Le Devoir Éditorial | Vivre ensemble, c’est tout
2026/08/10 Leave a comment
Good editorial:
…C’est devenu un objet d’étude en soi, avec la montée en force des médiations interculturelles, ici et ailleurs. La grande université californienne de Berkeley s’est même dotée d’un indice d’inclusivité qui lui permet de mesurer nos progrès, d’identifier les bonnes pratiques comme les mauvaises, celles qui crispent les sociétés et les divisent. Le Canada s’y classe au 15e rang, en sandwich entre l’Allemagne et le Danemark. Tout au sommet, on trouve la Nouvelle-Zélande, le Portugal et les Pays-Bas.
Ses chercheurs observent la constante suivante : l’agitation, les remous et les contre-courants feront toujours partie de la vie en collectivité. Comme il ne sert à rien de s’acharner à vouloir dompter une rivière agitée pour en faire un long fleuve tranquille, il leur apparaît plus utile de jeter des ponts sur son dos afin que tous puissent y faire leur chemin et mettre leurs histoires en commun.
En d’autres mots, l’accord parfait n’adviendra pas et n’a même jamais existé. Il faut définir les valeurs communes qui nous lient et bâtir à partir d’elles, et non contre celles qui nous divisent. Les prochaines années s’annoncent politiquement, économiquement, climatiquement et humainement instables. C’est à ce défi immense mais ô combien prometteur que nous voudrions voir nos partis politiques s’atteler en prévision de la prochaine campagne.
Il est vrai qu’aller vers l’autre est exigeant. Cela vient avec des inconforts, des doutes, des incompréhensions, des appréhensions, voire de l’insécurité. Cet « inconfort interculturel », s’il est bien attesté, n’est heureusement pas éternel, nous enseigne la professeure agrégée de psychologie Marina M. Doucerain. Il a même « tendance à s’estomper à mesure que les gens accumulent les interactions interculturelles ».
Comme c’est en forgeant qu’on devient forgeron, la science nous enseigne ainsi que c’est en multipliant les contacts avec les autres qu’on devient… humains. Voilà une riche leçon pour qui veut passer d’un « imaginaire défensif » à un « imaginaire contributif », pour reprendre l’habile formule du professeur émérite Khadiyatoulah Fall parue récemment dans Le Devoir.C’est aussi l’occasion de revisiter la pensée du regretté sociologue et philosophe Edgar Morin, pour qui la polarisation restera toujours le symptôme d’une « pensée mutilée » qui réduit le monde à des oppositions binaires. Face à cette fragmentation, il oppose la finesse d’une pensée complexe exigeant de relier les contraires plutôt que de les séparer. « Nous avons trop bien appris à séparer, observe-t-il. Il vaut mieux apprendre à relier. Relier, c’est-à-dire pas seulement établir bout à bout une connexion, mais établir une connexion qui se fasse en boucle. »
Travailler à relier, n’est-ce pas là le début d’une promesse électorale porteuse d’avenir ?
… It has become an object of study in itself, with the rise of intercultural mediations, here and elsewhere. The major California University of Berkeley has even acquired an inclusiveness index that allows it to measure our progress, to identify good and bad practices, those that tense and divide societies. Canada ranks 15th, sandwiched between Germany and Denmark. At the very top, we find New Zealand, Portugal and the Netherlands.
Its researchers observe the following constant: agitation, turmoil and counter-currents will always be part of community life. Since it is useless to insist on wanting to tame a rough river to make it a long quiet river, it seems more useful to them to throw bridges on his back so that everyone can make their way there and share their stories.
In other words, the perfect agreement will not happen and has never even existed. We must define the common values that bond us and build from them, and not against those that divide us. The next few years promise to be politically, economically, climatically and humanly unstable. It is to this immense but very promising challenge that we would like to see our political parties tackle in anticipation of the next campaign.
It is true that going to the other is demanding. This comes with discomfort, doubts, misunderstandings, apprehensions, even insecurity. This “intercultural discomfort”, if it is well attested, is fortunately not eternal, teaches us associate professor of psychology Marina M. Doucerain. It even “tends to fade as people accumulate intercultural interactions”.
As it is by forging that we become a forge, science teaches us that it is by multiplying contacts with others that we become… human. This is a rich lesson for those who want to move from a “defensive imaginary” to a “contributory imaginary”, to use the skillful formula of Professor Emeritus Khadiyatoulah Fall recently published in Le Devoir.
It is also an opportunity to revisit the thought of the late sociologist and philosopher Edgar Morin, for whom polarization will always remain the symptom of a “mutilated thought” that reduces the world to binary oppositions. Faced with this fragmentation, he opposes the finesse of a complex thought demanding to connect the opposites rather than to separate them. “We have learned too well to separate,” he observes. It is better to learn to connect. Link, i.e. not only establish an end-to-end connection, but establish a connection that is made in a loop. ”
Working to connect, isn’t this the beginning of an electoral promise with a future?
