Que veulent dire les cibles proposées par Québec dans ses consultations sur l’immigration?

A noter:

Il faudrait beaucoup plus que 60 000 immigrants au Québec chaque année pour freiner le déclin du poids démographique au sein du Canada, souligne d’emblée le démographe Marc Termote. Il est toutefois « assez d’accord » avec la hausse des seuils, l’un des deux scénarios proposés par le gouvernement de François Legault, puisqu’elle permettrait au moins de maintenir la population de la Belle Province.

L’une des options de l’exercice actuel propose en effet de faire grimper les seuils d’au moins 10 000 immigrants permanents d’ici 2027.

Le professeur associé de démographie à l’Université de Montréal avait lui-même suggéré l’an dernier de passer peu à peu à une cible de 58 000 immigrants au Québec, dans un rapport commandé par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI).

Son raisonnement pour en arriver à ce chiffre différait cependant de celui du gouvernement, qui le justifie notamment par la possibilité d’une « contribution accrue aux besoins de main-d’oeuvre dans certains secteurs d’activité prioritaires », dans son cahier préparatoire aux consultations.

C’est plutôt une question de maintien démographique : « On dépend à 100 % de l’immigration rien que pour garder constant à long terme le nombre d’habitants au Québec », explique-t-il. Comme ailleurs dans les pays industrialisés, la province est en voie de connaître un accroissement naturel près de zéro, alors que les naissances ne compenseront bientôt plus les décès. Pour garder même « la faible croissance démographique actuelle du Québec », il serait nécessaire d’arriver à au moins 58 000 immigrants, dit M. Termote.

Un seuil à 58 000 — ou à 60 000, comme ce que propose le gouvernement — dépasserait le maximum enregistré au cours des cinquante dernières années, note-t-il.

La cible annuelle de 50 000 immigrants représente quant à elle à peu près la quantité de résidences permanentes permises par Québec chaque année depuis 2009. Pendant la même période, la population du Québec a grossi de 13 %. C’est donc le « taux d’immigration » qui a diminué, c’est-à-dire la proportion de nouveaux arrivants par rapport à la population totale.

« Le taux d’immigration est l’une des manières de raisonner, mais il faut considérer d’autres facteurs », dit le démographe, comme la volonté ou non d’un État de faire grossir sa population. Le Québec a, par exemple, eu des taux d’immigration beaucoup plus élevés lors de grandes crises humanitaires, comme en 1957 après l’invasion soviétique de la Hongrie ou au tournant des années 1980 avec l’arrivée de réfugiés vietnamiens.

Pas de remède au déclin relatif

Quant au poids démographique de la province dans le pays, le verdict de M. Termote est sans appel : « On est condamnés à être marginalisés au sein du Canada. »

Même si le nombre de résidents permanents a varié 14 000 et 55 000 par année depuis 1951, une constante demeure : le Québec a toujours reçu une proportion d’immigrants moins grande que son poids démographique dans le Canada. Un phénomène qui sous-tend l’érosion du poids démographique dans la Fédération.

En 1951, par exemple, une année d’immigration pourtant importante, Québec a accueilli 24 % de tous les immigrants au Canada, mais la population de la province représentait 29 % de celle du pays.

Cet écart a aussi été particulièrement grand récemment. En 2019, première année où la Coalition avenir Québec a déployé son programme d’immigration, la province a reçu 12 % de toute l’immigration du Canada avec 40 000 résidents permanents. Le Québec représentait près de 23 % de la population totale. Même un seuil de 60 000 immigrants ne continuera de représenter qu’environ 12 % du total canadien attendu de 485 000 en 2024.

Est-ce le Canada qui va trop vite ? Ou le Québec qui va trop lentement ? « C’est une tendance de longue durée qui n’est pas près de s’arrêter », répond avec tact le professeur à cette question de plus en plus polarisante. En extrapolant, « même si c’est un exercice dangereux », à la fin du siècle, le poids du Québec ne sera plus que 15 % au sein du Canada, a-t-il calculé.

Aucune des façons de remédier au déclin du poids démographique du Québec ne lui semble envisageable. Il faudrait remonter la fécondité à des niveaux supérieurs à ceux des cinquante dernières années, ce qui est « injustifié du point de vue éthique pour les femmes », croit-il. Ou encore, recevoir plus de 100 000 immigrants, ce qui lui semble « irréaliste » et en « rupture complète avec les objectifs de la politique linguistique poursuivis depuis des décennies », écrivait-il en 2022.

