Myles: Le débat reste à faire

Good column noting the need for a discussion on immigration levels and their impact on housing etc. And that it is encouraging that this debate is possible without falling into xenophobic tropes:

D’abord confinée aux marges du débat politique, la décision unilatérale du gouvernement Trudeau d’accueillir 500 000 immigrants par année commence enfin à soulever des questions pressantes.

Depuis quelques semaines, les médias du Canada anglais se questionnent sur les capacités d’accueil du Canada. C’est tout un contraste avec la situation qui prévalait l’automne dernier, lorsque le premier ministre, Justin Trudeau, a annoncé son intention d’ouvrir les vannes à l’immigration à compter de 2025. Les premiers ministres des provinces, préoccupés par le vieillissement de la population et la pénurie de main-d’oeuvre, n’avaient rien trouvé à redire. Seul le premier ministre du Québec, François Legault, s’était inscrit en faux contre cette politique fédérale qui aurait mérité un débat public beaucoup plus exhaustif compte tenu de son ampleur.

Dans un entretien à La Presse, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a pris un malin plaisir à souligner ce revirement. En mai, le Bloc a présenté une motion critique des cibles en raison de leur impact sur le poids du français, le logement et les services publics déjà exsangues. Malgré l’appui des conservateurs, la motion a été rejetée sans ménagement par le couple libéral-néodémocrate. « Ce débat en soi est une excellente nouvelle. Jusqu’à tout récemment, c’était facile. On disait que les Québécois étaient des racistes, contre l’immigration, et que le Canada était un gentil pays d’accueil multiculturaliste. C’était simple de même », a ironisé M. Blanchet.

Mais voilà que la coupe est pleine avant même d’avoir enclenché la marche vers l’accueil d’un demi-million d’immigrants par année. La crise du logement, largement documentée dans Le Devoir, s’empare de toutes les grandes villes et même des villes intermédiaires du pays. À Toronto, la nouvelle mairesse, Olivia Chow, a lancé un cri d’alarme sitôt entrée en fonction. Il n’y a plus de place pour loger les migrants, à telle enseigne qu’ils occupent près du tiers des lits dans les refuges pour sans-abri.

La pénurie de logements est sans contredit le principal écueil de la politique fédérale, mais il y en a d’autres. Dans un rapport récent, la Banque TD prédit que la forte hausse de l’immigration entraînera un manque à gagner de 500 000 logements dès 2025, en plus d’exercer une pression sur les taux d’intérêt, la prestation des services publics et les infrastructures. Le Canada se classe au 31e rang sur 34 pour le nombre de lits d’hôpital par habitant en soins de courte durée. Rien ne laisse présager qu’une amélioration du bilan est à l’horizon.

Voilà donc une occasion inespérée de débattre des capacités d’accueil du Canada sans se faire taxer de sombres desseins ou de xénophobie rampante. Ce pays, de même que le Québec, est promis à des défis considérables. Au Canada, près de 19,5 % de la population a 65 ans et plus, comparativement à 20,5 % au Québec. En 2030, la cohorte des 65 ans et plus passera à 23 % de la population au Canada et à 25 % au Québec.

L’immigration n’est pourtant pas une panacée. Chiffres à l’appui, notre chroniqueur Gérard Bérubé expliquait récemment que « l’immigration débridée n’est qu’un remède temporaire à la pénurie de main-d’oeuvre et qu’un contre-pied parmi d’autres au vieillissement de la population ».

La politique libérale masque un problème de fond. La croissance de la population dope le PIB en général, mais si on s’attarde au PIB réel par habitant, qui permet de mesurer le niveau de vie, le Canada arrive dernier parmi les membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). La productivité, sujet tabou s’il en est, n’est tout simplement pas au rendez-vous depuis 2014. Sans un redressement de cet indicateur, nous ne pourrons espérer que le bien-être économique des Canadiens s’améliorera par une stratégie misant sur la croissance démographique.

Bien sûr, l’immigration est un apport considérable pour la diversité et la vitalité du Canada et du Québec. Les sociétés monolithiques, réelles ou fantasmées, qui sont basées sur la recherche de mythes fondateurs et de valeurs consensuelles, offrent un spectacle d’une plate grisaille.

Il faut avoir la force de débattre des seuils d’immigration, sereinement, et demander au gouvernement fédéral de refaire ses calculs en fonction des capacités réelles d’accueil, et non des promesses électoralistes qui ont peu de chance de se matérialiser en matière de bonification de l’offre de logements et d’amélioration des services publics.

Pour le Québec, le défi est double. Il faut miser sur des politiques et des leviers d’intégration des nouveaux arrivants au fait français, en leur tendant la main au lieu de les stigmatiser. Et trouver une façon de préserver le poids démographique du Québec dans la Confédération sans le déposséder de ses attributs de gardien du fait français en terre d’Amérique. Les deux objectifs sont compatibles, mais ils n’en demeurent pas moins difficiles à atteindre dans un contexte d’immigration effrénée.

