Le Devoir Éditorial | Bouchard-Taylor, un legs ignoré

Good editorial:

À l’hiver 2007, le Québec semblait littéralement au bord de la rupture. Une série d’incidents impliquant des accommodements religieux enflammaient le débat public. L’installation de vitres givrées au YMCA d’Outremont, un jugement de la Cour suprême autorisant le port du kirpan à l’école, le code de vie de la municipalité d’Hérouxville destiné aux immigrants : les manchettes s’enchaînaient, nourrissant une perception de crise identitaire. Dans ce climat d’anxiété collective, le premier ministre Jean Charest annonçait, le 8 février 2007, la création de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles, confiée à deux éminences : le sociologue Gérard Bouchard et le philosophe Charles Taylor.

M. Charest en appelait alors à une réflexion sensée. « Il est clair que le débat s’enlise et qu’il sert la division plus que la compréhension », rappelait-il au moment de propulser Bouchard-Taylor. Pendant des semaines, les deux commissaires ont sillonné le Québec, permettant à quelque 3400 personnes de participer aux audiences publiques qui faisaient souvent salle comble. Cette vaste consultation populaire a permis de prendre le pouls d’une société profondément divisée sur la question de son identité et de sa relation avec les minorités religieuses. Certains témoignages étaient empreints de préjugés et de peurs irrationnelles, d’autres exprimaient un désir sincère de préserver les acquis de la Révolution tranquille. L’exercice démocratique a été aussi cathartique qu’éprouvant.

Dans leur rapport final, Fonder l’avenir. Le temps de la conciliation, les deux commissaires arrivent à un constat aussi cinglant que libérateur : non, il n’y avait pas de véritable crise des accommodements raisonnables au Québec, et ce, malgré les apparences. Ce que les médias avaient présenté comme une avalanche de demandes déraisonnables formulées au nom de la liberté de religion relevait largement de la distorsion des faits. La commission Bouchard-Taylor conclut que, parmi les cas les plus médiatisés, 71 % s’éloignaient de l’exactitude des faits. L’emballement médiatique avait considérablement enflé la « crise ».

Les commissaires décèlent derrière cette enflure un malaise identitaire dont souffrent plus particulièrement les Québécois d’ascendance canadienne-française. Ceux-ci vivent difficilement leur double statut de majoritaire au Québec mais de minoritaire en Amérique du Nord, et craignent peut-être d’être submergés par les minorités culturelles et d’être dépossédés de leurs valeurs communes. La crise des accommodements camoufle donc une réaction de défense de plusieurs Québécois inquiets de perdre leur identité culturelle.

Le rapport Bouchard-Taylor propose une voie médiane fondée sur l’interculturalisme québécois, un modèle distinct du multiculturalisme canadien et de la laïcité fermée à la française. Les commissaires recommandent notamment d’interdire le port de signes religieux uniquement aux personnes en position d’autorité coercitive — juges, policiers, gardiens de prison, procureurs de la Couronne — tout en permettant leur port ailleurs dans la fonction publique, y compris pour les enseignants. Cette approche visait à équilibrer la neutralité de l’État avec le respect des libertés individuelles. La formule n’est pas retenue.

Sous la gouverne du Parti québécois, le Québec adopte en 2013 la Charte des valeurs, qui propose d’aller plus loin que les recommandations de Bouchard-Taylor. La nation n’en a pas fini de ses crispations identitaires, car le Québec s’entre-déchire autour de cette charte. En 2019, la Coalition avenir Québec présente enfin le projet de loi 21 sur la laïcité de l’État. Sur le modèle de la Charte des valeurs, on y interdit le port de signes religieux aux personnes en position d’autorité, y compris les enseignants du primaire et du secondaire. La loi fait l’objet de vives contestations.

L’adoption de la Loi sur la laïcité de l’État marque l’aboutissement d’un processus qui a pris le chemin inverse de celui tracé par Bouchard et Taylor. Là où le rapport de 2008 appelait à la conciliation, à la nuance et au dialogue, le Québec a opté pour une solution législative plus rigide qui, si elle répond aux inquiétudes d’une majorité, pose des questions profondes sur notre capacité collective à vivre ensemble dans le respect de nos différences et force la mise à l’écart de certains groupes.

Le véritable héritage de Bouchard et de Taylor réside dans la démarche qu’ils ont incarnée. À un moment où le Québec aurait pu basculer dans l’intolérance et la xénophobie pure, ils ont rappelé l’importance de l’analyse rigoureuse, de l’écoute et du dialogue. Ils ont démontré que les perceptions pouvaient différer radicalement de la réalité et que les débats identitaires devaient être menés avec intelligence et compassion. Dix-huit ans après leur nomination, Bouchard et Taylor nous rappellent qu’une société mature ne se construit pas sur la peur de l’autre, mais sur la capacité à dialoguer, à comprendre et à chercher des solutions qui honorent à la fois les valeurs collectives et les droits individuels.

