Face à un achalandage record, les délais chez Francisation Québec explosent
2024/01/24 Leave a comment
Not only the federal government that has service delivery issues (a family friend in Montreal is one of those affected):
Attente de plusieurs mois, allocations non versées, suivis de dossier difficiles : six mois après le lancement de Francisation Québec, le service, complètement débordé, connaît des ratés, a constaté Le Devoir.
Sur les 62 000 dossiers complets, 36 300 immigrants, soit environ 60 %, attendent toujours de commencer un cours. « On a vu un avant et un après. Et le constat, c’est que Francisation Québec a complexifié l’accès à la francisation », a soutenu Guillaume Boivin, directeur du centre pour personnes immigrantes Le Tremplin, à Lévis. Avec pour conséquence que les listes d’attente « se sont énormément allongées ».
Alors qu’ils étaient de « deux mois gros max », les délais semblent maintenant souvent excéder la norme de service de 50 jours (environ deux mois et demi) promise pour les cours à temps complet par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI). « J’ai même un client qui s’est inscrit en juin et qui vient juste d’être appelé. Ça, c’est pratiquement sept mois », a fait valoir M. Boivin.
Le MIFI reconnaît lui-même sur son site qu’il lui faudra désormais 75 jours pour traiter un dossier. En raison du « nombre élevé de demandes » pour les cours à temps complet, « vingt-cinq (25) jours ouvrables supplémentaires pourraient être nécessaires pour traiter votre première demande », écrit-il à côté de son engagement de traiter toute demande en 50 jours ouvrables.
Les organismes d’aide aux immigrants et les responsables de la francisation au sein de centres de services scolaires à qui Le Devoir a parlé sont unanimes : depuis le lancement de ce guichet unique censé faciliter l’accès à la francisation, les immigrants attendent plus qu’avant. « Pour le temps plein, j’ai des gens qui attendent depuis le mois de septembre d’avoir une place, mais pour le temps partiel, j’en ai qui attendent depuis juillet », explique pour sa part Sarah Toulouse, directrice générale d’Accueil et intégration Bas-Saint-Laurent, en précisant que la moitié de sa clientèle n’est toujours pas en classe.
Même son de cloche chez Alpha Lira, à Sept-Îles, où certaines personnes inscrites l’été dernier attendent toujours de recevoir une invitation du MIFI, a confirmé Fanja Rajery, responsable de la francisation. « Je crois que Francisation Québec est débordé », indique-t-elle.
Pour la session démarrant en janvier, il n’y aurait eu que quatre nouvelles inscriptions. Pourtant, plusieurs immigrants inscrits l’automne dernier attendent avec impatience de pouvoir commencer. « Disons que je suis allée moi-même chercher l’information auprès de notre responsable de secteur, et on a débloqué certains dossiers », a admis Mme Rajery. Plusieurs immigrants ont finalement pu entreprendre la francisation à temps partiel il y a quelques jours.
De nombreux écueils
Le Devoir s’est fait rapporter de nombreux cas de figure qualifiés d’« absurdes » par plusieurs. Par exemple, un immigrant qui se fait dire qu’il commence un cours, mais qui ne figure sur aucune liste du centre de francisation, ou encore un autre à qui on offre un cours en ligne bien qu’il ait spécifié ne pas avoir d’ordinateur. « Son dossier a finalement été suspendu parce qu’il n’a pas pu assister à ce cours en ligne », a raconté une personne qui souhaite garder l’anonymat parce qu’elle est en démarche pour résoudre le problème.
Un étudiant de 16 ans aurait même perdu de précieux mois sur une liste d’attente de francisation aux adultes alors qu’il aurait dû intégrer… une classe d’accueil au secondaire !
La directrice d’Accueil et intégration Bas-Saint-Laurent souligne la difficulté de faire un simple suivi de dossier, notamment pour les immigrants, comme les Ukrainiens, qui n’ont pas déjà de Certificat de sélection du Québec ou de Certificat d’acceptation du Québec. « Dans ces cas-là, le MIFI ne fait pas de suivi pour les informer si les cours vont commencer bientôt, a-t-elle remarqué. Les immigrants sont souvent renvoyés d’une personne à l’autre, on ne sait pas qui est chargé de quoi et ça entraîne des retards. »
Des responsables de la francisation ont aussi rapporté des retards dans le versement des allocations de 200 $ par mois aux immigrants qui suivent des cours à temps plein. « Il y a des personnes [présentement en classe] qui n’ont pas reçu leur financement pour septembre et octobre. Ça crée une certaine détresse dans notre population étudiante », a indiqué Claude Théberge, directeur adjoint du Centre d’éducation des adultes des Navigateurs (CEAN). « On a fait des démarches pour les aider, mais on s’est fait dire de ne plus appeler les agents [du MIFI] parce qu’ils reçoivent trop d’appels là-dessus. »
« Produire » des gens qui parlent français
La directrice du CEAN, Sophie Turgeon, déplore pour sa part le retard dans la transmission des listes, ce qui gêne sa planification. « J’ai besoin de savoir combien d’enseignants je vais avoir de besoin d’une session à l’autre. [Francisation Québec] tarde à fournir les listes, et tout à coup, il nous envoie 200 noms. Les étudiants sont à moitié classés », explique-t-elle. Tout le processus d’évaluation sera à refaire, y compris celui des besoins de l’élève, qui pourrait entre-temps s’être trouvé du travail et ne plus vouloir suivre un cours à temps plein.
« Nous, aux Navigateurs, on veut travailler avec les individus et les aider dans leur intégration. Mais c’est comme si Francisation Québec voulait juste “produire” des gens qui vont parler français », a-t-elle poursuivi. Le ministère de l’Immigration nie tout retard dans le versement des allocations.
Par ailleurs, au 31 décembre 2023, 66,4 % des nouveaux élèves auraient commencé leur francisation en 50 jours ou moins. Toutefois, le ministère indique ne pas être en mesure d’isoler les élèves ayant fait une demande d’inscription après le lancement de Francisation Québec, le 1er juin. Il rappelle que 24 637 élèves étaient « actifs » au 10 janvier 2024. « Ce nombre peut comprendre des élèves qui ont déposé leur demande avant le 1er juin (et qui poursuivent leur parcours avec nous session après session) et des élèves qui ont déposé une demande à Francisation Québec depuis le 1er juin », a précisé le MIFI.
La ministre de l’Immigration, Christine Fréchette, a tenu à réagir à la situation. « Le nombre d’inscriptions dépasse nos scénarios les plus optimistes, a-t-elle déclaré. Cependant, comme dans le reste du réseau de l’éducation, nous connaissons des enjeux de recrutement de professeurs. »
Source: Face à un achalandage record, les délais chez Francisation Québec explosent
