Nadeau | «Aucun, c’est déjà trop»
2026/05/05 Leave a comment
Valid to discuss specifics rather than generalities:
…« On ne peut pas accueillir toute la misère du monde » : cette formule qui sert à se laver les mains me lève le cœur. Elle déplace la question pour mieux noyer le poisson. Au lieu de discuter de situations réelles — de personnes précises, de risques précis, de décisions précises —, elle remplace le problème par une abstraction gigantesque. Et face à une abstraction gigantesque, il devient toujours possible de conclure qu’il n’y a rien à faire, que c’est trop gros. Ainsi, la discussion est close avant même d’avoir commencé.
Cette rhétorique dit en réalité moins quelque chose sur la misère du monde que sur notre propre étroitesse morale. Elle exprime jusqu’où nous sommes prêts à ne pas voir la souffrance d’autrui.
L’immigration n’est pas une condition historique figée. Il suffit de peu, dans l’histoire, pour devoir chercher refuge ailleurs. Du jour au lendemain, des sociétés entières peuvent s’y trouver poussées. Entre 1880 et 1930, près de 900 000 Canadiens français ont émigré aux États-Unis pour échapper à la misère. La frontière entre ceux qui accueillent et ceux qui arrivent n’est jamais aussi claire qu’on veut bien le croire. Ceux qui parlent aujourd’hui des migrants comme de pestiférés oublient parfois qu’on peut vite devenir l’« immigrant » de quelqu’un d’autre.
Source: Chronique | «Aucun, c’est déjà trop»
Funny how the translation program is so literal on the gender of “formula” rather than using it:
…” We cannot welcome all the misery of the world”: this formula that is used to wash your hands raises my heart. She shifts the question to better drown the fish. Instead of discussing real situations — specific people, specific risks, precise decisions — she replaces the problem with a gigantic abstraction. And in the face of a gigantic abstraction, it always becomes possible to conclude that there is nothing to do, that it is too big. Thus, the discussion is closed before it has even begun.
This rhetoric actually says less about the misery of the world than about our own moral narrowness. It expresses how far we are willing not to see the suffering of others.
Immigration is not a fixed historical condition. It takes little, in history, to have to look for refuge elsewhere. Overnight, entire societies can find themselves pushed there. Between 1880 and 1930, nearly 900,000 French Canadians emigrated to the United States to escape poverty. The border between those who welcome and those who arrive is never as clear as we would like to believe. Those who today speak of migrants as plague victims sometimes forget that you can quickly become someone else’s “immigrant”.