Source: Éditorial | Bouchard-Taylor, un legs ignoré

In the winter of 2007, Quebec seemed literally on the verge of rupture. A series of incidents involving religious accommodations inflamed the public debate. The installation of frosted windows at the YMCA of Outremont, a Supreme Court judgment authorizing the wearing of the kirpan at school, the code of life of the municipality of Hérouxville for immigrants: the headlines followed one another, feeding a perception of identity crisis. In this climate of collective anxiety, Prime Minister Jean Charest announced, on February 8, 2007, the creation of the Consultation Commission on Accommodation Practices Related to Cultural Differences, entrusted to two eminences: Sociologist Gérard Bouchard and Philosopher Charles Taylor.

Mr. Charest then called for a sensible reflection. “It is clear that the debate is getting bogged down and that it serves division more than understanding,” he recalled when propelling Bouchard-Taylor. For weeks, the two commissioners crisscrossed Quebec, allowing some 3,400 people to participate in public hearings that were often a fulle. This broad popular consultation made it possible to take the pulse of a deeply divided society on the question of its identity and its relationship with religious minorities. Some testimonies were imbued with prejudices and irrational fears, others expressed a sincere desire to preserve the achievements of the Quiet Revolution. The democratic exercise was as cathartic as it was trying.

In their final report, Founding the Future. At the time of conciliation, the two commissioners came to an observation as scathing as it was liberating: no, there was no real crisis of reasonable accommodation in Quebec, despite appearances. What the media had presented as an avalanche of unreasonable demands made in the name of freedom of religion was largely a matter of distortion of the facts. The Bouchard-Taylor Commission concludes that, among the most publicized cases, 71% were far from the accuracy of the facts. The media runaway had considerably inflated the “crisis”.

The commissioners detect behind this swelling an identity malaise suffered more particularly by Quebecers of Canadian-French descent. They hardly live their dual status as a majority in Quebec but as a minority in North America, and perhaps fear being overwhelmed by cultural minorities and being dispossessed of their common values. The accommodation crisis therefore camouflages a defensive reaction of many Quebecers worried about losing their cultural identity.

The Bouchard-Taylor report proposes a middle path based on Quebec interculturalism, a model distinct from Canadian multiculturalism and French-style secularism. The commissioners recommend in particular that the wearing of religious signs be prohibited only to persons in a position of coercive authority – judges, police officers, prison guards, Crown prosecutors – while allowing their wearing elsewhere in the public service, including for teachers. This approach aimed to balance the neutrality of the State with respect for individual freedoms. The formula is not retained.

Under the leadership of the Parti Québécois, Quebec adopted the Charter of Values in 2013, which proposed to go further than the recommendations of Bouchard-Taylor. The nation has not finished its identity tensions, because Quebec is torn around this charter. In 2019, the Coalition avenir Québec finally presented Bill 21 on the secularism of the state. On the model of the Charter of Values, it prohibits the wearing of religious signs to people in positions of authority, including primary and secondary school teachers. The law is the subject of strong challenges.

The adoption of the State Secularism Act marked the culmination of a process that took the opposite path from that traced by Bouchard and Taylor. Where the 2008 report called for conciliation, nuance and dialogue, Quebec has opted for a more rigid legislative solution that, if it responds to the concerns of a majority, raises deep questions about our collective ability to live together with respect for our differences and forces the exclusion of certain groups.

The true legacy of Bouchard and Taylor lies in the approach they embodied. At a time when Quebec could have turned into intolerance and pure xenophobia, they recalled the importance of rigorous analysis, listening and dialogue. They demonstrated that perceptions could differ radically from reality and that identity debates should be conducted with intelligence and compassion. Eighteen years after their appointment, Bouchard and Taylor remind us that a mature society is not built on the fear of the other, but on the ability to dialogue, understand and seek solutions that honor both collective values and individual rights.

From Bouchard lui-même: Quand l’espoir vient des citoyens

« En haut, en haut ! C’est un grand concept sociologique sophistiqué, ça, en haut ! », s’exclame-t-il d’un ton faussement bourru. Me sentant désarçonné au bout du fil, il éclate d’un grand rire.

Le ton est donné : interviewer Gérard Bouchard sera tout sauf ennuyant. Ce monument de l’histoire et de la sociologie a codirigé la fameuse commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, a enseigné à Harvard, a écrit de nombreux ouvrages. Et à 81 ans, le sociologue chéri des Québécois est vif, drôle, versant autant dans l’autodérision que dans les critiques acerbes.

Des critiques qu’il dirige beaucoup vers le gouvernement du Québec actuellement. C’est là, « en haut », qu’il déplore les plus grandes dérives. Mon intention n’était pas nécessairement d’amener mon interlocuteur dans l’arène politique, mais il y a sauté lui-même à pieds joints.

Lorsque je lui demande ce qu’il souhaite collectivement aux Québécois pour 2026, sa réponse est immédiate.

« Je souhaiterais que tout le débat sur l’identitaire perde enfin de l’actualité. L’identitaire est un sac vide. Cette affaire-là ne va nulle part. C’est un débat qui divise, mais qui n’ouvre pas sur grand-chose. »

— Gérard Bouchard

Il enchaîne en dénonçant la désinvolture avec laquelle, selon lui, le gouvernement Legault écarte les droits fondamentaux pour imposer sa vision de la laïcité.

