La parité en emploi n’est pas encore acquise pour les immigrants

Good critique and discussion regarding Jean-François Lisée column arguing that parity has been achieved and Lisée’s response:

Dans sa chronique du 1er mai, M. Jean-François Lisée soutient qu’au Québec, les immigrants et personnes des minorités racisées ont atteint la parité avec les personnes nées au Canada concernant leur situation sur le marché du travail. En s’appuyant sur le dernier rapport sur l’état du marché du travail de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ 2021), il conclut que, bien que des progrès soient encore nécessaires, les immigrants et membres des minorités visibles sont des « Québécois à part entière » pour ce qui concerne leur intégration professionnelle.

Bien que nous souhaiterions qu’il en fût ainsi, des recherches sur le sujet et un examen des données contreviennent à de telles interprétations.

En premier lieu, relativement à la participation au marché du travail, M. Lisée soutient que la présence en emploi des personnes immigrantes dépasse celle des natifs. Qu’en est-il exactement ? Les économistes retiennent habituellement deux indicateurs pour mesurer la participation au marché du travail : le taux d’emploi (proportion de personnes en âge de travailler ayant un emploi) et le taux de chômage (proportion de personnes en âge de travailler à la recherche d’un emploi). Pour ce qui concerne le taux d’emploi, en 2020, bien qu’il soit effectivement supérieur pour les immigrants, il chute de façon très importante chez les immigrants ayant une période de résidence au pays de 5 à 10 ans en comparaison à celui des personnes nées au Canada (-5,8 % contre -3,7 %). Ces données illustrent un phénomène amplement démontré : en période de crise, les personnes immigrantes perdent davantage leur emploi que les personnes nées au Canada. Cela signifie que les gains en termes d’égalité mentionnés par M. Lisée restent fragiles lorsque le contexte économique change. Peut-on alors parler de réelle égalité sur le marché du travail ?

Concernant le taux de chômage, le portrait est plus nuancé encore : en 2020, si le taux de chômage de l’ensemble des immigrants est effectivement supérieur de 2,5 % à celui des natifs, il est en revanche supérieur de 8 % chez les immigrants très récents (16,6 % contre 8,3 %) et près d’une fois et demie supérieur chez les immigrants récents (11,5 % contre 8,3 %). Ces chiffres restent malheureusement conformes aux tendances déjà décrites il y a 30 ans par le sociologue Jean Renaud : à terme, les immigrants « sont d’ici » (pour reprendre le titre de son article paru dans les années 1990), mais cela leur prend 10 ans ! Peut-on, là encore, parler de pleine égalité sur le marché du travail ?

En second lieu, M. Lisée soutient que la discrimination salariale envers les immigrants a presque disparu. Or, les chiffres montrent là encore qu’il faut 10 ans aux personnes immigrantes pour rejoindre la rémunération horaire des personnes nées au Canada. Les immigrants arrivés depuis 5 ans ou moins gagnent 88 % du salaire horaire des personnes nées au Canada. Or, ce chiffre masque une réalité plus troublante encore : les personnes immigrantes admises au Québec sont nettement plus diplômées que les personnes nées au Canada et elles sont sélectionnées sur le critère de l’expérience professionnelle dans leur pays ! Cette rémunération plus faible signifie donc que leurs qualifications et expériences acquises à l’étranger ne sont pas reconnues. C’est la démonstration la plus évidente de l’existence d’une réelle discrimination envers les immigrants sur le marché du travail.

Enfin, M. Lisée examine la situation des personnes issues des minorités visibles et conclut, là encore, à l’égalité. Or, les données de l’ISQ révèlent que la participation des minorités visibles sur le marché du travail est beaucoup plus sensible à la conjoncture économique que celles des personnes qui n’appartiennent pas à ces groupes. Leur taux de chômage s’élève à 18 % en juillet 2020 (contre 7,5 % pour les personnes non autochtones ou pour les minorités visibles), c’est-à-dire au plus fort de la crise, et diminue à 10,5 % (contre 6,6 %) au moment de la reprise économique en mars 2021. Les personnes des minorités visibles ont donc (comme les immigrants) une situation économique bien plus dépendante de la conjoncture économique — et donc précaire — que les personnes qui n’appartiennent pas à une minorité racisée.

La pleine participation économique des immigrants et membres des minorités visibles n’est malheureusement, au Québec, ni réalisée ni acquise, loin de là. Une lecture attentive des données démontre que le marché du travail reste hautement discriminatoire envers ces personnes. Comme M. Lisée le souligne, « la lutte pour l’égalité entre tous les Québécois est un fait essentiel de notre vie contemporaine ». Reste qu’il est trop tôt pour célébrer la victoire : sur le marché du travail, le défi de l’égalité de tous et toutes est encore à relever.

***

Réponse du chroniqueur :

Merci pour cette contribution utile. Cependant, l’ensemble des débats publics récents sur l’immigration laissaient l’impression que les écarts entre les immigrés et les autres Québécois étaient scandaleux. Ce n’est plus le cas. Ma chronique a mis en lumière cette information généralement inconnue qu’en moyenne, pour la participation à l’emploi et pour la rémunération, l’égalité est enfin atteinte chez nous et que la situation est supérieure à ce qui prévaut en Ontario, et encore davantage pour les femmes immigrées.

Vous avez raison, lorsqu’on s’éloigne de la moyenne et que l’on procède à des découpes plus fines, on peut retrouver des écarts qui, lorsqu’ils seront comblés, donnent des raisons supplémentaires de réjouissance. Permettez-moi en retour de chipoter sur votre utilisation du taux de chômage pour 2000, puisque l’an dernier, la proportion d’immigrants de moins de 5 ans en emploi était supérieure (102 %) à la proportion de natifs. Le fait que davantage de ces immigrants soient, en plus, en recherche d’emploi signifie simplement qu’ils sont encore davantage intéressés par le travail que les autres Québécois. C’est tout à leur honneur, mais ce n’est pas une indication que les portes de l’emploi leur sont fermées.

Bien cordialement,

– Jean-François Lisée

Source: La parité en emploi n’est pas encore acquise pour les immigrants

About Andrew
Andrew blogs and tweets public policy issues, particularly the relationship between the political and bureaucratic levels, citizenship and multiculturalism. His latest book, Policy Arrogance or Innocent Bias, recounts his experience as a senior public servant in this area.

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