Ethnie-fiction et indépendance

Reminder how some Quebec intellectuals remain mired in Québecois de souche as the benchmark rather than language, in this critique by Charles Castonguay:

Dans sa chronique intitulée « Blues souverainistes » du 8 août dernier, Louis Cornellier souligne que « le poids des Québécois d’ascendance canadienne-française diminue sans cesse. Le chercheur Charles Gaudreault a montré qu’il était passé de 79 %, en 1971, à 64,5 %, en 2014 ». Selon Cornellier, il conviendrait « de constater une réalité qui rend l’indépendance de plus en plus improbable ».

Dans la revue L’Inconvénient (no 81, été 2020), Ugo Gilbert Tremblay enfonce le clou. « Or qu’en est-il exactement ? Quelle est la réalité sur laquelle plusieurs parmi les souverainistes préfèrent fermer les yeux ? [Le] chercheur Charles Gaudreault a voulu jeter un regard froidement objectif sur la question. La conclusion de son étude est que, de 1971 à 2014, [le poids] des Canadiens français est passé de 79 % à 64,5 % […] En projetant sur les prochaines décennies un flux migratoire comparable à celui des années précédentes, Gaudreault prédit que les Canadiens français deviendront minoritaires en sol québécois dès 2042 et que leur poids ne sera plus que de 45 % en 2050 […] Il me semble qu’un souverainiste mature devrait être capable de réfléchir — sans hargne ni rancune — aux implications de ces changements démographiques. »

Tout cela repose, cependant, sur de l’ethnie-fiction. Les projections en question ne tiennent pas la route.

Par exemple, Gaudreault définit le « groupe ethnique canadien-français » comme étant formé des descendants des colons français arrivés entre 1608 et 1760. Pour estimer son effectif en 1971, il utilise toutefois la population qui, au recensement, s’est déclarée d’origine française. Or, cette population découle aussi de deux bons siècles d’assimilation par voie de métissage ou d’adoption de personnes d’origine allemande, amérindienne, irlandaise, etc. ainsi que d’un siècle de nouvelle immigration française depuis 1870.

Gaudreault soutient également qu’en 1971, les répondants au recensement ne pouvaient indiquer qu’une seule origine. C’est faux. Ils pouvaient parfaitement en déclarer deux, trois ou plus. Statistique Canada a tout simplement éliminé les déclarations multiples avant la publication des données, en assignant à chaque répondant en cause une seule de ses origines déclarées.

Gaudreault affirme en outre que les données de 1971 sont les dernières observations fiables sur l’origine ethnique depuis 50 ans du fait qu’elles se fondent sur des « choix fermes », alors que tous les recensements suivants ont procédé par autoénumération. Faux encore. L’autorecensement a débuté en 1971 même, et Statistique Canada a recueilli des données fiables sur l’origine française jusqu’en 1991 inclusivement.

Les projections de Gaudreault excluent ensuite tout nouvel apport — même celui de nouveaux immigrants français — à sa population de départ, soit la population d’origine française énumérée en 1971. Pas surprenant, alors, qu’à force de faire mourir une population fermée et foncièrement sous-féconde, Gaudreault aboutisse, sous l’hypothèse d’une immigration non française abondante et soutenue, à un moignon de « Canadiens français ». Semblable appareil de projection réduirait en peu de temps n’importe quelle majorité à un statut minoritaire.

Dérapage

Notons qu’après une répartition égale des déclarations d’origines multiples entre les origines déclarées, le poids de la population d’origine française recensée en 1991 s’élevait à 77,5 %, en baisse de seulement 1,5 point de pourcentage depuis 1971. Par comparaison, les « descendants de Canadiens français » de Gaudreault en perdent 5, plongeant en 1991 à 74 %. Les projections de Gaudreault dérapent sérieusement, donc, dès 1991, soit 20 ans seulement après leur point de départ.

L’étude de Gaudreault a été mise en ligne en 2019 par la revue Nations and Nationalism. L’Action nationale en a repris l’essentiel en mars dernier, bonifié de quelques pages additionnelles dans lesquelles Gaudreault accuse Statistique Canada de ne pas avoir recueilli de données valables sur la langue depuis 1971. Faux toujours. Il y gratifie même Navdeep Bains, ministre responsable de Statistique Canada, et Anil Arora, son statisticien en chef, tous deux d’ascendance indienne, de remarques gentiment racistes.

Bel exemple de « regard froidement objectif ».

C’est d’ailleurs en fonction de la langue, et non de l’origine ethnique, qu’on juge du caractère français du Québec ou de l’appui éventuel à l’indépendance. Le poids de la population québécoise parlant le français comme langue principale à la maison est d’abord passé de 80,8 % en 1971 à près de 83 % en 1991, puis est revenu à 80,6 % en 2016. Dans cette optique, tout ne serait pas encore perdu.

Source: Ethnie-fiction et indépendance

About Andrew
Andrew blogs and tweets public policy issues, particularly the relationship between the political and bureaucratic levels, citizenship and multiculturalism. His latest book, Policy Arrogance or Innocent Bias, recounts his experience as a senior public servant in this area.

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