membres très très multiculturalistes qui n’ont pas compris que c’était un projet d’ouverture », a-t-il dit.  

Source: Roberge veut renvoyer le multiculturalisme dans les « limbes de l’histoire »

“Multiculturalism no longer applies to Quebec territory, finally! […] It is a model that has always been harmful to Quebec, “said the minister on Wednesday in the National Assembly.

According to him, in this model, the State makes it its duty to allow newcomers to keep their culture and language of origin. “This is Canadian multiculturalism. We live side by side,” he explained.

His new law – which is inspired by interculturalism – aims to send the signal to immigrants that they are “arriving in a state that has its own model of integration” and that they must accept Quebec’s social contract based on values such as democracy, the French language, equality between men and women or secularism.

“Without that, well, it’s not a good idea to come here,” says Jean-François Roberge.

But there are still elements to be put in place in order to clarify the minister’s model. He promises that a “National Policy on Integration into the Quebec Nation and the Common Culture” will be implemented before the 2026 election.

Jean-François Roberge adds that after the adoption of this national policy, “all ministries, agencies, municipalities, etc., when they are going to subsidize a partner’s project, will have to ensure that this project is compatible with the foundations of the national integration model”.

The Minister assures that the funding that has already been granted will not be withdrawn.

In five years, there will be a report to evaluate the new integration model. The criteria will be developed in the National Policy.

Bill 84 was adopted Wednesday morning at the Red Hall. The Parti Québécois voted with the government. The solidarity and liberals opposed it. The minister apologized.

“I’m not sure, it’s probably for questions of partisan clientelism. There must have been some very multicultural members who didn’t understand that it was an opening project,” he said.

ICYMI: Bouchard | Retour sur le nationalisme identitaire

Another thoughtful commentary by Bouchard:

Le nationalisme identitaire est une forme dégradée de nationalisme. Ce dernier, quand il est bien entendu, exprime un sentiment qui fait aimer sa nation et inspire le désir de la servir pour la faire progresser. Il invite à un engagement porteur de progrès, axé sur des valeurs, des idéaux. Il se traduit dans des initiatives concrètes qui font avancer une société.

Un nationalisme qui nous a bien servis

Notre passé en offre des exemples, qu’il s’agisse du mouvement patriote, de la Révolution tranquille ou du souverainisme. Chaque fois, la nation poursuivait un idéal porteur de grands enjeux. Et dans chaque cas, le nationalisme fut un puissant moteur. À ces exemples, on pourrait ajouter, bien qu’avec les importantes réserves que l’on devine, le programme de la Survivance. Il faut reconnaître qu’il poursuivait un idéal très élevé (trop élevé ?) de pureté morale inspiré des valeurs chrétiennes et soudé à la survie de la langue.

Au fil des ans, les enjeux se modifiaient et le nationalisme se redéfinissait en fonction des urgences de l’heure. Ainsi, à partir des années 1960, le nationalisme rompait avec celui du siècle antérieur. Les aspirations et les urgences ayant changé, notre nation se mobilisait désormais au service d’autres valeurs et d’autres finalités, d’ordre économique, social, politique et culturel. nationalisme identitaire est une forme dégradée de nationalisme. Ce dernier, quand il est bien entendu, exprime un sentiment qui fait aimer sa nation et inspire le désir de la servir pour la faire progresser. Il invite à un engagement porteur de progrès, axé sur des valeurs, des idéaux. Il se traduit dans des initiatives concrètes qui font avancer une société.

Le nationalisme de la CAQ

Le type de nationalisme promu par François Legault et le ministre Bernard Drainville ouvre une voie sans issue et nocive. La notion identitaire qui lui est accolée est floue. Le premier ministre lui-même n’arrive pas à la définir clairement. Elle prête aussi à controverse. Elle peut se durcir, éveiller des sentiments primaires, donner dans le renfermement, l’exclusion et la privation de droits. On a alors affaire à un horizon rétréci, symptôme d’un nationalisme éviscéré qui a évacué les contenus prometteurs.