« Ça relève d’un sentiment antireligieux, je ne vois pas autre chose, dit-il. L’idée qu’une société, pour être laïque, doit repousser le religieux dans ses derniers retranchements pour qu’il ne soit finalement plus visible du tout… Ce n’est pas un idéal pour une société, ça ! Ou alors, si c’est un idéal, ça en est un qui repose essentiellement sur la violation d’un droit fondamental. »

« On vit encore sur cette espèce de revanche que l’on prend contre les abus du clergé que notre société a subis jusqu’au milieu du XXsiècle, analyse-t-il. On avait de sacrées bonnes raisons de le faire, on a beaucoup souffert. Mais là, il faudrait en finir avec ça. On ne va quand même pas vivre sur ce ressentiment de génération en génération ! »…

“Up, up! It’s a great sophisticated sociological concept, that, at the top! “, he exclaims in a falsely gruff tone. Feeling distraught at the end of the line, he bursts out laughing.

The tone is set: interviewing Gérard Bouchard will be anything but boring. This monument of history and sociology co-led the famous Bouchard-Taylor Commission on Reasonable Accommodations, taught at Harvard, wrote many books. And at 81, the beloved sociologist of Quebecers is lively, funny, pouring as much into self-deprecation as in harsh criticism.

Criticisms that he directs a lot towards the Quebec government currently. It is there, “at the top”, that he deplores the greatest drifts. My intention was not necessarily to bring my interlocutor into the political arena, but he jumped there himself with his feet together.

When I ask him what he collectively wishes for Quebecers for 2026, his answer is immediate.

“I would like the whole debate on identity to finally lose news. The identity is an empty bag. This case is not going anywhere. It is a debate that divides, but does not open up much. ”

— Gérard Bouchard

He continues by denouncing the casualness with which, according to him, the Legault government discards fundamental rights to impose its vision of secularism.

“It’s an anti-religious feeling, I don’t see anything else,” he says. The idea that a society, to be secular, must push the religious to his last entrenchments so that he is finally no longer visible at all… This is not an ideal for a society! Or, if it is an ideal, it is one that is essentially based on the violation of a fundamental right. ”

“We still live on this kind of revenge that we take against the abuse of the clergy that our society suffered until the middle of the 20th century,” he analyzes. We had damn good reasons to do it, we suffered a lot. But now, we should end this. We are still not going to live on this resentment from generation to generation! “…

Le Devoir Éditorial | De quoi Bedford est-il le nom?

Valid critique of the union defending the undefendable:

…Il faut avoir le courage de revenir à la base : de quoi Bedford est-il le nom, au juste ?

Le scandale de Bedford, c’est d’abord le fait de profs qui ont refusé d’enseigner la science, la technologie ou l’éducation à la sexualité, ont rejeté le français comme langue d’usage, ont pratiqué le déni d’assistance et l’humiliation des élèves éprouvant des difficultés d’apprentissage, ont refusé de se plier au principe de l’égalité filles-garçons en classe, ont harcelé et intimidé leurs collègues et leurs directions, ont piétiné la laïcité.

C’est cela qu’on veut dans nos classes ? Car c’est bien ce dont il s’agit ici, ne le perdons pas de vue.

Il y a déjà eu un rapport — dévastateur — d’un psychologue industriel dépêché sur les lieux en 2021. Il y a eu une enquête de cinq mois — tout aussi dévastatrice — de la Direction générale des affaires internes, au fil de laquelle 70 personnes ont été rencontrées. Un plan d’action ambitieux. Surtout, il y a eu 11 comités d’enquête, un pour chaque prof pour éviter tout amalgame fortuit, raccourci de facilité ou contamination malheureuse, dont certains sont toujours en cours.

Même le politique a joué ses cartes sans tricher ni plastronner. On peut reprocher bien des choses au gouvernement Legault, qui a multiplié les bourdes et les reculs inacceptables en éducation. Reste que, dans cette affaire, ses deux ministres, M. Drainville d’abord, Mme LeBel ensuite, ont fait les choses dans l’ordre, sans pression indue.

Qu’est-ce que l’Alliance voudrait de plus ?

Hélas, elle n’en dit mot. Elle se réfugie derrière l’article 47.2 du Code du travail, qui l’oblige à défendre ses membres. Il est vrai que cet article la pousse rudement dans les câbles. Mais ce n’est pas un absolu : il arrive qu’un syndicat se range derrière des preuves accablantes. L’« opacité » qui la pousse aujourd’hui à se lever pour ce noyau dur est-elle fondée, solidement harnachée sur des faits et non sur des impressions montées en épingle ?

Il est permis d’en douter, d’autant que l’Alliance comme le Centre de services scolaire de Montréal, d’ailleurs, n’auront pas spécialement brillé, allant jusqu’à renvoyer les plaintes des professeurs intimidés à leur délégué syndical… qui était lui-même membre de la clique contrôlant l’école Bedford.