Source: Le débat reste à faire

Myles: Le bilinguisme avant la réconciliation

A Quebec perspective on the government discussion draft on possibly exempting Indigenous Canadians from the public service bilingualism requirement:

Selon des informations obtenues par La Presse canadienne, de hauts fonctionnaires fédéraux étudient la possibilité d’accorder une exemption à l’exigence de bilinguisme à leurs employés qui parlent une langue autochtone, mais qui ne maîtrisent pas l’anglais ou le français. Aucune décision n’a été prise, mais le gouvernement Trudeau ferait mieux d’y penser deux fois avant de s’engager sur cette voie.

Une note obtenue par La Presse canadienne fait état de « tensions croissantes » au sein des fonctionnaires fédéraux autochtones qui ne maîtrisent pas les deux langues officielles du Canada. Environ 400 d’entre eux ont exprimé leur souhait d’obtenir une exemption générale aux exigences de bilinguisme dans la fonction publique fédérale. La Gouverneure générale, Mary Simon, a été citée en exemple par une sous-ministre à Patrimoine canadien. Mme Simon parle l’inuktitut et l’anglais, mais pas le français, une langue qu’elle a promis d’apprendre lors de sa nomination. À son sujet, l’heure des bilans est prématurée quoiqu’il soit permis de douter qu’elle puisse faire des progrès significatifs, à l’aube de ses 75 ans.

Le ministre des Relations Couronne-Autochtones, Marc Miller, a joué de prudence en commentant le sujet délicat de l’exemption de bilinguisme des fonctionnaires autochtones. « Quand on prend ce genre de décision, c’est presque toujours au détriment du français, a-t-il dit. Ce n’est pas quelque chose qu’une majorité de gens trouveront acceptable. »

Le ministre Miller a dit tout ce qu’il fallait pour prendre une décision éclairée. En matière de dualité linguistique, les assouplissements se font inévitablement au détriment du français. On tolère bien les juges unilingues anglophones à la Cour suprême, mais accepterait-on un juge unilingue francophone ? L’histoire de ce beau pays bilingue, au sein duquel une langue est plus officielle que l’autre, regorge d’exemples où le français est déconsidéré dans la prestation de services et de travail par les institutions fédérales.

Au nom de la réconciliation avec les Autochtones, le gouvernement Trudeau avait sans doute de bonnes raisons de faire de Mary Simon la première Gouverneure générale inuite dans l’histoire du Canada. Que dire de sa décision subséquente de nommer une lieutenante-gouverneure unilingue anglophone, Brenda Murphy, dans la seule province officiellement bilingue du pays, le Nouveau-Brunswick ? Encore là, l’inverse aurait été impensable. Pour couronner le tout, les libéraux de Justin Trudeau n’acceptent pas le jugement d’un tribunal du Nouveau-Brunswick qui a déclaré inconstitutionnel le processus de nomination de Mme Murphy, justement parce qu’elle ne maîtrisait pas le français. Ottawa a choisi de porter la cause en appel, si bien qu’il faut se questionner sur la valeur symbolique de tels gestes.

En nommant avec autant de désinvolture des unilingues anglophones à des postes clés de l’appareil étatique, le premier ministre, Justin Trudeau, libère les voix dissidentes qui se moquent de la Loi sur les langues officielles. À la moindre difficulté, « c’est le français qui prend le bord », fait remarquer le porte-parole du Bloc québécois en matière de langues officielles, Mario Beaulieu.

Malgré les nobles intentions et les boniments d’usage sur le bilinguisme du Canada, les francophones ne sont pas dupes de l’inégalité de rapports de force dans la fonction publique fédérale. Selon une compilation récente de Radio-Canada, les postes de sous-ministres et de sous-ministres associés sont occupés par des anglophones quatre fois sur cinq. Le poids des hauts fonctionnaires francophones (19 %) est inférieur à leur poids réel dans la population (23 %). Le bassin de fonctionnaires francophones (31 %) rend encore plus incompréhensible leur faible représentativité dans les postes d’influence.

Les conséquences ne surprendront guère. Une « insécurité linguistique » plombe l’usage du français dans les officines fédérales à Ottawa, à Gatineau et à Montréal. Pas moins de 44 % des fonctionnaires francophones sont mal à l’aise d’utiliser leur langue première sur les lieux de travail, par crainte d’être jugés, d’être mal compris par leurs supérieurs ou d’exiger des efforts de compréhension supplémentaires de leurs collègues anglophones. Le constat provient d’une source fiable : le Commissaire aux langues officielles du Canada. Voilà l’état de cette maison bilingue irréformable.

Les critiques rappelleront que les Autochtones sont encore plus sous-représentés que les francophones dans la fonction publique et que leur accorder une exemption est un moindre mal dans la perspective d’une réconciliation avec les peuples autochtones. La réconciliation, nous en sommes. Elle sera nettement plus féconde et durable si elle englobe les deux « peuples fondateurs » de jadis, aux côtés des Autochtones. Ceux-ci sont bien placés pour comprendre les risques et périls qui guettent les langues en situation de minorité. Ce n’est rien leur enlever que de maintenir les exigences de bilinguisme dans la fonction publique, quitte à leur donner du temps et du soutien pour qu’ils puissent avoir la possibilité de s’ouvrir au français avec la même générosité qu’à l’anglais.

Source: Le bilinguisme avant la réconciliation