En plus, ce type de nationalisme ne s’adresse pas à tous les Québécois. On le voit quand M. Legault confond Québécois et Canadien français (par exemple à propos du projet de musée d’histoire nationale). On le voit encore plus clairement dans la dernière politique annoncée par le ministre Drainville, une politique qui élargit abusivement à tout le personnel relié à une école l’interdiction d’afficher des signes religieux. Ce personnel entretient-il avec les élèves un contact continu, intense ? Ici, le nationalisme identitaire glisse dans l’exclusion et l’irrespect des droits.

J’approuve entièrement le texte de Françoise David, Louise Harel et Christine Saint-Pierre publié dans La Presse du 22 avril. Le prétexte donné à l’appui de la loi 21 pour interdire le port de signes religieux chez les enseignantes et les enseignants mettait en cause l’influence néfaste exercée sur les élèves quand l’enseignement se fait endoctrinant. En quoi ce prétexte vaut-il pour le personnel travaillant hors des salles de classe ?

Ne soyons pas dupes. Cette mesure est manifestement le fruit d’un calcul électoraliste de la part d’un parti déjà bien mal en point et dont la feuille de route ne cesse de se détériorer. On essaie encore de raviver la peur d’un islamisme envahisseur désireux de corrompre notre société. Cette menace est usée. Elle a souvent servi depuis trente ans au Québec. Mais où voit-on les signes, les effets de cette agression ? On ne jongle pas de cette façon avec un enjeu qui a des ramifications profondes et légitimes chez certains Québécois.

La laïcité fait évidemment partie des valeurs les plus relevées. À la condition de ne pas la dévoyer.

Dans ce domaine comme dans d’autres, notre premier ministre flirte avec la confusion. Il fait souvent référence à « nos valeurs » et quand il veut aller plus loin, il aime évoquer la laïcité. Mais il y a plus que la laïcité dans nos valeurs. Et dans la laïcité, il y a plus que l’interdiction faite aux « islamistes » de prier en public ou la nécessité de « chasser le religieux de nos écoles ». À ce sujet, du reste, on comprend mal que ce prosélyte d’une laïcité intégrale soutienne le financement d’écoles à vocation explicitement religieuse.

Du bon usage de l’identité et du nationalisme

L’identité peut être conçue de diverses façons. Selon moi, la définition la plus simple, la plus consensuelle, peut se formuler ainsi : un ensemble largement partagé de traits, de valeurs, de souvenirs et de symboles qui créent un sentiment d’appartenance, lequel avec le temps se transforme en solidarité. À ce point, ce genre d’identité en vient à coiffer un rapport social indispensable à toute mobilisation. Il se forge dans la durée à même des réalisations méritoires, source d’une fierté légitime pour l’ensemble de la nation.

Le nationalisme québécois a présentement grand besoin d’une perspective assortie de résonances précises. Il faudrait y greffer des contenus sociaux, culturels, économiques et politiques à l’image de ce que fut le néonationalisme de la Révolution tranquille.

En ce qui concerne la sphère culturelle en particulier, il y a urgence. De nombreuses études et de nombreux témoignages l’attestent. On a parlé d’une « dissolution silencieuse » de notre nation (Maxime Plamondon, Le Devoir, 7 février 2025). Il faut aussi penser aux jeunes qui ont besoin de se former l’esprit, de développer des sensibilités, des aspirations qui en feront des adultes plus avertis et des citoyens plus responsables. Des Québécois plus alertes et plus engagés aussi. Il est urgent de leur donner les moyens de s’abreuver à d’autres sources que les réseaux sociaux et les scories d’une nouvelle culture ambiante stérilisante.

Voilà une priorité sans équivoque que notre gouvernement ignore. Une culture vivante permet d’irriguer, d’enrichir la vie collective. C’est une finalité qui nous élève et qui raffermit les fondements de notre nation. Si on s’y mettait, le Québec pourrait à nouveau par sa culture briller dans le monde comme il l’a déjà fait.

Enfin, le souverainiste que je suis déplore vivement le fait que le chef du Parti québécois se joint avec enthousiasme à la croisade mal inspirée du ministre Drainville. Je croyais que ce parti, ayant tiré la leçon du passé, avait retrouvé la sagesse.