Impossible de ne pas voir une dissonance dérangeante entre la fermeté d’un discours syndical qui refuse de faire son autocritique et la négation des besoins fondamentaux des plus vulnérables, une rengaine que le conflit à la Société de transport de Montréal (STM) a usée de triste manière.

À Bedford, des collègues professeurs et des patrons ont été intimidés des années durant. Surtout, des élèves ont été privés de leur droit le plus fondamental à une éducation de qualité dans un « milieu d’apprentissage sain et sécuritaire » exempt d’intimidation ou de violence. Car Bedford, c’est d’abord ça : un milieu détourné de sa mission première au détriment de ceux-là mêmes qui l’habitent. Et il faudrait que cela puisse encore être défendu ?

Source: Éditorial | De quoi Bedford est-il le nom?

… You need to have the courage to go back to the base: what is Bedford’s name, exactly?

The Bedford scandal is first of all the fact of teachers who refused to teach science, technology or sex education, rejected French as a language of use, practiced denial of assistance and humiliation of students experiencing learning difficulties, refused to comply with the principle of girl-boy equality in the classroom, harassed and intimidated their colleagues and their management, trampled on secularism.

Is that what we want in our classes? Because that’s what we’re talking about here, let’s not lose sight of it.

There has already been a report – devastating – of an industrial psychologist dispatched to the scene in 2021. There was a five-month – equally devastating – investigation by the Directorate-General for Internal Affairs, in the course of which 70 people were met. An ambitious action plan. Above all, there were 11 committees of inquiry, one for each teacher to avoid any fortuitous amalgamation, shortcut of ease or unfortunate contamination, some of which are still in progress.

Even the politician played his cards without cheating or cheating. We can blame many things on the Legault government, which has multiplied the blunders and unacceptable setbacks in education. However, in this case, his two ministers, Mr. Drainville first, Mrs. LeBel then, did things in order, without undue pressure.

What more would the Alliance want?

Alas, she doesn’t say a word. She takes refuge behind Article 47.2 of the Labor Code, which obliges her to defend her members. It is true that this article pushes her roughly through the cables. But this is not an absolute: sometimes a union ranks behind overwhelming evidence. Is the “opacity” that pushes it today to stand up for this hard core founded, solidly harnessed on facts and not on pin-mounted impressions?

It is permissible to doubt this, especially since the Alliance as well as the Centre de services scolaires de Montréal, moreover, will not have particularly shone, going so far as to return the complaints of intimidated teachers to their union delegate… who was himself a member of the clique controlling the Bedford school.

It is impossible not to see a disturbing dissonance between the firmness of a union discourse that refuses to make its self-criticism and the denial of the basic needs of the most vulnerable, a line that the conflict at the Société de transport de Montréal (STM) has worn out in a sad way.

In Bedford, fellow teachers and bosses have been bullied for years. Above all, students have been deprived of their most fundamental right to quality education in a “healthy and safe learning environment” free of bullying or violence. Because Bedford is first of all this: an environment diverted from its primary mission to the detriment of those who live there. And should it still be able to be defended?

Le Devoir editorial: Dialogue de sourds [immigration]

Biting editorial that notes the substantive convergence despite the ongoing politicization:

Les gouvernements d’Ottawa et de Québec parlent tout à coup la même langue en matière d’immigration. Après des années de profonds désaccords, entre l’accueil pléthorique obstiné du fédéral et les inquiétudes québécoises ignorées, tous deux s’entendent désormais, sous la gouverne recadrée du premier ministre canadien Mark Carney, sur les objectifs à cibler et les correctifs à apporter. Une soudaine convergence qui n’a toutefois pas mis fin à leur dialogue de sourds entêté.

La présentation des cibles d’immigration fédérales dans le premier budget de Mark Carney aurait pu être rédigée par le gouvernement caquiste de François Legault lui-même. Le « nouveau gouvernement du Canada », comme il prend encore le soin de se qualifier près de sept mois après son élection, reconnaît que le système d’immigration fédéral « n’est plus viable ». Le rythme d’accueil des dernières années « a commencé à dépasser la capacité habituelle du Canada à absorber et soutenir les nouveaux arrivants ». « Nous reprenons le contrôle », annoncent les libéraux, afin de ramener les seuils « à des niveaux acceptables ». Un choix de mots qui aurait été perçu par ces mêmes libéraux, il y a à peine un an, comme un désaveu de leurs valeurs et de leur ADN.

Or, en cette nouvelle ère, au fédéral comme au Québec, cette réduction de l’accueil passe par les nouveaux immigrants temporaires, tandis que l’accueil d’immigrants économiques permanents et la pérennisation de résidents temporaires déjà sur place sont privilégiés.

Qu’importe cette nouvelle harmonie idéologique, la Coalition avenir Québec de François Legault n’allait tout de même pas renoncer à une énième salve à l’endroit d’Ottawa, surtout dans le contexte de ses déboires actuels. Le choix de Québec de retenir le scénario de réduction de son immigration le plus modéré fut donc imputé au toujours commode adversaire fédéral, au lieu qu’il reconnaisse franchement, comme cela avait été entendu en commission parlementaire, qu’une réduction radicale des niveaux d’immigration en deçà de la cible retenue de 45 000 admissions permanentes (par rapport à 61 000 cette année) aurait été malavisée dans le présent contexte économique.

