Québec loin de sa cible pour les réfugiés afghans

Of note (and not blaming the feds):

Six mois après la crise en Afghanistan, Québec peine à accueillir les 300 réfugiés afghans qu’il s’était engagé à recevoir, a constaté Le Devoir. Selon des chiffres fournis par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), à peine 89 d’entre eux se sont installés au Québec dans le cadre du Programme spécial pour les Afghans qui ont aidé le gouvernement du Canada au mois d’août dernier, alors qu’ils sont plusieurs milliers dans le reste du pays.

En comparant cette opération humanitaire à celle menée pour les Syriens en 2015-2016, où plus de 5000 réfugiés syriens avaient été accueillis par le Québec, force est d’admettre qu’elle n’a pas la même ampleur, admet Stephan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI). « C’est quand même assez décevant. En août et septembre dernier, on pensait qu’on recevrait des milliers d’Afghans, la Ville de Montréal était hypermobilisée, et finalement très peu d’Afghans sont arrivés au Québec, dit-il. Au moins, [le gouvernement] aura essayé. »

Pour toute l’année 2021, hormis les 89 venus au Québec grâce au programme spécial du fédéral, 232 Afghans ont été admis comme réfugiés dans la province, à la suite de l’aboutissement de demandes de parrainages privés déposées au cours des années précédentes. La cible du gouvernement Legault pour 2021 est de 7500 réfugiés, toutes origines confondues.

Quant au gouvernement canadien, il disait la semaine dernière qu’il travaillait « d’arrache-pied » pour atteindre sa cible de 40 000 réfugiés afghans. Or, jusqu’ici, 7885 Afghans sont arrivés, soit 4600 dans le cadre du Programme spécial pour les Afghans ayant aidé le gouvernement et 3285 grâce à un autre programme humanitaire canadien destiné aux plus vulnérables (femmes leaders, personnes LGBTI, etc.).

Rétention difficile

Selon le MIFI, les réfugiés afghans venus au Québec dans le cadre du programme de réinstallation fédéral se sont surtout installés à Montréal, Longueuil et Brossard. Malgré le fait que Sherbrooke abrite la deuxième communauté afghane en importance, à peine 11 personnes, venues grâce au programme fédéral, y ont élu domicile, mais 52 réfugiés, entrés par la « voie régulière » que constituent les parrainages, s’y sont aussi installés. Alors que les premières familles arrivaient en septembre dernier, la directrice du Service d’aide aux néo-Canadiens (SANC) de l’époque, Mercedes Orellana, reconnaissait déjà qu’un nombre moins important que prévu allait s’installer en Estrie et au Québec en général.

À l’époque, une intervenante et interprète afghane du SANC s’était rendue à Toronto à la demande du MIFI pour tenter de convaincre les nouveaux arrivants de venir s’installer au Québec. Selon Mme Orellana, il était important de vérifier si la famille avait des attaches ou un intérêt particulier à venir s’installer dans une province comme le Québec qui a ses particularités, notamment la langue française. « C’est bien de vérifier, car ça va être un facteur de rétention pour plus tard », avait-elle indiqué. À l’étranger, le Canada est plus connu que le Québec.

Le MIFI explique aussi le déficit d’attraction du Québec par la popularité de grandes villes canadiennes. « Le Québec était prêt à accueillir plus de familles, cependant, il semble qu’une part importante des personnes réfugiées afghanes arrivées à ce jour ont préféré demeurer dans la grande région de Toronto, où des membres de leurs familles ou des proches étaient déjà installés », a déclaré Émilie Vézina, porte-parole du MIFI.

Un « manque d’ambition »

Le député de Québec solidaire et porte-parole en matière d’immigration, Andrés Fontecilla, estime que la cible d’accueil fixée était trop faible et ne reflétait pas les besoins. « Trois cents personnes nous apparaissaient très peu. À 4personnes par famille, ce n’est même pas 80 familles », a-t-il dit au Devoir. Il rappelle que, l’été dernier, accueillir les Afghans au Canada était une « urgence ». « On disait qu’on allait faire immigrer le plus grand nombre possible [d’Afghans]. Le résultat est vraiment décevant. »

Le député libéral Saul Polo déplore lui aussi le « manque d’ambition » du gouvernement du Québec. « Pour avoir été en contact avec un grand nombre de personnes afghanes, à Laval, mais aussi dans d’autres villes comme Sherbrooke, je peux dire qu’elles sont déçues et frustrées du manque d’ambition du gouvernement face à la situation afghane. Il semble que le gouvernement ne tient pas compte du fait que la communauté est prête à se mobiliser pour les accueillir et les intégrer. »

C’est ce qu’aimeraient justement faire Nancy Green-Grégoire et Clothilde Parent-Chartier, toutes deux membres de Tri-Parish + Friends for Refugees, un groupe de parrainage collectif (parrainage privé). Dans une lettre ouverte publiée en septembre dernier, elles demandaient que le parrainage collectif puisse être mis à contribution pour les Afghans, ce que les plafonds imposés ne permettaient pas. « Il y a des [gens] ici qui étaient prêts à parrainer et qui voulaient réagir rapidement, comme lors de la crise syrienne, mais ce n’était pas possible », rappelle Mme Parent-Chartier, en disant voir le parrainage collectif comme étant complémentaire au parrainage de l’État.

En 2020, le groupe a notamment parrainé une famille d’Afghans, réfugiée au Pakistan, qui n’est pas encore arrivée. Il a aussi déposé, le mois dernier, trois autres dossiers d’Afghans membres d’une même famille ayant fui au Pakistan, qui n’ont pas encore réussi à obtenir un statut officiel de réfugiés. « On ne sait pas s’ils vont répondre aux critères [du MIFI]. Vont-ils pouvoir bénéficier d’un traitement particulier alors que c’est très difficile pour eux d’obtenir une preuve du Haut-commissariat aux réfugiés ? » s’inquiète Mme Parent-Chartier.

Source: Québec loin de sa cible pour les réfugiés afghans

About Andrew
Andrew blogs and tweets public policy issues, particularly the relationship between the political and bureaucratic levels, citizenship and multiculturalism. His latest book, Policy Arrogance or Innocent Bias, recounts his experience as a senior public servant in this area.

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