Source: Que veulent dire les cibles proposées par Québec dans ses consultations sur l’immigration?

La situation démographique avive les enjeux de l’immigration au Québec

Good overview of Quebec demographics and the some of the challenges to its immigration policies:

Alors que le taux de fécondité poursuit son déclin et que le vieillissement de la population s’accentue au Québec, l’enjeu de l’accueil des immigrants est placé à l’avant-plan, suscitant des débats sur l’économie, l’identité, la culture et la langue dans la province.

L’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a annoncé à la fin du mois dernier que l’indice synthétique de fécondité s’était établi à 1,6 enfant par femme en 2015 – une baisse de 1 % par rapport au niveau de 2014 -, marquant un recul pour la sixième année consécutive.

Bien que ce chiffre ne semble pas anormalement bas, la province doit aussi tenir compte du vieillissement de la population et du manque de main-d’oeuvre qualifiée.

Québec estime qu’environ 1,1 million de travailleurs auront pris leur retraite entre 2013 et 2022, et selon un document récemment publié par le ministère de l’Immigration, cette situation «souligne la nécessité de réaffirmer le rôle de l’immigration et de sa contribution au Québec».

Cependant, les immigrants ne sont pas répartis équitablement partout dans la province. Selon Statistique Canada, d’ici 2031, les minorités visibles représenteront 31 % de la population de Montréal, mais pas plus de 5 % ailleurs au Québec.

Le démographe de l’Université de Montréal Marc Termote se dit «très, très inquiet» des divisions culturelles et linguistiques entre la métropole et le reste des municipalités québécoises.

«C’est une cassure vraiment profonde entre Montréal et le reste du Québec», a-t-il constaté.

Il a cité l’exemple de Brossard, en banlieue sud de Montréal, qui abrite plus d’immigrants que Québec, la capitale et la deuxième ville la plus populeuse de la province.

M. Termote s’est par ailleurs désolé que tous les gouvernements répandent le «mythe» voulant que l’augmentation des niveaux d’immigration aide à combler le manque de main-d’oeuvre.

«Toutes les études montrent que l’impact économique de l’immigration est nul», a-t-il soutenu.

«Il y aura des pénuries, mais ce seront des pénuries très ponctuelles, dans des secteurs bien spécifiques. Et ce n’est pas en ajoutant 10 000 immigrants de plus qu’on va régler cette pénurie-là. (…) Ce n’est pas par une politique générale qu’on règle le problème», a-t-il ajouté.

Montréal a du mal à intégrer les immigrants qu’elle a déjà accueillis, alors que le taux de chômage pour les résidants nés à l’extérieur du pays se situe à 11 %, comparativement à sept pour cent pour ceux qui sont nés au Canada.

Par rapport aux autres provinces, le Québec contrôle davantage ses politiques d’immigration. La province sélectionne ses immigrants en fonction de la langue; 61,3 % des immigrants arrivés entre 2010 et 2014 étaient francophones.

Cette politique aide à préserver le caractère distinctif du Québec, mais elle crée également des tensions, selon M. Termote.

«Le bassin d’immigration francophone, ce n’est pas la France, la Belgique ou la Suisse francophone. Le bassin francophone, c’est essentiellement l’Afrique francophone – l’Afrique subsaharienne et le Maghreb -, ce qui a des implications (culturelles)», a-t-il indiqué.

Mais il y a aussi des conséquences politiques, a souligné Daniel Weinstock, directeur de l’Institut de recherche sur les politiques sociales et de santé de McGill.

Selon M. Weinstock, la province est témoin d’un «évidemment» de la position nationaliste modérée sur l’immigration et la diversité qui avait caractérisé les discours politiques dans la province, depuis les années 1960 et au temps de René Lévesque.

Il y a une forte division entre le gouvernement libéral, qui souhaite augmenter les niveaux d’immigration à 60 000 personnes par année et les sélectionner selon leur potentiel économique, et l’opposition, qui s’inquiète de leur intégration dans la province.

«Il y avait une sorte de consensus à l’idée que le Québec est une société immigrante, une société francophone et qu’être un citoyen québécois signifiait l’acceptation de ce contrat», a-t-il expliqué.

Ce discours change, dit-il, puisque désormais, certains Québécois veulent aller plus loin que de protéger la langue, ils veulent «protéger tous les aspects de la culture québécoise que certains immigrants, même s’ils parlent français, ne partagent pas».

Source: La situation démographique avive les enjeux de l’immigration au Québec | Giuseppe Valiante | National