Québec s’inquiète, à juste titre, du plafond de 10 % de travailleurs à bas salaire imposé par Ottawa à toutes les entreprises, y compris en région, et déplore le fait que sa demande de droit acquis hors Montréal ou Laval n’a toujours pas été acceptée. La ministre fédérale de l’Immigration, Lena Diab, brille certes par son absence, et le bureau de M. Carney s’illustre dans ce dossier par son indolence. En coulisses, la CAQ et Ottawa s’entendent pourtant sur l’urgence de protéger ces emplois et les entreprises qui en dépendent en région. Ce qu’il reste à ficeler, c’est la solution.

Or, reconnaître la complexité de la situation aurait été plus ardu et moins payant que de marquer des points politiquement. D’autant que la CAQ évite ainsi d’avoir à justifier que ses seuils d’immigration permanente ne bougent à peu près pas, au bout du compte — outre la réduction découlant de l’élimination du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) —, pour ne se chiffrer qu’à peine en dessous de la précédente cible de 50 000 admissions.

D’autres gouvernements, avant la CAQ, ont ciblé l’accueil d’immigrants permanents selon le secteur et la région d’emploi — comme le prévoit le Programme de sélection des travailleurs qualifiés se substituant au PEQ et désormais comptabilisé à même la cible annuelle. Le gouvernement Legault devra néanmoins dissiper les craintes de délais en contrepartie exacerbés.

L’arithmétique créative est par ailleurs la même du côté d’Ottawa, où la « stabilisation » de l’immigration permanente est en fait une augmentation camouflée. Le plafond de 380 000 nouveaux résidents permanents par année, de 2026 à 2028, est plus élevé que l’était la cible de 365 000 prévue pour 2027 par l’ancien premier ministre Justin Trudeau. Seuil d’accueil auquel Mark Carney ajoute de surcroît 148 000 résidents permanents sur deux ans, en offrant ce statut à 115 000 réfugiés et 33 000 travailleurs temporaires. De part et d’autre, chacun fait bien dire ce qu’il veut à ses tableaux de colonnes de chiffres.

Quant à l’immigration temporaire, Ottawa la sabre de presque moitié (370 000 admissions d’ici 2028), tandis que Québec, qui l’inclut enfin à sa planification pluriannuelle, annonce qu’il la retranchera quelque peu, de 13 % par rapport à 2024 (quoique cette cible de 175 000 admissions dans quatre ans ne soit en réalité inférieure que de près de 1000 par rapport à cette année). Là encore, Québec modère son resserrement non pas en avouant répondre ainsi aux gens d’affaires qui ne peuvent s’en passer, mais plutôt en prétextant une réduction fédérale réclamée à grands cris, mais jugée trop importante aujourd’hui.

La CAQ et les libéraux fédéraux 2.0 se rejoignent davantage que ne veulent l’admettre les troupes de François Legault. Il ne leur reste plus qu’à se parler pour mieux s’arrimer. Si tant est que, pour les caquistes, améliorer l’accueil en terre québécoise, et non pas leur propre sort, soit réellement ce qui leur tient le plus à cœur.

Source: Dialogue de sourds

The Ottawa and Quebec governments suddenly speak the same language when it comes to immigration. After years of profound disagreements, between the obstinate reception of the federal government and the ignored Quebec concerns, both now agree, under the guidance of Canadian Prime Minister Mark Carney, on the objectives to be targeted and the corrections to be made. A sudden convergence that, however, did not end their dialogue of deaf-stubborn.

The presentation of federal immigration targets in Mark Carney’s first budget could have been written by François Legault’s Caquist government itself. The “new government of Canada”, as it still takes care to qualify itself almost seven months after its election, recognizes that the federal immigration system “is no longer viable”. The pace of reception in recent years “has begun to exceed Canada’s usual ability to absorb and support newcomers”. “We are regaining control,” the Liberals announce, in order to reduce the thresholds “to acceptable levels”. A choice of words that would have been perceived by these same liberals, just a year ago, as a disavowal of their values and DNA.

However, in this new era, both in federal and Quebec, this reduction in reception goes through new temporary immigrants, while the reception of permanent economic immigrants and the perpetuation of temporary residents already on site are preferred.

No matter this new ideological harmony, François Legault’s Coalition avenir Québec was still not going to give up yet another salvo against Ottawa, especially in the context of its current setbacks. Quebec’s choice to retain the most moderate immigration reduction scenario was therefore attributed to the always convenient federal opponent, instead of frankly recognizing, as had been heard in the parliamentary committee, that a radical reduction in immigration levels below the target of 45,000 permanent admissions (compared to 61,000 this year) would have been misreceived in the current economic context.

