Myles: Le débat reste à faire
2023/08/08 Leave a comment
Good column noting the need for a discussion on immigration levels and their impact on housing etc. And that it is encouraging that this debate is possible without falling into xenophobic tropes:
D’abord confinée aux marges du débat politique, la décision unilatérale du gouvernement Trudeau d’accueillir 500 000 immigrants par année commence enfin à soulever des questions pressantes.
Depuis quelques semaines, les médias du Canada anglais se questionnent sur les capacités d’accueil du Canada. C’est tout un contraste avec la situation qui prévalait l’automne dernier, lorsque le premier ministre, Justin Trudeau, a annoncé son intention d’ouvrir les vannes à l’immigration à compter de 2025. Les premiers ministres des provinces, préoccupés par le vieillissement de la population et la pénurie de main-d’oeuvre, n’avaient rien trouvé à redire. Seul le premier ministre du Québec, François Legault, s’était inscrit en faux contre cette politique fédérale qui aurait mérité un débat public beaucoup plus exhaustif compte tenu de son ampleur.
Dans un entretien à La Presse, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a pris un malin plaisir à souligner ce revirement. En mai, le Bloc a présenté une motion critique des cibles en raison de leur impact sur le poids du français, le logement et les services publics déjà exsangues. Malgré l’appui des conservateurs, la motion a été rejetée sans ménagement par le couple libéral-néodémocrate. « Ce débat en soi est une excellente nouvelle. Jusqu’à tout récemment, c’était facile. On disait que les Québécois étaient des racistes, contre l’immigration, et que le Canada était un gentil pays d’accueil multiculturaliste. C’était simple de même », a ironisé M. Blanchet.
Mais voilà que la coupe est pleine avant même d’avoir enclenché la marche vers l’accueil d’un demi-million d’immigrants par année. La crise du logement, largement documentée dans Le Devoir, s’empare de toutes les grandes villes et même des villes intermédiaires du pays. À Toronto, la nouvelle mairesse, Olivia Chow, a lancé un cri d’alarme sitôt entrée en fonction. Il n’y a plus de place pour loger les migrants, à telle enseigne qu’ils occupent près du tiers des lits dans les refuges pour sans-abri.
La pénurie de logements est sans contredit le principal écueil de la politique fédérale, mais il y en a d’autres. Dans un rapport récent, la Banque TD prédit que la forte hausse de l’immigration entraînera un manque à gagner de 500 000 logements dès 2025, en plus d’exercer une pression sur les taux d’intérêt, la prestation des services publics et les infrastructures. Le Canada se classe au 31e rang sur 34 pour le nombre de lits d’hôpital par habitant en soins de courte durée. Rien ne laisse présager qu’une amélioration du bilan est à l’horizon.
Voilà donc une occasion inespérée de débattre des capacités d’accueil du Canada sans se faire taxer de sombres desseins ou de xénophobie rampante. Ce pays, de même que le Québec, est promis à des défis considérables. Au Canada, près de 19,5 % de la population a 65 ans et plus, comparativement à 20,5 % au Québec. En 2030, la cohorte des 65 ans et plus passera à 23 % de la population au Canada et à 25 % au Québec.
L’immigration n’est pourtant pas une panacée. Chiffres à l’appui, notre chroniqueur Gérard Bérubé expliquait récemment que « l’immigration débridée n’est qu’un remède temporaire à la pénurie de main-d’oeuvre et qu’un contre-pied parmi d’autres au vieillissement de la population ».
La politique libérale masque un problème de fond. La croissance de la population dope le PIB en général, mais si on s’attarde au PIB réel par habitant, qui permet de mesurer le niveau de vie, le Canada arrive dernier parmi les membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). La productivité, sujet tabou s’il en est, n’est tout simplement pas au rendez-vous depuis 2014. Sans un redressement de cet indicateur, nous ne pourrons espérer que le bien-être économique des Canadiens s’améliorera par une stratégie misant sur la croissance démographique.
Bien sûr, l’immigration est un apport considérable pour la diversité et la vitalité du Canada et du Québec. Les sociétés monolithiques, réelles ou fantasmées, qui sont basées sur la recherche de mythes fondateurs et de valeurs consensuelles, offrent un spectacle d’une plate grisaille.
Il faut avoir la force de débattre des seuils d’immigration, sereinement, et demander au gouvernement fédéral de refaire ses calculs en fonction des capacités réelles d’accueil, et non des promesses électoralistes qui ont peu de chance de se matérialiser en matière de bonification de l’offre de logements et d’amélioration des services publics.
Pour le Québec, le défi est double. Il faut miser sur des politiques et des leviers d’intégration des nouveaux arrivants au fait français, en leur tendant la main au lieu de les stigmatiser. Et trouver une façon de préserver le poids démographique du Québec dans la Confédération sans le déposséder de ses attributs de gardien du fait français en terre d’Amérique. Les deux objectifs sont compatibles, mais ils n’en demeurent pas moins difficiles à atteindre dans un contexte d’immigration effrénée.
Source: Le débat reste à faire