Source: Idées | Retour sur le nationalisme identitaire

Identity nationalism is a degraded form of nationalism. The latter, when it is understood, expresses a feeling that makes his nation loved and inspires the desire to serve it to make it progress. It invites a commitment to progress, focused on values, ideals. It translates into concrete initiatives that move a society forward.

Identity nationalism is a degraded form of nationalism. The latter, when it is understood, expresses a feeling that makes his nation loved and inspires the desire to serve it to make it progress. It invites a commitment to progress, focused on values, ideals. It translates into concrete initiatives that move a society forward.

A nationalism that has served us well

Our past offers examples, whether it is the patriotic movement, the Quiet Revolution or sovereignism. Each time, the nation pursued an ideal with great stakes. And in each case, nationalism was a powerful engine. To these examples, we could add, although with the important reservations that we guess, the Survival program. It must be recognized that he pursued a very high ideal (too high?) Of moral purity inspired by Christian values and welded to the survival of language.

Over the years, the stakes changed and nationalism was redefined according to the urgencies of the hour. Thus, from the 1960s, nationalism broke with that of the previous century. Aspirations and emergencies having changed, our nation was now mobilizing in the service of other values and other purposes, of an economic, social, political and cultural nature. Identity nationalism is a degraded form of nationalism. The latter, when it is understood, expresses a feeling that makes his nation loved and inspires the desire to serve it to make it progress. It invites a commitment to progress, focused on values, ideals. It translates into concrete initiatives that move a society forward.

The nationalism of the CAQ

The type of nationalism promoted by François Legault and Minister Bernard Drainville opens a dead end and harmful. The notion of identity attached to it is blurred. The Prime Minister himself cannot define it clearly. It also lends itself to controversy. It can harden, awaken primary feelings, give in confinement, exclusion and deprivation of rights. We are then dealing with a narrowed horizon, a symptom of an eviscerated nationalism that has evacuated promising content.

In addition, this type of nationalism is not aimed at all Quebecers. We see it when Mr. Legault confuses Quebecers and French Canadians (for example about the national history museum project). This is seen even more clearly in the latest policy announced by Minister Drainville, a policy that abusively extends the ban on displaying religious signs to all school-related staff. Does this staff maintain continuous, intense contact with students? Here, identity nationalism slips into the exclusion and disrespect of rights.

I fully approve of the text by Françoise David, Louise Harel and Christine Saint-Pierre published in La Presse on April 22. The pretext given in support of Law 21 to prohibit the wearing of religious signs among teachers called into question the harmful influence exerted on students when teaching is indoctrinating. How does this pretext apply to staff working outside the classroom?

Let’s not be fooled. This measure is clearly the result of an electoral calculation on the part of a party already in very bad shape and whose roadmap is constantly deteriorating. We are still trying to revive the fear of an invading Islamism eager to corrupt our society. This threat is worn out. She has often served for thirty years in Quebec. But where do we see the signs, the effects of this aggression? We do not juggle in this way with an issue that has deep and legitimate ramifications among some Quebecers.

Secularism is obviously one of the highest values. On the condition of not divertinting it.

In this area, as in others, our Prime Minister flirts with confusion. He often refers to “our values” and when he wants to go further, he likes to evoke secularism. But there is more than secularism in our values. And in secularism, there is more than the prohibition of “Islamists” to pray in public or the need to “drive the religious out of our schools”. On this subject, moreover, it is difficult to understand that this proselyte of integral secularism supports the financing of schools with an explicitly religious vocation.

Good use of identity and nationalism

Identity can be designed in various ways. In my opinion, the simplest definition, the most consensual, can be formulated as follows: a widely shared set of traits, values, memories and symbols that create a sense of belonging, which over time turns into solidarity. At this point, this kind of identity comes to shape a social relationship essential to any mobilization. It is forged over time by meritorious achievements, a source of legitimate pride for the entire nation.

Quebec nationalism is currently in great need of a perspective with precise resonances. Social, cultural, economic and political contents should be added to it, like what was the neonationalism of the Quiet Revolution.