Quebec is rightly concerned about the 10% ceiling for low-wage workers imposed by Ottawa on all businesses, including in the region, and deplores the fact that its application for rights acquired outside Montreal or Laval has still not been accepted. The Federal Minister of Immigration, Lena Diab, certainly shines with her absence, and the office of Mr. Carney is distinguished in this file by his indolence. Behind the scenes, however, the CAQ and Ottawa agree on the urgency of protecting these jobs and the companies that depend on them in the region. What remains to be tied up is the solution.

However, recognizing the complexity of the situation would have been more difficult and less rewarding than scoring politically. Especially since the CAQ thus avoids having to justify that its permanent immigration thresholds do not move, in the end of the day — in addition to the reduction resulting from the elimination of the Quebec Experience Program (PEQ) — to be just below the previous target of 50,000 admissions.

Other governments, before the CAQ, targeted the reception of permanent immigrants by sector and region of employment — as provided for in the Skilled Worker Selection Program replacing the PEQ and now counted against the annual target. The Legault government will nevertheless have to dispel fears of exacerbated delays in return.

Creative arithmetic is also the same on the Ottawa side, where the “stabilization” of permanent immigration is in fact a camouflaged increase. The ceiling of 380,000 new permanent residents per year, from 2026 to 2028, is higher than the target of 365,000 set for 2027 by former Prime Minister Justin Trudeau. Reception threshold to which Mark Carney adds an additional 148,000 permanent residents over two years, offering this status to 115,000 refugees and 33,000 temporary workers. On both sides, everyone makes his tables of columns of numbers say what he wants.

As for temporary immigration, Ottawa knows it by almost half (370,000 admissions by 2028), while Quebec City, which finally includes it in its multi-year planning, announces that it will subtract it somewhat, by 13% compared to 2024 (although this target of 175,000 admissions in four years is actually only almost 1,000 lower than this year). Again, Quebec is moderating its tightening not by confessing to responding to business people who cannot do without it, but rather by pretexting a federal reduction that was called for, but considered too important today.

The CAQ and the Federal Liberals 2.0 join more than François Legault’s troops want to admit. All they have to do is talk to each other to better get together. If only, for the Caquistes, improving the welcome in Quebec land, and not their own fate, is really what is most important to them.

Le Devoir editorial: Gouverner, le cœur en moins [immigratiion]

Merited strong critique:

…Il existe en gouvernance une règle qui n’a rien de sorcier et qui tombe sous le couvert du gros bon sens : avant de prendre une décision susceptible de toucher de manière directe la sécurité financière et la stabilité de familles déjà jugées vulnérables, il est préférable d’effectuer une solide collecte d’informations et d’obtenir une validation juridique, surtout si l’on suspecte un « flou » dans la rédaction d’un article de loi. Québec a plutôt provoqué une secousse dans le train-train de familles immigrantes avant de vérifier si sa décision était la bonne.

Voilà une manière de gouverner à rebrousse-poil, et le cœur en moins.

Les faux pas et les maladresses s’accumulent dans le champ crucial de l’immigration, qui marie la vitalité de notre économie à nos compétences comme société d’accueil. La bienveillance devrait y figurer en tête de liste, ce qui ne l’empêcherait pas de cohabiter avec des facteurs clés comme le respect de nos valeurs, la vitalité du français (notamment à Montréal) ou nos capacités à offrir des services en santé, en éducation et en soutien à la famille. Les déclarations politiques s’additionnent désormais pour faire valoir que nos systèmes craquellent notamment en raison d’un volume trop important d’entrées

Source: Gouverner, le cœur en moins

… There is a rule in governance that is not rocket science and that falls under the guise of common sense: before making a decision likely to directly affect the financial security and stability of families already considered vulnerable, it is preferable to carry out a solid collection of information and obtain legal validation, especially if we suspect a “blur” in the drafting of an article of law. Instead, Quebec caused a shock in the train of immigrant families before checking whether its decision was the right one.

This is a way to govern backwards, and the heart less.

Missteps and clumsiness accumulate in the crucial field of immigration, which combines the vitality of our economy with our skills as a host society. Benevolence should be at the top of the list, which would not prevent it from coexisting with key factors such as respect for our values, the vitality of French (especially in Montreal) or our ability to offer health, education and family support services. Political statements are now adding up to argue that our systems are cracking, in particular because of too many entries

Le Devoir editorial: Le racisme vu autrement

Of note:

En définitive, Haroun Bouazzi s’est disqualifié comme porte-étendard de la lutte contre le racisme au Québec. Ce serait cependant une grave erreur de nier l’existence des disparités de traitement et des iniquités qui minent les conditions du vivre-ensemble. Le profilage racial perdure au sein de la police malgré les condamnations et les plans d’action. Le gouvernement Legault s’entête à ne pas reconnaître l’existence du racisme systémique, en jouant sur les mots, alors que des commissions d’enquête, des jugements des tribunaux supérieurs, des rapports ou études produits par des organismes gouvernementaux nomment le problème et suggèrent des mesures pour l’endiguer. L’immigration a le dos large pour expliquer les nombreuses carences du filet de sécurité sociale et les carences dans les services publics, alors qu’il s’agit de phénomènes multifactoriels. La réconciliation avec les peuples autochtones avance à reculons…

Le repli communautariste sous-jacent à l’analyse d’Haroun Bouazzi ne forme pas une base acceptable pour un débat fécond. Il faut tout de même trouver un espace pour entendre la détresse et l’inquiétude des Québécois issus de la diversité ou des Premières Nations. Ils ont droit à la pleine égalité, à leur voix discordante aussi pour dénoncer les imperfections qu’il incombe de nommer, dans un débat public qui doit demeurer vigoureux et respectueux, de part et d’autre.

