Charlie ou l’amnésie | Christian Rioux

Christian Rioux of Le Devoir on the one-year anniversary of the Charlie Hebdo killings:

Pourtant, chaque fois, c’est la même amnésie qui réapparaît. Comme pour Salman Rushdie, vite abandonné par ses principaux soutiens. Comme pour Théo Van Gogh, dont on a presque oublié le nom. Comme après les meurtres antisémites de Mohamed Merah, aussitôt qualifié de « loup solitaire ». Il aura fallu Charlie et même le Bataclan pour que la France comprenne que le mal était plus profond. L’absence évidente d’un fort contingent arabo-musulman dans les manifestations historiques du 11 janvier 2015 en offrit à tous la preuve irréfutable.

Comme le montre Gilles Képel dans son dernier livre (Terreur dans l’Hexagone, Gallimard), le vieil islam de France est « désormais bousculé par la mouvance salafiste[…]. Cette vision « intégrale » de la religion musulmane construit un grand récit promouvant un apartheid culturel avec la société « mécréante ». Elle recrute principalement parmi les enfants des quartiers relégués, où l’islam est devenu une norme. »

Sans être majoritaire, le salafisme parvient néanmoins à imposer sa loi en s’appuyant sur la culture du consensus qui paralyse partout le monde musulman, malgré quelques voix courageuses. Les ordres ont beau venir de l’extérieur, le terreau qui nourrit le terrorisme est là. C’est lui qui permet aux terroristes de se mouvoir. Exactement comme autrefois une large frange de la gauche marxiste universitaire alimentait des groupes comme les Brigades rouges italiennes ou la Fraction armée rouge allemande.

Ce n’est pas en se reniant que la France viendra à bout du terrorisme. Au contraire. Aujourd’hui, il ne s’agit pas tant pour l’islam français de lutter contre une islamophobie souvent fantasmée (même si la discrimination existe) que de respecter les règles de la nation et de la laïcité française. Point à la ligne. Ce qui implique de vivre, qu’on l’aime ou pas, avec l’humour impertinent de Charlie Hebdo, ainsi que le font toutes les autres religions.

Prétendre naïvement que ce terrorisme n’a rien à voir avec l’islam, comme le font encore tant d’intellectuels et de responsables politiques au Québec comme en France, n’a pas de sens. L’écrivaine bangladaise Taslima Nasreen, exilée aux États-Unis après avoir été menacée par les islamistes, ne dit pas autre chose lorsqu’elle affirme, dans le dernier numéro de Charlie Hebdo, que, « sans évolution et sans réforme de l’islam, la terreur ne disparaîtra pas ».

C’est bien cette réalité terrifiante qui est apparue au grand jour il y a un an.

About Andrew
Andrew blogs and tweets public policy issues, particularly the relationship between the political and bureaucratic levels, citizenship and multiculturalism. His latest book, Policy Arrogance or Innocent Bias, recounts his experience as a senior public servant in this area.

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