With regard to the cultural sphere in particular, there is urgency. Many studies and many testimonies attest to this. We spoke of a “silent dissolution” of our nation (Maxime Plamondon, Le Devoir, February 7, 2025). We must also think of young people who need to train their mind, to develop sensitivities, aspirations that will make them more informed adults and more responsible citizens. Quebecers who are more alert and more committed too. It is urgent to give them the means to drink from sources other than social networks and the slags of a new sterilizing ambient culture.

This is an unequivocal priority that our government ignores. A living culture makes it possible to irrigate and enrich collective life. It is a purpose that elevates us and strengthens the foundations of our nation. If we get down to it, Quebec could once again shine in the world through its culture as it has already done.

Finally, the sovereignist that I am deeply deplores the fact that the leader of the Parti Québécois is enthusiastically joining in the poorly inspired crusade of Minister Drainville. I believed that this party, having learned the lesson of the past, had regained wisdom.

Our past offers examples, whether it is the patriotic movement, the Quiet Revolution or sovereignism. Each time, the nation pursued an ideal with great stakes. And in each case, nationalism was a powerful engine. To these examples, we could add, although with the important reservations that we guess, the Survival program. It must be recognized that he pursued a very high ideal (too high?) Of moral purity inspired by Christian values and welded to the survival of language.

Over the years, the stakes changed and nationalism was redefined according to the urgencies of the hour. Thus, from the 1960s, nationalism broke with that of the previous century. Aspirations and emergencies having changed, our nation was now mobilizing in the service of other values and other purposes, of an economic, social, political and cultural nature. Identity nationalism is a degraded form of nationalism. The latter, when it is understood, expresses a feeling that makes his nation loved and inspires the desire to serve it to make it progress. It invites a commitment to progress, focused on values, ideals. It translates into concrete initiatives that move a society forward.

The nationalism of the CAQ

The type of nationalism promoted by François Legault and Minister Bernard Drainville opens a dead end and harmful. The notion of identity attached to it is blurred. The Prime Minister himself cannot define it clearly. It also lends itself to controversy. It can harden, awaken primary feelings, give in confinement, exclusion and deprivation of rights. We are then dealing with a narrowed horizon, a symptom of an eviscerated nationalism that has evacuated promising content.

In addition, this type of nationalism is not aimed at all Quebecers. We see it when Mr. Legault confuses Quebecers and French Canadians (for example about the national history museum project). This is seen even more clearly in the latest policy announced by Minister Drainville, a policy that abusively extends the ban on displaying religious signs to all school-related staff. Does this staff maintain continuous, intense contact with students? Here, identity nationalism slips into the exclusion and disrespect of rights.

I fully approve of the text by Françoise David, Louise Harel and Christine Saint-Pierre published in La Presse on April 22. The pretext given in support of Law 21 to prohibit the wearing of religious signs among teachers called into question the harmful influence exerted on students when teaching is indoctrinating. How does this pretext apply to staff working outside the classroom?

Let’s not be fooled. This measure is clearly the result of an electoral calculation on the part of a party already in very bad shape and whose roadmap is constantly deteriorating. We are still trying to revive the fear of an invading Islamism eager to corrupt our society. This threat is worn out. She has often served for thirty years in Quebec. But where do we see the signs, the effects of this aggression? We do not juggle in this way with an issue that has deep and legitimate ramifications among some Quebecers.

Secularism is obviously one of the highest values. On the condition of not divertinting it.

In this area, as in others, our Prime Minister flirts with confusion. He often refers to “our values” and when he wants to go further, he likes to evoke secularism. But there is more than secularism in our values. And in secularism, there is more than the prohibition of “Islamists” to pray in public or the need to “drive the religious out of our schools”. On this subject, moreover, it is difficult to understand that this proselyte of integral secularism supports the financing of schools with an explicitly religious vocation.

Good use of identity and nationalism

Identity can be designed in various ways. In my opinion, the simplest definition, the most consensual, can be formulated as follows: a widely shared set of traits, values, memories and symbols that create a sense of belonging, which over time turns into solidarity. At this point, this kind of identity comes to shape a social relationship essential to any mobilization. It is forged over time by meritorious achievements, a source of legitimate pride for the entire nation.