Source: Le Devoir editorial: Le racisme vu autrement

.. Ultimately, Haroun Bouazzi disqualified himself as the standard-bearer of the fight against racism in Quebec. However, it would be a serious mistake to deny the existence of the disparities in treatment and inequities that undermine the conditions of living together. Racial profiling persists within the police despite convictions and action plans. The Legault government insists on not recognizing the existence of systemic racism, playing on words, while commissions of inquiry, judgments of higher courts, reports or studies produced by government agencies name the problem and suggest measures to stem it. Immigration has a broad back to explain the many deficiencies in the social safety net and the deficiencies in public services, while these are multifactorial phenomena. Reconciliation with indigenous peoples is moving backwards…

The communitarian retreat underlying Haroun Bouazzi’s analysis does not form an acceptable basis for a fruitful debate. It is still necessary to find a space to hear the distress and concern of Quebecers from diversity or First Nations. They have the right to full equality, to their discordant voice also to denounce the imperfections that must be named, in a public debate that must remain vigorous and respectful, on both sides.

Le Devoir: Éditorial | Tout est dans la manière

More commentary on international students.

Comparable comments apply to the federal government that only slammed on the breaks after ignoring the impacts on housing, healthcare etc., along with “puppy mill” international student populations:

Engagé dans une course folle pour diminuer le nombre d’immigrants temporaires qu’abrite le Québec, le gouvernement de François Legault irrite plus qu’il ne rassure, car son plan de match manque de cohérence. Derniers d’une longue série de protagonistes à avoir été vexés, les universités et les cégeps implorent Québec de ne pas leur imposer un plafond d’étudiants étrangers, car cela viendrait bouleverser tout leur écosystème — de même que leur compte en banque.

Cégeps et universités ont défilé cette semaine devant la Commission des relations avec les citoyens pour se vider le coeur à propos du projet de loi 74. Cette future « Loi visant principalement à améliorer l’encadrement relatif aux étudiants étrangers » viendrait littéralement couper l’herbe sous le pied des établissements d’enseignement supérieur. Autonomes depuis belle lurette pour ce qui concerne le recrutement des étudiants venus de l’étranger, ces établissements se verront dépossédés de ce pouvoir, entièrement remis au gouvernement, qui prendrait « les décisions relatives à la gestion des demandes présentées à titre d’étudiant étranger ». Cette cassure est majeure.

Le ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Jean-François Roberge, espère que cette loi pourra freiner l’augmentation trop importante de ce groupe d’étudiants, qui a crû de 140 % de 2014 à 2023. Québec pourrait ainsi par décret fixer une limite au nombre d’étudiants étrangers admissibles. Il manque encore une donnée cruciale dans le baluchon du ministre : on ne sait pas à quelle cible il pense quand il annonce son intention de fixer un plafond. Sur les 124 000 étudiants internationaux que compte le Québec désormais, la majorité occupe les bancs des universités, puis des cégeps, mais ce nombre comprend aussi des étudiants en formation professionnelle et des élèves du niveau secondaire.

On ne pourra pas reprocher au gouvernement Legault de tenter des efforts pour juguler des entrées qu’il juge désormais excessives. Il n’a pas cessé de pointer l’indolence d’Ottawa dans le dossier migratoire, l’accusant d’être en partie responsable d’un nombre de migrants trop important au Québec en regard de sa population. Il était donc dans l’ordre des choses qu’il s’ausculte lui-même pour amoindrir le problème. Le problème principal réside dans deux pans : d’abord, le brusque changement de cap de Québec, qui le pousse à des actions brutales ; ensuite, le manque de cohérence et de vision transpirant des décisions intempestives.

Les établissements d’enseignement supérieur font totalement les frais de ce virage à 180 degrés. Peut-on vraiment blâmer les universités et les cégeps de s’insurger contre un plafond alors qu’hier encore on les encourageait à faire entrer à pleines vannes ces étudiants étrangers censés revigorer et notre économie et notre tissu social ? Il n’y a pas à aller bien loin pour trouver une magnifique trace d’incohérence. Dans le Plan stratégique 2023-2027 du ministère de l’Enseignement supérieur du Québec, dirigé par la ministre Pascale Déry, on lit bel et bien qu’« attirer davantage d’étudiants internationaux dans les collèges et les universités francophones de la province est une priorité gouvernementale. […] Ce nombre a connu une augmentation de 148 % au cours de la dernière décennie (2010-2011 à 2020-2021), dans un contexte caractérisé par une course planétaire aux talents. […] La rétention des étudiants internationaux, une fois diplômés, est une priorité gouvernementale. Elle constitue une opportunité mutuellement bénéfique à toutes les parties. D’une part, ces étudiants pourront contribuer au développement et à la croissance du Québec, et d’autre part, ils auront la possibilité de s’épanouir personnellement et professionnellement dans une société prospère et équitable ».

Bien sûr, on opposera à cet apparent manque de vision le fait que le contexte a changé et que le Québec n’a plus d’infrastructures et de services suffisamment solides pour bien intégrer un nombre aussi important de migrants. Si, en effet, « les temps changent », cela ne doit pas pour autant rendre plus acceptables des actions draconiennes qui pourraient menacer l’équilibre financier de certains établissements d’enseignement, sans compter la viabilité de quelques programmes d’études, au cégep principalement. Si l’afflux massif d’étudiants étrangers, surtout indiens, venus gonfler les rangs de certains collèges privés non subventionnés pendant la pandémie méritait une mesure comme celle imposée par Québec (couper l’accès au permis de travail postdiplôme), on ne peut pas en dire autant des groupes d’étudiants internationaux devenus une part importante et essentielle des contingents en enseignement supérieur. Ils ont leur raison d’être, et le Québec a tout fait depuis au moins le début des années 2000 pour favoriser ce rayonnement international.

Il y a le fond — une volonté de mieux contrôler les entrées migratoires — et il y a la manière. Il semble qu’avec un projet de loi aussi intrusif dans les affaires universitaires et collégiales, le Québec a négligé la manière en agissant de façon draconienne. Les universités et les cégeps sont en droit de protester.

Source: Éditorial | Tout est dans la manière

Engaged in a crazy race to reduce the number of temporary immigrants in Quebec, François Legault’s government irritates more than it reassures, because its match plan lacks coherence. The last of a long series of protagonists to have been offended, universities and CEGEPs are imploring Quebec not to impose a ceiling on foreign students, because it would upset their entire ecosystem – as well as their bank account.

CEGEPs and universities marched this week before the Citizens’ Relations Commission to empty their hearts about Bill 74. This future “Law aimed mainly at improving the supervision of foreign students” would literally cut the grass under the feet of higher education institutions. Autonomous for a long time with regard to the recruitment of students from abroad, these institutions will be dispossessed of this power, entirely given to the government, which would make “decisions relating to the management of applications submitted as foreign students”. This break is major.

The Minister of Immigration, Francisation and Integration, Jean-François Roberge, hopes that this law will be able to curb the excessive increase in this group of students, which grew by 140% from 2014 to 2023. Quebec could thus by decree set a limit on the number of eligible foreign students. A crucial fact is still missing in the minister’s baluchon: we do not know what target he is thinking of when he announces his intention to set a ceiling. Of the 124,000 international students that Quebec now has, the majority occupy the benches of universities, then CEGEPs, but this number also includes students in vocational training and high school students.

The Legault government cannot be blamed for trying efforts to curb entries that it now considers excessive. He did not stop pointing out Ottawa’s indolence in the migration file, accusing it of being partly responsible for too many migrants in Quebec compared to its population. He was therefore in the order of things that he auscultates himself to reduce the problem. The main problem lies in two sections: first, the abrupt change of course in Quebec City, which pushes it to brutal actions; second, the lack of coherence and vision transpiring from untimely decisions.

Higher education institutions are fully paying the price for this 180-degree turn. Can we really blame universities and CEGEPs for rebelling against a ceiling when only yesterday they were encouraged to bring these foreign students supposed to reinvigorate and our economy and our social fabric into full valves? You don’t have to go far to find a magnificent trace of incoherence. In the 2023-2027 Strategic Plan of the Quebec Ministry of Higher Education, led by Minister Pascale Déry, we read that “attracting more international students to French-speaking colleges and universities in the province is a government priority. […] This number has increased by 148% over the last decade (2010-2011 to 2020-2021), in a context characterized by a global race for talent. […] The retention of international students, once they graduate, is a government priority. It is a mutually beneficial opportunity for all parties. On the one hand, these students will be able to contribute to the development and growth of Quebec, and on the other hand, they will have the opportunity to flourish personally and professionally in a prosperous and equitable society.”

Of course, this apparent lack of vision will be opposed to the fact that the context has changed and that Quebec no longer has sufficiently strong infrastructure and services to properly integrate such a large number of migrants. If, indeed, “times change”, this should not make more acceptable draconian actions that could threaten the financial balance of some educational institutions, not to mention the viability of some study programs, mainly at CEGEP. If the massive influx of foreign students, especially Indians, who came to inflate the ranks of some non-subsidized private colleges during the pandemic deserved a measure like the one imposed by Quebec (cutting off access to the post-graduate work permit), the same cannot be said of the groups of international students who have become an important and essential part of the quotas in higher education. They have their raison d’être, and Quebec has done everything since at least the early 2000s to promote this international influence.

There is the substance — a desire to better control migratory inflows — and there is the way. It seems that with a bill so intrusive in university and collegiate affairs, Quebec has neglected the manner by acting in a draconian way. Universities and CEGEPs have the right to protest.