Quebec nationalism is currently in great need of a perspective with precise resonances. Social, cultural, economic and political contents should be added to it, like what was the neonationalism of the Quiet Revolution.

With regard to the cultural sphere in particular, there is urgency. Many studies and many testimonies attest to this. We spoke of a “silent dissolution” of our nation (Maxime Plamondon, Le Devoir, February 7, 2025). We must also think of young people who need to train their mind, to develop sensitivities, aspirations that will make them more informed adults and more responsible citizens. Quebecers who are more alert and more committed too. It is urgent to give them the means to drink from sources other than social networks and the slags of a new sterilizing ambient culture.

This is an unequivocal priority that our government ignores. A living culture makes it possible to irrigate and enrich collective life. It is a purpose that elevates us and strengthens the foundations of our nation. If we get down to it, Quebec could once again shine in the world through its culture as it has already done.

Finally, the sovereignist that I am deeply deplores the fact that the leader of the Parti Québécois is enthusiastically joining in the poorly inspired crusade of Minister Drainville. I believed that this party, having learned the lesson of the past, had regained wisdom.

Une pause du projet de loi sur l’intégration nationale, «ça n’arrivera pas», dit Roberge

Not surprising both in substance and political positioning:

Le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, ne mettra pas « sur pause » l’étude détaillée du projet de loi 84 sur l’intégration nationale, comme l’ont demandé plus d’une centaine d’organismes et de personnalités dans une lettre ouverte. « Ça n’arrivera pas », a-t-il déclaré en mêlée de presse.

« Le projet de loi sur l’intégration nationale est extrêmement important. C’est une réponse au multiculturalisme », a-t-il ajouté.

Selon M. Roberge, également ministre de la Langue française, le projet de loi 84 viendra jeter les bases de comment le Québec accueillera les immigrants, soit en tout respect de la langue et de la culture communes. « Moi, je suis ouvert à avoir certains amendements, mais sur le fond, sur le cœur du projet de loi, on va de l’avant », a-t-il souligné.

Mardi, Le Devoir rapportait que dans une lettre ouverte, plus d’une centaine d’organismes d’aide aux immigrants et de personnalités, telles que Gérard Bouchard et Charles Taylor, ont demandé au ministre d’arrêter l’étude du projet de loi afin de tenir une consultation publique « large et inclusive ». Car celui-ci est loin de faire l’unanimité, avait déclaré la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes.

Dans la foulée de son dépôt en janvier dernier, le projet de loi 84 avait suscité des inquiétudes chez une trentaine de personnalités publiques, dont d’ex-ministres du Parti québécois et du Parti libéral, qui en avaient critiqué les « accents assimilationnistes ».

D’autres, comme la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), avaient dit craindre qu’il ne limite les immigrants dans la défense de leurs droits devant les tribunaux.

Source: Une pause du projet de loi sur l’intégration nationale, «ça n’arrivera pas», dit Roberge

The Minister of Immigration, Jean-François Roberge, will not “pause” the detailed study of Bill 84 on national integration, as requested by more than a hundred organizations and personalities in an open letter. “It won’t happen,” he said in a press scrum.


“The national integration bill is extremely important. It’s a response to multiculturalism,” he added.
According to Mr. Roberge, also Minister of the French Language, Bill 84 will lay the foundations for how Quebec will welcome immigrants, in full respect of the common language and culture. “I am open to having certain amendments, but on the substance, on the heart of the bill, we are going forward,” he stressed.


On Tuesday, Le Devoir reported that in an open letter, more than a hundred immigrant aid organizations and personalities, such as Gérard Bouchard and Charles Taylor, asked the minister to stop the study of the bill in order to hold a “wide and inclusive” public consultation. Because it is far from unanimous, said the Consultation Table of organizations serving refugees and immigrants.


In the wake of its filing last January, Bill 84 had raised concerns among about thirty public figures, including former ministers of the Parti Québécois and the Liberal Party, who had criticized its “assimilationist accents”.


Others, such as the Centrale des syndicats du Québec (CSQ), said they feared that it would limit immigrants in defending their rights in court.